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dont il diffère par la présence de l’antimoine Sb remplaçant l’azote Az. C’est un composé de stibonium quaternaire.
On peut remplacer le radical éthyle par tout autre radical alcoolique mono-atomique, tel que le méthyle CH:i, le butyle, l’amyle, etc., et obtenir ainsi des stiboniums quaternaires extrêmement nombreux. Celui dont il est question est l’iodure de mêthyltri éthylstibonium
CTI3 ) CTI3 / CTI5
AzI,
ou ClP(C2HsySbI, qui a été récemment obtenu par M. Lebel.
Ce sel est blanc et très-soluble dans l’eau. Il possède une saveur amère peu prononcée. Il ne coagule, pas l’albumine.
Pour en étudier les effets, M. Rabuteau a fait diverses expériences, telles que les suivantes :
Une grenouille, dont une cuisse a été liée tout entière, moins le nerf sciatique, a reçu sous la peau du dos 1 centigramme d’iodure de méthyltriélhylstibonium dissous dans 10 centigrammes d’eau. Dès la deuxième minute, la grenouille a commencé à se mouvoir avec difficulté; mise sur 1e dos, elle ne pouvait plus se retourner. Cinq minutes après le début de l’expérience, elle était comme morte; cependant les battements cardiaques étaient très-perceptibles par le soulèvement des téguments de la poitrine. L’excitation mécanique ne provoquait aucun mouvement, excepté dans la patte, qui avait été préservée du poison par la ligature. La sensibilité existait donc, mais le mouvement volontaire se trouvait aboli dans les parties atteintes par le poison. En excitant avec une pile électrique le nerf sciatique de la patte préservée de l’agent toxique, on provoquait de vives contractions de cette patte, tandis qu’en excitant de même le nerf sciatique de la patte empoisonnée on n’en provoquait pas. Néanmoins, les muscles des parties du corps qui avaient reçu le poison se contractaient sous l’influence de l’électricité appliquée directement sur eux. Il y avait donc une similitude complète entre les effets du sel de stibonium quaternaire et ceux du curare, c’est-à-dire perte totale de la conductibilité des nerfs moteurs avec conservation de la contractilité musculaire et de la sensibilité, et persistance des battements cardiaques.
Une autre grenouille ayant reçu sous la peau du dos et vers l’origine des cuisses 2 centigrammes du même sel dissous dans 20 centigrammes d’eau, a été anéantie en trois minutes environ. Ses battements cardiaques ont persisté pendant plus de douze heures.
Une troisième grenouille, ayant reçu 5 milligrammes de ce même sel dans 5 centigrammes d’eau, a perdu tout mouvement volontaire. Ayant été ensuite abandonnée à elle-même, tantôt dans l’eau, tantôt à l’air, ses mouvements sont revenus peu à peu. Elle s’agitait vivement vingt-six heures après le début de l’expérience.
Un cochon d’Inde, qui avait reçu sous la peau des aines et
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des aisselles 15 centigrammes de ce sel dissous dans 1“‘',50 d’eau, a succombé en douze minutes par asphyxie. Les nerfs moteurs, mis à nu après la mort, ne provoquaient pas de mouvements sous l’influence de l’électricité, tandis que les muscles se contractaient au contact des pôles d’une pile électrique.
La même dose de 15 centigrammes dissous dans l,jr,50 d’eau ayant été injectée de la même manière, en trois fois, à des intervalles de six heures et demie, chez un autre cochon d’Inde, cet animal n’a paru rien éprouver de ces injections, si ce n’est peut-être un peu de fatigue après la dernière opération. Ce résultat négatif provenait sans doute de ce que le sel injecté s’éliminait rapidement avec les urines. Le curare se comporte d’une manière analogue, quand il s’élimine très-vite.
— M. Galippe communique quelques observations relatives aux propriétés physiques des cheveux. Ceux- ci conservent une odeur particulière pendant fort longtemps, s’ils sont pris sur un sujet vivant ; ils n’ont au contraire aucune espèce d’odeur s’ils sont recueillis sur un cadavre. Leur forme varie suivant les races ; ainsi les cheveux chinois sont polyédriques. Leur couleur se modifie parfois chez les hystériques à l’approche des attaques. Leurs propriétés électriques leur permettent parfois de se laisser attirer par des courants. Le froid enfin, sur un sujet que connaît M.' Galippe, amène, en dehors de tout défaut d’implantation appréciable, un hérissement invincible d’une mèche de cheveux.
M. Laborde fait observer que la forme des cheveux ne saurait constituer un caractère anthropologique, ainsi qu’en font foi les nombreuses coupes de M. Latteux. Une courte discussion s’engage sur la question de savoir si les cheveux blanchissent par la pointe ou la base. Après quelques observations de MM.Bert et Malassez, M. Laborde établit une distinction entre la calvitie sénile, où les cheveux blanchissent par la pointe, et la calvitie qui accompagne certaines maladies, et où ils se décolorent d’abord à la base.
— M. Balzer a étudié, dans le service de M. Besnier (hôpital Saiiit-Louis) , une variété remarquable de tumeurs de la peau. Une femme d’une cinquantaine d’années porte disséminés sur tout le corps un grand nombre de petits tubercules gros comme des pois, durs, saillants, douloureux surtout à la pression. Deux d’entre eux ont été enlevés et soumis à l’examen histologique. Us consistent en un enchevêtrement de fibres musculaires lisses très-abondantes, mêlées à quelques faisceaux conjonctifs. On trouve aussi de rares filets nerveux dont la compression entre les fibres lisses, qui se contractent sans doute sous l’influence des excitations extérieures, pourrait expliquer les douleurs éprouvées par la malade. Ces myomes seraient développés dans la partie moyenne du derme aux dépens des petits muscles à fibres lisses annexés aux follicules pileux. L’étude histologique a seule permis le diagnostic précis de ces tumeurs qui par leurs caractères macroscopiques semblaient se rattacher à des lésions du système lymphatique.
M. Malassez, rappelant que le myome n’est pas en général douloureux et que certains molluscums ne sont autre chose que des fibro-sarcomes dont les éléments peuvent donner le change pour des fibres lisses, croit devoir réserver son diagnostic.
— M. Raymond résume l’observation d’un malade qui, à la suite d’une courte attaque d’apoplexie, est resté frappé de monoplégie brachiale complète, avec perte de la sensibilité, et phénomènes vaso-moteurs divers sur tout le membre paralysé. Les métaux, les courants induits, l’iodure de potassium et le chlorure d’or étaient restés inefficaces ; mais, depuis quelque temps, les courants continus, appliqués par M. Vulpian qui traite actuellement le malade, amènent un retour simultané du mouvement et de la sensibilité dont la réapparition se fait progressivement de l’épaule vers la main.
Cette paralysie semble être de cause cérébrale : comment concilier l’ensemble des symptômes avec la doctrine des localisations? Y aurait-il eu deux lésions à la fois portant, l’une sur les centres moteurs, l’autre sur les centres sensitifs? La question se pose, sans pouvoir être jusqu’à présent tranchée.
M. Laborde demande s’il ne s’agirait pas d’une paralysie traumatique dont l’origine se rapporterait à une chute que le malade aurait faite sur l’épaule au moment de son attaque. On voit souvent chez les enfants des paralysies de cet ordre, assez complètes pour simuler les paralysies de cause médullaire. M. Raymond ne croit pas que le cas de son malade soit comparable à ceux que cite M. Laborde.
Société de thérapeutique.
De l'inhalation de l’oxygène dans le traitement de l’albuminurie : M. Constantin Paul. — Uniment de Rosen : M. Vigier. — Dutænia et de l’aotion dè la graine de courge; discussion : MM. Créquy, Blondeau, Féréol. Constantin Paul, etc. — De l'action de l’huile de ricin : MM. Constantin Paul, Babbêe, Limousin.
M. Constantin Paul rappelant la communication de M. Dujardin-Beaumetz sur le traitement de l’albuminurie par l’inhalation de l’oxygène, et les réflexions que lui a suggérées cette communication, dit qu’on peut voir l’albumine disparaître complètement dans la néphrite catarrhale sous l’action de cette médication : l’albumine disparaît dans les vingtquatre-heures ; si, au lieu de disparaître, l’albumine ne fait que diminuer, on a beau multiplier les inhalations, en les portant même jusqu’à la dose considérable de 150 litres par jour, on n’obtient rien de plus que ce qu’on avait obtenu dès le début, c’est-à-dire dès le premier jour. Mais, en supposant même qu’on ait obtenu la disparition de l’albumine, il’ ne faut pas se dissimuler que cette disparition n’est que passagère : l’albumine reparaît un jour ou l’autre; on ne peut donc pas pronostiquer une guérison complète. Tel est un point sur lequel M. Constantin Paul a insisté lors de l’observation publiée par lui il y a une douzaine d’années dans le Bulletin de thérapeutique.
— M. Vigier fait une communication sur la préparation du liniment de Rosen, employé avec succès dans la chorée des enfants ; la lormule du liniment de Rosen selon le Codex est la suivante :
Alcoolature de genièvre . '. . . 90 grammes.
Essence de girolle . ] âà 5 —
Huile de muscade . j “
M. Vigier propose d’ajouter un gramme d’huile de ricin à la formule précédente: on obtient amsi un excellent liminent.
M. Créquy a obtenu de bons effets de l’association du calomel à la fougère mâle dans des cas de tænia. Chez un sujet de quarante ans atteint du tænia, un médecin prescrivit de l’extrait de fougère mâle ; le malade rendit des fragments assez considérables, mais la tête n’avait pas été éliminée. M. Créquy ordonna alors du calomel associé à l’extrait de fougère mâle ; le malade rendit alors ce qui restait du tænia avec la tête elle-même.
M. Blondeau demande si dès le début, alors qu’on avait administré l’extrait de fougère mâle seul, on avait eu soin de prescrire ensuite un purgatif.
M. Créquy répond qu’il l’ignore.
M. Constantin Paul a eu, depuis la guerre principalement, de nombreuses occasions de traiter dés. malades atteints de tænia. Dernièrement, dans son service à Thôp.ital de Lariboisière, il a administré à une malade 60 grammes dé
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graine de courge en émulsion; il s’agissait d'untænia inerine qui a élé rendu dans la première garde-robe. La malade .avait rendu de simples cucurbitins, et non de grands fragments comme quand il s’agit du tænia armé. L’examen microscopique confirma le diagnostic. Presque en même temps, JVl. Constantin Paul relevai! deux insuccès à la suite du même traitement.
M. Féréol répond qu’en effet les ténicides ont une grande irrégularité d’action. Il a eu à traiter une malade phthisique atteinte du tamia. Il a ordonné sans aucun succès de la teinture de kamala, tandis qu’avec la graine de courge administrée quelques jours après, le succès a été complet.
M. Constantin Paul a reçu du mussena en écorce; il a voulu s’assurer de l’action de celle substance. Il l’a essayée sur des malades à la dose de 60 grammes, sur d’autres'de 120 grammes ; il a varié les modes d’administration, mais toujours sans succès. Il ajoute que d’ailleurs celte médication n’est ni sérieuse ni pratique.
M. Blondeau cite un fait personnel. Atteint de tænia, il a pris de la graine de courge; il n’a rendu que des cucurbitins, mais non la tête ; il y a deux ans de cela, et depuis cette époque il n’en a jamais été incommodé.
M. Féréol cite un fait semblable; une malade à la suite d’un traitement rend des fragments de tænia, mais non la tête : depuis deux mois elle ne présente plus aucun symptôme de cette affection ; on voit en effet assez souvent des malades ne plus être incommodés, alors même que la tète n’a pas été rendue.
M. Limousin. La teinture de, kamala échoue presque toujours complètement; les résultats sont un peu meilleurs lorsqu’on emploie la poudre : c’est donc cette dernière qu’on devrait employer de préférence; mais il ne faut pas se faire d’illusion, ce mode de traitement est très-infidèle, il donne presque toujours des résultats négatifs.
M. Vigier a vu ce médicament donner de meilleurs résultats: dans six cas, avec la dose de 5 grammes de kamala, il y a eu six succès; celte année cependant il a constaté un insuccès. La dose de 5 grammes est facile à faire prendre.
M. Limousin. Le cotisso agit moins sûrement qu'autrelois. Est-ce parce qu’il s’agitdu tænia inerine? Aujourd’hui, ce tænia est en effet de beaucoup le plus fréquent; autrefois au contraire on avait à faire, dans la majorité des cas, au tænia armé.
M. Crèquy fait remarquer que lorsqu’un individu n’a pas rendu la tête de son tænia, s’il se passe six mois sans qu’on constate des cucurbitains dans les matières, c’est qu’il est guéri.
M. Duchenne a vu un grand nombre de taenias chez des agents de la préfecture de police ; dans quinze cas, le remède de Nouffer a donné des résultats favorables : la formule de M"10 Nouffer est la suivante :
Calomélas . 0,5
Résine de scammonée . 0,5
fiomme-gulle . 0,5
Confection d'hyacinthe . q. s.
En trois bols à un quart d’heure do distance entre chacun.
— M. Constantin Paul a. fait des expériences sur la quantité nécessaire d’huile de ricin pour obtenir des effets purgatifs : les doses varient entre 4 grammes et 30 grammes, et cependant, d’autre part, quelques graines de ricin peuvent occasionner des accidents cholériformes. Les graines doivent donc renfermer un agent plus purgatif que celui qui est contenu dans l’huile, et surtout plus irritant, ainsi qu’il a pu s’en assurer sur divers malades.
M. Vigier. C’est l’écorce de la graine qui contient le principe drastique, ainsi 50 centigrammes de ce tégument
purgent très-violemment; il ajoute que ce principe n’a p'as été isolé.
M. Limousin a vu un empoisonnement de tout un troupeau de porcs qui avaient mangé du tourteau de ricin, privé du principe drastique du tégument.
M. E. Labbé. L’huile de ricin est un peu délaissée depuis l’introduction de l’eau d’Hunyadi-Janos, et cependant dans certaines affections, dans l’embarras gastrique par exemple, l’huile de ricin est de beaucoup préférable aux eaux salines, quelle que soit leur origine. M. Limousin demande quel est le principe actif contenu dans l’huile de ricin.
M. Constantin Paul répond que d’abord l’huile de ricin purge en tant que corps huileux. Ce ne sont pas les médecins qui ont substitué les eaux minérales purgatives à l’huile de ricin, mais bien les malades qui tantôt ne peuvent supporter l’huile et les vomissements, tantôt ne la prennent qu’avec une grande répugnance, tandis que les eaux sont absorbées avec facilité et le plus souvent sans dégoût.
M. Limousin. Un moyen commode d’administrer l’huile de ricin, ce sont les capsules Teilz, de Saint-Pétersbourg. Ces capsules sont grosses comme de petits œufs de pigeons ; les parois, formées de parties égales de glycérine cl de gélatine, sont très-flexibles et se moulent assi'z facilement sur les parois du pharynx pour pouvoir être avalées sans provoquer aucun mouvement réflexe de régurgitation. Une seule capsule réussit à provoquer plusieurs garde-robes.
M. Constantin Paul demande à M. Limousin si dans ces capsules d’huile de ricin il n’y a pas une petite parcelle d’huile de croton.
M. Limousin répond qu’il n’a jamais entendu parler d'accidents irritants, comme ceux que provoque l'huile de. croton, à la suite de l’usage de ces capsules dont l’emploi commence à se généraliser.
BIBLIOGRAPHIE
Maladies >1» système nerveux. Leçons faites à la Faculté de médecine de Montpellier, par le docteur J. Grasset, t. II. — Montpellier, 1879. G. Coulet.
Nous avons annoncé, dans un précédent article (1878, n" 51, p. 519), la publication du premier volume de cet utile et intéressant ouvrage. M. Grasset y avait successivement passé en revue «. les divers actes morbides, soit anatomiques, soit fonctionnels, qui peuvent être réalisés dans le cerveau, la moelle et les méninges », c’est-à-dire les altérations anatomiques et les manifestations symptomatiques qui sont sous la dépendance d’une lésion déterminée de ces organes.
Dans son second volume, l’auteur étudie les « actes morbides périphériques », c’est-à-dire les névralgies, les paralysies, les spasmes; puis les névroses; enfin les manifestations morbides que déterminent sur le système nerveux les maladies générales ou les diathèses (syphilis, tuberculose, fièvre typhoïde, etc.). Il serait trop long de passer successivement en revue tous ces divers chapitres pour montrer ce que les recherches personnelles de l’auteur y ont introduit de considérations neuves et originales. On lira avec intérêt les pages consacrées à l’élude de l’hémiatrophie faciale progressive dans ses rapports avec la sclérodermie; les chapitres consacrés à l’angine de poitrine et au goitre exophthalmique, à l’asphyxie locale on à la gangrène symétrique des extrémités, au mal perforant plantaire, etc. Ce sont là des sujets que l’on ne trouve traités d’ordinaire que dans des monographies spéciales et qui n’occupent pas dans les ouvrages classiques sur les maladies du système nerveux une place à part. Tous les chapitres de l’ouvrage sont d’ailleurs très-consciencieusement traités, et nous n’hésitons point à affirmer qu’après avoir lu, la plume à la main, la plupart des monographies ou des
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livres consacrés à l’étude des maladies du système nerveux, M. Grasset les a résumés de manière à tracer devant ses élèves un tableau aussi complet que fidèle de la science contemporaine. Mais si nous ne pouvons suivre pas à pas l’auteur et faire, à propos des sujets qu’il traite, les observations ou les critiques que son livre nous suggère, au moins voulons-nous signaler sa méthode, le plan qu’il a adopté pour la rédaction du Traité de pathologie interne, qu’il complétera certainement un jour, et les principes qui l’ont guidé et qu’il défend avec une conviction entraînante.
Dans son introduction, M. Grasset reproduit, pour les réfuter, au nom du vitalisme montpelliérain, dont il se fait l’interprète, les doctrines exposées par M. Jaccoud dans la leçon d’inauguration de son cours de pathologie interne. Il attaque avec vivacité, mais non sans courtoisie, les tendances de l’éloquent professeur de l’Ecole de Paris, et aux reproches que M. Jaccoud adresse à l’antiquité, il répond en critiquant à son tour les classifications et la méthode du représentant des tendances qui prévalent aujourd’hui dans l’enseignement de la pathologie médicale.
En lisant attentivement celle première leçon du jeune professeur de Montpellier, il nous a semblé que la plupart de ses arguments étaient excellents lorsqu’il combat ses adversaires, excellents encore lorsqu’il expose son plan et ses principes de classification; mais qu’il n’est pas besoin de faire intervenir, avec l’Ecole de Montpellier, « la force vitale»; qu’il n’est point nécessaire surtout d’admettre que « dans la pneumonie, avant l'inflammation du poumon, il y a eu altération de la force vitale, » pour comprendre, classer et décrire les maladies suivant la méthode que préconise l’auteur. Nous voudrions essayer de le faire voir en quelques lignes, espérant prouver ainsi que rien n’est moins indispensable en médecine que la croyance à un principe scientifique absolu.
M. Grasset reproche à M. Jaccoud d’avoir méconnu en les critiquant le mérite des classifications anciennes. 11 y aurait bien des réserves à faire à ce: sujet ; mais nous admettons volontiers que cette critique a été, en effet, trop sévère et surtout trop sommaire. Il lui reproche ensuite et surtout de n’avoir tenu compte que du siège anatomique des lésions et d’avoir écrit celte phrase: « En pathologie, comme en clinique, ce qui crée des analogies, ce qui établit les dissemblances, c’est la question de siège et non la question de nature. ». Nous nous associons encore à tous les arguments que développe M. Grasset pour montrer qu’il y a plus de rapports « entre deux maladies de même nature, quelque disparate que soit leur siège, qu’entre deux maladies siégeant dans le même organe, mais de nature différente. » L’altération de tissu, la lésion anatomique n’est en effet qu’un des caractères, un symptôme interne de la maladie. Elle ne saurait suffire à la spécifier. Prétendre classer toutes les maladies en ne tenant compte que des lésions matérielles ou fonctionnelles, c’est, comme Fa écrit il y a plus de quinze ans l’un de nos maîtres les plus aimés, « c’est détruire des unités morbides parfaitement caractérisées par leurs causes...; c’est disséminer, pour décrire comme maladies distinctes, leurs manifestations les plus caractéristiques, par cela seul qu’elles se produisent à la fois ou successivement sous différentes formes et dans différents organes. Impossible de tracer ainsi une histoire compréhensible et vraie de la syphilis, de la maladie scrofuleuse, de la goutte, du rhumatisme, etc. » (Schutzenberger : Des principes de spécification des maladies. Strasbourg, 1864).
L’organicisme ainsi compris est certainement passible de nombreuses objections, et nous sommés convaincu que M. Jaccoud serait le premier à en reconnaître le bien-fondé si la question doctrinale des classifications était envisagée par lui dans son ensemble. En adoptant la méthode de classification dite anatomique ou anatomo-physiologique, M. Jaccoud a surtout voulu s’opposer à la classification nosologique, qui, presque toujours, a été trop hâtivement établie sur des
conceptions idéales qui ne répondent à aucune notion scientifique rigoureuse. Certes nous admettons que l’anatomisme et le physiologisme ont été parfois, qu’ils restent encore trop exclusifs ; nous reconnaissons que la lésion organique ne peut à elle seule rendre compte de la maladie ; mais nous nous associons à M. Jaccoud pour combattre plus énergiquement encore les doctrines qui ne s’appuient, pour établir les classifications des maladies, que sur des imaginations, c’està-dire des idées à priori.
Parler de maladies affectives ou de maladies réactives ne nous semble pas beaucoup plus clair que de se contenter des termes d’induration, de ramollissement ou d’ulcération pour caractériser les processus anatomiques que l’on observe dans le cours de certaines maladies. Ce n’est donc pas en dissertant sur les altérations de la force vitale que l’on arrivera à mieux connaître et surtout à mieux classer les maladies. Bien que ce mot, dit M. Grasset, « n’entraîne aucune idée ontologique, encore moins substantielle, et qu’il exprime seulement le fait de l’unité et de la spontanéité qui se retrouve au fond de tous les actes de l’organisme humain, » ce mot nous paraît inutile à invoquer quand il s’agit d’établir les principes qui doivent servir de base aux classifications des maladies. « Avant d’invoquer l’intervention de la volonté ou de la spontanéité de la cause première, dit M. Schutzenberger, du Dieu qui créa le monde et de la force première qui préside au développement d’un ordre particulier de phénomènes, le médecin demande que ces phénomènes soient étudiés en eux-mêmes et dans toutes leurs conditions de phénoménalité et de causalité. La lésion n’est qu’un caractère des maladies: d’accord; elle n’est qu’un effet ; elle est l’effet de la spontanéité vitale, impressionnée, affectée, réagissante : d’accord ; mais entre le tissu ramolli, infiltré de sang et d’éléments plastiques, ou induré, ulcéré, et la vie affectée ou réagissante qui produit tout cela, n’y a-t-il pas tout un monde de phénomènes subordonnés les uns aux autres ? N’y a-t-il pas le mode du développement, de l’évolution morbide elle-même? Cette évolution connue, mise à découvert, ne pourra-t-elle pas fournir à la spécification du mode morbide une donnée plus exacte que les dénominations vagues de phlogose, d’induration, de ramollissement, de tuberculisation... ou que celle plus vague encore d’affection et de réaction, etc. ?»
Et M. Schutzenberger conclut dans les termes suivants : « Le principe vital est la dernière raison d’être logique de toutes les manifestations organiques, de la santé, des maladies et de leur guérison. Mais, pas plus que l’idée du principe créateur et conservateur ne livre la connaissance du monde, des lois qui le régissent et des phénomènes qui. s’y passent, la conception du principe vital ne fournit la notion des lois et des phénomènes de l’organisme vivant. Ce n’est qu’en étudiant les manifestations de la vie en elles-mêmes dans toutes leurs conditions de causalité et de phénoménalité, que l’on peut apprendre à les connaître et à les comprendre. » Il nous a paru intéressant d’opposer ces idées à celles que défendent à des points de vue différents le professeur de pathologie interne de l’Ecole de Paris, et le professeur de l’Ecole de Montpellier.L’Ecole de Strasbourg, dont M. Schutzenberger a été l’un des maîtres les plus éminents, n’a jamais fait grand bruit des principes qui présidaient à son enseignement; on l’a toujours considéi’ée comme surtout préoccupée de former des médecins praticiens, et ce n’est pas sans un certain dédain qu’on l’a souvent traitée. Il importait de montrer combien ses doctrines ont été d’accord avec ses pratiques, et de les opposer à des théories plus exclusives, plus autoritaires, sinon plus rationnelles.
Quant au plan adopté par M. Grasset, il n’est point sans offrir un intérêt réel. L’auteur admet, en effet, trois classifications distinctes: la classification anatomique, la classification physiologique et la classification nosologique ; à ces trois classifications correspondent trois méthodes d’enseignement dont les deux premières sont analytiques et la der-
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nière synthétique. Dans la méthode anatomique on étudie les lésions ou plutôt les processus anatomiques envisagés en eux-mêmes et considérés successivement dans les divers tissus. Dans la méthode physiologique on examine successivement chacun des grands appareils de l’économie, son fonctionnement normal et pathologique, les rapports que ce fonctionnement pathologique peut avoir avec les lésions anatomiques et avec les états morbides. Enfin, dans la méthode nosologique on étudie toutes les vraies maladies, tous les états morbides dans leur évolution synthétique. La première méthode est celle qu’a suivie Grisolle ; M. Jaccoud a adopté et défendu la seconde ; la troisième, dit M. Grasset, est celle que suivaient les anciens ou, du moins, qu’ils essayaient de suivre dans la mesure des connaissances de leur époque. M. Grasset affirme la nécessité d’étudier successivement la pathologie suivant ces trois méthodes. Il aurait pu ajouter qu’il en sera de même aussi longtemps que la pathologie ne sera pas définitivement constituée, aussi longtemps que le cadre nosologique subira les transformations que lui imposent les progrès de la science contemporaine. Peu à peu le jour se fera et cette méthode pourra être simplifiée, mais, pour le moment, il importe, en effet, de tenir compte de tous les éléments que peut fournir à une étude synthétique une science fragmentaire et en voie d’évolution.
Nous ne pouvons mieux terminer ces remarques qu’en assurant tous les médecins et tous les étudiants de l’intérêt et du profit qu’ils trouveront à la lecture de ce nouveau volume. La Faculté de Montpellier ne pouvait confier à un professeur plus laborieux et plus distingué le cours complémentaire dont M. Grasset vient de publier les principales leçons. Nous lui souhaitons de s’attacher prochainement par des liens plus indissolubles un jeune maître qui saura honorer l’Ecole à laquelle il appartient, en conciliant les traditions du passé avec les conquêtes du présent et les espérances de l’avenir.