L. Leroy
Société de biologie.
Présentation d'animaux porteurs de lésions expérimentales de la moelle : M. Laborde. — Aphasie et paralysie générale : M. Magnan. — Déviation conjuguée des yèux et rotation de la tête : M. Landouzy. — Racine descendante du trijumeau : M . Mathias Duval. — Nerfs sensibles du cœur : M. François-Franck.
M. Laborde présente le jeune chat dont il a parlé dans la séance précédente, et auquel il a sectionné les cordons postérieurs de la moelle. La conductibilité des impressions sensitives n’est nullement interrompue. Par contre, il présente un second animal auquel il a coupé, outre les cordons blancs postérieurs, les cornes postérieures. Les régions dont les nerfs naissent de la moelle au-dessous de la section sont absolument anesthésiées.
— M. Magnan, revenant sur une communication antérieure, rappelle que M. Billaud a publié une observation d’aphasie au cours de la paralysie générale. Cette observation, que M. Magnan avait omis de signaler, est d’ailleurs postérieur^ à celle de M. Hanot, auquel la priorité appartient.
— M. Landouzy offre à la Société son mémoire sur la déviation conjuguée des yeux et la rotation de la tête, et en résume les points principaux. Ce double phénomène s’associe fréquemment à des troubles moteurs portant sur une moitié du corps et consécutifs à des lésions cérébrales; mais il s’y associe de façon différente. Dans les cas d’hémiplégie, le malade, suivant les formules employées, se détourne de ses membres paralysés et regarde sa lésion; dans les cas de convulsion, d’épilepsie jacksonienne, il regarde ses membres convulsés et se détourne de sa lésion. Les muscles qui entrent en jeu pour produire ces divers mouvements doivent être soigneusement déterminés. S’agit-il d’épileptiques, la tête est tournée vers les membres convulsés par le sterno-mastoïdien et le trapèze du côté opposé, qui sont les seuls muscles convulsés, tandis que les mêmes muscles du côté convulsé restent inertes; et chez ces ^malades le droit externe du côté convulsé et le droit interne du côté opposé produisent la déviation oculaire. Par contre, s’agit-il d’hémiplégiques, ce seront le sterno-mastoïdien, le trapèze et le droit interne du côté paralysé qui, conservant seuls leur tonicité, tourneront vers la lésion la tête et les yeux du malade. Si l’on admet, comme les faits tendent à le prouver, qu’il existe des centres corticaux rotateurs de la tête et des yeux (centres situés peutêtre au pied du lobule pariétal inférieur); si l’on admet que ces centres sont excités par les lésions irritatives qui produis sent l’épilepsie jacksonienne et détruits par celles qui déterminent l’hémiplégie, il faudra conclure que, contrairement aux lois habituelles de l’innervation, le sterno-mastoïdien, le trapèze et le droit interne de l’œil sont sous la dépendance de l’hémisphère cérébral du côté même où ils sont situés. Pour le muscle droit interne, les recherches de MM. Graux,
28 Novembre 1879 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE
Mathias Duval et Laborde ont montré qu’il était influencé dans ses mouvements associés par le noyau de la sixième paire du côté opposé, et expliquent ainsi l’apparente anomalie qui le concerne. Mais pour les muscles du cou, la question reste entière. Des faits qu’il serait trop long de rapporter ici permettent de mettre hors de cause les nerfs du plexus cervical. Reste le spinal, dont il s’agit de démontrer les relations avec l’hémisphère de son côté, tes lésions qui produisent la rotation de la tète pouvant siéger sur l’écorce même, dans le centre ovale, dans la capsule et les ganglions cérébraux, dans les pédoncules et même dans la partie supérieure de la protubérance, permettent de suivre le spinal à la trace jusqu’à ce niveau. Mais que devient-il entre ce point et son émergence au bulbe? Il ne reste pas, comme on pourrait le croire, constamment du même côté de la ligne médiane. Une observation de M. Desnos montre, en effet, qu’unc lésion destructive de la protubérance à sa partie inférieure a produit la rotation de la lêle du côté de l’hémiplégie, fait qui ne peut s’expliquer qu’en admettant que le spinal passe à cette hauteur dans le côté opposé à celui qu’il occupe dans les1 centres nerveux pour revenir ensuite du même côté.
M. Mathias Durai reconnaît l’exactitude des faits énoncés par M. Landouzy, mais il croit que, relativement à la rotation de la tête, ils sont susceptibles d’une autre interprétation. Pourquoi ne pas admettre que le noyau du spinal, d’un côté, envoie des filets au sterno-masloïdien du côté opposé? Il y aurait ainsi une analogie complète entre la distribution des spinaux et celle des nerfs moteurs des yeux. Hypothèse pour hypothèse, M. Duval préfère à celle de M. Landouzy celle qu’il vient d’exposer, et qui se rattacherait peut-être à l’explication générale des mouvements associés dans les deux moitiés du corps.
M. Laborde regrette que l’expérimentation semble devoir être insuffisante pour juger cette question. L’action du sternomasloïdien est différente chez plusieurs animaux, notamment chez le chien, de ce qu’elle est chez l’homme. Ce muscle fait tourner la tête de son côté.
— M. Mathias Duval. L’extension des névralgies aux territoires de deux nerfs voisins a été expliquée, soit par les anastomoses périphériques signalées par Arloing et Tripier, soit par la contiguïté des noyaux d’origine des nerfs compromis. Celle dernière théorie, soutenue surtout par M. Vulpian, semblait contredite par ce fait que la névralgie faciale est souvent associée à celle du plexus cervical, malgré l’éloignement des noyaux d’origine du trijumeau et des premiers nerfs cervicaux. Or cet écartement est loin d’être aussi considérable qu’on le croit. M. Duval croit, en effet, pouvoir affirmer que le trijumeau pousse à travers la protubérance et le bulbe un prolongement descendant qui peut être suivi jusqu’au voisinage du tubercule de Rolando et se poursuit même jusqu’à la hauteur de l’émergence des premiers nerfs dorsaux.
— M. François-Franck. Le seul nerf sensible du cœur connu jusqu’à présent est 1 e nerf dépresseur de Cyon, petit filet qui se rend par deux rameaux au laryngé supérieur et au pneumogastrique,* et dont les fonctions centripètes sont réveléès par ce fait que l’excitation de son bout périphérique n’entraine aucun phénomène, tandis que celle de son bout central est suivie du ralentissement du cœur et d’un abaissement de la pression artérielle. Mais, en outre de ces effets cardiaques et vasculaire, l’irritation centriprèle de ce nerf produit, si l’animal h’est pas curarisé, une amplitude exagérée des inspirations, qui concourt avec les phénomènes précédents à faciliter la circulation. C’est là un premier point à ajouter à l’histoire des nerfs sensibles du cœur. Indépendamment des effets réflexes produits sur le cœur, la pression et la respiration parles excitations endocardiaques transmises au moyen du nerf dépresseur, il se produit, à la suite des irritations ehdocardiaques, des modifications respiratoires
réflexes qui ne résultent pas d’une transmission centripète par le nerf dépresseur. M. Franck a observé, en effet, qu’après la section de ce nerf dépresseur l’excitation de l’endocarde par une injection de chloral dans le ventricule droit amène immédiatement l’arrêt de la respiration. Ce fait ne saurait être attribué au passage du chloral dans les vaisseaux pulmonaires : il continue à se produire alors même que le cœur est arrêté en diastole par l'excitation du nerf vague. Cette expérience démontre donc que tous les filets sensibles du cœur ne sont pas contenus dans le nerf de Cyon. Les filets centripètes qui interviennent dans les arrêts réflexes de la respiration observés à la suite des irritations endocardiaques sont contenus dans le pneumogastrique lui-même : la section du pnemogastrique au-dessus de ses anastomoses supérieures supprime ces réflexes respiratoires.