X. Arnozan
REVUE DES JOURNAUX
Nouveau procédé pour l’aspiration des liquides
pathologiques, par le docteur Moïse Girard.
Le nouveau moyen proposé par M. Girard pour l’aspiration des liquides pathologiques est d’un maniement fort simple et nous paraît appelé à rendre de grands services.
L’appareil se compose simplement d’un bouchon en caoutchouc, à deux tubulures, pouvant s’adapter à un récipient quelconque, carafe, bouteille, etc., que l’on trouve dans la moison du malade. A l’une des tubulures est fixé un tube aspirateur également en caoutchouc, assez épais pour ne point être déprimé par le vide. L’extrémité de ce tube est munie d’un robinet, de façon à pouvoir s’adapter à la canule d’un trocart. A l’autre tubulure du bouchon s’adapte un autre petit tube en caoutchouc à parois minces, fermé à son extrémité externe et pouvant s’aplatir par l’action du vide opéré dans le récipient. C’est une sorte de manomètre, aussi simple qu’ingénieux, indiquant que le vide est fait et mesurant son degré. Un tube à lavage, pouvant s’adapter par deux branches à la canule du trocart et au tube aspirateur, permet de transformer l’appareil en siphon et de faire successivement l’aspiration et <Tinjection. Enfin, un petit flacon contenant 20 grammes d’éther ou tout autre liquide volatil est joint à l’appareil et peut servir à plusieurs ponctions.
Voici comment on procède pour l’opération :
On verse dans une bouteille quelconque, transparente toutefois, 1 gramme environ d’éther, et J’on ferme par le bouchon de caoutchouc, muni du tube aspirateur laissé ouvert. On plonge aussitôt la bouteille dans un peu d’eau légèrement chaude (l’éther bout à 35 degrés). Aussitôt l’éther se volatilise, se dégage, et la tension de ses vapeurs, vingtcinq fois plus forte que celle de l’eau, chasse en peu de temps tout l’air contenu dans le flacon. Lorsque l’éther vaporisé ne se dégage plus, ce dont on s’assure en tenant plongé dans un verre d’eau l’extrémité ouverte du tube aspirateur, on ferme le robinet de celui-ci, on retire le flacon de l’eau chaude, on le laisse refroidir ou on Thumccle d’eau froide. Les vapeurs d’éther qu’il contient cucore se condensent sur ses parois et
le vide est produit, ce qu’indique l’aplatissement du petit tube à parois molles dont nous avons parlé. Le reste de l’opération est facile à comprendre : on arme le tube aspirateur de sa canule munie d’une aiguille, on fait la ponction, on ouvre le robinet, et le liquide pathologique est aspiré, souvent même avec une grande force, qu’il est prudent de modérer en tournant plus ou moins le robinet. (Revue médicale, 19 juillet 1879.)
De l’emploi de ïlxora dandanca dans la dysenterie,
par le docteur Deb.
L’auteur recommande la racine fraîche de cette plante, qui est très-commune dans l’Inde, comme un excellent remède contre la dysenterie. Il faut employer toute la racine, mais non l’écorce seule, et l’on a trouvé que la racine fraîche était plus efficace que la racine sèche. Le mode de préparation, pour en former une teinture, consiste à broyer grossièrement ia racine ; on fait alors macérer quatre onces de poudre dans une pinte d’alcool rectifié, pendant une semaine, et l’on agite de temps en temps le vase fermé qui la contient. Le liquide est ensuite exprimé et filtré.
On peut encore ajouter au liquide ainsi préparé 12 grammes de poivre long grossièrement pulvérisé, pour en faire une teinture composée. La dose est de 2 à 4 grammes.
Ce médicament est très-efficace dans la dysenterie; mais surtout, comme c’est le cas pour l’ipéca’cuanha, lorsqu’on s’y prend au début du mal. Il possède l’avantage de ne pas provoquer de nausées, et, en outre, il a un goût aromatique et agréable. On l’a donné aussi par doses de 75 centigrammes à lor,50 trois ou quatre fois par jour, et on peut l’administrer en toute confiance aux vieillards. ( Indian med. Gaz., octobre 1878, et Bulletin de thérapeutique, juillet 1879.)
lie l’action physiologique et «les applications thérapeutiques de l’Adonis vernalis, par le dodCUr BUBNOW.
L’auteur a étudié l’action de l’extrait aqueux de Y Adonis vernalis sur le cœur. Ses expériences ont été faites sur des grenouilles. L’action de ce médicament peut se subdiviser en trois périodes : 1° le ventricule se contracte plus fortement; 2° les battements du cœur sont ralentis aux dépens de la diastole, c’est-à-dire que le ventricule reste contracté pendant quelques secondes; 3° il ne se produit plus de diastole du tout, il y a un véritable tétanos cardiaque.
Ce médicament est surtout indiqué quand on lait un long usage de la digitale et que des troubles circulatoires paraissent se développer. On ne doit pas craindre les inconvénients d’une accumulation médicamenteuse, qui ne se produit pas, et l’on peut employer de fortes doses. ( Journal des sciences médicales de Louvain, décembre 1878.)
BIBLIOGRAPHIE
Recherches expérimentales sur le processus inflammatoire dans les muscles striés, au point de vue de
l’anatomie pathologique, par M. Marquet. Thèse inaugurale, Nancy, 1879.
M. Marquet a voulu, par l’expérimentation, éclairer un point peu connu d’anatomie pathologique et de clinique ; nous n’hésitons pasà l’en féliciter. C’est une tentative sérieuse, faite dans un bon esprit, et cela nous suffit. L’auteur a compris, eu effet, que c’est par l’expérimentation
5 Décembre 1879
que la médecine actuelle doit progresser ; qu’après les conquêtes faites dans celte voie par les Magendie, les Bernard, les Longet, les Vulpian, c’est dans les recherches expérimentales que se trouvera la solution des problèmes non résolus, malheureusement encore si nombreux. Une thèse de pathologie expérimentale est une bonne fortune trop rare pour que nous négligions d’en rendre compte, fût-elle un insuccès; à plus forte raison le devons-nous quand le travail est soigné, les recherches contrôlées, les résultats sérieux. Tel est le cas de M. Marquet, tel est le jugement d’ensemble que méritent ses recherches expérimentales sur l’inflammation des muscles striés.
Quiconque a cherché, si peu que ce soit, à reproduire expérimentalement des altérations pathologiques se rapprochant de celles dues à des processus morbides spontanés, sait de combien de difficultés ces recherches sont entourées. Ce n’est que par un contrôle sévère qu’on peut donner de la valeur aux résultats obtenus : sous ce rapport, l’inflammation des muscles striés, processus relativement rare en clinique, offrait des difficultés spéciales. Comment l’auteur les a-t-il évitées? Il a pensé que le meilleur moyen consistait, en quelque sorte, à saisir sur un même sujet, sinon sur un même muscle, le processus inflammatoire à ses différentes périodes, depuis l’état congestif qui succède à l’expérience, jusqu’à la terminaison, par suppuration ou cicatrisation fibreuse ; et pour atteindre ce but, il a, sur un même chien, pratiqué de nombreuses expériences à des moments différents, de sorte que quand il a sacrifié l’animal, il a eu entre les mains des lésions d’âge différent.
Les expériences assez nombreuses faites par M. Marquet l’ont amené à formuler des conclusions que nous résumerons, car elles exposent bien l’état actuel de la science sur l’inflammation des muscles striés.
Il résulte, en effet, d’examens nombreux, que ce n’est pas dans le tissu musculaire lui-même, mais dans la trame conjonctive, que commence le processus inflammatoire. Quand au moyen d’un traumatisme prolongé on provoque un processus irritatif dans un muscle, l’action ne se fait pas sentir sur les éléments musculaires, mais tout d’abord sur le protoplasma des éléments conjonctifs. « Ce protoplasma augmente de volume et devient granuleux. Ainsi modifié dans sa forme et dans ses rapports, il se comporte différemment suivant sa constitution moléculaire et chimique, qui varie par suite dedispositions dialliésiques permanentes ou passagères, aussi bien que par suite de la durée et de l’intensité de l’action traumatique. C’est ainsi que nous le voyons parfois subir d’emblée la dégénérescence albumino-graisseuse qui le rend très-facilement résorbable; d’autres fois naissent dans l’intimité du protoplasme, soit par division des noyaux primitifs, soit par segmentation multiple de sa masse, soit par un phénomène de genèse directe, des corpuscules inhabiles à prendre le type de n’importe quel tissu jeune. Ces corpuscules en quelque sorte mort-nés constituent la. caractéristique de la suppuration. Souvent, enfin, se montrent des noyaux embryoplastiques, dont les uns subissent la dégénérescence 'granulo-graisseuse et se résorbent, tandis que les autres deviennent le centre de génération de fibres lamineuses et assurent ainsi la cicatrisation définitive. » Ce n’est que consécutivement et par la marche du processus irritatif que les fibres musculaires elles-mêmes sont atteintes et les altérations qu’elles présentent ne sont pas à proprement parler des produits d’inflammation, mais bien plutôt des lésions de nutrition produites par les troubles circulatoires, dont leur stroma conjonctif est le siège ; ce sont donc des dégénérescences et non de véritables myosites.
L’auteur annonce qu’il poursuivra ce travail ; les prémisses nous permettent d’attendre un mémoire important ; nous espérons qu’il soumettra à la critique expérimentale la régénération du tissu musculaire, qui est le modedecicatrisalîon qu’on voudrait toujours obtenir.
En résumé, la thèse inaugurale de M. Marquet est un bon travail, intéressant, sévèrement contrôlé ; de sorte qu’arrivé à la fin de cette étude, nous félicitons de nouveau l’auteur d’avoir choisi un sujet de pathologie expérimentale. C’est dans le laboratoire et sur les indications de M. le professeur Feltz que le docteur Marquet a fait ses recherches ; c’est une garantie de plus de l’exactitude des faits quoique le travail soit bien personnel.