II. Ciiouppe
Index bibliographique.
Hémiplégie faciale, paralysie de la septième paire, essais de SÉMÉIOTIQUE, par M. Denis Augé. In-8 de 70 pages, avec une planche chromolithographiée. — Paris, 1879. V. Adrien Delahaye et Cic.
La paralysie faciale est une des plus fréquentes parmi les paralysies partielles; elle présente un grand intérêt, non-seulement par elle-même, mais comme symptôme dans le cours d’affections complexes. C’est surtout sous ce dernier aspect que l’étudie M. Augé; nous allons donner un résumé des idées de l’auteur, qui, du reste, sont basées sur des observations bien prises. Il divise l’hémiplégie faciale en trois groupes, d’après le siège de la lésion : 1° paralysie funiculaire; 2" paralysie bulbo-prolubérantielle; 3° paralysie faciale d’origine cérébrale. Considérées sous le rapport de leurs causes, les paralysies funiculaires se divisent en : intracrânienne, intratemporale, mastoïdienne, parotidienne, souscutanée. Les paralysies intracrâniennes sont produites par tumeur ou méningite ; les inlralemporalespar fracture du crâne, carie du rocher, lésions de l’oreille, rhumatisme; les mastoïdiennes sont celles que produit le forceps sur les nouveau-nés. Les deux derniers groupes sont produits par le froid ou un traumatisme. Les paralysies bnlbo-protubérantielles sont intrinsèques ou extrinsèques. L’hémiplégie faciale, qui est due à des lésions cérébrales, peut se diviser en : 1° pédonculaire, par tumeur, hémorrhagie ou ramollissement; 2° hémisphérique, due aux mêmes causes; dans les deux cas, on trouve des troubles musculaires et sensitifs croisés, et, dans le second cas, il y a le plus souvent des troubles moteurs du membre supérieur; 3° hémiplégie de cause corticale qui s’accompagne d’aphasie, de troubles moteurs croisés, variables d’étendue, suivant l’importance môme de la lésion.
ÜE la syphilis infantile acquise, par M. le docteur Alfred Pontet. In-8 de 50 pages. — Paris, 1879. V. A. Delahaye et C10.
Les cas de syphilis communiquée à l’enfant sont loin d’ôlre rares; cependant, un mémoire qui étudie bien quelques particularités n’est pas une redite : c’est là le cas du travail de M. Pontet. Nous y trouvons plusieurs observations inédites, bien résumées. Mais nous ne pouvons pas donner une idée du tout; nous nous bornerons à parler du diagnostic. On peut commettre deux sortes d’erreur, soit eu croyant à l’existence d’une syphilis qui n’existe pas, soit en méconnaissant une syphilis qui existe. C’est, le plus souvent, l’existence d’une lésion des organes génitaux chez 1 enfant qui fait croire qu’il existe une syphilis, et alors, surtout chez les petites fûtes, l’erreur, ainsi que fauteur en rapporte des exemples, peut avoir des conséquences graves. Les lésions des organes génitaux qui simulent surtout la syphilis sont : l’eclhyma, l’herpès, et quelquefois des végétations. 11 faut toujours attacher une importance très-grande à l’état des ganglions inguinaux, car, dans bien des circonstances, c’est uniquement cet état qui éclaire le diagnostic. A la suite d’un attentat à la pudeur consommé, au milieu des lésions matérielles nombreuses qu’on observe, il est bien difficile, souvent, de savoir s’il y a des lésions syphilitiques; mais, s’il n’y a pas de lésions syphilitiques, il n’existe pas d’engorgement des ganglions inguinaux, ou bien, s’il existe, il est inflammatoire, isolé et douloureux au lieu d’ôlre multiple, sous forme de chaîne et indolent.
5 Décembre 1819 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE
VARIÉTÉS
Chronique de l’etranger.
Russie: les femmes-médecins; secours médicaux dans les provinces; ÉTAT SANITAIRE DE LA PROVINCE DE SAINT-PÉTERSBOURG;
STATISTIQUE MÉDICALE; CONGRÈS DE ZEMSTROS. — SUISSE : STATIS¬ TIQUE DES MARIAGES, DES NAISSANCES ET DES DÉCÈS ; LE VAISSEAU
TRANSPORT « LE SHAMROCII. »
Nous avons déjà parlé des progrès qu’avait faits la question des femmes-médecins en RussiOj où le gouvernement était parfaitement résolu à encourager les femmes qui se disposaient à étudier et à exercer sérieusement la médecine. A Saint- Pétersbourg des cours spéciaux ont été créés, et plusieurs étudiantes russes suivent en ce moment les cours de notre Faculté de Paris. Néanmoins la question n’est pas encore résolue d’une façon définitive dans toutes les provinces de la Russie, et les populations commencent à s’impatienter de ce retard. Les médecins y sont si rares et les maladies de toute espèce si nombreuses, que le besoin de se procurer l’assistance médicale l’emporte sur toute autre considération. Les hommes ne redoutent pas la concurrence des femmes et ne s’opposent aucunement à leur céder une part de la besogne commune. Pour se rendre compte à quel point ce besoin est urgent, il faut considérer la manière dont les choses se passent dans les campagnes, et du rôle important qu’y jouent jusqu’à présent les sorciers et les charlatans. Tout ce qu’on a pu faire contre eux n'a servi à rien, et lors môme qu’un sorcier ou un charlatan occasionne la mort d’un malade et se voit traduit pour ce fait devant les tribunaux, les paysans ne lui retirent pas pour cela leur confiance.
Un procès de ce genre a révélé tout récemment quelques-uns des procédés parfois fort ingénieux dont se servent avec succès ces devins de village. Si les paysannes ne connaissent pas les vapeurs des dames de la société, elles possèdent, en revanche, une imaginai ion fertile, et se figurent avoir des maladies non moins difficiles que les vapeurs à guérir parun véritable 'médecin. C’est ainsi que dans quelques provinces du sud existe cette croyance fort étrange, que lorsqu’on s’endort avec une grande soif, comme on en éprouve après un rude travail aux champs pendant les chaleurs, et qu’on satisfait cette soif en rêve, c’est qu’un serpent vous est entré par la bouche entr’ouverte en vous causant une sensation agréable de froid. Une paysanne à laquelle une pareille aventure était arrivée, c’est-à-dire qui avait bu de l’eau en songe, ne douta pas un moment de la présence du serpent dans son corps et ne tarda pas à en ressentir les effets. Elle en tomba malade, dépérit visiblement et se prépara à la mort. Alors ses amis lui donnèrent l’adresse d’une sorcière dont les cures étaient réputées infaillibles. Cette dernière, après l’avoir interrogée, confirma ses soupçons sur la présence du serpent, mais promit de l’en délivrer. Elle lui fit prendre quelques remèdes, entre autres un vomitif, et une couleuvre sortit effectivement de son gosier. La malade fut guérie et en eut naturellement la plus vive reconnaissance à la sorcière. Plus tard, quand d’autres traitements moins innocents donnèrent lieu à une enquête, la sorcière avoua qu’elle avait usé d’un subterfuge et que la couleuvre n’avait jamais été dans le corps de la femme malade. Malheureusement pour elle, la guérison ne s’obtenait pas toujours aisément, et elle avait eu recours à des poisons dont elle ne connaissait pas bien les propriétés. Sa carrière finit donc par une condamnation à la déportation ; mais les paysans de la localité ne lui en conservèrent pas moins un excellent souvenir et regrettèrent infiniment d’être privés dç ses services. Ils avaient raison à leur point de vue : lorsqu’on supprime les charlatans, le moins qu’on puisse faire, c’est de les remplacer par des médecins; et quand ces derniers manquent, comment ne regretterait-on pas les docteurs de contrebande ?
Dans une autre circonstance plus récente, les paysans russes ont brûlé vive une femme qui exerçait illégalement la médecine et qui, après avoir joui d’une vogue considérable comme guérisseuse, avait fini par acquérir la réputation d’une sorcière malfaisante. Le tribunal a sévi sur les coupables avec une grande modération, prenant en considération ce fait qu’il était difficile de faire peser la responsabilité individuellement sur les véritables auteurs du crime, et que les populations rurales, dépourvues de soins médicaux, se trouvent dans une ignorance aussi profonde que regrettable.
Pour en revenir aux médecins-femmes, nous apprenons par la Gazette médicale de Saint-Pétersbourg que la commission chargée d’examiner quelle sera l’étendue de la pratique médicale accordée aux femmes munies d’un titre régulier, n’a pas encore terminé ses travaux, mais que dans tous les cas le gouvernement n’a pas l’intention d’interdire le droit de pratique.'Nous croyons savoir que la majorité de la commission n’est pas pour l’équivalence complète des études et des diplômes ; il faut attendre, en conséquence, la publication de son rapport et la decision du gouvernement, la question étant loin d’être résolue définitivement.
11 suffit,' pour juger de la pénurie des secours médicaux en Russie et de la nécessité d’accepter le concours des femmes, de consulter les documents officiels. Dans le compte rendu de l’état sanitaire de la province de Saint-Pétersbourg (la capitale non comprise), nous constatons que le personnel médical de la province s’élevait en 1877 à 26 médecins, 5 aides, 72 officiers de santé, 4 femmes-médecins, 18 sages-femmes de première classe et 6 sages-femmes de seconde classe.
Ces chiffres sont évidemment insuffisants pour une population de 571 000 habitants, surtout en considération de la faible densité de cette population. Dans les districts les plus éloignés de la capitale, les habitants ont beaucoup de peine à recourir à l’assistance médicale en cas de maladie : pour parer à cet inconvénient, il a fallu établir sur certains points des services de permanence où les malades trouvent en tout temps un médecin et les médicaments dont ils ont besoin ; ces dispensaires contiennent des lits destinés aux sujets atteints de maladies trop graves pour leur permettre de retourner chez eux. On compte en moyenne un lit pour 2000 habitants en temps ordinaire. Dans le courant des années 1876-1877, il y a eu 65 576 personnes soignées dans les hôpitaux, dispen saires et maisons de santé de la province. Pendant l’année 1877, il a été dépensé par les Zemstros 84 183 roubles pour l’entretien du service sanitaire de la province.
Les délégations de Zemstros ont institué des commissions sanitaires, des congrès périodiques des médecins de leur ressort, un bureau de statistique médical permanent, enfin un congrès général pour toute la province. Le compte rendu analyse en détail les questions qui y ont été soulevées. — Voici l’énoncé de celles qui ont été traitées par le congrès général de la province en 1877 : 1° alimentation des eaux potables ; 2“ hygiène des fabriques et établissements industriels ; 3° les écoles primaires au point de vue sanitaire ; 4° des maladies vénériennes dans les campagnes ; ô^de la peste bovine ; 6° des reconnaissances du peuple en matière d’hygiène ; 7° inspection des médecins des Zemstros et punitions en cas de violation des règlements ; 8° des soins à donner aux aliénés ; 9° de la statistique médicale ; 10" de la commission permanente des congés des médecins du Zemstros.
— Il nous paraît intéressant de faire connaître les résultats que vient de publier en Suisse le bureau fédéral de statistique sur les mariages, les naissances et la mortalité de ce pays pendant l’année 1878. Il ressort de ces tableaux que les mariages ont été moins nombreux en 1878 qu’ils ne l’avaient été depuis 1874. De 8,3 sur 1000 habitants en 1874; de 9,0 en 1875; de 8,1 en 1876; de 7,9 en 1877 ; ils n’ont été, en 1878, que de 7,4; pour les naissances et les décès, la différence est moins sensible. Voici du reste les chiffres : en 1874, 30,0 ; en 1875, 31,9; en 1876, 32,9 ; en 1877, 32,1 ; en 1878, 31,5; décès sur 1000 habitants également: en 1874,22,3; en 1875, 24,0; en 1876, 24,2; en 1877, 23,5; en 1878 enfin, 23,4.
L’excédant des naissances sur les décès est représenté par le chiffre 8,1 pour 100.
— Nous avons parfois entretenu nos lecteurs des moyens employés dans la marine anglaise pour le transport des troupes destinées aux guerres de l’Afghanistan et du Cap, et surtout pour le transport des malades et des blessés.
L’amirauté anglaise avait organisé de véritables vaisseauxhôpitaux admirablement aménagés. Nous apprenons avec plaisir que la France a suivi cet exemple et vient de faire construire un transport modèle, le Shamrock, qui sera surtout destiné à porter des troupes en Cochinchine et à ramener en France des malades et des convalescents : c’est un transport-hôpital , mais en temps de guerre et pour de courtes traversées, il pourrait transporter un grand nombre d’hommes, de chevaux et de matériel. Le Shamrock vient de termiuer son armement au Havre. Sa longueur entre verticales est de 105 mètres; sa largeur de 15m,35; son creux sur quille au pont des gaillards de 12 mètres; son tirant d’eau moyen en charge de 6m,25, et son déplacement à ce tirant d’eau de 5429 tonneaux.
Décembre 1879
Sa machine a une puissance de 2600 chevaux de 75 kilog. sur les pistons, faisant mouvoir une seule hélice.
L'hôpital proprement dit est divisé en trois parties: l’une pour les blessés, la seconde pour les malades dont l’état est grave ; la troisième pour les malades moins gravement atteints de la dysenterie de Coçhinchine ; ces derniers sont dans des couchettes fixes; les plus malades dans des couchettes à roulis. On peut mettre 36 malades dans des lits à roulis et 100 dans le reste de l’hôpital ; dans la batterie basse, 134 convalescents dans des couchettes, 430 soldats passagers dans des hamacs; enfin 300 hommes d’équipage et 93 passagers de chambre, officiers et sous-officiers, ce qui représente un total de 1093 hommes. En temps de guerre, il transporterait facilement 2000 hommes. A l’avant du pont se trouvent : des parcs pouvant contenir 8 bœufs, 2 chevaux, 40 moutons, 600 volailles, une buanderie, une boucherie et une salle de propreté, pour donner des douches à l’équipage les jours de grande chaleur.
Le Shamrock, commandé par l’Etal à la Société des chantiers de la Méditerranée, avait été mis sur cale le 24 mars 1877 et a été lancé le 17 avril 1878.
Les candidats a la chaire de syphiliographie. — Un paragraphe de l’article' publié par M. Diday dans l’avant-dernier numéro de la Gazette hebdomadaire (feuilleton, colonne 5, paragraphe 3) ayant donné lieu à des interprétations erronées, nous sommes autorisé à déclarer que l 'homonyme désigné dans ce paragraphe était feu Yidal (de Cassis).
Nécrologie. — Chevallier. — L’Académie de médecine vient de perdre un de ses membres les plus anciens, un de ceux dont la cinquantaine académique avait été honorée, il y a quelques années, par le don d’une médaille commémorative. Il était né àLangres le 19 juillet 1793, et faisait partie de l’Académie depuis 1824 (section d’hygiène). 11 était également membre honoraire de l’Académie de médecine de Belgique. On lui doit un Traité des réactifs chimiques (1824), un Dictionnaire des. falsifications des substances alimentaires (1850), un Mémorial de pharmacie, et de nombreux articles sur le houblon, le café, les moules, les allumettes chimiques, etc.
Gerrier. — Le corps médical et l’armée viennent de faire une perle des plus regrettables. M. le docteur Gerrier, médecin-inspecteur, membre du Conseil de santé des armées, commandeur de la Légion d’honneur, est mort le 30 novembre » à l’hôpital du Val-de-Grâce. Dévouement professionnel et désintéressement absolus; connaissances médicales étendues et variées; courage militaire, toutes ces qualités du médecin d’armée, M. Gerrier les possédait au plus haut degré. Ses compagnons d’armes en Algérie, en Crimée, en Chine et en Italie lui seront toujours reconnaissants des services qu’il leur a rendus sans ménager sa santé; ses anciens élèves et camarades garderont le souvenir le plus respectueux de sa bienveillante et affectueuse courtoisie; et les nombreux médecins qu’il a guidés, encouragés et soutenus pendant le siège de Paris et durant la guerre contre la Commune, sentiront vivement ce qu’ont perdu, par sa mort, tous les amis de la médecine militaire qu’il a si longtemps honorée.
Collège de France. — Par arrêté du ministre de l’instruction publique et des beaux-arts, en date du 28 novembre 1879, M. le docteur Albert Hénocque, lauréat de la Faculté de médecine de Paris, est nommé directeur-adjoint du laboratoire de médecine de l’Ecole des Hautes Etudes,: 'an*. Collège de France. Nous nous félicitons de celte nomination, qui,1 sans nous enlever notre collaborateur et ami, lui fournit une occasion nouvelle de continuer les travaux d’histologie normale et pathologique dans lesquels il s’est distingué depuis le début de ses études médicales.
Concours d’agrégation. — Sont désignés pour faire partie du jury du concours de l’agrégation en médecine qui s’ouvrira à Paris le 20 décembre prochain : MM. Vulpian, Charcot, Parrot, Hardy et Peter, professeurs à la Faculté de médecine de Paris ; Damaschino, agrégé à ladite Faculté; Villemin, membre de l’Académie de médecine; Parisot, professeur à la Faculté de médecine de Nancy, et Wannebroucq, professeur à la Faculté de médecine de Lille.
École préparatoire de médecine et de pharmacie de Toulouse. — Par décret eu date du 22 novembre 1879, un concours s’ouvrira, le 31 mai 1880, pour un emploi de suppléant des chaires de chimie, pharmacie et histoire naturelle. Le registre d’inscription sera clos un mois avant l’ouverture dudit concours.
Légion d’honneur. — Est nommé dans cet ordre, au grade de chevalier, M. Roussel (Charles), médecin de première classe de la marine.
État sanitaire de la ville de Paris :
Du 20 au 27 novembre 1879, on a constaté 935 décès, savoir :
Fièvre typhoïde, 32. — Rougeole, 10. — Scarlatine, 1. Variole, 19. — Croup, 12. — Angine couenneuse, 18. — Bronchite, 45. — Pneumonie, 75. — Diarrhée cholériforme des jeunes enfants, 10. — Choléra nostras, 0. — Dyssenterié, 2. — Affections puerpérales, 12. — Erysipèle, 7. — Autres affections aiguës, 223. — Affections chroniques, 415 (dont 159 dues, à la phthisie pulmonaire). — Affections chirurgicales, 28. — Causes accidentelles, 26.
AVIS
MM. les Abonnés de la France à launzctte hebdomadaire qui n’auraient pas renouvelé leur abonnement avant,le 10 janvier prochain sont prévenus qu’une quittance leur sera présentée le 10 février, augmentée de 90 centimes pour frais de recouvrement.
Un mandat collectif, sans frais de présentation quand la somme atteindra 50 francs, sera présenté à la même date à ceux de nos clients qui reçoivent en même temps plusieurs des recueils édités par la maison.
Nous rappelons aux Abonnés de la Gazette hebdomadaire qu'ils ont droit, moyennant m supplément annuel de 8 francs, à recevoir le Bulletin de l’Académie de médecine, publié le dimanche de chaque semaine.
G. Masson, Propriétaire-Gérant.
OUVRAGES DÉPOSES AU BUREAU DU JOURNAL
Élude critique sur les localisations Spinales de la syphilis, par la docteur. L.-L Julliard. Grand in-8 Se 95 pages. Paris, 1879, J.-B.. Baillière et fils. 2 fr. 50 Du redressement des courbures rachitiques des membres inférieurs chez les enfants par l'osléoclasie, par le docteur P. Aysagucr. i vol. in-8, broché. Paris.
Essai sur les symptômes protubéranltels de la méningite tuberculeuse, par lo docteur Drcyfdus. f volV in-8. Paris, V. A. Delaliaye et C". -3 fr- <0
VlNGT-SIXIÈMË- ANNÉE
42 Décembre 1819
GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECIN! TÈT-llE CHIRURGIE
Comité de rédaction : A. DECHANIBRE, président; BLACHEZ, DIEULAFOY, A. HËNOCQUE, L. LEREBOULLET, A.H. MARCHAND
Adresser tout ce qui concerne la rédaction ou siège du Comité, chez M. Dechambre, 91, rue de Lille (avant le mardi de préférence).
TRAVAUX ORIGINAUX
Pathologie interne.
Du PNEUMOTHORAX, SANS COMMUNICATION DE LA PLÈVRE AVEC L’AIR EXTÉRIEUR, CONSÉCUTIF A LA TIIORACOCENTÈSE PAR
aspiration ; mémoire lu à l’Académie de médecine dans sa séance du 25 novembre 1879, par le docteur J. Bucquoy, abrégé de la Faculté de médecine, médecin de l’hôpital Gochin.
Quoiqu’on ne puisse plus mettre en doute la réelle innocuité dè la thoracocentèse, des faits nombreux et bien observés nous ont appris que des accidents sérieux surviennent quelquefois à la suite de cette opération, et lui sont jusqu’à un certain point imputables. Tel est le cas de l’expectoration albumineuse, et de ces morts subites ou rapides observées après la thoracocentèse et signalées récemment dans plusieurs de nos sociétés savantes.
Mais parmi les accidents consécutifs à la thoracocentèse, il en est un qui paraît avoir échappé à l’attention des observateurs, et sur lequel je demande la permission d’appeler celle de l’Académie : c’est le développement d’un pneumothorax pendant ou immédiatement après la thoracocentèse et par le fait même de celte opération.
Il est bien entendu qu’il ne peut pas être ici question de cas dans lesquels une manœuvre maladroite, un vice de l’appareil ou même une perforation du poumon auraient laissé pénétrer accidentellement de l’air dans la cavité pleurale. Nous ne voulons parler que de pneumothorax développés en dehors de toute cause de ce genre, ne communiquant pas par conséquent avec l’air extérieur, soit à travers la paroi thoracique, soit par une fistule plçuro-bronchique. Voici comment les choses se passent ordinairement :
Tantôt, dans le cours même de l’opération, le liquide, qui jusque-là coulait régulièrement, se met tout à coup à se précipiter en bouillonnant dans le; récipient, indiquant par là que de l’air ou des gaz ont fait subitement irruption dans l’appareil. D’autres fois, après que l’écoulement du liquide a été suspendu pendant quelques instants ponr faire de nouveau le vide dans le flacon, au moment où l’on ouvre le robinet de communication, entre la cavité pleurale et le flacon aspirateur, tout à coup un sifflement aigu vient révéler l’entrée brusque de gaz dans cette partie de l’appareil. Tantôt enfin, rien d’anormal n’est survenu durant l’opération, qui a été régulièrement conduite, et c’est le lendemain seulement que les signes ordinainès du pneumothorax se manifestent à l’observateur, indices absolument certains de la présence de gaz dans la plèvre.
Deux fois j’ai rencontré celte complication de la thoracocentèse, l’opération ayant donné 'lieu à; un pneumothorax consécutif. Chez l’un des malades,' les signes n’en ont été perçus que le lendemain ; chez l’autre, c’est au milieu de l’opération même que les gaz ont fait irruption dans l’appareil.
. Qbs. I. — Le premier cas est celui d’ùn jeune homme de vingt-' sept ans, atteint d’une pleurésie gauche contractée quinze mois 2» -Série, T.- X.VI.
auparavant, à la suite d’un refroidissement. Cette observation remonte à la fin de novembre 1873.
Le début de la pleurésie datait du commencement d’août 1872. Le malade s’était soigné d’abord à Paris, puis à Boulogne-sur- Mer, dans sa famille, sans parvenir à se guérir complètement. Au bout de onze mois, il revient à Paris, veut reprendre son travail; mais il en est empêché par la dyspnée et par la toux. En même temps , il perdait ses forces et son embonpoint.
Je le reçois à Cocliin le 29 novembre, en proie à une dyspnée excessive ; il avait le teint terreux, le corps absolnment décharné.
La dilatation énorme du côté gauche, une matité étendue, le déplacement du cœur porté à droite du sternum, ne laissaient pas de doutes sur l’existence d’un vaste épanchement de ce côté ; l’etat général du malade, la longue durée de la maladie, n’en laissaient pas davantage sur son caractère.
Au sommet droit, et là seulement, il y avait des signes de tuberculisation avancée.
L’indication était formelle : la ponction fut immédiatement pratiquée avec l’appareil de Potain. Elle donna issue à 3600 grammes d’un liquide fortement purulent.
Le soulagement fut complet. Mais l’épanchement ne tarda pas à se reproduire, ce qui nécessita une uouvelle ponction le 17 décembre. On obtint encore 2500 grammes de liquide purulent.
Aucun incident particulier ne se présenta durant cette opération. Peu de toux, pas a’angoisse, aucune douleur dans le côté. L’auscultation n’avait donné, après la thoracocentèse, qu’un souffle lointain sans timbre particulier.
Cette fois,, le malade n’eut presque pas de soulagement ; la dyspnée resta intense, et le lendemain, au lieu des signes de la pleurésie, c’étaient ceux du pneumothorax que nous constations. Sonorité tympanique en avant au niveau du mamelon et dans la partie supérieure de l’aisselle; dans les mêmes points, souffle amphorique et timbre amphorique de la toux et de la voix; parfois du tintement métallique. Le bruit d’airain était des plus manifestes.
L’existence du pneumothorax fut démontrée quelques jours après par l’opération de l’empyème que la gravité de l’état du malade ne permit pas de différer et qui fut pratiquée le 23 décembre. A l’ouverture de la poitrine, un petit nombre; de bulles de gaz s’échappèrent avec la sérosité purulente; celle-ci étaiten quantité considérable. Le liquide n’avait pas d’odeur fétide.
^Quelle fut dans ce cas la cause du pneumothorax? Sans aucun doute, la thoracocentèse qui l’a immédiatementprécédé. Mais quelle a été la part de la thoracocentèse dans la production de cet accident ? C’est là le point intéressant dont nous avons à chercher la solution.
Plusieurs hypothèses sont, à discuter. Dans un cas de thoracocentèse, chez un malade atteint de pleurésie chronique et de plus tuberculeux, il a pu se faire que, par la diminution de pression résultant de la soustraction du liquide, une cavernule superficielle se soit rompue. Celte explication, admissible et même probable s’il se. fût agi d’un épanchement pleurétique récent et peu considérable, symptomatique d’une tuberculisation pulmonaire, ne l’est, plus pour une pleurésie remontant à seize mois, et . laissant le poumon affaissé depuis longtemps. Il est difficile, en effet,' d’admettre que, dans ce tissu pulmonaire atélectasié, il se soit développé des foyers superficiels capables de se rompre à la suite, de l’opération, et sous l’influence d’une distension qui faisait d’ailleurs absolument défaut. Au reste, nous n’avons noté ni la douleur vive, ni l’angoisse, ni la dyspnée qui eussent certainement accompagné la perforation du poumon.
Le pneumothorax n’était pas davantage, imputable à quelque fausse manœuvre qui aurait laissé pénétrer l’air au moment de la thoracocentèse. J’ai dit que tout s'etail passé de la manière la plus 1 régulière dans, l’opération. Encore moins doit-ôn supposer, que le
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poumon avait été piqué par le trocart. Son éloignement de la paroi thoracique rend cette hypothèse tout à fait invraisemblable.
Avant de donner l’explication qui me paraît la seule admissible, je vais compléter en quelques mots cette intéressante observation.
L’opération de l’empyème fut suivie d’une amélioration notable qui permit au malade de se lever bientôt chaque jour pendant plusieurs heures. Pour la première fois, le 25 janvier, il descendit au jardin ; mais la nuit suivante des phénomènes d’asphyxie se manifestèrent tout à coup, et la mort survint en quelques instants.
Cette mort rapide fut la conséquence des progrès de la tuberculisation qui avait envahi tout le poumon droit, siège des lésions les plus étendues et les plus avancées.
A gauche, on ne voyait qu’une vaste cavité au fond de laquelle se trouvait le poumon affaissé et réduit à un très petit volume. Son tissu atélectasié était parsemé de granulations et de petites masses tnberculeuses non ramollies. L’insufflation prouva qu’il n’y avait pas de perforation.
Si donc il n’y avait pas de perforation, si une manœuvre maladroite n’avait pas causé le pneumothorax, il faut admettre nécessairement que celui-ci n’était pas dû à la pénétration de l’air extérieur dans la plèvre, et que les gaz dont la présence y avait été constatée avaient pris naissance dans sa cavité.
C’eSt à cette conclusion que je m’étais arrêté dès que je reconnus les signes de pneumothorax. Cet accident me paraissait facile à expliquer par l’action du vide opéré jusque dans lacavité pleurale et la mise en liberté des gaz tenus en dissolution dans la sérosité de l’épanchement.
N’est-ce pas ce qui se passe dans l’appareil même, lorsque, sous l’influence du vide fait préalablement, le liquide sè précipite dans le flacon ? Qui n’a été frappé de cette multitude de Délités bulles mélangées à la sérosité, et passant avec elle dans e lube indicateur? El l’écume si abondante dont le liquide se charge dans le récipient, n’est-ce pas comme ces bulles fines des gaz provenant de la sérosité elle-même et mis en liberté par le vide pratiqué dans leflàcon aspirateur? Pourquoi ne supposerait-on pas que, dans certaines conditions particulières, la diminution ae pression puisse aussi déterminer ce dégagement de gaz dans la sérosité qui reste au fond de la cavitépleurale? Ces conditions sontréalisées dans les cas où, comme chez notre malade, le refoulement du poumon, des adhérences anciennes, et la résistance des parois, laissent un vaste espace dans lequel l’écoulement du liquide au dehors a nécessairement pour effet un vide relatif.
Il eût été intéressant de pouvoir faire analyser les gaz produits de cette manière. Je ne doute pas que leur composition n’eût été celle des gaz dissous dans le sérum du sang.
Si tel estle mode de production du pneumothorax et s’il résulte de l’aspiration appliquée à la thoracocentèse, comment se fait-il qu’on l’observe si rarement à la suite de cette opération ? Il y a à cela plusieurs raisons dont la principale est l’effacement progressif de la cavité à mesure que se fait l’écoulement du liquide. Pour les cas assez nombreux dans lesquels la cavité n’est pas entièrement comblée, l’exemple des pneumothorax circonscrits montre que la présence d’une petite quantité d’air dans la plèvre ne détermine pas toujours les signes du pneumothorax.
Passons maintenant au second fait. Cette fois, ce fut pendant l’opération même qu’un sifflement interne signala la brusque irruption dans Je flacon aspirateur des gaz dégagés dans la cavité pleurale.
Obs. II. — L’année dernière, un malade atteint d’un tremblement symptomatique ,d’une sclérose en plaques entrait dans mon service avec une pleurésie gauche datant déjà de deux mois.
: L etendue de l’épanchement, son siège du côté gauche, la durée de la maladie, me firent recourir, sans autre traitement préalable, a la thoracocentèse.
L'opération 'fut pratiquée sous mes yeux, par Un de mes élèves,
avec l’appareil Potain. Elle fut faite très-habilement. Un peu plus de 2 litres d’un liquide citrin avaient été extraits, et on avait suspendu l’écoulement pour vider leflàcon. L’aspiration pratiquée de nouveau dans Je récipient, on ouvre le robinet pour rétablir la communication ; mais à ce moment un sifflement aigu indique tout à coup le passage d’air ou de gaz.
Mon premier mouvement est de fermer le robinet ; je cherche ensuitela cause de ce phénomène insolite et passablement effrayant. Tout était en parfait état’; je constate le vide dans leflàcon, et aucune communication entre la plèvre et l’air extérieur.
Dans ces conditions, je renouvelle l’expérience. A l’ouverture du robinet, même sifflement produit évidemment par l’introduction brusque d’air ou de gaz dans le flacon aspirateur.
Quelle était la cause de cet accident? Etait-ce de l’air venant du poumon? Mais le poumon, tenu éloigné de la paroi par un épanchement considérable, n’avait certainement pas été piqué. D’un autre côté, on ne pouvait penser à une perforation spontanée, le malade n’étant pas tuberculeux, et aucun symptôme n’ayant annoncé, pendant l’opération, une pareille complication.
La seule explication plausible est donc encore ici l’action exercée par l’aspiration sur les gaz du liquide épanché, et leur mise en liberté dans la cavité pleurale pendant que l’opération restait suspendue.
Après la thoracocentèse, on ne constatait que de la faiblesse du murmure vésiculaire ; mais le lendemain nous trouvâmes des signes évidents de pneumothorax circonscrit : sonorité tympanique, toux et voix amphoriques en arrière et dans la partie moyenne. Le bruit d’airain y était nettement perçu.
Celte complication n’eut aucune conséquence fâcheuse. Le malade fut très-soulagé après l’opération, et malgré la persistance du pneumothorax pendant une dizaine de jours, la pleurésie céda très-rapidement. Opéré le 16 mai, cet homme se levait déjà le 30 et pouvait être considéré comme guéri.
Le pneumothorax a donc été, dans ce cas comme dans le premier, la conséquence, non pas d’une perforation pulmonaire, ni d’un accident d’opération, mais d’un dégagement des gaz tenus en dissolution dans la sérosité de l’épanchement, Pendant que le vide était renouvelé dans le flacon aspirateur, les gaz avaient eu le temps de s’accumuler dans la cavité pleurale, de sorte qu’à l’ouverture du robinet, ce sont eux qui se sont trouvés aspirés et qui se sont précipités dans le récipient avec un sifflement tout à fait significatif.
La première impression, en entendant ce bruit, est que de l’air pénètre dans la plèvre ; aussi l’opérateur est-il singulièrement ému, s’il ne sait pas que le sifflement perçu n’indique pas nécessairement cette complication.
Ce fait paraît avoir été rarement observé, car je ne l’ai trouvé signalé que deux fois, par MM. Lereboulletet Tenneson.
En 1876, dans un. article fort intéressant de la Gazette hebdomadaire , le docteur Lereboullet parlait de cet accident et admettait, comme moi, que, sous l’influence d’une aspiration trop énergique, les gaz dissous dans le liquide pleural peuvent passer en bouillonnant dans la carafe dè l’aspirateur. Mon savant collègue a bien voulu me communiquer deux cas inédits qui lui sont personnels. Ce sont dès faits semblables à ceux que je viens de rapporter; seulement, ni dans l’un, ni dans l’autre, il n’y eut de pneumothorax consécutif.
Là même année,’ mon collègue le docteur Tenneson communiquait à la Société d’émulation une observation semblable. Il y est dit, en effet, que, « à la fin de la thoracenlèse, de l’air pénètre en gros bouillons dans la carafe, sans que rien ait été dérangé dans le jeu des robinets, sans que la canule ait bougé! de place » . M. Tenneson ajoute que le poumon, en se dilatant, est venu heurter la canule, etqu’incontestablement il a été piqué.
La connaissance des faits 'précédents ne nous permet pas d’admettre celte conclusion qui n’est pas même justifiée par le sang écoulé avec la sérosité à la fin de l’opération, et par les accidents asphyxiques qui faisaient le principal sujet de la communication de M. Tenneson. .
L’enseignement à tirer de ces observations, ainsi que des deux faits que je viens de rapporter,1 est qu’il peut arriver
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pendant 1 opération de la thoracentèse, lorsqu’elle est pratiquée avec aspiration, que tout à coup un sifflement aigu ou un bouillonnement du liquide fassent croire à une pénétration d’air dans la plèvre ; ce n’est pas dans ces cas l’air extérieur, mais les gaz de la sérosité elle-même, qui causent ce bruit insolite et le bouillonnement du liquide; il n’y a donc pas eu de faute commise dans l’opération.
Deux conditions sont nécessaires pour que le phénomène puisse se produire: d’une part, une cavité persistante ; de l’autre, une aspiration assez énergique pour mettre en liberté les gaz dissous dans le liquide pleurétique. La première condition est réalisée dans les pleurésies anciennes, où le poumon reste affaissé et bridé par des adhérences, et même dans des pleurésies plus récentes, lorsque cet organe tarde trop à reprendre son volume. La seconde le sera lorsque 1e vide effectué dans l’appareil aspirateur pourra s’étendre aussi à la partie de la cavité pleurale qui reste à combler.
Dans l’une et l’autre de mes observations, il y a eu pneumothorax consécutif, ce qui n’a pas eu lieu dans les faits de MM. Lereboullet et Tenneson.
Cette complication, qui pourrait être importante s’il s’agissait de perforation pulmonaire ou de pénétration accidentelle de l’air extérieur dans la plèvre malade, n’a eu dans les deux cas aucune conséquence fâcheuse. Ainsi, dans la pleurésie mrulente , pas d’altération du liquide, trouvé sans odeur, orsque je pratiquai l’empyème ; dans la pleurésie simple, les gaz se sont résorbés rapidement, et le pneumothorax n’a pas retardé la guérison.
C’est donc, en définitive, un accident plus effrayant que grave, qu’il était bon de faire connaître pour que le médecin ne s’en émeuve pas, lorsque par hasard il viendra à se produire dans le cours de l’opération. En raison même de son peu de gravité, la possibilité de cette complication ne doit pas être regardée comme une contre-indication de lathoracocentèse dans la pleurésie chronique.
Clinique chirurgicale.
DlS LA PÉRIOSTITE EXTERNE CHRONIQUE, par M. le docteur Ciiarvot, professeur agrégé au Val-de-Grâce.
(Fin. ,-t- Voyez les numéros 40, 41 , 44, 46 et 47.)
Traitement. — Nous n’avons que peu de chose à dire à ce sujet, car les abcès périostiques rentrent dans la grande classe des abcès froids dont le traitement est longuement exposé dans les traités classiques. Nous ne ferons que mentionner les moyens thérapeutiques qui nous ont rendu le plus de services.
Le traitement général est indiqué ; cet état passager de l’économie, quel que soit le nom qu’on lui donne, scrofulose acquise ou lymphatisme purulent, semble justiciable des reconstituants : huile de foie de morue, iodure de fer, iodure de potassium, quinquina, etc. Les hommes seront envoyés aux stations thermales, et surtout aux bains de mer. Mais il ne faut pas beaucoup attendre de ces movèns médicaux. Leur emploi peut avoir une influence favorable sur la santé générale des malades, sans améliorer notablement l’altération périostique locale. Les malades engraissent; mais les suppurations froides ne sont nullement modifiées. Le véritable traitement serait de soustraire l’homme aux causes de débilitation qui continuent à agir sur lui après son entrée à l’hôpital; car s’il peut prendre repos et bonne^ nourriture, il y reste, commeàla caserne, exposé aux inconvénients dé l’habitation commune dans une atmosphère confinée. Malheureusement, on n’est autorisé à renvoyer l’homme chez lui qu’aux périodes ultimes de l’affection.
Quant au traitement local, il varie pour chaque degré de la
maladie. A lapériode d’induration, on retirera quelques avantages des bandelettes de Vigo, à l’aide desquelles on peut à la fois comprimer la tumeur et exercer sur elle une action résolutive. On peut également faire la compression avec l’ouate collodionée ou appliquer quelques pointes de feu. Il faut laisser de côté les révulsifs : teinture d’iode et vésicatoires, qui ne donnent pas de bons résultats. Une autre méthode de traitement peut être essayée dans certains cas. Elle consiste à faire avorter l’affection en incisant largement la tumeur périostique. Cette opération a été plusieurs fois pratiquée dans ce but ou par erreur. Dans un cas où M. Gaujot opéra ce débridement préventif, il y eut résolution, après légère suppuration.
Quand l’abcès est formé, on doit attendre, pour l’ouvrir, qu’il soit bien collecté et qu’il n’y ait plus chance de résorption. Bien que ce mode de guérison soit rare, il faut chercher à le favoriser par la compression méthodique exercée sur la poche purulente (couches d’ouate et bandage roulé). Comment faut-il ouvrir la poche purulente, quand il y a indication de le faire? Il faut laisser de côté les ponctions capillaires, et les ponctions suivies d’une . injection modificatrice avec la teinture d’iode ou autre solution analogue, par la raison que ce mode de traitement n’empêche pas le pus de se reproduire, et finalement de s’ouvrir une voie au dehors par l’ulcération spontanée des tissus. Mieux vaut tout de suite une large incision ou deux incisions réunies par un drain. Dans les régions où la périostite est sous-aponévrotique, comme à la poitrine, sur le tibia, etc., M. Gaujot donne la préfence à l’ouverture au moyen des caustiques, qui ont l’avantage de préparer l’évacuation du pus par un travail de réparation du foyer. Il applique à la base de l’abcès plusieurs cautères, en prenant soin de faire pénétrer jusqu’à la cavité purulente celui des cautères qui occupe la position la plus déclive. Si l’abcès est assez profond pour que des applications successives de pâte de Vienne ne puissent l’entamer, il faut s’aider .des flèches de pâte dé Canquoin. Mais si l’on n’engage, dans ies trajets fituleux ni drains ni mèches, il faut avoir soin de les tenir constamment dilatés ; sans cette précaution, ils ne tardent pas à se rétrécir ou même à s’oblitérer, ce qui force le chirurgien à pratiquer de nouvelles ouvertures. L’emploi des caustiques n’est pas sans inconvénients, quand l’abcès périostique est profondément situé. Il faut alors un temps très-long pour l’ouvrir avec la pâte de Vienne, qui perfore péniblement une épaisse couche de muscles. Puis ces applications répétées de caustique peuvent déterminer une inflammation aiguë de la poche purulente. Il n’est pas sans exemple alors que la périostite passe à la forme phlegmoneuse en certains points, et s’accompagne d’ostéite suppurée au moment de l’ouverture de l’abcès.
Si la période des fongosités dure trop longtemps, ce qui prouve une atonie complète de la plaie, on cherchera à réveiller la vitalité de l’abcès par des injections irritantes ou par l’introduction de longues flèches de pâte de Canquoin. Ces dernières ne devront pas être laissées en place plus de trois ou quatre heures, surtout si l’abcès siège au voisinage d’organes importants, comme â la paroi thoracique, où l’on devra prendre de grandes précautions.
Pour terminer cette histoire générale de la périostite suppurée chronique,, nous croyons utile de citer, quelques observations qui peuvent servir de types pour cette étude. Nous choisissons donc les quatre cas cliniques suivants, qui sont particulièrement intéressants au point de vue de la généralisation de l’affection.
Obs. L Périostite externe suppurée chronique de la tubérosité
interne du tibia gauche ( avec synovite de voisinage) et des neuvième, dixième et onzième côtes. — Pierre M..., âgé de vingtquatre ans, soldat au 13e régimènt d’artillerie, est entré au service le 6 janvier 1875. U n’indique pas d’antécédents héréditaires; mais pendant son enfance il a présenté quelques accidents strumeux; forgeron avant son incorporation, il n’.a point fait de grande ma-
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ladie, et n'a jamais eu ni pleurésie, ni aucune affection de poitrine.
Dans le courant de mai 1876, cet homme commença à ressentir à la partie supérieure de la tubérosité interne du tibia gauche une douleur d’abord légère, qui devint progressivement plus intense; au même point apparut, sans changement de couleur à là peau, un gonflement qui augmenta lentement avecla douleur. Celle-ci obtuse, permanente, s’exagérait considérablement par la pression et .les mouvements. Après une quinzaine de jours, le malade fut contraint de cesser lout service à cheval ; il resta néanmoins à la caserne, occupé à divers travaux manuels ; mais il marchait péniblement et en traînant la jambe. Le médecin du corps dut même l’exempter de service (8 juin), et appliqua sur la tumeur de la teinture d’iode, puis un vésicatoire; mais le gonflement et les douleurs ne cédèrent pas, et le 10 août lè malade entra à l’hôpital militaire du Gros- Caillou. Un vésicatoire fut encore appliqué sans succès; une incision au bistouri ne laissa écouler que du sang. On lit alors le pansement ouaté, qui fut renouvelé trois fois. Comme il n’y avait pas d’amélioration sensible (5 septembre), on posa un appareil silicate autour du genou. L’appareil resta en place soixante-quinze jours, et ne fut enlevé que le 18 novembre, au Val-de-Grâce, dans le service de M. le professeur Gaujot (où le malade avait été évacué). La tuméfaction avait légèrement augmenté ; on substitua une gouttière avec pansement simple à l’appareil silicaté.
Au commencement de janvier 1877, le malade ressentit une douleur sourde, permanente, s’exagérant beaucoup à la pression et siégeant à la partie supérieure de la face interne du tibia, un peu au-dessous de l’ulcération primitive; peu après on constata au même endroit, en avant de la tubérosité interne du tibia, une collection liquide; la pression lit sortir par la plaie située au-dessus^ un liquide filant et jaunâtre.
En même temps évoluait une autre manifestation delà périostite externe. A la fin du mois d’août 1876, le malade avait découvert sur le côté droit de son thorax une tuméfaction dure et indolente ; ce gonflement, qui correspondait au tiers postérieur des huitième, neuvième, dixième et onzième côtes, était mal limité, à peu près circulaire et de 10 centimètres de diamètre environ. Gette tumeur resta stationnaire jusqu’au milieu, de décembre, puis se ramollit, et, après avoir légèrement descendu le long des côtes, vint s’ouvrir spontanément à la partie infçro-externe du thorax. 11 en sortit une gi’andé quantité de pus, et l’orifice fistuleux qui en résulta suppura abondamment depuis, sans que le malade ressentît grande ■ douleur.
Au moment où l’observation est prise au Val-de-Grâce, on note l’état suivant (8 février 1877) :
La région inférieure dugènou est tuméfiée dans sa totalité, et le gonflement est d’autant plus apparent que la cuisse et la jambe sont notablement atrophiées. A la partie supérieure de la tubérosité interne du tibia, siège primitif de l’affection, on voit une saillie mal limitée, d’un rouge violacé, surmontée d’une ulcération grande comme une pièce de 1 franc, à bords grisâtres, nets et décollés, à fond gris jaunâtre et fongueux. Cette saillie fongueuse, molle et pâteuse à la palpation, ne donne pas la sensation d’une fluctuation franche ; une pression assez forte fait sortir par la plaie et par une petite ouverture fistuleuse située un peu en avant, quelques outtes d’un pus jaunâtre mal lié ; on sent un empâtement mou ans toute la région qui correspond aux tubérosités interne et antérieure du tibia; ces points sont le siège d’une douleur sourde et continuelle, devenant très-vive à la pression. Le stylet pénètre sous la lèvre inférieure de la plaie et se meut librement sur une large surface, entre la peau et la face externe des tubérosités interne et antérieure du ti"bia. En aucun point on ne trouve l'os à nu; partout il est recouvert de fongosités charnues semblables à celles de la plaie et saignant très-facilement. En palpant le genou, qui à la vue semble tuméfié, on sent que la synoviale est épaissie et qu’il existe un empâtement diffus dans toutes les parties molles autour de la rotule. Au-dessous de cet empâtement superficiel on sent une fluctuation- légère et' profonde. La rotule n’est pas modifiée et a conservé’ sa mobilité. L’articulation du genou n’est nullement douloureuse; elle a conservé une partie de ses mouvements ; quand on fait plier le genou, le malade tf éprouve qu’un sentiment de raideur et de tension.
L’abcès de la poitrine siège à la partie inférieure du thorax, au niveau des dixième et onzième côtes. Son ouverture est circulaire, de la largeur d’une pièce de-5 francs ; les bords, œdématiés et décollés, sont renverses en dedans. Le fond est couvert de fongosités grisâtres, pâles, mollasses, qui saignent au moindre contact; il en sort un pus jaunâtre, assézbien lié, mélangé de.grumeaux et non fétide. Leslyletengagé sous la lèvre postérieure de la plaie pénètre en remontant à une profondeur de 6 à 8 centimètres ; la peau est
décollée sur une large surface ; partout l’on rencontre une surfac e épaissie, charnue, qui n’est autre que le périoste recouvert de fongosités, excepté en un point très-limité, où le stylet arrive sur la surface osseuse d’une côte dénudée. La région qui correspond aux huitième, neuvième et dixième côtes présente un gonflement et un empâtement diffus assez étendu; elle est douloureuse . à la pression. On perçoit en ce point quelques frottements pleuraux.
Comme état général on note : amaigrissement notable, face pâle et très-fatiguée; peu d’appétit; tous les soirs, mouvement fébrile; mais on ne trouve pas les signes de la tuberculose confirmée.
. Le malade, après avoir servi aux examens, est évacué de nouveau sur l’hôpital du Gros-Caillou, où nous le perdons de vue.
, Cette observation est intéressante, parce qu’elle montre très- nettement le développement multiple de la périostite externe, dont ou voit éclore successivement deux manifestations sur des points très-éloignés du squelette : le tibia et les côtes.
Obs. IL Périostite externe suppurée chronique, intéressant les sixième, septième, dixième, onzième et douzième côtes du côté gauche et l’extrémité postéro-inférieure du radius droit. — A..., âgé de vingt-cinq ans, ancien cultivateur, entré au service en janvier 1875. Constitution assez bonne; pas d’antécédents strumeux; pas de maladies avant ^incorporation. Depuis son entrée au service : dysenterie en août 1875; pneumonie à la lin de janvier 1876. La périostite débute en juin 1877, sans cause connue : trois tumeurs du volume d’une noisette apparaissent, l’une à la face dorsale et inférieure du radius droit, les deux autres sur les faces antérieure ct'latérale gauche du thorax, vers les onzième et douzième côtes. Le malade ressent en ces points une douleur vive, fixe, spontanée, mais s’exaspérant par la pression. 11 continue sou service pendant trois mois, les grosseurs diminuent; mais, dans le courant de novembre, la tumeur thoracique correspondant à ,1a douzième côte et placée sur la ligne axillaire prend le volume d’un œuf de poule, et le malade entre le 23 dans le service de.M. le professeur Gaujot. Le 5 décembre, on ouvre les deux abcès dé la poitrine avec la pâle de Vienne. .Dans le courant de janvier 1878, la tumeur radiale revient avec de vives douleurs et prend rapidement le volume d’un œuf; on l’ouvre en son centre avec le caustique de Vienne.
Au moment où l'on prend l’observation (27 mars 1878), l’étal général est bon, ainsi que l’appétit. Les abcès de la poitrine sont dans l’état suivant : à 2 centimètres en dedans du mamelon gauche, prend naissance une tumeur qui descend obliquement en dehors jusqu’à la septième côte; le diamètre transversal est de 6 centimètres et le vertical de 9 centimètres. Ce gonflement, de forme elliptique, du vojume d’une mandarine, adhère aux côtes, sur lesquelles on ne peut le déplacer. La peau n’a pas changé d’aspect et se déplace facilement. Les bords de la tumeur sont durs, mais le centre est ramolli et fluctuant. Les côtes sont épaissies tout autour dans une étendue de quelques centimètres; indolente au repos, la tuméfaction est très-douloureuse à la pression. On ouvre l’abcès avec les caustiques en deux points diamétralement opposés (sixième et septième côtes). On constate, en outre, les uatre ouvertures déjà faites pour deux abcès correspondant aux ixième, onzième et douzième côtes. Toutes ces ulcérations, de couleur violacée, à bords déchiquetés, sont peu profondes et laissent suinter en petite quantité un liquide louche, à peine hyalin, ressemblant assez à une solution de gomme et collant au doigt. Autour de ces ulcérations on sent, dans une étendue de 2 ou 3 centimètres, un notable gonflement des côtes.
A la partie postéro-inférieure de l’avanl-bras droit, on voit sur l’ extrémité inférieure et dorsale du radius une ulcération de 1 centimètre et demi de diamètre, violacée, à bords anfractueux et adhérents à l’os. Il s’est écoulé en très-petite quantité un liquide semblable à celui des abcès thoraciques. Le stylet introduit par cet orifice arrive sur une surface granuleuse qui donne la sensation du velours; en aucun point Vos n’est mis à nu. Le doigt promené autour de l’ulcération perçoit un gonflement dur, qui n’empiète pas sur les faces interosseuses, mais remonte à 5 ou .6 centimètres sur la diaphyse radiale. La pression en ces points n’est pas douloureuse ; les mouvements s’exécutent avec facilité. On se borne à appliquer sur ces "abcès des cataplasmes émollients. A partir de ce moment l’affeclion tend rapidement vers la guérison. Au 20 mai noùslrouvons noté : Les ulcérations marchent vers la cicatrisation : la première, située sur la sixième côte, à 2 centimètres en dedans du mamelon, suppure encore, mais peu. Il en est de
12 Décembre 1879 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE — N° 50. — 793
même de la seconde ; elle ressemble à un gros bourgeon charnu ] qui par son centre laisse sourdre le liquide ambré et visqueux que nous connaissons ; elle est adhérente à la côte, qui présente un gonflement dur autour de l’uïcération. La troisième, àpeu près cicatrisée, présente une cicatrice brun clair adhérente à la côte. La quatrième est également cicatrisée, mais plus mobile sur la côte. La cinquième, sur laquelle on a appliqué de la pâte de Vienne’ le 18 du mois, rouge violacée, oblongue dans le sens de la côte, à bords fongueux et décollés, suppure assez abondamment. La sixième, complètement cicatrisée, violacée, est très-mobile sur la côte, qui présente un gonflement dur. L’ulcération de l’extrémité inférieure du radius est en voie de cicatrisation. La partie non cicatrisée forme un petit godet, dans lequel on pourrait à peine loger un pois, et qui semble taillé à l’évidoir ; ü en sort une très-petite quantité de liquide. Les parties cicatrisées adhèrent intimement au radius, qui est gonflé dans une étendue de 6 centimètres. La mensuration du poignet malade ne donne que 1 centimètre en plus (cataplasmes).
Le 30 juin, toutes ces ulcérations sont cicatrisées, et le malade quitte l’hôpital pour aller aux bains de mer.
Cette observation montre que la périostite peut évoluer simultanément sur des os très-éloignés les uns des autres, comme le radius et les côtes, et même, sur la cage thoracique, atteindre successivement ou en même temps une ou plusieurs côtes.
Obs. III. Périostite chronique externe des deux malléoles (pied droit), compliquée de tumeur blanche du cou-de-pied,. — Abcès pérïostique sur la tubérosité interne du tibia (même côté), ayant disparu sans donner issue au pus. — Périostite chronique suppurée de la tête du deuxième métacarpien { main droite), cicatrisée après nécrose parcellaire. Malade en cours d’observation. — H... (Armand), âgé de vingt-huit ans, garde républicain, entré au service le 1er janvier 1873, cultivateur avant l’incorporation. Cet homme, d’une bonne constitution, n’a aucun antécédent de famille. Il n’a présenté dans son enfance aucun accident strumeux et n’a pas fait de maladie avant son incorporation. .En 1875, il fut atteint d’une bronchite qui le tint près de trois mois à l’hôpital. Le 17 mars 1876, il se fit, en courant dans la cour du quartier, une entorse assez légère. 11 continua son service; mais il souffrait quand il posait le pied de travers et après les fatigues du jour; chaque soir R... remarquait un gonflement gros comme une noisette sur la partie antérieure de la malléole externe. Le 27 mai, la tuméfaction ayant augmenté, il fut envoyé à l’hôpital du Val-de-Gràce. Après quelques applications d’emplàtre de Vigo, il ressortit un mois après, guéri en apparence ; mais après deux jours de fatigue, les douleurs et le gonflement reparurent aux malléoles, et celte fois ne disparurent plus. Il resta trois mois à l’infirmerie, où des applications de teinture d’iode ne firent qu’augmenter la tuméfaction, et le 27 septembre 1876 il dut rentrer de nouveau au Val-de-Gràce. On note à ce moment l’état suivant : gonflement correspondant à la région malléolaire externe, allant de la pointe du péroné et remontant à 3 centimètres au-dessus de la malléole externe, limité en arrière par le tendon d’Achille et en avant par le tendon du jambier antérieur. En ce point la peau est rouge, mais non adhérente aux parties profondes. La pression est douloureuse-. On sent nettement la fluctuation. A la pointe de la malléole interne on note des phénomènes analogues. L’articulation jusqu’ici n’est point malade, car les mouvements sont faciles dans l’articulation tibio-tarsienne ; il n’y à ni contracture, ni même gêne dans la marche. Cependant les mouvements de torsion du pied sont douloureux; pas de gonflement correspondant à la synoviale articulaire. M. Gaujot n’hésite pas à diagnostiquer une périostite chronique des malléoles ayant déjà donné lieu à la formation d’abcès, et fait appliquer successivement des bandelettes de Vigo et des vésicatoires. L’abcès s’arrête dans sa marche etjie s’ouvre pas, et les choses en restent làjusqu’au mois de juillet 18/7, époque à laquelle le malade est envoyé aux bains de mer.
Au retour, l’état des périostites malléolaires est peu modifié. Le cou-de-pied droit est toujours notablement gonflé; la mensuration donne 3 centimètres de plus que du côté sain. Les régions malléolaires sont tuméfiées; en avant de la pointe du pér.oné on sent toujours l’abcès, gros comme une noix; la fluctuation est facile à percevoir à travers la peau amincie. Tout autour les parties molles sont indurées, et l’on sent le périoste épaissi ; au-dessus du foyer purulent le péroné présente un épaississement très-notable. L’articulation tibio-tarsienne n’est point atteinte par l’altération pé-
riostique; mais l’article tibio-péronier inférieur semble malade,! car la pression est douloureuse en ce point, et les mouvements de torsion du pied réveillent une douleur assez vive en ce point.
Pendant les premiers mois de l’année 1878, on ne note rien d’intéressant dans la marche de l’affection; mais les abcès périostiques n’ulcèrent pas la peau, se résorbent en un point pour repa-. raître en d’autres. Mais peu à peu les parties molles et les gaines: synoviales semblent subir des altérations de voisinage, et l’articu-i lation du cou-de-piéd finit par être atteinte à son tour. On assiste alors à l’apparition et à l’évolution d’une tumeur blanche du cou-depied qui change le cours de l’affection et qui force en ce moment; le malade à continuer son séjour à l’hôpital. Mais pendant que R... était en traitement pour cette affection du cou-de-pied, deux autres manifestations de la périostite chronique apparaissaient sur deux points éloignés du squelette, et, après une assez longue évolution, se terminaient par guérison.
Trois ans avant d’entrer à l’hôpital, R... avait reçu au niveau de l’épine antérieure du tibia droit un coup de pied de cheval qui n’avait fait qu’écorcher la peau et s’était guéri sans que le malade dût interrompre son service. Le malade n'avait plus rien ressenti de ce côté, quand, en janvier 1877, pendant son séjour à l’hôpital, il vit en deux jours survenir un gonflement lrès-dou- Ioureux au niveau de la tubérosité interne du tibia, sans rougeur de la peau. Cette tuméfaction, grosse comme une noix, avait une forme ovoïde et s’étendait en remontant vers l’épine du tibia. La fluctuation, très-manifeste, montrait que l’abcès était sous-cutané/ Cette collection purulente, qui était évidemment d’origine périostique, resta dans cet état pendant sept mois. La peau, amincie, semblait devoir s’ulcérer d’un jour à l’autre, et à plusieurs reprises il fut question de l’ouvrir; mais au bout de ce temps, à la suite de l’application d’un vésicatoire, l’abcès disparut en quinze jours. 11 resta pendant un certain temps un gonflement dû à l’épaisssissement du périoste et à la formation d’une nouvelle couche osseuse sous-jacente. Aujourd’hui, c’est, à peine si l’on reconnaît la place de l’abcès à une légère saillie osseuse. Il n’y a rien eu du côté du genou.
Deux mois après la naissance de l’abcès du tibia, une troisième manifestation de la périostite externe apparaissait au niveau de la tête du deuxième métacarpien de la main droite. Le malade, ressentit d’abord une douleur localisée en ce point; puis on s’aperj çut que la partie inférieure du métacarpien était gonflée; la peau devint rouge, puis le gonflement se ramollit, et cinq mois après l’abcès se vidait à la région dorsale. Le trajet devint fistuleux, et pendant près d’une année laissa écouler en très-petite quantité du pus gélatineux. Le stylet introduit par l’ouverture arrivait sur l’os dénudé, et dix mois après le début de l’affection le malade voyait sortir successivement trois petits fragments nécrosés gros comme des grains de blé et percés à jour (nécroses parcellaires érodées par l’ostéite). Puis ce trajet fistuleux se ferma, et le malade fut guéri de cet accident périostique. Il reste encore au niveau de la tête du second métatarsien une cicatrice bleuâtre, déprimée profondément et adhérente à l’os (1).
Cette observation est bonne à noter au point de vue de la multiplicité des accidents périostiques. Si les deux premières manifestations de la périostite peuvent être rapportées, à la rigueur, à une origine traumatique, la troisième échappé a cette étiologie et naît, sans cause appréciable, dans le cours du traitement. On voit, d’après cet exemple, que des abcès peuvent rester sous-cutanés pendant des mois et se résorber sans presque laisser de traces. Notons enfin cette complication grave de la périostite des malléoles, la tumeur blanche.
Obs. IV. Périostite externe suppurée chronique de l’extrémité inférieure du fémur droit. Les abcès périostiques placés sur les côtés du genou et la synovite de voisinage font penser au début à une arthrite fongueuse de cette articulation. Ouverture des abcès, pas de dénudation de l’os, hyperostose de l’extrémité inférieure du fémur. — V... (Edmond), âgé de dix-neuf ans, soldat au 72e de ligne, engagé volontaire depuis 1876, entré à l’hôpital le 16 mars 1877. Constitution moyenne.
Au mois d’août 1876, cet homme commença à éprouver vers la
(t) Depuis que cetle observation a été rédigée, les progrès du mal ont forcé à amputer la jambe droite. L’autopsie de la pièce a permis de découvrir les altérations
de plus l’existence de tubercules des os dans l’astragale et les deux malléoles. Nous avons donné les détails de cette autopsie en étudiant l’anatomie pathologique de la périostite externe.
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région du genou droit une douleur surtout, sensible après les fatigues de la jeurnée. Les mouvements devenaient pénibles après les longues courses. La partie supérieure du genou’ commença à goufler ; cette tuméfaction se développa lentement, et le 16 mars 1877, V... dut entrer au Val-de-Grâce. A ce moment on constata l’état suivant : gonflement notable du genou droit; sur ses deux côtés on reconnaît la présence de deux collections purulentes ; la fluctuation est évidente. Il est facile de constater qu’elles ne communiquent pas àvecla synoviale articulaire. Les mouvements de l’article sont conservés, mais la flexion est limitée par la douleur. Les abcès, qui de chaque côté débordent la synoviale du genou, empêchent de l’explorer avec soin ; cependant on constate que l’articulation est peu malade, car la déformation est légère ; il n’y a ni crépitation dans l’article, ni mouvements anormaux. Cependant, devant la chronicité de l’affection, la déformation de la région, la gêne des mouvements, on songea à une arthrite fongueuse du genou avec abcès circonvoisins.
Mais cette supposition ne tarda pas à être démenliè par la marche de l’affection ; car quelques jours après on constata l’état suivant : la collection purulente qui cachait la partie interne de l’articulation fémoro-tibiale a disparu par résorption ; il ne reste que la collection externe ; elle est assez considérable et semble située un peu au-dessus de l’articulation ; on sent de la fluctuation profonde. L’abcès ne communique pas avec la cavité articulaire. L’articulation du genou semble parfaitement saine. Les dépressions placées sur les côtés de la rotule sont nettement accusées. La synoviale ne semble pas dégénérée. Les mouvements se font sans déterminer de douleur dans la jointure ; la flexion est limitée seulement par la tension des parties molles sur l’abcès. La pression n’est douloureuse ni sur le tibia, ni sur l’articulation. On sent très-nettement au-dessus du genou que l’extrémité inférieure du fémur est notablement gonflée. Rien du côté du tibia ni de la rotule.
> Il était dès lors évident que la maladie était extra-articulaire, et l’on diagnostiqua une périostite suppurée de l’extrémité inférieure du fémur. Le nom d’épiphysaire aurait été justifié par le siège de. l’abcès et l’âge du malade. Le gonflement passager du genou avait dû tenir à une synovite de voisinage. A partir de ce moment, l’abcès du côté externe du genou diminua un instant par l’application .de bandelettes de Vigo, puis s’accrut de nouveau; la fluctuation devint plus évidente. Le 25 mai, l’abcès est ouvert par une incision de 3 centimètres de longueur, pratiquée sur la partie externe et inférieure de la cuisse, derrière le tendon du biceps. Il sort par l’ouverture la valeur d’un verre de pus mêlé à beaucoup de sang. L’abcès vidé, on en explore la cavité avec un stylet ; on ne sent pas de dénudation du fémur. Pendant les cinq jours: qui suivent l’opération, le malade a une fièvre assez forte ; puis l’état général redevient excellent.
Apres l’ouverture de l’abcès, la poche purulente revient sur elle-même, la peau reprend sa couleur normale et la tuméfaction diminue beaucoup. Il n’y a plus qu’un gonflement mal limité au côté externe du genou remontant vers la cuisse, mais ne descendant pas jusqu’au niveau de l’article. Reste la plaie résultant de l’incision, à bords bourgeonnants, qui laisse suinter un pus séreux et peu abondant. La palpation des parties profondes, devenue plus facile, permet de constater que les parties molles n’ont subi aucune dégénérescence, et que le gonflement porte seulement sur l’os. Le fémur est surtout tuméfié vers l’extrémité épiphysaire de sa diaphyse; les portions du condyle qui touchent à l’articulation ne sont pas modifiées. La pression n’est douloureuse qu’en un p'oint situé sur le fémur au-dessus de l’extrémité supérieure de 1 incision. La cuisse est amaigrie dans son tiers moyen:
Au point douloureux on sent se former un noyau d’induration (10 juin), qui grossit rapidement, puis subit la fonte purulente ; car pendant ces quelques jours la suppuration devient plus abon- .n*ei,s.ur*'0,ut fluand °n presse en ce point. Puis ce noyau disparaît, 1 écoulement redevient minime (15 juin). Vers la fin du mois le malade est envoyé aux bains de mer, presque guéri, car il ne s écoulé presque plus de pus par l’incision et les mouvements de flexion du genou vont jusqu’à l’angle droit.
CORRESPONDANCE
AU COMITÉ DE RÉDACTION PE LA GAZETTE HEBDOMADAIRE
Trois observations d’épithélioma développé sur des moignons, à propos de la relation du cancer et de la tuberculose.
Ce n’est que depuis quelques jours seulement, et grâce à l’obligeance d’un de mes confrères, que je dois d’avoir eu connaissance de l’article publié dans le numéro du 10 octobre de la Gazette hebdomadaire, par le docteur Petitfils, à propos d’un cas d'épithélioma pavimenleux développé sur la cicatrice d’un moignon, et cela, à l’occasion de la communication que j’avais faite à l’Académie de médecine dans sa séance du 22 avril 1879.
Comme dans celte note, publiée dans votre estimable journal, il est grandement question de ma personne et des inexactitudes que j’aurais commises, j’ai l’honneur de vous demander, Monsieur et savant confrère, de vouloir bien me permettre, en donnant quelques explications sur ce sujet, de soumettre à l’attention de vos lecteurs une seconde observation semblable à celle que j’ai communiquée à l’Académie, et qui par cette raison ne manque pas d’intérêt. Je veux espérer que vous voudrez bien, en m’accordant le droit et le devoir de répondre, accueillir favorablement la note que j’ai l’honneur de vous adresser.
Pour ne pas fatiguer l’attention de vos lecteurs sur un sujet qui m’intéresse sans doute, mais qui n’a rien de scientifique, permettez-moi de dire, sans autre préambule, que l’observation présentée avec tant de détails et de clarté par le docteur Petitfils m’a d’autant plus intéressé, que je ne possédais celte observation que d’une façon très-incomplète, et que grâce, à cette publication dans votre savant journal, elle pourra peut être, si Dieu me prête vie, compléter une série d’observations IrèsTÎntéressanles que je possède déjà sur ce sujet, et dont je joins ici une autre au moins aussi complète. — Ce qui veut dire aussi que ce n’est pas du tout de l’observation de Feuillet qu’il s’agit dans la communication que j’ai faite à l’Académie de médecine, mais bieu d’un autre ; sujet, ayant avec celle-ci plus d’un rapport.
1, 'observation de Feuillet, puisque Feuillet il y a, est encore dans mes cartons, mais très-incomplète au point ae vue de l’étiologie du cancer et du tubercule, qui fait le principal objet de mes études. Mais comme il y a une analogie très-remarquable, sur un point seulement, entre celle de Feuillet et celle que j’ai communiquée à l’Académie de médecine , permettez-moi de m’étendre sur ce point, et j’ose espérer que vous et vos lecteurs trouverez cette note complémentaire assez instructive. •
Pendant ma carrière médicale, dont l’exercice remonte aujourd’hui à près de quarante ans bientôt, j’ai eu la rare occasion de rencontrer trois cas, dans lesquels^ y compris celui de Feuillet — j’ai vu se développer, sur des moignons, dont un était congénital et deux accidentels, des épilhélioma de formes différentes, avec transmission cancéreuse et tuberculeuse.
Ne m’occupant de cette question, je le répète, qu’au point de vue étiologique, et eu égara surtout à la relation que je poursuis et que je crois exister entre le cancer et la tuberculose, je n’ai voulu faire connaître que celle qui me semblait la plus complète, réservant les deux autres pour faire partie de mon second mémoire.
L’observation que j’ai lue à l’Académie remonte à plus de vingt ans déjà; mon jeune confrère devait être, je lé suppose, à faire son éducation sur les bancs d’un collège ; et si j’en ai fait une communication spéciale, ce n’ést que parce qu'un des membres de la famille venait de mourir tuberculeux, qu’un autre en est grandement menacé aujourd'hui, que ce membre existe encore, et qu’il me faut apporter ici une extrême discrétiou.
11 m’est difficile, en effet, d’oublier que lorsque je publiai mon premier mémoire sur ce sujet, je faillis avoir de grandes difficultés, pour ne pas dire plus, avec deux familles auprès desquelles un obligeant confrère crut devoir insinuer que c’était d’elles que j’avais parlé dans deux observations, dont les initiales semblaient se rapporter à leurs noms. Et vous comprendrez maintenant, trèshonorés et savants confrères, combien, dans l’étude que j’ai entrer prise depuis si longtemps, il m’afallu de labeur d’abord, mais surtout de prudence et de réserve pour ne donner aucun éveil aux familles, et éviter ainsi des indiscrétions qui pouvaient avoir les suites les plus graves.
12 Décembre 1879 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE — N" 50 — 79.5
Le médecin doit être avant tout l’esclave du secret professionnel ; et si par un intérêt purement scientifique il devait blesser ou jeter la terreur dans une famille, son devoir serait de garder le silence.
Je dois avouer que j’étais loin de me douter de tout l’intérêt que cette communication pouvait inspirer à mon jeune confrère, lorsque, bénévolement, j’ai laissé subsister dans son esprit le quiproquo établi par deux faits ayant jusqu’à un certain point une analogie entre eux ; et je dois ajouter, pour l’excuser sur ce point, et aussi pour expliquer son ardeur scientifique à mon endroit : c’est que pour des motifs de déontologie médicale que chacun comprendra, et pour d’autres encore du même genre que je ne peux dire ici, j’ai fait tout ce qu’il fallait pour l’entretenir dans cette erreur.
Passant sur l’enquête qui a été faite dans la famille Feuillet pour dévoiler mon inexactitude, ;e reviens au plus vite à la ques tion scientifique si pleine d’intérêt, selon moi. —Je possède deux séries d’observations comprenant tout ce que j’ai pu voir et observer pendant ma carrière sur ce sujet. Dans la première série, sont réunies celles qui sont classées comme complètes, parce que j’ai pu suivre moi-même quelques-uns de ces sujets jusqu’à la cinquième génération déjà. — Dans la seconde série sont celles classées : observations d’attente, et pour lesquelles j’attends de l’avenir la confirmation de mes études. C’est dans la deuxième série que se trouve l’observation de Feuillet, et... j’attends! C’est dans .la première que se trouve celle dont j’ai donné communication à l’Académie, ainsi que celle que je joins à cette note. — Je ne reviendrai- pas sur la première, car je la déclaré exacte en tous points.
Dans cette seconde observation, le sujet a été également atteint d’un épithèlioma sur un moignon accidentel ; je la dois à mon honorable et regretté confrère le docteur Pineau, de Châteauroux, à qui j’avais communiqué la première, et qui fut tout heureux de me la faire connaître, justement à cause de sa grande analogie avec la mienne ; il m’avait promis de la publier, lorsque la mort est venue le surprendre.
En voici le résumé succinct, pris sur les notes qu’il voulut bien me donner.
Il s’agit d’un sieur X..., fils de pauvres ouvriers de la campagne, ui à l’âge de onze mois eut la main droite broyée et presque évorée par une truie. Il en était résulté un moignon difforme, très-inégal à son extrémité et présentant quelques mamelons. Cet homme a vécu jusqu’à l’àge de soixante ans, époque à laquelle il a succombé à une pneumophymie. — Alors qu’il était enfant, des personnes aisées de sa commune lui firent donner un peu d’instruction ; et lui aussi, comme mon premier sujet et comme Feuillet, devint facteur rural, ce qui ne doit pas trop étonner, lorsque l’on voit toute cette série de manchots qui de tout temps ont rempli et remplissent toujours cette fonction ou celle de garde
diampiM re.
La mère de cet homme fut atteinte d’un cancer au sein; opérée par le docteur Robert, de Châteauroux, elle succomba deux ans après l’opération, par le cancer qui avait envahi de nouveau la partie environnante du sein.
La famille de X... se composait de trois frères, dont le plus jeune mourut tuberculeux, deux ans après son retour dii régiment, à l’âge de vingt-sept ans.
Le cadet vit encore, marié et père de quatre enfants ; — il a perdu l’aîné, atteint de méningite tuberculeuse, et le dernier de scrofule avec carie des os ; les deux autres se portaient bien à l’époque où cette observation m’a été transmise. — A l’âge de cinquante-ans, le sieur X... a été lui-même atteint d’une dégénérescence squirrheuse qui, ayant commencé par le moignon, avait envahi l’avant-bras tout entier. L’amputation fut faite par le docteur Pineau lui-même, et il a reconnu, m’a-t-il dit, tous les caractères du cancer, et c’est trois ans après l’opération que cet homme succomba à nue tuberculose des poumons des mieux caractérisées.
Lui-même eut cinq enfants ; l’aînéestmort d’une fièvre typhoïde; mais les deux derniers succombèrent, l’nn à une tuberculose généralisée, tumeur blanche du genou, abcès froid, etc.; le dernier, à des tuberculoses mésentériques, et scrofule.
Enfin, le troisième frère de X..-. semblait être atteint, ajoutait mon confrère, d’une tumeur au scrotum qui lui semblait bien être le début d’un sarcocèle. — C’est ainsi qu’on retrouve encore dans cette observation : transmission du tubercule par le cancer,'et aussi transmission directe du cancer par le cancer. C’est ce qui faisait dire à mon ami Vigla, que j’ai entretenu longtemps autrefois de cette question, qu’d lie serait peut-être pas impossible, en
étudiant bien à fond la partie histologique de celte question, la nature, la forme et les variétés de toutes les sortes de blastèmes et protoplasmas, qu’il ne serait pas impossible de trouver la raison de ce qui fait que dans l’hérédité le cancer transmet plus souvent le cancer, tandis que dans d’autres conditions il transmet la tuberculose.
Cette question, je ne sais si je me trompe, me semble en effet des plus sérieuses à étudier, et je me trouverais très-heureux si je rencontrais, dans la voie dans laquelle je me suis engagé, des observateurs consciencieux qui voulussent bien m’y suivre et entre* prendre ces recherches à ce point de vue.
Agréez, etc.
Dr Ed. Burdel,
Médecin en chef honoraire de l’hospice de Vicrzon, membre correspondant de l’Acpdpfnie de irçécjccine,
Aeadémic des sciences.
SÉANCE DU 1er DÉCEMBRE 1879. — PRÉSIDENCE DE M. DAUBRÉE.
Établissement de stations scientifiques et hospitalières dans l’Afrique équatoriale. Note de M. de Lesseps. — « Le comité français de l’Association africaine vient de décider l’établissement de stations scientifiques et hospitalières dans l’Afrique équatoriale, ayant pour points de départ, sur la côte orientale-, les États du sultan de Zanzibar, et, sur la côte occidentale, notre colonie du Gabon. Ce résultat a été obtenu parune allocation de 100 000 francs, que les Chambres ont bien voulu accorder, et par les fonds du comité. »
De la contraction rhythmique des muscles sous l’influence de l’acide salicylique, par M. Ch. Livon. — Les faits observés tendent à montrer : 1“ que le muscle de la pince de l’écrevisse n’est pas le seul à présenter le phénomène du tétanos rhythmique, qui peut être une propriété du tissu musculaire en général, des conditions spéciales, encore à déterminea, étant nécessaires pour le développer; 2” que le muscle s’épuise avec une très-grande rapidité, mais que la réparation est aussi très-rapide, puisque, avant de revenir à son point de départ, sous l’influence de la persistance de l’excitant, il peut entrer de- nouveau en contraction; 3° qu’enfin, s’il y a analogie entre le cœur et les muscles soumis à la volonté, il .y a. cette différence, que le cœur présente des contractions rhythmiques toujours égales, tandis que celles des muscles vont en diminuant; que, par conséquent, dans ceux-ci, la réparation, tout en se faisant aussi vite, n’est pas aussi complète, probablement parce qu’ils ne possèdent pas un appareil ganglionnaire semblable à celui du cœur, ainsi que le suppose M. Ch. Richet pour le muscle de la pince de l’écrevisse.
Du mode de distribution des phosphates pans les muscles et les tendons. Note de M. L. Jollij. — Le résultat des analyses entreprises sur des chairs empruntées au milieu de la cuisse ont donné le résultat suivant : Sur 100 parties : Tissu musculaire : veau, 1,247 ; bœuf maigre, 0,394; bœuf gras, 2,046. Tendons, sur 100 parties : veau, 0,698 ; bœuf, 0,776.
Académie de médecine.
L’Académie reçoit : 1» Des lettres de candidature de M. Camille Dareste pour la section d’anatomio et de physiologie j de MM. Méhu et Yungfleisch pour la section do pharmacie. — 2° Une lettre de M. Bonnafont, accompagnant l’envoi d’une brochure relative à l’histoire do deux têtes d’Arabes décapités. — 3° Une lettre de
12 Décembre 1879
M. Boudard, médecin à Gann.it (Allier), accompagnant l’envoi d’une brochure intitulée : Guide pratique de la chèvre-nourrice. — 4“ Un pli cacheté déposé pir M. Paquet, pharmacien à Fontonay-nux-Rosos. (Accepté.)
M. Bcrgeron présente, au nom do M. le docteur Cadot do Gassioourt, un volume intitulé : Traité clinique des maladies de l'enfance, l. I.
M. Germain Sée présente, au nom de M. le docteur Damasciiino, un volume intitulé : Maladies des voies digestives,
M. Jules Guérin dépose sur le bureau de l'Académie l’exposé général de ses travaux depuis le commencement de sa carrière scientifique.
Vaccination animale. — M. le docteur de Pietra-Santa rend compte à l’Académie des suppléments d’enquête parvenus à la Société française d’hvgiène sur la question de la vaccination animale.
Dans la première partie de son travail l’auteur passe en revue les faits nouveaux observés en Italie, en Espagne, en Russie, en Allemagne, en Suisse. Dans la deuxième il présente l’état de la question aux Etats-Unis et aux Indes. La troisième est consacrée à l’Angleterre. Il résume le rapport préliminaire présenté par M. le docteur Ernest Hart, président du comité parlementaire de l’Association médicale britannique, à l’occasion de la conférence réunie à Londres pour étudier la raison d’être du Cameron’s bill.
Après une revue sommaire des faits, M. de Pietra-Santa adjure l’Académie de reprendre en main celte grave question d’hygiène publique : « la vaccination animale ».
« Jusqu’en 1864 elle végétait pour ainsi dire, isolée et méconnue à l’extrémité de la péninsule italique, lorsque vos discussions lui ont donné cette force d’expansion souveraine
ni du premier coup l’a vulgarisée en Italie même, sa patrie
'origine, et acclimatée dans les contrées les plus lointaines. »
Mode d’action du curare. Particularités de la contraction électro-musculaire. — M. le docteur Onimus communique une note sur quelques particularités de la contractilité musculaire.
« On sait, dit l’auteur, que lorsqu’on porte l’excitant électrique sur les filets nerveux, chez un animal empoisonné par le curare, on n’obtient plus aucune contraction des muscles, tandis que, lorsqu’on électrise directement lès masses musculaires avec ces mêmes courants, on détermine des contractions aussi prononcées ou presque aussi prononcées qu’à l’étal -normal. On a tiré de ces expériences la conséquence logique quel & curare abolit l’activité physiologique du système nerveux surtout, et laisse intacte l’irritabilité propre du muscle. »
Contrairement à l’opinion de Cl. Bernard, M. Onimus croit que le curare n’agit pas sur toutes les parties des nerfs moteurs, qu’il n’empoisonne que les troncs nerveux, et qu’il laisse intacts aussi bien les filets terminaux que les centres.
Suivant lui, il résulte de faits indéniables que les courants induits n’ont aucune action directe sur la fibre musculaire, et que lorsqu’ils provoquent une contraction, on doit logiquement admettre qu’elle a lieu par l’intermédiaire du système nerveux. Or, les recherches de M. Onimus l’ont porté à admettre que le curare a une action élective sur les troncs moteurs des membres, et que s’il ne paralyse pas les centres nerveux, il ne paralyse pas non plus les plaques terminales. Il agit sur l’élément nerveux le plus facilement modifiable, et l’on doit le considérer comme-un poison purement dynamique. Il tue, pour ainsi dire, accidentellement, parce qu’il paralyse momentanément les nerfs moteurs de la respiration; mais son action sur la moelle, sur les nerfs sensitifs, les nerfs vasomoteurs, ainsi que sur les plaques terminales, est très-faible.
Au point de vue clinique, M. Onimus conclut de ses expériences à l’absence totale de contractilité par les courants induits, lorsque les éléments nerveux sont complètement détruits, alors que le muscle se contracte encore par d’autres excitants. Dans ces cas, on peut affirmer que les nerfs sont altérés jusque dans leur prolongement intramusculaire, et que les plaques terminales elles-mêmes sont atteintes; mais par contre, malgré l’absence de contractilité farado-musculaire, on ne doit admettre l’altération musculaire qu’après
avoir essayé les courants continus ou les excitants mécaniques.
Température locale. — M. Peter communique à l’Académie la première partie de ses recherches sur les températures morbides locales dans les maladies de l’abdomen.
Il résulte de ces recherches que, dans l’ascite, la température de la paroi abdominale ne s’élève pas, et reste à environ 35°, 5 (qui est la moyenne normale), quelquefois même tombe au-dessous.
(Incidemment M. Peter signale et combat le vice de langage commis par quelques auteurs, et qui consiste à donner le nom d’ascite à l’épanchement séreux de la péritonite chronique ; cet épanchement n’est pas hydropique, mais inflammatoire, ainsi que le démontre entre autres particularités, l’excès de fibrine qu’il contient.)
A l’inverse de l’ascite, c’est-à-dire de l’hydropisie du péritoine, les phlegmasies chroniques de cette séreuse élèvent la température de la paroi abdominale d’environ 1 degré et davantage.
M. Peter donne comme exemples trois types différents de phlegmasie chronique du péritoine: 1° péritonite chronique simple, par rayonnement d’une phlegmasie chronique de l’estomac (gastrite scléreuse) ; 2° péritonite chronique tuberculeuse; 3° péritonite chronique cancéreuse.
Dans le premier cas, la température locale de la paroi abdominale était surélevée de 0°, 8, alors que celle de l’aisselle était abaissée de 0°,5 (température de l’inanition) ; de sorte que la surélévation locale absolue était ainsi de 1°,3.
Dans le second cas, la surélévation de la température locale varia de 1 degré à 1°,9 ; elle présenta même cette particularité remarquable, que dans les derniers jours de la vie, la. température axillaire s’étant abaissée de 2°, 5 (à 34", 5), la température locale était encore de 1 degré plus élevée que la normale de la paroi (à 36°, 5), dépassant, d’une façon absolue, celle de l’aisselle de 2 degrés, et d’une façon relative, dp’ 3°, 5. Ce qui prouve l’existence de foyers morbides thermogènes, dont la température locale est si bien indépendante de la température générale qu’elle peut lui être supérieure.
Dans le troisième cas (péritonite cancéreuse), la surélévation locale varia de 0°,8 à 2 degrés.
Dans un quatrième cas (péritonite tuberculeuse qu’on prenait pour une tympanite hystérique), la surélévation de la température locale varia de ï degré à 1°,5, et fut un jour de 0°,3 plus forte que la température de l’aisselle.
Ainsi, au point de vue de la clinique, la surélévation locale de la température, en cas de phlegmasie chronique du péritoine, fournit un nouveau moyen de diagnostic entre le péritoine chronique et l’ascite (où la température locale reste normale).
Au point de vue de la physiologie générale, l’ascite n’élève pas la température locale, parce qu’il n’y a là qu’un fait physique , la filtration du sérum du sang à travers les parois veineuses distendues; tandis que la phlegmasie chronique du péritoine élève toujours cette température locale, parce qu’il y a là un acte dynamique, un travail, la sécrétion d’une sérosité fibrineuse.
D’ou il suit qu’en pathologie comme en mécanique, partout où il y a travail accompli, il y a calorique dégagé.
Il s’ensuit encore, réciproquement, que ce calorique dégagé, décelant un travail accompli, peut devenir un moyen de diagnostiquer ce travail.
Enfin, cette notion du travail morbide ne doit pas seulement s’entendre de la sécrétion d’un produit morbide inflammatoire, mais encore de la "genèse d’un néoplasme (tubercule ou cancer) et de l’évolution de celui-ci ; le calorique dégagé à celle occasion pouvant révéler la naissance comme les phases d’évolution de ce néoplasme.
M. Hillairet demande à M. Peter de quels instruments il s’est servi dans ses recherches sur les températures locales.
12 Décembre 1879 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE
M. Peter répond qu’ils’est servi du thermomètre ordinaire, qui lui a toujours donné les résultats les plus exacts; ce thermomètre est préférable, suivant lui, aux thermomètres discoïdes usités'en Angleterre et qui ont l’inconvénient de ne pouvoir être appliqués dans les espaces intercostaux. D’ailleurs il existe d’autres instruments de grande précision, mais d’un usage pratique difficile. Des essais sont tentés en ce moment par divers observateurs pour doter la clinique d’instruments à la fois précis et commodes pour les recherches. Si, comme tout le fait espérer, ces essais réussissent, la question de l’étude des températures locales dans les maladies sera définitivement résolue.
M. Hillairet dit qu’il a fait quelques recherches sur les températures locales dans les maladies de la peau; mais qu’il a dû y renoncer, à cause des différences considérables qu’il a constatées dans les résultats.
M. Noël Gueneau de Mussy dit qu’il existe un instrument propre aux recherches de thermométrie locale, imaginé par le docteur Séguin, médecin français établi à New-York. Ce médecin a publié, en 1876, un volumineux travail sur la thermométrie médicale, travail qui contient de nombreuses observations relatives aux modifications de la température locale dans les maladies. L’instrument dont il s’agit est un petit thermomètre terminé par une cuvette aplatie, ce qui permet son application exacte à la surface la peau.
Société de chirurgie.
Correspondance. — Destruction des polypes naso -pharyngiens par les caustiques. — De la mobilisation et de l'immobilisation des articulations malades. — Nomination des commissions. — Présentation d'une pièce. — Luxations compliquées du cou de-pied.
La correspondance comprend : 1° Une note de M. Baudon, médecin-major à Nice, sur les résultats de quatre résections de la hanche, constatés après plus de trois ans. Sur les quatre opérations, une seule a été réellement profitable à l’opéré. 2° Deux brochures de AI. Surmay (de Ham) : l’une sur la syphilis cérébrale ; l’autre sur la mort subite dans la fièvre typhoïde. 3° Une observation deM. Gross (de Nancy) : Désarticulation de la hanche pour un fibrosarcome de la cuisse; mort.
— M. Rochard présente, au nom de M. Barthélemy, médecin de la marine, une observation de polype naso-pharyngien détruit par les injéctions interstitielles de chlorure de zinc. Un enfant de quatorze ans, épuisé par les épistaxis, entra à l’hôpital de Toulon dans un élat de profonde anémie. Il existait un volumineux polype naso-pharyngien ; l’odorat et l’ouïe n’existaient plus à gauche. Le tamponnement des fosses nasales, fait en ville, n’empêcha pas une nouvelle hémorrhagie ; quelques tentatives infructueuses d’arrachement firent cesser les épistaxis. De même, la ligature extemporanée ne réussit pas.
C’est alors que M. Barthélemy essaya les injections au chlorure de. zinc ; pour arriver facilement sur la tumeur en arrière, il incisa le voile palatin; quatre gouttes d’une solution de chlorure de zinc furent injectées. On fit alternativement par le nez et par la bouche neuf injections; la tumeur diminua de volume. L’incision du voile du palais se réunit, sauf la luette, qui resta bifide; la voix est un peu nasonnée; on trouve encore des traces de la tumeur, mais les narines sont libres et l’état général est assez bon.
M. Nélaton a détruit un polype naso-pharyngien par l’électrolyse; les injections caustiques sont un moyen de plus, et il faut espérer que les opérations radicales deviendront de moins en moins nécessaires.
M. Verneuil. 11 faut éviter les opérations radicales quand on le peut, mais cela n’est pas toujours possible.
M. Théophile Anger a raconté en 1869, dans une thèse d’agrégation, comment M. Nélaton avait été amené à attaquer les polypes par une petite voie; plus tard, il voulait même éviter la petite incision du voile du palais. M. Nélaton chargea M. Th. Anger de faire des recherches sur l’action des caustiques. Le chlorure de zinc fait une eschare grosse et molle. M. Th. Anger donne la préférence à une solution de perchlorure de fer qu’on injecte au milieu du tissu fibreux du polype.
En 1873, sur un enfant atteint de polype naso-pharyngien, dans le service de Giraldès, M. ThéophileAnger injecta 15 à 20 gouttes de la solution de perchlorure de fer; il se fit une eschare sèche, peu volumineuse, qui tomba lentement; les hémorrhagies cessèrent, et le polype diminua de volume. De même, M. Anger a obtenu de bons résultats avec la même solution dans la cure des tumeurs érectiles.
M. Duplay avait obtenu un succès avec le procédé employé plus tard par M. Barthélemy; il présentera le malade dans une prochaine séance.
— M. Le Fort continue la discussion sur la mobilisation et l’immobilisation dans le traitement des arthrites. M. Verneuil dit que l’arthrite blennorrhagique est souvent suivie d’ankylose, cela est vrai; mais l’ankylosé peut-elle être prévenue? M. Le Fort le croit. Dans les observations de M. Berger, on a mobilisé trop tôt; il ne faut pas faire prématurément des mouvements, pas avant deux mois. Les mouvements seront communiqués, non par la main du chirurgien, mais par une machine à action faible et permanente. M. Le Fort ne donne pas de chloroforme, afin de pouvoir consulter la sensibilité. Quand l’ankylose est complète, ce n’est pas au niveau de l’article que se fait sentir la douleur; c’est le contraire s’il y a encore des mouvements. M. Le Fort emploie divers appareils ayant le caoutchouc pour moyen de traction. Il est partisan convaincu de la mobilisation lente et continue.
La mobilisation est-elle applicable aux tumeurs blanches? Certaines formes de lésions sont particulières à certaines articulations. L’arthrite fongueuse est fréquente au genou, au coude, au cou-de-pied; les désordres commencent souvent par la synoviale. L’ankylose est un mode de guérison des tumeurs blanches; l’immobilisation absolue est le traitement. Quand l’arthrite fongueuse est guérie, faut-il chercher à rompre l’ankylose? Les tentatives ne doivent être faites que lorsque toute trace d’inflammation a disparu. Quand la maladie a peu duré, les lésions sont peu profondes; on tente les mouvements avec une machine. Si la maladie a étégrave, les cartilages détruits, le tibia déplacé, M. Le Fort ne tente aucune manœuvre. Dans tous les cas, il n’agit qu’avec une grande réserve, car la règle est de respecter l’ankylose.
Pour la coxalgie, la mobilisation est la base du traitement. A la hanche, en effet, les fongosités sont rares ; dans, certains cas, les os sont malades, mais le plus souvent l’articulation renferme du pus et la capsule est détruite par places. Souvent donc les lésions portent sur la capsule, et on a la forme rhumatismale ou capsulaire. Pour bien distinguer ces deux formes, il faut se rappeler que, dans la forme osseuse, les douleurs sont peu aiguës et diminuées par le repos; le malade commence par boiter, puis la cuisse se fléchit sur le bassin* puis viennent les abcès, etc. Ici l’immobilisation est la base du traitement. ;
Le plus couvent la hanche est le siège de douleurs vives allant vers le genou; parfois il y a un allongement apparent du membre; les douleurs se manifestent surtout la nuit: c’est la coxalgie subaiguë ou rhumatismale, forme très-fréquente, et c’est ici que la thérapeutique peut agir. Tant que la douleur existe, il faut immobiliser dans la gouttière de Bonnet et en plus faire l’extension permanente, qui diminue la douleur. Plus tard, on appliquera un appareil inamovible. Ordinairement la guérison est obtenue avec ankylosé et le-mèmbré
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s’atrophie. C’est la crainte de l’ankylose et de l’atrophie qui fait repousser par M. Le Fort l’immobilisation dans le traitement de la coxalgie rhumatismale. M. Le Fort fait d’abord un redressement lent pour rectifier l’attitude du membre; puis il fait l’extension permanente pendant la marche, afin de diminuer la pression sur la cavité cotyloïde, tout en laissant subsister les mouvements. L’entonnoir supprime la douleur, et la claudication disparaît pendant l’usage de l’appareil. C’est ainsi que M. Le Fort a pu guérir des coxalgies en conservant les mouvements dans presque toute leur étendue. L’appareil prend ses points d’appui sur l’ischion et sur les condyles du fémur. La mobilisation ne doit être employée que quand il n’y a pas de douleur.
— Élections. Sont nommés membres de la commission pour la nomination des associés étrangers : MM. Verneuil, Duplay, Berger et Perrin.
Sont nommés membres de la commission pour la nomination des correspondants nationaux : MM. Marjolin, Trélat, Guéniot et Sée.
— M. Panas présente, au nom de M. Zancarol (d’Alexandrie), une pièce recueillie sur une femme morte de phlhisie pulmonaire dix-huit mois après une opération A’élytronaphie, faite pour remédier à une chute complète de l’utérus; M. Zancarol a fait la section antéro-postérieure du vagin par le procédé de M. Le Fort.
— M. Vast (de Yitry-le-François) lit un travail sur la chirurgie conservatrice appliquée aux luxations compliquées du cou-de-pied. Sur 28 cas recueillis parM. Poinsot, il y a seize cas de guérison par lq réduction. M. Vast apporte deux nouvelles observations de réduction suivie de guérison.