‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 25 sur 249 · L. Leiiebouelet · texte numérisé non relu

L. Leiiebouelet

VARIÉTÉS

La peste A Astrakan.

La peste à Astrakan ! La peste en Europe ! tel est le cri unanime de la presse politique et scientifique, et celte nouvelle sinistre a été accueillie par toute l’Europe avec un sentiment de stupeur et d'incrédulité. La peste ! mais on la croyait disparue à jamais de notre globe! — Cette attitude étonnée est compréhensible delà part du public; elle est moins pardonnable de la part des autorités russes, qui avaient le devoir de surveiller et de combattre les épidémies qui menacent la frontière de leur pays et de l’Europe en même temps. Gomment ! voici bientôt dix ans que la peste sévit en Mésopotamie, en Perse, en Arménie; que les savants rap-

Eorts de M. Tholozan ont mis en émoi les. sociétés savantes de ondres et de Paris; voici trois ans qu’elle est signalée à Rescht, au sud de la mer Caspienne, où elle ne s’est probablement jamais éteinte! Et de ce dernier port les vaisseaux peuvent sans empêchement aller à Astrakan et en revenir, et la voie de terre est aussi complètement libre que possible; et le jour où, aux bouches du Volga, apparaît une fièvre qui tue en deux où trois jours, on hésite à lui donner un nom et l’on se demande avec stupéfaction d’où elle tombe !

Elle tombe d’Asie, ô gouvernement, n’en doutez pas un instant, et s’il y a lieu de s’étonner, c’est tout simplement qu’elle n’ait pas apparu depuis longtemps en Europe en 1 absence de toute quarantaine, de toute mesure restrictive delà part des pays frontières, vu l’insouciance légendaire des chefs qui y commandent.

Voici, au reste, l’histoire de cette épidémie d’après The

Lancet du 18 janvier. Les relations officieuses et officielles russes sont un peu sujettes à caution : ce n’est pas d’aujourd’hui que les Russes savent déguiser la peste sous des noms sonores pour calmer la population, ce qui, entre parenthèses, ne calme rien, vu que personne ne s’y trompe.

A la fin de novembre 1878, un détachement de Cosaques, revenant de l’armée du Caucase, rentrait dans ses quartiers à Viellan ka, sur le Volga, province d’ Astrakan. Peu après, apparut une « fièvre » assez grave, que l’on croyait importée des camps d’Asie et qui fut appelée typhus. Un médecin militaire, envoyé pour faire une enquête, nia l’existence du typhus, mais affirma l’existence de deux espèces de fièvres : l’une « simple continue, » l’autre « inflammatoire » . Or, il est avéré qu’il existait déjà à celte époque des fièvres éminemment contagieuses et rapidement mortelles. La maladie fit de rapides progrès parmi la population de Vietlanka, à tel point que pendant les deux derniers jours de décembre et les deux premiers jours de janvier plus du quart d’une population de 000 âmes tout au plus tomba malade en masse, et que le 3 janvier 143 sur 195 étaient morts (1). C’est ce que les autorités russes appellent le typhus contagieux. Je doute que pareille mortalité ail jamais été atteinte dans les épidémies les plus terribles du typhus des armées, même dans les sièges lamentables de Torgau et de Dantzick : cette lélhalilé est déjà par elle-même une preuve de la nature pestilentielle de la maladie. On conçoit la panique de celte population alfolée : militaires et civils se sauvant de tous côtés, encombrant les villes voisines d’Aslrakan et de Tzaritzin, propageant partout la peur. Toute la province s’émeut, l’agitation gagne la capitale; les correspondants des journaux étrangers télégraphient partout : c’est à ce moment que le gouvernement sort de sa quiétude.

À l’heure qu’il est, l'affection règne incontestablement dans plusieurs bourgades du district du Jenotawesk, probablement à Astrakan et à Tzaritzin. On craint même l’extension à la province de Saralow, voisine de celle d’Aslrakan, mais de l'autre côté du Volga.

On hésite, ai-je dit, à donner un nom à l’épidémie. On voudrait se persuader qu’il s’agit d’une forme grave de typhus exanthématique ou récurrent. Mais les médecins russes sont familiarisés avec ces deux formes de typhus, qu’ils ont pu observer à Saint-Pétersbourg et à l’armée expéditionnaire; d’où vient donc leur embarras devant la fièvre d’Astrakan ? Dans un rapport daté du 14 janvier, le docteur Krassowski indique les symptômes suivants :

Stade prodromal très-court, faiblesse extrême, céphalée atroce, bourdonnements d’oreilles, anxiété précordiale, douleur épigastrique. Au bout de quelques heures, bubon à l’aisselle et fièvre intense. Mort généralement en vingt-quatre heures ou en trois ou quatre jours au milieu de phénomènes nerveux graves, délires, collapsus, convulsions, etc. Un correspondant du journal l'Univers signale même la tumeur axillaire, « grosse comme un œuf de poule, se développant en quelques heures ». Puis surviennent des douleurs intérieures violentes, des vomissements, « des taches noires paraissent sur le corps, de préférence sur la poitrine, le dos, les avant-bras ». On a signalé des cas où la mort était arrivée quatre heures après le début des premiers symptômes.

Ces descriptions, si elles sont exactes, laissent peu de ; doute sur la nature de l’affection. On ne peut absolument nier que, dans des circonstances exceptionnelles de misère, d’encombrement, de famine, le typhus exanthématique ne puisse revêtir une forme assez semblable à la forme pathologique dont je viens de décrire les traits principaux ; mais ces circonstances n’existent pas dans le cas particulier.

Il vaut mieux, à tous les points de vue, en prendre son parti, appeler les choses par leur nom et examiner froidement quels remèdes comporte la situation. Le ministre de l’inté-

(t) Lo chiffre total dcB morts jusqu’à co jour est, dit-o'il, do 388.

3i Janvier 1879

rieur assure que « toutes les mesures ont été prises » ; il invite les journaux à parler de l’épidémie « d’une manière circonspecte » et a défendu toute communication avec la zone infectée. — On s’est donc rallié au système des quarantaines, qui paraît effectivement être la meilleure mesure prophylactique à employer, à condition cependant que la quarantaine soit absolue. Ce résultat peut être obtenu assez facilement, grâce à la configuration géographique du pays. Il suffira d’empêcher le passage du Volga et du Don et de surveiller spécialement la langue de terre située entre les deux fleuves, près de Tzaritzin (1). On a prescrit dans cètte dernière ville des mesures de désinfection, mesures qui seront probablement étendues à tous les points menacés malgré leur peu d’utilité probable.

Enlin on espère que la température favorisera l’exlinction du foyer pestilentiel. Depuis le 8 janvier (jusqu’au 14) le thermomètre oscille entre 10 et 12 degrés au-dessous de zéro. Malheureusement la peste est réfractaire aux basses comme aux hautes températures. En 1738, elle ravagea l’Ukraine, « usque in hiemem intcnsissimam »; en 1837-1838, elle sévit sur la Roumanie par une température de — 13° et ne s’éteignit qu’à l’entrée du printemps.

On lit, dans la Wiener medizinische Presse du 19 janvier, que le gouvernement autrichien propose des mesures énergiques pour combattre l’épidémie "au cas où elle se répandrait dans l’armée russe, actuellement répandue jusqu’aux frontières austro-hongroises (2).

Tels sont les principaux faits qui nous sont parvenus au sujet de cette épidémie, sur laquelle nous reviendrons.

L’article qui précède, rédigé pour le dernier numéro, est arrivé trop tard pour y être inséré. Nous le publions tel quel, et nous le faisons suivre des nouveaux renseignements que nous avons pu recueillir au sujet de l’épidémie :

Quelle que soit la précision des détails empruntés par notre collaborateur aux journaux russes et autrichiens, les renseignements que nous recevons aujourd’hui ne nous permettent pas encore de nous prononcer d’une façon délinilivè sur la nature de l’épidémie qui vient d’exercer d’effroyables ravages dans le district d’ Astrakan. Aussitôt après avoir été informé de la gravité de la maladie et de l'incertitude qui régnait sur sa nature,, le gouvernement russe a immédiatement envoyé sur les lieux un des médecins sanitaires les plus autorisés, le docteur Krassovsky, qui avait eu une partie de ta direction médicale des armées pendant la dernière guerre. Les renseignements envoyés par ce médecin sont assez précis, mais ils ne permettent pas de tirer aucune conclusion sur la nature de l’épidémie. Nous transcrivons intégralement la dépêche adressée par le docteur Krassovsky au ministre de la guerre de Russie, et qui est datée du 13 janvier.

s Je suis arrivé à Vietlianka le 27 décembre (13 janvier) et les quatre premiers malades que j’ai examinés étaient atteints d’une inflammation pulmonaire compliquée de symptômes typhiques; l’un d’eux présentait à l’aine une plaie d’origine douteuse. Le lendemain le docteur Morozow succomba après six jours de maladie; j’attribuai sa mort au typhus occasionné par la fatigue. Le 10 janvier nous n’eûmes pas de nouveaux cas; le 11 il y eut un décès causé par la fièvre intermittente; le 12 deux femmes moururent du typhus pneumonique.

» L’exameil attentif que j’ai pratiqué moi-même de ces cas, les observations et les documents recueillis par feu le docteur Morozow, le rapport du médecin inspecteur de la province (celui-ci conclut

vaudrai

(1) Malheureusement il 'sera difficile de gdnéraliser cette mesure. En effet, a début de l'épidémie, plusieurs camps de Kalmoucks, qui se trouvaient autour d Yiotlanka, furent, eux aussi, atteints par la maladie. En un qlin d'œil les tribu effrayées s'éparpillèrent do tous côtés, emportant avec eux la n steppes. L'administration sera impuissante contre ces iiomadi établir des quarantaines en plein Sahara.

(2) Une commission de savants se réunit à Berlin pour indiquer au plus vite pioyons h employer. La Roumanie suit cet exemple. Reste la Sublime Porte, la | niièi’o iponacéo, qui paraît assez indifférente à l’idée d'une propagation de la ladic dans scs Étùts, mais à laquelle qous osons espérer que les gouvernements e péens sauront imposor les mesures prophyiactiquos nécessaires.

à l’existence de la peste) me font attribuer la grande mortalité qui a régné à une épidémie de typhus galopant avec prédominance de symptômes thoraciques. J’attribue également cette mortalité excessive au manque de nourriture et aux mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvent les habitants.

i Des fumigations ont ôté pratiquées dans toutes les maisons infectées et on y a répandu à profusion les agents antiseptiques: acide phénique, sulfate de fer, etc. Des couches épaisses de enaux ont été répandues dans les cimetières.

» Le nombre des morts s’est élevé à Vietlianka à 273, celui des malîides dépasse 300. La ville contient 347 maisons et 1800 habitants. 3

Nous avons également sous les yeux un télégramme du gouverneur d’Astrakan daté de la même époque et qui confirme les faits avancés par le docteur Krassovsky. D’après ce document l’épidémie serait en décroissance sur certains points. Un médecin envoyé, dnus la petite île de Taboun-Aral, pour faire une enquête sur la mort rapide de cinq habitants, a fait un rapport dans lequel il affirme que les cinq décès sont dus à des circonstances accidentelles et n’ont aucune relation avec l’épidémie de Vietlianka.

Dans une réunion de savants tenue dans la maison du gouverneur, le docteur Dopner, le seul médecin qui a survécu à Vietlianka, a lu un rapport très-détaillé sur l’épidémie. Quoiqu’il soit fait plusieurs fois mention dans ce rapport de bubons et d’iullammation des glandes lymphatiques, on n’y reconnaît pas clairement les' signes caractéristiques de la peste, et l’auteur lui-même ne se prononce pas sur la nature de la maladie. Nous citons les passages les plus importants de'ce rapport.

« Depuis le 27 novembre 1878 s’est produite à Vietlianka une nouvelle maladie dont beaucoup de personnes étaient atteintes et à laquelle quelques-unes ont succombé. Je suis retourné au mois de décembre pour la seconde fois à cette stanitza et j’ai trouvé viugt-trois malades dans l’état suivant : violent mal de tête au front et aux tempes, douleurs dans tous les membres, frissons peu prolongés, précédant des chaleurs très-fortes et brûlantes dans la ligure et les yeux, le ventre tendu, une enflure du foie, le pouls à 100, 120°; ces symptômes duraient deux ou trois jours; ils étaient suivis de transpiration et d’affaiblissement général dans les quelques cas favorables qui se sont présentés ; mais, dans la majorité -des- cas, les paroxysmes se renouvelaient au bout de deux ou trois jours ; il s’ensuivait le délire, l’insomnie, l'inquiétude du corps, une chaleur de 42°, la sécheresse de la langue, des déjections très-fréquentes et involontaires, des urines peu fournies et rougeâtres; la mort arrivait régulièrement après le deuxième, au plus lard après le troisième paroxysme, avec des convulsions et un affaiblissement total des forces. Les cadavres se décomposaient très-vite, et les taches cadavériques se produisaient douze heures après la mort.

s Du 17 novembre au 9 décembre, sur 100 malades 43 sont morts et 14 ont guéri. A partir du 9 décembre, le caractère de la maladie est devenu plus aigu; la personne atteinte subitement se sentait prise de battements de cœur, d’irrégularité dans le pouls, de vomissements, d’éblouissements, d’oppression à la poitrine, de crachements de sang, sous forme de liquide très-clair; la figure devenait pâle, l’expression apathique, les yeux sombres, les pupilles dilatées ; le malade restait ensuite trois ou quatre heures dans un état de faiblesse absolue ; puis venait une chaleur violente et le délire ; l’urine s’arrêtait, la constipation sc produisait. »

L’auteur donne ensuite quelques détails sur une épidémie de fièvre intermittente qu’il avait observée à Vietlianka pendant la première inspection qu’il avait faile à cette ville. Il dit que cette variété de fièvre était accompagnée d’une enflure des glandes lymphatiques.

« D’après les dires des médecins assistants que j’avais sous mes ordres, dit le rapporteur, la maladie qui avait commencé le 27 novembre s’est montrée lorsqu’il n’y avait plus àVietlianka de malades avec les symptômes observés par moi le 18 novembre. J’admets cependant l’existence d’un lien étroit entre la première catégorie de maladies et la seconde. Les enflures et les inflammations des glandes lymphatiques, les abcès, ont été les symptômes principaux de la première phase de l’épidémie : ces symptômes se sont reproduits à un degré effrayant dans la seconde phase, et amenaient cette fois la mort dans un délai variant de douze heures à trois jours. Je conclus à caractériser cette épidémie soit comme un typhus du genre le plus aigu, soit comme une peste particulière ( pestis indica, Hirsch) ou comme maladie nouvelle intermédiaire entre le typhus et la peste. »

Dans une autre partie de son rapport notre confrère nous fait

31 Janvier 1879

part des déceptions qu’il a eues quaud il s’est agi du traitement. « Tous les remèdes ont été employés pour combattre la maladie, dit-il; j’ai prescrit notamment de l’acide salicylique, de l’acide muriatique, du sulfate de quinine ; mais tous ces remèdes ont été inutiles... Tous les médecins qui soignaient les malades, le docteur Koch et six de ses assistants sont morts, de même que le prêtre de la stanitza et un grand nombre des cosaques qui enterraient les cadavres. t>

Comme on le voit, le docteur Dopner ne' se prononce pas d’une manière définitive et tend plutôt à admettre l’existence du typhus que de la peste. Il n’en recommande pas. moins les mesures de prudence les plus énergiques : quarantaines sévères, désinfection des maisons, isolement des malades. Toutes ces mesures ont été rigoureusement appliquées dans les localités où la maladie est apparue. L’inspection et l’organisation des quarantaines a été confiée au docteur Norden.

Ces mesures rigoureuses ont . eu jusqu’à présent pour résultat de confiner l’épidémie dans son foyer primitif, c’est-à-dire à Viellianka et à Prischiba où 85 habitants sur 100 ont été atteints, et 40 pour 100 de là population tout entière ont succombé au fléau. Quelque exagérés que puissent paraître ces chiffres, il ne faut pas oublier qu’ils ont été publiés officiellement par le gouverneur de la province. Les nouvelles répandues par quelques journaux et prétendant que l’épidémie avait fait son apparition a Harizin ne se sont heureusement pas confirmées.

En somme il résulte des derniers renseignements que nous avons pu recueillir, que l’existence de la peste n’est pas encore admise par les médecins envoyés sur les rives du Vdlga. Malgré l’intensité du fléau et la grande mortalité qui a sévi dans quelques villages du gouvernement d’Astrakan, il est donc, encore permis de supposer, avec la plupart des médecins russes qui ont étudié l’épidémie sur place, qu’il s’agit sinon d’une variété de typhus du moins d’une maladie qui n’a avec la peste que certains rapports d’analogie mais quine doit pas être identifiée avec elle. On ne peut pas supposer que, même dans le but de rassurer les populations, les médecins russes aient voulu dissimuler dans leurs rapports la véritable nature de la maladie. Quoi qu’il en soit, qu’il s’agisse de la peste ou du typhus, il est bon de se tenir sur scs gardes, et nous ne pouvons qu’approuver les mesures quaranteiiaires rigoureuses qui ont été prises par les gouvernements intéressés.

Le gouvernement autrichien a montré dans celle circonstance une grande énergie. La Corresppndànce politique de Vienne annonce qu’une conférence s’est réunie le 24 janvier sous la présidence du prince Auersperg, président du conseil, en vue d’examiner les mesures à prendre contre la peste. JJ.es délégués du gouvernement allemand, du gouvernement hongrois et de différents ministères et trois experts assistaient à cette réunion. On a résolu d’envoyer le plus tôt possible en Russie des médecins chargés de faire des rapports réguliers sur l’épidémie.

On a décidé en outre que la loi austro-hongroise de 1878 interdisant l’importation des marchandises russes serait maintenue et étendue à l'Allemagne ; que les voyageurs venant de Russie seraient munis de passe-ports attestant officiellement que ces voyageurs ont quitté depuis quarante jours au moins les pays infestés ; que l’entrée des voyageurs en Allemagne et en Autriche serait restreinte en cas de besoin à quelques points déterminés de la frontière; qu’il serait procédé à la désinfection des wagons et des gares, êt que, dans le cas où l’épidémie se rapprocherait des frontières allemandes' et austro-hongroises, ces frontières seraient complètement fermées.

Voici les mesures qui ont été adoptées par la commission sanitaire austro-hongroise :

1° Des médecins seronl envoyés dans les pays infestés pour étudier les caractères, la marche et l’extension de l’épidémie ;

2° L’importation de toutes les marchandises provenant des pays infestés et de certaines marchandises de la Russie sera absolument interdite ;

3° Toulns les personnes venant des pays infestés parles frontières de l’Est et du Sud-Est feront une quarantaine de vingt jours.

Le gouvernement autrichien a l’intention de présenter au Réichsrath un projet de loi concernant les frais qui seront occasionnés par les mesures dont 9 s’agit. On attend des représentants de la Russie qui doivent assister aux séances dé la commission.

Gomme on le voit l’épidémie est combattue avec énergie, et il y a tout lieu d’espérer qu’elle restera confinée dans son foyer.

: A. Lutaud.

Association générale des médecins de France. — Admissions : MM. Rergerqu (Henri), Bounefoy, Cadier, Dehenne, Delafolie, Faval, de FédérovyiczjTligel, Gauthier, Guido, Hubert, Landois, Légué, Le Noir, Ménière dangers, Radoux, Raguel-Lépine.

Dons à la caisse des pensions de retraite : MM. Otterbourg et Roger, 50 francs; Piogey et Roger, 50; Dionis, 20; Georges Marjolin, 20; Robert Wickham, 100; Jourdanet, 500.

— Société centrale. — La séance annuelle de la Société centrale aura lieu le dimanche 2 février prochain, à deux heures précises, dans l’amphithéâtre de l’Assistance publique, avenue Victoria, n° 3, sous la présidence de M. Gosselin.

Assemblée générale annuelle de l’Association des médecins du departement de la Seine. — L’assemblée a eu lieu dimanche dernier, 26 janvier, sous la présidence de M. J. Réclard.

L’abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain numéro le tableau du mouvement de la caisse pendant l’année 1878.

Assistance publique. — Par décret en date du 20 janvier 1879, M. le docteur Nicaise, professeur agrégé à la Faculté de médecine, membre du corps des chirurgiens des hôpitaux de Paris, a été. nommé membre du conseil de surveillance de l'administration générale de l’Assistance publique à Paris.

—.Un concours pour la nomination à deux places d’interne à hôpital de Herck-sur-Mer aura lieu le 24 février prochain, à une heure précise; il sera ouvert dans l’amphithéâtre de l’administration de l’Assistance publique, avenue Victoria, n°3. Le registre d’inscription restera ouvert, de onze heures à trois heures, depuis le 23 janvier jusqu’au 8 février inclusivement.

I‘ aculté de medegine de Nancy. — La chaire d’accouchements' et de maladies des enfants a été déclarée vacante. Un délai de vingt jours, à partir de la publication du présent arrêté, est accorde aux candidats pour produire leurs titres.

Ecole de médecine de Marseille. — Un concours pour un emploi de suppléant des chaires de sciences naturelles s'ouvrira le 3 novembre 1879. Le registre d'inscriptions sera clos un mois (avant l’ouvertùre dudit concours.

Cours publics. — Le docteur Martiu-Dainouretle recommencera •ses cours de. chimie, de thérapeutique, etc., pour la préparation aux troisième et quatrième examens du doctorat en médecine, et au premier examen de fin d’année, le lundi 3 février, à une heure boulevard Saint-Germain, 63.

Correspondance. — Nous croyons devoir donner avis au confrère il. Engin en. qui a bien voulu nous écrire que nous sommes dans 1 impossibilité de lui répondre, faute de pouvoir lire sa signature.

État sanitaire de la, ville de Paris :

Du 17 au 23 janvier 1879, on a constaté 1071 décès, savoir :

Fièvre typhoïde, 23. — Rougeole, 4. — Scarlatine, 2. Variole, 11. — Group, 22. —Angine couenneuse, 21. — Bronchite, 46. — Pneumonie, 90. — Diarrhée cholériforme des jeunes enfants, 5. — Choléra noslras, 0. — Dyssenlerie, 2. — Affec lions puerpérales, 5. — Erysipèle, 7. — Autres affections aiguës, 262. — Affections chroniques, 489 (dont 163 dues à la phthisie pulmonaire). — Affections chirurgicales, 60. — Causes accidentelles, 21 .

SOMMAIRE. — Etudes cliniques. Dos formes frustes dn mal de Brighl. — Travaux originaux. Démographie : Des déformations cépliaJiqlics en France. — 1 Sociétés savantes. Académie' îles ''sciences.. — Académie de médecine. — Société de chirurgie. — Société de biologie. — Société de thérapeutique. ; — Bibliographie. Maladies du système iicrve'u\. — Variétés. La 'pcsto à Astrakan.

G. Masson, Propriétaire-Gérant.

■RIMEHIE E.

r, RUE MIGNON, 2

Vingt-sixième année

7 Février 1879

v&m CHIRURGIE

COMITÉ DE rédaction : A. OECHAMBRE, président ; BLACHEZ, DIEULAFOY, A. HENOCQUE, L. LEREBOULLET, A. H. MARCHAND

Adresser tout ce qui concerne la rédaction au siège du Comité, chez M. Dechasibre, 91, rue de Lille (avant le mardi de préférence)

• Paris, 6 février 1879.

l’ostéomyélite et la septicémie spontanée.

(Troisième article.)

’ Nous espérons que l’Académie suivra le sage conseil de son président, qui a engagé les orateurs inscrits à scinder la discussion engagée depuis plusieurs semaines , en deux parties, qui pourraient être traitées successivement : la septicémie et l’ostéomyélite. Bien qu’il soit difficile, comme le dit M. Perrin, de séparer des questions si justement connexes, nous essaierons, en condensant le « contingent des discours de plusieurs séances», de faire ressortir la marche des argumentations dans les deux sens.

L’Académie semble être édifiée au sujet de la septicémie, et, quant à présent du moins, nous pensons pour notre part que les derniers orateurs n’ont pas apporté des éclaircissements assez nets pour qu’on doive désirer la prolongation de la discussion. M. Perrin a démontré facilement que les allégations de, M. Colin ne nous enseignent rien de précis. M. Colin n’a pas eu l’inspiration heureuse lorsqu’il accumulait les objections contre les procédés d’expérimentation clinique ou physiologique qui sont estimés si hautement en France, aussi bien qu’en Allemagne.

La discussion proprement dite sur l’ostéomyélite promet dés résultats plus intéressants pour., les chirurgiens. Déjà MM. Gosselin et A. Guérin ont fait ressortir l’importance du diagnostic au point de vue du traitement; on peut donc espérer que la discussion se circonscrivant sur une affection bien définie permettra des conclusions, pratiques.

Malheureusement le sujet, quelque restreint qu’il soit,

FEUILLETON

Ambroise Tardieu.

. Ânibroise . Tardieu , professeur de médecine légale à la Façulté.de médecine de Paris, président du comité consultatif d’hygiène et de salubrité, ancien président de l’Association ( des médecins de France, membre de l’Académie de médecine, médecin de l’Hôtel-Dieu, vient de mourir le 12 janvier, dans sa soixante et unième année.

Le corps médical, en l’accompagnant à sa dernière demeure, profondément. ému de la perte cruelle qu’il venait de faire, a su exprimer en termes éloquents son immense douleur. MM. Chauffard, Henri Gueneau de Mussy, Wurtz,Brun et Rigal sont venus tour à tour retracer en termes dignes et élevés ce qu’àyail été cette brillante intelligence, ce travailleur fécond, cet homme séduisant qui charmait par sa parole ceux qu’il 2° SÉRIE, T. XVI.

pourrait être développé en un livre, comme l’a dit M. A. Guérin, et avec grande raison, puisque les nombreuses monogra- , plues écrites sur l’ostéomyélite formeraient plusieurs volumes. La définition de l’ostéomyélite, en effet, a déjà donné lieu à; de vives controverses, depuis les premiers travaux de Chassaignac et de Klose, et ce n’est pas d'aujourd’hui qu’on a cherché à circonscrire les véritables caractères des observations décrites sous les noms variés d’ostéites, d’ostéopériostites, d’ostéomyélites, de périostites suppurées, de périostites phlegmoneuses et enfin même de médullites.

Les élèves de Chassaignac, de Giraldès et d’Ollier, ajoutant aux observations de Follin, Gosselin, Bœckel et Schutzenberger un grand nombre de faits cliniques et d’examens anatomiques, ont achevé l’histoire de ces. affections, et depuis dix ans les thèses de Louvet, de Droin, de Culot, les observations et les pièces anatomiques qui leur ont servi de base ont été l’objet de discussions et d’examens approfondis à la Société anatomique. Actuellement, quand on parle d’ostéomyélite spontanée, chirurgiens et médecins savent ce dont il s’agit; mais, quand on consulte les traités dogmatiques ouïes moijidres, mémoires sur le sujet, on a peine à établir une classification réelle. Ces définitions ou ces dénominations correspondent à des conditions particulières d’étiologie, de siège anatomique ou de siège histologique; aucune ne réunit toutes ces données. En effet, en prenant pourpoint de départ l’anatomie pathologique ou plutôt le phénomène prédominant, nous voyons décrire par Louvet et Droin (avec Giraldès, Bœckel et l’école de Strasbourg), sous le nom de périostite phlegmoneuse, des faits analogues à ceux que Chassaignac considère comme des ostéomyélites; ou bien même,' Culot précisant davantage la définition, propose le nom de médullite ou inflammation de la moelle. Ces définitions anatomiques ont pour bases des opinions diverses sur l’origine périostale au médullaire de l’affection. Ceux qui se sont mis au point de vue étiologique ont tout aussi bien varié dans leurs appré-

devait instruire, éclairer ou conduire dans les sentiers ardus de la science. Aussi les paroles prononcées sur sa tombe ontelles exprimé surtout la douleur de ceux qui le perdaient. Nous devons maintenant montrer ce qu’a été le médecin, c’est-à-dire le savant, le médecin légiste et l’hygiéniste. Nous voulons examiner d’un regard d’ensemble l’œuvre immense du maître que nous pleurons et dont la vie trop tôt brisée pouvait nous faire espérer encore de brillantes lumières.

Les ouvrages que laisse Ambroise Tardieu, tous classiques* peuvent être groupés sous trois chefs, la pathologie, la médecine légale et l’hygiène publique.

Ambroise Tardieu, reçu docteur en 1843, avait été élevé par cette brillante école.clinique dont le monde entier venait à Paris suivre les leçonsfLe génie de Laennec dominait cette école; Cruveilhier, Andral, Trousseau, Rayer, Roux, Velpeau, Cl. Bernard la représentaient; ils étaient dans toute l’ardeur de la jeunesse et leur renommée commençait. Le concours \ pour les chaires de la Faculté était dans sa période la plus

ciations ; car on a d’abord, avec M. Gosselin, distingué l'ostéomyélite des adolescents, dite épiphysaire ou juxta-épiphysaire (Ollier et Gamet); mais depuis que Louvet, Culot, Parrot, ont démontré que cette caractéristique anatomique du décollement des épiphyses se retrouve dans le premier âge et au delà de l’âge adulte, le titre a dû être modifié, et rien n’est plus instructif que de suivre les transformations d’opinions que M. le professeur Gosselin avoue avoir accomplies à cet égard, lorsqu’il a pu examiner cette affection suivant ses manifestations aux divers âges : il faut en effet remarquer que la plupart des auteurs qui ont insisté sur l’origine périostale de cette inflammation ontplus particulièrement étudié chez les enfants (Giraldès, Louvet), tandis que c’est plutôt chez les adolescents qu’on a invoqué l’action prépondérante du développement osseux, d’où les noms d’ostéite épiphysaire, juxlaépiphysaire (Gamet, Ollier, etc.). Enfin il semble que, sous l’influence des études relativement plus récentes qui ont fait étudier le rôle de la moelle des os, les chirurgiens soient avec Christol, Culot, Maass, Koch, mieux disposés à attribuer un rôle plus important à la moelle des os.

En présence de ces divergences, qui répondent à des caractères variables aussi bien dans l’allure clinique que dans les processus anatomiques, M. Gosselin a proposé avec raison de prendre pour point de départ de la dénomination l’organe, c’est-à-dire l’os ; puis, comme qualificatif, des termes exprimant les principales conditions étiologiques. C’est ainsi que l’ostéomyélite ou l’ostéopériostite est une ostéite spontanée à forme aiguë et suraiguë ; mais, pour en comprendre les diverses manifestations cliniques, il faut en reconnaître quatre variétés. Celle complexité indique plutôt une grande richesse d’observations qu’une classification réellement naturelle des formes de l’ostéite; mais elle offre cet avantage que l’on peut, en admettant ces dénominations d’ostéite spontanée aiguë ou d'ostéite épiphysaire, y comprendre la plupart de ces faits d’ostéite qui ont pour caractères communs de se produire sous forme d’inflammation à marche très-rapide dans les os qui n’ont pas encore terminé leur accroissement en longueur, presque toujours dans les os longs, exceptionnellement dans les os courts, et pouvant envahir le tissu osseux, la moelle et le périoste, quelle que soit l’origine de l’inflammation.

Je crois qu’il serait difficile d’abréger cette définition sans laisser de côté de nombreux faits cliniques ; du moins, tout en répondant aux nécessités des descriptions dogmatiques, permet-elle aux praticiens de considérer en particulier

l’une des formes, celle dans laquelle l’inflammation médullaire prédomine.

L’importance de la fonction du périoste, le rôle de protection de cette membrane et celui plus important encore de la couche osféogène sous-périostée ont été suffisamment mis en lumière pour que l’on puisse se préoccuper de nouveau des fonctions de la substance médullaire, et y trouver une source d’observations fort intéressantes à l’égard de la pathogenèse de l’ostéite. La moelle osseuse, qui doit comprendre nonseulement la partie contenue dans le canal médullaire, mais aussi la moelle des canaux vasculaires qui communique avec la couche ostéogène ou sous-périostée, le tissu médullaire, est loin d’être inactive et insensible, comme voudrait nous le faire supposer M. Colin ; bien au contraire, il y a dans ce tissu des modifications constantes qui répondent aux diverses phases du développement de l’os comme organe, mais aussi aux modifications que l’àge ou les maladies générales et locales, les cachexies enfin, impriment aux tissus les plus favorisés en activité de nutrition. Nos lecteurs connaissent les travaux de Neumann et Bizzozero, auxquels nous avons plusieurs fois fait allusion; ils peuvent n’admettre qu’avec une certaine réserve le rôle hématopoiétique de la moelle ; mais ce qu’ils ne sauraient nier, ce sont les variétés d’aspect et les transformations histologiques de la moelle. Pour ne parler que de ces dernières, Robin, Cornil et Ranviér , Ollier, et après eux tous ceux qui ont fait de l’anatomie pathologique une étude sérieuse, tous ont constaté les divers étals de la moelle des os dans l’inanition, dans la fièvre typhoïde, dans les affections diathésiques ; l’examen du tissu médullaire des os est même devenu une des parties en quelque sorte népessaires dans une autopsie complète. Telle est du moins la pratique habituelle de certains laboratoires, et, sous ce rapport, il faut constater que nous n’avons plus rien à envier aux pathologistes étrangers. Ceux-ci ont peut-être exagéré l’importance des lésions médullaires des os en les Considérant comme caractéristiques de Y anémie pernicieuse ; quoiqu’il en soit, l’étude des modifications médullaires n’en apparaît pas moins comme indispensable pour ceux qui veulent suivre les processus morbides dans l’ensemble de l’organisme; et si l’on doutait de l’intérêt de ces recherches, il suffirait pour s’éclairer, de lire, d’une part, les comptes rendus d’autopsies de Cohnheim, Osler et Gardner, Litlen, Leyden, Strumpell, Eisenlohr,Pils, Fede,Pepper,Schebv-Buch, à propos des lésions de la moelle des os dans l’anémie pernicieuse, et de considérer d’autre part, les résultats négatifs de Quincke et d’Eichkorst

brillante et faisait connaître, pour chaque chaire, plusieurs savants dignes de l’occuper. Elevé à cette forte école de clinique, Tardieu fut surtout et partout un clinicien: c’est par la clinique qu’il éclaira d’un jour si éclatant l’hygiène et la médecine publiques.

Qu’on jette un coup d’œil sur le Manuel de pathologie, parvenu aujourd’hui à sa cinquième édition, on y retrouvera ces descriptions si vivantes des maladies qui avaient fait la renommée d’Andral et de Trousseau, on y trouvera surtout une conception très-juste et très-élevée de la pathologie générale, dans laquelle on peut reconnaître la touche sûre et lumineuse d’un maître ignoré, J. Bouley, que nous espérons faire revivre un jour. Ces chapitres de pathologie générale sont encore en parfaite harmonie avec les doctrines cliniques d’un autre maître que nous venons de perdre, Bazin, dont la gloire grandira de plus en plus pour l’honneur de la clinique j française. G’est cette connaissance profonde de la clinique qui j a fait d’Ambroise Tardieu un clinicien au coup d’œil prompt et |

sur, et un médecin praticien dont la valeur n’est pas assez connue.

S’il a été moins apprécié sons ce rapport que comme médecin légiste, c’est qu’il a été surtout original et créateur dans ce qui concerne la médecine publique.

Voyons l’œuvre du médecin légiste : Ambroise Tardieu a été consulté par le pouvoir judiciaire dans un nombre considérable d’affaires qui s’élève au chiffre colossal de 5238. Il en tenait un compte exact et le tableau suivant donnera une idée des difficiles problèmes qui lui ont été posés par le pouvoir judiciaire.

Attentats à la pudeur ou viols . . G27

Pédérastie ou sodomie . 85

Constatations de grossesse ou d’accouchements. 20

Avortement . . . ... 580

Infanticide . 697

A reporter. . . . 1928

7 Février 1879

dans la même affection ; enfin, pour compléter cette énumération, nous signalons plus particulièrement lés travaux de Litton et de Orth ( Berliner mediz. Wochenschrift., 1877, n° 51) qui comprennent l’analyse de 100 autopsies, et la thèse plus récente de Blechmann, qui est basée sur 35 autopsies pratiquées sous la direction de Neumann.

Si nous avons insisté avec intention sur le rôle de la moelle, c’est que, pour bien résumer notre opinion, nous considéronsquele terme A’ ostéomyélite, avec toutes les réserves qu’il comporte, peut être conservé sans grand inconvénient, parce qu’en définitive on l'emploie habituellement comme synonyme d’ostéite spontanée généralisée diffuse, ou ostéomyélite avec périostite, dont la forme la plus fréquente est l’ostéite- épiphysaire, désignée souvent sous le nom d’ostéopérioslite phlegmoneuse.

G’est principalement au point de vue thérapeutique qu'il importe de tenir compte de ces définitions, lorsque l’on veut tracer des règles générales pour l'intervention chirurgicale.

Nous sommes ici sur un terrain plus solide : en effet, la plupart des chirurgiens sont d’accord aujourd’hui. MM. Panas, Gosselin, A. Guérin, etavec eux tous les chirurgiens pratiquent dans l’ostéomyélite l’intervention la plus rapide, la pllis énergique; et d’ailleurs dans l’ostéomyélite suraiguë il n’y a pas à hésiter : larges débridements, incision du périoste, drainage, injections antiseptiques, doivent être mis en œuvre, et plus tôt on aura fait le diagnostic, plus grandes seront les chances de l’intervention. La question soulevée par le rapport de M. Panas à propos des faits de trépanation de M. Lannelongue, à savoir si cette opération doit être encouragée, préconisée, et si elle offre comme moyen hâtif de diagnostic ou de traitement des avantages réels; cette question, disons-nous, ne sera probablement pas l’objet de longues discussions» MM. Gosselin et A. Guérin nous ont cité des exemples encourageants en faveur de la trépanation ou de l’incision des os; nous doutons qu’il s’élève à cet égard des objections bien vives, mais, dans tous les cas, il ne serait pas sans intérêt d’entendre exposer la pratique des maîtres sur ce point.

L’idée de trépaner les os dans l’ostéomyélite n’est pas de récente invention ; elle a son origine dans la trépanation faite pour l’ostéite douloureuse ou même pour l’ostéite de nature syphilitique (ainsi que le fit J.-L. Petit); et, en 1839, un chirurgien de Baltimore, Morven Smith, publiait quatre observations de « trépanation des os dans certaines inflammations purulentes qui constituent la première période de la nécrose». (Voy. Archives générales de médecine, série 3,

t. IV, p. 219-223, 1839, traduit de Y American Journal of medical science, n“ 45, novembre 1839, p. 931. Bœckel, en 1858, a également trépané le tibia dans un cas d’ostéomyélite chez un enfant de seize ans, et depuis cette époque la trépanation des os a été indiquée comme un moyen thérapeutique rationnel par la plupart des auteurs qui ont traité cette question; mais nous n’en donnerons pas la liste parce qu’ils ne semblent pas avoir pratiqué l’opération. Il est plus intéressant de rappeler la communication faite à ce sujet par M. Ollier, à l’Académie des sciences (14 août 1876). Celle communication sur la trépanation des os longs dans les diverses formes d’ostéomyélite résume dix-neur observations, qui sont tout à fait démonstratives en faveur de l’innocuité de la trépanation des os, et M. Ollier proposé dans ses conclusions la trépanation de la moelle comme moyen abortif de l’inflammation dans l’ostéomyélite aiguë.

Ges citations nous suffisent, et nous croyons pouvoir répéter nos conclusions antérieures au sujet de l’opération pratiquée par Lannelongue ; nous croyons qu’il y a tout intérêt à pratiquer la trépanation dans l’ostéomyélite, et à l’exécuter hâtivement; et puisque cette opération est précédée d’undébridement et de l’incision du périoste, elle devient un moyen de diagnostic, et, ne dût-elle être considérée que comme une saignée de l’os (suivant le procédé dé Laugier) ou comme un débridement de l’os (suivant le procédé de A. Guérin), nous croyons que, même dans un cas d’ostéite simple, elle ne saurait être dangereuse si l’on emploie des moyens antiseptiques minutieusement appliqués.

En résumé, ce serait mal comprendre l’enseignement des faits cliniques que nous avons cités que de ne pas tenir compte, dans chaque cas particulier, de la nécessité d’agir vite; car la témérité n’est guère â redouter en présence des accidents si terribles de l’ostéomyélite. Cependant il importe de ne pas perdre de vue la marche rapide des complications, afin que la trépanation, utile comme moyen préventif et curatif au début, n’amène pas le chirurgien à une intervention plus radicale et trop souvent nécessaire : l’amputation ou la résection.

A. Hénocque.

Report . .

Coups et blessures .

Blessures par imprudence, homicides involbntairc

Mauvais traitements .

Assassinats ou meurtres. . . . . . .

Certificats d’infirmité . . .

Morts subites, . . .

Empoisonnements . .

Asphyxie par le charbon .

Submersion .

Folie . .

Diverses. Identité, simulation, etc .

Total.

Cette seule énumération donne une idée de son expérience et explique la confiance qu’il inspirait au parquet, et qui était telle que les magistrats instructeurs ne se seraient pas risqués à poursuivre aux assises une accusation qu’il n’aurait pas soutenu. Cet accord apparent lui a fait le plus grand

tort devant ses confrères et devant le public. En voyant toujours Ambroise Tardieu affirmer l’accusation aux assises, on, le supposait devenu l’âme damnée des procureurs. C’est le contraire qui était la vérité. Chaque fois qu’il venait dire au, parquet que les preuves de l’accusation manquaient, on donnait une ordonnancée non-beu et l’affaire était arrêtée ; s’il venait dire, au contraire, qu’il apportait les preuves de la culpabilité, alors seulement on poursuivait l’affaire qui se déroulait ensuite devant les assises. Le public médical, comme l’autre public, n’ayant connaissance que des rapports affirmatifs et point du tout des rapports négatifs, l’accusait d’être un second procureur. C’ést le contraire, en fait, qui était la vérité, car les procureurs n’affirmaient qu’avec lui ,od après lui. Le simple bon sens aurait pu le faire comprendre. On en. a eu la preuve éclatante en 4864, lors de l’affaire Armand, où Tardieu est venu montrer qu’il s’agissait d’itne simulation d’homicide et où on le vit devenir ainsi le; défenseur de l’accusé.

17 Février 1879

TRAVAUX ORIGINAUX

Démographie.

Des déformations céphaliques en France, par Gustave Lagneau.

(Fin. — Voyez numéro 5.)

De l’exposé précédent il résulterait que, dans notre Europe occidentale, des déformations céphaliques, encore très-lréquenles, seraient déterminées soit par tel ou tel décubitus des jeunes enfants dans leurs berceaux, soit par telle ou telle manœuvre malaxant la tête des nouveau-nés, soit par telle ou telle coiffure comprimant le crâne principalement des enfants et des femmes.

Certes, bien des conformations céphaliques constatées chez différents peuples ne sont nullement attribuables à tel ou tel décubitus ou à telle ou telle coiffure, mais sont parfaitement normales et propres aux éléments ethniques constituant ces peuples, ainsi que M. le docteur Pruner-Bey le faisait observer à propos du crâne globuleux des Turcks, en rendant compte à la Société d’anthropologie du mémoire de M. de Baer sur les macrocéphales. Lorsque J. Bodin, Spigel, Andry, Yésale, Blumenbach, attribuaient la formeronde et large de la tête de certains Allemands au décubitus dorsal habituel des enfants au berceau, et la forme allongée, haute, de la tête des Belges et des. Flamands au décubitus habituel sur l’un ou l’autre côté, et à l’usage de certains bonnets ou béguins comprimant les tempes, peut-être ne tenaient-ils pas assez compte de la forme normale de la tête des peuples par eux observés; ce qui d’ailleurs s’explique parfaitement avec l’insuffisance des connaissances anthropologiques, alors fort restreintes relativement à la détermination différentielle des types ethniques des habitants (le l’Europe occidentale. Malgré le peu d’importance accordée encore actuellement aux études anthropologiques, MM. His et Rutimeyer, Pruner-Bey, Virchow, et maints autres savants, ont déjà fait voir que la plupart des Allemands du Midi sont normalement brachycéphales (1). Et quant aux habitants de la Belgique, des Flandres et du nord de la France, on sait qu'ils descendent en grand nombre d’immigrés généralement dolichocéphales, Galates-Kimmériens, Belges, Francks, Nordmans, venus de la Germanie septentrionale et des pays Scandinaves. Il s’agit donc alors de conformations normales, naturelles, ethniques, non de court) His cl Rulimcyer, Crania Hclvetica. — Pruner-Bey, Résultats île crdniomdtrie : Allemands du Midi {Mm. de la Soc. d'anlhrop.. i. I, labl. 3, et ailleurs).— 1 Virchow, Congrès d'anlhrop. cl d'arcli. de Bruxelles, 1872, p. 364, et ailleurs.

Voyons quels progrès il a fait faire à la médecine légale. Celle-ci s’appuie sur une série de preuves : l’historique du fai*, les constatations cliniques, les constatations cadavériques, la recherche des poisons, soit par l’analyse chimique, soit par 1 expérimentation physiologique.

Avant les travaux d’Ambroise Tardieu, la médecine légale reposait tout entière sur une toxicologie de convention qui ne ressemblait en rien à la toxicologie vraie. Il la éclairée d un jour tout nouveau en développant le côté ..clinique de cette science. Il a montré que le problème du' médecin légiste consistait à faire le diagnostic de l’affection provoquée comme on fait celui des affections pathologiques ordinaires, a établir le diagnostic différentiel de ces affections provoquées avec les affections spontanées. Il en a tracé la technique en i deenvant minutieusement les symptômes et l’évolution de 1 affection, puis les phénomènes cadavériques. Suivant lui, cette constatation formelle des affections et maladies provoquées était bien plus probante encore que la recherche du

formations anormales, contre nature, c’est-à-dire de déformations artificielles.

Toutefois il est bon de remarquer qu’en Allemagne, en Belgique, en France, les populations sont composées d’éléments ethniques multiples. Or, si Hippocrate remarque que les anciens macrocéphales attachaient à leur déformation céphalique une idée de noblesse, partagée d’ailleurs par diverses peuplades américaines ; si Blumenbach observe que l’usage de semblables déformations est motivé par le désir d’amener la tête à une forme considérée comme nationale, cette idée de noblesse et ce désir de ressembler à un type national doivent surtout se manifester parmi les populations ainsi composées de races diverses, regardant comme beau et noble, comme national, le type de la race ayant su conquérir la suprématie.

En rejetant comme peu admissible l’influence modificatrice de tel ou tel décubitus sur la forme céphalique générale de telle ou telle population, en pensant que souvent on a considéré comme des déformations crâniennes attribuables à tel ou tel déeuhitus des conformations normales propres à telle ou telle race, il faut toutefois.se rappeler que M. Guéniot à la Société de chirurgie, M. Parrot à la Société d’anthropologie et à l’Association pour l’avancement des sciences, ont montré que certaines asymétries, voire même certaines atrophies partielles des parois crâniennes, peuvent résulter du décubitus unilatéral prolongé chez de malheureux enfants plus ou moins athrepsiques, à nutrition insuffisante (1). A propos de ces asymétries, on peut même remarquer que, selon MM. Donders, E. Javal et Vecker, cette déformation céphalique entraînerait un astigmatisme, un affaiblissement de la vue, conséquence d’un aplatissement du globe oculaire en rapport avec l’aplatissement unilatéral du crâne et de la face (2).

Quoique les malaxations manuelles, les manœuvres exercées sur la tête des nouveau-nés aient été usitées par bien des peuples depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, par les macrocéphales asiatiques décrits par Hippocrate, comme par nos compatriotes du Limousin, qui suivent les recommandations du R. P. Josset, ces malaxations, qu’elles aient pour but de donner au crâne une forme plus allongée ou une forme plus globuleuse, peuvent avoir les conséquences les plus fâcheuses pour l’intégrité de la pulpe encéphalique, lorsqu’elles sont portées au delà de certaines limites; mais paraissent devoir avoir peu d’effet sur la forme définitive du crâne. En effet, ainsi que l’a fait observer M. Prat et que l’a démontré M. Budin par de nombreuses mensurations, les déformations céphaliques des enfants lors de l’ac-

(t) Parrot, Bull, de la Soc. d'anlhrop., 2» série, l. XI, p. 450, clc., 1870. — Associai, pour l’avancement des sciences, soss. de Paris, 1878, section d’anlhrop.

du crdnelBull. de la Soc. d'anlhrop., 2" série, t. IV, p. 545, etc., 4800).

[ poison qu’on ne trouve pas toujours. C’est ainsi que nous reconnaissons chaque jour la syphilis par ses manifestations, et que nous pouvons affirmer formellement la contagion par l’inoculation d’un virus, alors que l’accident primitif et par conséquent la preuve immédiate de cette inoculation nous font le plus souvent défaut, chez la femme en particulier. Qu’on relise par exemple l’histoire de tous les grands procès d’empoisonnement, on y verra que la démonstration positive du poison a presque constamment fait défaut, et que c’est cette insuffisance de l’analyse qui a fait faire de nouvelles recherches ultérieures et trouver plus tard les méthodes), d’extraction des poisons. La preuve a presque toujours été éta-j^ blie sans l’isolement du poison. Qu’on relise par exemple j les procès Lafarge, Castaing, Bocarmé, Lapomeraye, Danval, i 1 on pourra s’assurer de la vérité de ce que nous avançons.

Les progrès de la science moderne ont apporté, comme j nouvelles ressources pour la médecine légale, l’histologie et j l’expérimentation sur les animaux des matières qu’on suppose \

7 Février 1879]

eouchement ne persistent nullement (1). « De tout temps, dit ce dernier confrère, les obstétriciens ont remarqué que bien souvent... l’enfant offrait au moment de sa naissance des déformations du crâne, déformations qui, au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures, avaient complètement disparu. « De la non-persistance des déformations céphaliques produites lors de la parturition, il semble permis d’inférer egalement la non-persistance des déformations céphaliques analogues, résultant des manœuvres passagères exercées sur la tête du nouveau-né immédiatement après sa naissance.

Mais il n’en est pas de même des déformations résultant de la constriction longtemps exercée par certaines coiffures. Ces déformations persistent, et bon nombre de nos compatriotes conservent toute la vie ces déformations artificielles que leurs parents leur ont infligées dans l’enfance. Aussi, en rendant compte à la Société de médecine légale d’une communication de M. le docteur Vincent, de Guéret, sur les applications des connaissances anthropologiques aux expertises médico-légales relatives à la question d’identité, ai-je cru devoir faire remarquer que « certaines déformations crâniennes... peuvent servir à établir l’identité d’un individu originaire de certaines provinces ou de certaines localités » (2).

Certains médecins, entre autres M. le docteur Gosse père, admettant que « les caractères accidentels produits par des manœuvres artificielles peuvent, au bout d’un certain nombre de générations..., se transmettre par hérédité comme les caractères naturels », non-seulement pensent que les déformations crâniennes persistent toute la vie, mais qu’elles deviennent héréditairement transmissibles, quand « elles existent à la fois et uniformément chez les individus des deux sexes» (3). Cette transmission héréditaire des déformations crâniennes artificiellement acquises ne semble nullement admissible. Ces déformations uniquement artificielles ne se montrent que chez ceux dont le crâne a été directement soumis à une pression ou constriction prolongée. M. Sanson a rapporté l’observation d’une famille comptant sept enfants; la fille aînée seule, soumise à la compression de l’ancien coiffis ou toquet en usage dans le Poitou, présentait la déformation céphalique; les quatre garçons et les deux autres filles plus jeunes, non soumis à cette coiffure, avaient le crâne normalement conformé (4).

Quel qu’ait été le motif initial des déformations céphaliques dues à diverses coiffures étreignant la tête, telles que celles

(1) Prat, Bull, delà Soc. d’anthrop., 2» série, t. VI, p. 121. 1871. — Butlin, La forme du crâne au moment de ia naissance et pendant la première semaine gui suit l’accouchement (Bull, de la Soc. ifanlhrop., 2“ série, t, XI, p. 553, elc., 1876).

(2) Bull, de la Soc. de mid. ligule, t. II, p. 426, 1870-1872.

(3) Bull, de la Soc. d'anthrop., t. I, p. 551, 1860.

(4) Bull, de la Soc. d’anthrop-, 2° série, t. VI, p. 129, 1871.

observées par M. Foville en Normandie, par M. Lunier dans le département des Deux-Sèvres, par M. Blanchard dans le Limousin, par MM. Délayé, Bérenguier, Broca, dans la région toulousaine, on a peine à admettre que l’usage de pareilles déformations ait pu se développer dans un état de civilisation avancé comme celui des peuples- de notre Europe occidentale : aussi a-t-on été amené à rechercher si cet usage n’avait pas été anciennement importé par des immigrants plus ou moins barbares.

M. Broca paraît disposé à rapporter aux Kimmériens l’importation dans notre pays de l’usage de se déformer ainsi la tête (1). En effet, de nombreux auteurs anciens, en particulier Hérodote, signalent la présence de Kimmériens sur les bords du Pont-Euxin, de la mer Noire, dans la Crimée, qui rappelle encore leur nom (2), régions diverses où Ton a vu précédemment qu’avaient été trouvés des crânes déformés. En outre, M. Worsaœ a rappelé que des pratiques macrocéphaliques avaient également été en u?agè sur le littoral de la mer du Nord, anciennement habité par les Cimbres ou Cimmériens, dans la Chersonèse cimbrique, actuellement le Jutland (3). De même on a vu que J. Bodin, Spigel, Andry, Blumenbach, signalaient l’usage des déformations céphaliques chez les Belges habitant la région maritime anciennement occupée par ies Galales d’origine kimmérienne suivant Diodore de Sicile, (1. V, ch. xxxii, p. 273, coll. Didot.) Enfin à ces Belges, Am. Thierry a cru devoir rattacher les Vollss, exceptionnellement appelés Bolgs, qui occupaient la région baignée par la Haute-Garonne, l’Aude et l’Hérault (4). Déjà en 1872 j’avais cru moi-même devoir rappeler la déformation des Belges à propos de la déformation céphalique toulousaine (5).

Cependant plusieurs objections peuvent être faites à cette origine cimmérienne de la déformation toulousaine. D’abord les nombreux auteurs anciens ayant parlé des Cimbres et des Kimmériens ne mentionnent pas l’usage qu’ils auraient eu de se déformer ainsi le crâne. Or, dans les diverses régions par eux habitées, différents autres peuples ont également habité à diverses époques. Les crânes déformés trouvés dans ces régions ne se rapporteraient-ils pas plutôt à quelques-uns de ces autres peuples? En outre, suivant M. Cartailhac, de Toulouse, la déformation crânienne en usage chez les habitants

(1) Broca, Congrès d'anthrop. et d'archeol. de Buda-Pesth, 1876. — Bull, de la Soc. d’anthrop., 2» série, t. VIII, p. 574, etc. 1873.

(2) Hérodote, Hist., liv. IV, ch. XII, etc. — Denys le Périégète, vers 166-168. — Pline, H. N., liv. VI, cap. VI, etc.

(3) Worsaæ, Congrès d’anthrop. et d’archiol. de Buda-Pesth.

(4) Am. Thierry, Hist. des Gaulois, t. I, Introduction et liv. IV, ch. I, p. 437, éd. do 1862.

(5) G. Lagneau, Ethnogénie à pour l'avancement des sciences,

avoir été la cause de la mort. A. Tardieu avait senti toute la i valeur de ces nouvelles méthodes, il les avait acceptées et j cherchait à en tirer parti autant que les connaissances de son J temps le lui permettaient. Ce sera l’œuvre de ses successeurs I de développer ces deux moyens d’information et d’en joindre : les résultats aux caractères cliniques qu’il a tracés de main de maître et d’une manière indélébile. On pourra dire plus tard que Tardieu a été le maître de la période clinique de la médecine légale. D’autres lui succéderont pour fournir la période histologique et expérimentale, t- Ce caractère général de l’œuvre d’Ambroise Tardieu étant donné, voyons maintenant ses principales découvertes.

1 Je ne ferai que citer les mémoires sur l’avortement (1856), Y les attentats aux mœurs (1857), le viol et la pédérastie, j qu’il a tracés en maître tout comme ce qui regarde les ques- 1 tions d’identité (2e édit., 1874). Mais il faut s’arrêter surtout aux problèmes de la suffocation, de la strangulation et de la pendaison.

Avant les travaux d’Ambroise Tardieu, on confondait dans un même groupe d’asphyxie la suffocation, la strangulation et la pendaison, l’homicide et le suicide.

Le premier sujet qu’il a étudié est la mort par suffocation. II y a insisté sur les preuves de la vie et montré les traces de l’infanticide. Il a montré tout le parti qu’on pouvait tirer des traces extérieures et des taches sur les linges d’enveloppe, pour établir le mécanisme de la suffocation. Il a insisté surtout sur les lésions pulmonaires qui en demeurent, après la mort, la trace révélatrice. Ce caractère pathognomonique des taches ponctuées de cette sorte de purpura d’origine mécanique qui couvre les membranes d’enveloppe des poumons et du cœur, il l’a montré non-seulement sur les cadavres des enfants victimes de ce procédé habituel de l’infanticide, mais encore, il en a donné la preuve expérimentale en sacrifiant des animaux par la suffocation (1855).

La strangulation et la pendaison étaient confondues par les médecins légistes, alors qu’au point de vue de la cause elles

7 Février 1879

du bassin de la Haute-Garonne serait loin d’avoir été importée à une époque très-reculée par les immigrants kimmériens, car elle ne s’observerait que sur des crânes des derniers siècles (1). Toutefois, avant d’admettre cette dernière et grave objection comme péremptoire , peut-être faudrait-il avoir plus de documents ostéologiques relatifs à des époques antérieures dans cette région? Peut-être les documents actuels sont-ils insuffisants pour confirmer ou infirmer celle objection ?

'Sans insister davantage sur l’origine, difficile à déterminer, de l’usage de la déformation crânienne toulousaine, il faut rappeler que, selon M. de Baer, de Saint-Pétersbourg, et suivant la plupart des eLhnographes des Etats autrichiens, les crânes déformés recueillis dans les provinces du littoral de la mer Noire, ainsi que dans celles du bassin du Danube, seraient des crânes d’ Avares, peuplade qui aurait été entraînée d’Orient en Occident à la suite de la grande invasion des Iluns. « Nous savons par les auteurs contemporains, dit Àmédée Thierry, qu’une partie des Huns employaient des moyens artificiels pour donner aux enfants la physionomie mongole, en leur aplatissant le nez avec des bandes de linge fortement serrées, et en leur pétrissant la tête de manière à donner au crâne une forme pointue, tout en déprimant le front et développant les pommettes des joues (2). »

M. le docteur L. Gosse, le père, partageant l’opinion d’Amédée Thierry, pensait également que pour ressembler autant que possible à leurs vainqueurs hunniques de race mongole, les Huns blancs, les peuples non mongols soumis à leur domination auraient cherché à modifier artificiellement leur conformation crânienne (3).

Bien que de Guignes parlé de la figure extraordinaire, capable d’inspirer la frayeur, des ambassadeurs avares venus à Constantinople auprès de l’empereur Justinien Pr (4), Théophane, dans sa chronographie, à l’année 564, mentionne bien une ambassade de Huns oîw oi, également appelés Turcks (5); Ménandre Protector parle bien aussi d’ambassadeurs abares venus à Byzance sous la conduite de Candich (6) ; mais ces deux auteurs ne signalent pas l’étrangeté de leur conformation céphalique.

M. de Smirnow, qui a étudié récemment les descendants des Avares encore existants dans la partie sud-est du Caucase, dans le Daghestan, d’une part, voyant que les crânes déformés de Mzcheta, dans la Géorgie septentrionale, ont

. (1) Cjjjlailhac, Ass- pour l'avancement des sciences, aect. d’anlhrop., sess. do Paris, 1878.

(2) Am. Thierry, Ilisl, d’ Attila et de ses successeurs, t. I, p. 8, Paris, 1850.

(3) L. Gosse, Sun, de la Soc, i’anthrop,, t. 1, p. 557, 1860

(4) De Guignes, Ilisl. des Iluns, 1. 1, 2° partie, vol. II, liv. IV, p. 353, 1750-1758

(5) Tlie'ophane, anode 504, texte groc et trad. ]at.,p. 207, 1055.

(G) Menaiidrp Protector, B xcerpta de legallonibus, p 99 (De Bysanl. historiée scriptoribus Philippo Labbc, 1648, Parlsîis, in-fol.

en diffèrent absolument, la strangulation étant un homicide et la pendaison presque toujours un suicide; il a établi nettement les caractères anatomiques de chacun de ces deux genres de mort (1859),

Il a prouvé par des exemples irréfutables que des individus pouvaient se suicider par pendaison en conservant un point d’appui soit sur le sol, soit sur un lit ou tout autre meuble, fait qu’on avait rejeté à priori, regardant ces modes de pendaison comme des homicides. Erreur capitale, puisque la justice ne recherche le fait que pour reconnaître la cause ou je mobile, le crime étant bien plus dans l’intention que dans le résultat.

Je ne ferai que citer les mémoires Sur les sévices et les mauvais traitements exercés sur les enfants (1800) et Sur les maladies communiquées, comme la syphilis des nourrissons et de certains ouvriers (1861), pour arriver à deux ouvrages plus importants : l'Etude sur l’empoisonnement (1867) et Etude sur la folie (1872).

été trouvés près du pays des Ossèles, descendants actuels des Alains ; d’autre part, sachant que les Alains prirent part aux invasions des Avares vers l’occident, semblerait disposé à rapporter auxOssètes ou Alains les crânes déformés recueillis dans le Transcaucase et en Autriche, près des Avaren- Ringe (1). La descriqtion qu’ Ammien Marcellin donne des Alains ne semblerait pas confirmer cette opinion. Loin de les signaler comme se déformant la tête, il les dépeint comme ôtant presque tous grands et beaux, ayant les cheveux modérément blonds, le regard plus terrible que féroce. Portant des armes légères, ils étaient agiles. Egaux des Huns sous tous les rapports, ils étaient plus doux et plus civilisés qu’eux. Proceri autem Alani pæne sunt omîtes et pulchri, crinibus mediocriter flavis, oculorum temperata torviiate terribiles, et armorum levitatc veloces. Bunnis que per omnia suppares, verum victu mitiores et cultu. (Ammien Marcellin, Rerum gest., 1. XXXI, cap. ji, p. 349, coll. Nisard, éd. Dubochet.)

Malgré cette objection, j’ai moi-même été porté à voir dans les Alains et surtout dans les Taifales, autre peuplade paraissant être de race Sarmate, les importateurs de l’usage de la déformation crânienne encore observée chez certaines habitantes du département des Deux-Sèvres, par suite de la compression exercée par leurs coiffures, dont le nom de colback semblerait rappeler une origine orientale (2). En effet, si l’on ne sait qu’imparfaitement ce que sont devenus les Alains que Prosper Tiron, Constant, Heric, nous disent avoir possédé Aureliana, Orléans, et l’Armorique, la Bretagne que leur avait abandonnée Aétius (3); si, après la conquête franque, leur établissement dans le pays récemment émergé, appelé le pagus Alanensis, le pays d’Aulnis, quoique admis par Arcère, est insuffisamment démontré (4) , il n’en est pas de même pour les Taifales ou Theiphales, qui, après avoir habité la Thrace et la Germanie, à côté des Sarmates, ainsi que l’indique Ammien Marcellin, vinrent se fixer dans le Poitou, où non-seulement la notice des dignités de l’empire d’Occidenl nous montre un Prœfectus Sarmatarum et Taifalorum gentilium Pictavis in Gallia (t. II, cap. xi, p. 122, édit, de Boëcking),mais aussi où au sixième siècle, Grégoire de Tours, à plusieurs reprises, parle des Teiphales comme habitant la Teiphalia, le pagus Teofalgicus, dont Tiffauges, petite ville

(4) Smirnow, Les Avares du Daghestan (Rev. d'anthrop., t. V, p. 00, 1870).

(2) G. Lagnonu. Des Alains, des Théiphales... et autres peuplades sarmates ou slaves dans les Gaules (Dev. d’anthrop., t. VI, p. 52, 1877.)

(3; Prosperi Tironi clmmicoii : Anliq. Lecl. Canisii, l. I, p, 172. — Constanlins, Vi ta Sancli Germani.., Ann. chr, 488, apud Bolaniianas, xxxi Julii; clans Dom Bouquet (Bec. des llist. des Gaules, t. I, p. G43, in-fol. — Ilercius, Vila Sancl Germani, dans Dura Bouquel (loc.cit., p. 043).

(4) Arcère, Ilisl. de La Rochelle cl du pays (l'Aunis, t. I, p. 39, .etc. La Bo-

il L’Etude sur V empoisonnement est un véritable traité de | pathologie, limité à la question des empoisonnements, ayant ■surtout pour but le diagnostic de la cause. Tous les renseignements, historique, symptômes, évolution, anatomie pathologique, extraction du poison et recherches expérimentales sur les animaux pour retrouver leurs caractères toxiques, donneront une image fidèle de la médecine légale à l'époque, de Tardieu qui en aura été le plus illustre et presque le seul représentant. Il montrera tout ce qu’a apporté de lumière à celte branche de la médecine la clinique française, c’est-àdire le côté par lequel la médecine française reste incontestablement supérieure à celle d’aucun autre pays. Si les autres nations nous ont surpassés dans les sciences que la France a pourtant créées, l’anatomie générale et l’anatomie pathologique, nulle part la clinique, l’hygiène, la médecine légale et la thérapeutique ne peuvent être comparées aux nôtres.

L’Etude médico-légale sur la folie porte peut-être plus en-

7 Février 4879

du département de la Vendée, sur la limite de ceux des Deux- Sèvres et de Maine-et-Loire, rappelle encore le nom(l).

Sans prétendre préciser à quels peuples peut être attribué l’usage des déformations céphaliques, il semble résulter des documents précédemment exposés que des peuplades se déformant diversement la tête, dès l’âge du bronze, habitaient au nord-est dé l’Asie Mineure, au sud du Caucase, où les auteurs anciens signalent leur présence, où les fouilles archéologiques retrouvent leurs crânes déformés ; — que pareillement ces peuplades occupèrent le littoral septentrional du Pont- Euxin, la mer Noire, ainsi que l’attestent les crânes déformés artificiellement recueillis en Crimée; — que quelques portions de ces peuplades participant à la migration générale qui entraîna d’Orient en Occident tant de peuples divers, vinrent des bords du Tanaïssur ceux du Danube, où leur arrivée, sous la conduite d’Hormidac, est signalée au cinquième siècle après Jésus-Christ, et où leurs crânes déformés sont encore retrouvés en divers endroits des Etats autrichiens, particulièment auprès des camps ou rings des Avares, également venus de la région du Caucase ; — enfin que quelques-uns des guerriers de ces peuplades à crânes déformes, faisant successivement partie des armées des Huns,, des Avares, des Ouigours ou Hongrois, dont M. L. Dussieux a relaté les invasions en Occident, particulièrement en France (2), sont venus mourir dans le Faucigny, dans le Jura, où l’on retrouve leurs crânes si étrangement déformés, au milieu de sépultures d’autres guerriers à crânes non déformés.

Quant à l’origine orientale des déformations céphaliques en usage en France, elle me semblerait peut-être admissible pour la déformation observée dans le département des Deux-Sèvres, là où se fixèrent des Teiphales et des Sarmates.

Au point de vue médical ou hygiénique, les faits précédemment l’elatés permettent aussi de faire quelques remarques.

Les déformations céphaliques ont été et sont encore trèsrépandues en France.

Ces déformations sont involontaires ou bien volontaires, intentionnelles,

Les déformations crâniennes involontaires sont parfois déterminées par le décubitus habituel sur une région, sur l’un ou l’antre côté de la tête.

Les déformations crâniennes volontaires ou intentionnelles sont attribuées aux manœuvres exercées sur la tête du nouveau-né ou aux diverses coiffures étreignant la tête.

Souvent des conformations céphaliques, normales, propres à telle ou telle race, paraissent avoir été considérées comme

(I) Sanpli Grogorii opiac. Turononais, VUœ Patrum, cap, xv, p. 1393, édition do Tlidod. Ruinait, 4609 ; Hist. ecelesiast. Francorum, t. II, liv. IV, cap, xvm, p. 55, et liv. V, oap. vu, p. 194. texte et tr»d. do Guadet et Taranno.

(I) L. Dussieux, Invasions îles Hongrois en Hurope, et spéoialoment en France,

des déformations résultant soit de tel ou tel décubitus habituel, soit de la constriction exercée par telle ou telle coiffure.

Le décubitus prolongé des enfants nouveau-nés sur tel ou tel côté peut déterminer certaines asymétries du crâne, et amener certaines résorptions ou atrophies partielles des parois crâniennes du côté déclive, surtout lorsque ces enfants sont diathésiques ou athrepsiques, quand leur nutrition est insuffisante.

Les manœuvres ou malaxations de la tâte (les nouveau-nés immédiatement après la naissance ne paraissent pas avoir d’influence sur la forme définitive de la tête.

Les coiffures diverses consistant en bandeaux, liens, béguins, mouchoirs étreignant la tête d’une manière habituelle ou plus ou moins continue, à plus forte raison les coiffures dans la confection desquelles entrent des fils de fer, des ressorts métalliques comprimant diverses régions de la tête, déterminent des déformations crâniennes plus ou moins considérables, bien que souvent moins fortes que celles dues aux plaques ou appareils compressifs en usage chez certaines peuplades d’Amérique.

En France, la déformation la plus extraordinaire, observée sur d’anciens crânes trouvés dans le Jura, de l’époque helvélo-burgunde du cinquième siècle après Jésus-Christ, est la déformation cunéiforme relevée, quelquefois extrêmement relevée, le crâne circulairement et régulièrement déprimé à sa base, s’élevant en cône vers le vertex. Mais chez la plupart de nos compatriotes actuels à crâne déformé, le front est fortement déprimé et le sommet est fortement reporté en haut et en arrière. Celte déformation, qui s’observe en Normandie, dans le Limousin, dans les environs de Toulouse, constitue la déformation cunéiforme couchée. Quelquefois, ainsi que cela s’observe chez certaines femmes du Poitou et de quelques autres provinces, la constriction portant, non sur la partie inférieure du front, mais sur la partie supérieure du coronal, au voisinage de la fontanelle et des sutures fronto-pariétales, la déformation consiste dans une dépression qui du bregma se dirige vers les oreilles et les articulations du maxillaire infé-

En général, les femmes présentent des déformations céphaliques beaucoup plus prononcées que celles observées chez les hommes, parce que les filles et les femmes continuent ordinairement bien plus longtemps que les petits garçons à faire usage des béguins, bandeaux ou autres coiffures étreignant la tête.

Quand la pression exercée sur la région antérieure du crâne a été considérable, la dure-mère contracte des adhérences avec la face interne du coronal et d’une partie des pariétaux.

Par suite delà constriction exercée sur la région antérieure de la tête, non-seulement la partie antérieure ou coronale de la cavité crânienne est considérablement diminuée, le cerveau

L core ce caractère clinique. La sûreté du coup d’œil de Tardieu I lui a permis de porter certain diagnostic qui a fait le plus | grand honneur à sa science comme à son caractère ; diagnostic \ qu’une autopsie, faite plus tard en public, a pleinement jusi tifié. Il a eu, il est vrai, le bonheur de se voir soutenu dans I celte lutte par un de ses collègues de la Faculté, dont le ; caractère élevé et surtout indépendant n’a pas craint de risuer sa popularité en venant hautement revendiquer sa part e responsabilité devant un public hostile. Heureusement, ce | public jeune et désintéressé s’est laissé convaincre et n’en a estimé que plus encore celui de ses maîtres qui était venu . bravement, mais contre son gré, lui faire connaître la vérité, v Le désintéressement du corps médical est son honneur et Tardieu en a été toute sa vie le plus fidèle représentant.

La simple énumération que nous venons de faire, et qui est loin d’être complète, des travaux de Tardieu en médecine légale montre qu’il y avait là de quoi remplir largement la

vie d’un médecin. Ce n’est pourtant que la moitié de sa carrière. Les travaux d’Ambroise Tardieu en hygiène publique ont une importance peut-être encore plus grande. Membre et président, du comité consultatif d’hygiène publique et de . salubrité, membre du conseil municipal, membre de l’Académie dans la section d’hygiène et de médecine légale, il a été i chargé d’éclairer le gouvernement sur toutes les questions' td’hygiène publique qui se sont présentées pendant une pé-' Viode de trente années.

Appelé dès 1847 à la rédaction des Annales d’hygiène, il publiait en 4849 un livre sur le Choléra qui mettait les' médecins à même de connaître cette maladie qu’on ne voyait en France que pour la seconde fois. Dès 1850, il entrait comme secrétaire au comité consultatif d’hygiène publique et de salubrité, pour devenir membre titulaire l’année suivante. Obligé en cette qualité de compulser une foule de recueils administratifs et scientifiques, il réunit et coordonna dans un ouvrage en trois volumes (1852-1854, 2e édit.,4862)les

7 Février 1879

étant refoülé en arrière, mais la capacité totale du crâne est notablement amoindrie. La dénomination de macrocéphales Ij.v.xpai xMcrla.i, longues têtes, employée depuis l’antiquité, n’est donc nullement synonyme de grosses têtes.

Quand la déformation de la région antérieure du crâne est considérable, la face devient prognathe, et par suite de la diminution dés diamètres transversaux, il y a disparité entre cette région antérieure et le maxillaire inférieur, dont les condyles articulaires débordent considérablement les cavités glénoïtles.

Bien que les déformations céphaliques soient loin de déterminer toujours des accidents cérébraux, les individus à crâne déformé sont plus fréquemment que ceux normalement conformés atteints d’idiotie, d’épilepsie et d’aliénation mentale, ainsi que d’astigmatisme et d’affaiblissement de la vue.

On voit quelles conséquences anatomiques et pathologiques peut avoir une constriction habituelle, sinon continue, quoique souvent en apparence légère, exercée par certaines coiffures. Déjà, dans beaucoup de localités, l’influence salutaire des médecins a beaucoup restreint, l’usage de ces coiffures si préjudiciables. En éclairant les sages-femmes qui donnent les premiers serins aux nouveau-nés, en attirant l’attention des instituteurs et surtout des institutrices ou maîtresses d’écoles qui dirigent les jeunes enfants, particulièrement les petites filles, on parviendra peu à peu à faire disparaître les graves inconvénients de ces coiffures dont les traditions locales tendent à maintenir l’usage. On hâterait considérablement la disparition de bien des coutumes nuisibles, si, comme le demandait récemment M. le docteur Lécuyer, de Beaurieux, un enseignement élémentaire d’hygiène était institué dans les campagnes. Ainsi que cela se pratique en Suisse depuis plusieurs années, selon M. Dunant, de Genève, cet enseignement pourrait être donné par les médecins en quelques conférences, par les instituteurs et institutrices en quelques leçons. Le récent rapport lu par M. Napias à la Société de médecine publique est favorable à cet enseignement de l’hygiène. Peut être dans le programme de cet enseignement pourra-t-il paraître utile de mentionner les graves conséquences des diverses sortes de constrictions céphaliques.

Thérapeutique .

Le traitement du daltonisme congénital par l’exercice, chez l’enfant et chez l’adulte, par A. Favre.

•Te me suis depuis longtemps occupé du daltonisme, afin de répondre à certaines obligations de la pratique médicale et de chercher la solution des problèmes que la très-grande fréuence de la fausse appréciation des couleurs a soulevés epuis la fin du siècle dernier.

nombreux matériaux qui peuvent servir de fondement à cette science naissante, l’hygiène publique, fille de la Révolution. On y trouve non-seulement l’iiisloire des maladies professionnelles, mais des maladies des populations ou épidémiques, le choléra, les quarantaines; les maladies contagieuses soit de l’homme à l’homme, soit de l’animal à l’homme, la rage, la morve et le farcin. On y trouve pour la première fois la vaccination figurant dans un traité d’hygiène.

On y trouve des chapitres remarquables sur les maladies telluriques, les marais, les inondations, les défrichements, le méphitisme, le reboisement; sur les égouts, les cimetières, les vidanges, les voieries, etc., sur le goitre. Toutes les questions concernant l’hvgiène domestique, l’habitation, le chauffage, la ventilation, l’aération, l’éclairage, lés allumettes, les céréales, la boulangerie, la pellagre, les "viandes insalubres, la ladrerie, les latrines, les eaux, les bains, etc.; enfin l’hygiène des hôpitaux, les tours, le travail des enfants dans les manufactures etc.

J’aurais peut-être adopté l’opinion généralement admise sur l’incurabilité de celte maladie, si je n’avais pas eu l’idée de me rendre compte de l’état de la vue des enfants pour les couleurs' ensuite il me paraissait être impossible d’admettre, après avoir examiné des adulles en grand nombre, que tant de personnes eussent définitivement la berlue. J’espérais en conséquence depuis longtemps acquérir, pour le traitement du daltonisme, des notions utiles. J’ai en effet trouvé le traitement rationnel du daltonisme dans une école primaire, et j’ai pu quelque temps après vérifier dans un hospice de vieillards les résultats que j’avais notés en observant des enfants.

Du jour où j’ai relevé dans les salles d’asile et dans les écoles enfantines une proportion considérable et à peu près égale de petites filles et de petits garçons ignorant les couleurs ; quand j’ai pu constater que dès huit ans les enfants du sexe féminin prennent sur ceux du sexe masculin une trèsgrande supériorité qui s’accroît graduellement et se conserve jusqu’à la fin de la vie, j’ai tenu la clef du traitement du daltonisme, et j’ai pu considérer comme tout à fait naturels les effets au premier abord surprenants, obtenus par l’exercice chez les enfants (I). Notre méthode date de 1872. Elle a été, elle est mise en usage dans plus de vingt écoles avec succès. Des jeunes gens et des adultes ont pu distinguer des couleurs qu’ils ne connaissaient pas. Un témoignage précieux vient de nous être fourni par deux observateurs autorisés.

Le 15 août 1877, M. le docteur Bianchi m’écrivait :

« Sur 155 élèves, nous en avions trouvé 19 (2) qui présentaient des erreurs ou des hésitations sur une ou plusieurs des cinq couleurs fondamentales. A ce premier examen vous aviez dénommé ces couleurs. Pendant les examens ultérieurs auxquels je me suis livré, les 15 et 29 juin et le 9 juillet derniers, je me suis assuré que tous ces élèves étaient arrivés à reconnaître très-convenablement les cinq couleurs fondamentales. Deux d’entre eux, MM. D... et L... présentaient encore un peu d’hésitation, le premier entre le bleu et le violet , le second entre le vert et le bleu.

» J’ai fait part des résultats obtenus à M. le professeur Chauveau, directeur de l’Ecole.

» Dr Bianchi,

» Mddccin de l'École vétérinaire de Lyon. »

(1) Mémoire présenté à l'Académie des sciences, 1876. — A. Favre, Éléments de statistique et Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, n° M, 1877.

sanitaires, etc., p. 4. G. Masson, 1878), lorsque j'ai dit que celui qui, ayant été fréquemment en rapport avec les objets colorés, ne distingue pas chacune des

comme atteint à un certain degré de dyschromatopsie. J’aurai l’occasion de justi-

On sait qu’une des premières questions d’hygiène traitées, par Tardieu a été de réglementer la profession des mouleurs . en cuivre dont la nocuité avait été reconnue par plusieurs médecins, entre autres parM. le professeur Bouillaud. Jusqu’à celte époque (1854) les fondeurs ou mouleurs en cuivre, dont le nombre était pour Paris de plus de deux mille, formaient leurs moules avec des poussières de charbon et presque exclusivement de charbon de bois. Les ateliers étaient remplis de cette poussière fine et légère qui, au microscope, se présente- sous forme de petites pointes aiguës comme des fers de lance. 11 en résultait une maladie bien connue aujourd’hui, l’anlhracose pulmonaire, sorte de pneumonie chronique ou phthisie particulière. Cette maladie ne se développait que lentement;, il est vrai, donnant d’abord simplement de la dyspnée, puis une sorte d’emphysème, enfin la pneumonie chronique. Depuis cette époque (1854), la fécule a été substituée au charbon et les ouvriers ne voient plus. leur santé s’altérer. Nous avons eu bien souvent l’occasion de le constater.

7 Février 4879

Le numéro de janvier 1878 de la Revue maritime et coloniale contient (pages 70 à 88) un très-important mémoire de M. le docteur Féris, médecin de première classe de la marine : Esquisse sur les dangers du daltonisme dans la marine, tel est le titre de ce travail.

Le docteur Féris fait connaître ses observations personnelles sur le daltonisme, et il rappelle les principales circonstances où l’étude de la ehromatopseudopsie intéresse la navigation. Dans ce travail très-soigné, je relève (p. 86 et 87) ce qui suit :

Traitement. Jusqu’à ces derniers temps, la guérison de la dyschromatopsie était considérée comme une utopie. Quels que soient les symptômes caractérisant cette bizarre imperfection, disait Goubert, elle est du grand nombre de celles que l’art du divin Esculape est encore impuisant à guérir, peut-être même à atténuer. Tous les oculistes sont d’accord sur ce point.

La condamnation paraissait irrévocable. Mais M. Favre en a heureusement appelé.

Il a proposé le traitement par l’exercice méthodique sur les couleurs (1).

Encouragé par les résultats qu’il assure avoir atteints, j’ai essayé ce mode de traitement sur les daltoniens qui se trouvaient à bord de YHamelin. Je puis dire aujourd’hui que tous sont guéris, à part un seul, encore ce dernier est-il dans un état très-avancé d’amélioration.

Obs. I. — Je vais citer ici une de ces observations. C’est, je crois, le premier cas de guérison du daltonisme qui ait été publié.

Le Guennec, matelot-chauffeur, âgé de vingt et un ans, né à Quiberon (Morbihan), provenant de l’inscription maritime, ne sait pas lire, mais est intelligent et possède une vue excellente. Je l’examine pour la première fois le 15 juin 1870.

Il appelle rouge : le vert jaunâtre, le rouge de Saturne, le vermillon ; vert : le vert-bleu, le vert de vessie, le rouge carmin ; jaune : le jaune ; bleu .'pie bleu foncé, le violet foncé ; violet : le bleu clair, le violet clair.

En 1876 et en 1877, je l’examine en particulier une dizaine de fois. A chaque examen il ne varie pas ou il ne varie que très- peu dans ses erreurs.

Enfin, le 18 mars 1877, je me décide à entreprendre le traitement de tous mes daltoniens; je leur fais faire 20 à 25 minutes d’exercice, quatre fois par semaine, et, le 30 mai, j’ai le bonheur de constater que Le Guennec est parfaitement guéri. La guérison des autres ne s’était pas fait attendre si longtemps.

C’est bien là, comme le dit le docteur Féris, le premier cas publié de guérison du daltonisme chez un adulte. Le témoignage de notre confrère est de ceux que l’on ne conteste pas ;

(t) Voy. A. Favre, Recherches cliniques sur le daltonisme : Du traitement. Lyon, 4874, et Le traitement du daltonisme dans les écoles, Lyon, 4877. I

de plus, les faits qu’il avance se sont produits au vu et au su du commandant et des officiers de YHamelin. J’ai dans plusieurs circonstances noté des résultats analogues sur des candidats ou sur des agents du chemin de 1er et sur un trèsgrand nombre d’enfants, mais le succès annoncé par M. Féris est un des plus brillants que je connaisse.

Mais, a-t-on objecté, la guérison de la dyschromatopsie chez les jeunes gens, lors même qu’elle serait bien constatée, par les procédés indirects, comme ceux de Holmgren, de Daae, de Maxweell ou de Seebeck, ne prouve rien pour le daltonisme grave, tel que celui dont Harris, Dalton, B...,C...,G... etaulres ont été affectés et dont les caractères n’ont point changé pendant une longue existence, quand même ces malades aient été fréquemment en rapport avec les objets colorés. Ces derniers auraient dû, si réellement l’exercice pouvait avoir quelque influence sur le sens chromatique d’un daltonien, modifier leur appréciation, et ils sont au contraire demeurés tels qu’ils étaient.

Il s’agit de guérir des malades affectés de daltonisme confirmé... C’est justement ce queBianchi, Féris et moi-même nous avons fait, nous avons amélioré ou guéri des cas de daltonisme confirmé plus ou moins graves.

Mes premières propositions sur le traitement du daltonisme dans les écoles et chez les jeunes sujets ont été accueillies à l’étranger (4) par des remarques peu sérieuses qui peuvent ainsi se résumer : Je ne saurais pas encore diagnostiquer sûrement le daltonisme ; j’emploierais un mauvais procédé et les données statistiques publiées par moi seraient, ainsi que mes résultats thérapeutiques, frappées de discrédit par ce fait même. Je me sùis toujours servi des procédés d’autrui; dans les cas difficiles, j’ai contrôlé ces procédés les uns par les autres, et j’ai pris (les notes avec assez de soin pour être à même de donner avec précision mon avis sur les épreuves annoncées récemment comme infaillibles par leurs auteurs. Je sais ce que je dois à George Wilson et à Potton, mes publications ont eu l’entière approbation de 1 illustre professeur Chevreul; je me suis tenu soigneusement en garde contre les erreurs que l’on m’attribue tout à fait sans raison. Je ne crois pas avoir, en conséquence, à me préoccuper de jugements portés trop légèrement à l’étranger, et je ne réfuterai point des arguments qui n’ont pas d’autre appui qu’une hypothèse dès maintenant caduque.

(A suivre.)

A partir de ce moment, nous voyons A. Tardieu éclairer de ses conseilset de son expérience toutes les commissions char- J gées des problèmes ressortissantà l’hygiène publique. En 1856, c’est la question de l’emploi du phosphore blanc dans la fabri- ' cation des allumettes; enl861, la grande enquête sur la cause j du goitre et du crétinisme ; en 1862, les mesures à prendre' 1 pour parer à l’insuffisance des cimetières; en 1865, le règle- 1 ment de l’élévation et la distribution des eaux d’égouts au j profit de l’agriculture; en 1866, les modifications à apporter au système d’enlèvement des ordures qui séjournaient en tas j sur la voie publique du soir au matin ; l’examen des divers ' modes de chauffage, de ventilation et de désinfection à établir dans les établissements scolaires; en 1867, le projet de, création d’un nouveau cimetière parisien auprès de Pontoise, ’ avec établissement d’un chemin de fer destiné à le desservir; l’étude de l’Exposition universelle au point de vue des applications qui pourraient être faites dans les établissements hospitaliers; en 1870, l’organisation des ambulances pari¬

siennes, etc. Sur tous ces points, nous ne relèverons que les plus importants. C’est d’abord la thèse de doctoralsur la morve et le farcin chronique chez l’homme et les animaux, thèse considérable de près de 200 pages, formant le complément de l’œuvre de Rayer, qui ne comprenait que la morve aiguë, thèse récompensée deux ans plus lard par l’Institut.

Le comité d’hygiène renferme dans ses attributions l’inspection générale des eaux minérales. Tardieu s’intéressait tout particulièrement à cette branche importante de la thérapeutique, qu’il connaissaità fond. Il indiquait pourlanomination des inspecteurs ceux qui lui paraissaient les plus dignes, et on lui doit, en particulier, la nomination de certains médecins-inspecteurs des sources principales, qui y ont apporté tout l’éclat de leur haute compétence et de leur honorabilité.

Quand On songe à toutes ces fonctions publiques, l’hôpital, la morgue, les expertises, la rédaction des rapports, la défense de ces rapports devant les assises, les travaux pour lè comité d’hygiène, les réunions dans les commissions, les séances dû

7 Février 4879

SOCIÉTÉS SAVANTES

Académie des sciences.

Fermentation. — Troisième réponse à M. Berthelot , par M. Pasteur. — M. Pasteur rappelle la série d’expériences et d 'inductions (non pas d’hypothèses) par laquelle il a passé pour arriver à ses théories actuelles.

En résumé, ajoute-t-il, la vie sans air, dans le cas des vibrions butyriques et chez tous les anaérobies qui ont été découverts jusqu’à présent, se montrant associée à la fermentation, c’est là qu’il faut chercher, suivant moi, l’explication du mystère des fermentations proprement dites. Sans avoir jamais eu la prétention d’entrer dans rintimité des phénomènes, je remarque que, dans les cas de fermentation d’une matière fermentescible dans un milieu minéral, en dehors de toute participation du gaz oxygène libre et avec semence des germes de l’étre anaérobie, celui-ci emprunte forcément tout le carbone et tout l’oxygène de ses matériaux au carbone et à l’oxygène de la matière fermentescible. L’organisme, tant qu’il vit, tant qu’il n’est pas transformé en corpuscules germes et que ceux-ci n’ont pas repris leur vie active, tant qu’il y a de la matière fermentescible à décomposer, l’organisme touche à celle-ci incessamment et lui enlève les éléments carbone et oxyène. IJ les réunit ensuite à sa manière par cette chimie vivante ont le secret nous échappe ', il les réunit avec l’azote, le phosphore, le soufre, le potassium, etc, .l’en conclus, et voici toute mon induction, que là est le principe de l’action décomposante qu’exerce le ferment vivant.,,

Ile son côté, M. Rerthe]ot fait les suppositions suivantes : « 1“ Dans la fermentation alcoolique il se produit peut-être un ferment alcoolique soluble. 2° Ce ferment soluble se consomme peut-être au fur et à mesure de sa production. 3“ Il y a pcul-ôlre des conditions dans lesquelles ce ferment hypothétique se produirait en dose plus considérable que la quantité détruite. » Voilà le caractère de l’hypothèse, de l’hypothèse sans lien obligé avec les faits,

Sur les principes qui donnent au Sarracenia purpurea ses propriétés thérapeutiques. Lettre de M. F. Hétet. — En analysant le Sarracenia purpurea, sorte de népenthès du Nord-Amérique, qui est employé depuis quelque temps pour le traitement des affections rhumatismales et goutteuses, l’auteur a pu constater plusieurs principes, et particulièrement une matière alcaline, dont les caractères sont identiques à ceux de la vératrine. Il retrouve aussi une amine signalée par Dragendorff, mais sans détermination, et une autre substance alcaline, soluble dans l’eau, sur laquelle il n’ose encore se prononcer. Du reste, l’auteur continuera cette étude. ■

Académie de médecine.

M, le ministre do l'agriculture et du commerce transmet : 1“ Un rapport sur une épidémie de rougeoie observée a Vernel-les-Bains (Pyrenees-Üncnlalcs), par M. In docteur Massina. (Com. des épidémies.) - 2" Los rapports de MM. les médecinsîuspcolcurs de Forges ot de Cussct pour les années 1878 et 1877. (Com. dtl eaux minérales •)

L’Académie reçoit : 1° Une lettre accompagnant l'envoi d’un pli cacheté déposé per M- RicmbaulL (Accepté.) — 2“ Une jottro accompagnant l'en vm d'un pli cacheté

beaux. — 3< Une lettre de romeroimcnls de M. le docteur LeviCUX (do Bordeaux), récemment élu membre correspondant national.

M. Woillez offre en hommage, en son propre nom, un ouvrage intitulé : Traité théorique et clinique de percussion et d’auscultation.

M. Dechambrc présente : 1» au nom do M. le docteur Lereboullet, uno brochure sur les névralgies, extraite du Diotionnaire encyclopédique des sciences tnédi-

nement arsenical cl des expertises médicales en matière criminelle.

M. Bergcron présente, au nom de M. lu docteur Jules Cyr, un ouvrage intitulé : Étiologie et pronostic de la glycosurie et du diabète.

M. 11. Roger présente, au nom de M. Chevallier, uno brochure émanant de Ja Société française d’hygiène, sur l'hygiène et l’éducation de la première enfance.

M. Larrey présente un nouveau volume des Mémoires de l'Académie dcsscicnces de Toulouse.

Élection. — L’Académie procède, par la voie du scrutin, à l’élection d’un membre titulaire dans la section de pathologie médicale. La commission, par l'organe de M. Michel Peter, place les candidats dans l’ordre suivant ;

En première ligne, M. Maurice Raynaud; en deuxième ligne, ex cvquo, MM. Bucquoy et Alfred Fournier; en troisième ligne, M, Lecorché ; en quatrième ligue, M, Ollivier. Le nombre des votants étant de 78, majorité 40, M. Maurice Raynaud obtient 50 suffrages, M. Alfred Fournier 20, M. Bucquoy 7, M. Ollivier 4.

En conséquence, M. Maurice Raynaud, ayant obtenu la majorité des suffrages, est proclamé membre titulaire de l’Académie de médecine.

Étude sur le climat des côtes de la Chine et les

CONDITIONS SANITAIRES DES CONCESSIONS EUROPÉENNES, par

le docteur Durand-Fardel. — Cette élude, dont les éléments ont été recueillis par l’auteur dans un voyage fait récemment en> Chine, comprend toute la région deB côtes de la Chine qu’occupent les ports ouverts au commerce étranger par le traité de Nanking (4842) et celui de Tientsin (4858), dépassant un peu au Nord [le 40° degré de latitude et au [Sud le 25° degré, depuis le golfe du Tonking jusqu’à celui de Petchely.

Il est nécessaire de distinguer le climat atmosphérique, celui qui résulte des conditions générales et des influences lointaines de l’atmosphère, et Je climat tellurique, lequel dépend des conditions du sol, susceptibles elles-mêmes d’être

Conseil municipal, puis la rédaction des mémoires ou des livres; les examens, le cours de la Faculté, les jurys des concours et enfin la clientèle et la consultation, on se demande comment l’activité d’un homme, si intelligent et si habile qu’il soit, ait pu suffire à une pareille tâche. Si l’on considère que chacun de ces mémoires ou plutôt les neuf volumes qu’ils forment, sont tous devenus classiques et font autorité non-seulement en France mais à l’étranger, on aura seulement alors une idée de l’œuvre de Tardieu. Notons que pour tous ces travaux il ne s’est jamais fait aider, si ce n’est pour la continuation de son Traité de pathologie , où deux de ses élèves, aujourd’hui médecins des hôpitaux, lui ont apporté un concours modeste et désintéressé. Tout ce qui concerne l’hygiène publique, et surtout la médecine légale, a été fait par lui seul, sans autre secours que ceux qu’il a fait connaître.

A. Tardieu aimait les lettres et les arts ; sou style s’en ressent : il est clair, précis et ne manque pas d’une certaine ,

élégance, il est toujours châtié et d’une lecture facile et agréable, môme dans les questions les plus ardues.

Sou enseignement attachait ses auditeurs, il étaitavant tout consciencieux, et il ne l’abordait jamais sans une émotion qu’on n’aurait pas soupçonnée chez un homme si sur de son sujet et ai maître de sa parole. Devenu doyen de la Faculté le =J6 janvier 4864, il avait gagné tout le monde par son éternelle affabilité. Malheureusement la politique s’introduisit dans l’Ecole, et une manifestation déplorable de quelques étudiants à Liège devint l’occasion do troubles à l’Ecole. Les mesures prises par le doyen pour limiter ce trouble à l’inj térieur de la Faculté furent désavouées par le ministre et A. Tardieu dut donner sa démission.

A. Tardieu avait un véritable culte pour sa profession, il était heureux do tout ce qui venait honorer le corps médical, comme il souffrait de tout ce qui pouvait le déconsidérer. Il ôtait bon et généreux, et lorsqu’il eut, comme membre du Conseil général de l’association des médecins de. France, et plus tard

7 Février 1879

transformées en bien ou en mal par le travail, les habitudes ou la négligence de l’homme.

Les conditions propres au climat atmosphérique des côtes de la Chine paraissent très-simples. Pendant une partie de l’année, correspondant à noire hiver, règne la mousson nordnord-est, et, durant l’autre partie, la mousson sud-ouest. La première apporte les vents de terre, froids, de laSibérie, delà Mongolie, de régions de steppes et de montagnes, vents secs et salubres. La seconde apporte les vents marins, chauds et humides, de l’équateur et des Iropiques. Ces derniers ne paraissent pas transmettre, plus que les précédents, de miasmes ou de principes nuisibles, mais ils portent avec eux une chaleur particulièrement énervante et anémiante,. qui rend la saison chaude partout difficile à supporter pour les Européens.

Les conditions du climat tellurique sont beaucoup moins simples. Les concessions sont toutes situées sur le bord de la mer ou de grandes rivières, à peu de distance de leur embouchure, sur des terrains d'alluvion très-bas, d’une extrême humidité, facilement submersibles. En outre, partout à l’entour d’elles, le sol cultivable est parcouru par un nombre infini de cours d’eau, naturels ou artificiels, ruisseaux, fossés ou canaux, servant de routes de transport ou de commerce, ou utilisés pour l’irrigation ou la submersion méthodique des cultures. Les campagnes sont en outre parsemées de cercueils ou de sépultures à fleur de terre; les cadavres, il est vrai, sont toujours ensevelis dans une couche épaisse de chaux. Enfin les champs, comme les jardins, sont incessamment arrosés ou fumés avec les déjections humaines, solides ou liquides, répandues en nature. Les villes, aux portes desquelles sont situées les concessions, sont toutes, par suite de l’encombrement et de l’absence de toute police sanitaire, des foyers permanents d’inféction, où régnent fréquemment des épidémies cholériformes, dysentériques, varioliques et rubéoliques très-meurtrières.

Cependant, malgré tant de circonstances défavorables, les travaux accomplis par les résidents, de relèvement des terrains, de drainage surtout, et l’institution d’une police hygiénique très-sévère, ont transformé de véritables cloaques en résidences où se trouvent merveilleusement réunies toutes les conditions exigées par l’hygiène la mieux entendue. Ceci du moins est applicable à la majeure partie de ces établissements.

On ne connaît rien de la pathologie de l’intérieur delà Chine. Les observations personnelles de M. Durand-Fardel, ainsi que les documents très-précis qu’il a pu consulter sur les maladies qui sévissent sur les Européens, ne portent donc que sur les établissements du littoral, sauf quelques-uns espacés le long du Yang-Tse-Kiang (fleuve Jaune).

La pathologie, sur les côtes de la Chine, considérée exclu¬

comme président de cette association (1868), à connaître et à secourir les misères de la corporation, il le faisait avec sa bienveillance et sa grâce ordinaires. Les membres du Comité central, qui en ont été les témoins intimes, ont tenu à en déposer sur sa tombe le témoignage baigné de leurs larmes. En effet, ceux-ià seuls ont bien connu Tardieu qui l’ont connu dans son intimité, et ils savaient bien que ses défauts n’atteignaient que lui-même ou les siens.

Tardieu était serviable et généreux comme un enfant prodigue, et de plus il était reconnaissant et jamais il n’a oublié un service rendu. Aussi est-il mort entouré de ses amis et de ses élèves dévoués, les charmant jusqu’à la fin par cette gracieuseté que la souffrance n’a jamais suspendue et que la mort seule est venue arrêter.

A. Tardieu emporté dans ce tourbillon de fonctions officielles avait toute sa vie au grand jour, il a été comblé d’honneurs par tous les corps dont il a fait partie et qui l’ont tous successivement appelé à les présider : la Faculté, l’Académie,

sivement dans les ports ouverts aux étrangers (concessions), est dominée par l’anémie ou la malaria.

L’anémie, qui paraît exclusivement due au caractère particulier de la chaleur estivale, ne se fait généralement sentir qu’après un séjour d’une certaine durée, L’acclimatement est toujours facile au début.

La fièvre intermittente franche n’est pas précisément trèscommune, La pernicieuse est très-rare. Mais l’influence malariale se retrouve partout, manifeste ou latente, et doit toujours être considérée dans la marche des maladies comme dans les actions thérapeutiques.

Les maladies hépatiques et intestinales (diarrhée chronique) sont dominantes, mais ne reproduisent en rien l’extrême iutensité de celles qui régnent en Coehinchine.

Les maladies aiguës, communes dans nos contrées, se montrent moins et sous des formes plus effacées que chez nous.

Les localités occupées par les résidents étrangers ont montré jusqu’ici une très-faible réceptivité soit pour les grandes maladies épidémiques, soit pour les épidémies locales, trèsfréquentes et très-meurtrières, dont sont le siège les côtes indigènes, auxquelles la plupart d’entre elles se trouvent accolées.

En résumé, les conditions de santé des résidents, des enfants comme des adultes, sont beaucoup plus satisfaisantes en Chine que clans la plupart des autres contrées de l’extrême Orient, grâce à des conditions climatiques générales trèssupérieures et aux efforts combinés de la science et de l’industrie pour améliorer les circonstances climatiques locales sur lesquelles ils avaient prise. Il faut admettre, en outre, que ces dernières pourront être corrigées un jour, au moins en partie, par l’introduction d’une civilisation nouvelle dans ces contrées.

M. Durand-Fardel, après avoir fait remarquer que Jes relalions directes qui commencent à s’établir entre le Céleste- Empire et l’Europe nous font un devoir d’étudier sérieusement une contrée à laquelle nous étions jusqu’ici demeurés complètement étrangers, exprime la pensee que les barrières qui nous en ont tenus séparés jusqu’ici, au point de vue social et politique, ne tarderont pas à s’abaisser, et que la Chine est appelée, dans un avenir assez rapproché, à entrer sous tous les rapports dans le concert européen.

M. Larrey regrette que M. Durand-Fardel n’ait pas jugé à propos de citer les auteurs appartenant à l’armée et à la marine qui ont écrit sur la Chine, et dont les publications sont connues et appréciées.

M. Durand-Fardel répond qu’il n’a pu, dans ce travail sommaire, citer tous les médecins qui ont écrit sur la Chine, et que la plupart des travaux publiés antérieurement sont actuellement dépourvus d’actualité.

le Conseil d’hygiène, l’Association générale. Les sociétés savantes étrangères lui envoyaient, selon leur usage, des diplômes d’honneur, voulant se mettre sous son patronage. L’Institut l’avait deux fois couronné, le gouvernement avait dû récompenser son zèle à la fin de chaque épidémie par des médailles commémoratives. Il est progressivement arrivé au grade de commandeur de la Légion d’honneur.

Insouciant de sa santé qu’il ne ménageait aucunement, R se montrait aussi ardent au plaisir qu’au travail, et quand cette robuste constitution fut ébranlée, il ne s’en occupa pas. Puis, quand ses hrillantes facultés furent gravement atteintes et que la mort vint s’annoncer, il l’accepta volontiers sans faiblir.

Tardieu mort laisse dans le souvenir de ses contemporains l’image d’une nature aimable et charmante. Mais il laisse à ses élèves et à ses successeurs des travaux qui, tout en leur servant de modèles, deviendront la base de cette médecine publique inaugurée par le dix-neuvième siècle, qui

7 Février 1879

Note sur une illusion d’optique, par M. le docteur Prompt. — Si l’on dessine un petit losange ayant sa grande diagonale dix fois plus longue que la petite, et si l’on ajoute au-dessous de lui netif autres losanges qui lui soient égaux, on aura une figure qui sera aussi longue que large. Cependant elle paraîtra plus longue que large, et cela, dans une proportion assez forte. On augmente beaucoup cette illusion en ombrant les losanges. Elle persiste en faisant varier l’échelle de la figure; on peut faire varier le côté du carré depuis 5 millimètres jusqu’à 3 centimètres et au delà.

L’auleur se réserve d’expliquer exactement le motif de cette illusion, qui tient à un elfet de perspective, en vertu duquel l’œil évalue toujours les angles aigus à une échelle trop grande, et les angles obtus à une échelle trop petite, ce qui a pour effet d’élargir les losanges et de rapprocher leur forme de celle du carré. « Les limites de cette note, dit-il, ne nous permettent pas de nous étendre plus longuement sur ce sujet. Nous ferons seulement remarquer que notre illusion est irréductible, c’est-à-dire qu’elle persiste, quelle que soit l’échelle de la figure, quelle que soit la distance où on la regarde et quelle que soit la manière d’en varier la forme, pourvu que l’on ait toujours des losanges iongs et étroits. Cet exemple est le seul qui existe encore d’une illusion d’optique irréductible produite par une figure. »

« Il est bien entendu que nous parlons ici de figures qui font illusion en vertu d’une construction géométrique, et non en vertu de la crédulité de l’observateur, comme cela a lieu pour beaucoup de figures données par les écoles allemandes modernes. Ainsi, en parcourant le Traité d’optique deM. Helmholtz, nous trouvons dans la figure 178 (page 723 de la traduction française) une illusion que l’auteur définit ainsi à la page 724 : « Les lignes droites parallèles al) et cd paraissent déviées en dehors en A et en dedans en R ». En mesurant la figure avec une règle graduée, on reconnaît que le dessinateur a figuré deux lignes qui sont en effet déviées dans le sens indiqué; d’où il résulte qu’elles doivent le paraître , et qu’il n’y a là aucun effet d’illusion, mais une simple réalité, qui passera pour une illusion seulement aux yeux d’un observateur assez naïf et assez crédule pour en croire l’auteur sur sa parole. Il n’est pas étonnant qu’une telle illusion soit irréductible. »

— La séance est levée à cinq heures.

n’est plus seulement la médecine 'de l’individu, mais celle des familles et des populations, ou pourrait dire la médecine de l’humanité tout entière.

Constantin Paul.

Peste d’Astrakan. -- On télégraphie de Saint-Pétersbourg 29 janvier soir :

ï Les ministres se sont réunis hier et ont discuté les diverses mesures proposées par les médecins russes pour faire disparaître le fléau qui sévit dans la province d’Astrakau. Les célébrités médicales de Saint-Pétersbourg assistaient à cette réunion.

)> Parmi les rapports présentés sur ce sujet, il s’en trouve un du docteur Botkin qui conclut en conseillant les mesures les plus radicales. Les cadavres doivent être détruits par voie de crémation ; tous les objets ayant appartenu aux personnes atteintes par l’épidémie, leur maison môme, doivent être brûlés. Si cela ne suffit pas, les habitants des pays infectés devront être transportés dans des localités très-salubres et isolés complètement. Pendant ce

Société médicale des hôpitaux.

Rapport trimestriel sur les maladies régnantes pendant les mois

d’octobre, de novembre et de décembre 1878 : M. E. Besnier. --

Des applications d’aimant dans un cas d’hémiplégie saturnine :

M. Debove. — Nomination de M. Vergely oomme membre correspondant.

M. Rigal donne lecture du discours prononcé au nom de la Société sur la tombe du professeur Tardieu.

— M. E. Besnier donne lecture de son rapport trimestriel sur les maladies régnânles :

Pendant les trois derniers mois de l’année 1878 les conditions de l’atmosphère ont présenté des particularités remarquables. La température moyenne n’a été que de 5”, 9 ; le degré hygrométrique a été élevé, la hauteur de pluie considérable ; il est tombé et tombe encore une grande quantité de neige ; enfin les vents ont été souvent violents et d’une grande variabilité.

La mortalité générale dans les hôpitaux et hospices est supérieure à celle de la période correspondante des six années précédentes. Quant à la mortalité générale de l’année, elle est sensiblement égale à celle des deux années précédentes. Le mouvement énorme de population qui s’est produit pendant l’Exposition a donc été sans influence sur la mortalité.

Les affections des voies respiratoires, primitives ou secondaires, ont été prédominantes et ont acquis une intensité plus grande et une gravité plus accentuée; mais les inflammations restent simples, catarrhales au sens anatomique du mot. .

Les affections rhumatismales sont un sujet inépuisable de recherches thérapeutiques. M. Rur.quoy a traité tous ses rhumatisants par le salicyîate de soude, à des doses variables, de 0 à 8 grammes par jour; en général il a obtenu une sédation complète en moins de quarante-huit heures. Dans un cas seulement, pour la première fois depuis deux ans, il a perdu subitement un malade atteint de rhumatisme aigu traité par le salicyîate. Ce malade a succombé à des accidents urémiques. Quel rôle a joué le salicyîate dans celle complication? M. Bucquoy l’ignore, mais il a soin d’examiner l’urine de tous les malades traités par ce médicament.

M. Fernet, à l’hôpital Saint-Antoine, dit avoir obtenu de bons effets du salicyîate de soude à doses modérées (4 grammes par jour) ; mais il fallait, dit-il, en prolonger l’usage pendant un certain temps, sous peine de voir se produire des rechutes.

M. Rigal, à l’hôpital Ménilmontant, signale également les bons effets du salicyîate de soude à la dose de 8 à 10 grammes par jour.

En rapport avec les conditions atmosphériques, plusieurs

temps, le feu détruira les villages où il y a eu des malades, ne laissant rien subsister qui puisse conserver le germe de la maladie.

s Les mesures conseillées par le rapport du: docteur Rolkin, et appuyées par un grand nombre de ses confrères, ont clé en grande partie adoptées dans la réunion d’hier, et une commission d’hygiène, armée des pouvoirs les plus étendus, a été nommée pour veiller à 1 exécution de ces mesures. »

— Les mesures les plus rigoureuses viennent d’élre prises à Marseille pour la mise à exécution des règlements sanitaires à appliquer aux navires venant de Turquie, afin d’empêcher l’invasion de l’épidémie pestilentielle qui règne dans le sud de l’Europe.

— D’après les instructions du gouvernement de Berlin (31 janvier), la commission chargée de T’enquête sur l’épidémie, partira la semaine prochaine, sous la direction du professeur Hirsch, pour Breslau, ou elle se rencontrera avec les médecins délégués par l’Autriche. De là, elle se rendra en Russie par la frontière de Galicie. Le médecin d’état-major, docteur Sommerbrodt, est lè délégué des médecins de Berlin; on attend d’autres médecins délégués de Halle.

7 Février 1879

médecins des hôpitaux ont signalé la fréquence insolite des albuminuries dans leurs formes diverses.

L’épidémie permanente de diphthérie, qui a atteint, en 1877, le point le plus élevé auquel elle ait jamais été observée à Paris, a subi depuis le commencement de 1878 un mouvement de déclinaison lent, mais continu. Le nombre de décès par diphthérie a été encore de 1995 ; il avait été, en 1877, de 2393. M. Besnier ne pense pas que ce ne soit là qu’une diminution momentanée, parce que la recrudescence saisonnière habituelle au commencement de l’hiver est restée relativement latente.

La diphthérie dans les hôpitaux de l’enfance a subi le même mouvement de déclinaison. M. Besnier rappelle, à ce sujet, combien la Société des hôpitaux a mis de ténacité à réclamer le bénéfice de l’isolement pour tous les malades atteints d’affections contagieuses, notamment pour les enfants affectés du croup. Après de très-longues années de lutte, nous avons, dit-il, enfin obtenu gain de cause sur le principe. L’administration actuelle, tenant à honneur de réparer les longues fautes des administrations d’une époque antérieure, est enfin entrée dans la voie de l’exécution, et il ne s’agit plus de créer en entier, mais bien de développer, d’étendre, de perfectionner. Toutefois nous sommes à peine aux premiers éléments de l’exécution et les choses sont encore loin de marcher au gré de nos désirs. On n’a pas encore compris dans notre pays, ajoute M. Besnier, que la santé publique réclame, au même titre que l’instruction ou l’armement des citoyens, des sacrifices proportionnés aux besoins réels, et il reste beaucoup à faire dans cette voie.

M. Bergeron se réjouit d’avoir enfin atteint, à Sainte-Eugénie, le but qu’il poursuivait depuis si longtemps, c’est-àdire l’isolement des enfants affectés de diphthérie. Mais déjà de nouvelles difficultés se présentent et montrent tout ce qui reste à faire encore pour arriver à une prophylaxie sérieuse. Il cite ces deux faits : Un enfant, pendant la convalescence d’une rougeole, est pris de diphthérie; le laisser dans la salle était impossible ; mais, en le transportant dans le pavillon d’isolement, ne risquait-on pas d’exposer à la rougeole les enfants qui s’y trouvaient? Autre fait : un enfant est amené au moment d’une scarlatine et d’une angine diphthéritique ; que faire ? fallait-il le mettre aux scarlatineux ou' au pavillon de la diphthérie ?

De pareils faits, ajoute M. Bergeron, ne vous rappellent-ils pas, comme à moi, avec un même sentiment d’admiration, ce magnifique hôpital d’enfants que la munificence d’un prince d’Oldenbourg a permis de construire à Saint-Pétersbourg, d’après les plans du docteur Ranchfuss, et dont cet honorable confrère a exposé, au congrès international d’hygiène, les dispositions ingénieuses, et dans lequel se trouvent réunies toutes les conditions désirables d’une prophylaxie complète des maladies contagieuses, de l’enfance? Ne pensez-vous pas, ajoute M. Bergeron, que c’eût été faire une dépense utile que de reproduire le plan en relief de l’hôpital de Saint-Pétersbourg en trois exemplaires, dont un destiné au cabinet du ministre de l’intérieur, un autre au cabinet du directeur de l’Assistance, el le troisième pour la salle des séances du conseil municipal?

— M. Debove a observé à l’Hôtel-Dieu un cas d’hémiplégie saturnine : ces cas sont assez rares pour pouvoir être signalés, mais ce qui ajoute de l’intérêt à celte observation, c’est que le malade a été traité par l’application d’un aimant. Le malade est atteint au mois d’août d’encéphalopathie saturnine^ coma, délire, etc., puis succède à ces accidents une hémiplégie de la sensibilité et de la motilité : cette hémiplégie affectait les sens spéciaux ; ainsi l’ouïe était perdue à gauche, ainsi que l’odorat, le goût et la vue : M. Landolt, examinant le malade, ne constatait aucune lésion. M. Debove fit une application de l’aimant ; au bout de quelques instants, il y eut une amélioration considérable de la sensibilité générale et spéciale : le

traitement fut continué et aujourd’hui le malade ne présente plus d’insensibilité que sur la plante du pied du côté gauche, et à la langue où la sensibilité gustative est encore incomplète. M. Debove ajoute que M. Proust a, obtenu une amélioration semblable, mais passagère, tandis qu’ici l’amélioration est permanente, chez un malade atteint de la même affection et traité aussi par les applications d’aimant.

M. Dujardin-Beaumetz demande à M. Debove si le malade était un hémiplégique saturnin ou simplement un névropathe : il pose cette question parce que la marche dés accidents de ce malade est absolument celle qu’on observé dans l’hystérie.

M. Debove répond qu’il croit qu’il y a plusieurs sortes de paralysie saturnine : il y a une paralysie périphérique et une paralysie centrale : son malade doit rentrer dans la dernière classe. Quant à la simulation, il n’y croit pas, s’étant entouré de toutes les garanties désirables pour l’éviter. M. Debove ajoute que lorsque l’anesthésie affecte les deux côtés du corps, on n’obtient rien par l’aimant.

M. Dujardin Beaumetz a conduit récemment chez M. Abadie une jeune fille hystérique devenue subitement aveugle. M. Abadie appliqua des plaques d’or : au bout d’une demiheure la vue était revenue.

M. Dumontpallier s’étonne que lorsqu’il s’agit de métallothérapie on ne prononce pas le nom de M. Burcq : c’est à lui qu’ondoit cette découverte. On nedevraitpasl’oublier, comme quelques-uns le font, soit pour s’attribuer la découverte, soit pour en rejeter le mérite sur d’autres. Tout n’est pas dit encore sur cette question. M. Charcot, en effet, n’a pas tout vu, il a observé les faits sur des malades spéciales, restreintes, à la Salpêtrière et non dans nos services où les malades se renouvellent tous les jours : c’est là, en effet, qu’on peut observer de nombreuses variétés d’hystériques, des cas bien plus intéressants en un mot que ceux de la Salpêtrière ; dans ce service, ce sont toujours les mêmes qu’on a à étudier. M. Dumontpallier comprend qu’on ait des doutes devant ces faits miraculeux ; mais, que cèux qui doutent aient le temps et là patience de faire les expériences, et ils croiront.

— M. Vergely (de Bordeaux) est nommé membre correspondant.

Dr Joseph Michel.

Société de biologie.

SÉANCE DU 1er FÉVRIER 1879. — PRÉSIDENCE DE M. BERT.

Emploi du collodion en liistologie f M. Mathias Duval. — Injections intra-veineuses de lait : M. Laborde, — Muqueuse du jabot des pigeons : M. Pouohet. — Platinocyanure de sodium : M. Rabuteau.

M. Malassez revient sur les doutes qu’il avait exprimés dans la séance précédente au sujet des préparations histologiques présentées par M. Balzer. Elles ont été examinées par M. Ranvier, qui a reconnu l’existence réelle de fibres musculaires lisses, comme M. Balzer l’avait indiqué. .

— M. Mathias Duval emploie depuis quelque temps le collodion dans ses études histologiques. Il substitue cet agent aux mélanges solidifiables d’huile, de cire, etc., dont on se sert généralement pour immobiliser les pièces sur lesquelles on pratique des coupes. Le collodion traité par l’alcool a l’avantage de se coaguler sous forme d’un corps souple, élastique, transparent, qui permet de se rendre un compte exact de la situation occupée par la pièce anatomique au milieu de la substance qui l’entoure. Le collodion a de plus l’avantage de pénétrer dans les cavités des organes creux et de maintenir leur forme. Il ne modifie pas l’action des réactifs colorants. Grâce à ceproeklé, M. Duval a pu faire une série de coupes très-curieuses de l’embryon, et s’assurer, en étudiant les plexus choroïdes, que ceux-ci sont entourés d’une mince lamelle de substance cérébrale qu’ils refoulent dans l'intérieur

7 Février 1879

des ventricules, sans pénétrer réellement dans la cavité de ces derniers.

— M. Laborde fait une communication sur les injections intra-veineuses de lait. Un médecin américain, M. Gaillard Thomas, a proposé de les substituer à la transfusion du sang dans tous les cas où celle-ci est regardée comme indiquée; il en a pratiqué à trois reprises, sans résultats bien nets, chez des femmes qui venaient de présenter des hémorrhagies considérables à la suite d’ovariotomie : deux sont mortes, une a survécu. M. Laborde pense que des notions physiologiques précises devraient être acquises sur les effets de ces injections avant de ies essayer en thérapeutique. Des expériences qu’il a faites sur le chien, il peut conclure que la quantité de lait injecté ne doit pas atteindre 90 grammes pour un animal du poids de il kilogrammes. A celte dose, la mort est certaine ; et l’on trouve dans le bulbe, l’estomac et surtout dans les poumons des lésions, des ruptures vasculaires résultant de. véritables embolies. En effet, parmi les globules de lait, les uns sont petits ou de moyenne grosseur et ne causent que peu d’embarras circulatoire; les plus gros, même s’ils sont en faible nombre, finissent par disparaître dans le sang par un mécanisme encore inexpliqué. Mais, s’ils sont trop abondants, on les voit, dans la membrane interdigitale d’une grenouille, par exemple, être peu à peu attirés par les globules blancs et former avec eux de véritables bouchons emboliques, de telle sorte que certains vaisseaux contiennent plus de lait que de sang. La température du lait injecté n’est pas indifférente et modifie celle de l’animal en expérience. Les injections de lait filtré (privé de globules) ne produisent pas d’autres effets que de simples injections d’eau. Il faut enfin tenir Compte de l’état plus ou moins exsangue de l’animal. L’introduction du lait dans ses veines doit être précédée d’une saignée : si celle-ci est abondante, le lait n’amène aucune amélioration; si elle a été faible, l’injection de lait semble plus facilement supportée.

— M. Ponchet présente une note de MM. Ficalier cl Desfosse sur la structure de la muqueuse du jabot des pigeons. On sait qu’à un moment donné cette muqueuse se tuméfie, se détache, est rejetée par lambeaux et sert à la nourriture des petits nouvellement éclos. Celle tuméfaction semble porter spécialement sur l’épithélium, dont les couches superficielles subissent même un commencement de digestion. Elles se comportent, en effet, en présence des réactifs employés en histologie, surtout du picro-carminate, comme les épithéliums introduits dans le jabot des pigeons et exposés à l’action des sucs qu’il sécrète.

— M. llabuleau, en décomposant par la pile l’urine des animaux auxquels il injecte des sels de Irimélhylsliboniuin, s’est assuré de leur élimination très-rapide. Cette promptitude explique l’innocuité des injections de doses successives dont le total serait plus que suffisant pour amener la mort.

M. Rabuteau a également étudié l’action du platinocyanure de sodium et s’est assuré que ce sel agit simplement comme un chlorure.

Page 1