C. Davaine
TRAVAUX ORIGINAUX
Médecine opératoire.
Nouvelle méthode d’opération des tumeurs blanches (ou abrasion intra-articulaire, ou encore Artliroxésis, âpOpo-j, Çéw) , par M. Létiévant, chirurgien en chef de rHôtel-Dieu de Lyon, professeur à la Faculté.
J’ai été conduit à pratiquer ma nouvelle méthode d’opération des tumeurs fongueuses intra-arliculaires (tumeurs blanches communes) à la suite de diverses opérations sur des tumeurs fongueuses extra-articulaires.
Ces dernières, développées en dehors des articulations, louchent souvent à la surface externe de la capsule articulaire et y sont accumulées en masses quelquefois multiples.
J’ai pratiqué l’ablation de plusieurs de ces tumeurs, soit au dos du carpe, soit sous le tendon d’Achille, soit sur la dépression calcanéo-cuboïdienne, parla méthode du raclage. La raclette, d’une direction très-précise, m’a permis de découvrir le mal, de le circonscrire et de n’enlever que lui. Les désordres peu considérables causés par ce mode d’opération ont rendu la guérison facile et prompte.
A la suite de ces résultats heureux, la récidive ne s’est pas produite.
La bénignité du raclage extra-articulaire m’a engagé à
faire l’abrasion des fongosités intra-arliculaires de certaines tumeurs blanches.
Les tumeurs blanches communes, ou synovites fongueuses (je ne parle ici que de celles-là), débutent généralement par des fongosités formées à la surface interne de la synoviale. Ces fongosités se développent, distendent, puis perforent la capsule articulaire et vont s’accumuler en un ou plusieurs points au-dessous de l’aponévrose et de la peau.
Ces fongosités constituent à elles seules la lésion morbide dans la synovite fongueuse. L’os, dans ces cas, n’est altéré que par leur présence : cette altération, légère d'ailleurs, est seulementà sa surface. L’os est alors comme érodé par places. Le cartilage d’encroûtement, atteint quelquefois sur les bords, s’y détache par parcelles fines; ou bien ces bords ont disparu par altération velvétique; quelquefois le cartilage a complètement disparu.
L’extrémité osseuse érodée n’a aucune lésion dans son épaisseur, ni abcès, ni fongosité intérieure, ni séquestre. Le mal c’est la fongosité. Les altérations de l’os ou des autres tissus ne sont que des lésions accessoires et symptomatiques,
Il me paraît inutile, dans ce cas, de sacrifier une masse osseuse, parce qu’elle est entourée d’un fongus qui a légèrement altéré sa surface.Alors même qu’il se trouverait en un ou deux points (ce que je n’ai pas observé) des fongosités profondes il faudrait évider sans pour cela amputer ou réséquer.
Enlever le mal, rien que le mal.
Respecter ce qui est sain, tout ce qui est sain.
En agissant ainsi on doit obtenir : 1“ une économie pour l’organisme dans le travail de réparation ; 2° une adaptation exacte des surfaces articulaires laissées dans leurs rapporls normaux ; 3° la conservation plus complète des capsules articulaires ligamenteuses qui seront à peine intéressées; 4° une précision dans les mouvements que les méthodes en usage ne donnent pas habituellement.
Ce dernier point bien important me paraît devoir imposer la méthode dans les synovites fongueuses du coude, par exemple ; la résection, dans ces cas, paraissant délaissée par quelques chirurgiens, en raison de la mobilité exagérée et folle du membre qui en est assez souvent la conséquence et qui laisse un membre inutile et embarrassant.
Pour toutes ces raisons, et autorisé par les essais heureux sur les fongus extra-articulaires, j’appliquai l’abrasion pour une tumeur blanche volumineuse du coude, au mois d’avril dernier (1879).
Ods. I. — Marcellin Bador, âgé de quinze ans, portait au coude droit une volumineuse tumeur blanche fongueuse datant de trois ans, douloureuse, ramollie, sur le point de s’ouvrir. On avait proposé 1 amputation du bras, puis la résection de la jointure.
Opération. — Le 29 avril 1879, le malade anesthésié, son membre supérieur exsanguélié suivant les préceptes d’Esmark, je fis (pre-
magistrat; il suffit presque toujours d’employer certaines formes de langage pour les lancer sur celte pente où ils s’engagent très-volontiers. On parle d’instruire les affaires, d’ouvrir une enquête, et en pressant sur ce ressort on voit presque toujours jaillir un flux de paroles; le malade entre spontanément dans la voie des confidences. D’autres subterfuges pourront être employés, suivant la nature du délire cl les antécédents du sujet. Mais il me paraît inutile d’insister davantage sur ce point.
Supposons les premières difficultés vaincues; une fois eu rapport avec l’aliéné, il est un principe fondamental qu’il faut toujours observer, et qui cependant est violé dans la plupart des cas, par les personnes qui manquent d’expérience à cet égard; il faut laisser parler le malade. Si vous l’interrompez à chaque instant ; si, par des questions répétées, vous troublez 1 ordre et la filiation naturelle de ses idées, vous ferez disparaître le délire, et vous serez en présence d’un interlocuteur parfaitement raisonnable en apparence. On sait
d’ailleurs que le délire des maladies aiguës, lorsqu’il n’est pas violemment accentué, se dissipe en présence d’une question nettement posée. Dans le subdélirium de la fièvre typhoïde, par exemple, les malades, qui marmottent des propos sans suite lorsqu’ils sont abandonnés à eux-mêmes, répondent très-convenablement dès qu’on leur adresse la parole. Il faut donc éviter d’intervenir, si ce n’est pour empêcher le malade de s’égarer dans des digressions interminables et le ramener doucement au fait principal. On doit autant que possible diriger la conversation de manière à toucher les préoccupations habituelles du malade, lorsqu’on est suffisamment renseigné à cet égard; mais en supposant qu’on soit privé de toute indication préalable, il faut suivre autant que possible une méthode régulière.
On engage d’abord une conversation banale, qui porte sur des sujets généraux; on écoute avec attention les réponses de son interlocuteur, pour s’assurer tout d’abord de l’état des facultés maîtresses de l’entendement. On s’aperçoit bientôt
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mier temps) à la surface externe de la région du coude une incision longue de 10 centimètres. Elle commençait au bord externe de l’aponévrose intermusculaire externe, au bras, descendait sur la région latérale du coude, puis se recourbait un peu en arrière pour se terminer sur le bord externe du cubitus ; cette direction, dans le but d’éviter le nerf radial et de le laisser dans la lèvre antérieure de la plaie. L’incision, n’intéressant d’abord que la peau et l’aponévrose, mit à découvert deux foyers de fongosités gros comme des œufs de pigeon, que j’enlevai avec les raclettes à cet usage. L’abrasion de ces fongosités, ainsi que le nettoiement complet des cavités celluleuses qui les logent, s’opèrent avec facilité. Ces premières masses fongueuses communiquaient par deux ou trois petits prolongements à travers la capsule articulaire avec celles qui étaient contenues dans la cavité articulaire. Je fis à ce niveau sur la capsule fibreuse une incision verticale de 3 centimètres, réunissant les perforations, et par cette fente j’enlevai les masses fongueuses accumulées vers la petite tête du radius. Elles étaient nombreuses à la face interne du ligament annulaire détendu, au pourtour de la capsule et du col du radius, au-devant et en arrière de la facette sygmoïdale du cubitus. 11 fallut une attention patiente pour faire, à ce niveau, une abrasion complète. Le cartilage était détruit sur le bourrelet radial et les bords de la cupule, intact sur le centre de la cupule et sur la facette sygmoïdale. L’os était érodé au col et au bourrelet radial; je n’enlevai que les poussières cartilagineuses et osseuses, qui cédèrent à un léger frottement. Par la même fente, je fis encore la toilelle du condyle huméral, dont le cartilage était détruit; puis j’abrasai les végétations accumulées dans la région olécranienne externe d’abord, coronoïdienne externe ensuite. Le bord externe de l’olécrane n’était pas altéré; la crête qui borde la poulie en dehors était dénudée de son cartilage, mais le cartilage de la gorge de la poulie était intact.
Pour apprécier ces caractères et compléter la toilette articulaire de la région externe, je dus écarter les surfaces osseuses, les dévier, et faire ainsi une luxation de quelques instants.
Deuxième temps. — Incision de la peau à la région interne de l’article, partant du niveau de l’aponévrose intermusculaire interne au bras, laissant en arrière le nerf cubital, se continuant, dans une direction rectiligne, en dedans de la gouttière du nerf cubital, et se terminant en s’inclinant légèrement en avant, dans le but de respecter le nerf cubital, laissé ainsi, tout le long, en arrière. Cette incision, motivée, dans ce cas, par les saillies fongueuses, doit être, dans d’autres cas, faite plus en arrière, de manière à laisser le nerf cubital en avant dans toute sa longueur.
Je fis alors, comme pour la région externe, le raclage de la réion olécranienne interne, et à ce moment, avec la raclette, auessous du tendon du triceps, un passade pour introduire le doigt indicateur; je communiquai ainsi avec la région externe de l’articulation. Les fongosités de la région interne de l’interligne, celles de la région interne de l’apophyse coronôïde, furent à leur tour enlevées. Je soulevai en avant le tendon du brachial antérieur, et à ce niveau encore je mis en communication la plaie interne avec la plaie externe. L’opération avait duré plus d’une heure.
J’inspectai alors minutieusement toutes les parties de la cavité articulaire, m’assurant de la netteté de la surface interne de la capsule ; je m’assurai aussi du nettoiement complet de toutes les
saillies et dépressions osseuses et cartilagineuses articulaires, et de l’absence de tout prolongement intra-osseux.
Deux drains de crins furent placés dans les trajets sus-olécrânien et sous-coronoïdien, pour favoriser l’écoulement des liquides. Pansement antihémorrhagique et phéniqué. Immobilisation du membre en gouttière.
11 n’y eut aucune complication, ni fièvre, ni douleurs vives. Le malade conserva son appétit; il se leva la deuxième semaine, la troisième il sortit au jardin. L’exsudât séro-purulenl versé par la plaie fut assez abondant plus d’un mois, puis diminua progressivement.
Un mois et demi après l’opération, il ne restait plus de crins dans la plaie. Deux mois plus tard, la cicatrisation était complète. Le malade, depuis déjà plusieurs semaines, s’exerçait aux divers mouvements de l’avant-bras. Ces mouvements s’accomplissent aujourd’hui avec précision ; ils existent dans la moitié do leur étendue pour la flexion et l’extension. La pronation et la supination s’accomplissent; le doigt reconnaît facilement, pendant ces mouvements, la tête radiale roulant dans sa situation normale. Le doigt reconnaît aussi l’épicondyle, l’épitrochlée, la poulie humérale, l’olécràne, en un mot toutes les saillies osseuses comme toutes les dépressions qui existent à l’état normal. Ce coude a sa conformation parfaite et la précision la plus grande dans ses movements. Les flexions latérales n’y existent nullement. C’est un retour à l’état normal comme disposition, et avec le temps la motilité deviendra complète.
Ons. II. — Encouragé par ce résultat, j’ai entrepris la même opération sur une jeune fille de dix-neuf ans. Augustine II... portait une tumeur blanche du coude dans des conditions analogues à celles de Bador. L’arthrite remontait à six ans. On avait proposé une résection.
Les masses fongueuses inlra-articulaires occupaient surtout les régions radio-humérale, olécranienne et coronoïdienne. Une masse du volume d’un œuf siégeait à la partie interne du bras, à 5 centimètres au-dessus de l'épitrochlée; elle était ramollie, fluctuante; elle communiquait par deux petits filons fongueux longs de 2 à 3 centimètres et divergents. L’un se terminait dans la masse fongueuse huméro-radiale, l’autre dans , la masse olécranienne interne. Je pratiquai l’abrasion comme précédemment.
Par cette seconde étude, je pus m’assurer que l’on pouvait poursuivre les fongosités dans leurs derniers retranchements, et qu’aucune d’elles ne pouvait échapper à celle poursuite; que, parcelle méthode, donc, on pouvait non-seulement n’enlever que le mal, mais encore enlever tout le mal.
Opérée le 17 juillet, cette malade est aujourd’hui en très-bonne voie de guérison.
Obs. III. — J’ai opéré une troisième malade, Françoise C..., âgée de trente-trois ans, le 29 octobre 1879. Elle avait une tumeur fongueuse du coude remontant à six mois.
La tuméfaction avait été rapide. Deux très -larges ulcères fistuleux existaient à la région interne et externe de l’articulation, avec décollement cutané. La sonde conduisait dans la cavité raticulaire, érodée, rugueuse. En avant de l’articulation, sous les parties molles de la région antéro-supérieure de l’avant-bras, était une large
s’il a conservé le jugement, si la mémoire est intacte, s’il est capable d’attention, s’il présente enfin un certain degré de coordination et de suite dans les idées. Si l’intelligence du malade paraît affaiblie sous ces divers rapports, on peut le soupçonner d’être sur le chemin de la démence, et en le poussant dans cette voie on arrive facilement à constater l’état réel des choses. S’il reste, à cet égard, quelques doutes dans l’esprit de l’observateur, on peut recourir aux épreuves arithmétiques, dont l’utilité a été depuis longtemps signalée par M. le professeur Broca, au sujet de l’état mental des aphasiques. C’est un coup de sonde jeté dans les profondeurs de l’intelligence et qui donne souvent des résultats très-inattendus ; car il est des gens parfaitement capables^ de soutenir une conversation ordinaire et qui perdent leur équilibre devant la table de multiplication.
Mais supposons que le malade se soit montré jusqu’alors irréprochable, on peut, en tenant compte de ses habitudes, de son éducation et de sa position sociale, aborder d’autres su¬
jets d’une nature également générale. On ne saurait évidemment s’adresser à un simple ouvrier dans les mêmes termes qu’à une femme délicate et lettrée. C’est ici surtout que le médecin doit faire preuve de tact et de bon sens.
Les sujets généraux une fois épuisés, on s’adresse aux sentiments d’orgueil, d’ambition, de vanité, qui jouent chez lant d’aliénés un rôle prépondérant. On s’informe avec précaution de leur état de santé, de leurs forces physiques, de leurs capacités intellectuelles; on touche délicatement à la question de fortune, aux moyens d’existence, à la position sociale, et l’on cherche à dévoiler ainsi l’état d’excifation ou de dépression qui peut exister à l'état latent chez eux. Un seul mot suffit quelquefois pour mettre un observateur attentif sur la trace du diagnostic.
J’interrogeais, il y a quelques années, à la préfecture de olice, un ouvrier fort intelligent, mais qui présentait au plus aut degré les signes physiques de la paralysie générale. Le diagnostic n’était point douteux ; mais, au point de vue Intel-
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poche pleine de fongosités désagrégées et flottant dans un pus épais, grumeleux.
Je fis l’abrasion intra-artioulaire par ma méthode. Toutes les fongosités furent poursuivies et enlevées. Les surfaces articulaires osseuses étaient ici complètement dépouillées de leurs cartilages d’encroûtement.
Le nettoiement fut complet. La luxation temporaire des trois os fut réduite, des drains passés, des lavages phéniqués pratiqués, et les jours suivants la malade cessait de souffrir. Elle avait un pouls naturel, une température de 37 degrés et demi, de l’appétit, du sommeil et des plaies vermeilles.
C’était là pourtant une tumeur blanche à rapide développement arrivée à cette troisième période de désagrégation fongueuse, de destruction de tous les cartilages, de purulence, d’affaissement général voisin d’une terminaison fatale.
La malade aujourd’hui est dans d’excellentes conditions de guérison.
Obs. IV. — Le G novembre 1879, j’ai opéré une quatrième malade, Marie G..., âgée de seize ans, atteinte de tumeur blanche fongueuse, ouverte à l’extérieur par une large fistule qui conduisait le stylet dans une cavité rugueuse.
Mêmes conditions que chez ma troisième opérée. Même opération complète. Mêmes résultats immédiats heureux.
Obs. V. — Je puis joindre à ces quatre faits celui d’une jeune fille, Gabriellc N..., âgée de quinze ans et demi, que nous avons opérée de la même manière, M. D. Mollière et moi, le 8 novembre
Cette malade était entrée dans le service de mon collègue et ami M. Mollière. Il me pria de faire avec lui cette opération, qu’il n’avait pas encore pratiquée. Il constata que tous les temps de l’opération étaient précis, et que 1 abrasion înlra-articulaire pouvait être complètement obtenue.
Ces cinq faits, dont les détails seront publiés plus lard, et où la méthode nouvelle a été substituée. à une opération plus grave, me permettent de conclure :
1° Que l’abrasion totale des fongosités d’une articulation est possible ;
2° Que celle du coude, dont je viens de présenter cinq faits, est d’une grande innocuité dans ses suites immédiates;
3° Que relativement la réparation consécutive à ce mode opératoire s’effectue avec rapidité.
4° Dans ses résultats éloignés, cette méthode conserve la précision des mouvements et évite, pour le coude, la flexion latérale et l’inertie par mobilité exagérée. Le coude de Bador est des plus démonstratifs sur ce point.
5“ Cette méthode agrandit le champ des études anatomopathologiques sur les désordres inlra- et extra-articulaires causés par les fongosités.
Ces cinq faits, dont plusieurs sont encore récents, tous heureux, me paraissent devoir encouragera l’emploi de cette méthode nouvelle, que je présente comme réalisant un progrès dans la chirurgie conservatrice.
Médecine légale.
Des ecchymoses sous-pleurales, par le docteur A. Barétï (de Nice).
Dans son remarquable rapport à la Société de médecine légale en 1878, le docteur Legroux, étudiant la valeur des ecchymoses sous-pleurales au point de vue médico-légal, reconnaît à ces ecchymoses plusieurs causes qui détruisent la valeur pathognomonique que Tardieu leur attribuait en les considérant comme une démonstration positive de la mort par suffocation et aussi par strangulation.
Depuis, le docteur Laforest (De la valeur des ecchymoses sous-pleurales, in Gaz. hebdomad., 20 septembre 1878, n° 38) a publié une observation dans laquelle il est question d’ecchymoses sous- pleurales survenues à la suite d’une mort causée par hémorrhagie cérébrale.
L’auteur dans ses conclusions n’a pas cru devoir se prononcer explicitement sur la relation intime pouvant exister entre la lésion cérébrale et les ecchymoses ’sous-pleurales. La question, à ce point de vue, méritait d’être discutée, etl'on pouvait en tirer des éléments de nature à permettre de mieux établir la valeur des ecchymoses sous-pleurales.
Dans un mémoire lu à la Société de biologie le 12 juillet 1873 (De quelques modifications pathologiques dépendant d’hémorrhagies ou de ramollissements circonscrits du cerveau et siégeant du coté de la paralysie, c'est-à-dire du côté opposé à l'affection cérébrale), nous avons fourni un certain nombre d’observations qui établissent la relation entre des foyers d’hémorrhagies ou de ramollissements du cerveau et quelques modifications pathologiques siégeant du côté de la paralysie et dans divers points du corps, tels que les voies respiratoires, les yeux, la peau, etc. Or, parmi ces observations il en est une qui se rapporte à une femme de cinquante ans, morte dans le collapsus et chez laquelle il existait un ramollissement du corps strié et de la protubérance à droite, et des ecchymoses sous-pleurales à gauche.
Dans l’observation du docteur Laforest nous trouvons, d’une part deux foyers d’hémorrhagie dans l’hémisphère cérébral gauche au niveau des deux noyaux du corps strié, et d’autre part des « ecchymoses sous-pleurales très-nettes à la base du poumon droit », sur la face diaphragmatique et au niveau du tiers inférieur de la face postérieure. « Rien sur les autres faces de ce poumon droit, ni sur le poumon gauche. »
Dans mon observation il s’agit d’un foyer de ramollissement cérébral et dans celle du docteur Laforest d’un foyer d’hémorrhagie ; mais celte différence importe peu ; il suffit de constater une lésion avec destruction d’une portion de la substance cérébrale. Dans l’une et l’autre observation nous
lectuel, cet homme semblait irréprochable, lorsque, vers la fin d’une longue conversation, il m’apprit que l’année précédente il était entré à l’hôpital de la Pitié pour un léger traumatisme survenu dans l’exercice de sa profession ; il ajouta que M. Labbé, dans le service duquel il se trouvait, avait fait une leçon sur sa maladie à plus de cinquante mille étudiants. Cette parole absurde, la seule qui lui fût échappée, suffisait amplement pour caractériser le délire spécial de la paralysie générale.
Une transition facile nous conduit de la position sociale du malade à ses relations de famille. On l’interroge sur ses parents, sur ses amis. On lui demande s’il connaît son père et sa mère, et l’on recueille quelquefois une réponse comme la suivante : « On me fait passer pour le fds d’un épicier, mais je suis le bâtard du pape. » M. Moreau , (de Tours) a rapporté l’observation d’un jeune homme qui, à la suite d’un rêve, s’éveilla avec la conviction qu’il était le prince de Join. ville; il reconnaissait parfaitement que son père était tapissier
et ne songeait nullement à renier sa parenté; mais lorsqu’on lui demandait comment le fils d’un tapissier pouvait être un prince du sang, il répondait qu’il lui était impossible d’expliquer la chose, mais qu’elle était pourtant vraie ; tels ces moines de l’Orient, qui ne peuvent expliquer comment le Bouddha peut s’incarner simultanément dans la personne de plusieurs grands lamas, et qui demeurent pourtant convaincus de la vérité du fait, puisqu’il s’agit d’un article de foi.
Un autre sentiment, dont l’explosion sera souvent provoquée par les questions relatives à la famille, c’est l’aversion pour les proches, qui se développe de fort bonne heure chez certains aliénés, et les porte à considérer leurs parents comme leurs pires ennemis, longtemps avant qu’on ait constaté chez eux de véritables conceptions délirantes. Lorsqu’on parvient à gagner la confiance des malades, on reçoit souvent, à cet égard, les confidences lés plus extraordinaires, qui servent, pour ainsi dire, à jalonner la route dans laquelle le malade s’est engagé.
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constatons l’existence d’ecchymoses sous - pleurales précisément du côté opposé à la lésion cérébrale.
La conséquenceà déduire de ces remarques est, suivant nous, la suivante : toutes les fois qu'on se trouvera en présence d'ecchymoses sous pleurales, surtout si elles sont unilatérales, il ne faudra pas négliger d’ouvrir la boîte crânienne et de bien rechercher s’il n’existe pas une lésion dans le cerveau ou ses annexes.
Nous croyons devoir ajouter ici qu’une véritable hémorrhagie sous-pleurale peut être la conséquence d’un traumatisme accidentel ayant déterminé une lésion de l’un des hémisphères cérébraux.
J’ai communiqué eu avril 1874, à la Société de biologie, l’observation d’une femme qui mourut après s’être jetée d’une fenêtre. L’autopsie révéla l’existence d’une fracture de la base du crâne, d’un épanchement sanguin sous-méningé intéressant l’hémisphère droit du cerveau, et d’autre part une hémorrhagie sous-pleurale et parenchymateuse le long du bord postérieur du poumon gauche, sans qu’il fût possible d'attribuer cetté dernière lésion à un traumatisme direct de la poitrine aux points correspondants (1).
Académie des sciences.
De l’instantanéité de la mort par décapitation. — M. E. Decaisne donne lecture d’une note sur ce sujet. (Commissaires : MM. Robin, Bouley.) (Voy. Gaz. hebdom., 1879, p. 781.)
Localisations cérébrales. — M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la correspondance, la troisième édition de l’ouvrage de M. J. Grasset, intitulé : Des localisations dans les maladies cérébrales. (Présenté parM. Vulpian, pour le concours des prix de médecine et de chirurgie.)
Académie de médecine.
L'Académie reçoit : 1° Des lettres de cai Labbé, pour la section de pathologie ch: pour la section de pharmacie. — 2° Une demandant à l’Académie de vouloir bien comité chargé d'élever un monument à la M. Giraud-Teulon présente, au nom de plaire de la deuxième édition de son Trai M. Bergeron, au nom de M. le docteur le rétablissement des tours. (Commission M. Hervieux présente avec éloges, au n de-Gràce, candidat pour la section d’hygi intitulé : Traité des maladies épidémiq i de la section, constituée en comité d’élecl M, Richet présente, au nom de M. le YÉloge de M. Henri Gintrac, prononcé da médecine de Bordeaux.
M. Noël Gueneau de Mussy, à l'occasion du procès-verbal de la dernière séance, présente, au nom de M. le docteur Séguin, doux instruments destinés à l’observation des températures locales dans les maladies.
M. le Président donne lecture d’une lettre de M. Eugène Caventou accompagnant l’hommage fait par lui à l’Académie du buste en bronze de M. Caventou père.
Emploi du graphoscope pour le diagnostic différentiel de certaines formes d’asthénopie. — M. Giraud-Teulon lit un travail sur ce sujet.
Le graphoscope consiste en une lentille positive ou convexe à large ouverture, montée dans un plan vertical ou pouvant prendre une inclinaison plus ou moins marquée sur l’horizon, parallèlement au plan d’un pupitre qui en occupe le point focal.
Cet appareil est destiné à combattre l’impossibilité de la lecture soutenue, qui résulte de l’anomalie musculaire connue sous le nom d’insuffisance des muscles droits internes, et qui se décèle pathologiquement, soit par l’asthénopie musculaire (douloureuse), soit par la myopie progressive. Il permet, en outre, de faire le diagnostic différentiel entre : 1° l’asthénopie musculaire ou par insuffisance des droits internes; 2" l’asthénopie par hyperesthésie rétinienne. L’instrument qui soulage directement la convergence difficile ou douloureuse n’exerce aucune action directe sur la sensibilité propre de la rétine. Suivant donc que son usage permettra ou non la lecture prolongée, on aura affaire à la première ou à la seconde de ces affections.
— A quatre heures, l’Académie se réunit en comité secret pour entendre la lecture du rapport de M. Maurice Raynaud sur les titres des candidats à la place déclarée vacante dans la section de pathologie médicale, •
Delà aux idées de persécution le chemin est facile. « Avez- | vous des ennemis? Cherche-t-on à vous nuire? » La plupart j des persécutés se lancent volontiers dans une longue série de confidences à cet égard; et lorsqu’on est engagé dans cette voie, il est de la plus haute importance de savoir si les malades ont des hallucinations. On y parvient aisément en leur demandant s’ils entendent leurs ennemis leur adresser des injures, des invectives, des grossièretés; si la vue, l’odorat ou le goût sont blessés par des impressions pénibles; si l’on cherche à les empoisonner ou à nuire à leur santé.
(A suivre.)
Service de santé de la marine. — Par décret du Président de la République en date du 11 décembre 1879, ont été promus dans le corps de santé de la marine :
Au grade de médecin en chef : M. Follet (Jacques-Charles-Benjamin), médecin principal.
Au grade de médecin principal : 2° tour (choix). M. Merlaux dit Ponty (Samuel-Anatole-Mazeppa), médecin de lre classe.
Transport-hôpital. — Nous avions signalé dans notre dernière chronique de l’étranger le lancement d’un transport-hôpital, le Shamrock; un de nos confrères, qui occupe une haute situation dans le corps de santé de la marine, nous apprend que des navires du même genre avaient été construits antérieurement en France, notamment le Tmkin et l 'Annamite.
Faculté de médecine de Lyon. — Par arrêté du ministre de l’instruction publique et des beaux-arts, en date du 13 décembre 1879, la chaire de médecine légale et toxicologie de la Faculté est déclarée vacante. Un délai de vingt jours est accordé, à partir de la présente publication, aux candidats pour produire leurs titres.
812 — N° 51 - GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MEDECINE ET DE CHIRURGIE 19 Décembre 1879
Société médicale des hôpitaux.
Transfert dans un cas d'hémianesthésie consécutive à un traumatisme : M. Debove. — lymphangites et adénites pelviennes consécutives aux mêtrites. Présentation de pièces : M. Martineau. — Fièvre typhoïde ayant débuté par des attaques épileptiformes : M. Guyot, — Hématêmèses consécutives à des attaques d’hystérie : M. Rathery.
M. Debove signale un nouveau fait de transfert chez un malade atteint d’hémianesthésie avec hémiparésie consécutivement à un traumatisme. Le malade est en traitement à l’Hôtel-Dieu, dans le service de M. Sée; l’observation sera publiée.
— M. Martineau présente une pièce anatomique relative à un cas de lymphangite et d’adénite du petit bassin consécutives à une métrite.
Depuis quelque temps, dit M. Martineau, l’attention s’est portée sur les lésions des ganglions dans les phlegmasies utérines; M. Lucas-Championnière a constaté l’inflammation de ces organes chez des femmes mortes à la suite d’accouchement; M. Guérin, étudiant la même question, a décrit Yadéno-phlegmon post-pubien .
Il était intéressant, en effet, de rechercher si les lymphatiques de la matrice et leurs ganglions prennent part aux inflammations de cet organe. M. Martineau a traité cette question dans son enseignement clinique, et l’a résolue de la façon la plus affirmative. Pour lui, dans toute métrite, de quelque nature qu’elle soit, il y a inflammation du réseau lymphatique de la muqueuse; partie de ce réseau, l’inflammation s’étend aux troncs lymphatiques et atteint les ganglions; le plus souvent elle reste limitée à ces organes; mais, dans certains cas, elle s’étend au tissu cellulaire qui les enveloppe; il se produit alors une pèrilymphangite, une périadénite, susceptibles elles-mêmes de se propager à distance et d’être le point de départ de foyers inflammatoires plus ou moins étendus. Telle serait l’origine des phlegmasies périutérines consécutives aux mêtrites, telles que le phlegmon du ligament large, la pelvipéritonite, etc.
Cette opinion, d’après laquelle la métrite s’accompagnerait constamment d’adénite, M. Martineau la professe depuis longtemps; mais il ne s’appuyait que sur des faits cliniques; elle résultait pour lui de l’observation des symptômes et surtout de la possibilité de sentir, en déprimant les culs-de-sac latéraux, des ganglions engorgés. Ces ganglions situés dans les ligaments larges, sur les côtés de l’utérus, M. Martineau les a sentis dans toutes les mêtrites sans exception observées par lui; or on sait [quel vaste champ d’observation Lourcine lui fournit relativement aux affections utérines.
L’autopsie de la malade dont M. Martineau présente les pièces est venue lui fournir la démonstration anatomo-pathologique de sa théorie. Cette femme s’est présentée avec un abcès du ligament large du côté gauche, ouvert à la fois dans l’S iliaque et dans le rectum. Réduite à la dernière extrémité au moment où M. Martineau a pu lui donner des soins, elle n’a pas tardé à succomber. A l’autopsie, on constate de la façon la plus nette l’inflammation des ganglions du petit bassin, en particulier de ceux du ligament large gauche, transformé en une vaste poche purulente dans laquelle l’ovaire a disparu. De cet ensemble de lésions M. Martineau fait un adéno-phlegmon du ligament large, analogue à Yadénophlegmon post-pubien de M. Guérin.
M. Dumontpallier fait observer que la malade de M. Martineau était scrofuleuse, ce qui pourrait expliquer, au moins en partie, la multiplicité des adénites pelviennes qui se sont produites chez elle. La pièce de M. Martineau est, en quelque sorte, trop complète pour servir de base à des conclusions générales; il doit être extrêmement rare, en effet, de rencon¬
trer, dans des cas analogues, des adénites aussi multipliées et rendues aussi manifestes par le volume des ganglions; on n’avait jamais signalé les adénites pelviennes symptomatiques de mêtrites, avant les travaux de M. Lucas-Championnière, et pour qu’ elles aient ainsi échappé à l’attention des observateurs, il fallait qu’elles fussent bien peu apparentes; en tout cas, si des ganglions enflammés peuvent être méconnus à l’autopsie, à fortiori doit-il être bien difficile de les constater cliniquement.
Aux observations de M. Dumontpallier M. Martineau oppose les résultats journaliers de sa pratique hospitalière ; it le répète, chez toutes les femmes atteintes de métrite qu’il a observées, il a constaté des adénites, et ces adénites il les a trouvées chez des femmes manifestement exemptes de lymphatisme; la scrofule u’est donc en aucune façon nécessaire à leur développement.
M. Hervieux fait remarquer que chez la malade de M. Martineau la métrite était chronique; il faut, dit-il, des étals inflammatoires chroniques ou subaigus pour qu’on trouve des ganglions; dans les phlegmasies très-aiguës, telles que les mêtrites puerpérales, il n’existe pas, en général, deganglions; quand, dans les cas de ce genre, on trouve dans les ligaments larges des masses indurées, ce ne sont pas des formations adénitiques, ce sont des foyers iuflammatoires du tissu cellulaire, des phlegmons circonscrits. C’est dans les mêtrites chroniques, à récidives répétées, qu’on peut rencontrer de nombreux ganglions dont l’engorgements’est fait par poussées successives correspondant chacune à une récidive.
M. Guyot ne croit pas qu’on puisse toujours trouver cliniquement les ganglions pelviens engorgés, en particulier les ganglions post-pubiens.
M. Martineau reconnaît qu’en ce qui concerne les adénites post-pubiennes, la constatation en est très-difficile ; du reste, ces adénites sont fort rares; ce qu’on sent; ce que, dans sa pratique, il a toujours pu constater, ce sont les adénites des ligaments larges.
— M. Damaschino fait hommage à la Société de son livre sur les maladies des voies digestives.
— M. Ferrand présente un ouvrage de M. Fabre, de Marseille, traitant, d’une part, des relations pathogéniques des troubles nerveux sympathiques arec les maladies dont ils dépendent, et, d’autre part, de l’influence de ces troubles sur les diverses fonctions.
— M. Guyot communique une observation très-intéressante de fièvre typhoïde ayant débuté par des attaques épileptiformes, suivies de coma qui persista jusqu’à la mort. 11 s’agit d’un jeune garçon de quinze ans, arrivé depuis peu à Paris, où il exerçait la profession de garçon laitier. Bonne santé habituelle, appétit régulier; jamais d’attaques de nerfs ni de perle de connaissance; pas d’antécédents tuberculeux; intégrité parfaite des poumons ; pas de maux de tète ni de vomissements ; un peu de diarrhée, seulement pendant quatre ou cinq jours avant son entrée à l’hôpital; malgré cette diarrhée, il a pu continuer son service et ne s’est pas plaint d’être malade. Dans une course qu’il faisait pour son patron, il tomba sur la voie publique, en proie à une atlaque épileptiforme; on l’amena à Beaujon; après avoir repris partiellement connaissance, il fut pris, en présence de l’interne de garde, d’une nouvelle attaque offrant tous les caractères d’une attaque d’épilepsie.
Le lendemain, à la visite, on le trouve dans l’état suivant : coma; renversement de la tête en arrière avec raideur du cou; trismus; contracture des membres supérieurs demi-fléchis et croisés au-devant de la poitrine; du côté des membres inférieurs, on n’observe ni paralysie ni contracture; pupilles dilatées mais mobiles; ventre en bateau; constipation; pas de taches; la vessie est vide, le malade a uriné dans son lit; il y a de la fièvre; la température est à 39 degrés.
En présence de cet ensemble symptomatique, M. Guyot,
•19 Décembre 1879 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE — N“ 51 — 813
tout en faisant quelques réserves, diagnostique une méningite et institue le traitement en conséquence : ventouses scarifiées à la nuque, bromure de potassium, eau-de-vie allemande.
Le lendemain, le malade est dans le même état; la constipationa persisté malgré le purgatif; la température est montée à 40 degrés.
Le troisième jour, le malade succombe.
A l’autopsie, on ne trouve du côté des méninges qu’un léger degré de congestion sans traces d’inflammation, mais, en examinant l’intestin, on constate des lésions, des plaques de Peyer parvenues au quatrième ou cinquième jour de leur évolution. Il s’agissait donc d’une fièvre typhoïde. M. Guyot ne connaît pas dans la science d’exemple de fièvre typhoïde ayant eu cette marche et ayant débuté par des attaques épileptiformes.
— M. Ratheri/ communique l’observation d’une femme hystérique chez iaquelle les attaques sont suivies presque constamment d’hématémèse, et, à propos de celte observation, il présente quelques considérations sur la palhogénie des hémorrhagies dans les névroses. La femme dont il s’agit est âgée de trente ans; ta menstruation, établie chez elle à l’âge de douze ans, a toujours été régulière; une fièvre typhoïde à dix-huit ans; plusieurs grossesses qui, toutes, se sont terminées par des fausses couches ; la dernière fausse couche a eu lieu au mois d’avril dernier.
Jusqu’en 1877, cette femme n’a présenté aucun symptôme d’hystérie; la première attaque s’est produite à la suite d’une vive frayeur et a été suivie d’un vomissement de sang assez abondant; depuis lors, les attaques se sont renouvelées assez fréquemment et chacune a été suivie du rejet par la bouche soit de sang pur, soit de mucus sanguinolent. A partir du mois d’août dernier, sous l’influence de chagrins éprouvés par la malade, les attaques et les hémorrhagies consécutives se sont notablement multipliées.
Il est à remarquer que les hématémèses, chez cette femme, sont absolument indépendantes des règles, au point de vue de l’époque à laquelle elles apparaissent; en général, elles reconnaissent pour cause, ainsi que l’attaque à laquelle elles succèdent, une émotion ou une contrariété.
Depuis que cette femme est en traitement, M. Rathery a eu l’occasion d’assister à plusieurs de ses attaques ; après chacune d’elles il y a eu rejet par la bouche de mucus sanguinolent. Cette observation offre deux points à élucider :
1° Le sang vient-il des voies digestives? N’y aurait-il pas hémoptysie? En faveur de l’hémoptysie on pourrait invoquer les laits suivants : cette femme a présenté dans son enfance des symptômes de scrofule; un de ses frères est mort phthisique ; elle a eu, antérieurement aux accidents actuels, de véritables hémoptysies survenant au moment de ses règles ; enfin, à l’auscultation, on trouve au sommet droit un peu de rudesse de la respiration. Tout en reconnaissant la possibilité d’hésiter sur la provenance du sang, M. Rathery admet qu’il s’agit là d’hématémèses et il en donne les raisons suivantes : 1° après le rejet du sang, on n’entend, à l’auscultation, aucun râle dans la poitrine ; 2° ce rejet s’accompagne, non de toux, mais de mouvements de régurgitation.
2“ Etant admis ce fait que la malade est hystérique et qu’elle a des hématémèses, quel est le rapport pathogénique entre l'hystérie et l’hémorrhagie? Ce rapport consiste évidemment dans l’influence de la névrose sur l’innervation des vaisseaux. On sait combien est grande celte influence ; les alternatives subites de rougeur et de pâleur du visage, le refroidissement des mains, de la langue, etc., dans l’hvstérie, en sont des exemples qu’on a journellement sous les yeux. Il n’est pas impossible d’admettre que, dans certains cas, comme dans celui de la malade en question, la paralysie hystérique des vaso-moteurs atteigne un degré suffisant pour déterminer, dans des tissus vasculaires, une congestion hémorrhagipare. Dr Bellon.
Société de chirurgie.
Ovariotomie. - De la mobilisation et de l'immobilisation désarticulations malades. — Elytrorrhaphie. — Sarcocèle inguinale ; opération ; mort. — Hernie étranglée à l'oritioe péritonéal du canal inguinal, laparotomie, guérison.
M. Chipault (d’Orléans) adresse une observation d’ovariotomie, avec rétrocession du pédicule ; mort par péritonite généralisée.
— M. Després. 11 faut distinguer les raideurs articulaires liées à une plaie, à une fracture, des arthrites diverses, des ostéites juxta-èpiphysaires et des tumeurs blanches. M. Verneuil a voulu appliquer à toutes ces raideurs la même, thérapeutique. L’immobilisation peut être bonne pour les unes, elle est mauvaise pour les autres.
Boyer a admirablement étudié les raideurs articulaires. Il dit que dans les tumeurs blanches, l’ankylose est un procédé employé par la nature pour guérir la maladie ; la compression et l’immobilisation constituent le traitement. Il n’y a pas de tumeur blanche vraie, avec lésions osseuses, qui puisse guérir par la mobilisation.
Arrivons aux arthrites. Si vous immobilisez une articulation atteinte d’arthrite pendant deux mois, et si après vous ne faites pas de mobilisation, les mouvements ne reviendront pas seuls. Les arthrites des femmes en couches guérissent après l’accouchement; ici encore, il faut mobiliser; de même pour les arthrites rhumatismales. Le moment où il faut commencer la mobilisation, c’est quand l’articulation n’est plus douloureuse, et quand les mouvements spontanés commencent.
Dans les arthrites traumatiques il faut encore bien saisir le moment de la mobilisation ; les raideurs consécutives aux fractures doivent aussi être traitées par la mobilisation artificielle; et il y a des fractures, celles du coude par exemple, qui laissent fatalement une raideur de la jointure.
En résumé, M. Després est d’accord avec M. Verneuil pour ce qui concerne les tumeurs blanches; pour les autres raideurs, on ne peut se fier aux malades pour rétablir les mouvements; on ne peut pas compter sur la mobilisation naturelle.
— M. Panas fait un rapport oral sur la pièce adressée à la Société de chirurgie par M. Rancarol f d’Alexandrie). Il s’agit du traitement de la chute complète de l’utérus par la suture vaginale faite d’après le procédé de M. Le Fort. On réunit le milieu de la paroi antérieure au milieu do la paroi postérieure du vagin, de manière à former deux vagins latéraux. L’opération avait été faite par M. Rancarol, deux ans avant la mort de la malade, femme de trente-six ans, qui avait eu son troisième accouchement à l’âge de vingt-neuf ans; la chute de l’utérus datait de sept ans, et elle était compliquée de déchirures du périnée.
M. Rancarol a exécuté le procédé de M. Le Fort; incision de la paroi antérieure et de la paroi postérieure du vagin sur une longueur de 6 centimètres, et 2 centimètres de largeur; application de douze points de suture métallique : cinq de chaque côté, un en haut et l’autre en bas. La dernière opération de ce genre avait été faite par M. Panas.
L’opération est d’une exécution facile, plus facile que celle de Sims. Il y a eu trois succès sur trois opérations ; pas d’accidents. M. Le Fort a eu de la peine à enlever les sutures profondes; M. Rancarol également; M. Panas propose de faire ces sutures avec le catgut. M. Rancarol comme M. Le Fort a dû faire une périnéorrhaphie chez sa malade, pour remédier à une rectocèle.
— M. Monocl lit un travail intitulé : Sarcocèle inguinal, castration inguinale, mort. (Comm. : MM. Després, Auger, Terrillon.)
— M. Blum lit une observation intitulée : Hernie inguinale étranglée à l'orifice péritonéal du canal, laparotomie , guérison. (Comm. : MM. Lucas -Championnière, M. Sée, Gillette.)