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L. Leroy

Société de biologie.

Effets anormaux du curare : M. Bochefontaine . — Têtes de ténias dans une tumeur enlevée à une gerboise : M. Mégnin. — Développement du spina bifida : M. Tourneux. — Présentation d'instrument : M. Boudet. — Paralysie agitante fruste : M. Magnan. — Filets vaso-dilatateurs du trijumeau : MM. Jolyet et Laftont.

— M. Bochefontaine présente à la Société le crâne d’un chien sur lequel il a pratiqué la section du nerf facial à son entrée dans le conduit auditif interne. L’opération a été faite il y a plus de deux ans, par un procédé qui est exactement le même que celui que MM. Jolyet et Laffont ont cru inventer récemment. M. Bochefontaine en réclame pour lui la priorité. Il a constaté, à la suite de cette section, les mêmes faits que ces observateurs.

— M. Bochefontaine a constaté, au cours de plusieurs expériences, que le curare agit parfois sur la contraction musculaire comme la vératrine. M. Laborde rappelle que le curare n’est pas un composé défini; qu’il se présente tantôt sous un aspect sirupeux, tantôt comme un corps sec, dur, cassant; qu’au Brésil chaque tribu le prépare d’une façon différente. Les phénomènes observés par M. Bochefontaine trouvent peutêtre leur explication dans la variété de composition des divers curares.

— M. Mégnin. Dans une tumeur enlevée à la cuisse d’une gerboise, M. Mégnin a rencontré des corpuscules d’aspect fibrineux qui, à la coupe, se sont montrés remplis de têtes de ténias. Ces têtes semblent appartenir à des cœnures, un peu différents du ccenure cérébral du mouton.

— M. Tourneux. L’examen d’un très-petit embryon humain, chez lequel la région sacrée du rachis n’était pas fermée, m’a permis de donner une théorie nouvelle du spina bifida. Sur cet embryon, en effet, le canal médullaire s’ouvre inférieurement et les parties latérales de la moelle se terminent par deux bourgeons adhérents aux couches voisines de l’épiderme. L’inocclusion porte ainsi sur la peau, sur le squelette, sur la partie postérieure de la moelle. En étudiant le spina bifida chez un fœtus à terme, on trouve au niveau de la tumeur la peau ou plutôt une sorte de tissu cicatriciel, et, immédiatement au-dessous d’elle, de la substance grise nerveuse continue à celle de la moelle et donnant naissance à des nerfs qui remontent à travers la poche liquide et sortent par les trous de conjugaison. Entre ces deux termes extrêmes de l’évolution du spina bifida, quel est l’intermédiaire? Il est tout naturel que l’arc vertébral ne puisse se développer, la condition première de son existence étant la fermeture du canal central de la moelle. Quant à la fusion presque intime de la peau et de la substance nerveuse au niveau de la poche du spina bifida, elle résulte du développement en ce point de la subslance grise; celle-ci, dont les cellules sont analogues à celles de l’épiderme, au point de vue de leur origine embryonnaire, subit à sa partie superficielle les modifications qui caractérisent l’épiderme, et formerait seule la paroi de la poche, si un tissu lamineux venu des lames dorsales de l’embryon ne pénétrait dans son épaisseur par une sorte d’invagination, comme le pense M. Pouchet, ou ne s’y développait sur place aux dépens de la névroglie, comme M. Duval en émet la supposition.

— M. Boudet. Dans la séance du 6 décembre, M. Brissaud a exposé le résultat des recherches entreprises par nous dans

le service deM. Charcot à la Salpêtrière ; je viens aujourd’hui présenter à la Société de biologie l’appareil qui a servi dans nos expériences.

Cet instrument est en réalité un microphone très-sensible, monté sur un double ressort de sphygmographe. Son petit volume le rend très-maniable et permet de l’appliquer sur tous les points du corps. Une petite lame de caoutchouc durci de 5-2 centimètres, très-légèrement concave et percée d’un orifice à son centre, sert de base à l’appareil. A l’une de ses extrémités s’élève une tige haute de 3 centimètres environ ; sur cette lige monte et descend, au moyen d’une vis de réglage, un tout petit chariot de cuivre, entre les montants duquel oscille, sur un axe transversal, un cylindre de charbon, long de 1 centimètre 1/2 et épais de 5 millimètres. Au-dessous de ce premier charbon vient aboutir l’extrémité libre d’une mince lame de ressort, placée horizontalement, et fixée par son autre bout à l’extrémité opposée de la planchette de caoutchouc. A ce ressort est adaptée une petite lentille de charbon qui vient loucher l’exlrémilé du cylindre oscillant de charbon. Enfin, sous ce premier ressort et parallèlement à lui, comme dans le sphygmographe de M. Marey, se trouve un autre ressort terminé par un bouton explorateur, lequel traverse l’orifice de la planchette.

La moindre pression exercée sur ce bouton se transmet par l’intermédiaire des ressorts aux deux contacts de charbon, et fait ainsi varier l’intensité du courant qui les traverse; ces variations sont recueillies par un téléphone que l’observateur applique à son oreille. La mobilité des deux charbons en contact fait comprendre l’extrême sensibilité de ce microphone.

Toutefois, il est nécessaire, dans ces expériences, d’obtenir un premier degré de pression initiale que la vis de réglage peut déjà donner en partie, puisqu’elle permet d’appuyer plus ou moins le cylindre oscillant de charbon sur la lentille inférieure. Mais ceci n’est pas suffisant, car si l’on explore un pouls un peu ample, les mouvements communiqués aux ressorts soulèveraient brusquement le charbon supérieur et détermineraient des ruptures de courant. Nous avons obvié à cet inconvénient en plaçant à l’intérieur du petit chariot, audessus de l’une des extrémités du cylindre oscillant, un petit morceau de papier écolier en forme de V, et qui fait office de ressort. Nous n’insisterons pas ici sur l’addition de ce ressort en papier qui nous appartient et dont les avantages ont déjà été signalés dans plusieurs journaux scientifiques. Nous rappellerons seulement que le papier est un corps très-faiblement et très-parfaitement élastique, ainsi que l’ont prouvé les expériences de Savart; par conséquent, il se prête beaucoup mieux que l’acier et le caoutchouc aux déplacements et aux rétablissements des contacts de charbon, ou plutôt aux variations de leur pression réciproque.

Ainsi constitué, l’appareil, placé sur une artère, indique tous les bruits qui se passent à l’intérieur du vaisseau, et avec un peu d’habitude on arrive très-aisément à distinguer les différences de rhythme, les bruits de souffle, etc. La pulsation est très-fortement accentuée, le dicrolisme normal devient perceptible; en un mot on entend le tracé du pouls, tel qu’il est inscrit par le sphygmographe.

Appliqué sur un muscle, le même instrument devient un excellent myophone. Il décèle le bruit du tonus musculaire normal, et lors de la contraction on entend parfaitement le bruit de roulement caractéristique de ce phénomène.

La tonalité des sons transmis par ce microphone est conservée dans toute sa pureté. On peut facilement s’ en convaincre en faisant vibrer successivement près de lui, ou même en contact avec sa planchette, des diapasons de tonalités différentes. Le téléphone répète alors fidèlement la note émise par chacun d’eux, et, ce qui est plus curieux, on peut même distinguer les sons de . deux diapasons différents vibrant ensemble, sans que la tonalité de l’un ou de l’autre soit altérée.

19 Décembre 1879 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE

Nous avons également construit deux microphones un peu différents de celui-ci, afin d’étudier la contraction musculaire sur les animaux. Dans une prochaine note, nous rendrons compte des résultats obtenus, en môme temps que nous donnerons la description de ces nouveaux appareils.

M. Laborde.M. C. de Boyer a fait, de son côté, des recherches analogues sur la contraction musculaire normale. Il les communiquera prochainement, en présentant l’appareil qui lui a servi et qui est fondé sur les mêmes principes que celui de M. Boudet.

— M. Magnan présente un malade atteint de paralysie agitante fruste. Ce sujet a l’attitude qui caractérise cette affection, l’immobilité de la tête, le besoin de se déplacer constamment, la sensation de brûlure au niveau des extrémités, la perte d’équilibre, la propulsion, la rétropulsion; mais il n’a de tremblement que sous l’influence d’efforts ou de mouvements exigeant uue certaine attention. Les muscles ont une consistance analogue à celle du caoutchouc. Depuis cinq mois que ce malade est traité par M. Magnan, il présente une amélioration considérable, qui semble survenue sous l’influence du phosphure de /inc, médicament déjà recommandé par Hammond.

— M. Laffont, en son nom et au nom de M. Jolyet, communique des recherches sur l’origine des filets vaso-dilatateurs contenus dans le trijumeau. L’arrachement du spinal et du glosso-pharyngien n’a produit aucune modification dans la circulation de la face chez le chien. L’excitation du trijumeau dans sa continuité entre son originectle ganglion de Casser a déterminé la salivation et la dilatation vasculaire de la face interne de la joue et de la langue du côté correspondant. Après la section, qui est suivie d’une dilatation vasculaire tout à fait passagère (cinq minutes au plus), l’excitation du bout périphérique détermine la dilatation des vaisseaux dans les mêmes points, mais non la salivation.

M. Laborde , qui se propose de revenir sur la question des vaso-dilatateurs, croit pouvoir affirmer que l’excitation du trijumeau produit des effets opposés à ceux qu’ont énoncés MM. Jolyet et Laffont.

— M. Bert offre à la Société, au nom de M. Sappey, un allas relatif à l’appareil mucipare et au système lymphatique des poissons.

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