L. Leroy
Société de biologie.
Contractions spontanées des muscles lisses des poumons après la mort : M. Hénocque. — Action de l’eau de Vichy sur la digéstion chez le ohien : MM. Leven et Seunerie. — Echantillons différents de curare : M. Hamy. — Procédé pour conservèr l’épithélium de la muqueuse gastrique : M. Damaschino. — Nerfs de la moelle des os : MM. Rémy et Varlot.
M. Hénocque. Au cours d’expériences faites avec M. le professeur Brown-Séquard, il y a un an, au laboratoire de médecine du Collège de France, j’ai eu l’occasion d’observer certaines modifications d’aspect du poumon se produisant après la mort, et j’ai été amené à étudier les conditions dans lesquelles se présente ce phénomène.
Je résumerai brièvement dans cette note les résultats que m’ont donnés une série de recherches expérimentales poursuivies dans ce but spécial.
Lorsqu’on examine les poumons retirés de la cavité thoracique, adhérents à la trachée et exempts de déchirures, on observe en dehors de toutes autres lésions trois aspects du parenchyme : l’état de collapsus ou d’affaissement des vésicules, l’état d’expansion vésiculaire modérée, enfin l’état de dilatation exagérée qui peut être considérée comme de l’emphysème. Il y a des variations dans l’étendue de chacune des parties dilatées ou affaissées, d’où des différences d’aspect et de volume facilement appréciables. Si on examine attentivement quelques-unes de ces parties plus faciles à observer, soit à cause de leur siège aux bords des lobes pulmonaires, soit à cause de leur configuration irrégulière, on trouve que leur aspect peut changer en l’espace de quelques minutes.
C’est ainsi que telle partie qui paraît en expansion simple peut se montrer à l’état de dilatation, et même dans certains cas présenter de l’emphysème avec rupture des vésicules. A un degré moindre, il se fait dans la masse pulmonaire des changements dans le volume et l’aspect des lobes qui peuvent se produire alternativement et successivement pendant cinq à dix minutes.
Diverses conditions favorisent ou empêchent ces changements dans l’état d’expansion vésiculaire; c’est ainsi que chez un cobaye tué par l’asphyxie au moyen de l’acide carbonique, l’expansion a été bien plus prononcée que* chez des animaux de même espèce asphyxiés par ligature de la trachée ou tués par décapitation. L’action de l’eau froide augmente notable¬
ment la production de ces phénomènes, et ceux-ci se sont manifestés chez des chats tués par le curare.
Mes observations ont été faites sur des chiens, des chats, des cobayes, des moutons, des veaux et des bœufs ; mais, ne voulant pas insister aujourd’hui sur les détails d’expérimentation et sur les moyens de mettre en relief les changements dans le volume, la forme, la couleur des poumons après la mort ; je formulé les conclusions de ces recherches.
1“ L’état d’expansion de dilatation ou de collapsus, le volume relatif des vésicules pulmonaires, des divers lobes pulmonaires ou de certains groupes de lobules, se modifient après la mort.
2° Ces modifications peuvent être passagères, cesser, puis se manifester en divers points dans une étendue variable ; elles se produisent lentement et laissent le poumon dans un état d'expansion définitif qui permet, après le dessèchement des poumons, de constater des différences très-notables dans le siège, l’étendue et le degré de l’expansion vésiculaire, de la dilatation ou de l’affaissement vésiculaire, qui correspondent aux phénomènes ultimes cadavériques.
3° Ces modifications sont dues à des contractions des muscles lisses contenus dans le parenchyme pulmonaire et les bronches ; elles représentent pour les poumons les contractions péristaltiques observées dans les autres viscères.
4° Cette interprétation est basée sur les conditions mêmes dans lesquelles ces modifications de l’expansion vésiculaire se produisent. En effet, l’élasticité pulmonaire a achevé toute son action de rétraction, elles se font lentement, progressivement, avec des alternatives d’arrêt, et elles augmentent sous l’influence d’excitants, tels que ie froid, l’acide carbonique, les pressions et le frottement pratiqués avec légèreté, et, en définitive, semblent suivre une évolution parallèle à celle des mouvements péristaltiques.
M. Ldborde rappelle qu’en examinant les poumons d’animaux chez lesquels il avait piqué le bulbe, il a vu se produire sur certains points de l’emphysème, sur d’autres des ecchymoses sous - pleurales ; jamais les deux lésions n’étaient coexistantes au même endroit. M. Bert confirme les faits observés par M. Hénocque ; il dit que dans leur interprétation il faut tenir compte des mucosités bronchiques. Si elles forment un bouchon obturateur, le resserrement dés muscles lisses, comprimant l’air et ne pouvant le chasser vers la trachée, le refoule vers les alvéoles où il produit de l’emphysème. C’est ainsi qu’on pourrait peut-être expliquer la variété des résultats obtenus dans les observations, suivant le genre de mort de l’animal.
— M. Leven a étudié avec M. Seuner ie l’action de l’eau de Vichy sur la digestion. Trois séries d’expériences ont été faites. La première porte sur des chiens à jeun, auxquels on faisait ingérer 300 grammes d’eau de Vichy et que l’on tuait trois heures après. Dans tous les cas l’estomac était vide, la muqueuse gastrique rouge, le foie et les reins congestionnés, la bile et l’urine fraîches accumulées dans leurs réservoirs. Dans une seconde série, des chiens ont été sacrifiés trois heures après un repas de 200 grammes de viande. S’ils n’avaient pas pris d’eau de Vichy, on retrouvait dans leur estomac toute la quantité des aliments ingérés; il en était de même s’ils en avaient pris seulement 60 grammes ; mais s’ils avaient pris 150 ou 300 grammes d’eau de Vichy, on ne retrouvait plus au bout du même délai qu’une partie de la viande, d’autant plus petite qu’il y avait eu plus d’eau minérale ingérée. Enfin une troisième série d’expériences a été instituée de la façon suivante : Chiens tués cinq heures après un repas composé de 200 grammes de pain, 40 grammes de lait et 10 grammes de sucre. Y a-t-il eu simultanément ingestion de 150 grammes d’eau de Vichy, on ne trouve plus dans l’estomac que 50 grammes de pain réduit en pâte granuleuse très-diffluente. Si au contraire on n’a pas administré ce liquide, on retrouve la masse presque totale du pain
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réunie en boule et présentant à sa surface seulement une
réaction acide et un commencement de désagrégation; la muqueuse gastrique est pâle. M. Leven conclut que l’eau de Vichy favorise la digestion et excite et congestionne les organes abdominaux.
M. Bochefontaine, rapprochant les faits communiqués par M. Leven de quelques expériences personnelles, croit que les phénomènes d’excitation produits par l’eau de Vichy doivent être surtout attribués à l’action du bicarbonate de soude. Le formiate de soude, qu’il a aussi étudié, détermine des effets analogues, mais plus intenses ; les animaux présentant des vomissements et parfois même des convulsions tétaniformes. M. Bochefontaine est contredit par M. Leven, qui avec du bicarbonate de soude en quantité supérieure à celle que contiennent les doses d’eau de Vichy dont il a usé, n’a pas obtenu des effets comparables à ceux de l’eau elle-même, et par M. Rabuteau qui, ayant pris lui-même autrefois du formiate de soude et n’en ayant pas été incommodé, conteste la pureté des sels employés par M. Bochefontaine.
— M. Hamy offre à la Société deux échantillons de curare de provenance et d’aspect différents : l’un vient des bords du Rio-Tocantine, l’autre de ceux duRio-Negro. Les lieux d’origine étant distants l’un de l’autre de 600 lieues, lès différences d’aspect des produits correspondent sans doute à des différences de préparation ; il sera intéressant d’étudier comparativement les effets de ces deux curares.
— M. Damascliino expose un procédé qui permet d’étudier l’épithélium de la muqueuse de l’estomac chez l’homme. Dans les conditions où se font habituellement les autopsies, l’épithélium est déjà altéré ou détruit. En injectant de l’alcool dans l’estomac au moyen d’une sonde œsophagienne, une heure ou deux après la mort, on fixe les éléments anatomiques qui se prêtent ensuite très-bien à l’examen histologique. Ce procédé a peut-être l’inconvénient de pâlir Outre mesure la muqueuse de l’estomac; mais il évite en revanche les teintes dues à la simple imbibition par stase sanguine, et ne pousse jamais assez loin la décoloration pour effacer l’aspect gris ardoisé de la muqueuse, si celle-ci est chroniquement enflammée.
— M. Ch. Iiemy présente à la Société le résultat de recherches faites sur les nerfs de la moelle des os, en collaboration avec M. Variot.
Ils ont essayé de suivre les nerfs de la moelle des os au delà du point où ils sont accessibles à l’œil nu, et de compléter les recherches de Ch. Gros, 1846. A part quelques faisceaux et tubes indépendants, les nerfs cheminent accolés aux vaisseaux même de petit calibre. On compte quatre tubes nerveux dissociés sur un vaisseau de 13 centimètres; deux tubes sur un vaisseau de 8 centimètres; et un seul tube sur un vaisseau de 4 centimètres. La moelle des os fraîche paraît assez riche en nerfs ; toutes les préparations en ont présenté. On trouve les nerfs à l’état de faiscèaux de vingt ou trente tubes réunis par du tissu lamineux. mou; on trouve aussi des tubes nerveux en petit nombre, trois ou quatre dissociés et accolés aux vaisseaux, et même un seul tube isolé et indépendant.
C’est par le chlorure d’or que MM. Remy et Variot sont parvenus à fixer le trajet des nerfs.