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I. — Le fléau est-il la peste

La majorité des médecins actuels ne connaît la peste que par les descriptions contenues dans les ouvrages, de pathologie interne ou par. des mémoires, spéciaux écrits sur les épidémies antérieures. C’est donc' dans ces documents qu’il faut relever la symptomatologie, encore mal connue, de la maladie d’Astrakan. Invasion irrégulière, céphalalgie, vertige, prostration extrême, abattement, stupeur, insomnie, mouvements convulsifs, délire tranquille ou furieux ; petitesse, fréquence, état misérable du pouls; défaut de plasticité, altération de la couleur rouge vif naturelle du sang, pétéchies et suffusions sanguines par la peau et les muqueuses, hémorrhagies par toutes les voies ; bubons lymphatiques principalement inguinaux et axillairès, anthrax, ulcères charbonneux'; durée dépassant rarement huit jours, terminaison funeste fréquente en vingt-quatre heures, quelquefois sidération subite; léthalité très-grande, transmissibilité, tels sont les traits classiques de la grande peste épidémique.

Quand nous aurons les rapports authentiques des médecins russes, nous pourrons conclure. Nous pouvons dire quant à présentqtie,àpa,rt même lesbub.ons, plus spécialement détaillés dans les correspondances des journaux quotidiens que dans ce qui nous est parvenu des rapports des médecins russes, la maladie d’Astrakan se rapproche beaucoup de la peste par le restant de ses symptômes, sa gravité et sa durée (I).

C’est à Vetlianka, près Astrakan, que la maladie aurait apparu le 27 novembre. Màis déjà, lors d’une visite faite dans cette localité le 18 du même mois, le docteur Deppner, médecin en chef des cosaques, y avait constaté' des cas nombreux de fièvres intermittentes et débilitantes avec enflure- des

'(•1) Depuis que cet arlicle est écrit, la commission impériale sanitaire allemande a

fournis les médecins militaires russes ne nous permettent guère de douter que nous avons affaire à la véritable peste indienne ou asiatique. »

(La Rédaction.)

huit heures; telle autre avait été conduite à la préfecture de police, examinée par les médecins de service, qui n’avaient du que constater la présence d’une virginité qui constituait a meilleure preuve de l’innocence de la victime et de l’excès de pouvoir des agents de l’autorité. .

De tels -faits étaient certainement de nature à émouvoir l’opinion publique. Mais l’enquête, instituée à cet égard par les soins de l'autorité municipale et administrative, a. démontré que les faits si pompeusement étalés pâFla presse étaient peu nombreux et révélaient simplement quelques abus depouvoir regrettables, mais qu’ils n’étaient pas de nature à porter une sérieuse atteinte au système actuel de réglementation et de répression.

Nous avons déjà étudié, il y a plusieurs années ( Gazelle hebdomadaire, -13 mai 1874), les questions relatives à la réglementation delà prostitution. Nous avons vu que, en Angleterre, où le système de surveillance n’existe que depuis quelques années et dans certaines villes seulement, des ré-

14 Février 1879

ganglions lymphatiques. D’après les médecins asiatiques subordonnés à son inspection médicale, quand la maladie du 27 novembre, celle qui a été plus particulièrement rattachée la peste, parut à Vetlianka, il n’y avait plus de ces cas de fièvre intermittente à bubons observés quelques jours auparavant par Deppner ; mais celui-ci voit un lien direct entre les deux invasions, Nous croyons qu’il a raison.

En ne faisant remonter l’épidémie qu’au 27 novembre on peut, d’après le rapport de Deppner, que la plupart des journaux ont reproduit, la diviser en deux périodes très-graves toutes les deux. La première, commençant le 27 novembre, a été signalée par l’invasion progressive des symptômes : céphalalgie fronto-temporale, frissons peu prolongés suivis de chaleur brûlante au visage et aux yeux, ventre tendu, foie enflé, pouls de 100 à 120 pulsations. Le quatrième jour, il survenait dans les cas favorables de la transpiration et un affaiblissement général. Mais, dans la majorité des cas, il y avait rechute au lieu d’amendement, délire, insomnie, inquiétude du corps, chaleur à 42 degrés, langue sèche, déjections fréquentes et involontaires, urines peu abondantes et rougeâtres. La mort survenait après le deuxième ou au plus tard le troisième paroxysme avec convulsions et dépérissement général des forces. La décomposition était rapide, les taches cadavériques survenaient douze heures après la mort (?). Du 17 novembre au 9 décembre, sur 100 cas il y eut 43 décès, 14 guérisons, 43 entrées en convalescence.

La deuxième période commençant le 9 décembre a présenté une acuité plus grande. L’invasion était subite, les symptômes existant dans la première période beaucoup plus accusés et augmentés de l’apathie du visage et de l’aspect sombre du regard, puis de l’apparition des taches (des pétéchies sans doute) variant du diamètre d’un pois à celui d’une pièce de dix copecks. La mort survenait dans un état de léthargie et de dissolution dynamique complète. Si nous ajoutons à ces symptômes la fréquence, bien plus marquée que dans la première période, des inflammations des glandes lymphatiques, nous nous demandons en quoi celle affection diffère de la peste.

Gomme gravité elle n’a rien à envier à ses devancières. Tous les remèdes employés : toniques, fébrifuges, antizymotiques ont été inutiles. La mort frappait partout. Le docteur Kock et six médecins qui l’assistaient succombèrent. Le prêtre de la stanitza et la plupart des cosaques qui enlevaient .les cadavres ou qui approchaient des malades eurent, malgré l’usage des précautions habituelles, le même sort. Les popu-

sullats remarquables ont été obtenus. En effet, dans les villes de garnison du Royaume-Uni, où les prostituées sont soumises à des visites médicales régulières et obligatoires, on a constaté que le nombre des soldats syphilitiques avaitdiminué de près d’un tiers. Ce sont là des faits contre lesquels les récriminations de la presse et les agissements de l’Association des dames anglaises, for the repeal of the contagions diseuses act , seront toujours impuissants.

Mais revenons à la France. Nous avons l’intention -de faire connaître à nos lecteurs un document qui, quoique publié par quelques journaux politiques, n’a pas encore élé l’objet des commentaires et des critiques de la presse. Nous voulons parler du règlement concernant la police des mœurs, qui vient d’être l’objet de. modifications que nous considérons comme une sorte de satisfaction donnée à l’opinion publique.

La première partie du règlement est relative à la prostitution clandestine, celte lèpre de notre société actuelle. Il contient les instructions qui doivent guider les agents dans les

lations affolées se sont livrées aux médications les plus surprenantes. On a vu, parait-il, des malheureux brûlés par la fièvre se plonger dans les eaux glacées du Volga et de ses affluents. Chose remarquable, Lucrèce racontait la même chose des pestiférés d’Athènes :

. iYd ventum et frigora semper,

lu fluvios partim gelidos ardentia morbo Membra dabant, nudum jacientes corpus in undas.

Quant à sa propagation, les renseignements positifs font encore défaut. On a dit là-dessus les choses les plus contradictoires. D’après certains journaux le fléau serait déjà éteint dans la province d’ Astrakan. D’après d’autres, il aurait paru, à 100 kilomètres de cette ville, dans la province de Saratow. Enfin il se serait avancé jusqu à Uyssokaio, aux portes de Moscou, après avoir totalement disparu du bassin inférieur du Volga.

Quelque nom qu’on donne à la maladie d’Astrakan, que ce soit un typhus du genre le plus aigu, ou une peste particulière ou une maladie nouvelle intermédiaire entre le typhus et la peste, — Deppner émet cette triple nomenclature — c’est toujours un fléau redoutable contre lequel il faut se prémunir.

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