‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 39 sur 249 · L. Leroy · texte numérisé non relu

L. Leroy

Société de biologie.

Anesthésie par le protoxyde d'azote : M. Paul Bert. — Lymphatiques utérins : M. Mierzejewshy. — Régénération des milieux de l’œil : M. Philipeaux. — Dangers du ohautiage par les poêles sans tuyaux : M. Gréhant. — Trigonocéphalie : M. Hamy.

M. Paul Bert fait le récit détaillé de la première opération chirurgicale pratiquée à l’aide de l’anesthésie par le protoxyde d’azote. Depuis longtemps les dentistes emploient cet agent pour insensibiliser les sujets auxquels ils arrachent des dents ; mais l’anesthésie obtenue par leurs procédés habituels ne saurait être prolongée plus de cinq à vingt secondes sans danger d’asphyxie et n’est même pas toujours complète. Les Américains, il est vrai, ont voulu l’employer pour la rande chirurgie ; mais ils n’ont fait que des opérations à âtons rompus, obligés de suspendre à chaque instant les inhalations de gaz pour laisser respirer le blessé, obligés, par suite, de suspendre leurs manœuvres opératoires ou de les poursuivre malgré une insensibilité incomplète. Le problème à résoudre était donc de faire respirer le malade tout en lui administrant le protoxyde d’azote. Dans les conditions ordinaires, un mélange de ce gaz avec de l’air ou de l’oxygène ne produit pas l’anesthésie. M. Bert a réussi à la déterminer en obérant soiis une pressiôn supérieure â là pression atmosphérique. L'expei'iërice, tërilêé Sut dés cliieAs, aV&it déjà

donné des résultats satisfaisants. C’est le 13 février dernier que le protoxyde d’azote sous pression a été administré pour la première fois à jeune fille. L’opération a eu lieu dans une chambre de fer éclairée par de larges hublots, dans laquelle la pression a été maintenue à 92 C. M. Préterre dirigeait l’inhalation du gaz anesthésique, composé de8 5 de protoxyde d’azote et de 150 d’oxygène, mélange très-respirable, très-inoffensif à la pression extérieure, mais incapable à cette même pression de produire 1 anesthésie. M. Labbé a pratiqué l’opération, qui devait être à la fois courte et douloureuse : avulsion d’un ongle incarné. M. Bert étudiait les phénomènes présentés par la malade. Celle-ci s’est endormie en vingt ou vingt-cinq secondes, n’a absolument rien’ senti pendant l’opération ni le pansement, et, à la suite d’une anesthésie qui a duré quatre minutes et demie, s’est réveillée spontanément, sans agitation, sans troubles moteurs ou sensitifs, moins d’une minute après que l’on a cessé les inhalations. Elle a eu seulement peu après quelques petits sanglots. Une pareille anesthésie si calme, si nettement privée de l’excitation qui accompagne toujours l’administration de l’éther et du chloroforme doit faire préférer le protoxyde d’azote à ces deux derniers agents. La question n’est sans doute pas encore jugée; il faut faire l’épreuve des grandes opérations. Mais tout fait prévoir qu’elle sera favorable ; et, dès lors, le protoxyde d’azote deviendra d’un usage journalier en chirurgie, sinon dans la pratique civile, du moins peut-êlre dans les hôpitaux, où les chambres nécessaires à son administration pourront être établies à peu de frais.

— M. Pouchet présente, au nom de M. Mierzejewshy (de Saint-Pétersbourg), une note sur les lymphatiques sous-péritonéaux de l’utérus. Ces vaisseaux, étudiés au moyen d’injections à la gomme-gutte, forment deux réseaux manifestes : l’un sous-endothélial, l’autre plus profond, et comprennent entre eux les vaisseaux sanguins. Ces rapports des deux ordres de vaisseaux se rencontrent dans plusieurs autres membranes.

— M. Gréhant expose les résultats auxquels est arrivé M. Philipeaux dans les expériences qu’il a faites sur l’œil du lapin. L’humeur vitrée, quand l’œil est vidé, que le cristallin est enlevé, et qu’elle s’est elle-même aux trois quarts écoulée, se régénère, régénère une cristalloïde, qui à son tour reproduit un cristallin.

— M. Gréhant a étudié sur le chien les effets de la respiration de l’air vicié par les produits de combustion dégagés d’un de ces poêles sans tuyaux dont l’usage tend à s’établir. Après deux heures d’expérience, l’animal, maintenu auprès du poêle dans une chambre dont les conditions étaient celles d’une pièce habitable, était incapable de se tenir sur ses pattes, menacé d’une asphyxie complète ; le sang présentait la moitié de son hémoglobine combinée à de l’oxyde de carbone.

— M. Hamy présente un crâne atteint de la déformation étudiée en Allemagne par Welcher sous le nom de trigonocéphalie. Il s’agit d’une synostose prématurée des deux frontaux, à la suite de laquelle le cerveau se développe en refoulant en dehors les régions pariétales, de tellè façon que la tète, vue par sa partie supérieure, se limite en avant par un angle, au lieu de la ligne courbe régulière qui caractérise, à l’état normal, la région frontale. Cette malformation n’est pas incompatible avec la vie.

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