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X. Arnozan

21 Février 1879

Société de thérapeutique.

De l'aotion de la pelleticrine : M. Dujardin-Beaumetz. — Crises hystériques d'origine stomacale : M. Daily. — Vomissements incoercibles de la grossesse : M. Créquy. — De l’action du salicylate de soude sur le rhumatisme articulaire aigu dos enfants : M. Archambault. — Disoussion : MM. Moutard-Martin et Édouard Labbé.

M. Dujardin-Beaumetz, à propos de la discussion soulevée dans la dernière séance, rappelle à la Société sa précédente communication sur la pelleticrine : Les résultats obtenus avaient été favorables, depuis cette époque d’autres observations lui ont été signalées; si pour les unes les résultats ont été favorables, pour les autres, au contraire, ils étaient négatifs. Poursuivant ses recherches, il a reconnu que cet alcalo'ide, qu’on obtient de l’écorce de grenadier, était extrêmement volatil, et que, sa décomposition se produisant dans l’estomac lui-méme, il n’agissait plus directement sur le taenia. Sur son indication, un pharmacien, M. Tanlay, a fait un tannate de pelleticrine, diminuant ainsi l’action volatile de cette substance, et, sur deux malades auxquels on avait administré tous les lénicides connus, il a obtenu, à la dose de 50 centigrammes de tannate de pelleticrine, les tænias entiers avec leur tète. M. Dujardin-Beaumetz ajoute qu’il faut attendre deux ou trois heures avant d’administrer l’huile de ricin.

— M. Daily vient d’observer deux cas intéressants de crises hystériques d’origine stomacale. Le premier cas concerne une jeune fille qui au passage des aliments, principalement des aliments solides, était atteinte de crises convulsives, cloniques, hystériformes : plus les aliments étaient volumineux, plus les crises étaient rapides et violentes. De plus, en appuyant même légèrement sur la région de l’estomac, on provoquait une crise, crise d’autant plus forte que la pression était plus grande. En dehors de la pression, il a pu constater que ces phénomènes étaient toujours liés au passage des aliments dans le pylore. Essayant l’électricité (courants continus) sur la région stomacale, i\I. Daily provoquait des crises violentes d’une durée de quatre à cinq heures, au début du moins, car sous l’influence de l’électricité, du massage de l’estomac et des douches, l’amélioration a été assez rapide. Dans le deuxième cas, les crises étaient beaucoup moins longues, elles ne duraient que trois à cinq minutes : il s’agissait d’un jeune garçon de treize ans, chez lequel les crises étaient aussi consécutives au passage des aliments dans l’œsophage et le pylore. La seule différence qui existe entre ces deux observations est dans la forme et la longueur de l’attaque : pour la jeune fille, l’attaque était bien celle d’une hystérie majeure; pour le jeune homme, elle simulait plutôt la forme de la danse de Saint-Guy : toutes deux se sont amendées sous l’influence du même traitement. M. Daily conclut en disant que ces deux faits démontrent qu’il y a une hystérie périphérique d’origine stomacale.

M. Blondeau fait remarquer que ces deux faits se rapprochent beaucoup de ce qu’on observe dans l’œsophagisme.

M. Daily répond qu’ils en diffèrent, non-seulement par la durée des troubles nerveux, mais par l’absence de vomissements qu’on observe toujours dans l’œsophagisme.

— M. Créquy demande ce qu’il faut faire dans le cas suivant : une jeune femme enceinte est prise au troisième mois de sa grossesse de vomissements et de douleurs le long de l’œsophage tels qu’on fut obligé de pratiquer l’avortement. Cette jeune femme, redevenue enceinte et éprouvant des accidents analogues à la même époque, vient consulter M. Créquy qui prescrit sans succès le régime lacté, les injections de morphine. Il demande s’il ne doit pas essayer les vaporisations d’éther : en ce cas comment devra-t-il les pratiquer?

M. Bucquoy répond qu’il n’a personnellement obtenu aucun

résultat favorable avec les vaporisations d’éther qu’onavantées à une certaine époque : il préfère de beaucoup l’emploi du chloral à haute dose, en lavement, dans les cas de vomissements incoercibles.

M. Archambault, après avoir lu la clinique de M. Jaccoud sur les vaporisations d’éther, a voulu expérimenter cette médication sur des enfants atteints de chorée : or, sur les vingt enfants, les résultats ont été absolument nuis : ces fails négatifs doivent être d’autant plus rapprochés des cas heureux signalés par les médecins allemands, qu’on ne peut supposer que ces vingt enfants fussent tous rébarbatifs à l’action de l’éther, employé en pulvérisation et selon les indications de M. le professeur Jaccoud. M. Archambault a beaucoup plus de confiance dans le chloral : c’est, pense-t-il, à ce médicament ue M. Créquy doit faire appel pour la malade dont il vient 'entretenir la Société.

M. Bouloumié a obtenu de bons résultats par l’emploi du chloral dans des cas de vomissements incoercibles de causes hystériques : bien que ces faits ne soient pas identiques à celui de M. Créquy, puisque la malade de M. Créquy est enceinte, il croit devoir signaler les heureux résultats du chloral.

— M. Archambault fait une communication sur l’action du salicylate de soude dans le rhumatisme articulaire des enfants. Cette action est d’autant plus importante que le rhumatisme est non-seulement fréquent chez l’enfant, mais de plus qu’il présente plus de gravité que chez l’adulte, à cause de la fréquence des accidents viscéraux et principalement du côté du cœur. Bouillaud a insisté avec raison sur ce fait que chez l’adulte les accidents viscéraux sont plus fréquents dans le rhumatisme généralisé que dans le rhumatisme monoarticulaire ; ce qu’il aurait pu dire, c’est que chez l’enfant le rhumatisme mono-articulaire s’accompagnait fréquemment de phénomènes et de lésions cardiaques (endocardite, péricardite, etc.). Le cœur se prend chez l’enfant comme se prend une articulation, aussi le rhumatisme est-il fréquemment la cause de lésion cardiaque qu’on constate chez l’adulte, alors même qu’il n’a conservé aucun souvenir des accidents rhumatismaux de l’enfance.

M. Archambault ne voudrait pas affirmer que le salicylate de soude soit le médicament spécifique du rhumatisme, comme le sulfate de quinine l’est pour les fièvres intermittentes, mais il s’en rapproche : il est de plus inoffensif. En tout cas le salicylate de soude est de beaucoup préférable à tous les médicaments précédemment employés ; les enfants le supportent facilement, ceux qui le vomissent sont rares, rarement aussi on observe des vertiges et des bruits dans les oreilles dont les adultes se plaignent fréquemment. Cette absence d’accidents doit peut-être être attribuée à la facilité d’élimination qu’on observe chez les enfants : le salicykte de soude, en effet, se retrouve dans les urines un quart d’heure à vingt minutes; on en constate cependant encore des traces soixante heures après l’absorption du médicament, mais, cette quantité étant infinitésimale, on peut dire que chez les enfants le salicylate de soude ne s’accumule pas.

Si on donne à un enfant atteint de rhumatisme articulaire aigu, au deuxième ou troisième jour de la maladie, la dose que M. Archambault a coutume de prescrire pour les enfants de cinq à dix ans, c’est-à-dire de 5 à 8 grammes de salicylate de soude en quatre doses à trois heures d’intervalle entre chaque, on peut être certain qu’à partir de la troisième dose l’amélioration est évidente; à la quatrième, la douleur cesse presque complètement. Le médicament n’agit pas seulement sur la douleur, comme on l’a dit, mais sur l’état général : ainsi la température s’abaisse de 1 à 2 degrés, et la fluxion articulaire diminue. Telle est la règle, constante ; une seule fois M. Archambault a vu un enfant auquel il avait prescrit du salicylate de soude, ne présenter le lendemaih aucune amélioration * faisant analysé? 'les urines, il à pti s’assurer què

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le médicament prescrit n’avait pas été donné. Le lendemain matin, sous l’influence du médicament, les choses se passaient telles que M. Archambault l’avait prévu et telles qu’il vient de le décrire.

Dans le rhumatisme mono-articulaire, les résultats sont les mêmes.

Mais le fait le plus important à noter dans les avantages du salicylate de soude, c’est qu’il agit comme préservatif des accidents viscéraux. Il est difficile de préciser exactement la proportion des accidents viscéraux qu’on observe dans les rhumatismes généralisés -ou mono-articulaires, mais, si on l’évalue chez les enfants aux deux tiers des cas, on sera dans le vrai. Or, depuis que M. Archambault emploie le salicylate de soude, dans aucun cas, il n’a vu survenir d’accidents cardiaques dans le cours ou à la suite de l’attaque de rhumatisme : on arrête donc la fluxion articulaire et on prévient les accidents cardiaques ; double avantage qui ne permet pas d’hésiter dans l’emploi de cette méthode.

Or, combien de temps faut-il faire usage du salicylate de soude? C’est là un point assez important : voici la méthode adoptée par M. Archambault. Il prescrit le salicylate à la dose de 6 grammes pendant trois jours (18 grammes), alors même que la douleur a cessé dès le deuxième jour, puis il attend; si la douleur reparaît, il recommence pendant trois jours à la même dose, et ainsi de suite ; mais la troisième récidive est rare.

M. Archambault a employé la méthode pour le traitement du torticolis de cause rhumatismale : chez douze enfants la disparition de la douleur et le rétablissement des mouvements musculaires ont eu lieu du jour au lendemain.

Quelle dose doit-on prescrire pour les enfants? On peut donner des doses considérables, 8 et 10 grammes, sans déterminer d’accidenls. M. Archambault n’a vu qu’un seul enfant être pris de vomissement, mais cet enfant, outre son rhumatisme articulaire, était atteint de purpura, d’hématurie et d’albuminurie : les vomissements survinrent à la quatrième dose; cependant le salicylate s’éliminait par les urines malgré l’affection des reins. Il pense dortc qu’on peut et qu’on doit l’employer hardiment à la dose de 6 grammes en vingtquatre heures (en trois fois).

M. Moutard- Martin, n’a jamais administré le salicylate de soude à des enfants, mais il est étonné de voir que M. Archambault n’a jamais observé d’accidenls. Les adultes, en effet, ne supportent pas tous également bien le salicylate de soude : de plus les malades atteints d’affection rénale le supportent toujours mal. Les accidents sont plus rares du côté de l’estomac (vomissements) que du côté du cerveau (étourdissement, syncopes, surdité), aussi faut-il tâter le terrain avant de prescrire des doses élevées, et commencer par 6 grammes pour arriver à 8, 10 et 12 grammes.

M. Moutard-Martin est heureux d’apprendre que non-seulement la tolérance est plus grande chez l’enfant, mais que de plus son action est pour ainsi dire immanquable. Chez l’adulte, il n’en est pas tout à fait de même : if a remarqué que chez les malades atteinls de rhumatisme articulaire franchement aigu l’amélioration était ordinairement extrêmement rapide. Mais parfois il arrive qu’après une amélioration de ce genre, sans qu’on puisse invoquer une imprudence ou un refroidissement, les accidents reparaissent deux ou trois jours après. Si on reprend alors le salicylate de soude, ce n’est plus au bout de deux ou trois jours que l’amélioration reparaît, mais de cinq ou six jours, ainsi de suite jusqu’au moment où le salicylate de soude reste sans action. Il y a donc un précepte à tirer de ce fait, c’est de prolonger l’emploi du salicylate alors même que les accidents ont disparu, mais alors il faut se méfier . de l’anémie rhumatismale qui survient plus rapidement et qui est plus difficile à guérir.

M. Archambault dit que le rhumatisme articulaire est le même chez l’enfant que chez l’adulte : il n’y a pas, en effet, de

pathologie propre à l’enfance. Mais si le rhumatisme présente les mêmes caractères cliniques, on peut dire cependant qu’il est moins tenace chez l’enfant, car celui-ci est plus sensible à l’action des médicaments. C’est pour cela qu’on obtient peut-être des guérisons sans récidives, comme il arrive trop peu souvent chez l’adulte.

Or, avec le salicylate de soude, les effets produits sont saisissants ; ils ne sont pas comparables à ceux du sulfate de quinine : on peut couper la douleur en une nuit et obtenir la guérison en trois ou quatre jours. M. Archambault n’a jamais vu le salicylate de soude échouer, ni produire d’accidents; peut-être le verra-t-il, mais pour le moment il ne connaît pas un fait négatif. Dernièrement encore une jeune fille de son service était atteinte de douleurs articulaires; comme celte jeune fille était hystérique, on pouvait se demander si ces douleurs étaient dues à l’hystérie ou à un rhumatisme : M. Archambault prescrivit du salicylate de soude; en deux jours les douleurs disparaissent ; on cesse le salicylate, les douleurs reviennent et cessent après l’emploi plus prolongé du même médicament : il s’agissait donc évidemment d'un rhumatisme articulaire.

M. Archambault prescrit le salicylate de soude de la façon suivante :

Rhum . 20 grammes.

Sirop de limon . 40 —

Salicylate de soude . 6 —

A prendre en trois fois dans les vingt-quatre heures.

M. Edouard Labbé dit qu’il est bon d’insister sur les bénéfices qu’on obtient par l’emploi du salicylate de soude : quelques cas malheureux sont en effet venus jeter la défaveur sur celte substance dont il n’a eu qu’à se louer : ces cas négatifs doivent probablement être dus plutôt à une mauvaise administration qu’au médicament lui-même. Il reviendra sur cette question dans la prochaine séance.

Dr Joseph Michel.

REVUE DES JOURNAUX

Un cas d'hydrophobie, par le docteur T. Curtis.

Cette observation est intéressante à plusieurs égards; elle est un exemple d’hydrophobie causée par une morsure de chat. Le malheureux patient n’a pas eu conscience de sa maladie, et l’on a pu ainsi observer les phénomènes en dehors des impressions qu’on attribue ordinairement à l’émotion individuelle des hydrophobes. Au point de vue thérapeutique, le curare a été employé à doses élevées, et, comme l’a fait remarquer, devant la Société médicale de Boston, notre ancien collègue des hôpitaux de Paris, le docteur Curtis, le résultat obtenu n’est pas de nature à encourager de nouveaux essais. Enfin, si l’on admet la théorie proposée par l’auteur, le curare serait même coiitre-indiqué par des considérations physiologiques. Pour M. Curtis, en effet, les phénomènes prédominants de l’hydrophobie chez l’homme sont les paroxysmes de dyspnée et d’apnée, c’est-à-dire que l’activité du centre respiratoire est maintenue en état permanent de dépression par suite d’altérations locales de structure; de plus, en raison des influences dépressives provenant des régions sensitives (emotional régions) du cerveau, également altérées, cette activité peut être, à un certain moment, réduite à néant par des excitations très-faibles d’origine périphérique, d’où le paroxysme de l’apnée paralytique ; ef enfin la mort survient pendant un paroxysme par le défaut complet des forces inspiratoires. Ajoutons, avant de résumer brièvement celte observation, que la tentative de traitement par le curare a été provoquée par plusieurs observations et des arguments publiés dans le Boston medical and surgic. Journal de mars et août 1878

Obs. — Il s’agit d’un homme de soixante-huit ans, admis le

9 septembre à fhôpital général de Massachusetts. Cet homme avait été mordu par un chat sept semaines avant son entrée à l’hôpital ; il en était résulté une nécrose de la phalange onguéale du pouce. Le premier symptôme observé par le malade avait été la difficulté d’avaler au souper de la veille; mais pendant la nuit il avait été agité et le matin il n’avait pu déjeuner. Tout essai tenté par lui pour porter le liquide à sa bouche amenait une altaque caractérisée par de la suffocation et des convulsions dans les bras et les jambes. Le malade était nerveux, excité, agité, mais conservait sa raison ; il ne pouvait rester tranquille, marchait, parlait, se jetait sur le lit. et se levait brusquement; il était anxieux, la parole était saccadée avec quelques hésitations, la bouche était sèche, il y avait de la salive visqueuse sur les lèvres et la langue, le pouls était à 88. Pendant la nuit, l’agitation avait été extrême. Le lendemain,

10 septembre, à onze heures, une consultation eut lieu entre les docteurs Cahot, Shaw, Warren et Curtis; on offrit au malade un verre d’eau, il le refusa, disant qu’il ne le prendrait qu’avec une cuiller à thé; en prenant l’eau dans'la cuiller il éprouva de l’agitation et du dégoût, mais continua à porter la cuiller à la bouche; lorsqu’il arriva à la distance d’un pied de la bouche, les traits se contractèrent, la main trembla, la respiration devint haletante; cependant il put ingurgiter l’eau dans labouche, en en perdant une bonne portion, et se mit à parcourir la chambre en soupirant et en soufflant. La respiration semblait à ce moment entièrement costale et n’était effectuée qu’avec les plus grands efforts, les coudes étant élevés à chaque inspiration; cet accès dura une demi-minute. On put le reproduire en humectant la face, en plongeant le doigt dans une tasse remplie d’eau, en lui mettant de la glace dans la main, par l'action d'un courant d’air rapide. En somme, le diagnostic d’hydrophobie ne sembla pas douteux ; mais le malade ne paraissait pas le moins du monde se douter que ces symptômes pouvaient provenir de la morsure d’un chat enragé. Les médecins consultants décidèrent l’emploi du curare.

A 2 h. 10 on fit la première injection de curare, contenant un tiers de grain (moins de 2 centigrammes); il n’v eut aucun signe appréciable; on donna la même dose à 3 h. 20, à 5 h. 15; à

6 heures, 1/2 grain; à 8 h. 45, 3/4 de grain; à 9 heures et à 10 heures, mêmes doses. En somme, à 1 1 heures, il avait absorbé par injection 3 grains 3/4, près de 20 centigrammes de curare ; le pouls était à 90, et la respiration variait de 40 à 60. On nourrissait le malade par des lavements de vin, de bouillon et d’eau; il n’y avait pas de signes notables de l’action du curare.

Le 11 septembre, on continua la médication, et à 6 h. 15 le malade, qui avait reçu en tout 6 grains et demi de curare, échappa à la surveillance de son gardien, parcourut les salles, sortit de l’hôpital et n’y rentra qu’après une résistance qui ne permettait pas de mettre en doute la conservation des forces musculaires.

A partir de ce moment le malade fut sujet à des accès de fureur, à des paroxysmes de dyspnée; cependant il ne chercha pas à mordre ; mais il luttait contre trois personnes avec une force musculaire étonnante. On multiplia les injections avec du curare provenant d’une source différente; on injecta à 7 heures un grain de curare; à 8 h. 15, 1 grain et demi; à 10 h. 15, 1 grain et demi et à 11 heures enfin, les accès se reproduisant tout aussi violents, on injecta 2 grains. Ce n’est qu’entre 11 heures et demie et minuit que le malade donna des signes d’affaiblissement musculaire. A minuit il sembla plus calme, put parler et même plaisanter avec l’infirmier. Enfin à une heure il devint très-faible, il tomba de sa chaise, demanda qu’on lui soutint la tête; les paroxysmes se reproduisaient à deux minutes d’intervalle; on injecta encore 2 grains de curare; mais, en'même temps que la faiblesse du pouls augmentait, les accès continuaient, et dans les convulsions les muscles se contractaient énergiquement. A 1 h. 30 les accès devinrent plus courts, moins forts, miàis plus fréquents, jusqu’à la mort, qui eut lieu quelques instants plus tard...

Les résultats de l’autopsie ne sont pas encore publiés, mais les centres nerveux ont été conservés pour un examen ultérieur. (The Boston medical and surç/ical Journal, november

7 and 14, 1878.)

BIBLIOGRAPHIE

Traité des maladies de la vessie et de i’aflcction

caieuieuse, par M. le docteur Henri Picard; 1 vol. in-8.

Paris, 1878, J. -B. Baillière et fils. Prix 10 fr.

Nous avons déjà donné à nos lecteurs l’analyse de deux ouvrages da docteur H. Picard : le premier, consacré aux maladies de la prostate, le second, aux maladies de l’urèthre; le Traité des maladies de la vessie, dont nous nous occupons aujourd’hui, forme, avec les deux livres précédents, une étude complète des maladies des voies urinaires.

Ainsi que l’indique son titre, le livre de M. Picard est divisé en deux parties : la première, consacrée aux affections propres de la vessie, la seconde à l’affection calculeuse proprement dite.

La première partie est divisée en quinze chapitres, dont le premier est consacré à l'anatomie et à la physiologie de la vessie. L’épithélium vésical et la question de l’absorption par la muqueuse vésicale y sont spécialement étudiés. Arrivant à la pathologie, l’auteur décrit l’exstropliie de la vessie et consacre de longues pages aux opérations pratiquées pour remédier à ce vice de conformation, donnant, avec raison, la préférence au procédé du professeur Le Fort, qui permet de fermer complètement la vessie, quoique celui de Wood soit applicable à un plus grand nombre de cas.

Les inflammations de la vessie font l’objet d’un chapilre très-intéressant et très-complet; puis vient l’étude des blessures et des ruptures de cet organe. Les corps étrangers de la vessie, si variés et si nombreux, et les instruments si ingénieux auxquels leur extraction a donné lieu, sont ensuite passés en revue et étudiés avec soin.

Les chapitres qui suivent sont consacrés aux fistules urinaires de la vessie chez l’homme et chez la femme : fistules hypogastriques, ombilicales, vésico-vaginales, vésico-utérines. Les différents modes de traitement auxquels elles donnent lieu : méthode française, ou de Jobert, méthode américaine, ou de Marion Sims, modifiée par Bozeman, sont l’objet d’une description complète et d’une appréciation exacte. Les cystocèles, les maladies diathésiques : tubercules et cancer, les varices, ont chacune leur chapitre. L’auteur arrive ensuite à l’étude de la rétention et de l’incontinence d’urine : rétention par défaut de contraction, rétention par obstacle ; incontinence de cause locale, incontinence de cause générale, essentielle ou nocturne. La première partie de l’ouvrage se termine sous la désignation de troubles généraux, par une description très-intéressante des phénomènes morbides, plus ou moins graves, auxquels donne lieu le défaut d’excrétion ou la résorption des matériaux de l’urine : fièvre, troubles gastro-intestinaux, plilegmasies diverses; puis paralysies urinaires dont le mode d’apparition diffère de celui des manifestations précédentes.

La seconde partie est consacrée, comme nous l’avons dit, à l’affection calculeuse que M. Picard définit ainsi : « Une maladie dans laquelle l’économie, en vertu d’une manière d’être innée ou acquise, produit ou abandonne, en plus forte proportion qu’à l’état normal, certains matériaux que l’urine entraîne et laisse déposer, sous forme de sable, de gravier ou de calculs, dans un point de son parcours du rein à l’extérieur. » Cette définition est, pour l’auteur, le point de départ de l’étude des matériaux des calculs qu’il décrit sous la dénomination de : pierre dans le rein et de pierre dans la vessie. A la pierre dans le rein se rattachent : la colique néphrétique, l’hématurie, la pyélite, l’hydronéphrose. D’après la nature des concrétions, la gravelle, cause de tous ces troubles, peut être divisée en gravelle acide, alcaline, indifférente. L’acide urique, l’acide oxalique, les phosphates, la cystine et la xanthine sont ainsi largement étudiés au triple point de vue de leur nature chimique, de leur morphologie et de leur

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formation dans l’organisme. Une fois formé dans le rein, un calcul peut s’y développer ou passer dans la vessie, exigeant l’une des deux opérations désignées sous le nom delithotritie et de taille. Ces deux opérations sont étudiées dans le livre de M. Picard, non-seulement dans tous les détails du manuel opératoire, mais l’historique en est aussi exposé d’une manière intéressante et étendue.

L’espace nous manque pour donner une analyse plus complète de ce livre qui se recommande aux praticiens et aux élèves par un grand nombre de qualités. L’exposition de chaque question est claire et méthodique, les détails superflus ont été évités, la bibliographie a été faite avec beaucoup de soin et d’exactitude. Des planches nombreuses, la plupart originales, permettent de comprendre très-rapidement les procédés opératoires parfois très- compliqués de la pathologie des voies urinaires. Partout on voit que l’auteur est sur un terrain qu’il connaît à fond. Nous avons cependant un petit reproche à formuler, c’est que, dans ce livre, la critique est parfois un peu timide. Il nous semble que l’enseignement et les travaux antérieurs de M. Picard lui donnent le droit de formuler avec plus d’autorité ses appréciations sur des questions qu’une étude de plusieurs années a dû lui rendre familières. Mais ce reproche n’enlève rien aux qualités fondamentales d’un livre qui mérite de prendre place dans la bibliothèque de tous les praticiens.

A. Ldtaud.

VARIÉTÉS

Banquet offert par le corps médical à M. Baliay

En offrant un banquet à M. Baliay, le corps médical parisien a voulu non-seulement fêter l’intrépide explorateur de l’Afrique centrale, mais encore, on le verra en lisant les divers toasts, offrir un juste tribut de gratitude et d’admiration à ces médecins de ta marine dont le courageux dévouement honore la France et la profession médicale. Cette fête de la médecine navale a d’ailleurs été pleine de cordialité et d’animation. Près de cent convives, médecins ou membres des Sociétés d’anthropologie et de géographie, s’étaient assis à la table que présidait M. le docteur Rochard, inspecteur général du corps de santé de la marine. Le premier toast, porté par M. Rochard à son jeune et vaillant camarade, a été souvent interrompu par les enthousiastes applaudissements de toute l’assistance acclamant l’orateur, qui savait exprimer en termes si élevés le noble dévouement de collègues dont il est le chef éminent et respecté. Nous reproduisons ses paroles, mais ceux-là seuls qui connaissent M. Rochard comprendront de quel accent et de quel geste il les a dites, faisant partager à tous ceux qui l’écoutaient l’émotion qu’il éprouvait lui-même.

Après lui, M. Baliay est venu lire un récit abrégé de son voyage d’exploration, racontant avec une touchante simplicité ce qu’il avait vu, ce qu’il avait fait, les sacrifices qu’il lui avait été nécessaire d’accomplir pour achever sa mission, les dangers qu’il avait courus, l’énergie dont ses compagnons et lui avaient dû faire preuve. Les périls, les souffrances, les maladies n’ont point ébranlé le courage de ce jeune et hardi voyageur non plus que celui de son digne compagnon, M. de Brazza, et c’est en annonçant son ferme désir de compléter, de terminer cette exploration du centre de l’Afrique, qu’il a remercié ses confrères parisiens et M. l’inspecteur général Rochard des marques unanimes de sympathie avec lesquelles il était accueilli.

M. le docteur Dechambre, en remerciant aussi M. Rochard d’avoir bien voulu présider cette fête et de l’avoir si bien présidée, a eu la bonne pensée d’associer aux témoignages de gratitude adressés à M. Baliay l’expression des vœux qui accompagneront dans sa mission en Russie M. le docteur

Zuber, agrégé du Val-de-Grâce. On a beaucoup applaudi les éloquentes paroles par lesquelles M. Dechambre rendait hommage au dévouement des médecins de la marine morts victimes de leur courage au Sénégal. Puis M. Maunoir, secrétaire général de la Société de géographie, a énuméré tous les titres acquis à la reconnaissance du pays par le corps de la médecine navale, en rappelant tous les services que ses membres avaient rendus aux sciences géographiques.

Enfin, après quelques paroles de M. Rochard, remerciant au nom de ses camarades absents tous ceux qui leur avaient rendu justice, M. G. Périn a pris l’engagement de soutenir à la Chambre des députés toutes les propositions qui auraient mur objet de récompenser les explorateurs ou de faciliter eurs expéditions. Nos confrères de la marine liront avec une joie et une fierté bien légitimes cet hommage qui leur a été publiquement rendu, et ceux qui ont assisté à cette belle soirée du 18 février 1879, en emporteront le meilleur souvenir.

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