‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 4 sur 249 · SUPÉRIEURE CHEZ UN MALADE ATTEINT D’ANÉVRYSME DE · texte numérisé non relu

SUPÉRIEURE CHEZ UN MALADE ATTEINT D’ANÉVRYSME DE

l’aorte, par M- le docteur Dujardin-Beaumetz, médecin

de l’hôpital Saint-Antoine.

Les troubles circulatoires de, .la veine cave supérieure produits par la présence d’une tumeur intra-thoracique ont été observés assez fréquemment, et il suffit de compulser les mémoires originaux, et en particulier celui de Oulmont, ainsi que les Bulletins de la Société anatomique et les recueils périodiques, pour rassembler un nombre suffisant d’observations.

Oulmont, Bailly, Follin, Reynaud, Barlh (1) ont signalé des cas d’oblitération plus ou moins complète de la veine cave supérieure par des tumeurs carcinomateuses intra-thoraciques ou par des anévrysmes de la crosse de l’aorte, montrant ainsi que, depuis l’époque où Hogdson écrivait qu’à sa connaissance on n’avait jamais observé l’oblitération complète de la veine cave supérieure, l’anatomie pathologique et la clinique avaient sur ce point grandement progressé. Mais, dans tous ces cas, les phénomènes compressifs s’étaient développés lentement et avaient atteint graduellement leur apogée. Ce qui est beaucoup plus rare et ce dont nous n’avons pas trouvé, malgré nos recherches, d’autre exemple dans la science, c’est l’arrêt brusque de la circulation de celte veine cave supérieure. C’est un fait de ce genre que je viens d’observer dans mon service, à l’hôpital Saint-Antoine, et qui mérite, je le crois, d’être signalé.

Voici d’abord la relation de cette observation, prise avec beaucoup de soin par mon interne, M. Stackler :

(I) Oulmont, Des oblitérations île la veine cave supérieure ( Mémoires de la Société médicale d'observation, l. III). — Follin, Oblitération de la veine cave et de ses branches par une tumeur anévrysmale ( Société anatomique, t. XXII, p. 365). — Ruynauii, Oblitération presque complète de la veine cave supérieure par suite de la présence d'un sac anévrysmal ( Journal hebdomadaire, t. II, p. 112).— Bailly, Oblitération de la veine cave supérieure par une tumeur squirrheuse (Bulletins de la Société anatomique, t. XXIX, p. 61).— Barth, Coagulation spontanée du sang de la veine cave supérieure chez une cancéreuse ( Bulletins de la Société anatomique, t. XXVIII, p. 4).

cannelées pour en augmenter la superficie ; à l’intérieur de ! celui du milieu se trouve un serpentin dans lequel circule la j vapeur. Ces cylindres communiquent entre eux et sont rem- | plis d’eau chauffée par la vapeur du serpentin.

Chacun de ces poêles contient environ 900 litres d’euu, maintenue à une température à peu près constante de 60 à 65 degrés ; il est entouré d’un double manchon en tôle formant à l’air deux conduits, dans l’un desquels il est en contact direct avec la surface des cylindres à ailettes sur laquelle il se charge de calorique, tandis que dans l’autre, placé entre le premier et l’extérieur, il conserve à peu de chose près sa température primitive.

Un registre placé sur le trajet de l’air avant son arrivée au poêle règle son admission dans l’appareil, de même qu’audessous de celui-ci se trouvent des vannes qui permettent, eu laissant passer plus ou moins d’air chaud et d’air froid, de régler la température des salles à tous les étages et d’une façon indépendante pour chacune d’elles.

Cet air pénètre dans les salles par trois orifices placés au centre des planchers, et surmontés, au moins dans certaines d’entre elles, de poêles en fonte qui permettent au malade de se chauffer à leur contact pendant la saison froide. Dans d’autres salles, au contraire, les bouches d’arrivée, placées au niveau du plancher, sont simplement recouvertes d’une grille.

La première disposition est préférable, et il est à regretter qu’on ne l’ait pas appliquée partout.

L’évacuation de l’air se fait par des bouches, naturellement plus nombreuses et plus petites que les bouches d’entrée, et placées sur les parois verticales de chaque pièce. Ces bouches sont au nombre de 16, huit de chaque côté,, par salle de 24 lits ; en réalité, il y en a seize à la partie supérieure de la pièce et autant à la partie inférieure, presque au niveau du plancher, les premières devant servir exclusivement pendant l’été, les secondes exclusivement pendant l’hiver.

Cette disposition est nécessitée par des raisons bien con-

10 Janvier 1819

Obs. — Galand (Philippe), âgé de quarante-trois ans, cocher de fiacre, est entré le 29 juillet 1878 dans la salle Saint-Lazare, n° 26. Bien portant jusqu’à une époque remontant environ à sept semaines. Syphilis dans sa jeunesse.

La maladie a débuté par une sensation de point de côté à droite sous la clavicule, mais surtout sur la partie antéro-latérale de la poitrine, dans les quatrième, cinquième, sixième espaces intercostaux; de temps en temps il y eul des crachats sanglants, au dire du malade. Tels sont les seuls phénomènes qui aient caractérisé celte première période. Le malade d’ailleurs, malgré son point de côté droit, continuait de vaquer à ses occupations habituelles.

Le 29 juillet. Cyanose subite et vive oppression. Le malade entre à l’hôpital. Il ne peut rapporter à aucune cause ce changement brusque de son état : ni émotion, ni traumatisme, ni effort, etc.

Le 30. Quoique la cyanose soit un peu moins accentuée que la veille, elle est encore considérable.

Voici l’aspect du malade : son corps est, au point de vue de sa coloration, partagé en deux : d’une part, le tronc, la tête, les membres supérieurs, en un mot toute la partie qui correspond au système cave supérieur est bleuâtre: d’autre part, l’abdomen et les membres inférieurs sont d’une couleur normale. Les parties cyanosées sont de plus tuméfiées, œdématiées, principalement la face et les membres supérieurs; les veines du cou sont gonflées. Sur la poitrine, on voit eu deux points une circulation veineuse qui se distingue du reste par les caractères suivants : dans les sixième, septième, huitième espaces intercostaux, du côté gauche, sont des varices capillaires très-apparentes, qui remontent évidemment à une date déjà ancienne, et qui nous démontrent que depuis longtemps la circulation veineuse est gônée. A droite, à la partie supérieure de l’abdomen, se dessinent des cordons veineux, variqueux, sous-cutanés, volumineux, qui indiquent que la veine cave inférieure supplée à l’insuffisance Je la veine cave supérieure.

Poitrine : Respiration fréquente; pas de râles, pas de matité à gauche ; mais à droite on trouve dans la région sous-épineuse et au-dessous une surface assez mate, limitée, au niveau de laquelle on perçoit très-bien un souffle très-intense, si intense qu’il gène l’auscultation de la respiration; c’est à peine si Ton entend en ce point le murmure respiratoire. En avant, nous trouvons à droite, sous la clavicule et jusque dans le quatrième espace intercostal, une matité analogue à la précédente ; dans ces mêmes points, le souffledéjà entendu; au contraire, plus bas, de la sonorité, qui nous indique que le poumon droit est refoulé en bas et qu’il abaisse ainsi le foie. Le souffle entendu est dur, systolique; on le retrouve, mais à peine marqué, à la pointe du cœur, très-net, au contraire, à la base, sur le trajet de raorte.

Les chiffres fournis par l’auscultation et la percussion sont les suivants : la pointe du cœur bat sous la cinquième côte, à 13 centimètres de la ligne médiane; le bord vertical du cœur est à 2 centimètres du sternum.

Aorte. Au deuxième espace intercostal droit : bruit de souffle systolique, rude, s’écartant du sternum de 4 centimètres; même bruit dans les premier, troisième, quatrième et même cinquième espaces intercostaux du côté droit.

Plusieurs médecins trouvent des battements et des mouvements d’expansion au niveau des deuxième, troisième, quatrième et cinquième espaces intercostaux droits.

Le 30 au soir. Le malade se plaint de douleurs dans les deux bras et avant-bras; ils sont très-tendus, volumineux, arrondis, douloureux spontanément et au toucher, J’une couleur légèrement bleuâtre, mais ne donnent pas au doigt qui les presse la sensation d’un godet.

Le 31. Nouvel accès de suffocation, pendant lequel la cyanose, qui avait diminué, a reparu dans toute son intensité du premier jour. (Ventouses sèches.) La voix est faible, enrouée. Dans l’intervalle des accès de suffocation, la respiration demeure gênée.

A la date du 3 août, nous trouvons le malade dans un état plus satisfaisant : la cyanose a beaucoup diminué ; cependant les deuxparties du corps se distinguent toujours par leur coloration ; seuls les lobules des oreilles sont aussi bleus que le premier jour. La circulation sous-cutanée abdominale est marquée par deux troncs veineux verticaux, parallèles. Les veines préparâtes sont saillantes; pas de pouls veineux dans les jugulaires, qui sont apparentes, mais non d’une manière exagérée, comme on pourrait s’y attendre s’il y avait communication entre la veine cave supérieure et l’aorte. Les bras et les avant-bras sont durs, mais d’une dureté spéciale, on dirait du sclérètne; ils sont encore plus douloureux que le lendemain de l’entrée; les veines superficielles y sont médiocrement marquées; on observe difficilement le pouls; par instant, on pourrait croire que le pouls de droite et celui de gauche sont inégaux. La température des membres supérieurs est abaissée : aisselle droite, 35°, 2; aisselle gauche, 34°, 6; rectum, 37 degrés.

Le 4 août. Nuit bonne (chloral). Respiration moins gênée. Température : aisselle droite, 35 degrés ; aisselle gauche, 34°, 6 ; rectum, 36°, 6.

Le 7. La cyanose a reparu; yeux injectés; suffocation. — Six sangsues derrière les oreilles; sirop de chloral.

Le 8. On fait une saignée de la jugulaire du côté droit. On perçoit ce matin, près de la colonne vertébrale, du côté droit, dans les onzième et douzième espaces intercostaux, un signe très-curieux : il s’agit d’un souffle continu, très-net, avec renforcement au moment de la systole cardiaque. Ce souffle n’est pas entendu du côté gauche de la colonne vertébrale; mais on le retrouve affaibli dans les neuvième et dixième espaces intercostaux du côté droit; dans le huitième espace on ne l’entend plus; nulle part ailleurs nous ne percevons ce double souffle.

Le 11. L’état du malade s’aggrave; l’oppression redouble ; à de rares intervalles, un peu de calme. Le système de la veine cave inférieur reste intact; pas le moindre œdème des membres inférieurs. Les signes indiqués du côté du système cave supérieur augmentent de plus en plus d’intensité (face bouffie, bleue, avec plaques rougeâtres; lobules refroidis; voix éteinte; yeux injectés, larmoyants). Dans le dos, la coloration, qui était restée à peu près normale, a pris la teinte générale du tronc; petits groupes de varices capillaires pareilles à celles de la région antérieure du thorax; mais ici comme en avant la coloration bleue s’arrête brusquement à la base du thorax ; c’est à peine si, à droite, on voit quelques veinules empiéter sur la région lombaire; çà et là, de petites hémorrhagies veineuses sous-cutanées.

Le 12. Le malade est somnolent; il répond à peine aux questions qu’on lui pose. L’œdème de tout le tronc a augmenté, surtout dans le dos, où il s’est montré en dernier lieu. On ausculte trèsdifficilement le malade. Quant au souffle continu, avec renforcc-

nues : l’air vicié par la respiration et la combustion est plus léger que l’air ordinaire en raison de sa température et de la vapeur d’eau qu’il contient ; or il est évident que la bouche de sortie doit être placée au niveau où l’air est le plus vicié. Malheureusement ce niveau est aussi celui où se rassemble l’air chaud en hiver, et, comme en cette saison la nécessité du chauffage est la plus pressante, on évacue l’air par les bouches inférieures pour conserver le calorique; mais c’est incontestablement aux dépens de sa pureté.

L’air est en fin de compte évacué par de grandes cheminées d’appel qui surmontent les bâtiments, au nombre de six, et à la partie supérieure desquelles sont installés des poêles à vapeur qui déterminent le tirage. Mais, pour arriver dans ces cheminées, c]est-à-dire avant d’être évacué, l’air à la sortie des salles suit un trajet un peu différent, suivant qu’il est évacué par les bouches d’été ou par les bouches d’hiver: dans le premier cas, il est conduit dans les cheminées d’évacuation par le chemin le plus court et le plus direct; dans le second

: cas, au contraire, il parcourt une galerie pratiquée dans l l’épaisseur des murs et dans toute la hauteur de la salle, j Tel est ce système, un peu compliqué, mais qui, je l’espère, ! aura été suffisamment compris dans ses dispositions esseni tielles. Tel qu’il est, on peut dire que s’il ne répond pasà toutes les exigences des hygiénistes, la faute n’en est ni aux ingénieurs ni aux constructeurs, cet appareil réalisant en définitive l’application des données les plus récentes et les plus complètes sur cette branche des sciences physiques.

Reprenons cependant chacune des parties de ce vaste ensemble, et recherchons en quoi elle peut prêter le flanc à la critique; mais auparavant insistons en passant sur ces dépenses énormes (I) faites pour ventiler un hôpital dans un pays tempéré comme le nôtre, alors que la ventilation se fait si . économiquement et si efficacement, tout simplement en ouvrant les fenêtres, à la condition de faire des pavillons isolés et suffisamment séparés par des jardins.

(I) 5 à 000 000 francs.

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ment systolique, on ne l’entend plus. D’ailleurs le souffle systolique, si nettement perçu dans les premiers temps à la partie antérieure du thorax, a considérablement diminué d’intensité.

Mort à deux heures de l’après-midi.

Comme on le voit, il s’agit d’un cocher de quarante-trois ans qui, au milieu d’une bonne santé habituelle, est pris subitement, le 29 juillet, de tous les symptômes qui caractérisent l’arrêt de la circulation dans la veine cave supérieure. C’est à peine si cet homme avait éprouvé, il y a sept semaines, quelques douleurs dans le côté droit de la poitrine, au niveau des cinquième et sixième espaces intercostaux; mais ces symptômes étaient si peu accusés que, jusqu’au moment de l’accident brusque qui l’amène à l’hôpital, cet homme n’avait cessé un seul jour de vaquer à ses occupations.

Lorsque nous avons examiné ce malade pour la première fois, les phénomènes extérieurs étaient tellement caractérisés qu’il suffisait de jeter un coup d’œil sur lui pour juger la première partie du diagnostic, c’est-à-dire pour apprécier la perturbation apportée à la circulation de la veine cave supérieure. Cet homme offrait, en effet, tous les signes classiques qui ont été donnés comme appartenant à la compression de la veine cave supérieure.

Coloration violacée de la partie sus-ombilicale du tronc, œdème dur et douloureux de toute cetle région, gonflement considérable des veines jugulaires, bouffissure de la face, tous ces signes paraissaient d’autant plus accusés que la partie sous-ombilicale du corps était parfaitement saine, n’était cependant la présence sur la partie inférieure de l’abdomen des varices ayant pour siège les veines sous-cutanées abdominales.

A quoi fallait-il attribuer cetle compression? Notre examen devait immédiatement se porter sur le thorax, et, il faut le dire, c’est lui qui nous a fourni la clef d’une partie du problème que nous avions à résoudre. En effet, on trouvait tous les signes qui caractérisent la présence d’un anévrysme de l’aorte: Bruit de souffle au premier temps dans le deuxième espace intercostal droit et s’étendant dans les espaces intercostaux voisins, battements et mouvements d’expansion en ce point, matité à la percussion ; tous ces symptômes nous permettaient d'affirmer l’existence d’un anévrysme de l’aorte dans sa portion ascendante.

Mais il nous restait à expliquer comment était survenu l’arrêt brusque de la circulation de la veine cave supérieure. Déjà l’examen attentif des phénomènes extérieurs que présentait ,ce malade nous avait permis d’établir deux phases dans ! sa maladie ; en effet, en dehors de la cyanose si complète j que nous observions chez notre malade, on pouvait constater i dans la région dorsale et sur la partie latérale du thorax des paquets variqueux très-abondants et qui devaient exister bien longtemps avant l’apparition de la cyanose et de I

l’œdème. On pouvait donc affirmer que cet homme, porteur depuis longtemps d’un anévrysme de la crosse de 1 aorte qui n’avait manifesté sa présence, dans ces dernières semaines, que par quelques douleurs de névralgie intercostale, oflrait depuis longtemps les symptômes de la compression ae la veine cave supérieure, et que c’est au milieu de ces circonstances que s’est produit l’arrêt brusque de la circulation.

A cet égard, deux opinions furent émises par mes collègues de l’hôpital Saint-Antoine, qui voulurent bien examiner avec moi ce malade. Les uns voulurent expliquer cet arrêt brusque par l’ouverture de la poche anévrysmale dans la veine cave supérieure; les autres, et je fus de ce nombre, pensèrent, au contraire, qu’une coagulation active s’était produite dans la veine cave supérieure comprimée par l’anévrysme, et que c’était au caillot ainsi formé que l’on devait 1 apparition subite des accidents observés. Cette hypothèse de la phlébite n’était pas chose nouvelle, et dans les faits relates par Uulmont, ce médecin n’hésite pas un seul instant à admettre, dans certains cas, une véritable phlébite circonscrite. (Juoi qu’il en soit, après avoir vécu douze jours, notre malade succombait le 11 août, après avoir vu les symptômes de compression s’aggraver chaque jour. Voici la relation des lésions que nous avons trouvées à l’autopsie :

Autopsie. — La paroi thoracique enlevée, on aperçoit une tumeur du volume du poing, siégeant au-dessus et a droite (lu cœur, le refoulant à gauche et en bas, enveloppée en grande -partie dans le péricarde, considérablement épaissi, faisant compte lem e corps avec elle. Cette tumeur se dirige de haut en bas de droite à gauche, et surmonte l’oreillette droite, qu elle efface totalement. La veine cave supérieure est en arrière d’elle, refoulee vers la droite du thorax, complètement accolée à la poche. Le P°um°n droit s’avance sur la tumeur sous forme d’une très-mince lamene, jusque dans les troisième et quatrième espaces intercostaux, comprimant contre elle le nerf phrénique, déjeté à droite. A gauche, l’aorte ascendante apparaît intacte dans toute sa paroi gauene, c’est aux dépens de ses parois antérieure, latérale droite et postérieure que s’est formée la poche. En haut, se voient les deux troncs veineux brachio-céphaliques; le droit a une position a peu près normale, mais le gauche fait un coude très-prononce, dejete qu il est du côté droit, à son origine, et forcé de regagner brusquement le côté gauche pour aller former les veines jugulaire et sous-clavière. En arrière des troncs veineux s’aperçoivent les gros troncs artériels, qui semblent naître de la poche elle-même.

Cœur. — Le cœur est à peine hypertrophié ; son grand axe est presque complètement transversal, la tumeur refoulant verticalement la base de l’organe. Poids : environ 280 grammes.

Oreillette droite. — L’oreillette droite a pour ainsi dire disparu, tant elle est comprimée et effacée ; ses parois sont accolées, amincies, flasques; sa cavité mesure environ la largeur du petit doigt. La partie supérieure de l’oreillette fait corps avec la paroi de la tumeur ; il est impossible de l’en séparer ; il en est de même de l’nrtAre nulmonaire. au noint où celle-ci passe derrière l’aorte .

L’air, ai-je dit, avant de pénétrer dans les galeries, et de là dans les salles, passe à travers des tiroirs garnis de colon. Cette disposition, quoiqu’on en ait dit, et en admettant que le coton soit régulièrement renouvelé, ne peut évidemment avoir d’autre but, et n’a dans tous les cas pas d’autre résultat que de débarrasser cet air dès impuretés les plus grossières qui sont entraînées par la violence du courant déterminé par les ventilateurs. On ne saurait en effet avoir la prétention d’envoyer dans les salles un air parfaitement pur et débarrassé de tous corps étrangers, alors qu’on laisse l’air extérieur pénétrer largement et librement par les portes et les fenêtres. Celles-ci même fussent-elles hermétiquement closes, cet air aurait encore largement le temps de se charger de poussières et de germes de toute espèce dans son parcours à travers les galeries et sur les poêles à eau. Il faudrait au moins que ces tiroirs garnis de coton fussent placés sur le trajet de l’air au moment même de sa pénétration dans la salle.

Le système des poêles à eau chauffée par la vapeur offre de

grands avantages, les uns économiques, les autres hygiéniques. L’avantage que l’on trouve à chauffer l’eau des poêles à la vapeur vient de la facilité avec laquelle on peut, sans perte notable, la transporter à de grandes distances; la vapeur est de plus le meilleur véhicule connu de la chaleur, en raison de la grande quantité de chaleur latente qu’elle renferme.

L’avantage des poêles à eau réside surtout dans la grande stabilité de la température, une masse d’eau de 900 litres n’étant jamais susceptible de se refroidir brusquement.

Un inconvénient à la vérité bien difficile, sinon même impossible à éviter, résulte du système des vannes destinées à régler la quantité d’air chaud et d’air froid à introduire dans la salle pour y maintenir la température à 18 degrés, et de la surveillance perpétuelle qui sera nécessaire pour faire varier ces proportions avec les variations de la température extérieure. De plus, il est à craindre que l’air, en s’échauffant au contact du poêle en fonte, ne s’y dépouille en même temps

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L’orifice auriculo-ventriculaire droit mesure environ 13 centimètres.

Veine cave supérieure. — La veine cave supérieure a une longueur de 6 centimètres, 2 centimètres de circonférence; son tissu est d’uue minceur extrême ; elle fait complètement partie de la paroi droite de la tumeur par ses côtés postérieur et gauche ; ses parties droite et antérieure restent libres; elles sont aplaties contre les précédentes, et il est très-difficile de passer une sonde, même assez fine, dans le canal de la veine sans la rompre, tant ses tuniques sont fragiles. S’il passait encore du sang par cette veine, il devait en passer bien peu, autrement nous ne pourrions concevoir que ce vaisseau resté intact ne soit pas complètement déchiré.

Veine azygos. — La veine azygos a 2 centimètres de circonférence à sa partie supérieure ; il est évident qu’elle remplace la veine cave supérieure; elle semble du reste se continuer immédiatement ^vec les troncs hrachio-céphaliques, à en juger par la direction de ces troncs et par les modifications que subit leur calibre à mesure qu’ils su rapprochent de l’azygos; ses dimensions sont d’ailleurs celles de la veine cave; mais, à mesure qu’on envisage la veine azygos sur un point plus inférieur de son trajet, on la trouve plus rétrécie ; au niveau de la onzième vertèbre dorsale, elle est diminuée d’environ un quart de son calibre; là elle se divise en plusieurs branches d’assez petit diamètre, qui dépendent des veines lombaires, et ainsi la veine azygos rejoint la veine cave inférieure ; il n’existe point de communication immédiate entre ces deux veines. A peu près à 4 ou 5 centimètres du coude que fait la veine azygos au-dessus de la hanche droite, commence un caillot qui remplit le canal de cette veine dans une longueur de 5 à 6 centimètres; il est rouge jaunâtre et d’une consistance assez molle, se détache facilement; les parois de la veine ne semblent pas altérées.

Tumeur. — La tumeur n’a pas de collet bien accentué ; cependant, à son extrémité supérieure, près de la partie de l’aorte demeurée intacte, est un bourrelet assez net et résistant sous le doigt ; elle se dirige vers la clavicule droite ; c’est vers ce point qu’elle tendait à se développer. Elle 'mesure dans ses trois diamètres principaux environ 10 à 11 centimètres; elle commence immédiatement au-dessus des valvules sigmoïdes, occupe toute la portion ascendante de l’aorte et empiète sur sa portion' transversale. Elle s’est développée aux dépens des ■parois antérieure, droite et postérieure de l’aorte (celte dernière en partie seulement). Le tronc brachio-céphalique et la carotide primitive gauche naissent de la tumeur. Elle contient de gros caillots rouges mous; ses parois sont tapissées d’une substance assez molle d’un rouge jaunâtre, mêlée aux débris des tuniques de l’aorte dégénérées. A l’extérieur, un tissu épais, dur, blanchâtre l’enveloppe de toutes parts et se continue avec le péricarde.

Aorte. — Dans l’aorte, nous trouvons près de la tumeur des plaques d’endoartérite plus ou moins avancées; on n’en rencontre plus à partir de la deuxième moitié de l’aorte thoracique.

Viscères. — Foie, 2 kilogrammes et demi, congestionné; reins, de même; rate, 400 grammes.

Cerveau : méninges intactes ; veines saillantes, volumineuses ; larges taches sanguines à la partie postérieure seulement; ni épanchement, ni hémorrhagies. .

Poumons fortement congestionnés; œdème ; bronchite ; emphysème.

Cette autopsie donnait raison, en grande partie, à notre diagnostic; elle nous montrait la présence d’un anévrysme à l’origine de l’aorte, et dans la paroi postérieure de cet anévrysme se trouvait la veine cave, fortement comprimée par la poche sanguine; mais le caillot n’existait pas en ce point, et c’est dans la veine azygos considérablement dilatée, puisque son volume égalait celui du tronc brachio-céphalique veineux, que nous avons trouvé le caillot oblitérant.

On comprend facilement que le résultat ait été ici le même que si le caillot eût siégé dans la veine cave supérieure, puisque c’était grâce à cette vaste circulation supplémentaire que cet homme pouvait vivre sans éprouver de troubles trèsappréciables. Une fois cette voie de dérivation bouchée, il devait en résulter immédiatement l’apparition brusque des troubles veineux respiratoires. Comment s’est formé ce caillot? A-t-il d’abord complètement oblitéré le vaisseau ou s’est-il développé lentement? Ce sont là des points que je ne puis résoudre; mais je suis cependant porté à admettre que, d’abord peu considérable, ce caillot qui, par sa présence, modifiait d’une façon si grave la circulation veineuse delà partie supérieure du tronc, a augmenté peu à peu et a produit une oblitération complète de la lumière du vaisseau, et je me fonde sur la marche de la maladie, qui s’est aggravée graduellement depuis l’apparition brusque des accidents jusqu’à la mort de notre malade.

Je veux en terminant appeler l’attention sur deux points intéressants de cette observation. C’est d’abord la différence de température que le malade présentait dans l’aisselle droite et dans l’aisselle gauche. Cette température, prise avec grand soin et à plusieurs reprises, nous a toujours fourni une différence d’un degré entre le côté droit et le côté gauche. A droite nous trouvions 35°, 6 et à gauche 34 degrés.

Depuis que le professeur Peter a appelé l’attention sur les températures locales et les modifications qu’elles subissent, il est important de signaler cette différence de température, que je n’ai d’ailleurs trouvée reproduite dans aucune autre observation de compression de la veine cave supérieure, et dont je ne puis d’ailleurs donner l’explication.

L’autre fait est beaucoup plus important; il porte sur un phénomène d’auscultation très-curieux que présentait ce malade.

Notre excellent collègue le docteur Mesnet, en examinant cet homme, avait constaté le premier qu’il existait le long de la colonne vertébrale, et surtout du côté droit, au niveau des onzième et douzième espaces intercostaux, un bruit de souffle continu avec redoublement et présentant une grande intensité. Ce bruit de souffle n’avait rien de comparable à celui que l’on observait du côté de l’aorte ; ce dernier était rude, râpeux, et ne se produisait qu’au premier temps, tandis que le bruit de soufle dorsal était doux et con-

de son humidité, et n’arrive dans la salle à un état hygrométrique insuffisant et gênant pour les malades. En réalité, c’est là une critique que j’enregistre pour l’avoir entendu faire, mais bien plutôt pour y répondre, cet inconvénient ne se produisant que lorsque l’air arrive au contact de la fonte chauffée au rouge, ce qui ne pourra jamais se produire avec le système des poêles à eau chaude.

Il nous paraît encore évident, quel que soit le trajet théoriuement prêté à l’air entre le moment de son entrée et celui e sa sortie, que les angles des salles sont absolument soustraits à son influence ; il eût fallu, pour éviter cet inconvénient grave, construire les salles sur un type qui n’est pas en usage habituel dans l’architecture, le type ovalaire par exemple.

Enfin, nous nous demandons pourquoi on a appliqué sur les bouches d’évacuation un grillage qui doit évidemment gêner le passage de l’air; si c’est pour empêcher les malades de les boucher, la raison est mauvaise, car une surveillance un peu active eût suffi à empêcher cet abus.

On a du reste tenu compte, dans la construction, de cette diminution des orifices. En effet, les bouches d’évacuation ont en réalité 25 centimètres de côté, soit 0,Ilk,0625 de section qui, réduite environ d’un tiers par le fait du grillage, égale sensiblement 0mlt,04; la vitesse d’écoulement de l’air étant de lo,,05 par seconde, la quantité d’air écoulé est de 0,04 X 1 ,05 = 0,6720 par seconde ; en multipliant ce chiffre par 3600, nous avons la quantité d’air débitée en une heure ; cette quantité est de 2419 mètres cubes, soit en chiffres ronds 2400 mètres cubes par salle de 24 lits, ce qui fait 100 mètres cubes par heure et par malade. C’est 40 mètres de plus qu’à l’hôpital Lariboisière.

Malgré ce chiffre élevé, je crois qu’il eût été préférable de ne pas placer ces grillages ; le débit d’air eût été plus considérable et la vitesse d’évacuation moindre, ce qui eût été un double avantage; car il est à craindre que pendant l’hiver on n’arrive qu'à grand’peine et à grands frais à maintenir la température à 18 degrés.

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linu; vers les derniers jours de la maladie ce bruit de souffle disparut, et nous ne pûmes donner l’explication ni de sa présence ni de sa disparition.

L’aulopsie, en nous révélant la présence d’un caillot dans la veine azygos considérablement développée, nous a permis d’émettre une hypothèse à l’égard de ce bruit de souffle, et j’ai pensé qu’il résultait de la circulation considérable qui se faisait dans la veine azygos et des modifications que le caillot avait apportées à cette circulation. Je rapprocherai ainsi ce bruit de souffle de ceux que Sappey a signalés dans les cas de cirrhose au niveau du ligament suspenseur du foie ; mais, je le répète, ce n’est là qu’une hypothèse, et il faut tenir grand compte dans ce cas, comme ra fait très-judicieusement remarquer Rendu, de la possibilité de la transmission des bruits de l’anévrysme le long de la colonne vertébrale.

CORRESPONDANCE

AU COMITÉ DE RÉDACTION DE LA GAZETTE HEBDOMADAIRE

Sur la rupture artificielle des os par la percussion, au moyen du ciseau et du maillet, sur la convexité de la courbure produite par le seul effort des malus, ou sur le côté opposé au sens de l’effort manuel.

On s’occupe beaucoup, en ce moment, de la fracture ou de la division artificielle des os pour corriger les déviations du squelette ou redonner aux membres une longueur égale. Les ostéoclastes ne produisent leur action qu’en contusionnant plus ou moins gravement les parties molles ; le ciseau et la scie, comme on les emploie, causent des désordres assez considérables parfois. Nous avons fait des expériences, à l’amphithéâtre, pour répéter les procédés connus. Puis nous avons songé à modifier le procédé du ciseau, qui nous a semblé mériter d’être plus étudié que les autres, parce qu’il est plus simple, ne réclamant pas le concours d’un instrument spécial.

Voici ce que nous avons fait :

Plaçant sur le bord de la table d’amphithéâtre la partie du membre correspondant au point où l’on veut rompre le squelette, on fait saisir, à pleine main, le membre, à une certaine distance au-dessus et au-dessous de ce point. Le chirurgien sé place en face de l’aide, de l’autre côté du membre, et fait Une incision longitudinale sur la peau, au niveau du point où il veut rompre l’os. Cette incision de la peau n’est' pas nécessaire pour le tibia : il suffit, à la jambe, d’appliquer le tranchant du ciseau directement sur la peau, à la faceantérointerne du tibia. Introduisant un ciseau à froid (je me suis servi du modèle qui se trouve dans les boîtes à autopsie) par

Malgré ces critiques, en somme d’assez peu d’importance, il est permis de dire, je le répète, que la ventilation — à la condition toutefois que le système fonctionne régulièrement et comme il le doit — assure aux malades de l’Hôtel-Dieu tout le bénéfice qu’ils sont en droit d’attendre de ce côté de l’hygiène. S’ils ne s’en portent pas mieux, si les chirurgiens continuent à se plaindre des mauvais résultats de leurs opérations, à constater des accidents que de bonnes conditions hygiéniques devraient pouvoir prévenir, nous pensons qu’ils auraient tort d’en rendre responsable la ventilation. Gela prouve tout simplement que celle-ci est impuissante à lutter contre les mauvaises conditions au milieu dequelles se trouve établi cet hôpital, et contre lesquelles, avant même sa construction, avait, avec raison, protesté le corps médical tout entier. Comment a-t-on pu construire de nos jours un hôpital en pierre, au centre même de Paris, sur le point le plus anciennement habité et par suite le plus infecté de la capitale ; entre les deux bras de la Seine, dont les eaux charrient de

cette boutonnière, on enfonce cet instrument jusqu’à l’os, en choisissant un interstice musculaire, variant naturellement suivant la région. (Nous donnerons plus tard des détails.)

Lorsque le tranchant est au contact de l’os, on serre à pleine main le manche du ciseau, qu’on maintient bien solidement appliqué en travers; puis, commandant à J’aide d’entrer en fonction, c’est-à-dire d’appuyer des deux mains sur le membre, de haut en bas, en’ utilisant au besoin le poids de son corps (comme si l’aide voulait casser l’os), l’opérateur donne un coup de marteau sur la tête du ciseau et l’os se rompt au point percuté. Un coup sec, bien administré, suffit même pour le fémur.

J’ai pu, de cette façon, casser le fémur d’un adulte, à 5 ou 6 centimètres au-dessus des condyles. Sur les quatre membres, j’ai toujours obtenu des fractures obliques nettes et le ciseau n’avait entamé que de 1 à2 millimètres à peine les couches superficielles du cylindre osseux. On comprend qu’il n’y eut pas d’attrition ni de contusion des parties molles. La boutonnière entamée et le passage du ciseau au travers des interstices des muscles pouvant se faire sous le nuage phéniqué, la plaie étant soignée avec toutes les précautions antiseptiques et le membre étant immobilisé immédiatement avec tous les soins que l’on prend aujourd’hui pour les fractures accompagnées de plaie extérieure, on n’a pas à redouter de complications inflammatoires sérieuses dans ce procédé. L’expérience clinique le démontrera, nous l’espérons avec confiance.

Nous nous bornerons à cette courte note pour l’instant, nous réservant de présenter une communication plus explicite lorsque nous aurons complété nos expériences, commencées au mois de décembre dernier. Nous croyons que le même principe de mécanique, appliqué à la confection des ostéoclastes, rendrait l’action de ces instruments plus efficace et plus innocente. Mais nous, espérons qu’on pourra se passer de ces appareils en suivant le procédé que nous venons d’exposer.

E. Vincent,

Professour agrégé à la Faculté de médecine de Lyon.

Lyon, 2 janvier 4879.

SOCIÉTÉS SAVANTES

Academie des sciences.

SÉANCE DD 30 DÉCEMBRE 1878. —PRÉSIDENCE DE M. FIZEAÜ. Des fermentations. — Réponse a M. Berthelot, par M .Pasteur. — M. Pasteur répond très-longuement à son contradicteur. L’espace nous manque pour reproduire cette réponse, dont voici les passages essentiels

temps immémorial des immondices sans nombre; à côté d’une grande caserne, voisinage qui n’a jamais passé pour être très-sain, et d’une église dont les cloches assourdissent les malades et dont la masse leur enlève un volume d’air énorme?

On fait à l’Hôtel-Dieu de grands et magnifiques laboratoires; on a raison. C’est un juste et légitime hommage rendu aux sciences anatomiques et physiologiques, auxquelles, depuis Bichat et Cl. Bernard, les sciences médicales doivent de si grands et si rapides progrès. On ne ferajamais à l’Hôtel- Dieu ces laboratoires trop grands; moins il y aura dans cet hôpital de place pour les malades et mieux, croyons-nous, cela vaudra... pour eux.

Dr Du Cazal.

10 Janvier 1870

« Notre confrère est l’auteur de trois hypothèses concernant l’existence possible d’un ferment alcoolique soluble dans la fermentation alcoolique proprement dite; les voici : 1° Dans la fermentation alcoolique il se produit peut-être un ferment alcoolique soluble ; 2° Ce ferment soluble se consomme peut-être au fur et à mesure de sa production; 3° Il y a peut-être des conditions dans lesquelles ce ferment hypothétique se produirait eu dose plus considérable que la quantité détruite.

» Ces hypothèses de M. Berthelot sont absolument gratuites ; jamais, à ma connaissance, notre confrère ne s’est donné la peine de les présenter avec honneur au public, c’est-à-dire en les accompagnant d’observations et d’expériences personnelles...

» Claude Bernard a fait, lui aussi, des hypothèses sur l’existence d’un ferment alcoolique soluble : elles remplissent son écrit posthume; mais, à la différence de M. Berthelot, Cl. Bernard a institué des expériences nombreuses pour vérifier l’exactitude de ses vues. J’ai donc pu prendre corps à corps les expériences de Cl. Bernard et démontrer qu’il s’était trompé...

» M. Berthelot me somme, en quelque sorte, de faire connaître la physiologie des êtres que j’ai appelés anaérobies. Ce serait merveilleux vraiment que de la posséder, et M. Berthelot sait très-bien que je n’ai jamais eu cette prétention. Connaît-on l’équation de la nutrition des êtres aérobies grands ou petits? Et depuis quand, demanderai-je à notre confrère, un progrès acquis peut-il être compromis par un progrès qui ne l’est pas encore? Le progrès acquis, le progrès que je revendique, le progrès considérable à mes yeux, dans l’histoire de la fermentation, c’est d’avoir prouvé qu’il existe des êtres anaérobies, des êtres vivant sans air, et que ces êtres sont des ferments ; c’est d’avoir prouvé que les fermentations proprement dites sont corrélatives d’actes de nutrition, d’assimilation et de génération accomplis en dehors de toute participation du gaz oxygène libre. N’est-il pas évident que, dans ces conditions, tous les matériaux qui composent le corps de ces êtres sont empruntés à des combinaisonsoxvgénées?L’être aérobie fait la chaleur dont il a besoin par les" combustions résultant de l’absorption du gaz oxygène libre; l’être anaérobie fait la chaleur dont il a besoin en décomposant une matière fermentescible qui est de l’ordre des substances explosibles, susceptibles de dégager de la chaleur par leur décomposition. A l’état libre, l’être anaérobie est souvent si avide d’oxygène, que le simple contact de l’air le brûle et le détruit, et c’est dans cette affinité pour l’oxygène, j’imagine, que réside le premier principe d’action de l’organisme microscopique sur la matière fermentescible...

» C’est toujours une énigme pour moi que l’on puisse croire que je serais gêné /par la découverte de ferments solubles dans les fermentations proprement dites ou par la formation de l’alcool à l’aide du sucre, indépendamment des cellules. Je ne vois pas que la présence de ces substances solubles, si elle était constatée, puisse rien changer aux conclusions de mes travaux, et moins encore si de l’alcool prenait naissance dans une action d’électrolyse. On est d’accord avec moi lorsqu’on accepte : 1° que les fermentations proprement dites ont pour condition absolue la présence d’organismes microscopiques; 2° que ces organismes ne sont pas d’origine spontanée; 3° que ja vie de tout organisme qui peut s’accomplir en dehors de l’oxygène libre est soudainement concomitante avec des actes de fermentation, qu’il en est ainsi de toute cellule qui continue de produire des actions chimiques hors du contact de l’oxygène. M. Berthelot peut-il, oui ou non, contredire l’un ou l’autre de ces trois points, non par des vues à priori, mais par des faits sérieux.? Si oui, que notre confrère veuille bien le dire ; si non, il n’y a pas d’objet de discussion entre nous. j>

M. Trécul. Dans la communication que vient de faire

notre confrère M. Pasteur, il revient à son ancienne opinion selon laquelle les êtres inférieurs furent divisés en aérobies ou azy iniques et anaérobies ou zymiques , puisqu’il nous dit que les levures [sont toutes des anaérobies. .Te croyais qu’il avait renoncé à cette classification.

M. Pasteur dit que les souvenirs de M. Trécul le trompent.

Choléra (nature du). — M. Arnoldi adresse un mémoire sur la nature de l’épidémie cholérique. (Renvoi à la commission du legs Bréant.)

Sun l’innocuité du uorax employé dans la conservation des viandes. Note de M. E. de Cyon. A propos des observations qui ont été faites sur ses recherches concernant l’action physiologique du borax, l'auteur fait remarquer que, dans le procédé Jourdes, qu’il a employé, on ne trempe pas la viande dans une solution saline. On en saupoudre trèslégèrement la surface avec du borax chimiquement pur (de là2 grammes par kilogramme de viande). La viande reste absolument dans son état normal, et les expériences de l’auteur ont montré qu’elle garde toute sa valeur nutritive. Il ajoute que, bien avant ses expériences, le savant professeur de physiologie de Copenhague, M. Panum, avait mis en évidence la complète innocuité du borax et de l’acide borique employés pour conserver les viandes.

Recherches sur l’action physiologique du maté. Note dp M. L. Couty. — Dans ses expériences, l’auteur a poussé en une ou plusieurs fois, par une sonde œsophagienne, dans l’estomac d’un chien, de l’injection très-concentrée de maté, en quantités variant de 100 à 400 centimètres cubes.

I On observe, dans ces conditions, vingt à soixante minutes après l’injection stomacale, une série de selles d’abord solides, puis liquides, mais plus ou moins abondantes. Chez certains animaux même, tout se borne à des efforts de défécation, à des épreintes sans expulsion de matières; chez d’autres au contraire, surtout si l’on a fait des injections multiples, après une heure et demie ou deux heures, les selles diarrhéiques contiennent déjà des matières résineuses brun verdâtre, résidus du maté poussé dans la première injection. 11 y a donc une excitation très-vive des mouvements de l’appareil inteslinal, et cependant le gros et le petit intestin; si on les examine directement, paraissent peu volumineux, presque immobiles et comme contracturés ; congestionnés dans toutes leurs tuniques, sur toute leur longueur, même dans les points que l’infusion de maté u’a pas encore atteints, ils ne présentent cependant ni cette infiltration de leur muqueuse avec rougeur vive, ni celte augmentation des liquides de sécrétion, qui caractérisent l’action des purgatifs.

L’animal a, dans les intervalles de défécation, de fréquents efforts de miction; maisla quantité d’urine rendue, quoique probablement augmentée, peut être fort variable. La vessie est congestionnée comme les intestins, comme le foie et les reins ; la rate est, au contraire, peu volumineuse.

Le pénis s’érige et se tuméfie; mais ce phénomène est quelquefois à peine appréciable.

11 y a une accélération considérable des contractipns du cœur, dont le nombre peut être presque doublé ; enfin, la pression du sang dans les arteres diminue et s’abaisse, plus ou moins suivant la quantité de liquide absorbée.

Au contraire, d’autres organes du système sympathique paraissent rester complètement intacts. Pas de vomissements; la pupille n’est nullement modifiée ; quoique le cœur soit accéléré, son nerf modérateur, le pneumogastrique, conserve toute son excitabilité; la sécrétion de la bile, celle de la salive sous-maxiliairc n’ont été ni augmentées ni diminuées.

Enfin, toutes les fonctions de l’encéphale et de la moelle semblent rester normales ; pas de modification nette et constante de la respiration;, pas de trouble directement appréciable des mouvements ou de la sensibilité; et l’excitation d’un nerf, du sciatique par exemple, conserve tous ses effets, soit directs, soit réflexes, sur les muscles lisses ou striés.

Le maté semble donc localiser son influence sur les appareils de la vie organique, et plus spécialement sur des organes qui sont relativement très-indépendants des centres nerveux

10 Janvier 1879

et surtout de l’encéphale : tels les intestins, la vessie, les nerfs accélérateurs du cœur... Au contraire, le maté ne paraît agir ni sur les centres nerveux, ni sur les appareils nerveux de la vie organique, qui, comme ceux de la pupille, de l'estomac, de la glande sous-maxillaire, et comme les nerfs modérateurs du cœur, sont en rapport direct et intime avec l’encéphale.

Venin des serpents. Note de M. Lacerda. — On croit en général, jusqu’à présent, que la matière venimeuse sécrétée par eerlaines espèces de serpents n’est autre chose qu’une salivé toxique, agissant à la manière des ferments solubles. L’auteur a observé des faits qui prouveraient, au contraire, que cette matière contient des ferments figurés dont les analogies avec les bactéries paraissent remarquables.

Les spores du venin ont deux modes principaux de multiplication : par scission et par noyaux intérieurs.

L’auteur dit avoir reconnu 'aussi, par de nombreuses expériences, que l’alcool injecté sous la peau ou ingéré par la bouche était le vrai antidote de ce ferment.

Anomalies dentaires. — M. Pietkiewicz adresse une note sur la valeur et l’emploi thérapeutiques de certaines anomalies du système dentaire.

Académie de médecine.

M . Lcgouesl présente: 1” Au nom de M. le docteur de Valcourt, médecin aidoliisloira médicale, son endémie, épidémie de fièvre rémittente typhoïde du 22» régiment

du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.

M. Larrey présonto, au nom de la Commission centrale de gymnastique, un volume intitulé : Enseignement de la gymnastique dans l'Université.

Allocutions. — Avant de quitter le fauteuil de la présidence M. Baillarger présente le compte rendu des travaux de l'Académie pendant l’année 1878 et termine son discours par quelques paroles très-heureuses de remerciements.

En prenant possession du fauteuil, M. Richet prononce une allocution très-applaudie dans laquelle il remercie ses collègues de l’avoir appelé à l’honneur de la présidence.

Sur sa proposition, l’Académie vote des remerciements au président sortant, M. Baillarger, et aux deux membres qui quittent le conseil, MM. Noël Gueneau de Mussy et Bloi. M. H. Roger prend place comme vice-président, et M. Bergeron comme secrétaire annuel.

Fibro-myome utérin. — M. Mordret présente une tumeur trouvée sur l’utérus d’une fille de soixante-dix-huit ans, morte le 1er janvier. Cette tumeur est ovoïde, presque de la grosseur d’une tête de fœtusàterme.C’estprobablementun fibro-myome qui s’est développé dans le corps de l’utérus. Le col est resté sain ainsi que les annexes, ovaires, trompes, oviedutes, ligaments.

La présence de cette tumeur ne s'est accusée pendant la vie par aucun symptôme morbide.

L’extérieur de cette tumeur est une coque osseuse complète, très-homogène, qui a de2 à 4 millimètres d’épaisseur selon les points observés. Cette coque est si résistante que le couteau ne l’entame que difficilement; il faut la scier. A l’intérieur , on reconnaît aisément des fibres charnues très-compactes, très-denses et dont la couleur brune tient au sang qu’elles contiennent. Cette couleur devient d’un noir foncé à la surface au-dessous de la coque osseuse qui adhère fortement à la masse charnue. La cavité utérine a disparu ou du moins on n’en trouve que des vestiges.

Le grand diamètre de l’ovoïde mesuré sur le plan de section de la scie est de 11 centimètres. Celui qui le croise dans le même plan est de 8 centimètres. Le petit pourtour de l’ovoïde est de 30 centimètres.

Une parcelle de la coque examinée au microscope ne contenait que du tissu lamelleux compacte.

On reconnaît aussi facilement sous le microscope la nature musculaire de la masse de la tumeur, seulement les fibres sont fort colorées, parce qu’elles sont noyées dans un réseau de vaisseaux très-riche et qu’il semble même y avoir du sang épanché dans leurs interstices.

Septicémie. — M. Colin continue la discussion par la lecture d’un volumineux mémoire qui peut être résumé dans les conclusions suivantes :

On s’effraye beaucoup trop des vibrions, des germes de vibrions, dit M. Colin, particulièrement en ce qui a trait aux accidents septiques réalisés dans l’économie. Les êtres microscopiques, les germes plus ou moins dangereux, les ferments sont toujours là; ils nous entourent, nous pénètrent de toute part, nous ne pouvons jamais absolument leur fermer les portes; pour eux, certaines portes sont toujours ouvertes. Les accidents de septicité ne sont pas seulement subordonnés à l’entrée d’une petite quantité de germes ou de matière putride par les plaies au par des voies diverses, puisque, dans une foule de circonstances, ces germes ou ces agents de nature indéterminée pénètrent librement les tissus sains, les liquides non altérés, sans produire de Iroubl^ morbide appréciable.

° Les agents septiques, quels qu’ils soient, ne produisent d’effet que s’ils sont en quantité un peu considérable et en présence de certains états des tissus ou des liquides de l’organisme. La grande condition du développement de la septicité est l’altération préalable des liquides, la mort des tissus en masse ou d’une partie de leurs éléments constitutifs.

La septicité, dans les cas de plaies, de grandes opérations, ne résulte pas seulement de l’altération du pus déjà versé à l’extérieur et de l’absorption des miasmes atmosphériques; elle est surtout la conséquence des modifications éprouvées par les tissus mêmes et les liquides dans les cavités les plus rapprochées des surfaces mises à nu, modifications qui sont le fait des lésions traumatiques et de l’irritation subséquente.

Dans ces tissus superficiels les éléments malades ou morts deviennent, au même titre que les liquides extérieurs et de la même façon, la proie de la putridité. S’il nous est impossible d’éviter absolument les ferments putrides, nous pouvons souvent en réduire la quantité et en entraver l’action, au point qu’ils n’exercent plus d’influence nuisible.

Ce que nous devons craindre, ce que nous devons éviter, c’est de leur donner des conditions d’existence, de leur préparer les milieux qui leur permettent d’exercer leurs ravages.

En un mot, la thérapeutique, au lieu de se réduire à une chasse au vibrion, doit viser avant tout à mettre ou à remettre l’organisme et chacune de ses parties dans de bonnes conditions de vitalité et de résistance. C’est le traumatisme, c’est la plaie, c’est la lésion enfin qu’il faut traiter avant tout, parce que c’est dans l’organe malade que se préparent, au moins en grande partie, les produits septiques dont l’action générale devient si souvent fatale.

M. Verneuil relève dans le discours de M. Colin la phrase suivante qu’il a entendu plusieurs fois prononcer : «.M.Verneuil, fidèle interprète des Allemands ». L’honorable chirurgien proteste énergiquement et affirme qu’il n’est l’interprète de personne; il prend la vérité partout où il la trouve, aussi bien en Allemagne qu’ailleurs, car la science n’a pas de patrie. 11 n’a du reste rien emprunté aux Allemands, caries théories dont il est question sont dues à trois Français: Gaspard, Darcet et Sédillot. Elles ont été depuis recueillies par les Allemands, qui les ont développées avant de nous les renvoyer.

10 Janvier 1879

Société médicale des Hôpitaux.

Paralysie du motèur oculaire commun : M. Féréol. — Présentation de trachée atteinte d’inflamation chronique : M. Ferrand. — Monoplégie gauche avec lésions spinales : M. Débove : Élection pour le renouvellement du bureau.

M. Féréol. En présentant la thèse de M. G. Graux sur la paralysie du moteur oculaire externe avec déviation conjuguée, j’ajoute que cette thèse est le développement et la confirmation d’un mémoire que j’ai présenté à la Société des hôpitaux en 1873, et qui m’avait été inspiré à moi-même par une observation de M. le docteur Desros et par la discussion de M. le ! professeur Gubler à propos de cette observation. C’est du reste à M. le docteur A. Foville qu’il convient de reporterie mérite d’avoir, le premier chez nous, posé le point de départ de cette étude des mouvements associés des globes oculaires, d’avoir émis cette idée, toute théorique à l’époque où il la soutenait (1859), que les muscles des abducteurs d’unœil et adducteurs de l’œil de l’autre côté devaient recevoir leur influence nerveuse d’une même source, de même que deux chevaux attelés ensemble sont entraînés tous les deux à la fois vers la droite ou vers la gauche par une seule rêne.

Reprenant les observations qui ont été publiées et qui peuvent se rapporter à ce sujet, y ajoutant l’observation nouvelle (très-analogue à celle que j’ai publiée moi-même en 1873) d’un malade qui a été étudié et est mort dans mon service à l’hôpital Lariboisière en 1877, et complétant son travail par des recherches anatomiques et physiologiques qu’il v a faites en collaboration avec M. Mathias Duval et Laborde, M. Graux a pu arriver à poser des conclusions importantes au triple point de vue clinique, anatomique et physiologique.

Cliniquement d’abord, tous les médecins qui s’étaient occupés de la paralysie des muscles moteurs de l’œil, en décrivant la paralysie du muscle droit externe, sebornaient à reconnaître et à décrire, dans l’œil du côté opposé à la paralysie, une déviation secondaire, portant sur le muscle droit interne et produisant un strabisme convergent.

II est établi maintenant, d’après nos observations, qu’il existe une autre forme de retentissement de la paralysie du moteur oculaire externe, dans laquelle le moteur oculaire interne du côté exposé, au lieu de présenter un mouvement contraire avec celui de son congénère, reste au contraire associé avec ce dernier dans la paralysie comme dans l’action.

A ces deux formes différentes, opposées même, de paralysie du moteur oculaire externe, correspondent deux lésions anatomiques différentes.

A la première, la plus commune du reste, correspond une lésion qu’on peut appeler périphérique, portant sur le nerf de la sixième paire, soit en dehors de la protubérance, soit même dans l’épaisseur de la protubérance, mais alors, dans ce dernier cas, en dehors du noyau d’origine et sur le trajet dufilet nerveux qui relie ce noyau à l’émergence du nerf (Obs. Quenu, Société anatomique, 1878).

A la seconde forme de paralysie, la plus rare, correspond une lésion portant exclusivement sur le noyau même d’origine delà sixième paire, au-dessous du plancher du cinquième ventricule.

Lors donc que sur un malade on constate, avec une paralysie delà sixième paire gauche, par exemple, une déviation conjuguée de l’œil droit, on peut affirmer qu’il existe dans la protubérance une lésion (hémorrhagie, tumeur), exactement bornée au noyau de la sixième paire gauche. C’est là une localisation d’une précision remarquable puisqu’elle se limite à l’étendue de quelques millimètres à peine dans la protubérance, et jusqu’à présent l’exactitude du diagnostic anatomique a toujours été reconnue à l’autôpsie. Mais ce qu’il y a de bien

remarquable encore et ce que je crois avoir été le premier à observer, c’est que la déviation conjuguée de l’œil sain ne s’exerce dans ces cas que dans la vision binoculaire à longue distance, parce que dans ce cas le droit interne sain agit avec son congénère le droit externe paralysé; au contraire, si on le fait agir en vision convergente à courte distance, c’est-à dire avec son homonyme du côté opposé, le muscle droit interne du côté sain retrouve son action.

Il semble donc résulter de tout ce qui précède :

1° Que le noyau d’origine de la sixième paire ne fournit pas seulement le nerf moteur oculaire externe destine au muscle droit externe du même côté, mais qu’il fournit encore un filet au muscle droit interne du côté opposé, ainsi que l’avait bien dit, le premier, le docteur Achille Foville ;

2° Que le muscle droit interne recevant d’ailleurs un filet évident de la troisième paire, obéit tantôtà l’innervation delà troisième paire (vision convergente à courte distance), tantôt au filet qu’il reçoit de la sixième paire du côté opposé (vision à longue distance), ainsi que je crois l’avoir dit le premier.

C’est principalement sur la preuve anatomique et physiologique de ces deux déductions, auxquelles l’observation clinique nous avait déjà conduits, MM. Achille Foville, Gubler et moi, que M. Graux a porté l’effori original de son travail, avec l’aide de MM. Duval et Laborde.

Physiologiquement, les expériences qu’il a instituées paraissent très-probantes. La recherche anatomique du filet qui fait communiquer le noyau de la sixième paire d’un côté avec le nerf de la troisième paire du côté opposé n’a donné de résultat bien évident que chez le chat; les préparations sur l’homme n’ont pas été absolument démonstratives, pour M. Graux. Il est bien vrai que Lockhart-Nonke, Stilling, Schrœder, Van der Kolk décrivent cette communication. Mais il résulte, à mon avis,, de l’examen que j’ai fait en 1873 des opinions de ces trois auteurs, qu’ils ne s’entendent pas absolument sur la description de ce filet de communication. Il y a donc encore de ce côté place pour de nouveaux travaux qu’on peut recommander à la patience et à la perspicacité des anatomistes.

— M. Ferrand présente les trachées de deux cas de bronchite chronique, sur lesquelles on trouve l’ulcère catarrhal décrit déjà par Barlh.

— M. Debove a eu tout dernièrement dans son service un malade tuberculeux qui fut atteint de monoplégie du côté gauche. La sensibilité était conservée: le troisième jour, survint une paraplégie caractérisée par la perte des mouvements et de la sensibilité des membres inférieurs et s’accompagnait de douleurs atroces dans la région des reins. Le malade mourut le sixième jour après le début de ces troubles nerveux. A l’autopsie, M. Debove constata que les lésions cérébrales étaient pour ainsi dire indifférentes, mais qu’au contraire les lésions spinales étaient très-prononcées. Il cite cette observation pour montrer que, contrairement à l’opinion émise par M. Rendu dans sa remarquable thèse inaugurale, les paralysies peuvent être spinales, et qu’elles ne sont pas exclusivement cérébrales.

M. Rendu dit n’avoir pas nié les paralysies d’origine tuberculeuse sur les méninges spinales, mais il n’avait, au moment où la thèse a été faite, aucun fait probant; sur un seul malade, en effet, rentrant dans la classe de faits indiqués par M. Debove, le tremblement était indiqué, mais non la paralysie.

— Le bureau de la Société médicale pour l’année 1879 est ainsi constitué : Président, M. Hervieux; Vice-président, M. Hillairet; Secrétaire général, M. Ernest Besnier; Secrétaires annuels, MM. Duguet et Martineau; Trésorier, M. Dujardin-Beaumetz.

Conseil d’administration : MM. Bucquoy, Henry Gueneau de Mussy, Féréol, Proust et Legroux.

10 Janvier 1879

Conseil de famille: MM. Labric, Syredev, Ferrand et d’Heilly.

Conseil (le publication: MM. Brouardel et Vallin.

Dr Joseph Michel.

Société de chirurgie.

La séance commence à quatre heures et demie. Elle est consacrée à l’élection du bureau pour l’année 1879.

Sont élus : Président, M. Tarnier; vice-président, M. Tillaux ; premier secrétaire annuel, M. Lannelongue; deuxième secrétaire annuel, M. Polaillon ; trésorier, M. Berger; archiviste, M. Terrier.

Société de biologie.

Conservation des cerveaux à la paraffine : M. Frédêricq . — Présence d’un nouveau parasite dans certaines formés de pityriasis rosé : M. Vidal. — De la meilleure forme à donner aux caractères d'imprimerie ; M. Javal. — Falsilioations du maté : M. Jobert. — Hémorrhagies dans les centres nerveux produites sous l’influence de l'iodure de potassium : M. Hallopeau. — Présentation d'un bras atteint de difformités congénitales : M. Leloir.

M. Mathias Duval offre à la Société trois ouvrages : 1° Leçons de physiologie opératoire, dont la plus grande partie a été dictée ou revue par Cl. Bernard; 2° Anatomie des centres nerveux de Huguenin, traduction augmentée de l’exposé des recherches les plus récentes sur les localisations cérébrales, au sujet desquelles M. Duval fait d’ailleurs quelques restrictions; 3° Précis de technique microscopique..

— M. Franck remet à la Société, au nom de M. Léo Testât, un mémoire sur l’action physiologique du M’Boundou, du Gabon.

Il lit, au nom de M. Frédêricq (deGand),rune note sur l’emploi de la paraffine pour conserver les centres nerveux. Un cerveau de chien traité pendant plusieurs jours d’abord par l’alcool dilué, puis par l’alcool concentré, puis par l’essence de térébenthine, a pris à la suite de ces opérations l’aspect d’un savon transparent à la glycérine. Il est alors plongé dans un bain de paraffine bouillante entre 50 et 60 degrés, y séjourne deux ou trois heures : une fois retiré et essuyé, il prend la consistance d’un moulage. Ce traitement n’est applicable qu’aux petites pièces.

M. Duval a déjà employé ce procédé, mais en substituant à la térébenthine et à l’alcool l’acide azotique et l’acide chromique. Les pièces conservent mieux leur aspect naturel.

— M. Vidal décrit un nouveau parasite qq’il a découvert dans certaines affections cutanées. Sous le nom d’eczéma marginé, Hébra semble avoir confondu des cas de pityriasis versicolor, de véritable herpès circiné thricophytique, et des cas de ce pseudo-exanthème décrit par Gibert et par Bazin et appelé Pityriasis rosé. Cette dernière affection, qu’il faut aussi détacher de ce groupe artificiel de l’eczéma marginé, peut être parasitaire. Dans trois cas, où l’éruption avait eu, il est vrai, une marche un peu irrégulière et une durée anormale, les squames les plus superficielles prises à la périphérie des plaques de pityriasis rosé ont présenté des spores très-petites, de 1 à 3 fi, réunies en petits groupes arrondis et occupant l’épaisseur même des cellules épidermiques. M. Vidal a trouvé aussi quelques chaînes de spores, mais pas de tubes de mycélium.

M. Cornil croit qu’il ne s’agit là que d’un parasite vulgaire, que l’on trouve dans toutes les cellules épidermiques des-

quamées, même sur une peau saine. M. Malassez appuie au contraire les observations de M. Vidal et croit que ce parasite est analogue à celui qu’il a lui-même décrit dans le Pityriasis capitis.

— M. Javal continue ses communications sur les conditions que devraient réunir les caractères typographiques pour être le plus favorables possible à lalecture. Les prolongements supérieurs des lettres et les accents étant beaucoup plus nombreux que les prolongements inférieurs, l’œil s’habitue à fixer plutôt le haut des lettres, et le point précis où il s’attache correspond à peu près à l’union des deux tiers inférieurs avec le tiers supérieur de chaque caractère. Le haut des lettres devrait donc être l’objet de l’attention des typographes et des graveurs; et c’est dans cette partie de la lettre que l’on devrait accumuler le plus de signes différentiels : c’est ce que faisaient les premiers imprimeurs. Aujourd’hui, au contraire, on cherche à donner aux courbes qui terminent supérieurement certaines lettres, telles que o, a, c, e, une amplitude toujours égale. C’est plus élégant peut-être, mais c’est à coup sûr moins avantageux au point de vue du repos de la vue.

— M. Jobert donne quelques indications sur les moyens de distinguer le véritable maté des produits qu’on lui substitue souvent dans le commerce. Pour ces falsifications, on emploie d’abord des feuilles d’une plante de la famille des myrtacées ( Guabiroba ). Mais ces feuilles sont criblées à leur face inférieure d’orifices glandulaires, et les cellules de l’épiderme dont elles sont revêtues sont festonnées sur leurs bords, double caractère qui permet de les reconnaître par l’examen microscopique. Les feuilles d’un llex très-voisin de Y llex paraguayensis dont on retire le maté, les feuilles de Cahuna, se reconnaissent très-bien à une multitude de petits points noirs dont elles sont couvertes, et qui sont formés par des gouttelettes de résine sortant des petites cavités où elle est produite. Celte résine a des propriétés toxiques. Il est donc important de savoir se garer de ces so-

histications, le maté étant susceptible d’être utilisé comme

oisson alimentaire.

— M. Hallopeau croit que l’iodure de potassium employé trop longtemps et à trop fortes doses est susceptible de déterminer des hémorrhagies dans les centres nerveux. Il cite, à l’appui de cette assertion, une observation sans autopsie. D’ailleurs les qualités hémorrhagipares de l’iodure de potassium sont connues depuis longtemps.

— M. Leloir présente le moule en plâtre d’un avant-bras et d’une main ainsi que le squelette de ce même segment de membre. Il s’agit d’une difformité congénitale. A côté d’un pouce et d’un index normaux, on ne trouve qu’un troisième doigt gros et long, qui, au lieu de représenter le médius, comme c’est la règle en tératologie, semble, d’après les insertions musculaires (muscles de l’éminence hypothénar), d’après l’origine des nerfs qu’il recevait (cubital), d’après ses rapports avec le carpe, représenter le petit doigt seul ou fusionné avec l’annulaire.

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