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X. Arnozan

REVUE DES JOURNAUX

De la localisation des inflammations aiguës du poumon chez les hémiplégiques, par M. 0. R.OSENBACH.

Les maladies aiguës de poitrine (pleurésie, pneumonie, broncho-pneumonie) qui surviennent chez les hémiplégiques frappent toujours le côté paralysé, d’après Rosenbach. Le chiffre des observations est de onze.

La cause de cette prédilection serait la suivante : On observe que du côté paralysé les réflexes sont diminués ou absents. Ainsi le réflexe du crémaster manque généralement, on ne peut faire ériger le mamelon, ni produire la chair de

poule. Si on approche vivement le doigt des yeux, on.remarque que l'œil du côté paralysé se ferme bien après l’autre. Le chatouillement du nez provoque difficilement l’éternuement du côté de l’hémiplégie ; il en est de même du chatouillement du conduit auditif externe qui ne provoque plus la contraction des muscles de la face. 0. Berger a observé que chez les hémiplégiques qui prennent de l’iodure de potassium l’exanthème iodique apparaissait toujours en premier lieu sur le côté paralysé.

Ces fads permettent de supposer que les réflexes sont diminués aussi du côté de la muqueuse bronchique. Les poussières atmosphériques ne provoqueront plus du côté paralysé une toux énergique et répétée, d’autant mieux que les muscles expirateurs de ce côté ont moins d’action que du côté sain. Celte théorie nous semble très-suffisante pour la pathogénie de la broncho-pneumonie, mais la pneumonie et la pleurésie? (Berl. Min. Woch., 1878, n"41.)

De la polymastic et de la pol jlliélle,

par M. Leichtenstern.

Par ces noms un peu barbares, l’auteur désigne la production de mamelles et de mamelons surnuméraires. Il a réuni dans une monographie très-complète toutes les observations publiées : lui-même a observé une douzaine de fois cette singulière anomalie. J’extrais des conclusions les points les plus intéressants.

En premier lieu, les mamelons supplémenlaires sont bien moins rares qu’on ne l’admet généralement. On les rencontre une fois sur 500 individus environ, ce qui est bien difficile à croire. De plus leur siège de prédilection est la partie antérieure du thorax, dans les 9 dixièmes des cas. On en a décrit un peu partout, dans l’aisselle, sur la cuisse, le dos ou les épaules, mais ces faits doivent être considérés comme suspects ou du moins comme très-exceptionnels. La disposition sur l’avant du thorax est toujours symétrique : généralement les mamelons rudimentaires sont au-dessous et en dedans des autres et forment une ligne convergente vers l’ombilic. On sait que la polythélic s’accompagne généralement de polymastie chez la femme. On a cru longtemps que ces femmes étaient prédisposées aux accouchements gémellaires : une dame de Bâle consulta il y a quelques céntaines d’années la Faculté de Tubingue à ce sujet. Aujourd’hui on admet que ces deux choses sont indépendantes.

Quelle est la signification de ces seins supplémentaires? Question bien obscure et qui prête aux hypothèses. L'auteur propose une explication darvvinisle, que je rapporterai sans commentaires. A l’origine, les mâles, ainsi que les femelles, portaient des mamelles pour allaiter leurs petits. Dans le cours des millions d’années qui nous séparent de nos ancêtres, les mamelles, de multiples qu’elles étaient, se sont réduites à deux et atrophiées chez le mâle. La polylhélie et la polymastie ne sont qu’une image effacée de ce qui existait chez nos lointains aïeux. {Virchow' s Archiv, l. LXXII, p. 222.)

De la patliogènic «le l’endocardite, par M. E. KlEBS.

Nous avions appris par un travail de Kôster ( Virchow's Archiv, t. LXXII) que « toute endocardite aiguë est d’origine parasitaire », et que « l’ulcération des valvules, les productions^ fibrineuse ou granuleuse n’étaient que des phénomènes de réaction ». Klebs appuie encore davantage sur cette nouveauté pour laquelle il réclame la priorité, et prétend que toutes les lésions rhumatismales, et spécialement l’endocardite, si fréquente dans le décours du rhumatisme, relèvent d’une même cause qui est l’action d’organismes inférieurs, de monadines. Il n’y a plus d’endocardite aiguë ou chronique,

verruqueuse ou diphlhéritique, ulcéreuse ou maligne ; il y a deux formes principales : la forme monadique et la forme septique. L’examen histologique fait toujours découvrir les parasites dans certains points des valvules, au-dessous de dépôts fibrineux, sans qu’il y ait la moindre trace de prolifération cellulaire. « L’invasion des monades est l’altération primitive : ce n’est que dans l’évolution ultérieure du processus que l’activité cellulaire se prononce et modifie d’une façon remarquable le tableau anatomo-pathologique. »

II n’y a rien à dire de ces hypothèses téméraires. Comme tous ses prédécesseurs, Klebs a essayé de nous expliquer pourquoi ces infiniment petits vont précisément se loger dans les points du torrent circulatoire où le courant est le plus énergique. C’est, dit-il, parce qu’ils sont comprimés sur les valvules par leur occlusion énergique, au point qu’ils peuvent être chassés dans l’intérieur de l’endothélium. Voilà une explication qui ne satisfera personne. {Archiv fiir exp. Pathol., I. IX, p. 52.)

De la circulation dans le poumon des mammifères,

par M. Kuttner.

Dans un travail très-remarqué inséré dans les Archives de Virchow, t. LXVIII, Cohnheim et Litten avaient démontré que l’artère pulmonaire devait être considérée comme une artère terminale, n’ayant aucune anastomose artérielle, et devait être par conséquent un siège de prédilection pour les oblitérations emboliques. Küttner a repris une à une les expériences des auteurs que nous venons de citer, et les résultats obtenus diffèrent sensiblement. Dans une première portion de son mémoire consacrée à l’anatomie, on trouvera un exposé détaillé de nos connaissances sur la circulation du poumon chez lés mammifères, complété par nombre de faits nouveaux. La conclusion générale est que la circulation capillaire de cet organe se fait d’une façon très-caractéristique; tous les réseaux communiquent largement les uns avec les autres et le calibre des vaisseaux est généralement assez gros pour que des anastomoses capillaires puissent aisément et rapidement remplacer les anastomoses artérielles. Il faut en conclure que l’artère pulmonaire n’est pas, à vrai dire, une arlère terminale, que le cours du sang se rétablit par les petits troncs au lieu de se rétablir par les gros, ce qui concorde avec cë fait que nous a révélé l’expérimentation sur les animaux, que les embolies lancées dans la circulation pulmonaire ne produisent que très-rarement l’infarctus hémorrhagique.

Ces déductions purement anatomiques ont été pleinement confirmées par l’expérience. Si on lie l’artère principale du poumon, on produit naturellement une stase considérable de l’organe; mais si on lie les veines collatérales, si l’on empêche le sang de s’écouler, au lieu de voir l’hyperhémie rester stationnaire, on la voit augmenter à vue d’œil, preuve que le sang peut venir d’ailleurs que de l’artère pulmonaire, c’està-dire des artères bronchiques et autres. En colorant artificiellement le sang des animaux par une solution d’aniline, on constate que le poumon dont Tarière est liée reçoit du sang coloré , quoique séparé de la circulation générale. Enfin, au lieu d’employer l’aniline à laquelle on peut reprocher d’être diffusible, on peut se servir d’un corps inerte, de cinabre, par exemple, suspendu dans une solution degélatine d’après un procédé spécial. On trouve encore, en abondance moindre que du côté libre, les corpuscules de cinabre répandus dans toute l’étendue du poumon, quand mëmeonaurait oblitéré tous les vaisseaux afférents, y compris la première artère intercostale. Il serait difficile de rencontrer dans toute l’économie un système circulatoire aussi complaisant, et les conclusions de l’auteur paraissent entièrement justifiées. {Virchow's Archiv, t. LXXXIII, p. 477.)

10 Janvier 1819

De l’étiologie «les inflammations nigaës, pai'M. T. KOCHER, de Berne.

« Grâce à l’emploi méthodique du traitement antiseptique des plaies, on sait que l’inflammation des plaies n’est pas déterminée par le traumatisme, comme on le croyait, mais par des corpuscules microscopiques identiques avec les ferments. Et les inflammations des organes situés dans la profondeur de l’organisme ne relèveraient pas de la même cause? »

A cette question, Kocher croit pouvoir répondre, du moins en ce qui concerne l’ostéomyélite aiguë et le goitre aigu, deux affections qu’il a souvent l’occasion d’observer à Berne :

1° Le goitre aigu (aussi bien que l’ostéomyélite, et probablement toutes les inflammations des organes profonds) est une maladie infectieuse provenant de l’action des mêmes agents qui provoquent les inflammations superficielles.

2° La porte d’entrée de ces agents infectieux est d’ordinaire le canal digestif, quelquefois le poumon, la muqueuse utérine, des excoriations de la surface cutanée.

3" Les corpuscules dont il s’agit ne produisent pas toujours une inflammation à leur point de pénétration. Ils sont identiques à la coccobacteria septica (Billroth). ( Archiv fïtr klin. Chir., t. XXIII, p. 101.)

Du iernient de l’expectoration, pal’ M. J. StOLNIKOW.

L’auteur mêle les crachats à la glycérine, filtre et sépare en quatre portions égales : la première acidifiée, la seconde neutre, la troisième alcaline, la quatrième sans addition. On ajoute aux liqueurs ainsi préparées de l’albumine coagulée )ar la chaleur. Au bout de huit à dix heures, la liqueur alcaine contient évidemment des peptones et le coagulum albumineux a diminué de volume ; dans la liqueur neutralisée, la réaction est à peine sensible : rien dans les deux autres. L’action la plus énergique fut produite par l’expectoration fétide d’un tuberculeux à la période d’ulcération, et par celle d’un typhique (exanthématique) atteint d’une bronchite grave.

Si l’on attend avant d’ajouter la glycérine, l’action est d’autant plus rapide qu’il s’est écoulé un temps plus ou moins long entre le rejet des crachats et l’expérience.

Chez des lapins et des chiens, l’auteur enlève les poumons, en traite une moitié immédiatement par la glycérine, et l’autre seulement après un commencement de putréfaction. Le premier mélange reste sans action ; l’autre digère l’albumine avec rapidité.

Les poumons provenant de cadavres humains sont généralement très-actifs, d’autant plus qu’ils ont été plus longtemps abandonnés à eux-mêmes (jusqu’à sept jours).

L’albumine en putréfaction, la chair musculaire agissent à peine; la rate ou le foie putréfiés, d’abord très-peu, puis plus du tout, contrairement à ce qui existe pour le poumon.

L’extrait du poumon par la glycérine digère même les fibres élastiques provenant d’un autre poumon.

D’après ces faits, Stolnikow conclut à l’existence d’un ferment dans l’expectoration, ferment de nature putride probablement. (St-Petersb. med. Woch., n" 19, et Cent, fur med. Wiss., n» U, 1878.)

Des propriétés toxiques de l’acide phéniqne,

par M. E. Kuster.

L’emploi chirurgical de l’acide phénique, quoique universellement répandu, est loin d’être sans dangers. L’auteur a rassemblé 21 cas d’intoxication évidente, auxquels il joint 5 observations personnelles. Voulant étudier de plus près la cause de ces empoisonnements, il a fait des expériences sur

les chiens. Chez ces animaux, les symptômes caractéristiques sont : tremblement musculaire généralisé alternant avec des convulsions cloniques, abolition rapide du sensorium; la mort arrive par paralysie du centre respiratoire. L’action la plus curieuse sans contredit de l’acide phénique est l’élévation considérable de la température.

Chez l’homme on peut distinguer trois stades. Le premier se manifeste souvent uniquement par l’aspect de l’urine qui passe du jaune verdâtre au vert olive et même au noir. Chose singulière, celte transformation de l’urine n’a guère été vue que dans les intoxications externes; on ne l’observe pas chez les animaux. Dans le second stade, apparaissent des symptômes généraux auxquels on a donné le nom de symptômes gastriques : malaise, vomissements, dysphagie, fièvre, etc. Ce sont là, d’après Küster, des phénomènes cérébraux et non gastriques. Il serait aussi hors de doute que là fièvre observée dans ces cas est le résultat de l’intoxication, car, si l’on remplace dans le pansement l’acide phénique par le thymol ou l’acide salicylique, fa plaie ne change pas et la fièvre disparaît. Dans les cas graves, au troisième degré, le malade perd connaissance, une pâleur mortelle couvre le visage, une sueur gluante inonde le corps, le pouls devient insensible, la respiration superficielle, et la mort arrive avec une foudroyante rapidité. Comme on voit, le tremblement musculaire et les convulsions caractéristiques chez les animaux manquent complètement. La température est fortement abaissée.

D’après cela, l’acide phénique à petite dose s’éliminerait rapidement par les reins à l’état d’acide phénylsulfurique; à forte dose, il agirait vivement sur le système nerveux central, d’abord comme irritant, puis comme paralysant.

L’anémie, la fièvre septicémique favorisent d’une façon remarquable l’apparition des symptômes toxiques. « Etant donné qu’un homme sain, pesant 00 kilogrammes, peut supporter impunément 21ar,5 (!) d’acide phénique, si la perle de sang et la fièvre diminuent sa résistance de sept fois environ, on comprend le danger des pansements phéniqués chez des personnes en cet état. » Les enfants, les vieillards sont particulièrement prédisposés ; on observe en outre des idiosyncrasies comme pour toutes les intoxications.

Les empoisonnements latents par l’acide phénique forment un véritable chapitre de la chirurgie actuelle. Bien des accidents incompris, bien des décès même doivent être mis sur le compte de ce redoutable agent. Au cas où l’on aurait à lutter contre un empoisonnement de ce genre, l’auteur recommande d’employer le sulfate de soude (Baumann), quoique les expériences soient assez peu concluantes.

Toutes les fois que l’on est forcé d’employer, pour la désinfection de cavités ou de plaies anfractueuses, des solutions au 20°, on court des dangers, et il vaut mieux recourir à d’autres agents, en particulier au chlorure de zinc en solution (8 pour 100), qui a donné à l’auteur des résultats trèsfavorables. ( Archiv fur klin. Chirurgie, t. XXIII, p. 117.)

De la formation de la cicatrice dans les vaîsscan* à la suite de ligatures, par F. RàAB.

Travail d’anatomie pathologique, avec deux planches.

1" La paroi interne des veines et artères s’oblitère (verwaehst) dans des circonstances favorables, d’une façon durable, sans l’intermédiaire d’un caillot sanguin.

2° Cette oblitération peut se produire dans les artères uniquement par la prolifération endothéliale : dans les veines toutes les couches de la paroi prennent généralement part au processus.

3° Il existe toujours, quel que soit le mode de ligature, une prolifération de l’endothélium qui, de concert avec les granulations qui bourgeonnent en dehors de la fente produite

10 Janvier 1879

dans la paroi vasculaire, forme la cicatrice provisoire puis définitive.

4° Le thrombus est transitoire et sans importance pour la formation d’une cicatrice solide. Du reste, nous ne savons rien de bien certain, ni sur sa genèse, ni sur sa composition, sa grosseur, son évolution. ( Archiv fur ldin. Chir., t. XXIII, p. 156.)

Deux cas d’intoxication grave par l’iodoforme,

par M. Oberlander.

Observés à l’bôpital civil de Dresde, sur deux femmes atteintes de syphilis invétérée. La première avait absorbé en uatre-vingts jours 42 grammes d’iodoforme, par pilules de

centigramme, lorsque subitement elle fut prise de faiblesse, vertiges, diplopie, et tomba au bout de deux jours dans un profond sommeil, alternant après trente-six heures avec un état d’exaltation avec céphalalgie violente, délire craintif, paroles désordonnées. Ces phénomènes furent suivis d’une période de faiblesse, pendant laquelle la malade chancelait en marchant ou en se tenant debout, et reparurent une seconde fois (mal de tête, vertige, diplopie). La durée fut en tout de quinze jours.

Dans le second cas, il s’agit d’une personne de soixanteneuf ans, qui présenta des symptômes d’empoisonnement au bout de sept jours : elle n’avait encore pris que 5 grammes d’iodoforme. Le sommeil dura cinqjours entier, laissant après lui pendant plusieurs semaines une sensation de faiblesse et de vertige.

On remarquera que ces observations confirment les expériences de Binz sur l’action narcotique de Tiodoforme. ( Deutsch . Zeitschr. fürprakt. Med., n°37, 1878.)

Travaux ù consulter.

Sur les éruptions quiniques, par M. le docteur Creuze. — L’auteur cite deux observations intéressantes : dans le premier cas, il y eut exanthème, avec phénomènes du côté des bronches, le troisième jour de l’administration du bromhydrate de quinine. La seconde est celle d’un jeune homme chez lequel une poussée d’urticaire avec exanthème trachéo-bronchique se produisit deux fois, à plusieurs jours d’intervalle, à propos de deux prises du môme sel. ( Journ . de thérap., 5° année, n° 21, p. 813.)

De l’urine dans l’hé^tjjrie des vaches, par M. le docteur Albert Robin. — M. Robin -a eu l’occasion d’analyser ces urines dans deux cas, et à des périodes différentes de la maladie dans chaque cas ; il résume ainsi ce que ces recherches lui ont donné : « Pendant le cours de la maladie, l’organisme fait de plus grandes pertes en urée et surtout en chlorures, pertes d’autant plus sensibles que les animaux mangent moins ; l’acide urique remplace l’acide hippurique, rapprochant temporairement les animaux malades des carnivores; les sels de chaux diminuent dans les liquides et disparaissent dans le sédiment; la graisse libre et les cylindres augmentent et apparaissent aux alentours de la convalescence. Enfin l’affection paraît être une hémoglobinurie plutôt qu’une hématurie véritable. » (Recueil de médecine vétérinaire, VI0 série, t. V, n» 20, p. 993.)

BIBLIOGRAPHIE

Dangers et inefficacité des irrigations par les eaux

d’égout, par Ch. Duverdy. — Paris, Dunod, 1878.

La Gazette hebdomadaire a déjà consacré un important article à l’étude du projet d’utilisation des eaux d’égout, présenté par MM, Mille et Durand-Claye, et adopté, après un rapport de M. Schlœsing, par une commission dont M.Boülev fut le président. M. Vallin en écrivant cet article (Gaz. hebd.,

1877, p. 129) a rendu justice aux remarquables expériences entreprises pour étudier cette question si importante au point de vue de l’hygiène. Il à montré l’insuffisance des procédés chimiques mis en usage jusqu’à ce jour pour l’épuration des eaux d’égout ; il a conclu, comme l’avait fait, dans son rapport si remarquable à tous égards, M. l’ingénieur Schlœsing, que le projet adopté par la commission était préférable à tous ceux qui lui avaient été proposés. Depuis que cet article a été écrit, celte étude a été reprise et traitée avec de plus grands développements devant les membres du Congrès international d’hygiène. MM, Schlœsing et A. Durand-Claye ont examiné, au point de vue chimique et industriel, la question de l’altération des cours d’eaux et les moyens à employer pour utiliser les eaux d’égout par les procédés agricoles. Le rapport de M. Proust est l’étude, au point de vue de l’hygiène, des conséquences que peut entraîner cette altération des cours d’eau.

M. Proust s’est aussi efforcé de réfuter les accusations dirigées contre le système des irrigations: prenant des exemples dans les pays étrangers, il a fait voir combien il est toujours difficile d’évaluer isolément l’action d’une rivière, quelque polluée qu’elle soit par des produits organiques, sur la santé des habitants riverains. Mais, après avoir examiné toutes les hypothèses émises sur la genèse des maladies contagieuses, après avoir insisté sur l’influence nocive des eaux de boisson ou des émanations produites par certains terrains infiltrés, il conclut, comme le président de la commission d’enquête, que si les eaux d’irrigation ont été accusées de transmettre ou de provoquer des maladies et en particulier la fièvre intermittente, c’est alors seulement qu’elles restent croupissantes, d’où celte conclusion dernière qu’« il faut prévenir la stagnation à la surface et dans la profondeur, par un drainage en rapport avec la nécessité des écoulements. Une fois ce travail exécuté, les irrigations de l’eau d’égout ne pourront plus donner naissance à aucune plainte, puisqu’il est démontré par une expérience déjà très-étendue, que partout où on les a employées, elles se sont toujours montrées inoffensives pour la santé publique. »

Il nous semblait nécessaire de rappeler cette conclusion. Voici, en effet, que dans un récent travail M. Ch. Duverdy s’élève avec beaucoup d’énergie contre le projet d’irrigation admis par les ingénieurs de la ville, en s’efforçanlde prouver que les conditions mêmes que l’on cherche à obtenir, c’està-dire la désinfection de la Seine et l’utilisation des eaux d’égout ou leur épuration par le sol, ne se trouveront jamais réalisées. Nous ne prétendons point juger, en quelques iignes, une question aussi importante. Mais il nous paraît utile d’exposer les arguments qui nous ont le plus vivement frappé dans le mémoire que vient d’écrire M. Ch. Duverdy, et c’est murquoi nous insisterons tout d’abord sur une question à aquelle ne nous semble pas répondre d’une manière assez catégorique le très-remarquable rapport de MM. Schlœsing et Durand-Claye. M. Duverdy affirme, après avoir souvent constaté ce qui se passe à Gennevilliers, après avoir interrogé les agriculteurs qui ont utilisé les eaux d’égout, après avoir consulté les gens du métier, que très-fréquemment le sol qui devra absorber et comburer les produits amenés par les conduites d’égout leur sera fermé. Én temps de gelée et au moment des'grandès pluies, aucune vanne, dit-il, ne sera ouverte à partir du mois de septembre jusqu’au printemps; les maraîchers n’éprouvent nullement à cette époque de l’année et n’éprouveront jamais le besoin d’arroser leurs cultures. Et cependant, d’après le projet adopté, 300000 m. c. d’eaux d’égout seront déversés chaquejour parle canal construitdepuisl’exlrémité de l’égout collecteur jusqu’à la forêt de Saint-Germain, Qu’arrivera-t-il dès lors ? Les conduites latérales seront envahies; l’eau impure y séjournera. Les conditions les plus défavorables au point de vue de l’hygiène, celles qui consistent dans la stagnation et l’évaporation lente d’eaux chargées de matières organiques, se trouveront réalisées. Bien plus, en

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temps de pluie surtout, les égouts entraînant une plus grande quantité de matières liquides, il faudra éviter les reflux et l'inondation; dès lors « à l’exlrémitédu canal qui aura amené les eaux près de Poissy, on sera obligé de déverser dans la Seine tout ce que la culture n’aura pas employé en route, comme aujourd’hui on verse dans la Seine, à Clichy, ce que n’emploie pas la plaine de Gennevilliers : l’infection aura été reportée plusloin; voilà le seul résultat quel’onaura obtenu.» Tout n’est point encore fini. Dans |les conditions ordinaires, alors môme que toute l’eau d’égout pourra être emmagasinée dans le sol destiné à la recevoir et à l’épurer, il résultera de cet apport incessant d’eau fétide une élévation très-notable de la nappe d’eau souterraine et, par suite, une infiltration des sous-sols, des caves, des terrains un peu déclives. M. Proust signale les dangers de ces infiltrations alors qu’il étudie la transmission et la propagation des épidémies cholériques. L’eau qui s’infiltre dans le sol peut, en effet, adultérer la nappe souterraine où les puits vont s’alimenter et porter ainsi au loin les germes contagieux. Or, ces infiltrations s’observent déjà à Gennevilliers. Et 74 habitants de cette commune viennent d’assigner la ville de Paris devant le conseil de préfecture pour obtenir la réparation du préjudice qu’elles leur ont causé. Le conseil de préfecture a nommé le 6 août dernier des experts chargés d’évaluer le dommage. S’ils répondent, comme ont répondu les experts de 1875, « que le déversement dans la plaine de Gennevilliers, des eaux provenant des égouts de la ville de Paris, a été pour les habitants de cette commune une cause d’insalubrité et d’incommodité, » cette conclusion devra paraître singulièrement grave pour l’avenir du projet adopté par la commission d’enquête dont nous avons parlé plus haut.

Nous nous contenterons de soumettre ces arguments à ceux qui, à l’exemple deM. Bouley, soutiennent avec la plus ardente conviction le projet d’irrigation proposé par la ville de Paris. Toutes ces questions sont, en effet, assez graves et assez sérieuses pour qu’il soit nécessaire de mettre sous les yeux des intéressés toutes les pièces d’un procès qui ne tardera pas à être définitivement jugé. La conclusion de M. Ch. Duverdy est d’ailleurs aussi sage que modérée. Il propose de soumettre à un nouveau concours public toutes les propositions qui pourront être faites dans le but de débarrasser la ville de Paris de ses eaux d’égout sans infecter ni la Seine, ni le département de Seine-et-Oise.

Malgré l’importance, l’autorité et la sincérité des considérations déjà développées dans le rapport présenté à l’Académie de médecine l’année dernière par M. Bouley, tout esprit impartial devra reconnaître que cette propositioninérite d’être prise en considération.

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