‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 41 sur 249 · ALLOCUTION DE M. ROCHARD · texte numérisé non relu

ALLOCUTION DE M. ROCHARD

Messieurs,

Eu m’invitant à présider cette réunion confraternelle, vous m’avez fait un honneur dont je sens tout le prix ; mais ce n’est pas à ma personne qu’il s’adresse, c’est au corps de santé de la marine , que je suis fier de représenter au milieu de vous. Je vous en remercie en son nom comme au mien. Aucun témoignage de sympathie ne pouvait être plus flatteur pour nous que cet hommage rendui à l’un des nôtres dans la personne du jeune confrère dont nous fêtons le retour. Le voyage qu’il vient d’accomplir en compagnie de M. Savorgnan de Brazza est un des plus longs, des plus pénibles et des plus périlleux qui aient été entrepris de nos jours. Ils ont attaque l’Afrique par son côté le plus sauvage et le moins connu. Il vous racontera bientôt lui-même les péripéties de cette campagne de trois ans, pendant laquelle nos courageux compatriotes1 ont conquis à la géographie un territoire aussi vaste qu’un de nôs petits Etats européens, et parcouru sous l’Equateur, dans des régions jusqu’alors inconnues, plus de 1800 kilomètres, dont 300 ont été franchis à pied. Quand on sé représente ces deux hommes perdus au milieu de ce continent sauvage, sans nouvelles de la mèrepatrie, brûlés par le soleil, dévorés par la soif et par là fièvre, disputant leur vie à des peuplades hostiles et marchant toujours en avant, jusqu’à complet épuisement de leurs munitions et de leurs forces, on se demande à quel mobile surhumain obéissaient ces jeunes hommes pour courir à de pareilles aventures. Ce mobile, c’est le plus noble de tous : c’est la passion des découvertes scientifiques. Tous ceux qui ont mis le pied sur cette terre d’Afrique comprennent l’attraction mystérieuse qu’elle exerce sur les jeunes imaginations. On sent qu’au delà de cet horizon borné, de cette bande de sable, de marais et de palétuviers, s’étendent d’immenses espaces sur lesquels aucun Européen n’a encore mis le pied, et ce mystère vous fascine. L’Afrique est encore la grande inconnue du problème géographique ; c’est la tache blanche qui s’étale au milieu de la carte du monde et dont chaque exploration nouvelle rétrécit la surface. Le grand désert recule à mesure qu’on s’en approche. Il est peuplé dans presque toute son étendue, et les générations de l’avenir le , traverseront dans tous les sens. Cette conquête sera leur ouvrage, mais notre siècle l’aura préparée et il y a sacrifié la vie d’un grand nombre de ses enfants. Sur quatre-vingts : voyageurs qui ont tenté de pénétrer au cœur de l’Afrique, on en compte à peine dix qui en soient revenus.

Puisque nous sommes assez heureux pour posséder au ! milieu de nous un des rares survivants de cette héroïque 1 phalange, buvons à son retour, à son avenir, à ses espérances;

âl Février 1879

buvons à la science, à son noble culte qui a aussi ses missionnaires, ses apôtres et ses martyrs ; buvons à la santé de Noël-Eugène Ballay.

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