ALLOCUTION DE M. DECHA5IBRE
Messieurs,
Je n’ai rien à ajouter à l’expression si distinguée et si chaleureuse des sentiments dontM. Rochard s’est fait l’interprète auprès de notre vaillant hôte, M. Ballay. C’est à M. Rochard lui-même que je m’adresse. Je veux le remercier, au nom du comité d’organisation, d’avoir bien voulu accepter la présidence de ce banquet. Cet honneur — et je lui emprunte le mot — cet honneur lui était dû à plus d’un titre. Il est le chef hiérarchique de M. Ballay, le chef du service de santé de la marine; mais surtout il est, lui aussi, un voyageur, un explorateur, un pionnier. Comme ceux qui vont à la recherche des fleuves lointains et des mers inconnues, il a bravé, sous des cieux divers, l’inclémence des lieux et des saisons au profit de la science et de l’humanité ; et ce que d’autres ont fait pour la géographie physique, il l’a fait pour la géographie médicale. Beaucoup d’entre nous connaissent les services qu’il a rendus ii l’histoire des climats et à celle des endémies et des épidémies.
A ce propos, je me rappelle que, dans une séauce encore récente de l’Académie de médecine, il déclarait « regretter » de n’avoir jamais été en contact avec la peste. L’occasion serait malheureusement propice ! Nous espérons bien que ni notre aimé président ne cherchera l’occasion, ni l’occasion ne viendra le trouver en France. Mais comment ne pas songer en ce moment qu’un autre confrère, un médecin de l’armée de terre, est envoyé par le gouvernement français dans le foyer pestilentiel cl’Astrakhan ? Puisque nous fêtons ici un heureux retour, je vous demande d’accompagner de nos vœux un départ courageux : le départ de M. Zuber, professeur agrégé au V.al-de-Gràce.
Et enfin, messieurs, pouvons-nous nous séparer sans envoyer une pensée à ces intrépides médecins delà marine qui, sur le continent même où MM. Ballay et de Brazza ont enduré tant de souffrances, accomplissent chaque jour une œuvre de dévouement dont l’habitude leur voile à eux-mêmes la grandeur, et qui ont déjà payé à la mort un si lourd tribut. Des trente confrères envoyés au Sénégal sur le théâtre de la fièvre jaune, vingt ont succombé! A ceux qui sont ainsi tombés, on peut le dire, devant l’ennemi, donnons du fond de notre âme un pieux souvenir; à ceux qui restent, prions M. le président de faire parvenir le témoignage de notre sympathie et de notre admiration !