MARS
GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE — N° 10 — 15ft
tant de succès par le professeur Le Fml dans un cas pi présente une grande analogie avec le mien.
La première opération fut faite sur le pied droit le 15 février : je suivis rigoureusement les règles tracées par M. Le Fort dans son édition de la Médecine opératoire de Malgaigne ; mais j’eus de la peine à obtenir une section parfaitement horizontale du calcanéutn; je dns m’y reprendre à plusieurs fais;- j’éprouvai aussi quelque difficulté à amener le calcanéum dans, U11 contact parfait avec les os de la jambe; il resta légèrement en arrière. Les lambeaux furent maintenus rapprochés au moyen de bandelettes collodionnées, et un drain fut placé dans l'angle inférieur de la plaie. Des compresses imbibées d'eau froide constituèrent tout le pansement, Les suites immédiates de l’opération furent assez simples; il ne se produisit dans l’état général aucun accident qui mérite d’êtré noté.
Le 19 février, il se développa un peu de sçhacèle sur le lambeau supérieur. Le 23, je dus faire une petite incision au côté interne pour remédier à ia stagnation du pus, Le 29, toute la plaie était granuleuse, et il n’existait plus guère qu’une suppuration de surface. Plusieurs petits abcès se formèrent consécutivement au côté interne du moignon, des accès fébriles passagers accompagnèrent le développement dé ces collections, dues évidemment à un point d’ostéite qui aboutit à l’élimination d’un séquestre du volume d’une lentille. La présence dé ce séquestre entretint un trajet fistuleux qui ne se cicatrisa complètement qu’à la Un du mois d’octobre.
L’amputation fut pratiquée sur le pied gauche, par le même procédé, le 12 juin. Dans cette seconde opération, au lieu d’enlever l’avant-pied et l’astragale isolément, comme dans la première, j’ai, ainsi que M. Le Fort le conseille et le pratique maintenant, désarticulé le pied ; puis, celui-ci rabattu en bas et en arrière, pratiqué d’emblée la résection du calcanéum, emportant ainsi d’un seul coup l’astragale doublé do la surface articulaire calcauéenne pf l’avant-pied. Cette manière d’opérer m’a paru beaucoup plus facile et m’a donné un meilleur résultat. Je n’ai eu alors aucune peine à ramener et à maintenir le calcanéum dans up rapport parfait avec les os de la jambe,
Le lambeau antérieur s’est sphacélé dans une étendue de 15 millimètres à la partie externe, ce qui a laissé à nu la grosse apophyse du calcanéum ; mais l’os a bourgeonné, une cicatrice solide l’a recouvert, et, comme ce point n’a à supporter aucun effort ni aucun tiraillement, il n’en est pas résulté aentrap à la marche. Les suites de cette seconde opération ont été très-amples ; à la fin de septembre la cicatrisation était complète,
Je fis faire au malade une paire de bottines pilon, et au bout de uelques semaines de leur usage il était en état dè se promener ans l’hôpital, montant et descendant les escaliers sans la moindre difficulté et ne se plaignant nullement de souffrir de ses moignons. 11 arrivait même aisément à se passer de canne; la marche n’était que repdue un peu disgracieuse par un balancement latéral de la partie supérieure du corps. Il quitta l’hôpital Je 9 janvier 1877, après avoir fait la veille une sortie dans la ville, où la marche sur le pavé ne lui offrit aucune difficulté.
Un honorable confrère dé Lillebonne m’écrivait, il y a un mois, que l’opéré s’était replacé comme domestiqua dans la ferme oit U était avant son accident, qu’il marchait bien, qq’jl n’y avait jamais eu d’inflammation, et que cet homme pouvait vaquer à ses affaires lorsqu’il était bien chaussé. Cette lettre est datée du 31 septembre dernier, par conséquent deux gps après la g prison du malade.
Désarticulations tibio-{çir siennes.
Herval (1867), cinquante-trois ans. Ostéite progressive des os du pied. Procédé de Jules Roux. Rapprochement du lambeau avec bandelettes agglutinatives ; aspiration pneumatique, — Suppuration longue et abcès répétés sur Je trajet des gaines tendineuses. Persistance pendant dix mois d’un trajet fistuleux qui finit par guérir, Mort plusieurs années plus tard de tuberculisation pulmonaire,
Binet (1874), cinquante-sept ans, Ostéite des es du pied; constitution chétive. Procédé de Jules Roux, Suture métallique des trois quarts du lambeau ; pansement ouaté maintenu trois semaines. remplacé par le ppnsement alcoolisé. — Réunion primitive de toute la partie suturée, Six semaines après l’opération, cicatrisation assez complète pour qu’on permette à la malade de marcher. Ulcérations 'consécutives de la cicatrice qui ramènent la malade plusieurs fois à l’hôpital. Perdue dé vue.
Gautier (1875), seize ans. Ostéite dù pied. Procédé de Jules Roux; quelques ulcérations laissées dans Je lambeau. Suture métallique des deux tiers du lambeau, remplacée au bout de quelques jours par des bandelettes collodionnées; pansement alcoolisé. — Réunion primitive des parties suturées. Deux petits abcès au niveau des malléoles. Guérison complète; marche facile avec une simple bottine,
Lambert (1876), vingt-sept ans. Gangrène des deux avant-pieds par congélation; santé délabrée. Double désarticulation par le procédé à lambeau pstéoplastique du professeur Le Fort. Rapprocbemonj du lambeau avep bandelettes pollodioppées ; compresses froides, — Guérison parfaite avec de bons moignons et marche faci|o au moyen de bottines en pied de cheval.
(A suivre.)
SOCIÉTÉS SAVANTES
SEANCE DD 24 FÉVRIER 1879, rs- PRÉSIPENÇE DE M. DADBRÉE.
Réflexions sur la Communication faite par M. de Lesseps, concernant la contagion de la PEfSTE, par M. Bouil- La doctrine. ape soutient M, de Lesseps, savoir que la peste ne se contracte pas par le poniact des personnes ou des objets regardés pomme suspects, est celle quèÇherviri, en cè qpi concerne la fièvre jaune, parvint, après des travaux d’une persévérance héroïque, à faire triompher. Alors le système des quarantaines fut, pour un certain temps, supprimé. Çe(,te doctrine est-elle vraie? Aujourd’hui, généralement, c'est l’opinion opposée qui triomphe, et tes quarantaines spnt rétablies depuis déjà bien des apnées,
» J’ai, pour ma, parf, étudié la question de la contagion en ce qui concerne Je choléra dé Pans, ou G fit sa première apparition pendant ies années 1831-1832, et avec lequel je me suis trouvé en présence, à différentes reprises. Il est certain que, dans l’épidémie qui A eu lieu à Paris, en 1831-1832, je n’ai pas trouvé de faits qui m'aient convaincu que la maladie s’était communiquée par voie de contact proprement dit, A cette époque-là, il s’était formé dans Paris des commissions assea multipliées flans lesquelles on soutenait la contagion : elles échouèrent et ne tardèrent pas à se dissoudre,
y Pepuis qetfe époque, dans les nombreuses épidémies nouvelles de choléra qui ont été observées, l’opinion de lg contagion de celte maladie a triomphé, et aujourd’hui elle compte en sa faveur une imposante majorité. Je laisse, pour le moment, cette question en réserve, ear-il serait trop long de la discuter à fond. Mais je dois rappeler que, dans ces derniers temps, les mémorables recherches de M. Pasteur sur les organismes inférieurs, en tant que considérés comme agents de contagion, ont vraiment changé la face des choses, en matière de ce mode de transmission de certaines maladies .
» Le système de la contagion, non-seulement à l’égard de la peste, mais aussi à l’égard de la lièvre jaune ou typhus américain, du typhus d’Europe et du choléra, est celui qui triomphe aujourd’hui, et voilà pourquoi Marseille s’apprête à se préserver de la peste, qui vient, à. çe qu’on assure, de faire une nouvelle apparition dans des contrées lointaines, Quoi qu’il en soit de l’importation de ce fléau et de ses semblables, leur contagion dans les foyers qui les engendrent , sous la forme épidémique, ne saurait être sérieusement contestée.
» Ce qu’il importe surtout aujourd’hui d’étudier par tous les moyens de précision possibles, c’est le principe, Vagent, le contagium qui les engendre. Ce n’est pas assez, en effet, que de savoir d’où provient le fléau, il faut encore savoir ce qui Je produit dans les lieux de sa provenance. La peste est endémique dans la Passe-Egypte ; }a fièvre jaune est en#»
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inique en certains lieux de l’Amérique ; le typhus européen est en quelque sorte endémique dans tous les lieux encombrés et infectés de matières putrides (typhus des camps, des hôpitaux, des navires, etc.). Mais, dans ces diverses circonstances, quel est, pour chacun de ces fléaux, le principe spécifique, le miasme, le vibrion qui leur donne naissance ? Tel est le grand problème sur lequel nous ne possédons encore que les données les plus insuffisantes.
» Cela posé, je ne saurais, pour ma part, désapprouver l’envoi de médecins dans les contrées où l’on dit que la peste sévit aujourd’hui, ni les précautions qui, dans de justes mesures, seraient prises pour préserver de ce fléau les autres contrées du monde, et notre Europe en particulier. C’est bien le cas de rapporter ici ce proverbe un peu vulgaire : La prudence est la mère de la sûreté. »
— M. de Lesseps présente à l’Académie, comme il l’avait annoncé dans la séance précédente, la série des rapports qu’il a adressés d’Alexandrie au ministère des affaires étrangères pendant la grande épidémie de peste qui a sévi en Egypte dans les années 1834 et 1835.
« A celte époque, dit M. de Lesseps, cette maladie n’avait point paru pendant dix ans, et depuis lors elle ne s’est montrée dans aucune province de l’Egypte ni dans aucun des lazarets de la côte de la Méditerranée ou de la mer Rouge.
» On pourra remarquer dans mes rapports que, devant suivre l’opinion commune sur la contagion, en ma qualité de président de la Commission sanitaire, je fis d’abord entourer Alexandrie d’un cordon de troupes, pour empêcher toute communication avec l’intérieur du pays. Sur la nouvelle de l’établissement de ce cordon, quatre cents familles quittèrent la ville sans communiquer l’épidémie dans les endroits où elles se sont arrêtées.
» Mais plus tard, lorsque la peste commença à sévir au Caire, le cordon sanitaire fut supprimé, et dès lors l’épidémie commença à diminuer à Alexandrie, lorsqu’elle sévissait cruellement au Caire.
» La section de médecine de l’Académie pourra peut-être profiter de mes observations et de celles qui ont fait l’objet d’une publication du docteur Clot-Bey, pour examiner cette question fort intéressante et en tirer une conclusion qui pourra contribuer à diminuer les craintes que l’idée de la peste inspire aux populations et démontrer l’inutilité des précautions nuisibles. »
(Ces documents seront transmis à la section de médecine et chirurgie, à laquelle MM. Pasteur, Bouley, Larrey sont priés de s’adjoindre.)
Académie de médecine.
M. le préfet de la Seine adresse une lettro par laquelle il demande l’avis de l’Acabres du conseil municipal et de délégués d/divcrscs administrations, dans le but
Cette lettre est renvoyée à une commission composée de MM. Fauvel, Bergeron, Broca, Delpech et Lagneau.
L’Académie reçoit : 1“ Une lettre de MM. Bochefonlaine et Charles Richet, qui se portent candidats dans la section d’anatomie et de physiologie. — 2° Un travail de M. le docteur Cabasse, intitulé : De la propriété des eaux chlorurées sadiques de Bourbonnc, comme révélatrice de la diathèse syphilitique latente ou ancienne. [Commission des eaux minérales.) —3° Un rapport manuscrit de M. le docteur Pugibet, médecin aide-major de première classe, sur la variole dans la garnison d’Alger et sur les vaccinations et rovaccinations pratiquées sur le 83" régiment d’infanterie. — A" Une lettre de M. le docteur Peyraud (de Libourne), accompagnant l'envoi de plusieurs travaux à l’appui de sa candidature au titre de membre correspondant.
Bibliothèque. — M. le Secrétaire perpétuel communique à l’Académie un extrait du rapport des bibliothécaires sur le service de la bibliothèque pendant l’année 1878. Il résulte de cet intéressant document, que l’Académie a reçu, dans le cours de l’année, 2619 ouvrages, volumes ou brochures, et
que le nombre total d’imprimés enfermés dans la bibliothèque n’était pas moins de 96378, au 31 décembre 1878.
Élections. — L’Académie procède, parla voie du scrutin, à l’élection d’un membre titulaire dans la section de physique et de chimie.
La liste de présentation portait : En première ligne, M. Jungfleisch; en deuxième ligne, M. Gautier; en troisième ligne, M. G. Bouchardat ; en quatrième ligne, M. Hardy. Le nombre des votants étant de 77, majorité 39, M. Gautier obtient 33 suffrages, M. Jungfleisch 26, M. Bouchardat 16.
Aucun des candidats n’ayant réuni la majorité, il est procédé à un second lourde scrutin. Sur 79 votants, majorité 40, M. Gautier obtient 47 suffrages, M. Jungfleisch 30, deux bulletins blancs. M. Gautier est proclamé élu.
La peste en Orient. — A l’occasion de la communication de M. Fauvel sur la peste, M. Marey se plaît à reconnaître la parfaite suffisance, on pourrait même dire l’excès des moyens défensifs mis en œuvre contre ce fléau ; mais il voudrait savoir ce qu’on fait au point de vue de l’étude de cette maladie. On n’a pas encore appliqué à cette étude les données actuelles relatives au rôle important que jouent les organismes inférieurs dans la pathogénie de certaines affections. Ne serait-il pas possible d’instituer un plan d’études, une sorte de programme basés sur ces recherches elles-mêmes, et l’Académie ne serait-elle pas d’avis de nommer une commission à cet effet?
M. Bouillaud appuyé fortement -cette proposition, et dit qu’il ne faut pas perdre les occasions malheureuses qui s’offrent à nous d’étudier la peste. Il a déjà soutenu cette opinion que nous n’avions pas seulement à chercher les moyens préservatifs à opposer à ces maladies, mais que nous devions nous appliquer plus spécialement encore à en déterminer les origines. C’est surtout dans ce sens que devrait être institué un plan d’étude.
M. Fauvel, en réponse à M. Marey, dit qu’il ne connaît pas es instructions qui ont été données à la commission allemande ; mais il fait observer qu’il a été donné à M. Zuber un certain nombre d’instructions dans le sens indiqué par M. Marey. Actuellement, ajoute M. Fauvel, nous ne connaissons qu’un seul moyen de neutraliser le principe morbifique de la peste, c’est le feu. M. Fauvel appuie, du reste, la proposition de M. Marey.
M. Pasteur annonce que, pour la première fois, il parlera d’une chose qu’il ne sait pas; mais, comme il croit aux germes, et qu’il présume que ces germes jouent un rôle dans la peste, comme dans bien d’autres maladies épidémiques, il émettra son opinion sur ce sujet.
M. Pasteur suppose qu’il soit chargé d’aller étudier la peste sur les lieux où elle se développe ; la première chose qu’il ferait, serait d’essayer la culture du sang d’un pestiféré. Si, après plusieurs cultures successives de l’organisme infectieux que M. Pasteur suppose être la cause de la peste, cet organisme produit la peste, on sera sûr qu’il est bien réellement la cause de cette maladie. M. Pasteur entreprendrait ces recherches l’esprit dégagé de toute prévention. Mais comment agir ainsi sans danger?
Il croit fermement qu’on peut étudier la peste au sein même d’hôpitaux encombrés de pestiférés, en prenant les précautions suivantes. Comment ces organismes inférieurs, dont a parlé M. Pasteur, arrivent-ils dans l’économie? Par les muqueuses de l’œil, de la bouche, du nez, des oreilles ou des bronches; or, il suffirait de soustraire toutes ces muqueuses au contact de l’air par du coton, en appliquant sur la bouche un appareil spécial, laissant la respiration trèslibre. Resterait l’alimentation ; pour écarter tout danger de ce côté, M. Pasteur ferait recuire lui-même ses aliments, et ne boirait que des eaux minérales provenant de pays étrangers.
En réalité, ajoute M. Pasteur, l’infection est bien plus
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difficile qu’on ne se l’imagine. Il éludie, en ce moment, dans son laboratoire, trois maladies particulièrement infectieuses : le charbon, la septicémie, et une maladie spéciale aux volailles, qu’on appelle le choléra des poules, et dont M. Pasteur possède maintenant l’organisme infectieux. Eh bien, il n’y a jamais eu d’accidents, dans ce laboratoire, ni sur les personnes, ni sur les animaux qui s’y trouvent. L’infection se lait donc bien plus difficilement qu’on ne le croit généralement, et rien n’est plus facile que de l’éviter quand on possède la véritable étiologie de ces maladies infectieuses.
M. Rochard, tout en accordant une grande importance aux recherches laites dans le sens indiqué par M. Pasteur, rappelle que rien n’a été fait encore pour la peste au point de vue clinique. On n’a pas encore idée de la marche ae la température dans cette maladie, ni des résultats que donneraitl’analyse du sang et des différents liquides de l’économie. En un mot, ce qui a été fait pour la fièvre jaune ne l’a pas encore été pour la peste. Des recherches faites dans ce sens seraient évidemment des plus utiles et n’exigeraient pas l’appareil instrumental, ni les précautions excessives et d’ailleurs impossibles en pratique indiquées par M. Pasteur, pour les recherches de laboratoire. Il n’est pas de médecin, en effet, qui, en présence d’une maladie épidémique quelconque, consentirait à se boucher les yeux, le nez, les oreilles et la bouche; il s’inquiète avant tout, par son maintien et sa tenue, de rassurer les malades et de donner le bon exemple aux infirmiers et à tous ceux qui, comme lui, doivent approcher les malheureux atteints de l’épidémie. Quel est le chirurgien qui, en pratiquant une trachéotomie, a jamais songé à se garantir contre les fausses membranes, que l’opéré lui crache si souvent à la figure?
M. Pasteur admire le courage des médecins et des chirurgiens bravant ainsi les plus grands dangers sans prendre la moindre précaution pour s’en garantir. Cependant c’est avec une vive douleur qu’il a appris que ces jours derniers encore, un jeune élève des hôpitaux succombait en quelques heures aux atteintes d’un croup contracté en faisant son service. Il ajoute que, dans tout ce qu’il a dit relativement à la peste, il n’a eu en vue que l’expérimentation.
La proposition de M. Marey est mise aux voix et adoptée ; une commission est nommée, composée de MM. Pasteur, Bouillaud, Fauvel, Marey, Davaine, Jaccoud, Bouley et Rochard.
La torsion vertébrale, son mécanisme et son influence
SUR LA FORMATION DES CARACTÈRES ANATOMIQUES DE LA DÉVIA¬ TION latérale de l’épine. — M. Jules Guérin présente sous ce titre un mémoire dont il lit les conclusions suivantes :
1° La torsion est un fait constant et général des déviations latérales de l’épine; on l’observe sur tous les squelettes de sujets déviés, et elle est invariablement liée au phénomène de la courbure, quels qu’en soient le siège, le degré, le nombre et la direction.
2° La torsion est le résultat de quatre ordres d’influences ui assurent à la colonne vertébrale sa plusgrande résistance ans le sens transversal, savoir : sa constitution osseuse, la résistance passive de ses muscles, leur contraction passagère et leur contraction permanente.
3° En vertu de ces influences, la colonne vertébrale se trouve dans la condition d’une tige qu’on voudrait fléchir sur une arête ou dans le sens de sa plus grande résistance, et qui, pour échapper à cette impossibilité, subit un mouvement de torsion qui lui fait présenter sa face la moins résistante à l’effort de flexion.
4° En vertu de l’accroissement d’avant en arrière des agents de cette résistance latérale du centre de la vertèbre à l’extrémité de son apophyse épineuse, la torsion vertébrale ne s’exécute pas autour de l’axe même de la colonne, mais autour d’un axe passant par le sommet des apophyses épineuses.
5° Il résulte de ce mécanisme et de cette disposition que les Courbures vertébrales sont toujours plus prononcées en avant qu’en arrière, c’est-à-dire suivant la ligne des corps vertébraux que [suivant la ligne des apophyses épineuses ; et qu’à leur première période ou degré, les courbes décrites par les corps vertébraux mesurent déjà 15 millimètres de flèche, alors que les apophyses épineuses continuent à décrire par leur sommet une ligne droite : cette proportion de 15 millimètres en plus au début des courbures antérieures se conserve à tous leurs degrés en s’accroissant du chiffre de la demi-flèche des courbures postérieures.
6° La torsion est le facteur principal des caractères anatomiques de la déviation latérale de l’épine; elle se traduit au dehors par les déplacements qu’elle imprime aux annexes de la colonne et aux parties qui les recouvrent, et le caractère spécial de ces déplacements se résout dans la saillie en arrière et la dépression en avant des parties correspondantes aux convexités des courbures, et, réciproquement, dans la dépression en arrière et la saillie en avant des parties correspondantes à leur convexité : d’où les deux gibbosités antérieure et postérieure des sujets atteints de déviations latérales considérables.
— La séance est levée à cinq heures.
Société médicale des hôpitaux.
Des anévrysmes syphilitiques: MM. VaUin, A. Fournier, Comil. —
Étude histologique, de l’ecchymose, des bulles et de la gangrène :
M. Cornil. — Muguet de l’œsophage : M. Damaschino.
M. Millard donne lecture du discours qu’il a prononcé aux obsèques de M. le docteur Trélat, au nom de la Société.
— M. Vallin présente les pièces d’un malade mort dans son service. Ce malade avait été atteint quinze ans auparavant d’une syphilis très-grave; bien que cette syphilis eût été soignée, le malade eut plus tard une gomme à la partie antérieure du tibia, M. Vallin constata à cette région une exostose du volume de la moitié d’un œuf de pigeon. De plus le malade se plaignait de douleurs dorso-lombaires extrêmement vives. M. Vallin constata des battements au niveau de l’hypochondre, ainsi qu’un souffle rude, râpeux : au cœur, on trouvait un souffle doux, semblable à celui qu’on trouve dans l’anémie. La cachexie du malade était profonde. M. Vallin prescrivit un traitement mercuriel associé à l’iodure de potassium qui fut poussé jusqu’à la dose de 8 grammes. Le malade mourut subitement cinq mois après le début de ce traitement.
A l’autopsie, on trouva un épanchement de sang dans la cavité péritonéale. L’aorte abdominale présentait quatre dilatations, dont trois méritaient le nom d’anévrysme. Ces dilatations anévrysmales étaient-elles de cause syphilitique ? Telle est la question que se pose M. Vallin en faisant remarquer que les caractères histologiques des lésions actuelles de la syphilis sont communs avec ceux de l’artérite chronique.
M. Fournier répond qu’en effet la relation de la syphilis avec les anévrysmes est une question nouvelle. L’histologie a montré les lésions que peut déterminer la syphilis sur les artères. La plus fréquente est la prolifération des cellules, prolifération qui produit la sclérose artérielle et par suite les inégalités dans le calibre des vaisseaux sanguins. Si la syphilis détermine de telles lésions, et le fait est prouvé, elle peut déterminer par cela même la diminution de résistance du vaisseau et l’excès de pression dans le vaisseau en amont du rétrécissement. Il est donc naturel de penser que le vaisseau peut et doit se dilater au niveau de la lésion, c’est-à-dire au point où la résistance a diminué.
Il y a deux siècles que les anévrysmes concomitant avec
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la syphilis ont été signalés : lq première observation a rapport à un anévrysme de l’artère sous-clavière : depuis, on a signalé des anévrysmes de la crurale, de l’artère basilaire et de l’artère sylvienne (Lancereaux), du tronc basilaire (Blachez), Deux fois, M. A. Fournier a observé des anévrysmes de l’artère sylvienne, une autre fois un anévrysme de l’aorte. Il est donc possible d’affirmer une relation entre la syphilis et la dilatation des vaisseaux sanguins. M. A. Fournier sera néanmoins plus réservé que les médecins anglais qui considèrent la dilatation anévrysmale comme étant une lois sur deux de cause syphilitique. Ce qu’on peut dire, c’est qu’il y a une relation entre ces deux affections ; mais la fréquence reste à démontrer et à justifier.
On a objecté contre cette idép que les anévrysmes ne sont pas syphilitiques parce qu’ils ne guérissent pas; mais ce n’est pas un argument. Le traitement, en effet, ne peut plus rien; on peut agir sur la syphilis elle-même, mais non sur toutes les lésions consécutives. L’anévrysme est une lésion commune consécutive à une lésion spécifique qui est elle-même la lésion préparatoire.
M. Vallin répond qu’en effet on ne peut tirer un argument de ce fait que le'traitement ultérieur ne produit aucune modification ; mais le malade dont il vient de parler a subi au début un traitement sérieux qui aurait dû agir sur la lésion préparatoire et enrayer sa marche du côté des artères.
M. Gornil a étudié histologiquement les lésions syphilitiques des artères. Il est certain que la syphilis exerce une action très-réelle et très-importante sur les artères et qu’elle détermine des artérites. Une fois cette lésion localisée, le traitement spécifique ne peut enrayer les accidents consécutifs.
M. Fournier dit à M. Vallin que son malade n’a pas subi un traitement complet, puisqu’il n’a été traité que pendant deux ans. De plus, même avec un traitement complet, on voit des syphilitiques ne pas guérir : un accident disparaît, puis d’autres apparaissent.
M. llillairet ajoute qu’il n’est pas étonnant que la syphilis puisse déterminer des lésions dans les artères, puisqu'on a signalé des lésions de la paroi interne du cœur dues à la même cause.
M. Gornil devait présenter aujourd’hui avec M- Rigal une observation d’un malade mort à la suite d’une affection cardiaque, et ayant déterminé pendant la vie du purpura hémorrhagique, des bulles et de la gangrène, M. Rigal donnera plus lard l’observation clinique, M. Gornil se contentera d'exposer l’examen histologique des lésions de la peau qu’il a observées.
Il a étudié la lésion depuis son début jusqu’à sa marche ultime, la gangrène.
La première manifestation a été l’ecchymose. M. Corail a reconnu que ces ecchymoses étaient dues à des hémorrhagies multiples ayant pour siège les fibres du derme : à l’extrémité :les papilles, les capillaires présentaient une distension consR dérame, presque anévrysmale. Au niveau des ecchymoses, on trouvai! des soulèvements épidermiques et un épanchement de globules blancs entre les papilles et la couche muqueuse de Malpighi. Les glandes de la peau n’étaient nullement altérées.
Dans les bulles, on trouve deux sortes de lésions : des lésions de l’épiderme d’une part, et des lésions de l’épiderme et du corps muqueux de Malpighi. On trouve dans les huiles une dissociation des cellules du corps de Malpighi, dissociation telle parfois que, dans certains cas, il ne reste qu’une seule coucne formée par l’épiderme corné. Le corps muqueux présente quelques restes au niveau des papilles, mais on ne retrouve plus rien sur la surface de la bulle, L’épiderme présente quelques points d’un blanc opaque, qui sont les points où les glandes sudoripares sortent de la peau : on trouve à cè niveau une accumulation des cellules cornées.
— M, Damaschino présente les pièces anatomiques d’un phthisique âgé de dix^neuf ans, sur lesquelles on constate du muguet de l'oesophage. Le muguet buccal datait de dix jours. On trouve à la partie inférieure de l’œsophage, qui est d’une coloration crémeuse, des fausses nœipbranes d’autant plus minces qu’on s’approche du pharypx : dans l’intérieur des glandes, on trouve des spores. Dans je larynx et la trachée, on ne trouve ni muguet, ni fausses membranes.
Dr Joseph Michel.
Société de chirurgie.
Lésions des nerfs dans les fractures. — Pansement des plaies. — Exostoses de croissance.
M. Tillaux fait un rapport sur un mémoire adressé à la Société de chirurgie par M. Challot (de Montpellier) : Des lésions des nerfs produites par les fragments dans les fractures.
La première partie du mémoire est consacrée à l’historique et à un résumé statistique. Dans la seconde partie, M. Challot publie une observation. Un individu reçoit un sac de blé sur l’épaule droite : fracture de la clavicule; guérison. Quatre ans plus tard, le même individu rentre à l’hôpital : hyperesthésie excessive du bras droit, avec douleurs spontanées s’irradiant du côté de la tête. On constate un très-gros cal au niveau de la fracture ancienne. M, Dubrouil proposa au malade la résection du cal, opération qui ne fut pas acceptée.
M. Tillaux rappelle à ce propos les observations de M. Ollier, de M. Trélat et celle qu’il a publiée ; dans ces cas, on rétablit les mouvements en dégageant les nerfs comprimés par des cals volumineux.
M. Verneuil dit qu’on ne peut comparer ces observations à celles de M. Challot. Dans ces observations, les troubles nerveux étaient confinés au nerf comprimé; tandis que chez le malade de M. Challot on peut avoir affaire à une névrite ascendante. Si l’on était sûr qu’il s’agit d’une simple névralgie réflexe, on pourrait opérer.
— M. Després. Il y a trois ans, le pansement de Lister était défendu avec acharnement à la Société de chirurgie; aujourd’hui on est moins exagéré ; on veut bien admettre qu’un blessé pansé à l’acide phénique peut, à la rigueur, mourir. Si on lit le rapport des chirurgiens de Moscou, on voit que le pansement a l’air libre est une des critiques les plus sanglantes du pansement de Lister.
Aucun pansement n’est applicable à toutes les plaies ; et le même pansement ne convient pas à toutes les périodes d’une même plaie. En 1814, Roux fit un voyage à Londres, et il écrivit à son retour un livre ayant pour titre : Parallèle entre la chirurgie anglaise et la chirurgie française. Plus tard, M. Topinard publia une thèse sur la chirurgie anglaise ; enfin, en 1865, M. de Valcourt signala le pansement de Lister dans un article de la Gazette médicale : trois fois on nous dit que les chirurgiens anglais faisaient mieux que nous. Roux conseilla la réunion par première intention. Topinard insista sur l’hygiène des salles de blessés et sur le traitement tonique. Aujourd’hui la mode est au pansement de Lister. Dans l'espace de soixante-deux ans, trois pansements panacées sont venus d’Angleterre.
La doctrine de la septicémie n’est pas établie nettement ; les causes cliniques de la septicémie ne sont pas résolues. M. Yerneuil est pour la théorie du poison (sepsine); personne n’a vu la sepsine. La théorie qui a le plus d’adhérents, c’est la septicémie avec abcès métastatiques. M. Lister a dit que le pus altéré existant dans la plaie était résorbé. M. Pasteur a admis que les produits septiques contenaient des anaérobies.
Il y a un mode de guérison naturelle des plaies; il faut une
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atmosphère humide autour de la plaie et une immobilisation rigoureuse. M. Després présente un malade qui eut le pouce arraché le 12 février; on appliqua un pansement au diachylon ; l’occlusion n’est même; pas parfaite. Voilà quatorze jours que l’accident a eu lieu, et la plaie est en bon état, quoique l’odeur en soit infecte. M. Després a soigné quatre-vingt-cinq blessures analogues, et il n’a perdu que deux malades par tétanos. Les partisans du pansement antiseptique ne feraient pas mieux.
La théorie de la septicémie par contagion, défendue par M. Le Fort, est facilement attaquable; en effet, des blessés meurent en vingt-quatre heures empoisonnés par les gaz développés dans un emphysème traumatique. Là contagion n’a pas eu le temps de se produire.
M. Després trouve que la statistique des chirurgiens allemands n’a pas grande valeur. Et s’il construit sa statistique comme celle de Volkmann, il obtient les résultats suivants : depuis huit ans, 15 amputations de cuisse; 8 Cas compliqués, 3 morts; 4 amputations traumatiques ordinaires, 4 guérisons ; 2 amputations chez des malades atteints de septicémie, 2 morts ;-r- 6 amputations pour tumeurs blanches, 6 guérisons; — 5 amputations de bras, 1 mort; — 2 amputations de jambe, 2 morts (c’est une mauvaise opération qu’il faut remplacer par l’amputation de la cuisse) ; — 2 désarticulations de l’épaule, 2 morts (les malades étaient en état de septicémie) ; 5 opérations sous-astragaliennes, 1 mort.
La statistique intégrale de l’hôpital Cochin pour les plaies avec perte de substance est la suivante : 29 ablations de tu- 'meurs du sein, pas de mort. On ne fait pas mieux avec les autres pansements. Les chirurgiens étrangers opèrent des malades que nous n’opérons pas, et améliorent ainsi leur statistique,
M. Théophile Anger est partisan de l’alcool, parce qu’il le considère comme le meilleur antiseptique; mais il reconnaît aussi les qualités des pansements ouatés et phéniqués.
M. Anger donne une première statistique, qui. comprend les blessés du siège de Paris de septembre 1870 au mois de mars 1871. Parmi les 99 blessés admis à l’ambulance de l’école polonaise, boulevard Montparnasse, 30 avaient reçu des blessures graves par armes à l'eu, qui toutes ont nécessité une intervention chirurgicale.
1 amputation de cuisse. . . . 1 mort.
1 amputation de bras . . 1 guérison.
2 désarticulations de l’épaule . 2 guérisons.
1 castration . : . 1 guérison.
U plaies avec fracture des os . . j 4f
11 plaies sans fractures ayant nécessité de
larges débridements. . , . . 11 guérisons,
Pendant la Commune, à l’ambulance de Ville-d’Avray, 50 blessures ont exigé des opérations ou des pansements prolongés.
7 amputations; de cuisse 5 guéris. 2 morts,
2 amputations dp bras . . 1 — 1 —
2 amputations de jambe ........... 1 — 1 —
1 amputation des cinq métatarsiens, 1 — » —
9 plaies graves en séton de la cuisse . 8 — 1 —
8 plaies graves de cuisse avec fracture. 5 — 3 —
5 fractures de jatnbe avec extraction
d’esquilles . 4 ^ 1 ± st.i
13 plaies simples en sétoii. . 13 » -rr
La plupart des décès ont eu lieu dans les quelques heures ou quelques jours qui ont suivi l’opération ; la rapidité de la mort' met hors de cause toute espèce de méthode de pansement. Pour comparer ces statistiques intégrales à celles de Volkmann, il faudrait donc, à son exemple, en retrancher les opérations faites in extremis.
M. Anger établit ensuite le résumé des opérations faites depuis la guerre. Il les divise en trois séries au point de vue du pansement.
Dans la première série, 48 cas graves pansés à l’alcool.
1 amputation du pied - ..... - - » guéris, 1 mort,
2 résections articulaires de 10 centi¬
mètres du tibia. , . 2 — » —
2 résections du coude . . . . . . . 1 — 1 —
3 grandes résections tibiales . 3 — • » —
2 sutures osseuses des membres - ... 2 ^
7 extractions de séquestres. , , . . . . , 7 -rr a .rNi
31 ablations de tumeurs . . 2b . 6 t<, s
Depuis 1872, M. Anger a pansé à la ouate 10 amputations de cuisse; 8 ont guéri. Le pansement de Lister a été employé dans trois circonstances graves ; ces trois faits pe sont pas suffisants pour tirer des conclusions.
Maintenant que les méthodes antiseptiques sont universellement adoptées, les chirurgiens doivent chercher à démontrer que chaque opération nécessite un pansement spécial. Si le pansement de Lister est bon, le pansement à l’alcool ne l’est pas moins.
— M, Le Dentu présente un jeune homme qui a une exostose du fémur au-dessous du cul-de-sac antéro-supérieur de la synoviale du genou. M. Le Dentu a fait la myotomie sous-çutanée au-dessus de l’exostose ; la contracture musculaire et la douleur ont disparu.
M, Le Dentu lira prochainement à la Société un travail sur les exostoses de croissance, les douleurs qu’elles déterminent et le moyen. d’enlever ces douleurs.
Société «le biologie.
SÉANCE PU 1er $ARS 1879. — PRÉSIDENCE DE M, BERT.
Discussion sur le liquide céphalo-rachidien. — Organes d’implantation des plantes parasites : M. CShatin père. — Changements de coloration chez les axolotls privés d'un hémisphère cérébral : M. Bert. — Injections dans les ventricules latéraux : M. Cossy.
A l’occasiop du procès-verbal, M- Quret reprend la discussion commencée dans la séance précédente sur le liquide céphalo-rachidien, Il fait observer que, dans cette question comme dans toute expérience tentée sur l’encéphale, il faut tenir comp te des conditions qui modifient la vascularité de ces organes. C’est ainsi que les excitants chimiques, sans action sur le cerveau lorsque le crâne est largement ouvert, ce qui produit l'abaissement de la tension artérielle, suffisent à provoquer des mouvements lorsque le crâne est ouvert sur une petite surface; c’est ainsi que les excitants mécaniques, habituellement inefficaces, ont déterminé des mouvements, lorsque, dans Jes expériences de MM. Franck et Pitres, ils étaient appliqués sur aes cerveaux enflammés; c’est ainsi enfin que l’excitation électrique, dont les effets vaso-moteurs sont incontestables, est toujours suivie d’une réaction motrice.
M. Bochefontaine, sans contredire ces observations, maintient que l’absence du liquide céphalo-rachidien dans les ventricules cérébraux lui a été démontrée dans plusieurs cas, bien que ses recherches aient été faites dans des conditions fort diverses.
M. Làborde croit qu’il faut tenir grand compte de la position de l’animal en expérience : le liquide accumulé vers les parties déclives peut manquer complètement dans les cavités où on le recherche, si celles-ci sont trop élevées, et y affluer, ati contraire, dans la situation opposée.
M. Franck s’étonne qu’on ne tienne pas compte de la quantité de sang contenue dans la cavité crânienne : la quantité du liquide céphalo-rachidien y est en raison inverse de celle du sang, ce qui pourrait expliquer les divergences indiquées par MM- Duret et Bochefontaine,
M. Hallopeau rappelle les observations où l’on a trouvé les ventricules distendus par une quantité considérable de
7 Mars 1879
sérosité, alors que le liquide sous-arachnoïdien n’avait pas augmenté. D’un autre côté, les membranes limitantes des deux ordres de cavités présentent des différences de structure : ici ce sont simplement les endothéliums des espaces conjonctifs; là c’est l’épendyme, membrane revêtue d’un épithélium cylindrique, et présentant des caractères particuliers. Ne serait-il pas contraire aux lois de la physiologie générale d’admettre que des parties aussi distinctes par leur structure et leur développement puissent sécréter un produit identique? Il faudrait, pour rendre cette proposition acceptable, démontrer que le liquide des cavités ventriculaires présente la même composition chimique que le sous-arachnoïdien, et jusqu’ici on ne l’a pas fait.
— M. Chatin père décrit les organes d’implantation des plantes parasites sur les plantes nourrices. La cuscute, le gui envoient dans l’épaisseur de la tige qu’ils ont envahie devrais suçoirs qui traversent les couches corticales, le ligneux, et pénètrent jusqu’à la moelle. Ces suçoirs sont composés de deux cônes emboîtés l’un dans l’autre : l’externe, formé de tissu cellulaire délicat; l’interne, de vaisseaux ponctués et rayés. Ils sont très-nombreux ; parfois même le parasite envoie dans les couches cambiales de la plante nourrice des coulées de tissu parallèles à la tige de cette dernière,. et d’où se détachent des suçoirs secondaires. Les parasites des racines moins exposées à être arrachées ont des moyens de fixité moins perfectionnés.
— M. Bert présente deux axolotls : l’un blanc, l’autre noir, auxquels il a enlevé, il y a environ six mois, un hémisphère cérébral. Aucun phénomène vaso-moteur n’a été constaté; mais sur l’animal blanc on a vu apparaître plusieurs taclies noires qui tendent aujourd’hui à disparaître. Pareille modification s’est produite sur le noir; mais l’observation en a été plus difficile. Que signifie cet effacement progressif des taches? Est-il dû à la régénération de l’hémisphère enlevé? C’est ce que l’autopsie dira plus tard.
— M. Cossi ) met en parallèle ses expériences et celles de M. Duret : il injecte directement dans les ventricules 10 grammes de liquide coagulable, tandis que M Duret a injecté 130 grammes d’eau. Son procédé lui paraît meilleur; il permet de retrouver dans les ventricules latéraux et dans le troisième ventricule la substance injectée, et de s’assurer qu’elle a respecté complètement le quatrième. Dans tous ces cas, il y a eu des contractures. M. Cossy croit donc pouvoir les attribuer à la compression des parois ventriculaires plutôt qu’à la pression communiquée aux corps rectiformes, comme le veutM. Duret; il ajoute que l’étude clinique des cas d’hémorrhagie cérébrale confirme son opinion.