X. Arnozan
Société de thérapeutique.
Des lavements nutritifs ; du rôle du bouiUon : MM. Dujardin-Beaumetz, E. Labbée, Moutard-Martin, Labbé, etc. — De l'anévrysme de l’aorte ascendante traité avec succès par la méthode électrolytique : M. Bucquoy.
M. Dujardin-Beaumetz. Dans la dernière séance, M. Créquy, à propos d’une femme enceinte atteinte de vomissements incoercibles,, a dit avoir nourri sa malade au moyen de lavements nutritifs. C’est contre ce mode de nutrition que s’élève M. Dujardin-Beaumetz, etcela à deux points de vue : au point de vue de l’expérimentation et au point de vue physiologique. Expérimentalement, en effet, MM. Carville et Bochefontaine, dans une intéressante communication faite, il y a quelques années déjà, à la Société de biologie, ont démontré par des expériences faites sur des chiens, que si on donne aux uns des lavements d eau pure et aux autres des lavements de bouillon,
| les uns et les autres meurent exactement dans le même laps de temps. De plus, physiologiquement, on sait, et il est démontré que le gros intestin est dans l’impossibilité de faire une digestion quelle qu’elle soit; les sécrétions intestinales peuvent déterminer la digestion, mais non les sécrétions du gros intestin; celui-ci, eneffet, ne peut même pas absorber les peptones, alors même qu’on opère dans les meilleures conditions. Chez une malade, en effet, atteinte de cancer du pylore, M. Dujardin-Beaumetz a injecté dans le gros intestin les vomissements de matières alimentaires qui avaient séjourné quelques instants dans l’estomac, et qui, par conséquent, s’étaient mêlés à une certaine quantité de suc gastrique; deux fois les lavements ont été absorbés, puis est survenue une redite qui a empêché la continuation de ces tentatives.
M. Dujardin-Beaumetz pense donc que l’introduction de matières alimentaires dans le rectum ne peut donner aucun résultat favorable : on a proposé d’injecter des peptones artificielles, mais le gros intestin n’ayant pas la propriété de les absorber, cette tentative est donc inutile. L’eau seule est absorbée. On a dit avoir fait vivre des malades pendant des semaines à l’aide des lavements nutritifs, mais comment sait-on que la prolongation de la vie puisse être attribuée à ces lavements nutritifs? Ne voit-on pas, eneffet, des malades vomir pendant des mois la presque totalité des aliments qu’on leur fait prendre, principalement dans les cancers du cardia, dans l’hystérie, etc., et sans qu’on ait eu recours aux lavements nutritifs?
M. Daily fait observer que l’expérience deM. Carville n’est pas démonstrative : on sait, en effet, que le bouillon ingéré par l’estomac ne présente que bien peu de substances nutritives, à plus forte raison si on introduit le bouillon dans l’économie par le rectum; or, les expériences de MM. Carville et Bochefontaine ont été faites comparativement avec du bouillon et de l’eau; n’en aurait-il pas été autrement si les expériences avaient été faites avec des substances plus nutritives, du lait par exemple?
M. Dujardin-Beaumetz répond que le lait introduit à l’aide de lavements n’est pas nutritif; il n’y a d’absorbés que de l’eau et des sels, et non la caséine : il ne faut pas tenir compte de l’albumine qui n’existe que pendant les deux ou trois premières semaines de la lactation, il en est de même pour tous les lavements nutritifs, si habilement préparés qu’ils soient; le rectum n’absorbe pas, il n’y a donc pas d’alimentation possible par ce moyen : il y a même des inconvénients, puisque fréquemment on provoque des coliques et des inflammations du gros intestin.
M. E. Labbée cite cependant ce fait d’un médecin américain qui a réussi, à l’aide de lavements nutritifs composés de sang défibriné, à prolonger l’existence d’un malade pendant quarante-cinq jours. Ce malade vomissait tous les aliments qu’on lui faisait prendre.
M -Dujardin-Beaumetz demande comment on peutsavoir si la vie de ce malade a été prolongée de quarante-cinq jours. Les faits de malades atteints de cancer du pylore et vivant des mois sont communs. L’observation de ce médecin américain ne démontre qu’une chose, c’est que le malade a vécu quarante-cinq jours en prenant des lavements nutritifs.
M. E. Labbée croit que, même dans les cas de cancer du pylore, alors que les vomissements sont constants et incoercibles , il y a cependant absorption d’une petite quantité d’aliments : lesvomissemenls, en effet, sont rarement immédiats; ils séjournent quelques instants dans l’estomac, il peut donc échapper quelques parcelles qui servent à prolonger l’existence. En outre, un animal à qui on donne uniquement de l’eau, vit quelques jours de plus que celui à qui on ne donne absolument rien : il en doit être au moins de même pour les animaux à qui on donne uniquement du bouillon qui renferme des éléments nutritifs, en petite quantité, il est vrai.
M. Moutard-Martin croit qu’il y a un peu d’exagération dans les déductions présentées par M. Dujardin-Beaumetz. D’abord comment peut-on savoir le moment exact où l’oblitération du pylore, à la suite d’un cancer, a été complète? Cette oblitération a été graduelle, et pendant longtemps, alors même que la totalité des aliments paraissaient être rejetée, l’estomac a dû laisser passer quelques aliments qui suf'Qsent à prolonger la vie du malade.
M. Crèquy insiste sur la faculté d’absorption du rectum : cette faculté n’est-elle pas démontrée par la rapidité des accidents causés par l’introduction de substances toxiques dans le rectum ?
M. Moutard-Martin, revenant sur le cas signalé par M. E. Labbée, dit qu’à propos de ce malade, M. Labbée a ajouté qu’un homme bien portant ne pouvait supporter l’inanition plus de trente jours ; mais il n’en est plus de même pour un malade. En effet, un malade qui s’est anémié peu à peu par le fait d’une longue maladie, n’est-il pas plus apte à supporter une plus longue privation d’aliments ? Dans la fièvre typhoïde, par exemple, n’était-il pas autrefois déréglé de faire supporter au malade une longue abstinence? On prescrivait pendant quinze ou vingt jours une diète absolue ; puis, pendant le même laps de temps au moins, on ne permettait que deux ou trois tasses de bouillon dans les vingt-quatre heures. M. Moutard-Martin croit donc qu’il y a des conditions particulières qui lui permettent de dire qu’on ne peut affirmer que si un malade a vécu quarante ou quarante-cinq jours en prenant des lavements nutritifs, la conservation de la vie soit uniquement due à ces lavements.
M. E. Labbée n’a voulu que citer un fait, sans en tirer des conclusions positives.
M. Labbé a vu récemment une malade hystérique qui fut prise subitement à table, alors qu’elle venait d’avaler une grosse bouchée d’aliments, d’une contracture du cardia ; il eut l’idée alors de faire prendre une forte dose de pepsine ; sous ï’ action de cette substance, les aliments ne tardèrent pas à pénétrer dans l’estomac. Ne pourrait-on pas mêler de la pepsine aux substances nutritives introduites par les lavements?
M. Botdoumié dit que, sans avoir besoin d’arriver jusqu’à la mort, on pourrait, chez les animaux, se rendre compte du degré de l’inanition par l’analyse de l’urée contenue dans les urines.
M. Dujardin-Beaumetz répond à M. Labbé qu’il préférerait la pancréatine à la pepsine pour les cas dont il parle. Quant à l’expérience proposée par M. Bouloumié, d’analyser l’urée, ces expériences ne seraient pas probantes, car, privés d’aliments, les animaux se nourrissent de leur propre substance.
M. Duhomme s’élève contre cette idée que le bouillon n’est pas une substance nutritive ; pendant longtemps on l’a considéré comme un excellent aliment ; pùis, sous l’influence de la chimie, on lui a retiré toutes les propriétés qu’on lui accordait, à juste titre, auparavant.
M. Dujardin-Beaumetz ne nie pas les services que peut rendre le bouillon. On a démontré que la sécrétion du suc gastrique n’est pas illimitée; si, au moment où cette sécrétion est arrêtée, on introduit dans les veines ou même dans le rectum une substance peplogène, on voit sourdre des glandes de l’estomac une grande quantité de pepsine. Or, on considère le bouillon comme fournissant une assez grande quantité de substance peptogène ; aussi a-t-on raison de le prendre au commencement du repas. M. Dujardin-Beaumetz donne la préférence à la panade.
M. Blondeau fait remarquer qu’il y a des personnes qui ne digèrent pas la panade ; on ne doit pas oublier de plus que la digestion ne se fait pas dans l’estomac; pour qu’elle se
fasse, il est nécessaire qu’il y ait l’action de la bile et du suc pancréatique.
— M. Bucquoy présente une Drochure sur un cas d’anévrysme de l’aorte ascendante traité avec succès par la méthode électrolytique.
— M. Daily présente au nom de M. Delmas Saint-Hilaire un ouvrage intitulé : Etude clinique et statistique du service hydrothérapique de l’hôpital Saint-André de Bordeaux.
D‘ Joseph Michel.
REVUE DES JOURNAUX
lia traitement des hémorrhagies post-puerpérales,
par le docteur R. Penrose, de Philadelphie.
Après quelques considérations générales, dans lesquelles l’auteur étudie les caractères des hémorrhagies post-puerpérales et démontre la nécessité d’un traitement énergique et efficace, M. Penrose étudie les causes de ces terribles complications. La plus importante de ces causes est, sans contredit, l’inertie utérine ; viennent ensuite les adhérences du placenta, les diverses affections de l’utérus, etc. Parmi les causes prédisposantes, il faut citer cette idiosyncrasie qui détermine chez certaines femmes un état particulier de flaccidité de l’utérus.
Abordant ensuite le traitement, M. Penrose passe en revue les différentes méthodes qui ont été employées jusqu’à ce jour. Les frictions, l’application du froid, de la chaleur, de l’électricité, ont une valeur relative connue et appréciée de tous; mais ces moyens ne sont pas toujours efficaces. Le cautère actuel et les injections intra-utérines de perchlorure de fer font payer par de trop grands dangers leur efficacité.
Le médicament proposé par l’auteur comme substitutif de ces dangereux agents est le vinaigre commun. Depuis 1854, il l’a employé un grand nombre de fois, et toujours avec succès. Voici les avantages que présente cet agent :
1° On peut toujours se le procurer facilement;
2" Il s’applique facilement et sans aucun appareil spécial ;
3° Il arrête toujours l’hémorrhagie (c’est du moins ce qui a eu lieu dans les cas du docteur Penrose);
4° Il provoque les contractions utérines sans produire une trop forte irritation dans le tissu de l’organe;
5° Il constitue un excellent antiseptique ;
6° Il agit comme astringent sur la muqueuse utérine.
Voici comment le docteur Penrose emploie ce médicament : Il imbibe un petit tampon de coton ou une petite éponge de vinaigre et il l’introduit dans la cavité utérine à l’aide d’une pince ou du porte-éponge. L’hémorrhagie cesse aussitôt et il est rarement nécessaire de renouveler l’application de cet hémostatique. ( New-York medical Record, 18 octobre 1878.)
De l’obstruction intestinale, par le docteur Jpnathan Hutchinson, membre du Collège des chirurgiens de Londres.
Au dernier Congrès médical de Bath, M. Hutchinson a donné lecture d’un important travail sur ce sujet. L’autorité dpnt jouit son nom en Angleterre nous engage à donner les conclusions qu’il émet sous forme d’aphorismes ;
•1° Quand un enfant présente subitement des phénomènes d’obstruction intestinale, il est très-probable que l’on a affaire à l’invagination ou à la péritonite.
2° Quand c’est un vieillard, le diagnostic sera : obstruction par des matières fécales ou affections cancéreuses.
3° Dans l’âge adulte, les causes de l’obstruction intestinale
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peüvent ètfë multiples, mais l’ihvâgination et le cancer se rencontreront très-rarement.
4° L’invagination se reconnaîtra aux efforts de défécation, à la présence du sang ou du mucus dans les matières excrétées, à la constipation incomplète et à la présence d’une tumeur demi-molle, qu’on trouvera par l’examen des parois abdominales ou par le toucher rectal.
5° Dans l’invagination, les parois abdominales restent généralement relâchées et, comme il y a peu de météorisme, il est toujours possible avec l’anesthésie de découvrir l’empâtement.
6° On soupçonnera une lésion cancéreuse lorsqu’un vieillard aura présenté depuis quelque temps des malaises abdominaux ou des périodes de constipation passagère. Dans ces cas aussi la constipation est souvent incomplète.
7° S’il y a une, tumeur qui compromet l’intestin, on doit, en se servant de Féllier, la découvrir par la palpation, soit à travers les parois abdominales, soit par le toucher rectal ou vaginal. Il faut cependant prendre garde de ne pas se laisser induire en erreur par la présence des scybales.
8° Si, entre des attaques graves d’obstruction, le malade a joui d’üne santé parfaite pendant de longs intervalles, on peut soupçonner la présence d’un diverliculum anormal, ou d’une bride formée par d’anciennes adhérences, ou d’une portion de l’intestin distendue en forme de poche ou d’un volvuliis.
9° Si, dès le début dé l’obstruction intestinale, le ventre devient dur et distendu, on est à peu près certain qu’on a affaire à une péritonite.
10° Quand on voit les mouvements de l’intestin à travers leS parois abdominales, il est à peu près certain qu’il n’y a pas de péritonite. Ce symptôme s’observe surtout chez les sujets amaigris, qui présentent une obstruction ancienne ayant son siège dans le côlon.
11° La tendance aux vomissements sera en rapport proportionnel avec les trois conditions suivantes : la proximité du siège de l’obstruction avec l’estomac, l’étroitesse du rétrécissement et la persistance avec laquelle on aura donné des aliments ou des remèdes par les voies supérieures.
12° Quand l’obstruction a son siège dans lé côlon oü le rectum, les nausées sont complètement absentes.
13° Les violents efforts, les vomissements bilieux sont souvent plus pénibles dans les Coliques hépatiques ou néphrétiques que dans l’obstruction intestinale.
14° Les vomissements de matière fécale ne s’observent que dans les cas où l’ôbstritctiort n’ést pas trop bas. S'ils apparaissent de bonne heure, c’est un symptôme grave, qui indique Une constriction très-étroite.
15° L’introductiott de la main dans lé rectum, d’après la méthode de Simon (d’Heidelberg), peut souvent donner de précieux renseignements. {Archives médicales belges, novembre 1878.)
De l’emploi de la main comme curette dans les cas d’hémorrhagie post-partum, par le docteur H. WlLSON, de Baltimore.
L’auteur rapporte d’abord une intéressante observation, dans laquelle une hémorrhagie post-puerpérale grave n’avait pu être arrêtée parles moyens ordinaires. Il eut alors l’idée d’introduire la main dans la cavité interne, de râcler avec l’ongle les fragments placentaires, et l’hémorrhagie cessa.
Il s’agissait d’un càs très-simple, et l’accouchement avait eu iieu dans des conditions normales. L’hémorrhagie survint sans que rien pût en expliquer la catise. Les moyens les plus énergiques furent mis en usagé pour la maîtriser.
La main fut d’abord introduite dans la cavité utérine pour en retirer les caillots j l’ergot fut administré pâr l’estomac, par le réctum et en injections sôüs-cùtahëes; ort introduisit
de ia glace dans la cavité utérine. Malgré ces mesures énergiques, Tutérils ne se contractait pas et l’hémorrhagie continuait. Le cas devenait grave, et c’est alors que lé docteur Wilson, à bout de ressources, eut l’idée d’employer sa main comme curétte et de râcler la Surface placentaire avec les ongles. Cette opération fut répétée deüx fois; elle provoqua des doüleürs assez vives, mais l’utérus ne tarda pas à se. contracter et l’hémorrhagie cessa. Ce résultat a paru si satisfaisant àM. Wilson qu’il h’hésite pas à déclarer que,. dans un cas semblable, il aurait recours au même procédé. ( New- York medical Record , 18 octobre 1878i)
De l’Aspidnm MkargiitlUe et «le son emploi comme vermifuge, par le docteur Cressles.
L’oléo-rési ne de fougère sert, aux Etats-Unis d’Amérique comme en Europe, à obtenir l’expulsion du ver solitaire. M. Cressles a essayé d’y substituer l’oléo-résine de l’As/ndml marginale Swarlz, qui croît en Pensylvanie, et un plein succès a couronné sa tentative. Une première note sur ce sujet a été insérée dans Transactions of Pennsylvania State medical Society, 1875, p. 637.
Deux drachmes d’oléo-résine (environ 7 grammes) ont été divisés dans neuf capsules gélatineuses ; six seulement de ces capsules ont été prises; elles provoquèrent quelques éructations désagréables. Le patient avala une bouteille de limonade au citrate de magnésie et rendit une heure et demie après vingt-quatre pieds de tænia. On ne put découvrir la tête, bien qu’une, portion fût effilée. Deux mois plus tard, la même personne rendait de nouveaux fragments de tænia; après douze heures de jeûne, on lui fit prendre trois capsules pareilles aux précédentes, puis une quatrième capsule, enfin Une émission d’huile de ricin. Deux heures et demie après, le patient rendait huit pieds de ver, avec une partie très-effilée, où l’on ne reconnut pas la tête. Mais, depuis près de quatre années, aucun fragment de tænia n’a reparu. {American Journal of pharmacy, juin 1878, et Bulletin de thérapeutique, novembre 1878.)
De l’utilité de la délivrance hâtive démontrée par l’afta^
lyse de 161 cas de fistule vésico- vaginale, par le
docteur EmmeT, de New-York.
Tel est le titre d’un mémoire dans lequel le docteur Emmel s’efforce de démontrer que les instruments employés pour pratiquer la délivrance hâtive sont absolument étrangers à la production des fistules vésico-vaginales. Celles-ci reconnaissent deux causes principales : 1“ la lenteur dü travail Une fois que la tête est engagée dans le petit bassih ; 2° la réplétion de la véssie pendant le travail; bon nombre de praticiens négligent ett effet de vider cet organe.
D’après le docteur Emmet, l’étéhdue de la lésion n’est pas toujours en rapport avec ia durée du travail. Cette assertion est démontrée par l’analyse de 161 cas de fistule Vésico-vaginale, dans lesquels il a été constaté que la lésion était plus étendue dans les cas où la délivrance avait eü lieu naturellement.
L’auteur n’hésite pas à dire qu’il n’a jamais rencontré un seul cas de fistule vésicû-vaginale occàsionnée par la délivrance instrumentale. C'est là une assertion importante à plusieurs points de vue. On n’ignore pas, en effet, que beaucoup de praticiens ont été accusés d’avoir produit des fistules par l’emploi du forceps. {New-Yorlc med. Record, 18 octobre 1878.)
1 MAns 1819
GAZËTTÉ lîËBDOMÀDAltiË i)Ë MÉDECINE ËT DË GïlIRÜRGlE — N“ 16
BIBLIOGRAPHIE
Leçons cliniques sur les itinladies du foie, Suivies des
Leçons stn- les troubles fonctionnels du Ibië, par le
docteur Châties MuhchisdN, tradliit par le doctéür jiiles
Cyii. i vol. iu-8t — Paris, 1878, V. À. Delahaye et Cie.
— Prix, 12 fr.
Nous ne possédons en France aucun ouvragé moderne sur les maladies du foie. Malgré les nombreux travaux acculnulés dans notre littérature médicale sur la pathologie hépatique pendant les vingt dernières anilêes, aucun auteur français n’avait Osé entreprendre un ouvrage didactique ët complet sur le sujet.
L’ouvrage que nous analysons aujourd’hui ne saurait du reste être considéré comme un livre absolument didactique. Ainsi qu’il le fait remarquer lui-même dans sa préface, l’auteür n’a pas voulu faire un véritable traité sur la matière, et il s’est borné à présenter sous Uri jotir clinique 1’énsemblé de la pathologie hépatique. Cette restriction de l’auteur tient plutôt à une habitude assez générale chez nos voisins d’outremer; En Angleterre, on fait en effet peu de traités complets, surtout sur des sujets spéciaux. Les auteurs exposent volontiers les résultats de leur pratique et de leurs recherches personnelles, mais ils se décident rarement à entreprendre des œuvres générales dans lesquelles Soîit exposés et discutés les travaux et les opinions ae tout le monde.
Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons que nous féliciter de posséder aujourd’hui une traduction française de l’ouvrage du docteur Murchison, dont les remarquables travaux sur le typhus et la fièvre typhoïde étaient déjà si connus en France. L’éminent clinicien anglais a non-seulement acquis une grande ëxpéfiètiCe dans le magnifique service qu’il dirige à l’hôpital Saint-Thoniàs, il a également étudié les maladies du foie dails une latitude où elles sont fréquentes et revêtent des caractères spéciaux, dans les Indes orientales, où il a passé de longuès^ années. C’est là un avantage inappréciable, car on sait combien les maladies hépatiques diffèreht suivant les climats el les iatitudes. Les médecins de la marine trouveront donc dans ce livre un guide sûr pour lâ pratique dans les régions tropicales.
Quoique M. Murchison ne se soit pas attaché à donner une classification des maladies du foie, nous ne croyons pas inutile de faire connaître l’ordre qui a présidé à la distribution de son livre, qui est divisé en seize leçons.
L’auteur, après avoir indiqué les dimensions normales et les limites dû foie, passe en revue les circonstances qui peuvent faire croire à une augmentation de volume qui n’existe pas, et il indique les moyens qui permettent de reconnaître ces pseudo-augmentations. Puis, examinant l’augmentation réelle du foie, il indique toutes les causes qui peuvent la produire ; six leçons sont consacrées à ce sujet intéressant.
La huitième leçon est consacrée à la diminution du volume du foie. Les neuvième, dixième et onzième leçons sont réservées à une étude complète de l’ictère ; la douzième, à l’ascite : la treizième, à l’hépatalgie, aux calculs biliaires, àl’augmentation de volume de la vésicule biliaire.
Les troublés fonctionnels du foie et léur traitement sbnt magistralement exposés dans les quatorzième, quinzième et seizième leçons. Ces trois dernières leçons avaient été faites par i’auteûr au Collège royal des médecins, en 1874 (Croonian lectures), et publiées peu de temps après; elles avaient déjà beaucoup attiré i’attention. M. Murchison s’est attaché, dans ces trois leçons, à élucider quelques points obscurs de la pathologie hépatique. Il est à remarquer, en effet, que les troubles fonctionnels du foie sont peu connus de la plupart des médecins, et que beaucoup d’auteurs qui se sont spécialement occupés désaffections hépatiques ne les ont pas même mentionnés. Après avoir longuement étudié les fonctions du
foië à l’état physiologique, M. MürcliisOn én décrit les troubles fonctionnels dans l’ordre suivant : nutrition anormale, élimihatidtt ahormaië, désintëgràtidtt anormale.
Ces chapitres contiennent sûr la pathologie générale du foie des apprébiations fort originales ët se terminent par des considérations très-importantes sur lè traitement.
Disons maintenant quelques mots du traducteur. 1. le docteur Jtilés Cyr s’ëst nbh-Seülettiënt àttaëhé à nous donner üné traduction fidèle et à nous faire connaître l’œUvrê de Murchison dans tonte son originalité, mais il à voulu, par dés notés nombreuses, rappeler les principaux tràvàüx dë l’ëbole française. Ses études spéciales Sûr la pathologie hêpatiqüe lui permettaient d’accomplir cette tâche mieux qüë personne, ët hotiS pouvons dire qu’il a montré dans cette circonstance une grande érudition et uhë grands discrétion. Ce sont là des qualités assez rares pour être signalées. Là plupart des traducteurs ont, en effet, l’habitude, que nous considérons comme déplorable, d’altérer les ouvrages dont ils entreprennent la traduction. A. L.
Index bibliographique.
L’anatomie et la physiologie d'Aristote, exposées d’après les
TRAITÉS QUI NOUS RESTENT DE CE PHILOSOPHE, par le docteur J. Geoffroy, professeur libre de littérature ancienne. — Paris, 1878. Mulot et Hehry.
Gê livre s’adresse surtout aux érudits, à ceux qui se préoccupent de rechercher dans les ouvrages anciens des notions un peu précises sur l’art de guérir. L’auteur a vbulu combler une lacune en faisant connaître aux médecins ce qu’ils ne trouvent point dans les oeuvres hippocratiques. Celles-ci, en effet, ne traitent, eh général, que des questions d’anatomie ou de chirurgie. Les philosophes seuls, et à leur tête Aristote, s’occupaient de l’origine du monde et prétendaient connaître l’origine des maladies. Aristote d’ailleurs procédait en interrogeant la nature, « qui ne fait rien en vain, s ei s’il donnait trop de place, dans ses Ouvrages, à la recherblie des causes finales, il ne négligeait pas l’observation anatomique, voit'e même lâ dissection des animaüx supérieurs. M. Geoffroy, qui paraît très au courant des ouvragés de l’antiquité, à réuni méthodiquement et avec la plus scrupuleuse exactitude les paSsàgos d’ÀriStbte qui se rapportent aux sciences médicales. Les divers chapitres de sort ouvrage traitent Stibcessivettïént, après quelques notions préliminaires sür les éléments, l’âme et la matière et l’échelle des êtres, de lâ locomotion, de lâ nutrition, de la circulation, dë la respiration, des fonctions dé reproduction. Un dernier chapitre est consacré à la classification des animaux. L’auteur reproduit enfin le jugement que plusieurs savants, et entre autres Buffon, Cuvier et M. de Lacaze-Duthiers, ont porté sur l'œuvre d’Aristote. Tous cetlx qui, dans Un historique un peu complet dés travaux qü’ils voudront entreprendre, auront à citer les médecins grées, feront bien de consulter cette savante étude, qui paraît très-consciencieusement faite.
VARIÉTÉS
LA Pesté!. — Notis ne noüs trompions pas en faisant toutes sortes de réserves au sujet du cas de peste signalé à Saint-¬ Pétersbourg dans le service duprofesseur Botkin. Plusieurs dépêches nous annoncent, en effets qu’il ne s’agissait nullement de la maladie observée à Astrakhan, mais bien d’il rte syphilis grave.
L’.êpidémie parait d'ailleurs en Voie de décrOissariCe, ét si l’ Allemagne prescrit encore des mesurés qUàrdntehâirëë assez rigoureuses, en étendant l’interdiction d’importation aux engrais d’os et aux cordages, dans là plupart des autres pays, les provenances de Turquie, de Grèce, d’Egypte, de Tunis et de; Gibraltar ne sont plus soumises à la quarantaine.
A Berlin même, sur l’interpellation faite au Parlement par M. Thileriills, le président Hofmânn a affirmé que Pépidéiliie
7 Mars 1879
restait localisée. Si donc le gouvernement allemand a pris des mesures sévères pour empêcher la peste de se propager, c’est afin de répondre aux préoccupations de l’opinion publique. Une commission a été nommée; elle est munie d’instructions; ses avis dicteront au gouvernement allemand, d’accord avec le gouvernement austro-hongrois, les résolutions nécessaires pour calmer toute inquiétude.
En Russie, mêmes nouvelles rassurantes. Le général Loris Melikow est arrivé à Tzaritzin accompagné de plusieurs aides de camp. Il s’y est rencontré avec le professeur Jacoby (de Kharkow) qui y conduisait un détachement sanitaire organisé par la Société de la Croix-Rouge. Si les conditions hygiéniques de la ville et de ses environs sont déplorables, les nouvelles reçues depuis l’arrivée du général Melikow indiquent cependant que l’épidémie de peste n’y a point fait son apparition.
Agrégation des Facultés. — Par arrêté en date du 1er mars 1879, le concours qui doit avoir lieu à Paris, le 16 mars 1879, pour quatre places d’agrégés des écoles supérieures de pharmacie et des Facultés mixtes de médecine et de pharmacie (section de
sique, chimie et toxicologie), est reporté au 28 avril suivant.
'ouverture du concours pour la section d’histoire naturelle et de pharmacie reste fixée au 16 mars 1879.
Assistance publique. — Sur la demande du directeur de l’assistance publique, un arrêté de M. le Préfet de la Seine confère à l’Ilôpital Temporaire le nom d 'hôpital Laënnec, et à l’hôpital Ménilmontant celui à.’ hôpital Tenon.
Faculté de médecine de Lyon. — Par décret en date du 28 février 1879, ont été nommés professeurs titulaires à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lyon : MM. Picard, chaire de physiologie ; Crolas, chaire de pharmacie ; Mayet, chaire de pathologie et thérapeutique générales ; Soulier, chaire de thérapeutique.
École de médecine d’Amiens. — Un concours s’ouvrira, le 6 octobre 1879, à l’Ecole préparatoire de médecine et de pharmacie d’Amiens, pour un emploi de suppléant des chaires d’anatomie et de physiologie. Le registre des inscriptions sera clos un mois avant l’ouverture dudit concours.
Hospices civils de Rouen. — Concours pour une place de médecin adjoint (15 mai 1879). — Une place de médecin adjoint des hôpitaux est mise au concours. Los épreuves commenceront le jeudi 15 mai 1879. Ce concours aura lieu à l’Hospice général, sous la présidence d’un administrateur.
Vaccination. — Prix. L’Académie royale de médecine de Madrid avait mis au concours la question suivante pleine d’actualité :
« Mesures que devraient adopter les gouvernements pour l’étude ï des épidémies varioliques et leur prophylaxie. Organisalion qui » doit être donnée' au service de la vaccination et de la revaccina- » lion. » Dans sa dernière séance solennelle, l’Académie de médecine de Madrid a couronné un mémoire présenté à ce concours par M. E. Gibert (de Marseille), médecin de la compagnie du chemin de fer, et lui a accordé une médaille d’argent.
Association française contre l’abus du tabac et des boissons alcooliques. — Nous recevons le Bulletin périodique de l’Association française contre l’abus du tabac et des boissons alcooliques, contenant le compte rendu de la séance annuelle dans laquelle l’Association a décerné des médailles de vermeil, d’argent et de bronze aux ouvrages et aux actes qui concourent le plus utilement au but de sa fondation. M. Frédéric Passy, de 1 Institut, président de l’Association, a ouvert la séance par une éloquente allocution; M. Germond de Lavigne, secrétaire général, a fait l’historique de l’origine et des travaux de l’œuvre et a présenté ensuite, avec M. Crivelli, vice-président, le rapport des recompenses.
L’Association a décerné des médailles de vermeil à MM. le professeur Germain Sée, le professeur Michel Peter, Rambosson, miss Emma Reynolds (de Londres), MM. E. Decaisne, A. Nicolas, E. Goubert, Charles Richet, Koch, Stanislas Martin, Mora, de Brunchamel (Aisne), et Desguin (d’Anvers). Des industriels, des
employés, des ouvriers, signalés par le concours qu’ils prêtent a l’Association, ont eu leur part dans cette intéressante distribution.
Conseil municipal de Paris ( séance du 4 mars). — Le préfet de la Seine vient de prendre et il a communiqué au Conseil municipal un arrêté qui a pour but : 1° de décider que les médecins chargés du service des aliénés dans les quartiers des hospices de Bicêtre et de la Salpêtrière seront nommés désormais par la voie du concours ; 2° de fixer les conditions et le programme de ce concours; 3° enfin de régler la situation des médecins aliénistes par rapport au rang qu’ils doivent occuper dans le corps médical des hôpitaux. M. le préfet ajoute que les prescriptions de cet arrêté donnent une solution conforme aux principes libéraux et aux intérêts de la science. Elles font cesser un état de choses fâcheux en établissant une règle qui désormais sera constamment suivie : le concours.
Légion d’honneur. — Par décret en date du 4 mars 1879, MM. de Brazza-Savorgnan, enseigne de vaisseau, et Ballay (Noël- Eugène), aide-médecin auxiliaire de la marine, ont été nommés chevaliers de la Légion d’honneur (services exceptionnels : exploration dans l’intérieur de l’Afrique occidentale).
Nécrologie. — Encore deux malheureuses victimes de la diphtliérie ! M. Henri Barrette vient de succomber aux suites du croup qu’il avait contracté à l’hôpital Sainte-Eugénie, et Jacques Abbadie Tourné, interne à l’hôpital des Enfants, est mort hier matin à la suite d’uno angine couenneuse, contractée en opérant un enfant. — On annonce aussi la mort, à Genève, de M. Charles-Henri- Théophile Ebray, géologue très-distingué.
— Nous avons le regret d’annoncer la mort de M. le docteur Benoist de la Grandière, ancien médecin de la marine.
État sanitaire de la ville de Paris :
Du 20 au 27 février 1879, on a constaté 1026 décès, savoir :
Fièvre typhoïde, 25. — Rougeole, 19. — Scarlatine, 0. Variole, 14. — Group, 15. — Angine couenneuse, 13. — Bronchite, 59. — Pneumonie, 73. — Diarrhée cholériforme des jeunes enfants, 11. — Choléra nostras, 0. — Dyssenterie, 1. — Affections puerpérales, 5. — Erysipèle, 3. — Autres affections aiguës, 260. — Affections chroniques, 450 (dont 196 ducs à la phthisie pulmonaire). — Affections chirurgicales, 50. — Causes accidentelles, 28.
SOMMAIRE. — PARIS. Académie do médecine : La peste. — Histoire et critique. I)cs dermatoses consécutives aux lésions nerveuses. — Travaux ORIGI¬ NAUX. Clinique chirurgicale : Exposé des résultats des grandes amputations pratiquées dans une période de douze ans dans la deuxième division chirurgicale de T Hôtel-Dieu de Rouen. — Sociétés savantes. Académie des sciences. — Académie de médecine. — Société médicale des hôpitaux. — Société de chirurgie. — Société de biologie. — Société de thérapeutique. — Revue des journaux. Du traitement des hémorrhagies post-puerpérales. Do l'obslruction intestinale. — De l’emploi de la main comme curette dans les eus d'hémorrhagie post-partum. — Bibliographie. Leçons cliniques sur les maladies du foie. — Index bibliographique. — VARIÉTÉS.
G. Masson, Propriétaire-Gérant.
OUVRAGES DÉPOSÉS AU BUREAU DU JOURNAL
Traité de l’exploration de la poitrine chez les animaux domestiques, par F. Sainl- Cyr. 1 volume in-18, avec figures dans le texte, cartonné à l'anglaise. Paris, Assclin et C‘°. 5 fr.
Les paralysies post-angineuses à Gauler ds (Haulcs-Pyrciices). Introduction, notions générales de thérapeutique thermale, par M. le docteur Claude Raveau. Iu-8 de 84 pages. Paris, H. Oudin frères. G. Masson.
Las perlesias post-anginosas y las aguas termo -minérales sulfurosas de Cau tercls, par M. le docteur Claude Raveau. In-8 de 30 pages. Paris, H. Oudin frères. G. Masson.
Les sciences naturelles et la philosophie de V inconscient, par O. Schmidt. Traduit de l’allemand par MM. Soury et E. Meyer, et précédé d’une clude critique sur la philosophie de l’inconscient. 1 vol. in-18 de la Bibliolhèque contemporaine. Paris, Germer Baillière et C18. 2 fr. 50
PARIS. — IMPRIMERIE E. MARTINET, RUE MIGNON, ï!
Vingt-sixième année
Comité de rédaction : A. DECHAMBRE, président; BLACHEZ, DIEULAFOY, A. HÉNOCQUE, L. LEREBOULLET, A.H. MARCHAND
Adresser tout ce qui concerne la rédaction au siège du Comité, chez M. Dechambre, 91, rue de Lille (avant le mardi de préférence)
Paris, 13 mars 1879.