‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 62 sur 249 · L. Lereboullet · texte numérisé non relu

L. Lereboullet

VARIÉTÉS

Chronique de l’étranger.

ANGLETERRE : LA LOI ROGER-MARVAISE ET LE CORPS MÉDICAL ANGLAIS. — LÉGISLATION ET OBTENTION DE DIPLOMES PAR LES MÉDECINS ÉTRANGERS. — LE SCORBUT ET L’EXPÉDITION AU PÔLE NORD. — LE DREADNOUGHT. — LE SCORBUT DANS LA MARINE MARCHANDE FRAN¬ ÇAISE ET ANGLAISE.

On sait que la commission chargée d’examiner le projet de loi présenté par M. Roger-Marvaise sur la pratique de la médecine en France par les médecins étrangers vient de se prononcer en faveur du projet. Les journaux anglais recommencent de nouveau leurs attaques et ne nous marchandent pas les épithètes malveillantes. Non-seulement l’auteur du projet de loi est maltraité, mais encore le parlement et les médecins qui laissent prendre, au dire du rédacteur, de pareilles mesures sans protester.

La Lancet de Londres, qui ne manque pas une occasion de montrer l’antipathie que lui inspire le corps médical français, nous traite de toute sa hauteur. Il suffira, pour s’en convaincre, de lire quelques-uns des arguments invoqués par ce journal : i La loi projetée, dit-il, est antihbérale et rétrograde... Nous espérons cependant que le parlement français hésitera avant de prendre une mesure qui serait préjudiciable aux intérêts de tant de malades anglais qui vont chercher la santé dans un grand nombre de villes françaises. »

Nous n’avons pas l’intention de discuter les questions complexes que soulève le projet deM. Roger-Marvaise, mais il nous sera facile de répondre aux assertions de la Lancet et à celles de quelues journaux anglais qui annoncent que nos villes du littoral méiterranéen seront bientôt désertes si la loi est votée. Nous ferons d’abord remarquer que, la loi n’ayant pas un eftei rétroactif, les médecins qui résident actuellement en l' rance ne seront pas inquiétés et pourront continuer d’exercer librement sans être, astreints à se munir du diplôme régulier. Le service des villes d’hiver serait donc assuré par ce fait, en admettant que les malades anglais ne placent leur confiance que dans des médecins de leur nationalité, ce qui est loin d’être vrai. D’un autre côté, les médecins étrangers qui voudront s’établir en France auront le temps de se mettre eu règle avant que la mort ou la retraite aient privé nos villes d’hiver des médecins qui y exercent aujourd’hui sous le privilège de la législation actuelle. Nous ajouterons encore, pour tranquilliser la Lancet, que la nouvelle loi n’empêchera pas les médecins anglais de s’établir à Paris et dans nos villes d’hiver, et nous connaissons, pour notre part, un grand nombre d’étudiants originaires de la Grande-Bretagne qui font en ce moment leurs études à Paris avec l’intention d’ exercer en France.

Les Anglais ont, du reste, fort mauvaise grâce, lorsqu’ils nous accusent de manquer de libéralisme et de courtoisie à l’égard de

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14 Mars 1879

nos confrères d'oulre-mer. Si nous jetons un coup d’œil sur leur législation médicale, nous voyons qu'ils n’accordent aux médecins étrangers qui désirent pratiquer sur le territoire britannique aucune des facilités que nous avions données jusqu’à ce jour. Jusqu’à piésent, il suffisait à un médecin étranger d’être chaudement recommandé par son ambassadeur pour obtenir le droit de pratiquer sur notre territoire. 11 nous suffira de rappeler que le comte de Bruc, célèbre guérisseur de cancer, avait obtenu par cette voie la faculté d’exercer sous l’Empire son charlatanisme honteux. Ceux qui, moins heureux ou moins protégés, se voyaient refuser par le ministre l’autorisation d’exercer, avaient toujours la ressource d’obtenir le diplôme en passant seulement le cinquième examen et la thèse.

Trouvons-nous dans la législation anglaise de semblables libéralités? Non, certainement! Le Medical Act ne fait nullement mention des médecins étrangers, et l’inscription du Registre médical a toujours été refusée pour les diplômes qui n’avaient pas été obtenus dans les écoles anglaises. Le médecin français qui désirait exercer régulièrement en Angleterre était donc obligé de passer tous les examens réglementaires, aussi bien qu’un élève anglais.

Ces simples remarques suffisent pour montrer que nos confrères anglais ont mauvaise grâce en nous traitant de rétrogrades, puisque non-seulement la nouvelle loi ouvre les portes de nos facultés à tous les médecins étrangers, mais qu’elle les dispense encore de la scolarité et d’une partie des examens auxquels les élèves français sont invariablement soumis.

— On s’est beaucoup occupé du scorbut en Angleterre pendant ces deux dernières années, et l’épidémie qui avait régné à bord des deux vaisseaux envoyés en expédition scientifique au pôle nord a soulevé de vives discussions dans la presse et les sociétés savantes. Il fut, en effet, démontré que les commandants de 1 ’Alcrt et du Discovery s’étaient sensiblement écartés des prescriptions contenues dans le mémorandum émané du directeur général de la marine, et qu’ils avaient négligé de faire emporter sur les traîneaux la quantité de lime-juice nécessaire aux rations quotidiennes. Il n’en fallut pas davantage pour motiver la réunion d’un conseil d’enquête composé de trois amiraux et de deux médecins, qui ne craignit pas de formuler un blâme en disant que les ordres donnés •par le commandant de l’expédition s’étaient écartés sans raison suffisante des dispositions du mémorandum. C’est là un blâme sévère, surtout lorsqu’on considère que le capitaine Nares, qui commandait l’expédition, venait, au prix de fatigues et de dangers inouïs, d’atteindre la latitude extrême de 83° ,20 à laquelle nul explorateur n’avait encore pu s’élever jusqu’alors.

Les statistiques récentes montrent cependant que le scorbut est en décroissance dans la marine marchande anglaise, et que la législation de 1867, qui oblige les capitaines à suivre certaines mesures prophylactiques, a une influence salutaire sur la marche de cette affection. Si l’on consulte les cornptes rendus publiés par le Dreadnought(l), hôpital maritime de Greenwich, on voit que trente-deux cas seulement de scorbut ont été admis dans cet établissement pendant l’année 1878. Sur ce nombre, dix-huit appartiennent à la nationalité anglaise et treize à des nationalités diverses. 11 a été démontré que, dans la plupart des cas, l’emploi du lime-juice avait été négligé, et plusieurs des capitaines qui commandaient les navires où la maladie est apparue ont été condamnés. Quoi qu’il en soit, le scorbut a considérablement diminué dans la marine marchande anglaise pendant ces dernières années, ce qu’il faut attribuer aux nombreuses enquêtes ordonnées par le gouvernement anglais sur cette question et à l’anplication rigoureuse de la loi.

Tandis que le scorbut diminuait d’intensité dans la marine anglaise, il s’est montré avec une fréquence relative dans notre marine marchande. Dans une élude très-complète qu’il vient de publier dans la Revue d’hygiène, M. Mathelin décrit une épidémie intense qui a sévi à bord du trois-mâts français l’Avenir. Cette étude est accompagnée de considérations générales d’une grande importance sur l’hygiène maritime et se termine par des conclusions en forme de desiderata qui méritent certainement l’attention des législateurs. Nous pensons en les reproduisant intéresser ceux de nos lecteurs qui s’occupent de ces questions :

1° Nécessité d une législation sanitaire précise avec sanction à

’ (Q Cet hôpital, deslind aux marins du commerce, quelle que soit leur nationalité, était autrefois établi sur la Tamise, sur le vaisseau le Dreadnoughl. Depuis quelques aimées, il a été transporté à terre, dans un bâtiment construit à cet effet sur la commune de Greenwich.

l’appui, définissant les obligations que devra contracter tout capitaine ou armateur au long cours en prenant la mer;

2° Contrôle effectif sérieux où l’élément médical interviendra, non plus seulement en ce qui concerne les médicaments, mais encore et tout spécialement en ce qui concerne la quantité et la qualité des vivres emportés, qui devront être en rapport avec la longueur présumée du voyage;

3° Contrôle également en ce qui concerne les conditions d’installation du bord ;

4“ Il ne devra plus être permis aux matelots de s’embarquer sans avoir leur équipement au complet ; la dépense nécessaire devra être prélevée au besoin sur la première mise de la prime d’engagement;

5° Dans le cas où, en vue de la recherche d’une popularité de mauvais aloi, cette somme aurait été remise d’avance sans autorisation et dissipée dans les cabarets, ce qu’on pourrait dénommer le raccollement clandestin, la dépense nécessaire serait imputable à l’armateur;

6° L’introduction du lime-juice à bord de tous les bâtiments au long cours sera de rigueur, et son administration aura lieu d’après les règles adoptées dans la marine militaire;

7° Dans le mémorandum à l’usage des capitaines au long cours seront mentionnées les mesures à opposer à la propagation du scorbut, et notamment la nécessité absolue d’atterrir le plus tôt possible ;

8° Un conseil d’enquête sera provoqué pour statuer sur chaque cas en particulier et établir, s’il y a lieu, les parts de responsabilité respective;

9° Enfin une statistique mentionnant toutes les apparitions du scorbut en mer devra être dressée à l’instar de ce qui se passe en Angleterre.

Ces conclusions nous semblent modérées, d’une application facile. Introduites dans la législation française, elles donneraient certainement les résultats qu’a donnés en Angleterre le Mercliant's shtpping Act.

ADSfINISTRATION GÉNÉRALE DE L’ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

Bureaux de bienfaisance. — Personnel médical.

Le sénateur, préfet delà Seine,

Vu la loi du 10 janvier 1849, sur l’organisation de l’Assistance publique à Paris, notamment l’article 7 portant que les médecins attachés au service du traitement à domicile seront choisis au concours ou par l’élection de leurs confrères ;

Vu le vœu du Conseil municipal de Paris, en date du 5 avril 1877, relatif à l’application dudit article ;

Vu l’avis émis par le Conseil de surveillance de l’Assistance publique, le 24 janvier 1878, au sujet des bases à adopter pour la règlementation du service dont il s’agit ;

Vu les rapports du directeur de l’Assistance publique en date des 30 mai 1877 et 12 décembre 1878 ;

Considérant que, des deux modes indiqués par la loi, l'élection paraît la plus conforme aux nécessités de la pratique ;

Arrête :

Art. l“r. — Lorsqu’il y aura lieu de pourvoir à un emploi de médecin du service des secours à domicile, la vacance sera annoncée quinze jours auparavant, au moyen d’insertions dans les journaux et d’affiches apposées dans les cadres destinés à la publication des actes de l’autorité administrative.

Art. 2. — Les candidats devront se faire inscrire, avant le jour fixé pour la désignation, et justifier qu’ils sont Français, âgés de vingt-cinq ans, munis d’un diplôme les autorisant à exercer la médecine, et domiciliés dans l’arrondissement où la vacance s'est produite. Toutefois cette dernière condition pourra être remplacée par rengagement de venir y résider en cas de nomination.

Art. 3. — L’élection des médecins du service à domicile sera faite par tous les médecins exerçant leur profession dans l’arrondissement où la vacance existe et y résidant depuis un an au moins. Toutefois, si le nombre des électeurs n’atteint pas, au moins, le double de celui des médecins chargés du traitement des pauvres dans la circonscription, il sera procédé à l’élection par une réunion composée des médecins de l’arrondissement et des médecins d’un ou de plusieurs arrondissements limitrophes, de manière à compléter le nombre exigé.

Art. 4. — Le bureau électoral se composera, sous la présidence du maire ou d’un de ses adjoints, des deux électeurs les plus

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âgés et des deux plus jeunes présents au moment de l’ouverture du scrutin.

Art. 5. — Nul ne sera élu au premier tour de scrutin s’il n’a réuni la majorité absolue des suffrages exprimés, et un nombre de voix égai au quart des médecins faisant partie du collège électoral.

Au second tour de scrutin, la majorité relative suffira. Le scrutin sera ouvert à midi et fermé à quatre heures ; il devra être constamment sous la garde de trois membres au moins du bureau électoral. Eu cas de second tour, l’élection sera renvoyée à huitaine.

Art. 6. - - Deux jours au moins avant l’élection, le maire de l’arrondissement où elle doit avoir lieu adressera une lettre de convocation à chaque électeur.

Art. 7. — Le procès-verbal des opérations auxquelles il aura été procédé pour l’élection sera remis au maire qui le communiquera d’urgence au bureau de bienfaisance, lequel sera appelé à présenter ses observations s'il juge à propos d’en faire. Sur le vu de ces observations et du rapport du directeur de l’Assistance publique, le préfet de la Seine donnera son avis et transmettra le dossier au ministre de l’intérieur

Art. 8. — Le médecin élu ne pourra entrer en fonctions qu’ après l’investiture donnée par arrêté du ministre de l’intérieur sur la proposition du préfet.

Art. 9. — Les médecins institués resteront en fonctions pendant quatre ans. Ils seront à la disposition du service jusqu’à leur remplacement. En cas de vacance ou d’empêchement des titulaires, les docteurs en médecine résidant dans l’arrondissement pourront être requis par l’administration pour les suppléer, moyennant attribution proportionnelle de l’indemnité allouée aux titulaires.

Art. 10. — A la fin de chaque année, le bureau de bienfaisance adressera, désormais, un rapport individuel sur la manière dont il estime que les médecins ont rempli leur mission auprès des pauvres. En outre, le maire sera tenu d’avertir d’urgence le directeur de l’Assistance publique de toutes plaintes verbales ou écrites portées contre un médecin.

En exécution de l’arrêté préfectoral du 15 février 1879, approuvé le 20 du même mois par M. le ministre de l’intérieur, qui règle le mode de recrutement du personne] médical attaché au service du traitement à domicile, le directeur de l’administration générale de l’Assistance publique a l’honneur d’informer MM. les médecins domiciliés à Paris que, le dimanche 23 mars 1879, il sera procédé, dans une des salles de la mairie de chaque arrondissement, à l’élection des médecins pour le service des secours à domicile.

Le scrutin sera ouvert à midi et fermé à quatre heures.

Sont électeurs tous les médecins exerçant leur profession dans l’arrondissement et y résidant depuis un an au moins.

La liste des électeurs sera ouverte à la mairie à partir du 9 mars et sera close le 19 du même mois, à quatre heures.

Les candidats devront se faire inscrire à la mairie jusqu’au samedi 22 mars, avant quatre heures, en justifiant qu’ils sont Français, âgés de vingt-cinq ans, munis d’un diplôme les autorisant à exercer la médecine, et domiciliés dans l’arrondissement.

Cette dernière condition pourra être remplacée par l’engagement de venir y résider en cas de nomination.

L’inscription étant une déclaration préalable de candidature, récépissé en sera donné au médecin candidat.

L’arrêté préfectoral mentionné ci-dessus sera mis à la disposition de MM. les médecins lorsqu’ils se présenteront à la mairie pour requérir leur inscription sur la liste électorale.

Cette décision était à peine connue que les diverses municipalités de la ville de Paris annonçaient, par voie d’affiches, l’ouverture du scrutin destiné à nommer aux places de médecin des bureaux de bienfaisance. En lisant ces affiches nous avons pensé qu’il n’était question que de pourvoir aux places devenues vacantes par démission ou par décès. Les réclamations qui nous parviennent semblent prouver qu’il n’en est rien et que, sans les avoir prévenus, le préfet de la Seine regarde comme démissionnaires tous les titulaires de ces positions. Cependant un arrêté spéciâl les avait nommés individuellement pour une période de trois années. Nous aimons à penser que, quels que soient d’ailleurs ses mérites apparents ou réels, quelle que puisse être sa durée, en admettant, ce

dont nous doutons un peu, qu’elle soit pratique et longtemps praticable, cette nouvelle mesure n’aura aucun effet rétroactif. Nous comptons tout au moins sur le bon vouloir de nos confrères qui,, appelés à voter, sauront tenir un grand compte de services rendus depuis de longues années aux indigents et à l’administration de l’Assistance publique.

La peste. — On mande de Saint-Pétersbourg, 8 mars :

Le Messager du gouvernement publie trois dépêches du professeur Eichwald.

La première est datée de Viasovka, le 3 mars, et porte que l’état sanitaire de toute la contrée au nord de Staritzkoié est excellent; qu’il n’y a eu aucun cas de typhus dans les derniers mois ; que la petite vérole sévit, il est vrai, mais faiblement.

Il y a eu deux décès à Kamennyar, mais ils n’ont pas été causés par la peste. C’est pourquoi les professeurs Eichwald et Hirsch proposent de supprimer le cordon de Kamennyar.

Dans le dernier télégramme, qui est daté de Tchornigar le 5 mars, il est dit que MM. Eichwald et Hirsch sont convaincus que, lors de la peste orientale de Staritzkoié, au mois de décembre de l’année dernière, il y a eu sept décès causés par la peste dite pestis siderans, mais qu’il n’a pas pu être question de la peste des Indes.

La troisième dépêche, expédiée de Nikolskoié le 6, constate qu’il y a eu dans cette localité un cas de peste orientale, mais que ce cas n’avait aucun rapport avec l’épidémie de Vellianka.

Par suite des mesures qui ont été prises, toute inquiétude a disparu en ce qui concerne Nikolskoié et Staritzkoié.

M. le docteur Snigireff est chargé d’examiner l’épidémie de Prichibinskoié.

Les professeurs Hirsch et Eichwald se rendent directement à Yetlianka.

Le général Loris-Melikoff ajoute que dans les districts de Tchernoigar et Yénolaieff (gouvernement d’Astrakhan), qui ont une population de 1180G0 habitants, il n'y a pas eu plus de 500 cas de mort depuis le mois d’octobre, époque où a commencé l’épidémie, jusqu’au 7 février, date du dernier décès.

Il est certain que le choléra, la diphthérie, la petite vérole et le typhus font d’ordinaire beaucoup plus de victimes. On, peut dire actuellement qixe l’épidémie est terminée ; car il est prouvé que l’isolement des malades empêche entièrement l’extension de la maladie.

Les populations peuvent donc être complètement rassurées et reprendre leurs travaux. ( Agence Havas.)

— Le général Mélikoff télégraphie d’Astrakhan, à la date du 7 :

La réunion des médecins étrangers, qui a eu lieu hier à Vetlianka, sous la présidence du professeur Eichwald, a dressé un compte rendu qui constate, suivant les déclarations des docteurs Hirsch, Biasiadezki, Kabiadis, Petresko et Eichwald, que l’épidémie observée dans le gouvernement d’Astrakhan, depuis le milieu du mois d’octobre 1878 jusqu’à la fin de janvier 1879, était une épidémie pestilentielle, portant le caractère de ce qu’on appelle la peste bubonique du Levant.

Lesdits médecins s’abstiennent de conclure sur la manière dont celte épidémie a été importée, jusqu’à ce que de nouvelles investigations aient fourni des renseignements plus précis sur les dates.

L’épidémie peut être considérée comme disparue, puisque, depuis le 9 février, on n’a eu à enregistrer aucun cas de mort, ni aucun nouveau cas de maladie. On ne saurait néanmoins garantir que l’épidémie ne puisse éventuellement reparaître dans les localités précédemment infectées, et notamment à Vetlianka.

Les médecins, sur la proposition du docteur Eichwald, conseillent les précautions suivantes : surveillance médicale prolongée dans les localités suspectes; maintien du cordon sanitaire, jusqu’à l’expiration du délai de six semaines fixé par la loi, autour de chaque village infecté; maintien du cordon général autour de l’ensemble des localités infectées, avec une quarantaine de dix jours.

Les médecins jugent inutile de maintenir le cordon sanitaire actuel autour du gouvernement d’Astrakhan. tout entier.

(Agence Havas.)

La diphthérite en Russie. — La Gazette médicale russe consacre aujourd’hui un long article à l’étude d’une maladie qui effraye beaucoup moins que l’épidémie d’Astrakhan et qui n’en fait pourtant pas moins de nombreuses victimes.

Cette maladie est la diphthérite, dont les ravages sont surtout

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terribles dans les campagnes, où elle enlève en très-peu de temps presque tous les enfants d’un village.

Ainsi, comme l’ont constaté plusieurs correspondances de province, le village de Kaplounovho (province de Kharkow) a perdu cinquante enfants du 10 au 28 décembre dernier; un autre village, celui de Pakhomovka, s’est vu enlever par cette maladie, en janvier, plus de deux cents enfants, sans compter les adultes. Dans les environs de ce dernier village un petit bourg a eu plus de cent personnes emportées dans le même espace de temps. Dans la province deTchernigow, la diphthérite a fait aussi de nombreux ravages dans plus d’un village. Le district de Marioupol entre autres en est arrivé à avoir par jour de sept à neuf décès causés par cette maladie. A Slavropol, elle a tellement pris racine que, d’après le correspondant du Caucase, le nom d’epidémie ne lui convient plus. A Kischinew, dans les environs de Poltava, de Kiew, d’Odessa, d’Erivan/etc., la mortalité des enfants est grande, et la plupart du temps elle provient de la diphthérite.

La Gazette médicale s’appuie sur des chiffres donnés par une personne qui en a fait l’objet d’un rapport au zemslvo, pour constater que la diphthérite sévit depuis 1875 dans le district de Mirgorod (province de Pollava), en sautant d’un village à l’autre et en augmentant d’intensité d’année en année. Depuis son apparition dans le district de Mirgorod jusqu’au mois de décembre 1878, ce district a eu 14 598 personnes atteintes de la diphthérite, dont 6224 ont succombé. Par rapport à la population entière du district, le nombre des malades de la diphthérite est de 12 p. 100 et celui des décès causés par cette maladie dé 5 1/2 p. 100.

Ces chiffres sont assez éloquents pour qu’on puisse attribuer à cette maladie un caractère réellement épidémique, qui a probablement sa source dans les conditions hygiéniques défavorables où se trouve la population. Un hygiéniste, le docteur Erismann, démontre dans ses ouvrages que « les mesures hygiéniques, pour être utiles, doivent marcher de pair avec l’amélioration des conditions économiques de la population- i Telle est aussi l’opinion de tous ceux qui s’occupent d’hygiène en Europe. 11 est trèsimportant aussi que l’on prenne dans les localités où sévit la diphthérite des mesures sanitaires, telles que la désinfection des habitations, l’isolement des malades, l’augmentation du nombre des médecins, l’élection de commissions sanitaires, etc. Le zemstvo de .Mirgorod a commencé, paraît-il, à les appliquer; mais cela ne suffit pas, et il serait bon qu’elles fussent prises avec énergie dans toutes les contrées où la diphthérite a fait son apparition, avant que celte maladie atteigne la violence d’une épidémie.

Faculté de médecine de Paris (Prix Lacaze).— Nous sommes heureux de pouvoir annoncer que le prix de 10 000 francs, destiné à récompenser les travaux les plus remarquables consacrés à l’étude de la fièvre typhoïde et de la phthisie pulmonaire, a été décerné à M. le docteur L. Colin, professeur d’épidémiologie au Val-de-Grâce. C’est la troisième fois que la Faculté décerne ce prix. M. Villemin avait obtenu la même distinction pour ses recherches sur la tuberculose, et M. Pidoux pour son livre sur la phthisie pulmonaire.

Faculté de Lille. — M. Lescœur, docteur en médecine, licencié ès sciences mathématiques, licencié ès sciences physiques, pharmacien de T™ classe, est nommé professeur de chimie médicale à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lille.

— M. Puel, agrégé près la Faculté de médecine de Lille, est nommé maître de conférences de chirurgie et d’accouchements à ladite Faculté, pendant l’année scolaire 1878-79.

Faculté de médecine de Lyon. — M. Clément, agrégé près la Faculté mixte de mé lecine et depharmacie de Lyon, est chargé du cours de médecine légale à ladite Faculté pendant l’année scolaire 1878-79.

Faculté de médecine de Bordeaux. — M. le docteur Denucé, professeur de clinique chirurgicale à la Faculté de médecine de Bordeaux, est nommé, pour cinq ans, doyen de ladite Faculté, en remplacement de M. lé docteur Gintrac, décédé.

Comité consultatif d’hygiène publique. — Par arrêté ministériel en date du 3 mars, rendu sur la proposition du comité d’hygiène, M. le docteur Proust, médecin des hôpitaux, professeur agrégé à la Faculté, a été nommé membre titulaire de ce comité en remplacement de M. Tardieu, décédé.

Conseil municipal de Paris. — Sur la proposition de M. Liouville, le Conseil municipal, considérant que le dévouement à l’humanité a causé des deuils cruels dans les rangs de la jeunesse médicale des hôpitaux et que MM. Tourné, interne des hôpitaux, Prével, interne en pharmacie, et Henri Carette, externe, sont morts victimes de leur dévouement à leur devoir, qu’il importe de leur rendre un légitime hommage, vote la proposition suivante :

Art. 1er. — Des plaques commémoratives en marbre seront placées dans les hôpitaux et hospices de la Ville de Paris, sur lesquelles seront inscrits les noms des médecins, chirurgiens, internes, externes, élèves en médecine ou tous autres auxiliaires de l’assistance publique morts victimes de leur dévouement dans l’exercice de leurs fonctions.

Art. 2. — Lors de l’inhumation, le Conseil municipal sera représenté officiellement aux obsèques par quatre de ses membres délégués spécialement à cet effet.

Légion d’honneur. — Par décret. en date du 4 mars 1879, M. le docteur du Defaix (Jean-Marie;, médecin français résidant à Santiago de Cuba, a été nommé chevalier de la Légion d’honneur.

Nécrologie. — On annonce la mort, au Sénégal, du chirurgien de lro classe Malhis, à la suite de l’épidémie de fièvre jaune. M. Mathis avait été fait dernièrement chevalier de la Légion d’honneur pour sa belle conduite pendant l’épidémie.

Centenaire. — Un cas de longévité extraordinaire vient de se produire dans les îles Shetland, au nord de l’Ecosse. Le révérend James Ingram est mort à Unst à l’âge de cent trois ans, ayant conservé jusque dans ces derniers temps l’usage de toutes ses facultés. Le père de cet ecclésiastique était mort à l’âge de cent ans, et son aïeul à l’âge de cent cinq ans.

> Hôpital Saint-Antoine. — M. le docteur Cornil, médecin de l’hôpital Saint-Antoine, fera, dans cet hôpital, des con férences sur l’anatomie pathologique et la clinique les lundis et les mercredis à partir du lundi 17 mars. Visite des malades à huit heures cl demie. Leçon à neuf heures.

, Cours publics d’anthropoLogie a l’École pratique de la Faculté de médecine. Géographie médicale. — M. le doc Bordier, secrétaire de la Société d’anthropologie, commencera ce cours le mercredi 26 mars, à trois heures, dans le local de la Société d’anthropologie, ét le continuera tous les mercredis à la même heure.

Programme. — Géographie médicale et pathologie comparée des races humaines ; aptitudes et immunités pathologiques; influence de la race et du milieu sur la production, la marche cl la répartition des maladies.

État sanitaire de la ville de Paris :

Du 27 février au 6 mars 1879, on a constaté 1060 décès, savoir:

Fièvre typhoïde, 29. — Rougeole, 19. — Scarlatine, 1, Variole, 3. — Group, 23. — Angine couenneuse, 32. — Bronchite, 59. — Pneumonie, 71. — Diarrhée cholériforme des j enfants, 3. — Choléra nostras, 0. — Dyssenterie, 2. — Affections puerpérales, 7 . — Erysipèle, 8. — Autres affections aiguës, 291. — Affections chroniques, 448 (dont 180 dues à la phthisie pulmonaire). — Affections chirurgicales, 44. — Causes accidentelles, 20.

SOMMAIRE. — Pauis. La pesta dans l’Asie. — Histoire et critique. Élément!. Eléments umvcrsols. Éléments morbides. — Travaux originaux. Clinique clii-

métliodes. - Correspondance. Anurie chez un graveleux. — Sociétés savants!. Académie des sciences. — Académie de médecine.— Société de chirurgie.— Société de biologie. — Revue des journaux. Observation de grossesse extra-utérine avef issue des os du fœtus par la vessie. — Sur une nouvelle cause do leucémio. - Bibliographie. Leçons sur la syphilis. — Variétés. Chronique do l'étranger. — Administration générale de l’Assistance publique à Paris. — La peste.

G. Masson, Propriétaire-Gérant.

PARIS. — IMPRIMERIE E. MARTINET, RUf MIGNQN, J

Vingt-sixième année

21 Mars 1879

wrr-M -

Comité de rédaction : A. DECHAMBRE, président; BLACHEZ, DI EULAFOY , A. HÉNOCQUE, L. LEREBOULLET, A.-H. MARCHAND

Adresser tout ce qui concerne la rédaction au siège du Comité, chez M. Dechambre, 91, rue de Lille (avant le mardi de préférence)

Paris, 20 mars 1879.

Académie de médecine : L’ostéomyélite, et la septicémie.

Le contage pestilentiel.

l'ostéomyélite et la septicémie.

La discussion commencée à l’Académie depuis plusieurs mois se continue en présentant les aspects les plus divers ; lorsqu’on assiste à ces débats où se mêlent les discours sur la septicémie, l’ostéomyélite, le charbon, l’infection putride, la fièvre puerpérale, l’anatomie de la moelle, on songe involontairement aux têtes renaissantes du monstre de la fable. Nos lecteurs savent que, dans l’avant-dernière séance, M. Hervieux a porté le débat sur un terrain nouveau où il se développera sans doute, puisque M. Depaul doit à son tour intervenir. M. Pasteur a déjà même dû annoncer, plus prématurément qu’il ne l’eût désiré, ainsi qu’il nous a paru le comprendre, des recherches très-récentes qui promettent des arguments d’une valeur histologique considérable. Nous ne voulons pas aujourd’hui entreprendre de parler de ce sujet, parce que nous imiterions en l’aggravant un défaut que nous appellerons « la complexité de l’ordre des discussions à l’Académie ».

La séance d’hier nous ramène au point de départ, et c’est à propos du discours de M. Trélat, du 11 février, que M. Gosselin a fait une nouvelle lecture; M. Trélat a répondu par une improvisation des plus éloquentes. L’argumentation de M. Gosselin peut être résumée brièvement si l’on met de côté les développements que lui ont donnés Ta forme académique.

En effet, M. Gosselin considère que M. Panas et M. Trélat, en attribuant à la moelle des os un rôle prépondérant qui se traduit par l’expression d’« ostéomyélite », font une application prématurée de notions histologiques qui seraient mal affermies et même discutables. L’importance de la moelle est exagérée par M. Trélat, à la suite de MM. Cornil et Ranvier et des histologistes qui n’acceptent pas les doctrines que Mi Gosselin appelle « françaises », lesquelles, si nous avons bien compris son discours, sont représentées pour le savant professeur par le livre de Cruvéilhier et Sée, par M. Sappev, et principalement par M. Robin.

Pour spécifier, M. Gosselin, dont on n’a pas oublié les travaux sur la moelle faits en collaboration avec M. Reynault, n’a pas constaté d’analogie entre la couche profonde du périoste, le contenu des canaux de Havers et la moelle des os; les expressions de moelle endostale, médiostale, périostale, lui paraissent inspirées par des conceptions hypothétiques et non démontrables avec précision à l’aide du microscope. M. Gosselin n’a constaté ni sous le périoste, ni dans les canaux de Havers, la présence d’un tissu méritant le nom de 2» Série, T. XVI.

moelle osseuse; de plus, nombre d’histologistes n’ auraient pas vu de tissu médullaire dans le périoste ou dans les . canaux de Havers. La conclusion naturelle de ces opinions est que la moelle des os n’a- pas l’importance anatomique ou pathologique invoquée par MM. Cornil et Ranvier, Trélat, Panas et bien d’autres. Avant de faire intervenir la moelle comme prédominante dans la définition de l’ostéomyélite, il faudrait en démontrer l’existence sous le périoste et dans la moelle. Telle est l’impression que nous a laissée ce discours, et M. Trélat semble l’avoir compris de la même manière lorsqu’il a invoqué les recherches les plus minutieuses et les plus parfaites des histologistes les plus autorisés: ainsi qu’il l’a fort bien expliqué, il ne s’agit pas de croire à l’existence dans les canaux de Havers et sous le périoste d’une moelle osseuse ayant des caractères identiques à ceux de là moelle contenue dans les cavités diaphysaires ou les trabécules épiphysaires ; ce n’est point dans ce sens qu’il faut comprendre les expressions de moelle périostale et de moelle endostale ; ce que les histologistes et certains pathologistes distinguent sous ces noms ne constitue pas à proprement parler la moelle des os telle qu'on la comprend en anatomie descriptive, mais ces expressions correspondent plutôt aux diverses phases du développement du tissu osseux. En définitive, M. Trélat invoque de son côté ses autorités et ses examens personnels : il a vu sous le périoste les éléments qui sont la caractéristique anatomique de la moelle, les cellules embryonnaires de la moelle qui sont les analogues des médullocelles, à ce point que M. Gosselin lui-même a considéré ces termes comme synonymes dans son exposé des lésions histologiques de l’ostéite ( Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie, article Ostéite, 1878).

Ges cellules embryonnaires ou médullocelles se retrouvent dans les canaux de Havers volumineux, et ce sont elles qui, en subissant certaines transformations, prennent un aspect particulier et transitoire qui leur a mérité une dénomination spéciale, celle d’osTÉOBLASTES ; ces ostéoblastes ne sont en réalité que des cellules embryonnaires qui se transforment en ostéoplastes ; les déductions les plus importantes à retenir dans les recherches histologiques les plus modernes se rapportent donc plutôt au processus de genèse de l’os, aux conditions de sa régénération ou de ses dégénérescences inflammatoires ; partout où le tissu osseux se forme , là où il s’accroît, alors qu’il est le siège d’irritation inflammatoire, Ton peut constater l’existence des cellules embryonnaires de la moelle, et c’est par ces considérations de physiologie générale qu’on a été amené à mieux comprendre le rôle de la moelle dans l'inflammation des os, et à lui attribuer plus d’importance. Les dissidences que M. Gosselin a établies entre ses opinions et celles de M. Trélat au point de vue histologique sont plus apparentes que réelles ; et nous pensons" qu’il serait facile de les mettre d’accord entre elles : ce sont d’une part,

! les notions d’anatomie microscopique (qui, pour le dire en pas-

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sant, n’ont pas accompli de grands progrès depuis Gerdy, Cruveiliher et Chassaignac), et, d’autre part, les notions histologiques les plus généralement admises par les histologistes qui pratiquent eux-mêmes les patientes recherches que réclame l’étude de l’anatomie générale. Il faudrait pour arriver à cet accord s’entendre sur les dénominations, et ne pas confondre les tissus et les éléments qui les constituent, ou même les éléments qui les caractérisent. Certes, M. Gosselin a raison de dire qu'il ne retrouve pas dans les canaux de Havers et sous le périoste la moelle du canal diaphysaire de l’adulte, ses médullocelles, ses myéloplaxes, son appareil vasculaire si complexe, enfin son réticulum conjonctif ou lamineux ; il n’y a peut-être que M. Colin à l’Académie qui ait ainsi compris le sujet en litige, et, s’il en était autrement, il faudrait laisser de côté ces termes de moelle endostale, périostale et médiostale qui seraient si difficiles à bien comprendre.

Fort heureusement M. Trélat peut continuer à employer des expressions dont chacun connaît la définition, et dire que dans la moelle, dans les cavités médullaires, dans les canaux de Havers on retrouve avec la plus grande facilité les éléments caractéristiques de la moelle embryonnaire, dans la période de développement des os, lorsqu’il y a des processus inflammatoires, ou même dans quelques autres phases des dégénérescences du tissu osseux.

Il importe donc de bien mettre en relief ces deux faits bien précis: en premier lieu, que les éléments caractéristiques de la moelle osseuse se retrouvent à l’origine du développement dans toutes les parties de l’os, périoste, tissu compacte et moelle, on pourrait même ajouter les cartilages à celte énumération; et en second lieu, que ces éléments réapparaissent dans la régénération de l’os, ou dans l’ostéite, soit sous le périoste, soit dans les canaux de Havers dilatés.

Nous n’avons pas oublié que M. Gosselin, qui, dans son article du Nouveau dictionnaire, décrit les lésions histologiques de l’ostéite telles que Cornil et Ranvier et d’autres anatomo-pathologistes les ont fait connaître, a trouvé insuffisantes ces données de l’histologie, il en a même signalé quelques-unes comme prétentieuses; mais, puisqu’il s’agit de définitions exactes, nous ne pouvons croire que M. Gosselin veuille nous faire admettre comme une hypothèse plus plausible ou plus rigoureusement scientifique celle de l’épanchement plastique, qu’il est obligé de reproduire pour représenter un processus correspondant à la néoformation ou à la multiplication des éléments de la moelle embryonnaire dans l’inflammation.

Nous avons donc en notre possession une doctrine de la structure des os, de leur développement et de leur histoire pathologique, qui répond à des notions de physiologie générale qui nous paraissent, quant à présent, aussi satisfaisantes qu’elles le sont pour M. Trélat et M. Panas dans leurs applications à la clinique chirurgicale ; nous croyons qu’il suffirait de ne pas vouloir discuter sur les termes eux-mêmes pour s’apercevoir que la clinique n'est pas en contradiction avec les notions fournies par l’étude des fonctions, des propriétés et de la structure des tissus et de leurs éléments.

H nous suffirait même de rappeler ici les raisons que M. Gosselin a invoquées pour ne pas séparer l’ostéite de la périostite et de l'ostéomyélite : « C’est, dit-il, parce qu’une longue observation m’a appris qu’en pathologie ces trois parties, le périoste, l’os et la moelle, déjà si étroitement liées dans leurs dispositions anatomiques et leurs fonctions, sont solidaires les unes des autres, atteintes par les mêmes causes morbides, et en définitive malades simultanément à des degrés

divers. » Les données d’histologie invoquées par MM. Lannelongue, Panas, Trélat ne sont nullement en opposition avec ces conclusions; mais, grâce aux travaux des histologistes et de Ranvier au premier rang, nous savons quelle est la condition intime de celte solidarité, c’est-à-dire que c’est en partie la persistance des éléments embryonnaires de la moelle sous le périoste, dans les plus gros canaux de Havers, dans les espaces médullaires, et que c’est en partie la néoformation des éléments ou du tissu embryonnaire de la moelle sous l’influence d’un processus irritatif qui expliquent la rapidité de propagation de l’inflammation d’une des parties constituantes de l’os à l’autre.

Nous terminons ici ces considérations, parce que, pour discuter à fond les objections que M. Gosselin a adressées au sujet de l’existence de la moelle dans les canalicules de llavers et sous le périoste, il nous faudrait multiplier les citations; nous préférons engager les incrédules à s’informer •auprès des histologistes qui ont vu et qui peuvent démontrer, plutôt que de s’en tenir aux traités classiques; mais ce mode de constatation n’est malheureusement! pas praticable dans une académie.

A. Hénocque.

Le contage pestilentiel.

Il est peu d’affections dont le contage ait été considéré comme plus subtil que celui de la peste. Il n’en est pas qui ait inspiré autant de terreur à l’égard des malades euxmêmes, de leurs cadavres, de tous les objets qui les avaient approchés. Chacune de ces trois sources de contamination a été plus particulièrement incriminée suivant les époques et suivant les auteurs.

1° Dans le plus ancien des livres classiques sur la contagion, Fracastor donnait immédiatement le premier rang, au point de vue de la propagation épidémique, aux objets inanimés : certains corps avaient la propriété de s’imprégner du poison pestilentiel, de le recéler pendant longtemps, de le transmettre au loin ; d'autres étaient réfractaires à cette imprégnation ; d’où la division de tout ce qui entoure l’homme en corps contumaces, et non contumaces, dont l’énumération devait remplir d’interminables colonnes les règlements des anciens lazarets. Les faits les plus saisissants et les plus bizarres étaient invoqués à l’appui : ici, c’était un bonnet de cuir qui transmettait successivement la peste à sept personnes (Fracastor); là, une paillasse qui, reléguée dans un grenier de Vienne pendant une épidémie pestilentielle, donnait lieu vingt ans après à une nouvelle explosion (Van-Swieten); en revanche une pipe, pourvu que le bout en fût d’ambre, pouvait, sans occasionner le moindre danger, passer de la bouche d’un pestiféré à celle d’un homme sain (Fodéré) .

Certaines observations de l’époque seraient de nature à être invoquées par les partisans de l’origine parasitaire des maladies pestilentielles ; les germes semblaient se multiplier, comme par un véritable procédé de culture, dans les milieux extérieurs à l’organisme.

Tout vêtement, touché en un seul point, par quelque objet contumace, devenait dangereux en totalité. D’après Howard, la moindre quantité de coton empesté communiquait à toute la balle la propriété contagieuse ; suivant Aulreehau, un seul morceau d’étoffe avait, à Toulon, transmis la faculté de contqminalion à une masse considérable de linge.

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Cette multiplication de la cause en augmentait l’intensité ; l’historien de la peste de Moscou, Mertens, assure que le germe de la peste, ainsi renfermé avec certaines matières, acquiert tant de violence que ceux qui ouvrent les paquets infectés sont souvent frappés de mort subite.

La réaction fut violente, surtout au commencement dé ce siècle, contre les excès ae cette doctrine : on invoquait, à l’encontre, des faits imposants par leur masse : les cent mille balles de coton expédiées d’Alexandrie, sur tous les marchés de l’Europe, pendant la dernière épidémie d’Égypte, n’avaient entraîné aucun accident ; au Caire même, Clôt Bey démontrait l'innocuité, en nombre de cas, des hardes des pestiférés; à Constantinople, Brayer faisait ressortir l’immunité des marchands et des chalands de Pitts Bazar, où les Juifs « achètent les effets, non-seulement dés personnes mortes de maladies ordinaires, mais encore des personnes mortes de la peste, peu importe qü’ellé soit bénigne, maligne ou cruelle. Si la peste est cruelle, le marché regorge d’effets; ne croyez pas qu’on se soit occupé de lés désinfectée, jamais on n’y a pensé. C’est là que furent réunies, ert très-grande partie, les dépouilles des victimes de l’épidémie de 1812 » (Brayer, Neuf années à Constantinople).

Ces observations devaient réduire de beaucoup l’effroi inspiré pendant des siècles par l’exagération d’Une doctrine qui avait fait mourir de faim des malheureux n’osant plus toucher à rien, et poursuivis de l’idée qtie « tout autour d’eux était pestilence».

Mais, en revanche, ce Serait exagérer leur propre portée que les considérer comme preuves absolues de la non-transmissibilité de la peste par des corps intermédiaires autres que l’homme. Il suffit d’une augmentation de température, d’un changement de saison pour enlever aux germes pestilentiels leur activité morbifique, influences trop facilement négligées par ceux qui ont révoqué en doute lâ puissance de contamination de ces corps.

Si l’on a, bien gratuitement sans doute, attribué a tant de substances : laine, paille, coton, qui n’avaient point subi le contact des malades, la faculté de propager la peste, nous pensons que le danger est tout autre, bien plus certain, à l’égard dé tous objets : vêtements, literies, etc., qui ont servi aux pestiférés. L’objet, ou plutôt le lieu contumace par excellence, peut-être, c’est là demeuré dés malades; c’est ici que la combustion, superficielle ou complète, doit intervenir pour la destruction des miasmes adhérents aux murs, aux parois des chambres, et devenant la source de la localisation du mal en épidémies domiciliaires.

Malgré ses exagérations, l’œuvre de Fracaslor eut, en tout cas, le grand avantage de démontrer certains dangers réels qu’on ne soupçonnait pas avant lui, et de ramener à une observation pratique tant d’esprits égarés par la croyance à l’intervention des influences sidérales, de la colère divine, etc.

2° On a considéré comme spécialement redoutables les cadavresdes pestiférés : que de corps abandonnés par terreur, s n ris sépulture, dans les rues et les maisons, augmentant, l’infection de l’atmosphère des foyers épidémiques! La puissance de contamination semble ici d’autant plus certaine qu’on a considéré le poison pestilentiel comme pouvant naître de la putréfaction cadavérique banale, que les corps en décomposition soient, ou non, des corps de pestiférés; opinion émise surtout par des auteurs français : soit par Amb. Paré, qui rapporte une épidémie de peste survenue à Cahors aux exhalaisons d’un cimetière, soit par Pariset, qui avait fondé sur l’insuffisance des inhumations en Egypte la cause de

l’endémicité du mal en ce pays ; à cette opinion correspond Fingénieux parallèle établi par Griesinger entre Te virus pestilentiel et le poison des cadavres, basé sur l’analogie entre les accidents produits par les piqûres d’amphithéâtre ét certaines manifestations locales de la peste.

Si l’on se rappelle l’innocuité absolue, au point de vue de la production de cette maladie, des masses de cadavres si souvent abandonnés sur les champs de-bataille, dans les régions même où jadis la peste semblait endémique, comme en Crimée (1854-1856), comme en Bulgarie à la suite dés massacres de 1 877, on acceptera difficilement, au moins pour notre époque, une pareille généalogie du virus pestilentiel.

Mais il y a plus : d’âprès les témoignages de J. Howard, de Desgenettes, les cadavres dés pestiférés eux-mêmes sont considérés en Orient, et depuis longtemps, comme inoffensifs. Pendant la peste du Caire de 1835, des recherches anatomopathologiques ont été faites par Clot-Bey et nombre d’autres médecins sans qu’il en soit résulté aucun accident. Aussi n’accepterons-nous qu’avec réserve, et après plus ample informé, le rôle attribué, dans le développement de l’épidémie de Russie, à l’importation de fourrures antérieurement contaminées par leur contact avec des cadavres transportés à Bagdad, ainsi que les atteintes des fossoyeurs d’une des localités voisines de Vetlianka.

3° Le danger de contamination par les malades et les suspects a été, à diverses époques, le point de départ des mesures les plus rigoureuses de séquestration et d’isolement. Nous avons raconté en détail (Léon Colin, art. Quarantaines,. in Dict. encycl. des sc. môd., p. 18-22) les rigueurs des quarantaines imposées aux habitants des villes pestiférées. À Gênes, â Toulon, â Aix, à Digne, on eut, pendant les xvii0 et xviii0 siècles, le spectacle effrayant de villes dont « tous les habitants, renfermés, sous peine de mort, dans leurs maisons, ignoraient non-seulement ce qui se passait dans le reste du royaume, mais encore les moindres événements qui arrivaient dans leur quartier, n’ayant que la liberté de se voir et de se parler par les fenêtres, étant aussi peu instruits les uns que les autres des progrès de la maladie, du nombre de personnes qu’elle enlevait chaque jour, et craignant à tous les instants qu’elle n’eût infecté les aliments qu’on leur apportait » (Papon).

Nous avons dit toutes les précautions recommandées à ceux qui approchaient les malades. Il fallait absolument ne rien porter qui fût de nature susceptible, « ne porter par conséquent ni laine, ni coton, ni fourrures, ni velours, mais adopter des vêtements de camelot ou de soie, ne traînant point à terre et nè faisant aucun pli. Le meilleur préservatif pour les médecins était de n’entrer dans la chambre des malades que garantis par un masque en maroquin à lunettes, chaussés de sabots, vêtus d’un pantalon, d’un gilet et de gants en toile cirée; ils ne devaient point se placer vis-à-vis des malades pour ne point être dans la direction de leur souffle. Il en était de même des confesseurs : « Qu’on aborde de deux pas les malades, dit Ranchin, et qu’on se tienne à côté pour ne pas recevoir leur haleine. Pour donner la communion, sera bon d’avoir une vergetfe (petite verge) de la longueur d’un pan et demi (treize à quatorze pouces) ou environ, et au bout d’icelle un petit croissant d’argent, pour porter le Saint-Sacrement dans la bouche du malade, lequel avant lui donner, le prêtre serrera fort étroitement la manche de son habit et surplis, afin qu’il ne touche rien du malade, tenant le flambeau entre eux deux! »

« Qu’on se tienne toujours debout, sans s’asseoir oa se

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mettre à genoux, et faut prendre garde que l’habit ne touche du bord à terre. Les habits les plus usés et pelés sont les meilleurs pour visiter les malades » (Léon Colin, art. Quarantaines, p. 21).

Ce luxe de précautions grotesques et terrifiantes pour les malades était bon pour les temps de barbarie et les administrations des anciens lazarets.

Dès la fin du dix-huitième siècle, sous les auspices glorieux de Desgenettes et de Larrey, les médecins militaires de l’expédition d’Égypte abordaient courageusement les pestiférés, en supprimant, pour les soigner, les entraves imposées jusqu’alors à ces malheureux. Grand nombre de ces médecins furent victimes de leur dévouement, d’autant plus digne d’admiration qu’à la même époque les administrations sanitaires de Marseille et de Toulon épuisaient leur activité à la recherche de perfectionnements pour les appareils qui devaient préserver de tout danger de contagion les chirurgiens et magistrats de leurs bureaux de santé.

Cet exemple ne devait point être perdu; on sait quel fut le dévouement des médecins français durant l’épidémie d’Alexandrie, en 1835. M. Ferdinand de Lesseps signalait alors avec admiration la conduite de Rigaud et d’Aubert, recherchant les malades atteints de peste et les touchant pour les rassurer, quand nombre de médecins étrangers parcouraient les rues et faisaient leurs visites dans un appareil fait pour jeter l’épouvante, enveloppés d’un manteau de toile cirée et armés d’un long bâton.

Et lui-même, M. de Lesseps, n’a-t-il point pris sa part de tous ces dangers, les dédaignant au point d’en contester la réalité, bravant le contact des pestiférés, de leurs cadavres, de leurs hardes, alors que d’autre part il travaillait, par l’assainissement de l’Égypte, au but le plus élevé de la prophylaxie des maladies pestilentielles, à l’extinction du mal dans un de ses berceaux?

Toutes nos recherches nous portent à croire que la peste est surtout transmissible, non par le contact direct des malades ou des objets qui leur ont servi (contact dont nous ne contestons point le danger), mais par Y atmosphère virulente qui les environne, et qui devient sans doute elle-même l’intermédiaire de la contamination de la plupart des corps dits contumaces, et surtout des murs et des parois des habitations.

Le contage atmosphérique, comme celui de la fièvre typhoïde, agit surtout sur les personnes soumises à son action P'1 ,;| coM'imiilé de leur résidence dans les maisons 1,1 •“’i" |X pesliferes. M. de L ’sseps se rappelle encore sans doute le mot que lui disait, en 1835, Rigaud, mortellement atteint : « Venez me voir vingt fois par jour, si vous le pouvez, mais ne restez jamais plus de cinq minutes dans ma chambre. »

Ce contage aérien, qu’il soit gazeux ou solide, figuré ou non, possède, par celle continuité d’action, une efficacité aussi assurée peut-être que celle des inoculations, dont le résultat est loin d’avoir été toujours positif. Pendant l’expédition d’Egypte (1798-1799), presque tous les médecins du grade de sous-aide, chargés du service des gardes et subissant jour et nuit l’atmosphère pestilentielle, furent enlevés par l’épidémie. Il en avait été de même du personnel médical résidant à l’hôpital de Moscou en 1771 (Mertens); et quand, en 1874, Laval se renfermait, en ce village voisin de Benghazi’ dans le quartier des pestiférés, dont il avait lui-même prescrit l’isolement, il se dévouait, par cette réclusion, aux chances les plus probables de contamination.

La mortalité des. premiers médecins arrivés sur le théâtre de l’épidémie actuelle, en décembre et en janvier, ne tientelle pas à leur existence plus permanente et complète dans l’atmosphère de malades relativement nombreux alors, pouvant infecter l’ensemble d’un village ou d’un quartier, sans laisser autant de chances que le mois suivant de trouver une installation salubre à leur voisinage?

Léon Colin.

HISTOIRE ET CRITIQUE

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