ÉLÉMENTS. — ÉLÉMENTS UNIVERSELS. — ÉLÉMENTS MORBIDES
(Deuxième article.)
Arrivé à cette période du développement de la doctrine des éléments et de celle des atomes, nous pouvons aborder l’examen de l’influence que cette doctrine a exercée sur la science médicale, soit immédiatement, soit dans les siècles ultérieurs jusqu’à nos jours. Nous aurons soin, chemin faisant, d’indiquer les changements introduits dans les systèmes de cosmogonie et de physique et qui pourront intéresser l’histoire de la médecine.
Pour comprendre comment la philosophie élémentaire et atomistique est entrée dans la science médicale, il. faut tenir compte de trois considérations : la première, que des qualités particulières ont été attachées aux divers éléments; la seconde, que toutes les doctrines embrassaient, comme on vient de le voir, la nature vivante aussi bien que la nature inanimée, et par là engageaient nécessairement la physiologie et la pathologie; la troisième enfin, que le rapport des qualités élémentaires des corps extérieurs, des plantes, par exemple, avec les qualités élémentaires du corps humain et de chacune de ses parties conduisait de plain pied à l’hygiène et à la thérapeutique.
Cette invasion des éléments, des atomes ou du nombre dans la médecine a été immédiate. Peut-être l’a-t-on exagérée. Bien des opinions physiologiques ou pathologiques de l’ancienne philosophie grecque ou procédaient d’une observation plus ou moins exacte, ou, quand elles étalent le fruit de l’imagi nation, restaient en dehors des doctrines cosrnologiques. Mais le sceau doctrinal est marqué sur les vues d’ensemble et sur beaucoup de théories particulières : Le feu produit la vie; ce qui est froid est contraire à la vie, la vie se perd quand la chaleur s’éteint. — Ou bien, c’est l’air qui est le principe de la vie; il circule dans le sang; il fait, selon le degré de chaleur où il se trouve, la différence d’un homme à u n autre ou de l’homme à la bête.— Ou encore, les deux sexes viennent de semences inégalement chaudes; la semence Ja plus chaude engendre l’homme; celle qui l’est le moins, la femme. — Ou enfin, car peu d’exemples suffisent, la vision se produit quand des atomes émanés de certains objets et représentant leurs formes arrivent jusqu’à l’œil, et le mécanisme est le même pour toutes les sensations. Le système de Pythagore et de ses successeurs, et en particulier d’Alcméon, n’a pas été moins fécond en déductions physiologiques; il l’a été même davantage en ce qu’il a plus accordé à des vues chimériques d’harmonie et en même temps aux rêveries de la divination et de la magie, qui n’étaient pas propres assurément à la doctrine, mais qui y tenaient une assez grande place. Les idées pythagoriquessur le rôle des nombres dans la formation du fœtus ont été exposées par divers commentateurs. On
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peut consulter là-dessus Consorinus (De die natali, ch. xi). Disons seulement qu’il y a deux gestations : l’une de sept mois, dont les périodes se déroulent sous l’influence du nombre 6; l’autre de dix mois, qui obéit à la loi du nombre 7. Ces théories, que nous relevons au hasard, il n’est pas toujours assuré qu’elles aient été réellement professées par ceux auxquels les ont attribuées les écrivains postérieurs ; mais cela importe peu à notre thèse, qui est de montrer, sur le domaine de notre science, d’où qu’elles soient venues, les singulières incursions de la philosophie dans le domaine médical.
Les théories dérivées des qualités respectives des éléments ont été plus fâcheuses peut-être en ce qu’elles ont atteint plus directement la pratique médicale. Les philosophes ne se sont pas toujours entendus sur ces qualités élémentaires des corps. Les purs atomistes, comme Démocrite, les faisaient dépendre, nous l’avons dit, de la légèreté et du volume relatifs des atomes. D’autres les tiraient simplement de l’observation, les qualités des éléments étant celles des corps qu’ils concourent à former; mais les qualités de chacun des éléments n’étaient pas les mêmes pour tous les philosophes. Dans le système d’Empédocle, le feu est blanc et chaud; l’air, mou et léger; l’eau, noire et froide; la terre, dure et pesante; déterminations assez différentes de celles qui appartiennent à d’autres systèmes. Ce sur quoi l’on s’accorde assez généralement, c’est le fait d’une opposition entre les qualités des divers éléments. Appliquée aux qualités des corps tout formés, l’opposition avait des modes nombreux, et pour ainsi dire indéfinis : c’était celle du doux et de l’amer, du rare et du dense, du petit et du grand, etc. Restreinte aux éléments proprement dits, elle était réduite aux modes donnés par le froid, le chaud, le sec et l’humide :
L’eau est froide et chaude.
La terre est froide et sèche.
L’air est chaud et humide.
Le feu est chaud et sec.
On voit que si l’eau et l’air sont tous deux humides, la première est froide et le second chaud; et que si le feu et la terre sont secs, le premier est chaud et la seconde froide. De cette association de qualités semblables et de qualités contraires, résultent certaines règles dans l’accord ou dans l’opposition des éléments, et l’on voit, par exemple, qu’il suffit de combiner deux éléments pour mettre en présence deux qualités opposées. Ajoutons néanmoins que, d’après certains commentateurs, Anaximène n’admettait que les deux qualités du froid et du chaud, conséquemment un seul mode d’opposition; et qu’Empédocle lui-même ne tirait de ses quatre éléments que deux oppositions : celle du chaud et du froid et celle du sec et de l’humide.
Telle est la doctrine des oppositions dans sa simplicité; on en verra plus loin les raffinements; mais c’en est assez pour montrer ce qui va arriver quand on déduira des qualités élémentaires l’action fonctionnelle ou les déviations pathologiques de l’organisme humain, ou quand on placera les prétendues qualités de la matière brute ou des plantes en regard des manifestations de la vie animale, pour tirer de la comparaison l’explication de la vie normale et celle des maladies et de leur traitement.
A une époque où la structure anatomique du corps humain était à peu près lettre close, les liquides, les humeurs, étant ce qu’il y avait de plus apparent dans l’organisme, ce qui s’offrait le plus librement à l’observation, devaient servir de thème naturel aux théories médicales. C’est donc dans les humeurs qu’on a cherché, même avant Hippocrate, la représentation
visible des principes élémentaires. Ces humeurs sont le sang, la pituite (ou phlegrae), la bile jaune et la bile noire, dont les rapports avec les qualités des principes élémentaires sont les suivants :
Pituite . froide et humide (élément eau).
Bile noire . froide et sèche (élément terré).
Sang . chaud et humide (élément air).
Bile jaune . chaude et sèche (élément feu).
C’est le juste mélange de ces humeurs, le juste mélange de ces qualités qui constitue la santé; c’est leur mélange inégal et la prédominance de l’une d’elles ou de plusieurs qui constitue la maladie.
Interrogez maintenant Hippocrate, ou, pour mieux dire, les livres hippocratiques.
Le médecin de Cos a vécu en pleine floraison de la doctrine des éléments. Il l’a donc bien connue, et il eût été naturel qu’il en eût subi, avec les autres médecins de son temps, les séductions. Mais non : la critique historique, en faisant le départ des ouvrages de la collection hippocratique qui sont réellement d’Hippocrate ou qui, en cas de doute, portent l’empreinte manifeste de sa pensée et de son style, et des ouvrages qui lui ont été faussement attribués, a par cela même établi en sa faveur un nouveau titre de gloire en montrant que, sur cette question des éléments, sa sagesse habituelle ne s’était pas démentie. Les écarts, les contradictions qu’on lui reprochait sont, on peut le dire, non avenues. Le traité de l 'ancienne médecine est dirigé d’abord contre la prétention générale (et ici Empédocle est pris personnellement à partie) de connaître la composition de l’homme et surtout de faire de cette prétendue connaissance le fondement de la médecine ; puis, contre cette prétention particulière de tracer des règles à l’hygiène et à la thérapeutique d’après le rapport des qualités des diverses parties du corps avec celles des agents extérieurs, aliments ou substances médicamenteuses. Ces principes, si Hippocrate n’y revient pas formellement dans le livre du Régime dans les maladies aiguës, il en fait évidemment la règle de ses préceptes. Les humeurs y jouent leur rôle, mais dans le sens et dans la mesure que marque une observation plus ou moins exacte, mais non la théorie.
Malheureusement la voix d’Hippocrate n’est guère écoutée. Ses successeurs, son gendre même (si on lui a fait une juste part dans la collection), sont repris par l’esprit théorique, et les éléments recouvrent par eux leur rang dans la médecine. Ouvrons, par exemple, le livre de la Nature de l’homme, précisément parce qu’il est attribué à Polybe. C’est une attaque contre ceux qui veulent former le monde, et en particulier le corps humain, d’une substance unique; mais c’est aussi un plaidoyer en faveur des quatre éléments, des quatre humeurs corrélatives et de la doctrine du mélange. Si l’on passe aux autres ouvrages pseudo-hippocratiques, on n’a que l’embarras du choix. Le premier livre du Traité du régime et des songes est inspiré d’Héraclite avec un reflet visible de la doctrine de Thalès et même de la doctrine pythagoricienne. Il faut savoir reconnaître les choses latentes sous les choses apparentes ; et ce qui est latent, c’est le feu et Peau, qui sont le fond de la nature animale : le feu, chaud et sec; l’eau, froide et humide, se faisant des emprunts réciproques pour former les êtres. L’âme elle-même est un mélange de feu et d’eau. Si certaines substances ont la faculté de nourrir le corps de l’homme, c’est qu’elles renferment les mêmes éléments que lui, et cette opération se réalise suivant certaines règles d’harmonie analogues à celles de
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la musique. Dans le livre Du fœtus de sept mois, il est recommandé au médecin de veiller sur les jours impairs, et, parmi les jours pairs, sur le quatorzième, le vingt-huitième, le quarante-deuxième ; de faire attention aux triades et aux tétrades de jours. Le livre Des semaines est plus pythagoricien encore; nous renvoyons de nouveau sur ce point, pour abréger, à l’article Nombre du Dictionnaire encyclopédique. La doctrine de l’air élémentaire se reconnaît dans le traité Des airs et dans celui De la nature des os. Disons enfin que, dans le Traité des chairs, ce sont les quatre éléments d’Empédocle (l’éther étant adéquate au chaud)dont les combinaisons multiples forment nos divers organes en conférant à chacun d’eux une structure et des qualités en rapport avec la combinaison qui lui est propre.
On entre dans le dogmatisme; on subit la grande autorité de Platon, qui fait jouer un si grand rôle aux quatre éléments dans la cosmologie et la physiologie, et qui, en même temps, relève avec tant d’éclat le pythagorisme. Pour beaucoup de méthodistes, sinon pour tous, les aliments, les médicaments sont chauds ou froids, secs ou humides, et c’est par ces qualités qu’ils conviennent ou nuisent, selon les conditions, au corps humain. Ils engendrent des humeurs dont la qualité répond aux leurs. La pratique médicale, avec Dioxippe et avec Eudoxe, se mêle à l’astrologie et à la divination; avec Dioclès et quelques autres, au pythagorisme. El quand l’école s’imprégne des doctrines stoïciennes, quand elle devient panthéiste, quand elle fait sortir également la physique, la physiologie et l’organologie d’un simple dualisme représenté par la matière et la force, elle reste fidèle à la doctrine des éléments, et se rattache même assez directement au système d’Héraelite. Tout procède d’une vapeur ignée.
Enfin, constatons, en quelques mots, que la doctrine se perpétue suivant ses divers modes, dans les derniers temps de l’ère païenne et dans les premiers de l’ère chrétienne, non sans s’y compliquer parfois de subtilités nouvelles. Le pythagorisme revient avec Anaxilaüs et Nicomaque; l’épicuréisme avec Asclépiade de Bithynie; le joneima et les quatre éléments avec Athénée, Arétée et toute l’école des pneumatistes, et l’on arrive ainsi à Galien, disciple d’un platonicien (Albinus), et nourri dès lors, plus encore qu’Hippocrale, dans l’enseignement de la philosophie des éléments.
Devant un esprit aussi éclairé, aussi pénétrant, aussi libre, et qu’une grande richesse d’observations et d’expériences tendait à maintenir sur le terrain des faits, tant de vues hasardées, de théories chimériques vont-elles rencontrer enfin une barrière? Il n’en est rien. Galien, tout au contraire, ramène la théorie au point même où Hippocrate l’avait trouvée et combattue. Toutes les hypothèses rentrent en scène avec lui : la composition élémentaire des corps ; — la représentation d’éléments invisibles dans les corps visibles et tangibles qu’on appelle feu, air, eau, terre; —les quatre qualités de ces éléments : chaud, froid, humide et sec; — les combinaisons des éléments un à un (froid et chaud), ou deux à deux (froid-sec et chaud-humide) ; — les quatre humeurs : sang, pituite, bile jaune, bile noire, avec les qualités que nous avons dites plus haut. Et pour Galien aussi, la santé et le bon tempérament résultent d’un juste équilibre entre ces diverses qualités; conséquemment, les maladies ont des qualités chaudes ou froides, sèches ou humides. Par bonheur, la nature a créé des substances douées de qualités correspondantes, et qui, à cause de cela, sous le nom de médicaments, sont toujours propres à détruire, par voie d'opposition, à neutraliser les manifestations pathologiques du corps
humain. On voit avec peine le grand nom de Galien mêlé, ayec une sagesse relative, il est vrai, et aussi dans une forme supérieure, à des idées spéculatives qui couraient chez les rhéteurs de son temps, tels qu’ Apulée ou Aulu-Gelle, et qni devaient exercer dans les siècles suivants l’esprit subtil et étroit d’un Censorin ou d’un Macrobe.
Galien remplit à lui seul douze ou treize siècles. 11 serait fastidieux de parcourir pas à pas ce long intervalle; quelques indications suffiront.
Remarquons d’abord que la philosophie scolastique eut une influence nécessaire sur la conception de la nature élémentaire des corps. L’examen philosophique porta spécialement sur les qualités, sur leur essence, sur l’existence réelle ou l’existence nominale des genres et des espèces. Au temps de la lutte des empiriques et des dogmatiques, Sextus écrivait déjà : « Nous ne révoquons pas en doute que le miel ne soit doux au goût; mais, lorsqu’il s’agit d’examiner Y essence de la saveur douce, nous avouons franchement notre ignorance. » Dès le sixième siècle, un philosophe de Naples, Telesio, avait fait de la chaleur et du froid deux principes actifs, incorporels, agissant sur la matière, principe corporel. Toutefois, les partisans des éléments incorporels ou éléments-qualités rencontrent des adversaires, parmi lesquels nous citerons en particulier maître Fernel. En même temps reviennent les vieilles et puériles discussions sur la semence de l’homme, avec un redoublement de rêveries astrologiques, où la doctrine des éléments est accommodée à celle des influences sidérales. Par exemple, le premier quartier de la lune est chaud et humide; le second, chaud et sec; le troisième, froid et sec; le quatrième, froid et humide. De là des actions diverses de la lune sur les tempéraments et la santé. Paracelse est très-confus sur la question des éléments. De l’ensemble de ses ouvrages on peut néanmoins inférer qu’il reconnaissait les quatre éléments classiques, parmi lesquels le feu jouait un rôle particulier et prédominant, mais en y ajoutant, sous ce même nom d’éléments, comme agents modificateurs de la matière, le sel, le soufre, le mercure : le sel, qui donne aux corps la consistance; le soufre, qui produit la combustion ; le mercure, qui préside à la liquéfaction et à l’évaporation. Enfin, Van Helmont, dont nous n’avons pas à raconter la guerre contre la tradition galénique ni les théories personnelles, Van Helmont réduit le nombre des éléments à deux : l’air et l’eau, le premier n’ayant que des fonctions accessoires, le second constituant en réalité la seule matière dont les corps soient formés.
Afin de donner au lecteur une idée un peu nette de ces questions, sans l’obliger à traverser par le détail un historique peu récréatif, nous mettons, sous ses yeux, comme échantillon des jeux d’esprit de ce temps, une figure que nous empruntons à un ouvrage publié un peu avant la naissance de Van Helmont, et qui représente différentes combinaisons des éléments et de leurs qualités ( Méthode briefve et facile pour aisément parvenir à la vraye intelligence de la chirurgie, etc., par Fierabras, Rouen, 1550).
En inscrivant ainsi sur celte figure (qui est plus compliquée dans l’original), en regard des angles a, b, c, d, les mots chaud, humide, froid et sec, et en regard des angles e, f, g, h, les mots sec, chaud, humide et froid, on a : 1° Sur les mêmes lignes horizontales, le chaud et le sec, qualité intense (principale) et qualité remise (secondaire) du feu; l’humide et le chaud, qualité intense et qualité remise de l’air > le froid et l’humide, qualités intense et remise de l’eau; le sec et le froid, qualités intense et remise de la terre;
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2° Aux extrémités des lignes obliques, deux qualités ; tantôt symboliques, comme chaud et chaud, de a eu f, ou humide et humide, de b en g-, tantôt contraires, comme sec et humide, de e en b, ou chaud et froid, de f ën c.
L’empire de Galien est à peu près écroulé. Nous voici à la fin du seizième siècle; Bacon et Descartes viennent de naître. Le premier ne nous offre rien d’intéressant sous le rapport des atomes et des éléments. Mais il n’en est pas de même du second, et ses tourbillons sont assez célèbres. Les éléments de Descartes, il faut le remarquer, ne sont pas des atomes, la matière étant, à ses yeux, indéfiniment divisible ; ce sont des particules. Des particules de matière et le mouvement, voilà les deux principes de la formation de l’univers. Les corps se sont formés parla rencontre de particules entraînées dans le tourbillon. Les plus grosses (éléments terrestres) ont donné naissance aux planètes, notamment à notre terre et à tous les êtres qui s’y trouvent, y compris les plantes et les animaux. Celles de grosseur moyenne, usées, arrondies par le frottement, ont formé les globes célestes (éléments célestes), et le phénomène de la lumière résulte de leur agitation. Les plus subtiles, enfin, remplissent les intervalles qui séparent les autres tourbillons. Ce n’est pas [notre rôle de juger ce système ; nous nous contenterons de dire que, quelque étrange qu’il puisse paraître dans sa nudité, d’Alembert le loue pour les grands résultats qu’il a produits, etpour ceux surtout qu’il a préparés en physique astronomique.
Un des adversaires les plus célèbres de Descartes, Gassendi, né peu de temps après lui, défend la théorie d’Épicure, avec les atténuations exigées par sa qualité d’ecclésiastique. Bérigard (Beauregard) retourne à Anaxagore et aux homœoméries, et un peu plus tard Etnpédocle revit avec Emmanuel Maignan. Becker (Jean) imagine sa terre inflammable, élément de tous les corps de la nature. Enfin, Leibnitz parait, avec la monadologie. Les monades ne sont ni les atomes purement matériels de Démocrite, ni les particules divisibles de Descartes, les uns et les autres emportés dans un commun mouvement : ce sont des substances simples, douées de propriétés internes et distinctes, desquelles procèdent toutes les modifications dont elles sont le sujet. Toute substance composée renferme une monade primitive, centrale, à laquelle se sont réunies d’autres monades, non en vertu de l’action directe d’une monade sur une autre, mais bien par suite d’un rapport, d’un accord préétabli entre leurs propriétés et leurs modifications internes; d’où la doctrine de 1 harmonie prêêtablie. Dieu est la grande monade; l’âme raisonnable, la monade qui se rapproche le plus de la première; l’àme des bêtes, une monade avec conscience obscure; le corps brut, une monade sans perception.
Les médecins, comme toujours, suivent les philosophes. L’atomisme trouve un défenseur dans Magnen (de Luxeuil). Sennert, moitié galéniste, moitié paracelsisle, retourne en
partie à la physique de Démocrite. Thomas Willis amalgame, dans son creuset de chimiâtre, Paracelse avec Thalès et Empédocle ; ses éléments se composent d’eau, de soufre et de sel. La médecine iatro-mécanique sort tout entière de Descartes; Y homme-machine, Ÿhomme-horloge renfermait Borelli, Baglivi, Boerhaave et les autres; et, en ajoutant Leibnitz et Descartes, on a Fr. Hoffmann; on a, par exemple, un cerveau qui sécrète un fluide nerveux, et des méninges qui, par leurs contractions, expriment ce fluide et l’envoient irriguer tout l’organisme, comme déjà d’ailleurs l’avait professé Baglivi ; de plus, on apprend que ce fluide n’est rien que l’âme sensitive, qu’il est formé d’un assemblage de petites substances ayant chacune la perception obscure de la fonction qu’elle doit remplir dans l'organisme, et que ce sont toutes ces intelligences distinctes les unes des autres, mais concourant au même but, qui règlent la formation du corps vivant et sont l’instrument des passions et des instincts ; on a, en un mot, le fluide nerveux-monade. Chez les Egyptiens, le corps était divisé en trente-six parties gouvernées par trente-six démons (Celse, in Origène); on voit que ces démons avaient la vie dure, car ce sont eux qui sont revenus avec les archées de Van Helmont et les monades de Leibnitz. Plus tard, la doctrine leibnizienne,la monadologie en particulier, aidée de Yirritabilitê de Glisson, exerça sur la médecine, mais sous un autre rapport, une influence plus grande et surtout plus large, qui dure encore. Elle a inspiré Brown et toutes les doctrines qui reposent sur l’activité propre de la matière organique ; elle anime aujourd’hui encore une des formes du vitalisme.
(A suivre.) A. Dechambre.
TRAVAUX ORIGINAUX
Clinique chirurgicale.
Exposé des résultats des grandes amputations pratiquées
DANS UNE PÉRIODE DE DOUZE ANS, DANS LA DEUXIÈME division chirurgicale de l’Hôtel-Dieu de Rouen, par le docteur L. Duménil, chirurgien en chef.
(Suite. — Voyez le numéro 10.)