‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 65 sur 249 · AMPUTATION DE L’ AVANT-BRAS · texte numérisé non relu

AMPUTATION DE L’ AVANT-BRAS

Je n’ai eu l’occasion de faire qu’une seule amputation de l’avant-bras, qui s’est terminée par infection purulente. Elle a été pratiquée dans les plus mauvaises conditions, chez un homme de quarante-huit ans, qui avait eu toute la région thénar emportée par l’explosion d’un fusil qui avait éclaté dans ses mains. L’irrigation froide continue n’empêcha pas l’inflammation suppurative de gagner les couches profondes de l’avanl-bras, et un frisson violent, indice d’un commencement d’infection purulente, venait d’avoir lieu lorsque j’amputai. L’opération fut pratiquée au tiers supérieur de l’avantbras par la méthode à deux lambeaux ; la réunion fut faite par une suture métallique; un drain fut placé dans un des angles de la plaie et le moignon renfermé sous le pansement ouaté. Des douleurs vives me firent enlever l’appareil le troisième jour; il y avait une suppuration abondante; je fis le pansement à la tarlatane phéniquée. La plaie prit immédiatement un très-mauvais aspect; les frissons, suspendus pendant quatre jours, reparurent et se multiplièrent. Le malade fut enlevé presque mourant par sa famille. J’avoue que j’eus tort de tenter la réunion immédiate, même avec drainage; l’appareil ouaté sous lequel j’enfermai ce moignon n’est peut-être pas plus rationnel, dans un cas semblable, que la suture, et en pareille circonstance je ferais le pansement antiseptique à ciel ouvert. Je crois cependant qu’il ne faut pas mettre la mort sur le compte de l’appareil ouaté, qui ne pouvait évidemment pas arrêter une infection purulente commencée.

A l’inverse du membre inférieur, les amputations du membre supérieur ont presque toutes été pratiquées pour des lésions traumatiques. Si toutes celles du bras ont été heureuses, cela doit tenir en partie à ce qu’elles ont été faites peu de temps après l’accident, et que les sujets étaient en majorité des enfants ou des jeunes gens. La force réparatrice inhérente à l’enfance ressort d’une manière frappante dans l’observation du jeune Bisson, chez lequel une vaste suppuration du genou et de la cuisse et une nécrose du fémur, consécutives à une fracture double de cet os, n’entravèrent nullement la cicatrisation d’une plaie d’amputation du bras.

Sans vouloir contester la loi qui confère plus de gravité aux amputations pour traumatisme qu’aux amputations pathologiques, je crois devoir faire remarquer que ces deux variétés ne présentent pas de différence sensible dans les cas que je viens d’exposer.

(A suivre.)

21 Mars 1879

SOCIÉTÉS SAVANTES

Académie des sciences.

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