SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE DU 10 MARS 1879. — PRÉSIDENCE DE M. FIZEAU
Parmi les prix décernés par l’Académie, nous signalerons les suivants :
Chimie. — Prix Jecker : à M. Reboul.
Botanique. — Prix Barbier : à M. Tanret, pharmacien à Troyes, pour un mémoire intitulé : Sur l’ergotinine, alcaloïde de l’ergot de seigle, et sur la pelletiérine, alcaloïde de l’écorce de grenadier.
Deux encouragements de 500 francs chacun sont accordés à M. Cauvet, pharmacien principal de l’armée, professeur à la Faculté de Lyon, pour ses Nouveaux éléments d’histoire naturelle médicale; — et à M. E. Heckel, professeur à la Faculté des sciences de Marseille, pour ses travaux de biologie.
Médecine et chirurgie. — Prix Montyon : 1° A M. François-Franck, pour ses Recherches de physiologie pathologique intitulées : Des troubles fonctionnels et des lésions valvulaires; des anévrysmes de la crosse de l’aorte et des troncs qui en émanent; des accidents cardiaques produits par les épanchements du péricarde; de la persistance du canal artériel; des accidents cardiaques produits par la commotion et la compression du cerveau; des intermittences du pouls.
2° A M. Hayem, pour ses Recherches sur l’anatomie normale et pathologique du sang et ses Recherches sur l’anatomie pathologique des atrophies musculaires.
3° A MM. Key et Retzius, pour leurs Etudes sur l’anatomie du système nerveux.
Mentions honorables : 1° A M. le docteur Béranger-Féraud, pour les Ouvrages intitulés : Traité clinique des maladies des Européens au Sénégal; — Traité de la fièvre bilieuse inflammatoire aux Antilles et dans l’Amérique tropicale.
2° A M. le docteur Favre (de Lyon), pour ses Recherches, travaux statistiques et documents sur le daltonisme.
3° A M. le docteur Albert Robin, pour son Essai d’urologie clinique : la fièvre typhoïde.
Citations : M. A. Proust (Traité d’hygiène publique et privée). — M. H, Toussaint (De l’intervention des puissances respiratoires dans les actes mécaniques de la digestion). — M. L. Colin (De la fièvre typhoïde dans l’armée) . — M.Dejérine (Recherches sur les lésions du système nerveux dans la paralysie diphthérique). — M. Legrand du Saulle (La folie du doute ; La folie héréditaire ; Etude médico-légale sur les épileptiques; Les signes physiques des folies raisonnantes; Etude clinique sur la peur des espaces). — M. Ed. Fournié (Applications des sciences à la médecine). — M. Gairal (Nouveaux appareils pour le traitement des affections utérines). — M. E. Debost (Traité complet d’équitation rationnelle) -
Prix Godard : A M. le docteur Reliquet, pour un mémoire intitulé : Spasmes de la vessie et de l’urèthre; action du chloroforme sur ces deux organes.
Prix Serres : A M. Alexandre Agassiz (fils de feu Louis Agassiz), pour ses travaux sur l’embryogénie.
Physiologie. — Prix Montyon (physiologie expérimentale) : A M. Charles Richet, pour ses Recherches sur les propriétés chimiques et physiologiques du suc gastrique de l’homme et des animaux.
Prix généraux (arts insalubres). — Prix Montyon : 1° Une somme de 2500 francs à M. d’Hubert, pour son Mémoire sur l’utilisation des matières de vidange. 2° 2500 francs à M. Lenoir, pour son Mémoire sur l’étamage des glaces à l’argent mercuré. 3° 1000 francs à M. E. Turpin, pour ses préparations de couleürs non vénéneuses. 4° 1000 francs à M. le docteur Paquelin, pour son invention du fer à souder à foyer de platine.
Académie de médecine.
médecins-inspecteurs des eaux minérales du Mont-Dore, '’de' Sa[nt-Saiveur. ™ Pietrapola, de Bussnng, do Cambo et de Lamothe. (Commission des eaux minérales.)
L’Académie reçoit : 1“ une note relative au porte-topique vaginal du docteur Belloc; 2“ un pii cacheté accompagnant l’envoi d’un Traité pratique de l'allaitement artificiel.
M. Depaul présente, au nom do M. le docteur Camoalis (?), d’Athènes, un iiistru-
Septicémie puerpérale. — A l’occasion du procès-verbal de la dernière séance, M. Jules Guérin demande la parole pour répondre quelques mots à M. Hervieux, qui, dans sa communication de mardi dernier, l’avait pris personnellement à partie, au sujet de ses idées sur la septicémie puerpérale.
M. Jules Guérin rappelle que, dans deux discussions trèsapprofondies sur la fièvre puerpérale, en 1858 et 1868, il a considéré la plaie utéro -placentaire comme susceptible de se présenter dans deux conditions et sous deux formes trèsdifférentes : dans la condition d’une plaie fermée à l’air lorsque l’utérus est revenu sur lui-même, et dans la condition d’une plaie exposée lorsque ce’ retrait n’a pas lieu. Dans le premier cas, la plaie utérine représente une plaie sous-cutanée, c’est-à-dire soustraite au contact de l’air et ne suppurant pas ; dans le second cas, c’est une plaie ouverte, soumise au contact de l’air et qui suppure. Mais les liquides qui baignent la plaie utérine, — sang, caillots, lochies, — retenus dans un espace confiné et d’une origine spéciale, se putréfient facilement. Résorbés par les vaisseaux ouverts à la surface de la plaie ou entraînés à travers les trompes dans la cavité abdominale, ils sont susceptibles de donner lieu à tous les accidents de la septicémie puerpérale.
Sa conclusion pratique était: 1° qu’il fallait, après l’accouchement, favoriser le retrait de l’utérus à l’aide du seigle ergoté; 2“ éviter la stagnation des liquides utérins; 3° que, dès les premiers symptômes de la maladie, il fallait recourir aux injections et aux moyens de prévenir ou de combattre, par l’aspiration, la résorption des liquides putréfiés.
Telle est la doctrine qu’il a exposée dès l’année 1858. Cette doctrine, il la croit plus que jamais parfaitement fondée; et, plus que jamais, il la croit susceptible de sauver un grand nombre de nouvelles accouchées. Il a été fortifié dans cette conviction par l’accueil qu’ont reçu ses idées en Italie, en Allemagne et en Belgique. À Paris, bon nombre d’accoucheurs les mettent en pratique; et, pour n’en citer qu’un, mais un des plus distingués et des plus occupés, M. le docteur Campbell, il croit être autorisé à déclarer que cet habile praticien n’a pas cessé d’administrer à toutes ses accouchées le seigle ergoté, aussitôt après leur délivrance. Depuis qu’il a adopté cette pratique, M. Campbell n’a vu survenir aucun cas d’accident puerpéral.
M. Hervieux dit que la théorie qui attribue la fièvre puerpérale à l’absence de la rétraction utérine ne saurait s’appliquer à tous les cas, notamment à ceux qui se manifestent tardivement après l’accouchement, alors que le retrait de l’organe est achevé.
M. Depaul, qui avait demandé la parole, dit qu’il répondra dans la prochaine séance, lorsqu’il aura lu la note de M. Jules Guérin dans le Bulletin de l'Académie.
Rapports. — M. Poggiale, au nom de la commission des eaux minérales, lit une série de rapports sur des demandes en autorisation d’exploiter de nouvelles sources minérales pour l’usage médical. Les conclusions de ces rapports sont adoptées sans discussion.
Moyen préservatif des maladies contagieuses. — M. le docteur Henrot (de Reims) communique une note sur un respirateur à ouate destiné à prévenir l’infection.
21 Mars 1879
D’après l’auteur, l’infection est une fermentation du sang au sein même des organes, résultant du contact dans les poumons du sang veineux chargé de leucocytes, ayant la propriété phlogogène, avec le ferment, les bactéries, qui sont portés par l’air.
Aussitôt que ce contact s’effectue, il se produit une véritable fermentation du sang dans tout le système artériel; et, comme conséquence, le sang perd son oxygène, son albumine, son sucre; il se produit, en un mot, des accidents septiques.
Le moyen d’empêcher cette fermentation est théoriquement très-simple : c’est de s’opposer au contact du sang phlogogène porté par l’artère pulmonaire avec l’élément infectieux qui pénètre par les voies aériennes.
Ce moyen est-il possible pratiquement ? Oui, affirme M. Henrot, en plaçant un cornet très-simple, dont, il soumet deux modèles à l’Académie. L’air inspiré traverse une couche d’ouate placée entre deux lamelles de toile métallique, l’air expiré sort par un orifice muni d’une soupape très-facile à soulever.
Le pansement ouaté de M. Guérin et le pansement de Lister ont le double avantage d’empêcher les germes disséminés dans l’air d’arriver jusqu’à la plaie et inversement, et c’est là peut-être leur rôle le plus important, de retenir les germes qui se développent à la surface de la plaie et de les empêcher de se répandre dans l’air ambiant, où ils deviennent une nouvelle cause d’infection.
Cette théorie a été soumise à l’expérimentation. M. Henrot a injecté du pus mélangé à de l’eau, à des lapins; il a laissé les uns à l’air libre, il a placé les autres dans une atmosphère viciée; ceux-là seuls sont morts qui ont réuni les conditions nécessaires à la fermentation intra-organique : la leucocytose phlogogène et la bactérie par absorption pulmonaire.
Si la théorie est vraie, la préservation de l’infection et de la contagion par les voies aériennes est possible si le médecin, mettant de côté un faux amour-propre, peut se préserver en portant le respirateur à ouate, qui est très-simple et a déjà rendu de nombreux services.
Ostéomyélite. — M. Gosselin répond au discours de M. Trélat sur l’ostéomyélite des adolescents. L’éminent chirurgien parle d’abord de la dénomination d’ostéomyélite proposée parM. Lannelongue, pour toutes les variétés d’inflammation des os pendant la croissance ; il y est obligé par la critique que lui a adressée M. Trélat, dans la séance du 11 février, et par le désir de faire mieux comprendre que, derrière la divergence des mots, il y a des faits cliniques mal interprétés.
M. Gosselin commence par relever un point d’histoire chirurgicale contemporaine relatif à l’appellation d’ostéomyélite appliquée à toutes les maladies dont s’est occupé M. Lannelongue. Il ne trouve pas que M. Trélat soit fondé à soutenir qu’il s’agit, dans les faits de M. Lannelongue, d’ostéomyélite simplement. Il en a vainement cherché la preuve dans son discours. M. Gosselin acceptei'ail peut-être la prétention de M. Trélat, s’il parvenait à démontrer que la moelle est, dans les os, aussi abondante qu’il le prétend. M. Trélat est-il sûr de l’existence de la moelle sous-périostique, et de la moelle des canaux de Havers? Pour lui, après avoir à nouveau étudié cette question, il est arrivé à cette conclusion, qu’il y avait là un malentendu résultant d’une application fautive, à l’anatomie chirurgicale, de notions fournies par l’histologie embryogénique et par l’histologie pathologique.
j De tout ce qui précède il résulte, dit M. Gosselin, que ni l’anatomie normale ni l’anatomie pathologique n’autorisent à présenter comme des ostéomyélites les inflammations qui se trouvent ailleurs que dans le canal médullaire.
La clinique l’autorise-t-elle davantage? Ici M. Gosselin entre dans de longues et intéressantes considérations cliurques, d’où il tire la conclusion suivante ;
L’inflammation aiguë des os pendant la croissance est une ostéite au début; c’est encore une ostéite quand elle suppure à la surface et dans l’interstice de l’os. Elle n’est une ostéomyélite que quand elle a suppuré dans les grands espaces médullaires.
Revenant de nouveau sur l’adjectif épiphysaire dont il.s’est servi et se sert encore, M. GosSelin croit qu’il a l’avantage d’exprimer toujours une idée juste, quelle que soit la signification qu’on lui donne. Il indique d’abord une ostéite développée sur un os qui a encore une partie de ses cartilages épiphysaires, et que cette ostéite a pour cause prépondérante l’activité de la nutrition des os pour l’accroissement en longueur et pour la soudure des épiphyses. Il fait savoir enfin, ce qui est vrai pour le plus grand nombre des cas, que l’inflammation a son foyer principal entre la diaphyse ou l’épiphyse et le cartilage adjacent. Il prévient le chirurgien que, si la suppuration arrive dans ce point, il peut l’opérer avec une disjonction, un décollement. Il indique enfin que l’inflammation peut occuper exclusivement ou principalement l’épiphyse et prévient ainsi le praticien que l’articulation voisine peut être envahie.
M. Trélat dit qu’il ne veut pas réfuter complètement le discours de M. Gosselin; il est du reste du même avis que son contradicteur sur plusieurs points. Mais il en est un sur lequel il insiste : les éléments médullaires, qui sont des médullocelles ou des ostéoplastes, peuvent être suivis de façon à voir la genèse des cellules embryonnaires; il n’existe pas de reconstitution du tissu osseux sans qu’on voie se reproduire des éléments embryonnaires nombreux. Dans les canaux de Havers, dit M. Sappey, il n’y a pas autre chose que le vaisseau; mais il n’en est pas de même chez l’individu atteint d’ostéomyélite, dont les canaux de Havers sont élargis.
M. Trélat fait du reste remarquer avec raison qu’il est difficile de fournir à la tribune des preuves anatomiques, et qu’il n’est pas étonnant que les orateurs soient en dissidence sur quelques points.
M. Colin dit que la dissertation de M. Trélat ne prouve pas qu’il y ait de la moelle dans les canaux de Havers. Ce canal, à un moment donné, est très-dilaté, et il est alors entouré de deux zones de corpuscules osseux ; lorsqu’il se rétrécit, on y découvre plusieurs zones de corpuscules emboîtés les uns dans les autres. M. Gosselin a donc raison de dire qu’il n’y a pas de moelle dans les canaux de Havers entre les parois de ces canaux et les vaisseaux.
M. Trélat n’a jamais dit qu’il y ait des cellules adipeuses dans les canaux de Havers à l’état normal.
M. Gosselin fait remarquer que les observations faites par M. Trélat portent sur des malades ou sur l’embryon. La question doit être posée delà façon suivante : Y a-t-il de la moelle dans les canaux de Havers? Par moelle il entend les cellules adipeuses, l’albumine, les médullocelles et les myéloplaxes. Or, les anatomistes modernes sont unanimes à répondre par la négative. Il persiste à affirmer que le médullocelle et l’ostéoplaste sont des éléments différents.
M. Trélat admet qu’il n’y a pas de moelle endostale dans les canaux de Havers. La moelle périostale diffère de la moelle endostale ; elle se compose d’éléments cellulaires et vasculaires. La moelle endostale est plus complexe ; lorsque la moelle subit le premier degré d’inflammation, elle engendre des couches intérieures de tissu osseux. En ce qui concerne les faits cliniques, M. Trélat admet que tout ce qu’a dit M. Gosselin est admirablement juste ; les remarques qu’il fait sont purement histologiques et ne portent que sur la genèse de l’affection.
M. Gosselin termine la discussion en insistant sur la nécessité de s’expliquer plus clairement sur la signification du mot moelle. 11 existe deux moelles : une moelle de formation et une moelle définitive, et cette notion n’est pas suffisamment répandue dans la science.
21 Mars 1879
Société médicale des hApltaux.
Présentation de malade ; M. Blachez. — Double anévrysme de l'aorte ; M. Dujardin-Beaumetz. — Dilatation des bronches conséoutlve Aune oompression par un anévrysme artériel : M. Desplats. — Anatomie pathologique du pemphigus : MM. Vidal et Comil.
M. le docteur Blachez présente à la Société une jeune fille de quatorze ans, qui a subi l’opération de l’empyème au mois d’octobre dernier.
Il s’agissait d’une pleurésie purulente, dont le début remontait à un mois environ. La malade, d’une excellente constitution, était arrivée à un état de marasme qui mettait sa vie en danger. Les moyens habituels avaient été employés sans succès.
Après une ponction exploratrice, qui donna issue à quelques cuillerées d’un pus très-fétide, l’incision du huitième espace intercostal fut pratiquée ; l’opération fut très-laborieuse. Deux hémorrhagies d’une grande abondance se produisirent : la première, au moment de l’incision des muscles superficiels; la seconde, à l’instant où l’on débrida la ponction, qui avait donné issue au pus. Cette seconde hémorrhagie mit la vie de la malade en danger et ne s’arrêta définitivement qu’après une heure. On avait vainement tenté de lier le vaisseau. Une grosse mèche, imbibée de perchlorure et introduite dans la plèvre, eut enfin raison de l’hémorrhagie.
Le lendemain, deux gros drains furent introduits et la plèvre largement lavée trois fois par jour avec l’eau phéniquée.
La malade se rétablit rapidement. L’état général se modifia de la manière la plus heureuse au bout d’une quinzaine de jours. On retira à cette époque un des drains et, l’écoulement du pus diminuant peu à peu, on se contenta de faire des injections au moyen d’une petite sonde en gomme.
Vers le milieu de décembre, la personne chargée de pratiquer les injections crut devoir abandonner la fistule à ellemême. Au bout de quinze jours le pus s’accumula sous la peau, la fièvre se ralluma et il fallut réintroduire une sonde, qui fut maintenue à demeure pendant huit jours, puis réintroduite tous les matins pour une injection iodée. La fistule se ferma définitivement dans les premiers jours de janvier.
Aujourd’hui la malade est complètement guérie. La respiration est pure dans tout le côté malade; elle est seulement un peu affaiblie dans le quart inférieur. La poitrine, qui dans les premiers jours de décembre était fortement rétractée, s’est développée, et aujourd’hui la déformation est à peine sensible.
— M. Dujardin-Beaumetz présente un malade qui offre certaines analogies avec le malade dont M. Vallin a entretenu la Société à la dernière séance. Ce malade est entré à l’hôpital pour une simple fatigue et un peu de toux. En l’examinant attentivement, on a reconnu qu’il présentait, à la partie antérieure de la poitrine, et à gauche, des battements, et à l’auscultation un double bruit de souffle : il s’agissait d’un anévrysme de la crosse de l’aorte. De plus, à la région postérieure, au niveau de la sixième vertèbre dorsale à peu près, existait encore une autre tumeur volumineuse, se manifestant aussi par des battements et du souffle. Ainsi cet homme, sans aucun trouble fonctionnel, entré simplement pour de la fatigue, était atteint de deux anévrysmes volumineux, qui n’ont déterminé aucun accident. M. Dujardin-Beaumetz ajoute que le malade n’était pas syphilitique.
M. Hülairet a fait l’autopsie d’un homme sur lequel il a trouvé six anévrysmes, sans qu’il y ait eu aucun trouble fonctionnel pendant la vie.
— M. Ferrand donne lecture, au nom de M.. le docteur Desplats (de Lille), d’un travail sur un cas de bronchite chronique et de dilatation des bronches produite par l’ob¬
struction d’une bronche principale, affection occasionnée par un anévrysme et s’accompagnant d’accumulation du liquide bronchique dans les bronches terminales. Ce mémoire est renvoyé au comité de publication.
— M. Damaschino a fait l’examen histologique du muguet de l’œsophage présenté à la dernière séance {Gaz. hebdom., n° 10, p. 158) ; son examen a porté sur une fausse membrane, d’une longueur de 3 centimètres, située sur le repli aryténoïdien épiglottique : les tubes pénétraient jusqu’à la couche profonde de la muqueuse.
— M. Vidal fait une communication sur l’anatomie pathologique du pemphigus. Dans ses diverses préparations, M. Déjerine, interne des hôpitaux, a trouvé que, dans cette affection, les nerfs sous-cutanés étaient altérés. Cette lésion consiste en une disparition du cylindre-axe; une fragmentation de la myéline et un épaississement de la gaîne de Schawn. Telle est l’altération des nerfs dans le pemphigus.
La lésion bulbeuse est identique avec celle que l’on trouve dans le pemphigus; on trouve un soulèvement d’une couche de l’épiderme, non-seulement de la couche cornée, comme pour la vésicule, mais d’une partie de la couche profonde, c’est-à-direde la partie superficielle de la couche de Malpighi. On trouve dans les cellules un liquide contenant un grand nombre de globules blancs. Sur quelques points, les papilles sont altérées : les cellules cylindriques ont disparu, le derme lui-même est altéré. Les vaisseaux sont quelquefois obturés, et autour d’eux existe une prolifération considérable de cellules de nouvelle formation. En résumé, on constate une altération des nerfs, une altération des vaisseaux, une prolifération de leucocytes autour des vaisseaux et une destruction du réseau de Malpighi dans les points où la lésion est le plus profonde.
M. Cornil a étudié le pèmphigus syphilitique des nouveaunés; ses préparations diffèrent notablement de celles dont M. Vidal vient de donner la description.
M. Vidal. Le pemphigus des adultes diffère notablement de ce que l’on décrit sous le nom de pemphigus des nouveaunés; ce dernier n’est pas un pemphigus, mais consiste en une simple papule, qui se soulève par suite de l’accumulation des liquides.
— La Société se réunit en comité secret.
Dr Joseph Michel.
Société lie chirurgie.
Correspondance. — Plaie pénétrante de poitrine avec Issue de l'épiploon. — Discussion sur les pansements. — Présentation d’un appareil.
La correspondance comprend la thèse inaugurale de M. Kirmisson : Des opérations préliminaires en général.
— M. Dieu, médecin-major, lit une observation de plaie pénétrante de la poitrine avec issue de l’épiploon.
Une femme arabe, qui avait reçu plusieurs coups de couteau dans l’abdomen et la poitrine, fut apportée à l’hôpital de Bougie. Du côté de l’abdomen, on constata trois blessures avec plaie de l’intestin. Au-dessous de la mamelle droite était une autre plaie donnant issue à une masse charnue et vasculaire, longue de 7 centimètres. La femme mourut de péritonite le lendemain de son entrée à l’hôpital.
L’autopsie démontra que la masse herniée était bien l’épiploon qui avait passé à travers une plaie du diaphragme. La blessure était située au-dessous de la cinquième côte. Le' poumon était sain et non rétracté. M. Dieu pense que la femme a reçu le coup de couteau pendant que le poumon était dans
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l’état d’expiration exagérée, et l’arme retirée a dû être suivie par l’épiploon. Aucun traitement n’était indiqué pour celte espèce de hernie, en supposant que la malade n’ait pas succombé rapidement.
— M. Le Dentu continue la discussion sur le pansement des plaies. A certains moments, il se développe dans les salles de chirurgie des miasmes qui se déposent sur les plaies et amènent des accidents septiques, et la septicémie. Il y a plusieurs formes de septicémie. Il y a la septicémie naissant d’accidents locaux : gangrène, lymphangite, etc. Mais à côté se trouve la septicémie à accidents généraux, avec manifestations multiples, et pouvant naître, soit de la plaie, soit de l’absorption des germes par les poumons. Plus loin se trouve l’infection putride aiguë, subaiguë ou chronique, et enfin l’infection purulente, qui est une septicémie avec un accident particulier : l’abcès métastatique.
Si l’infection de l’économie se faisait toujours par l’absorp-, tion d’un germe à la surface d’une plaie, un pansement antiseptique empêcherait la septicémie; mais l’absorption pulmonaire joue un grand rôle. Dans les hôpitaux, dans les ambulances relativement saines, il faut surtout considérer l’empoisonnement par la plaie ; l’absorption pulmonaire n’arrive qu’en second.
Quels sont les résultats qu’on peut observer avec la méthode antiseptique appliquée rigoureusement. La statistique est encore le meilleur argument, malgré ses imperfections. Voilà deux ans que M. Le Dentu emploie le pansement de Lister.
Au moment de l’opération, il fait les lavages phéniqués sur les mains, sur les instruments et sur la région à opérer. Les pulvérisations ont été souvent négligées, à cause de l'imperfection des pulvérisateurs. Depuis que M. Le Dentu a à sa disposition un pulvérisateur à vapeur, il fait toujours la pulvérisation phéniquée. Les sutures profondes n’ont pas été. faites le plus souvent : le drain a toujours été appliqué. On n’a pas. fait usage du cat-gutt, n’en ayant pas de Don. M. Le Dentu a employé des fils trempés dans une solution phéniquée. La gaze phéniquée et le proteclive n’ont jamais été oubliés. On voit que le pansement de Lister n’a pas été suivi dans toute sa rigueur. Voici les résultats :
1 désarticulation de l’épaule . I guérison.
2 amputations du bras . 2 —
4 amputations de l’avant-bras . 4 —
1 désarticulation de la hanche . 1 mort.
6 amputations de cuisse . 3 — 3 —
3 amputations de jambe . 1 — 2 —
Résections :
1 résection de la tête humérale . 1 —
1 résection tibio-tarsienne . 1 —
1 résection de l’acromion . i —
7 opérations sur les os . 1 — 6 —
2 amputations du sein . 2 —
5 ablations de tumeurs, kystes, etc. . . 5 —
11 petites amputations. .. .' . I — 10 - —
7 fractures compliquées . 2 — 5 —
L’acide phénitjue est un irritant, cela est évident; mais le modus faciendi empêche l’irritation. La pulvérisation est anesthésique, et, à ce point de vue, elle est très-utile. A la suite de la pulvérisation, M. Le Dentu a vu survenir chez un malade opéré d’hématocèle parla décortication, un érythème et un oedème des bourses ; de même, il a dû renoncer à la pulvérisation pour les opérations de hernie étranglée. M. Le Dentu n’a point obtenu de réunions immédiates complètes, peut-être parce qu’il n’a pas employé les sutures profondes ; mais la réunion se fait sur une grande partie de la plaie. De là une cicatrisation plus rapide.
M. Le Dentu est disposé à accepter le pansement de Lister pour la plupart des opérations; mais comme il a obtenu également de bons résultats avec le pansement ouaté, il hésite à se prononcer pour l’une ou l’autre méthode. 11 s’est
aussi servi d’alcool pur ; il a eu des résultats déplorables ; il faut ajouter que c’était pendant la dernière guerre. Il y a des plaies qui ne peuvent supporter l’alcool, les plaies d’autoplastie faciale, par exemple. M. Le Dentu fait encore usage de l’eau alcoolisée pour les petites plaies. En résumé, aujourd’hui il n’oserait entreprendre une opération d’une certaine gravité, sans avoir recours au pansement de Lister ou au pansement ouaté de M. Alphonse Guérin.
M. Guyon revient au [point de départ de la discussion. M. Perrin a lu un important mémoire destiné à démontrer les avantages du pansement à l’alcool, et à montrer les inconvénients du pansement de Lister. M. Guyon n’attaquera pas le pansement à l’alcool qu’il a employé avec persévérance pendant quelques années; c’est un excellent auxiliaire qui doit rester à la disposition des chirurgiens. Mais M. Guyon doit dire pourquoi il est aujourd’hui partisan du pansement de Lister qu’il emploie presque exclusivement.
Il est non-seulement nécessaire de produire une statistique, il faut aussi étudier la marche des plaies sous les pansements. Il n’est plus nécessaire mainlenent de sortir des hôpitaux ou des grandes villes pour faire les grandes opérations ; ces opérations peuvent réussir partout, grâce aux pansements de Lister et de Guérin.
Nous cherchons à guérir les plaies le plus vite possible et à atténuerladouleur. Voici cequeM. Guyon a vuquand il seservaitde l’alcool. La plaie, pendant la première huitaine, se comporte bien; le gonflement est modéré, l'inflammation des bords est presque nulle; la réaction générale, modérée. Puis, des incidents inquiétants surviennent : en un point de la plaie commence un travail inflammatoire, une tuméfaction phlegmoneuse survient sur un point qui a échappé à l’action de l’alcool. Pour les plaies anfractueuses, on n’est jamais certain que l’alcool étendra sou action sur toute la surface et pendant toute la durée du traitement.
Sous le pansement de Lister, les phénomènes du début sont analogues ; la plaie reste presque indifférente, gonflement modéré; les bords sont rosés. Pour maintenir la plaie dans cet étal indifférent, il ne faut pas de soins considérables : l'atmosphère phéniquée protège la plaie, et l’on n’a plus cette préoccupation qui existe avec l’alcool, de voir surgir une tuméfaction inflammatoire en un point. L’enveloppement dans la gaze phéniquée parait être l’élément indispensable à ce point de vue. Ce n’est pas à la pulvérisation qu’il faut s’attacher, c’est à l’enveloppement qui est le point capital. Le pansementde Lister permet les pansements rares au bout de trois ou quatre jours. Ce pansement permet l'écoulementfacile des liquides avec le tube à drainage.
Les phénomènes de la suppuration sont très-atténués ; sous les pansements à l’alcool ou à l’acide phénique, c'est à peine si on observe de la suppuration. Quand un membre est en pleine suppuration, atteint de phlegmon diffus profond, on observe une amélioration rapide sous l’influence des antiseptiques. M. Guyon n’a pas observé ces rétrocessions de la suppuration avec les pansements à l’alcool. C’est aussi ce qui différencie le pansementde Lister du pansement de Bordeaux.
La réparation de la plaie ne marche pas vite avec l’alcool ; jamais M. Guyon n’a tenté une réunion par première intention sous le pansement à l’alcool. On se demande même si une plaie se cicatriserait si l’on continuait toujours les pansements alcooliques; on est obligé, en effet, ou de supprimer l’alcool, ou d’y ajouter de l’eau. Avec le pansement de Lister, on est frappé de la facilité de la réparation. On réunit une plaie qui a été lavée avec une solution d’acide phénique à 5 pour 100, et on obtient la réunion immédiate, même pour les parties profondes. On peut maintenant faire la réunion immédiate sans danger, à condition qu’elle ne soit jamais totale ; il faut toujours laisser une porte de sortie pour l’écoulement des liquides, pour le tube à drainage. L’avenir de nos opérés est dans les pansements de Lister et de Guérin, sans
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nier les services que l’alcool peut rendre pour les petites plaies.
La douleur est à son minimum sous le pansement phéniqué; elle n’existe pas, c’est plutôt un engourdissement peu douloureux. L’alcool est toujours douloureux.
Voici deux ans que M. Guyon applique le pansement de Lister dans ses salles qui comprennent 71 lits ; il n’a pas eu un-seul cas d’infection purulente, et cependant la chirurgie dé l’hôpital Necker est alimentée par de nombreux accidents de fabrique. Pendant le siège et la Commune, l’infection purulente n’était pas rare ; M. Guyon a observé cette complication avec les pansements à l’alcool, à l’acide thymique et au chloral.
Voici la statistique de M. Guyon, pour les grandes opérations, depuis qu’il fait usage du pansement antiseptique. Il ne parlera point des fractures compliquées qui ont toutes
guéri.
3 amputations de cuisse . 3guérisons.
4 amputations sus-malléolaires . 4 —
1 amputation de jambe . 1 —
10 extirpations du sein . 10 —
4 castrations . 4 —
7 opérations de hernie étranglée. . . 2 morts. 5 —
2 Ablations de sarcome de la cuisse . 2 —
Si la pyohémie est évitée, l’érysipèle survient parfois; M. Guyon en a vu quatre cas après l’ablation de tumeur du sein. Ce n’est pas la pulvérisation phéniquée qui donne l’érythème; cela dépend plutôt de la région ou du sujet; et c’est plutôt la gaze qu’on pourrait incriminer.
Personne plus que M. Guyon n’a été en défiance contre le pansement de Lister ; l’odeur était peu encourageante, les précautions à prendre paraissent interminables. M. Guyon a pu se convaincre qu’il n’y a pas de pansement plus facile, et l’acide phénique n’a plus cf’odeur depuis qu’il guérit les opérés.
— M. de Saint-Germain présente un appareil pour le redressement des déviations de la colonne vertébrale.