L. Leroy
Société de biologie.
Du prétendu rôle hématopoiétique de la moelle des os et de l’origine vraie des globules rouges : M. Pouchet. — Intégrité des oreilles chez un halluciné de l'ouïe : M. Gellé. — Urines bleues : M. Albert Robin. — Influence de la droiterie sur la direction : M. Delaunay.
M. Pouchet a cherché si la moelle des os possède réellement les fonctions hématopoiétiques qui lui ont été attribuées dans ces dernières années. Il a fait à ce sujet un grand nombre d’observations dans les conditions suivantes : Pendant plusieurs jours consécutifs, il pratiquait des saignées à un chien ou appliquait des sangsues sur un rat. Puis quelques jours après la dernière émission sanguine, alors que le sang charriait en quantité considérable ces petits corpuscules décrits par Donné sous le nom de globulins et par Hayem sous celui d’hématoblasles, il examinait la moelle d’un “os long de ces animaux. Le même examen avait été fait avant le début de l’expérience sur l’os homonyme du côté opposé : dans ces deux circonstances, la moelle a été trouvée identique; au moment où l’animal reconstitue le sang qu’il a perdu, elle ne présente aucune modification. M. Pouchet conclut qu’elle n’a pas de rôle hématopoiétique. On a pourtant constaté la présence de l’hémoglobine dans ses éléments : c’est un fait que M. Pouchet est loin de contester; mais il en donne une autre interprétation; et les cellules chargées d’hémoglobine qu’il a rencontrées, au lieu d’être à ses yeux des globules sanguins en voie de formation, ne sont que des éléments médullaires
vieillis, en train de subir une dégénérescence qu’on pourrait appeler hémoglobique. D’ailleurs l’hémoglobine n’est pas l’apanage exclusif des hématies, comme on l’a cru autrefois. En 1877, M. Pouchet, et au même moment un élève du laboratoire de Schmidt, en reconnaissaient la présence dans les leucocytes du cheval et du chien. M. Quinquaud fait observer qu’elle existe aussi dans les cellules du foie et même dans les cellules de certains végétaux.
Quelle est donc l’.origine, la source des globules rouges chez l’adulte? On a assez longtemps et assez vainement cherché un organe chargé de leur fabrication pour affirmer que cet organe n’existe pas. Us n’arrivent pas tout formés dans le sang : chez un animal récemment soumis à de fortes pertes sanguines, le sang est chargé d’une innombrable quantité d’hématoblastes, et ceux-ci présentent des dimensions trèsvariées, dontles plus étendues atteignent celles des hématies. De plus, tandis que les plus petits sont incolores, les plus volumineux semblent avoir fixé de l’hémoglobine. Chacun d’eux est donc un globule rouge qui se forme. Mais d’où viennent-ils à leur tour? Les leucocytes d’un sang normal d’adulte, ces leucocytes à quatre noyaux, qui diffèrent à la fois des globules de la lymphe, où le noyau est unique, et des globules blancs si altérés des leucocythémiques, ces leucocytes portent souvent adhérents à leur surface des corpuscules tout à fait semblables aux plus petits hématoblastes. Ce fait, joint aux considérations précédentes, amène donc à poser cette double hypothèse : les hématoblastes sont des corpuscules émis par les leucocytes du sang ou bien ils se forment de toutes pièces dans le plasma.
— M. Laborde dépose au nom de M. Mégnin un travail où cet auteur décrit une espèce particulière d’acariens, observés chez les oiseaux; ces parasites, au lieu d’habiter les surfaces tégumentaires, pénètrent dans le tissu cellulaire et dans les canaux aérifères.
— M. Gellé a reçu de M. Luys les deux oreilles d’un aliéné qui, pendant sa vie, avait présenté des hallucinations de l’ouïe; il a constaté l’intégrité absolue des diverses parties de ces organes : mobilité du liquide de Cotugno, jeu normal de la chaîne des osselets, distribution régulière des branches de la huitième paire ; il présente les pièces à la Société.
— M. Albert Robin présente deux échantillons d’urines bleues, et à cette occasion établit une classification. Les urines bleues se divisent tout d’abord en deux classes : celles qui sont bleues au moment de l’émission et celles qui le deviennent spontanément quelques heures après. Les premières sont très-rares ; elles doivent leur coloration à la présence d’une matière que Braconnot découvrit en 4823 et qu’il appela cyanurine. Les secondes forment deux catégories : l’une où la couleur bleue, développée surtout à la surface du liquide, est due à la végétation du Pénicillium glaucum et de quelques organismes inférieurs; l’autre où la coloration ne se produit que par fermentation dans des vases clos presque entièrement remplis d’urine. Celle-ci, dans tous les cas observés, s’est montrée très-riche en indican; et le bleuissement est dû au dédoublement de l’indican en une matière bleue et en une matière rose (uro-héinatine) que l’on peut rendre apparente en ajoutant au liquide du chloroformé qui la dissout et l’isole.
— M. Delaunay s’est préoccupé de savoir si la droiterie n’avait pas une certaine influence sur la direction que l’on suit dans la marche et dans les différents actes qui s’y rapportent; il a appliqué à cette question sa méthode habituelle : études d’après l’âge, d’après le sexe, d’après la race, etc. Il croit être en mesure d’affirmer que les hommes adulles et sains vont spontanément à droite, tandis que les enfants audessous de trois ans, les vieillards et les femmes semblent enclins à se diriger à gauche. Cette tendance ne serait pas, d’après lui, sans influence sur le sens que suivent les cités dans leur développement et même la civilisation dans sa
21 Mars 1879
marche progressivement envahissante. Elle doit être rapportée à la prédominance du lobe frontal gauche du cerveau sur le lobe droit.