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L. Leueboullet

Dieu, et dont nous ne voyons pas l’assortiment et la relation, appellant contre nature ce qui advient contre la coustume ».

Faisant grand cas de la beauté physique laquelle « tient le premier reng au commerce des hommes », il incline à croire à « la conformité et relation du corps à l’esprit », et il éprouve du dépit à trouver dans Socrate « un visage disconvenabie à la beauté de son ame... car en disant que son ame n’eust pas esté moins difforme que son corps s’il ne l’eust corrigée par institution, je crois qu’il se mocquoit suyvant son usage ; jamais ame si excellente ne se fit elle mesine. » Il admet, au reste, une différence complète entre « la laideur ou difformité substantielle portant jusques au dedans, et une sorte de laideur superficielle qui peut revêtir une très belle ame, comme celle de La Boëtie, et qui est de moindre préjudice à l’estât de l’esprit. » (III, 12.) En effet, par une sorte d’ironie des choses et nonobstant ses idées sur l’alliance des dons de l’esprit et du corps, l’homme que Montaigne aima le plus (ce même La Boëtie) et celui qu’il regardait <? comme

un exemplaire parfait entre toutes grandes qualitez » (Socrate) étaient tous deux très-laids. Faut-il nommer encore sa tendre fille d’alliance, Mlle de Gournay, qui n’était guère mieux partagée sous ce rapport?

Sans avoir fait une étude approfondie de la physionomie, il a un pressentiment confus de la science de Lavater et croit « qu’il y a quelque art à distinguer les visages débonnaires des niais, les sévères des rudes, les malicieux des chagrins, les desdaigneux des mélancholiques, et telles aultres qualitez voysines ». Il raconte même, à ce propos, avoir dû à l’une de ces physionomies franches et ouvertes qui préviennent favorablement dès l’abord, de s’être tiré avec bonheur de conjonctures épineuses dont il nous fait le récit.

Sur l’âge, la vieillesse, et en particulier sur Vamour chez les vieillards, le philosophe dit des- choses très-sensées et physiologiquement très-vraies; mais, ,où il est plus difficile d’acquiescer à son opinion, c’est lorsqu’il parlé rie l’époque de la vie à laquelle s’arrêterait, suivant lui, le développement

28 Mars 1879

HISTOIRE ET CRITIQUE

DE L’ATHÉTOSE.

L’athétose est une affection nouvellement étudiée; son histoire ne date que de 1871 ; mais les huit années qu’elle embrasse ont été bien remplies, et les travaux dont elle a fait l’objet forment une liste déjà longue. C’est de l’Amérique que nous sont venus le nom et la première description de l’athétose; on les doit à Hammond (New-York). Bientôt après, le nom était accepté, et la description contrôlée et modifiée en Angleterre et en Allemagne. En France, il y a un an et demi à peine que la question a commencé à être examinée. Enl877, M. Grasset {Montpellier médical, 1877) résumait et commentait les principaux faits publiés à l’étranger. Presque au même moment M. Oulmont (Thèse inaugurale, 1878) déduisait des observations recueillies par lui à la Salpêtrière, dans le service de M. Charcot, une symptomatologie plus complète et une pathogénie plus probable qu’on ne l’avait fait jusqu’à lui. Quelques faits nouveaux sont venus depuis confirmer la justesse de ses interprétations.

L’alhétose consiste essentiellement, on le sait, en mouvemmts involontaires limités aux mains et aux pieds. Les doigts et les orteils, qui sont surtout affectés, se fléchissent lentement, puis se redressent en se portant dans l’abduction et reviennent toujours avec lenteur à leur point de départ pour recommencer sans cesse la même évolution. Ces mouvements dépassent, en général, les limites des mouvements normaux grâce à une laxité spéciale des ligaments; ils peuvent être assez intenses pour gêner la marche et la préhension; ils se poursuivent jour et nuit, malgré les efforts de la volonté et malgré le sommeil ; ils s’interrompent parfois pour faire place à une contracture passagère; le spasme mobile devient pour quelques instants spasme fixe; puis ils reprennent leur cours. La face et le cou présentent parfois des contractions musculaires analogues. Ces caractères suffisent à différencier l’athétose des troubles moteurs, qui semblent s’en rapprocher, des diverses variétés de tremblement, de la paralysie agitante, de l’ataxie. Elle se distingue de la chorée, qui lui ressemble le plus, par la limitation des oscillations aux doigts et aux orteils et surtout par leur lenteur. Le groupe clinique athétose est donc nettement établi, et en présence de caractères aussi remarquables on serait en droit de s’étonner que l’alhétose fut si longtemps restée méconnue, si au lieu d’être isolée elle

ne se perdait, pour ainsi dire, au milieu de symptômes différents et plus graves.

Le plus souvent, en effet, l’athétose est unilatérale, et cette hémiathétose s’associe aux autres signes d’une lésion cérébrale dont elle n’est qu’une des expressions. Le tableau clinique devient alors plus confus. On peut être entraîné, comme Hammond, à la regarder comme le phénomène principal, en faisant jouer aux autres troubles encéphaliques le rôle de complication; ou, comme Rosenbach, à considérer l’athétose comme un syndrome vulgaire, appartenant à un grand nombre de maladies nerveuses et comparable ainsi au nystagmus. Cette double tendance est également fâcheuse; et, malgré sa nouveauté, l’histoire de l’athétose comptait déjà plus d’une théorie erronée quand les leçons de M. Charcot et la thèse de M. Oulmont sont venues indiquer le véritable but où devaient tendre les recherches.

L’analyse attentive des observations d’hémiathétose a fait constater que, dans le plus grand nombre des cas, elle survenait chez des hémiplégiques au moment où les mouvements volontaires réapparaissaient, surtout si les sujets étaient actuellement ou antérieurement frappés d’hémianesthésie. Celte notion jette d’emblée une vive lumière sur la nature vraie de l’athétose; cette affection se trouve liée aux maladies du système nerveux, dont le siège anatomique est dans les hémisphères. Mais il faut faire un pas de plus et découvrir la localisation précise des lésions qui tiennent sous leur dépendance l’hémiathélose. Cette recherche est des plus difficiles, car les autopsies font défaut; cependant MM. Oulmont et Charcot l’ont entreprise et terminée à l’aide de simples analogies. Ils ne se guident pas sur la limitation des spasmes aux mains et aux pieds; la tétanie est la seule affection où les troubles moteurs présentent un siège analogue, et la lésion qui la domine est encore à l’état d’hypothèse. Mais la continuité des oscillations, les circonstances dans lesquelles elles se produisent, certains faits de transition où les mouvements étaient plus rapides ou étendus à d’autres segments de membre, établissent une ressemblance frappante entre l’hémichorée et l’hémialhétose; les lésions de l’une ne peuvent être éloignées des lésions de l’autre; c’est au voisinage du faisceau sensitif de la partie postérieure de la capsule interne qu’il faut les chercher. Une seule théorie pourrait être opposée à celle ci, c’est celle qu’a formulée Eulenburg (1875) : considérant la limitation des désordres à certains groupes musculaires, leur association fréquente à des accès d’épilepsie, il a cru pouvoir annoncer que l’athétose doit être localisée dans un point

intellectuel : «. Quant à moy, j’estime que nos âmes sont desnouees à vingt ans ce qu’elies doibvent estre, et qu’elles promettent tout ce qu’elles pourrront. Jamais ame qui n’ait donné en cet aage-là arrhe bien évidente de sa force, n’en donnera depuis la preuve. » (I, 57.) Et ailleurs : « L’aage n'imprime pas moins de rides au visage qu’à l’esprit... Quiconque met sa decrepitude sous la presse faict folie... Notre esprit se conslipe et s’espaissit en vieillissant». (II, 3.)

Voltaire pensait bien différemment : « Mon âme s’est fortifiée à mesure que mon pauvre corps s’est affaibli ( Lettre à Richelieu, 1771). » Illusion peut-être; mais enfin un nombre important de grands esprits ne publièrent, les uns que vers quarante ans (Buffon, Montesquieu, La Fontaine, J. -J. Rousseau, Descartes, Montaigne lui-même), les autres vers cinquante. ans et au delà (La Bruyère, Milton, Cervantes, La Rochefoucauld, Calvin, etc.) les ouvrages auxquels ils durent leur célébrité. Il est curieux de lire à ce sujet Flourens {De la longévité), à l’antipode des idées de Montaigne. Celui-ci

convient d’ailleurs « qu’il y a des complexions plus propres à la retraite les unes que les aultres ». Enfin est-il toujours fidèle, en ce qui concerne du moins la vie en dehors, active et militante, à cette philosophie du renoncement qu’il vient de nous prêcher? Nullement, car il est, par excellence, l’homme aux perpétuelles contradictions. Ainsi, sans se faire illusion sur les effets de la vieillesse, « celte puissante maladie qui se coule naturellement et imperceptiblement », il recommande de prendre ses précautions pour en retarder les progrès ou en affaiblir les charges : « Il faut retenir à tous nos dents et griffes l’usage des plaisirs de la vie que les ans nous arrachent des poings les uns après les aultres... reserver d’embesongnement et d’occupation autant qu’il est besoing pour nous tenir en haleine... si c’est le privilège de l’esprit de se r’avoir de la vieillesse qu’il verdisse, s’il peult, comme le guy sur un arbre mort... c’est grand’simplesse d’alonger et anticiper, comme chasseur faict, les incommodilez humaines : j’aime mieulx estre moins longtemps vieil

28 Mars 1879

limité des centres moteurs de la convexité du cerveau. Le débat est en suspens; il faut attendre le résultat des autopsies.

Déjà Ewald ( Deutsch . Archiv. fur Min. Med., 1877) a publié une observation où il a pu constater à l’ouverture deux petits foyers de ramollissement sur la circonvolution temporale du côté opposé aux membres athétosiques : elle semblerait confirmative des opinions d’Eulenburg. Mais en même temps Ewald relate un autre cas où il n’a trouvé, comme lésion, qu’une petite masse tuberculeuse sous les tubercules quadrijumeaux. D’ailleurs, les deux faits sont si complexes, les symptômes ont été si multiples, si bizarrement associés qu’on ne saurait apprécier bien exactement la valeur des lésions. La théorie de M. Oulmont compte au contraire à son actif au moins un fait très-remarquable. Nous ne rappellerons pas ici une observation de Rosenbach, d’interprétation difficile, dans laquelle un ataxique présentait des troubles moteurs peut-être de nature athétosique, et où l’autopsie montra, outre la sclérose des cordons postérieurs, un petit foyer de ramollissement à l’extrémité postérieure, inférieure et externe du noyau lenticulaire du corps strié. Mais, au mois de janvier 1878, M. Landouzy présentait à la Société anatomique le cerveau d’une malade citée dans la thèse de M. Oulmont : l’hémiathétose avait duré trente ans environ, occupant les extrémités droites; elle avait été le seul symptôme observé ; il n’y avait eu ni convulsions, ni hémiplégie, ni hémianesthésie. L’encéphale ne présentait qu’une seule lésion: un foyer de ramollissement englobant un petit calcul et occupant la partie antérieure du noyau extra-ventriculaire du corps strié gauche; il y avait un léger amincissement du pédoncule cérébral correspondant; la capsule interne était intacte. Il est certes difficile de trouver une lésion qui réponde mieux à l’idée que l’on pouvait s’en faire d’avance; elle existe bien au voisinage du faisceau sensitif du pied de la couronne rayonnante. On peut attendre avec confiance les autopsies à venir ; il faut néanmoins ne pas prononcer de jugement avant leur contrôle : un fait unique, si probant qu’il soit, ne saurait suffire.

Découvrir et préciser les caractères cliniques de l’athétose, rattacher la grande majorité des cas d’hémiathétose à une lésion cérébrale, prévoir et retrouver le siège précis de cette lésion, tels ont été les résultats successifs des travaux entrepris depuis huit années sur la question qui nous occupe. Il reste encore plus d’un point à élucider; c’est sur eux que devront porter les futures recherches. En premier lieu, quels sont les rapports de l’hémiathétose avec l’athétose double?Les

mêmes peut-être qu’entre l’hémichorée et la chorée. Mais cette comparaison n’est pas une explication complète. L’étude des conditions étiologiques devra ensuite être abordée ; l’importance de l’hémorrhagie cérébrale, de l’atrophie du cerveau, est établie par un nombre suffisant d’observations. La syphilis semble pouvoir être incriminée dans quelques cas, sans que le traitement habituel ait eu la moindre influence sur l’affection dont elle était la cause. L’athétose, en effet, paraît rebelle à tous les traitements; si les courants conlinus, la gymnastique des doigts (Dreschfeld, Revue mensuelle, 1877), l’emploi de l’ergot de seigle (Balfour, Edinburgh med. Journ., 1878) ont été suivis d’amélioration, aucune guérison vraie n’a été signalée, et l’athétose reste incurable comme les lésions cérébrales qui la produisent.

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