Avril
les brins de coton s’étaient tellement incrustés dans les boureons charnus qu’il fut impossible de les enlever; la présence e ces petits corps étrangers provoqua une exubérance de prolifération cellulaire qui donna à la plaie un aspect végétant difficile à modifier, et qui retarda un peu la marche de la cicatrisation.
Je n’ai appliqué le pansement de Lister que dans un cas d’amputation du bras, et il m’a donné une réunion primitive. Ce cas unique ne me permet pas de le comparer au pansement ouate; mais il me rend les plus grands services dans les cas où ce dernier est inapplicable ou d’application difficile, et c’est à leur usage parallèle que je dois d’avoir modifié l’état sanitaire de mes salles de la manière la plus avantageuse.
On m’a vu employer, dans quelques cas, une méthode qui n’a peut-être pas été appréciée à sa valeur; je veux parler de l’aspiration continue de M. Maisonneuve. Nous sommes mal places en province pour des essais de cette nature, qui exigent des appareils parfaits et un matériel assez considérable pour appliquer rigoureusement à chaque cas l’occlusion hermétique; peut-être est-ce à une imperfection d’appareil qu’il convient d’attribuer l’infection purulente qui a enlevé une de mes amputées de cuisse. Mais, à côté de ce revers, deux réunions primitives, l’une à la suite d’une amputation de cuisse, l’autre après une amputation de jambe, plaident en faveur de cette méthode, et si le pansement ouaté n'était vertu m’offrir plus de facililé d’application et plus de garanties au moment où je faisais ces essais, j’aurais persisté dans remploi de l’aspiration continue en perfectionnant son application. '
On voit par l’exposé que je viens de faire que je suis partisan de la réunion primitive; je suis encouragé dans cette voie par les résultats que j’ai obtenus. Lors même qu’on ne l’obtient que très-partiellement, elle donne de grands avantages, surtout sur les parties où l’application d’un appareil prothétique demande un moignon bien régulier, une cicatrice peu étendue et placée sur un point favorable.
Plusieurs de mes amputés, atteints de quelque maladie d’un grand appareil organique ou d’affection diathésique, peuvent apporter leur appoint à la question de l’influence réciprpque de ces états et des traumatismes les uns sur les autres; Aussi me semble-t-il opportun de revenir sur chacun de ces cas en particulier. Je m’arrêterai d’abord aux malades dont les lésions locales se sont compliquées de diathèse tuberculeuse. Us sont au nombre de quatre dans mes tableaux : chez deux, la maladie diathésique existait au moment de l’opération; chez deux autres, elle s’est développée consécutivement. Ces cas me paraissent mériter l’attention au point de vue de l’opportunité de l’intervention opératoire en pareille circonstance.
Obs. IL — Le soldat Baudribos entra dans le service en 1808 pour une tumeur blanche de l’articulation tibio-tarsienne, compliquée de symptômes manifestes de tuberculisation pulmonaire ; celle-ci était caractérisée par la diminution du s.on, de la respiration soufflante et des craquements au sommet du poumon droit. 11 y avait, en outre, un dépérissement marqué, de l’amaigrissement, une pâleur très-prononcée. Les lésions de l’articulation tibio-tarsienne indiquaient nettement l’amputation ; mais, n’osant, soumettre le malade â cette épreuve avec un état général aussi mauvais, je . envoyai à Amélie-les-Bains.
Il en revint transformé ; il avait repris de l’embonpoint et des couleurs, la toux avait disparu, et il ne restait au sommet du poumon droit qu’un peu de rudesse de la respiration.
Je pratiquai alors l’amputation de la jambe au quart inférieur, par le procédé de Guyon. La suture métallique et le pansement alcoolisé donnèrent une réunion primitive complète, et le malade, muni d’un appareil Beanfort, put marcher dans les jardins de l’hôpital, monter et descendre les escaliers, faire des promenades en ville avec la plus grande facilité. Il reprit chez lui le métier de tisserand, qu’il exerçait avant son incorporation, et il était en étal de faire de longues courses à la campagne sans la moindre gêne. Il continua son métier jusqu’à sa mort, arrivée il y a trois ans par phthisie pulmonaire.
Ce malade était manifestement sous l’inf|ueqce de la diathèse tuberculeuse. L’opération a été faite dans un jnoment
où la diathèse n’était plus qu’à l’état latent, où un traitement thermal approprié avait arrêté l’évolution des lésions. C’est, sans contredit, à cette circonstance que j’ai dû la guérison avec le plus beau résultat que j’aie jamais observé à la suite d’opérations semblables. L’influence réciproque de la diathèse et de l’opération l’une sur l’autre a été complètement nulle.
Dans le cas suivant, les suites furent aussi déplorables qu’elles avaient été favorables dans le précédent.
Obs. III. — Le soldat Magne, âgé de vingt-sept, ans, entra dans mon service, le 25 juillet 1807, pour une tumeur blanche de l’articulation tibio-tarsienne droite, avec trajets fistuleux. L’immobilisation avec les cautérisations transcurreutes, la compression, les injections de pcrchlorurc de fer à 15-20 degrés, faites au moyen d’une seringue de Pravaz au centre des fongosités, furent successivement employées, concurremment avec, les moyens internes habituellement mis en pratique dans les cas semblables, jusqu’au mois de novembre, mais rien ne. put entraver la marche progressive des lésions. L’ne douleur vive, persistante à la base du thorax, à gauche, me conduisit à un examen attentif de la poitrine ; la percussion et l’auscultation ne révélaient aucun signe permettant d’affirmer quelque lésion interne.
L’amputation de la jambe, fut faite, le 26 novembre, au lieu d’élection parle procédé à lambeau externe. La difficulté delier l’artère tibiale antérieure amena une perte de sang assez considérable. J’assujettis les trois quarts antérieurs du lambeau par la' suture entortillée et je fis appliquer des compresses réfrigérantes. Dès le jour de l’opération, le membre fut pris de soubresauts ; il survint des frissons répétés, de l’ictère, de la diarrhée, et le malade succomba onze jours après l’aniputation. A l’autopsie, on trouva la veine poplitée oblitérée par des caillots mélangés de pus, la plèvre droite remplie de pus, dans le- poumon gauche un petit abcès métastatique, et au sommet une large caverne entourée de tubercules ramollis.
Ce cas diffère du précédent en ce que l’opération a été pratiquée en pleine évolution des lésions diathésiques. Quelle est sa valeur dans la question qui nous occupe? Il est difficile de se prononcer sur un fait isolé, eu égard à la nature et au siège d’une opération qui amène souvent un résultat aussi funeste, même faite dans les meilleures conditions.
Dans les observations de Varlet et de la femme G..., la tuberculisation s’est développée consécutivement à l’opération. Chez le premier, outre l’épuisement produit par une tumeur blanche et un séjour d’un an à l’hôpital, l’amputation fut suivie de suppuration diffuse, puis de lymphangite à répétition, qui amena à son tour une arthrite purulente du genou, et c’est dans le cours de ces derniers accidents que les premiers symptômes de la tuberculisation pulmonaire apparurent.
Dans le deuxième cas, il y avait de l’alcoolisme chronique qui n’empêcha pas la plaie d’une amputation de la cuisse d’arriver à une cicatrisation complète. La malade succomba à une sorte d’état cachectique qui me parut être le résultat des lésions viscérales de l’alcoolisme. On trouva à l’autopsie un foie gras, énorme, une dégénérescence graisseuse très-prononcée des reins, un cœur à parois flasques et décolorées. Les deux poumons présentaient à leur sommet un certain nombre de noyaux d’infiltration tuberculeux sans ramollissement.
Dans ces deux cas, il est permis d’admettre que l’opération, par la longue suppuration qu’elle a amenée, est venue activer le développement des tubercules dans un terrain déjà merveilleusement disposé par les causes d’épuisement antérieures, et nous croyons pouvoir en conclure qu’il est sage de ne pas trop reculer l’amputation lorsqu’elle est nettement indiquée, surtout s’il s’agit de sujets chez lesquels on a à redouter la diathèse tuberculeuse.
(A suivre.)
SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des sciences.
Note pour servir a l’histoire des expansions pédoncul ai res , par M. Bitot (de Bordeaux). — L’auteur affirme que les expansions pédonculaires ou capsulaires n’aboutiraient qu’à quelgues districts de la périphérie cérébrale et formeraient trois groupes : antérieur, moyen et postérieur. Il décrit le trajet de ces groupes et en conclut que la substance corticale du cerveau peut être divisée en deux parties : l’une capsulaire, excitable, et l’autre acqpsulaire, non excitable. Les parties capsulaires seraient seules des centres psycho-moteurs.
Les lésions cérébrales pathologiques ou expérimentales ne s’accuseraient d’emblée par des troubles de sensibilité ou de motricité que si elles siègent sur le trajet ou à la terminaison des expansions pédonculaires, véritables nerfs intrinsèques du cerveau.
Les lésions qui s’effectueront sur toute autre partie blanche ou grise ne produiront ni anesthésie, ni paralysie motrice, mais elles se traduiraient par d’autres symptômes, tels que des troubles intellectuels, etc., ou bien elles resteraient latentes.
Recherches expérimentales sur un Leptothrix trouvé
PENDANT LA VIE DANS LE SANG d’üNE FEMME ATTEINTE DE FIÈVRE puerpérale grave, par M. V. Feltz. — Dans le sang de la malade, deux jours Dvantla mort, et dans le sang du cadavre, on trouva un nombre considérable de filaments immobiles, simples ou articulés, transparents, droits ou courbes, dont chaque article était long de 0m"’,003 à 0mm,006 pour une largeur de 0ni,,n,0005 à 0ram,0003. Le sang du cœur recueilli à l’abri du contact de l’air, puis cultivé dans des tubes de M. Pasteur, ne contenait que de l’air pur.
Les cryptogames ainsi reconnus appartiennent au genre Leptothrix; ils ressemblent beaucoup aux bâtonnets immobiles de l’enduit gingival; mais ils en diffèrent en ce qu’on les rencontre toujours seuls dans le sang frais, tandis que les Leptothrix de la bouche sont toujours accompagnés de bactéries oscillantes et de spores mobiles d’où ils procèdent. La putréfaction détruit les bâtonnets immobiles qui, d’abord mélangés à des formes vibrioniques multiples, finissent par disparaître complètement. Conservés sur des plaques convenablement bitumées, ils deviennent franchement granuleux et se cassent.
L’inoculation de ces corps avec du sang vivant ou mort, ou cultivé, pratiquée sur des cobayes, établit sa toxicité et leur reproduction innombrable dans le sang. L'état pathologique ainsi déterminé se marque par une incubation plus ou moins longue et un stade morbide caractérisé par une légère augmentation de la température, bientôt suivie d’une chute thermométrique progressive; surviennent ensuite un suintement sanguinolent de l’une ou l’autre muqueuse, un état particulier des poils, une grande gêne respiratoire et une légère perle de poids. La mort arrive par asphyxie lente.
L’auteur décrit ensuite les altérations cadavériques observées, puis il conclut de ses recherches que la virulence du sang et des sérosités des animaux morts ainsi est démontrée par le retour des mêmes accidents et des mêmes lésions chez des cobayes auxquels on inocule des doses de plus en plus petites, même infinitésimales, de ces liquides. Cette virulence diffère de celle de la septicémie en ce qu'elle reste toujours la même et qu’elle n’augmente pas par les inoculations successives.
Il fait remarquer que le sang perd parfois spontanément tous ses Leptothrix, avant toute apparence de putréfaction, et
que la cessation de toute propriété infectante est toujours la conséquence de ce phénomène que l’on reproduit à coup sûr en privant le sang du contact de l’air.
Les cultures successives des Leptothrix du sang dans de l’urine alcaline, suivant les règles de M. Pasteur, ne laissent pas de doute sur la végétation infinie des bâtonnets qui sont aérobies; ils procèdent de spores ovoïdes. La persistance de la toxicité dans ces conditions démontre que le Leptothrix agit, par son excessive multiplication, à la façon des parasites.
L’auteur a inoculé les Leptothrix de la bouche à des cobayes et à des lapins sans obtenir de végétation parasitaire dans leur sang. Il a ensuite et maintes fois constaté que ce Leptothrix, qui se développe si bien chez le cobaye et surtout chez le lapin, ne se reproduit pas du tout dans lè sang du chien. « Nous pouvons donc affirmer, dit-il en terminant, qu’entre des Leptothrix de même forme il y a de grandes différences vitales, et que leur développement est subordonné, comme pour tous les parasites crvptogamiques, à la nature du terrain où ils ont été semés par le hasard ou l’expérimentation. »
— A la suite de cette communication, M. Pasteur rappelle les observations et les expériences qu’il a faites sur l’étiologie de la fièvre puerpérale.
Morphologie du follicule dentaire chez les vertébrés, par MM. Ch. Legros et E. Magitot. — Le système dentaire, considéré dans la série des vertébrés, représente tantôt un simple appareil de tact (dents cutanées et branchiales de certains poissons), tantôt un appareil auquel sont dévolues des fonctions multiples de tact, de préhension et de mastication (mammifères terrestres).
Dans sa plus grande simplicité anatomique, l’appareil dentaire ne comprend qu’un état d’évolution particulier de la lame épithéliale qui recouvre les arcs maxillaires pendant la vie embryonnaire : chez les poissons et la plupart des mammifères, il est le résultat du fonctionnement d’un petit organisme spécial, le follicule dentaire.
Le follicule dentaire est un appareil embryonnaire dont la durée et le rôle physiologique dépassent considérablement la limite de la vie fœtale, car on le retrouve au sein des mâchoires et en pleine activité fonctionnelle pendant l’enfance et jusqu’à la période adulte. A partir du moment où sa formation est achevée, il se compose essentiellement : 1° d’un sac membraneux, clos de toutes parts ; 2° d’un certain nombre d’organes contenus dans le sac.
Le sac, ou enveloppe folliculaire, est constitué par une paroi celluleuse ou fibro-celluleuse, affectant avec le tégument extérieur muqueux ou cutané une adhérence complète.
Les organes inclus sont en nombre variable et de composition anatomique parfaitement distincte. Relativement à leur nombre, celui-ci n’est jamais inférieur à deux ni supérieur à trois. L’un de ces organes, dont la présence est fixe et invariable, est le bulbe, car sa fonction consiste dans la formation de la dentine ou ivoire, tissu fondamental de tout organe dentaire défini. Lorsque le follicule dentaire ne contient que deux organes formateurs, le second qui entre dans sa composition est tantôt un organe du cément (follicule de la défense de l’éléphant), tantôt Yorgane de l'émail (follicule des carnassiers, de l’homme, etc.).
Dans l’état le plus complet du follicule, alors que trois organes intérieurs figurent dans sa constitution, ceux-ci sont, par ordre de superposition : 1° le bulbe central; 2° l’organe de l’émail, exactement moulé sur la surface convexe du précédent; 3° l’organe du cément entourant les deux autres et recouvert lui-même par la paroi folliculaire. Tel est le follicule des dents composées des grands mammifères (molaires des herbivores).
Les auteurs décrivent ensuite les détails de structure que présentent le bulbe dentaire, l’organe de l'émail et l’organe du cément.
4 Avril 1879
Pathogénie et traitement du strabisme convergent
INTERMITTENT, SANS OPÉRATION, PAR L’EMPLOI DES MYDRIA- TIQUES OU DES MYOSIQUES, CHEZ LES ENFANTS, par M. BOU-
clieron.
Le strabisme convergent dépend de la construction hypermétropique de l’œil dans la grande majorité des cas, comme l’a démontré Donders. Ainsi ces yeux hypermétropes, pour la vision des objets éloignés, emploient prématurément leur accommodation; pour la vision des objets rapprochés, ils sont obligés de faire un effort excessif d’accommodation.
Mais, dans l’organisation de l’appareil oculaire, l’accommodation des yeux pour la vision des objets rapprochés entraîne la convergence des lignes de regard vers ces mêmes objets. Les muscles de l’accommodation et les muscles de la convergence sont animés parle même nerf (moteur oculaire commun); ces deux actions musculaires sont donc associées.
L’accommodation cependant gouverne la convergence, qui est une fonction plus subalterne, et à un effort excessif d’accommodation correspond un effort excessif de convergence. Aussi les yeux hypermétropes sont-ils constamment sollicités à loucher; nuis peu à peu l’habitude survient, et ils restent déviés. Le strabisme convergent, d’abord intermittent, devient permanent et n’est plus curable nue par l’opération.
Mais, quand l’habitude vicieuse n’est pas encore définilivement. constituée, il est possible d’enrayer la production du strabisme en s’attaquant à ses facteurs palhogéniques.
Comme l’excès d’accommodation entraîne l’excès de conver-
Eence, si l’on supprime l’accommodation, on supprimera le straisme. En effet, il suffit d’instiller quelques gouttes d’une solution d’atropine dans les deux yeux pour paralyser l’accommodation, empêcher la vision de près, arrêter la tendance à la convergence et faire disparaître le strabisme convergent intermittent en quelques jours (de deux à quinze).
Comme l’équilibre se trouve rétabli entre les muscles oculaires, révolution naturelle et l’accroissement régulier de l’enfant consolident l’appareil oculaire dans cet état d’équilibre. Après quelques mois (trois, cinq, huit, dix mois), selon l’âge des enfants, la guérison est définitive.
Le plus grand nombre des strabismes convergents sont d’abord intermittents; aussi la méthode est-elle applicable à la plupart des enfants strabiques, au début de leur affection. Après la guérison du strabisme, il est important de corriger le défaut de construction de l’œil, l’hypermétropie, par les verres appropriés, surtout au moment où Penfant va faire un usage constant de la vision de près, pour les besoins de son éducation.
Tous les mydriatiques, atropine, duboisine, etc., jouissent des mêmes avantages au point de vue du strabisme, et ils peuvent se suppléer.
Les myosiques (ésérine), qui immobilisent le muscle ciliaire et interrompent la relation préexistante entre l’accommodation et la convergence, peuvent aussi être employés, mais de préférence à la fin du traitement, pour faciliter les essais de lecture.
Ces substances, employées àdose convenable, sont inoffensives, même chez les plus jeunes enfants.
Sur la présence de la lithine dans les roches et dans
LES EAUX DES MERS ; CONSÉQUENCES RELATIVES AUX TERRAINS SALIFÈRES ET A CERTAINES CLASSES D’EAUX MINÉRALES, par
M. L. Dieulafait. — La lithine a déjà été signalée dans un grand nombre d’espèces minérales. L’auteur l’a recherchée d’une manière systématique dans toutes les roches dont l’ensemble constitue la formation primordiale. Il résulte de cette étude que la lithine est aussi répandue que la soude et la potasse, et qu’elle accompagne ces deux bases dans toutes les roches de la formation primordiale. Elle existe aussi dans les eaux de la Méditerranée en quantité telle, qu’elle peut être reconnue dans le résidu de l’évaporation d’un seul centimètre cube. Le fait est général : les eaux de la mer Rouge, de l’océan Indien, des mers de la Chine, du Pacifique et des mers australes donnent les mêmes résultats. La lithine se concentre dans les dernières eauxmèresdes marais salants, en quantité si considérable qu’elle est parfaitement reconnaissable dans
la millième partie de un centimètre cube de ces eaux mères. Elle se concentre en quantité notable dans les boues qui, à toutes les périodes de l’évaporation, se déposent dans les marais salants, dans les gypses et dans les marnes des terrains salifères de tous les âges, et plus particulièrement encore ceux de la formation tertiaire.
Dans les gypses tertiaires de l’Italie, on en rencontre surtout dans la région des suffioni à acide borique. L’auteur a aussi examiné, l’eau qui a barboté dans les suffioni, et dont on retire industriellement l’acide borique; cette eau est riche en lithine : nouvel argument en faveur de la liaison de l’acide borique avec les gypses et les terrains salifères.
Le fait de la présence de la lithine dans toutes les roches de la formation primordiale entraîne cette conséquence, que toutes les eaux qui se minéralisent dans ce grand horizon doivent contenir de la lithine; c’est en particulier le cas pour une grande partie des eaux minérales des Pyrénées. Cette conséquence est complètement vraie pour les eaux suivantes : Luchon, Cauterets, Baréges, Saint-Sauveur, Labassère, Visos, Bonnes, Ax, Amélie. La quantité de lithine est même telle dans ces eaux, qu’on doit certainement s’en préoccuper au point de vue thérapeutique.
Les eaux minérales salines sortent des terrains salifères et se minéralisent aux dépens des sels et des substances organiques abandonnés par les anciennes mers.
Toutes les eaux salines renferment de la lithine en quantité telle, que souvent cette substance a pu être reconnue avec une seule goutte d’eau, c’est-à-dire avec moins de 1/25 de centimètre cube. C’est ce qui a eu lieu en particulier poulies eaux d’Allevard, de Balaruc, de Bourbonne, de Contrexeville, de Digne, de Gréoulx, de Miers, de Montbrun, dePougues, de Salins, d’Uriage, de Birmenstorff, de Loèche, de Wildegg, de Pullna, de Humbourg, de Kissingen, de Kreusnach, de Nascheim, de Soultzmatt.
Résistance des germes de certains organismes a la
TEMPÉRATURE DE 100 DEGRÉS; CONDITIONS DE LEUR DÉVELOP¬ PEMENT, par M. Ch. Chamberland. — L’auteur rappelle qu’il a démontré l’existence d’un organisme microscopique exclusivement aérobie et se cultivant dans tous les liquides organiques non acides. Cet organisme donne naissance à des germes ou spores qui, placés dans des milieux neutres, résistent pendant plusieurs heures à la température de 100 degrés. Les temps nécessaires pour tuer ces spores sont variables avec le liquide dans lequel elles se trouvent. Ainsi, dans l’eau de levure et dans l’eau de foin, elles peuvent résister pendant cinq heures, tandis que dans l’eau distillée elles sont tuées après deux ou trois heures d’ébullition. Une température de 115 degrés environ les tue très-rapidement. Les spores résistent à l’ébullition faite pendant quelques minutes dans un milieu acide. Les organismes se développent très-bien aux températures de 40 et de 50 degrés.
Un autre Bacillus également décrit par l’auteur est à la fois aérobie et anaérobie. Il absorbe l’oxygène de l’air lorsqu’il se trouve en contact avec lui ; mais, placé dans le vide, il agit comme ferment et donne un dégagement de gaz qui est un mélange d’acide carbonique et d’hydrogène. Sous ce rapport, il jouit de propriétés analogues à la levûre de bière. Il se développe aussi dans les milieux neutres ou légèrement alcalins, et pas du tout dans les liquides notablement acides. Il donne également des germes ou spores qui résistent à la température de 100 degrés, mais beaucoup moins longtemps que les spores du Bacillus subtilis. Ainsi, placés dans l’eau distillée, les germes de ce nouveau microbe résistent pendant trente minutes à la température de 100 degrés, mais ils sont tués après quarante minutes environ. Ils se comportent sensiblement de même dans les autres liquides neutres. Lorsqu’on les sème dans des liquides légèrement acides que l’on fait bouillir ensuite pendant quelques minutes, ces liquides se conservent sans production d’organismes, mais les spores ne
4 Avril 1879
sont pas tuées. On le constate de la même façon que pour le Bacillus subtüis. Enfin, les températures les plus favorables au développement de ce nouveau microbe sont sensiblement les mêmes que celles qui conviennent au Bacillus subtilis.
Ces résultats démontrent que l’ébullition, même pendant une heure, ne suffit pas à tuer tous les germes que l’eau peut contenir. Il faut donc toujours se servir d’appareils flambés pour la manipulation des liquides neutres stériles.
Il importe enfin de remarquer que les deux organismes connus jusqu’ici, dont les germes résistent à la température de 100 degrés, se développent aussi à des températures trèsélevées. Tous les autres organismes dont les germes sont tués à la température de 100 degrés ne se développent jamais dans une étuve à 50 degrés.
Sun LA PRÉSENCE DANS LE SANG ET LES TISSUS, SOUS FORME SPHÉROÏDALE, DE CERTAINS LIQUIDES NON MISCIBLES A L’EAU ET AYANT PÉNÉTRÉ PAR LA VOIE PULMONAIRE, par M. Poincaré. — Dans ses recherches sur les effets de l’empoisonnement par le sulfure de carbone, l’auteur dit avoir rencontré fréquemment, dans les vaisseaux, des gouttes qui avaient paru être formées par cette substance, condensée de nouveau après son absorption.
Les mêmes résultats s’obtiennent avec d’autres substances non miscibles au sang, notamment avec l’essence de térébenthine et la nitrobenzine. Ces deux liquides, tout en se vaporisant dans l’atmosphère, assez pour pénétrer largement par la voie pulmonaire, sont cependant beaucoup moins volatils que le sulfure de carbone, de sorte que leurs gouttes sont plus stables et que le phénomène reste plus apparent. Les réactions chimiques ne révèlent point la présence dans les tissus des produits inhalés.
Toutefois, dit l’auteur, en présence de ce fait que c’est seulementchezles animaux qui ont respiré les vapeurs de liquides non miscibles au sang qu’on trouve dans le torrent circulatoire des gouttes libres qui, par leur aspect physique, paraissent identiques aux substances qui ont fourni çes vapeurs, j’ai cru devoir attirer l’atteRtion des observateurs sur cette question.
Il est évident que les ouvriers qui respirent des vapeurs de ce genre sont exposés aune action toxique, variable avec leur composition chimique, et en même temps à des troubles mécaniques de la circulation et de la nutrition, analogues à ceux que produisent les embolies et l’introduction de l’air dans les veines. Ainsi s’expliqueraient ces morts précipitées qu’on observe parfois en expérimentant avec ces substances, et qui sont précédées de symptômes presque toujours semblables, quelle que soit leur nature. Certaines catastrophes produites par la chloroformisation sont peut-être le résultat du même mécanisme.
La substance qui, dans l’expérimentation, donne les résultats les plus apparents est la nitrobenzine. Les gouttes, qui se montrent à peu près dans tous les organes, sont surtout trèsabondantes dans le foie, les reins et les poumons. Elles existent non-seulement dans les vaisseaux, mais encore dans le tissu conjonctif et quelques cellules. Toutefois, il y a intérêt à procéder à l’examen peu de temps après la mort de l’animal.
Académie de médecine.
SÉANCE DU 1er AVRIL 1879. — PRÉSIDENCE DE M. RICIIET.
L’Acadiîmie reçoit : 1® Un pli cachetd de M. P. Thomas {accepté). 2® Uno lottro de M. de Masquard sur la maladie des vers à soie. 3" Diverses brochures de M. le docteur Boens sur les plaies et les pansements.
M. Bergeron dépose sur le bureau, au nom do M. Proust, un Rapport général sur les travaux des conseils d'hygiène des départements.
Maladies des vers a soie. — M. Pasteur répond quelques mots à une lettre adressée par M. de Masquard, relativement à sa communication de la séance du H mars.
Ce que l’on désigne sous la dénomination de maladie des
vers à soie comprend, dit M. Pasteur, deux maladies distinctes : 1° La maladie des corpuscules ou pêbrine; 2° La flacherie. Or, la première a certainement et complètement disparu chez tous les éducateurs qui ont suivi ponctuellement les conseils de M. Pasteur relativement à l’examen et au choix de la graine, et qui ont eu la précaution d’élaguer toute graine provenant de papillons atteints de corpuscules. Quant à la flacherie, les idées de M. Pasteur sur ce point ont soulevé tant de contradictions, que les éducateurs, troublés par ces contradictions, n’ont pas su prendre avec assez de résolution les mesures indiquées par M. Pasteur dans son livre : de là, suivant M. Pasteur, la persistance de la maladie, qui ne cessera que lorsque les éducateurs, mieux éclairés, seront revenus aux vrais principes.
Rapports. — M. Poggiale, au nom de la commission' des eaux minérales, donne lecture d’une série de rapports sur des demandes en autorisation d’exploiter de nouvelles sources minérales pour l’usage médical. Les conclusions de ces rapports sont adoptées sans discussion.
Traitement des névralgies par le sulfate de cuivre ammoniacal. — M. le docteur Féréol ayant plusieurs fois rencontré des névralgies de la cinquième paire qui, après avoir résisté à une foule de moyens, ont rapidement et plus ou moins complètement disparu après l’administration du sulfate de cuivre ammoniacal, a cru qu’il était permis d’attirer l’attention de l’Académie et des médecins sur un médicament un peu trop oublié et capable de rendre des services dans la pratique.
M. Féréol a essayé une première fois ce médicament sur un homme de trente-deux ans, vigoureux, ayant depuis deux mois des crises atroces et tellement multipliées que c’est à peine si, dans certains jours, elles étaient séparées par quelques minutes d’intervalle. L’insomnie était absolue. Le malade s’était fait arracher six dents de la mâchoire supérieure, plus ou moins saines. On essaya successivement le sulfate de quinine, le bromure de potassium, le chloral, le nitrate d’aconitine de Duquesnel, qui fut porté de 4 à 16 granules, c’està-dire de 1 à 4 milligrammes par jour; la teinture de gelsemium, de 5 millimètres cubes à 8 centimètres cubes par jour ; les vésicatoires morphinés; les injections hypodermiques de morphine; les granules de dioscoride, etc.; tous ces médicaments n’eurent que peu ou point d'effet.
C’est alors que M. Féréol essaya le sulfate de cuivre ammoniacal. Dès le premier jour, l’amélioration fut considérable, et, le second, le malade dormit toute la nuit, ce qui ne lui était pas arrivé depuis deux mois. Le médicament fut continué dix jours, et quand le malade quitta l’hôpital, il n’avait pas eu de crises depuis quatre jours, et se trouvait guéri. Malheureusement il n’a pas été revu depuis, malgré les recommandations que lui avait faites M. Féréol.
Chez un jeune homme vigoureux, non alcoolique, atteint depuis quelques jours de névralgie sus-orbitaire à frigore, se produisant chaque matin pour cesser à midi, une application de sangsues, un vésicatoire, le sulfate de quinine à la dose de l«r,50, avaient été impuissants. Le sulfate de cuivre ammoniacal en potion, à la dose de 10, puis de 15 centigrammes par jour, amena, dès le premier jour, un apaisement considérable de la douleur, et, le second jour, le malade se disait guéri. La médication fut continuée encore une semaine, et la névralgie ne reparut pas.
Des effets analogues ont été observés par M. Féréol chez une dame de quarante-trois ans, délicate et nerveuse, mais non hystérique, atteinte d’une hémicrânie droite persistante, mais sans vomissements ni fourmillements dans les membres, ni de troubles cérébraux, éprouvant, en outre, des crises douloureuses atroces dans les nerfs de la cinquième paire, qui la rendaient comme folle, chez laquelle avaient été inutilement employés divers traitements en province, et, à Paris, le sulfate et le bromhydrate de quinine, les pilules d’aconitine, le quinium de Moussette, les injections hypodermiques de
4 Avril 4879
morphine, etc. Semblables résultats, ont été également obtenus chez un vieillard d’une soixantaine d’années , atteint depuis dix-huit mois au moins d’une névralgie horriblement douloureuse ayant son point de départ dans le rameau nasal de la cinquième paire du côté droit, et chez lequel la cautérisation avec le nitrate d’argent, la pommade au calomel, le bromure de potassium, le sulfate de quinine, les narcotiques, les injections hypodermiques de morphine, le nitrate d’aconitine, avaient été essayés inutilement. Malheureusement les résultats ne se sont pas maintenus, le malade ayant éprouvé des vomissements qui lui ont inspiré de la répugnance pour le sulfate de cuivre ammoniacal et qui lui ont fait abandonner la médication.
Le travail de M. Féréol a été renvoyé à l’examen d’une commission composée de MM. Pidoux, Oulmont et Maurice Raynaud.
— A quatre heures un quart, l’Académie se réunit en comité secret pour entendre la lecture du rapport de M. Marc Sée sur les titres des candidats à la place déclarée vacante dans la section d’anatomie et de physiologie.
Société médicale des hôpitaux.
Rêtrécissemènt acquis de l’artère pulmonaire . Phthisie consécutive M. Constantin Paul, M. Duguet. — Lésions des lymphatiques dans la goutte : M. Damaschino. — Syphilis héréditaire : M. Parrot. — Cas de purpura hemorrhagica : M Rigal.
M. Constantin Paul lit l’observation d’un malade qui, au mois de mai 1878, fut pris en pleine santé, à la suite d’un refroidissement, de frisson et de congestion pulmonaire à gauche. Entré dans le service :le M. Constantin Paul au mois de janvier 1879, on constata de la toux, de l’atrophie des muscles pectoraux, de la saillie des côtes et de l’a(Taiblissepfient général. Le poumon droit était sain à gauche; sous la clavicule droite, matité dans le premier espace intercostal; respiration faible, râles sous-crépi tants humides très-rapprochés ; mais l’oreille était frappée par un phénomène insolite, celui de l’impulsion artérielle considérable, avec bruit de souffle. En arrière, moins de sonorité dans la fosse sous-épineuse; respiration faible avec râles sous-crépitants très-nombreux, très-serrés, très-humides, sans bruit desouffleà l’expiration; retentissement de la toux et de la voix.
La pointe du cœur siégeait derrière la cinquième côte, à 10 centimètres de la ligne médiane. Le bord supérieur du foie correspondait au niveau de l'insertion du cinquième cartilage droit. En réunissant cette ligne du bord du foie à la pointe du cœur, on obtenait une ligne qui correspondait au bord inférieur du triangle cardiaque. Cette ligue est presque horizontale. L’examen du bord droit vertical du triangle cardiaque place cette ligne à 1 centimètre et demi du bord droit du sternum. Il résulte de cette mensuration que le cœur est gros, mais que l’hypertrophie ne porte pas sur le cœur gauche.
L’auscultation du cœur, faite au siège d’élection des bruils appartenant aux divers orifices, ne révélait rien. Il n’en était pas de même au foyer des bruits de l’artère pulmonaire. On constatait un bruit de souffle qui présentait les caractères suivants : 1° Au point de vue du siège, souffle dans le deuxième espace intercostal gauche, s’étendant vers l’aisselle jusqu’à 8 centimètres du bord du sternum. On l’entendait également tout près du bord du sternum, dans une étendue de 1 qu2 centimètres. Il débordait un peu le sternum à droite, le maximum du bruit était à 3 centimètres du bord gauche du sternum, 2° Au point de vue du temps, le bruit était systolique; mais ce jiruit de souffle présentait des caractères spé¬
ciaux, dont le plus important consistait d?ns l’intensité du bruit selon que le malade était debout ou couché,
Lorsque le malade était couché dans un plan sensiblement horizontal, le bruit de souffle atteignait son maximum d’intensité et s’accompagnait de frémissement cataire. Au contraire, quand il était debout, le bruit diminuait considérablement. Cette différence lient à ce que* dans la station debout, la circulation de l’artère pulmonaire est ralentie par la pesanteur, tandis que dans le décubitus horizontal le sang de l’artère pulmonaire, suivant l’action. de la pesanteur, y coule avec plus de rapidité et donne lieu à des bruits plus intenses.
Le deuxième caractère propre aux bruils de l’artère pulmonaire est le suivant : si l’on fermait les narines et la bouche du malade, et si. en même temps, on lui faisait faire un effort violent d’expiration, sans que l’air put sortir, on voyait l’ondée sanguine de l’artère pulmonaire se réduire ; le bruit diminuait de durée et disparaissait presque complètement. Si àce moment, on rendait au malade la liberté de respiration, il faisait des respirations très-grandes; le sang de l’artère pulmonaire affluait sans obstacle, et les bruits reprenaient progressivement leur intensité première et la dépassait même pendant un moment.
Ces phénomènes étaient une preuve évidente d’unelésion de l’artère pulmonaire siégeant à son orifice et rétrécissant son calibre, ainsi que les signes de l’hypertrophie du cœur droit. On ne pouvait pas admettre non plus l’hypothèse d’un anévrysme de l’aorte donnant des bruits de souffle dans le deuxième espace intercostal gauche, car il n’yavaitpasdesignede compression du nerf récurrent. Enfin, chez ce malade, on trouvait un pouls régulier, pas de cyanose ni d’œdème pulmonaire, ni de congestion du foie, ni d’œdème des membres inférieurs.
Depuis un mois, ce malade est sujet à des attaques nerveuses consistant en douleur anxieuse de la région cardiaque, spasmes pharyngiens, pleurs avec conservation complète de la connaissance. Ces attaques, qui ne s'accompagnent ni de tendance à la syncope, ni d’extension douloureuse (dans le bras gauche, ne peuvent être considérées comme des attaques d’angine de poitrine. Elles ont la force des névralgies extrinsèques, symptomatiques des affections du cœur et ressemblant aux attaques d’hystérie.
En résumé, la persistance des lésions depuis plusieurs mois ne permet pas de croire qu’il s’agisse d’une simple anémie, mais bien d’un rétrécissement acquis de l’artère pulmonaire, avec phthisie consécutive. Cette observation vient confirmer celle que M. C. Paul a faite, il y a huit ans, du rétrécissement acquis de l’artère pulmonaire et celles qui ont été faites depuis.
— M. Bunuel présente un malade atteint de rétrécissement de l’orifice de l’artère pulmonaire consécutif à une endocardite rhumatismale saris cyanose ni tubercules.
Ce malade, âgé de seize ans et demi, fut pris de rhumatisme articulaire aigu au mois de février 1875, à la suite d’un bain froid : à partir de cette époque, il y eût des palpitations de cœur. Au mois de septembre 1878, nouvelle attaque de rhumatisme généralisé dans toutes les articulations et endocardite, amélioration, puis quatre rechutes successives qui furent traitées par le salicylate de soude. : en deux mois, le malade prit 160 grammes de salicylate de soude qui contribuèrent activement à la disparition des douleurs etde la fièvre.
Quelques semaines après, nouvelle rechute de rhumatisme subaigu, cachexie profonde ; on institua un traitement tonique. En un mois, le malade avait gagné 5 kilogrammes; mais en auscultant chaque jour la région du cœur, on fut frappé de l’intensité du bruit de souffle de la base, au premier temps, et de la fixité invariable de son maximum dans le second espace intercostal gauche tout contre le sternum.
Voici, en effet, ce qu’on observe chez notre malade depuis six semaines.
Le thorax a peu d’ampleur ; la région précordiale, plutôt
4 Avriï,'1879
déprimée que saillante, présente une large plaque carrée de pigmentation brune se rattachant aux vésicatoires volants qui y lurent appliqués. .
A l’œil on perçoit à peine un léger soulèvement du cinquième espace intercostal gauche sous le mamelon et un peu en dehors de lui ; c’est là, en effet, qu’avec le doigt on sent battre la pointe du cœur, qui est par conséquent abaissée et légèrement portée à gauche, ce qui dénote un peu d’hypertrophie du cœur droit.
Les battements du cœur sont faiblement accusés à la main appliquée sur la région précordiale, et l’on y perçoit de temps en temps, mais non, à coup sûr, d’une façon constante, un frémissement cataire, qui, lorsqu’il existe, est très-marqué, principalement vers la base du cœur.
La percussion donne une matité un peu exagérée, de G centimètres verticalement et de 5 transversalement.
Dans le deuxième espace intercostal gauche, à \ centimètre environ du sternum, existe un bruit de souffle systolique, prolongé, d'une force et d’une rudesse remarquables. C’est dans ce point précis qu’il offre son maximum d’intensité. De là, il rayonne pour s’affaiblir de plus en plus et faire place au bruit systolique normal, en haut sous le cartilage costal de la première côte, dans le premier espace intercostal où il se perd, se dirigeant vers la partie interne de la clavicule qu’il n’atteint pas; en bas, dans le troisième espace intercostal et jusque sous le cartilage de la quatrième côte qu’il ne dépasse las; en dehors à 3 ou 4 centimètres; en dedans, jusque vers e milieu du sternum.
L’intensité de ce souffle rude est au maximum quand le malade est couché. Elle diminue sensiblement quand il est debout. On va presque jusqu’à l’éteindre, tant il s’affaiblit, quand, suivant la remarque ingénieuse de M. Constantin Paul, le malade, couché ou debout, se met à pousser, à faire effort pendant que la bouche et les narines sont fermées. 11 reparaît bientôt avec son intensité habituelle quand le phénomène de l’effort cesse.
Sous le cartilage de la troisième côte droite et dans le deuxième espace intercostal du même côté, au voisinage du sternum, on constate un prolongement systolique doux, plus marqué également quand le malade est couché, et qui rayonne faiblement en bas dans le troisième espace intercostal droit, faiblement aussi en dehors, un peu plus en dedans sous le sternum, davantage en haut sous le cartilage de la deuxième et même de la première côte. Ce prolongement ne saurait en aucune façon être considéré comme un retentissement du souffle rude du deuxième espace intercostal gauche. Dans les vaisseaux du cou existe un murmure continu s’accompagnant d’un bourdonnement musical intermittent.
Le bruit diastolique est normal à la base, aussi bien à gauche qu’à droite du sternum.
A la pointe, dans la région du mamelon, et même en bas et en dehors, dans le sixième espace intercostal gauche, on entend les bruits normaux du cœur avec une netteté parfaite ; il en est de même en prolongeant l’auscultation jusque vers l’aisselle, dans le sens de propagation des bruits mitraux. Sous le sternum, au même niveau, et jusque dans le quatrième espace intercostal droit, au foyer des bruits tricuspidiens, on perçoit les deux bruits normaux du cœur, qui offrent partout la même régularité.
Le pouls est peu développé, très-régulier, sans intermittence; il donne au sphygmographe une ascension un peu brusque, sans autre caractère particulier.
Le malade n’accuse point d’oppression : il peut marcher, monter rapidement, et même courir pendant quelque temps, sans éprouver autre chose que des palpitations ; il est condamné à la lenteur des mouvements, bien moins par son cœur que par l’enraidissement de ses jointures. Bien qu’empreint encore d?une certaine pâleur, le faciès est redevenurosé. Les veines jugulaires se dessinent visiblement, mais il n’existe point e,t il ». ’a jamais existé de cyanose chez ce malade.
M... ne tousse jamais, et les poumons, examinés avec la plus minutieuse attention, n’offrent absolument rien à noter, au point de vue de la tuberculose en particulier, ni à l’auscultation, ni à la percussion. Il en est de même pour le fonctionnement de tous les autres organes, tube digestif, foie, rate, reins et système nerveux.
— M. Parrot présente trois jeunes enfants atteints de déformation osseuse du crâne, d’origine syphilitique. En général, un ou deux mois après la naissance, on voit se former des ostéophytes, principalement autour du bregma : ces osléophytes prennent leur point de départ dans le diploé des pariétaux. La protubérance déterminée par ces ostéophytes donne au crâne un aspect naliforme qui permet, par la palpation, de diagnostiquer immédiatement la syphilis héréditaire.
— M. Damascliino présente les pièces anatomiques d’un goutteux mort d’affection pulmonaire : les articulations présentaient une notable quantité d’urate de soude, et les poumons montraient la dilatation des lymphatiques, lésion décrite en 1874 par MM. Cornil et Raynaud.
— M. Rigal lit l’observation d’un jeune malade atteint de rhumatisme articulaire aigu, avec complication cardiaque, en 1871. En 1878, le malade fut pris subitement d’embarras gastrique, et on constata des taches de purpura sur les membres inférieurs, avec forte dyspnée : comme lésion, on trouvait un rétrécissement avec insuffisance de l’orifice auricuToventriculaire gauche; c’est ce que l’autopsie a démontré. M. Rigal conclut en disant qu’il s’agit là d’un véritable purpura hèmorrhagica.
M. Raynaud croit aux rapports qui relient le purpura et le rhumatisme; il a observé, en effet, chez des malades des purpura se manifestant par poussées successives, par récidive, comme on l’observe dans le rhumatisme.
M. Hillairet croit plutôt à deux affections distinctes ; le purpura n’est pas la conséquence du rhumatisme, mais de l’affection cardiaque, qui détermine une altération des capillaires, ou tout au moins un trouble dans la circulation périphérique.
M. Rigal n’a pas constaté de lésions du côté des capil laires. ’ Dr Joseph Michel.
Société de chirurgie.
Correspondance. — Discussion sur les pansements.
La correspondance comprend : 1° le deuxième fascicule d’un ouvrage de M. Maraè-Azema : Les tumeurs lymphatiques des pays chauds; 2° un mémoire de M. Albert Démons (de Bordeaux) : Myxo-sarcome de la langue chez un enfant ; ablation avec l’écraseur ; guérison.
— M. Le Fort ne pouvant assister à la séance adresse à M. le président une note pour revendiquer la priorité de l’idée et de l’application de la réunion immédiate des parties molles profondes avec les os dans les amputations. Ses idées sont exposées dans le Manuel de médecine opératoire de Malgaigne (8e édition, 1874, vol. I, p. 503); plus tard, il prit la parole à ce sujet à la Société de chirurgie. Ce n’est que deux ans après qu’on trouve les opinions de M. Trélat imprimées dans un journal de médecine.
M. Després répond d’abord au discours de M. Farabeuf; ce dernier a dit que les résultats des opérations à l’hôpital Cochin n’étaient point excellents. Cependant M. Després a fait vingt-neuf fois l’amputation du sein, et toutes les malades ont guéri. M. Farabeuf a dit aussi que M. Després faisait une sorte de pansement à l’alcool; les bulletins de la Société de chirurgie sont loin de le prouver. M. Farabeuf affirme qu’on calomnie les chirurgiens étrangers en disant qu’ils opèrent trop facilement; on trouve cependant dans une statistique
4 Avril 1879
vingt-trois ostéotomies pour courbure rachitique des os; combien en avons-nous fait en France? Peut-être deux. Voilà donc une opération que les chirurgiens de Halle ont fait trop facilement.
Si M. Després obtient de bons résultats avec son pansement, peu lui importe que les autres chirurgiens emploient l’acide phénique. Les statistiques en faveur du pansement de Lister sont-elles aussi bonnes qu’on l’a dit? Prenons celle de ftl. Le Dentu, celle de M. Guyon et celle de M. Panas, publiée dans la Gazette hebdomadaire de 1878. Ces trois chirurgiens ont fait le pansement de Lister, M. Le Dentu moins rigoureusement que ses collègues. Prenons les amputations de cuisse et les ablations du sein.
En huit ans, M. Després a fait 16 amputations de cuisse; il a eu 9 guérisons et 7 décès; 29 ablations du sein, 29 guérisons. Pendant les deux dernières années, M. Guyon a fait 3 amputations de cuisse, 3 guérisons; M. Panas, 2 amputations de cuisse, 2 morts; M. Le Dentu, G amputations de cuisse, 3 morts; en réunissant, on a 0 guérisons et 5 décès. La statistique. des trois Listériens réunis est identique à celle de M. Després.
Pour l’ablation du sein, à eux trois en cinq ans, ils ont 21 guérisons, 1 décès. La mort ne doit pas être attribuée au pansement de Lister, mais plutôt à la réunion immédiate.
A propos de la hernie étranglée, on pourrait rappeler aux partisans du pansement de Lister et du pansement ouaté la statistique de Mance (1847), publiée dans le journal de Malgaigne ; 28 herniotomies, 26 guérisons; on ne fait pas mieux avec les nouveaux procédés de pansement. M. Trélat a bien donné son opinion sur le pansement de Lister, mais il n’a pas produit sa statistique.
Les partisans de la méthode antiseptique disent obtenir la réunion par première intention, chose inconnue jusqu’alors. Us obtiennent une réunion bâtarde, qui n’est pas la réunion par première intention. Les plaies régulières de la face et du cuir chevelu se réunissent par première intention ; montreznous après l’ablation du sein ou après une amputation de membre une semblable réunion? Les réunions de M. Azam et de M. Lister sont des réunions incomplètes; ce qui trompe, c’est la réunion de la peau. M. Guyon a présenté un individu qui avait subi l’amputation sus-malléolaire; tout ce qui pouvait se réunir s’était réuni par première intention, mais cette réunion n’était pas complète. Velpeau disait que la réunion par première intention n’existait pas pour les amputations. Les faits que l’on cite sont tout à fait exceptionnels. Les partisans du Lister laissent un drain dans le moignon ; ils ne font donc point la réunion par première intention. D’ailleurs quel intérêt avez-vous à ce que vos plaies soient réunies huit jours plus tôt? Pourquoi chercher cette réunion immédiate qui ne donne aucun avantage sérieux?
M. Trélat n’a pas donné sa statistique, parce que, dans son service, les amputations sont rares, et, en outre, parce qu’il a beaucoup varié dans la manière d’appliquer les pansements. Depuis six ans, il a fait 5 amputations de cuisse : 2 individus écrasés sont morts quelques heures après l’opération. Il reste 3 malades : 2 ont guéri; 1 femme est morte d’accidents septicémiques développés longtemps avant l’opération.
M. Després reprend le vieux procès à la réunion par première intention; il vient avancer qu’on n’obtient pas la réunion par première intention des plaies avec perte de substance. M. Trélat affirme le contraire, et pour convaincre M. Després il cite un exemple. Il y a deux ans, on lui adressa une fille de vingt-deux ans qui avait un fibrome du sein; M. Trélat fil une incision elliptique de 9 centimètres d’étendue; il enleva le fibrome avec une partie de la peau ; application de onze points de suture; la tumeur était du volume d’une noix. Quatre jours après l’opération, la malade était complètement guérie; c’était de la réunion immédiate. La plaie avait cependant 4 centimètres de profondeur.
M. Trélat déclare que la réunion immédiate des grandes plaies peut s’observer en dehors de tout pansement antiseptique; elle se produit quand les conditions générales de l’individu et les conditions locales sont bonnes. Il est d’observalion que, si l’on tente souvent cette réunion dans de mauvaises conditions locales ou générales, on s’expose à des accidents septiques ou pyohémiques qui compromettent la vie des malades. Les pansements ont amélioré la plaie, l’état général du sujet et le milieu; enfin le pansement antiseptique permet d’obtenir un processus de la plaie analogue à la réunion primitive qu’on voit à la campagne, dans de bonnes conditions de milieu.
Société de biologie.
Origine des globules rouges : M. Hayem. — Influence de la cinquième paire sur la nutrition de la cornée : M. Ranvier. — Battements du cœur fœtal dans leurs rapports avec le sexe de l’enfant : M. Budin. — Masses jaunes contenues dans les urines de quelques nouveaunés atteints d'ictère : M. Parrot et M. Albert Robin.
M. Hayem expose le résultat de ses recherches sur le renouvellement des globules rouges du sang. La lymphe verse sans cesse dans la circulation des éléments destinés à cette régénération : ce sont des hématoblastes, corpuscules qui sont produits par les globules blancs, au sein desquels ils se forment, et que l’on rencontre déjà dans les ganglions mésentériques du lapin et du chat. Ces hématoblastes doivent être, examinés aussitôt que l’on vient d’ouvrir le ganglion qui fournit la lymphe observée, sinon la forme biconcave, qui les caractérise et permet de les considérer comme des hématies en voie d’accroissement, s’altère et disparaît ; ils se transforment en petites granulations autour desquelles rayonne le réticulum fibrineux, qui ne larde pas à se constituer. Pour obtenir des hématoblastes à l’état sain, il faut maintenir la préparation à zéro.
Ces corps existent-ils dans la rate? Malgré de nombreuses observations faites chez des animaux rendus exsangues, M. Hayem ne peut faire à cette question une réponse positive. Q”uant à la moelle des os, il a bien vu, comme M. Pouchet, des cellules contenant de l’hémoglobine; mais il ne croit pas, comme cet observateur, qu’il s’agisse’ d’éléments médullaires; ce seraient plutôt des globules blancs, contenant peut-être des hématoblastes.
M. Ranvier n’admet pas certaines interprétations de M. Hayem. Les altérations des hématoblastes devenant des centres de coagulation dans le réticulum fibrineux lui paraissent contestables. Leur transformation en globules rouges n’est pas démontrée. Leur formation au sein des leucocytes n’est rien moins qu’hypothétique : en effet, on voit très-souvent des globules blancs absorber des globules rouges ou des fragments de glouules rouges ; l’inclusion d’un hématoblaste dans un leucocyte ne suffit donc pas pour permettre d’affirmer que le premier s’est formé dans le second.
— M. Ranvier présente un lapin auquel il a sectionné la cinquième paire crânienne, il y a environ trois mois. L’animal, ayant été abandonné à lui-même, présenta dès le lendemain des opacités de la cornée; mais l’oreille ayant été suturée au-devant de l’œil, les opacités ont disparu, et la cornée a recouvré actuellement toute sa transparence. Ce résultat est dû à ce que, les filets sensitifs de la paupière supérieure ayant été respectés, le lapin a pu continuer à protéger son œil, même après que l’oreille a cessé d’être fixée au-devant. Chez un deuxième lapin, tous les nerfs de la cornée ont été sectionnés par une incision circonférencielle intéressant la moitié de l’épaisseur de la sclérotique et circonscrivant le bord cornéen; l’insensibilité de la cornée était absolue. Mais tous les moyens de défense de l’œil étaient intacts, et il n’y a pas
4 Avril 1879
eu la moindre opacité. Ces expériences permettent de mieux interpréter le mécanisme des troubles de nutrition souvent observés dans des cas analogues. Elles ont aussi permis de constater que la distribution des nerfs de la cornée se faisait d’une façon tout à fait centripète : lorsqu’on sectionne tous les filets qui abordent cette membrane par une portion limitée de sa circonférence, on détermine une anesthésie exactement limitée à un secteur, dont la base est formée par l’incision elle-même et les côtés par deux lignes droites qui se rejoindraient au centre de la cornée.
— M. Budin a cherché à contrôler l’exactitude des rapports établis entre le nombre des battements du cœur du fœtus et le sexe de l’enfant (Franckenhaüser), ou son poids (Curmning). De ses nombreuses observations, il conclut que ces rapports ne peuvent être précisés, que le nombre des battements du cœur fœtal varie d’un jour à l’autre, d’une minute à l’autre, et que ces oscillations empêchent d’établir le moindre calcul de probabilité.
— M. Albert Robin fait, au nom de M. le professeur Parrot et au sien, la communication suivante. Les urines de certains nouveau-nés ictériques contiennent une matière jaune spéciale, formant des sphérules irrégulières, rarement isolées, plus souvent incorporées à des tubes hyalins, où elles se trouvent associées à de l’acide urique et à des globules rouges. Cette matière jaune, insoluble dans l’eau, peu soluble dans l’alcool, l’éther et le chloroforme, est lentement dissoute par les acides nitrique et chlorhydrique; mais le premier ne la modifie point avant de la dissoudre, tandis que le second commence par la colorer en rose. Elle se dissout dans les alcalis. En dépit de quelques analogies, cette substance n’est pas de la bilirubine; elle résulte de la transformation des globules rouges, transformation que l’on peut voir s’accomplir sous le microscope, au sein des tubuli. On la rencontre en particulier au centre de petites érosions de la muqueuse gastrique. La présence ou l’absence de ces masses jaunes
ermet de classer ainsi les urines des enfants ictériques.
ans une première catégorie, les urines 'sont claires et contiennent des masses jaunes : il s’agit d’un ictère hémaphéique, fréquent chez les enfants chétifs, mais qui est bénin. L’ictère hémaphéique qui accompagne l’atîirepsie ou l’œdème des nouveau-nés donne lieu à des urines foncées qui ne contiennent pas de masses jaunes. Celles-ci enfin font défaut dans une troisième catégorie : urines foncées, chargées de pigment biliaire et liées à un ictère biliphéique, lequel est très-rare chez les petits enfants.
Recherches micrographiques sur le pus : M. Hottenier. — Développement du cerveau : M. Parrot. — Bulbe rachidien de l’éléphant : M. Mathias Duval. — Anesthésie par le protoxyde d’azote sous pression : M. Bert.
A l’occasion du procès-verbal, M. Pouchet prend la parole au sujet de la communication de M. Hayem et des observations de M. Ranvier sur la genèse des hématies. La présence d’une innombrable quantité de globulins ou hématoblastes dans le sang des animaux soumis à des saignées répétées, la transformation de ces corpuscules en globules rouges sont des faits incontestables et tout à fait en dehors des théories de M. Ranvier sur les cellules vaso-formatives et la naissance inlra-protoplasmique des globules rouges chez les jeunes sujets.
— M. Hottenier a étudié au point de vue histologique le muco-pus utérin dans une série de cas de métrites. Ce liquide, entre divers autres éléments, contient deux espèces particulières de corpuscules blancs. Les uns, discoïdes et biconvexes, grisâtres, sans noyau véritable, ne sont autres que des glo¬
bules rouges altérés, dans lesquels l’hémoglobine s’est transformée en hématine, puis a complètement disparu en même temps qu’ils perdaient leur forme naturelle ; les étals intermédiaires aux deux termes extrêmes de celle série de métamorphoses peuvent être facilement observés. La seconde espèce de corpuscules blancs représente, au contraire, le vrai leucocyte, globuleux, à noyau, qui est une cellule épithéliale en voie de formation. Les premiers appartiennent surtout aux périodes initiales de l’inflammation ; les seconds, aux périodes terminales. Suivant leurs proportions respectives, on peut juger par l’examen du pus si l’inflammation utérine qui lui donne naissance est en voie d’extension ou de réparation.
— M. Parrot a recherché par quatre-vingt-seize autopsies d’enfants morts avant l’àge d’un an quelle était la loi qui préside au développement des deux substances grise et blanche du cerveau. Jusqu’à la fin de la vie intra-utérine, elles restent indistinctes, ainsi qu’en fait foi l’examen du fœtus, dont le point épiphysaire inférieur du fémur n’a point encore paru. A la naissance, la substance blanche apparaît sous forme d’une anse à peine visible contournant le sommet de la scissure de Rolando ; elle existe, aussi dans la couche optique et le pédoncule. A partir de ce moment elle se développe régulièrement de bas en haut à partirdu pédoncule; à un mois la capsule interne est déjà nette; à trois mois la substance blanche du lobe occipital est distincte; celle des lobes antérieurs, toujours plus en retard et plus tardive même à gauche qu’à droite, ne s’accentue complètement que vers la fin de la première année. À ce développement régulier de la substance blanche correspond, sans doute, un développement parallèle de la substance grise, c’est-à-dire que chaque région corticale se développe en même temps que les faisceaux blancs qui lui sont sous-jacents. M. Parrot fait observer que cette évolution du cerveau est en rapport avec celle du crâne, dans lequel les fontanelles postérieures se soudent les premières et où les sutures fronto-pariétales droites sont plus précoces que les gauches. Ces faits, rapprochés des notions actuelles sur les localisations, permettent de supposer que plus une partie du cerveau répond à des fonctions élevées, plus le développement en est tardif.
Sans rien objecter aux recherches de M. Parrot, M. Charcot rappelle que Heysig, en Allemagne , a prétendu que la substance blanche, au lieu de se former de bas en haut, partait, au contraire, des régions rolandiques pour se prolonger jusqu’à la moelle et former les pyramides; et M. Luys fait observer que Gratiolet a constaté chez les animaux la priorité du développement de l’hémisphère gauche sur le droit.
— M. Mathias Durai présente une série de coupes histologiques faites sur le bulbe rachidien d’un éléphant; la disposition des noyaux du facial est analogue à ce quelle est chez l’homme, mais beaucoup plus apparente.
— M. Bert annonce à la Société qu’une deuxième op tion chirurgicale vient d’être faite à l’aide de l’anesthésie par le protoxyde d’azote employé sous pression. Le procédé d’inhalation a été identique à ce qu’il avait été dans la première (voy. Gazette hebdomadaire, n° 8) ; mais l’opération a duré quatorze minutes; elle a consisté dans l’ablation d’un sein cancéreux; elle a été faite par M. Péan. La malade, vieille et cachectique, à jeun depuis plusieurs heures, a été endormie en une minute à peine; elle a absorbé sans le moindre accident 150 litres au mélange gazeux, s’est réveillée aussitôt que les inhalations ont été suspendues, et n’a présenté à aucun moment ni phénomènes d’excitation, ni troubles circulatoires. La supériorité du protoxyde d’azote est donc incontestable, puisque cet agent ne provoque aucun des accidents qui rendent si redoutables les autres anesthésiques. Mais l’application ne peut en être faite que dans des conditions difficilement réalisables. On pourrait cependant, comme M. Péan l’a déjà fait, administrer d’abord le protoxyde d’azote à la manière des dentistes, c’est-à-dire à la pression atmosphérique, puis
4 Avril 1879
profiter de l’anesthésie momentanée qu’il détermine pour administrer le chloroforme. Par ce procédé, l’excitation qui suit les premières inhalations chloroformiques est toujours évitée.
— Au cours de la séance, la Société, sur la proposition de son Président, nomme un comité composé de MM. Bert, Dumontpallier, Charcot, Mathias Duval et Pouchet, pour établir une souscription dont le produit sera envoyé aux médecins russes de Dorpat, qui veulent en ce moment élever une statue à Baër, et qui ont si largement participé au monument que l’on doit élever en France à Claude Bernard.