X. Arnozan
REVUE DES JOURNAUX
Travaux à consulter.
Un cas de paralysie ascendante aigue, par M. Th. Jaffé. — Les symptômes observés sont ceux Je la paralysie de Landry, mais la marche est moins rapide. Pas d’autopsie. (Berl. Min. Woch., 1878, n° 44.)
Une forme singulière d’endartérite et d’endopiilébite avec gangrène du pied, par M. F. von Winiwarter. — Processus analogue à l’artérile oblitérante (Friedlœnder), avec celle différence que la lésion n’était pas bornée aux artérioles, mais siégeait aussi sur des vaisseaux de fort calibre. ( Archivfür Min. Chir., t. XX111,
Contribution a l’étude des oxyures, par M. A. Pomper. — Chez un enfant de dix ans, on trouvait tous les soirs, entre huit et neuf heures, des oxyures dans la bouche, d’abord au fond, puis à la pointe de la langue. 11 faudrait expliquer ce fait par une migration des vers venant du rectum à travers l’estomac et l’œsophage. (Th. de Berlin, 1878.)
De la colotomie, par M. F. van Erckelens. — Plaidoyer en faveur de la méthode de Littré comparée à celle d’Amussat. La bibliographie, très-soignée, contient 262 cas. (Archii) für Min. Chir., t. XXIII, p. 41.1
La laparotomie dans l’étranglement interne, par M. Kraussold. — Relation d’un cas avec autopsie. L’opération avait parfaitement réussi : la mort fut attribuée à la phthisie galopante. (Cent, für Chir., 1878, n» 44.)
Du traitement chirurgical du cancer du corps thyroïde, par M. E. Rose. — La conclusion de ce travail est curieuse. Contrairement aux auteurs, Rose pense que l’extirpation est possible. Malheureusement, et ici encore il est en opposition avec ce qui est admis partout, le diagnostic ne peut être établi. 11 peut y avoir des kystes dans un goitre cancéreux et sarcomateux, de sorte que le meilleur signe différentiel perd toute sa valeur. (Archiv für Min. Chirurgie, t. XXIII, p. 1.)
BIBLIOGRAPHIE
Traité théorique et pratique de percussion et d’auscultation, par E.-J. Woillez. — Paris, 1879, V.-A. Delahaye et Ci0.
Un nouveau livre destiné à exposer, avec les détails que comportent les progrès incessants des méthodes de recherche clinique, tous les procédés qui peuvent servir à éclairer le diagnostic est .toujours intéressant à étudier. Lorsque ce livre est dû à un médecin expérimenté, à l’un de ces chercheurs tout à la fois consciencieux et habiles, déjà connus par de nombreux et importants travaux, mais encore et surtout renommés pour la bonne foi avec laquelle ils ont amassé les matériaux de leurs œuvres, il mérite la sympathique attention
de la critique médicale. M. Woillez a publié un assez grand nombre de mémoires, presque tous consacrés à l’étude des maladies tle l’appareil respiratoire. Plusieurs d’entre eux traitent de sujets qui, bien souvent depuis l’époque où ses observations ontété.publiées, ont sollicité lezèle des cliniciens. Sa Clinique des maladies aiguë des voies respiratoires s’est imposée à l’attention du monde savant, en ajoutant à la considération et à l’estime que lui avaient acquises ses publications précédentes la notoriété que donne une œuvre- vraiment magistrale. Ces titres, il n’est point inutile de les rappeler quand il s’agit de parler d’un Traité clinique de percussion et d’auscultation. Pour écrire un livre semblable, alors que l’ouvrage classique de Barth et H. Roger est entre toutes les mains, il faut avoir non-seulement l’espérance mais encore la conviction de faire mieux que n’ont pu faire ces deux éminents cliniciens. M. Woillez pense y être parvenu en envisageant son sujet à la fois au point de vue clinique et théorique, en s’efforçant, pour apprécier les Signes physiques que révèlent la percussion et l’auscultation, de tenir compte tout à la fois el des conditions physiques que présente l’appareil respiratoire, alors qu’il peut être considéré comme étant dans un état d’intégrité absolue, et des conditions anormales que créent les lésions les plus diverses. Dans une première partie il étudie les bruits de percussion, puis les signes d’auscultation de l’appareil respiratoire. Un appendice expose les signes obtenus par l’inspection, la palpation et la mensuration. Dans une seconde partie il fait l’application de ces notions préliminaires, en passant en revue les maladies diverses qui peuvent nécessiter soit la percussion, soit l’auscultation ; c’est-à-dire u’il envisage successivement les maladies du poumon, celles u cœur et des gros vaisseaux, enfin les maladies de l’abdomen, ou les maladies diverses (anémie, fièvres, etc.) durant lesquelles on peut avoir à percuter ou à ausculter les viscères ou les vaisseaux i
Nous n’avons point à insister sur l’intérêt des chapitres qui traitent de quelques-uns des sujets familiers à M. Woillez et que tous les médecins connaissent bien depuis ses travaux. Nous ne voulons donc faire, à propos de celte analyse bibliographique, qu’un petit nombre d’observations que nous a suggérées la lecture de ce nouveau Traité. 11 en est une, tout à fait générale, et qui nous semble devoir s’imposer à l’attention de tous les cliniciens. U n’en est aucun qui ne soit frappé de la diversité des signes physiques perçus à l’auscultation de la poitrine d’un tuberculeux, de la difficulté que l’on éprouve à tirer quelques indications pronostiques d’un semblable examen. Parfois, et pendant plusieurs semaines, l’étude la plus attentive ne révèle que des signes presque insignifiants, alors que les symptômes généraux sont des plus sérieux. Le malade est sujet à des accès de fièvre intermittente ou rémittente ; les sueurs vespérales ou nocturnes donnent à cette fièvre une signification particulière ; la toux est quinteuse, très-pénible, souvent douloureuse ; l’expectoration est nulle plusieurs hémoptysies ont cependant à diverses époques affirmé le diagnostic. Et cependant il n’existe aucune matité appréciable aux sommets, et jamais l’ auscultation ne révèle ni respiration bronchique ni râles; d’aucune espèce. Quelques semaines se passent ; des poussées de pleurite sèche, d’autres fois une pneumonie amènent rapidement une aggravation du mal et en très peu de temps le malade succombe, sans, avoir présenté à l’auscultàtion ou à la percussion l’ensemble des signes physiques qui caractérisent la destruction du parenchyme pulmonaire. D’autres fois l’évolution de la maladie est absolument différente. Pendant de longues années les iésions semblent profondes et irrémédiables. On perçoit à l’auscultation un souffle amphorique ou des râles de gargouillement : l’expectoration muco-purulento est très-abondante; et cependant l’embonpoint est conservé, (es forces et l’appétit n’ont subi aucune modification. Il semble qu’il n’existe aucune maladie, alors que l’exploration physique révèle l’existence , d’une lésion qui doit être très-étendue. M. Woillez a signalé
4 Avril 1879
ces difficultés de l’interprétation rationnelle des signes physiques dans la phthisie pulmonaire. Il a insisté pour montrer la nécessité d’étiidifer avec le plus grand soin l’évolution de la maladie et les rapports qui peuvent exister entre les signes physiques et les symptômes généraux. Peut-être pourrait-on, à ce sujet, faire remarquer que l’interprétation de tous ces phénomènes d’auscultation est encore très-hypothétique. Les autopsies ne nous montrent que le cadavre du poumon, et l’étude macroscopique ou histologique de son parenchyme ne nous indique que très-imparfaitement les conditions de son fonctionnement. Il faudrait, pour arriver à bien apprécier la valeur des signes physiques et leurs relations avec l’état anatomique des tissus, pouvoir examiner le tissu pulmonaire aussitôt après avoir perçu les bruits anormaux auxquels son altération peut donner naissance. Or on n’a pas encore songé à pratiquer les vivisections et à provoquer artificiellement les altérations qui pourraient expliquer l’extrême diversité des bruits anormaux que l’on perçoit. D’autre part on s’efforce le plus souvent pour affirmer l’unicité de la tuberculose, de considérer la phthisie pulmonaire comme une maladie dont la marche et les lésions sont toujours semblables à elles-mêmes, ou, si l’on admet les divisions les plus frappantes, si l’on ne confond point la phthisie granuleuse avec la phthisie bronchitique, on ne recherche point pourquoi les signes que révèlent la percussion et l’auscultation sont si variables d’intensité, de durée et de signification.
Parmi ies signes physiques les plus bizarres et les plus difficiles à interpréter, je crois devoir ranger les respirations saccadées si diverses, si variables, que l’on ne peut attribuer qu’aux mouvements du cœur et qui s’observent dans un grand nombre de maladies des voies respiratoires. Dans le chapitre qui traite des respirations anormales, M. VVoillez ne dit qu’un mot de la respiration saccadée que l’on observe dans la première période de la phthisie pulmonaire. Il revient sur ce sujet en traitant, un peu succinctement peut-être, des souffles extra-cardiaques. Ce sujet si intéressant a déjà sollicité bien souvent l’atterition des cliniciens depuis que M. Potain a précisé la signification des respirations saccadées dues aux mouvements du cœur. Nous avouons ne pouvoir encore nous rendre un compte exact de tous les faits de ce genre. Une observation des plus singulières, que vient de publier dans sa thèse inaugurale l’un de nos élèves, le docteur Baudisson, nous a prouvé que les respirations saccadées dues aux mouvements du cœur pouvaient s’observer non-seulement dans l’inspiration, mais même exclusivement durant l’expiration. Nous reviendrons d’ailleurs un jour ou l’autre sur ce sujet en signalant aussi, à propos de cette observation, l’influence exercée parla position du malade sur la persistance et l’intensité de tous les bruits anormaux, cardiaques ou pulmonaires. C’est làune question qui redevient actuelle au moment où, à propos des signes du rétrécissement de l’orilice pulmonaire, M.C. Paul vient encore de montrer combien il importe d’examiner les malades dans le décubitus dorsal pour bien apprécier les souffles auxquels cette lésion peut donner naissance. Nous allons voir que M. Woillez ne l’a point oublié à propos des symptômes du rétrécissement mitral.
Les chapitres consacrés à l’étude séméiotique des mouvements et des bruits du cœur méritent l’attention de tous ceux qui veulent arriver à bien connaître la pathologie cardiaque. Il en est plusieurs qui nous intéressent tout spécialement et au sujet desquels nous aurions à faire plusieurs remarques et peut-être quelques réserves. Nous dépasserions les limites de cet article si nous nous engagions dans une discussion relative à la classification des bruits du cœur ou à l’élude des intermittences cardiaques. Nous nous- contenterons donc défaire remarquer le soin et les réserves avec lesquels M. Woillez a étudié les divers signes de l’insuffisance aortique et la valeur qu’il importe de leur attribuer. Une seule critique à ce sujet. Nous n’avons point vu apprécier le signe tiré du retard de la pulsation carotidienne. Mais, par contre, les (
caractères du souffle diastolique, la signification du double souffle intermittent crural, l’étude du pouls de l’insuffisance, etc., sont fort bien traités. Il est, à propos du rétrécissement de l’orifice mitral, une remarque clinique des plus importantes due à M. Potain, et sur laquelle M. Woillez insiste avec beaucoup de raison. Il est essentiel, dit-il, de ne pas négliger de faire coucher un malade qui se croit atteint d’une lésion cardiaque et qui vient consulter un médecin dans son cabinet. Souvent, en effet, le souffle systolique préimpulsif s’atténue ou disparaît quand on ausculte le malade debout ou assis. Nous avons pu, à plusieurs reprises et à propos de souffles cardiaques de diverse nature, nous rendre compte de cette nécessité. Dans un cas, à l'occasion d’un souffle systolique de la base (s’agissait-il d’un rétrécissement pulmonaire semblable à celui que M. C. Paul présentait récemment à la Société des hôpitaux?), un cardiaque des plus avérés, présenté à une commission deréforme, nous fut renvoyé. Les médecins chargés de l’examiner l’avaient ausculté dans la station verticale et n’avaient point perçu un souffle qui, depuis plusieurs jours, était aisément reconnu par tous les élèves de mon service qui l’auscultaient dans son lit. Un mois plus tard ce même malade obtenait une pension de retraite. Assis et un peu incliné sur le dossier d’une chaise, il arrivait aisément à faire entendre ce bruit de souffle râpeux qui s’atténuait notablement dans la station debout. Tout récemment, dans un examen médical dont les conséquences pouvaient être trèssérieuses, un fait analogue se présenta une seconde fois à notre observation. Le malade étendu sur une chaise longue présentait à la pointe un souffle présystolique des plus manifestes.
Nous n’avons point essayé d’analyser les divers, chapitres d’un livre qui doit être lu et étudié par tous ceux qui veulent se tenir au courant des progrès de la séméiotique. Nous ne doutons point qu’il n’obtienne un très-légitime succès, car il est savamment et consciencieusement écrit. M. Woillez a beaucoup lu et beaucoup étudié lui-même avant d’entreprendre cette tâche méritoire; sa grande expérience lui a permis de faire un choix éclairé des nombreux documents qu’il a réunis. Son Traité de percussion et d’auscultation est donc un bon et sérieux ouvrage qui mérite de prendre place dans toutes les bibliothèques.