L. Lereboullet
(A suivre.)
VARIÉTÉS
LES MESURES DE PRÉSERVATION CONTRE LES MALADIES CONTAGIEUSES AU SEIZIÈME SIÈCLE.
Nous reproduisons ci-dessous une délibération du conseil municipal ayant pour objet de provoquer de nouvelles mesures destinées à isoler les varioleux et à rendre moins facile la contagion de la maladie. On sera surpris, si l’on n’a point oublié les fréquents avertissements donnés par M. Ernest Besnier dans ses rapports sur les maladies régnantes, qu’il soit nécessaire d’insister encore sur la nécessité de ces moyens prophylactiques. L’isolement des malades atteints d’alfections contagieuses est bien ancien cependant. A Paris môme, au seizième siècle, il était recommandé. Nous devons il l’obligeance de M. Marty-Laveaux communication de la note suivante, extraite d’une notice qu’il a publiée sur Jean Dorât. La maison de ce poète était située « hors la porte Saint-Victor, ii l'enseigne de laFontaine». Onlira avec intérêt ces détails, qui montrènt quelles ont été les mesures prises pour empêcher l’extension de la peste.
« En 1580, Paris fut frappé d’un épouvantable fléau.
i Depuis le deuxiesme îour de... iuing, dit Pierre de l’Estoille, iusques au 8, tombent malades... dix mille personnes d’une maladie ayant forme de rheume ou de cathaire, qu’on appela la coqueluche. »
Celte maladie, qui, suivant le docteur Achille Chéreau ( !), auteur d’une étude intéressante sur les épidémies parisiennes, doit être considérée comme une grippe, était « avant coureuse de la peste, qui fut grande à Paris et aux environs tout cest an i (2).
Lorsqu’elle fut déclarée, t tous eslrangiers, comme escolliers des colleges, clercs de justice, serviteurs des marchands, absentèrent laditte ville pour s’en retourner en leurs pays ou aulrc part i (3).
11 est probable que la maison de Dorât se trouva vide ou peu s’en faut.
Des mesures administratives assez bien entendues furent prises avec beaucoup d’activité pour faire transporter les malades hors de Paris.
« Malmedi, liseur du Roi aux mathématiques, philosophe et savant médecin, entreprend la visitation et cure generale des pesliferez, et en fait bien son devoir et son profit. Tentes et loges sont dressez vers Montfaucon, les fauxbourgs Monmartre et Sainct- Marcel, où se retirent plusieurs pestiferez, qui y sont passablement nourris et pensez... On commence à bastir a Grenelle, lieu champestre, à 1 endroit des Minimes, de l’autre costé de la rivière de Seine, vers Vaugirard s (4).
Cet examen des endroits propres à dresser des tentes et à élever des constructions commença le 7 juillet; mais dès le 3, comme nous l’apprend M. Chéreau, d’après les documents manuscrits qu’il a consultes, une première commission parcourait les localités plus rapprochées de Paris : « Henri de Monantheuil, accompagné du prévôt de Paris, d’un architecte et du chirurgien Ambroise Paré, visitait les faubourgs Saint-Marcel et Saint-Victor » (5).
Cette visite avait pour but de constater quelles étaient les maisons vacantes où l’on pouvait transporter immédiatement des malades et créer des ambulances.
L’habitation de Dorât fut une des premières dont on s’empara,
(1) Les ordonnances (aides et publiées A son de trompe par les carrefours de c este ville de Paris pour éviter le dangier de peste, 1531, précédées d’uno Notice sur les épidémies parisiennes, par lo docteur Achille Chéreau. Paris, L. Villem, 1873, in-16.
(2) Pierre do l’Estoillo.
(3) Claude Ilalton, Mémoires... publiés par M. Félix Bourquolot. Paris, 1857, 2 vol.
robableinent môme avant la visite dont nous venons de parler, ans deux pièces de vers latins adressées l’une à Seguier, l’autre à Villemontée, le poète se plaint que les pestiférés chassés de Paris ont envahi sa demeure, qu’ils coupent ses arbustes et qu’ils transforment une propriété particulière en établissement public. En conséquence il demande, ou que sa maison lui soit rendue, ou qu’elle lui soit achetée, non à de mauvaises conditions, mais aussi cher qu’elle valait avant la peste.