IMPRIMERIE E. MARTINET
Vingt-sixième année
18 Avril 1879
Comité de rédaction : A. OECHAMBRE, président; BLACHEZ, DIEULAFOY, A. HÉNOCQUE, L. LEREBOULLET, A. H. MARCHAND
Adresser tout ce qui concerne la rédaction au siège du Comité, chez M. Dechambre, 91, rue de Lille (avant le mardi de préférence)
Paris, 17 avril 1879.
I)U RÉTRÉCISSEMENT DE L’ARTÈRE PULMONAIRE ET DU SOUFFLE ANÉMIQUE DE LA BASE DU COEUR.
Par une coïncidence singulière, MM. Constantin Paul et Dûguet ont présenté dans la même séance, à la Société médicale des hôpitaux, deux malades atteints de tous les symptômes caractéristiques d’un rétrécissement de l’artère pulmonaire. On a lu dans notre avant-dernier compte rendu ( Gazelle hebdomadaire du 4 avril) le résumé de l’histoire de ces deux malades. Nous n’avons donc pas à la présenter de nouveau. Tous les médecius de la Société ont pu ausculter ces malades et constater avec la plus parfaite évidence les symptômes de ce rétrécissement. Nous le rappellerons en deux mots.
Le rétrécissement de l’artère pulmonaire se caractérise par un souffle systolique siégeant à la base du cœur, le long du bord gauche du sternum, dans le deuxième espace intercostal, à 2 centimètres environ du sternum. Ce bruit est ordinairement rude, quelquefois assez intense pour qu’on puisse l’entendre à distance. A partir de son foyer, qui correspond à l’infundibuluin de l’artère pulmonaire, le bruit se propage vers la clavicule gauche et s’éteint ordinairement avant de la rencontrer. Quand le bruit est énergique, il s’irradie dans toute la région cardiaque, jusqu’à la pointe du cœur et au delai Par contre, il ne se propage pas à droite, vers le foyer aorlique. A mesure qu’on s’avance de ce côté le souffle disparait.
Le souffle systolique de l’artère pulmonaire présente en outre cette parliculàrité, qu’il diminue considérablement quand le malade est debout, pour reparaître avec toute son énergie quand le sujet est couché. En outre, si, comme l’a fait remarquer M. Constantin Paul, ou ordonne au malade de faire une forte expiration, la bouche et les narines étant exactement fermées, le souffle disparait complètement.
Le soufflé du rétrécissement de l’artère pulmonaire, quand il est vigoureux, s’accompagne habituellement d’un choc dans le deuxième espace intercostal gauche, où on perçoit également dans beaucoup de cas un frémissement cataire.
L’examen du pouls ne donne que des renseignements négatifs. Le tracé sphygmographique n’a rien de caractéristique. La régularité du rhythme du cœur se maintient pendant longtemps. Il n’y a pas d’œdème des jambes ni de stase veineuse. Le cœur est hypertrophié ; mais la forme de la matité n’est pas celle qu’on observe dans l’hypertrophie du ventricule gauche. Cette matité' est transversale et dépasse notablement le sternum à droite. Dans lès cas observés jusqu’ici, on n’a pas constaté dé cyanose. . Ce' fait est remarquable et vient à l’encontre de l’opinion de ceux' qui considèrent le rétrécissement de l’artère pulmonaire comme jouant un rôle 2» SÉRIE, T. XVI.
prépondérant dans la production de la cyanose, qu’ils refusent d’attribuer au simple mélange des deux sangs.
Tels sont les symptômes propres au rétrécissement de l’artère pulmonaire, symptômes qui ont été étudiés, et. exposés, avec le plus grand soin par M. le docteur Ci Paul. Ce ri’est qu’à la suite de l’intéressant mémoire qu’il a publié en 1872 que l’attention s’est défmilivèment portée sur l’étudé des maladies acquises de l’artère pulmonaire, considérées autrefois comme fort rares et dont le diagnostic paraissait en tout cas des plus hasardeux. Il n’en est plus de même aujourd’hui, et, grâce aux recherches de notre très-distingué confrère, tout médecin, familiarisé avec l’étude des bruits pathologiques du cœur, diagnostiquera sans difficulté sérieuse un rétrécissement bien accusé de l’artère pulmonaire.
C’est encore à lui que revient l’honneur d’avoir signalé la complication relativement fréquente du rétrécissement que nous étudions avec la tuberculose, ou tout au moins avec cette forme particulière de la tuberculose qu’ou a ramenée aujourd’hui à ce que nous croyons être sa véritable signification et qu’on considère encore dans plusieurs écoles comme distincte de la tuberculisation. Nous voulons parler de la pneumonie caséeuse.
Des deux malades qui ont été présentés par MM. Paul et Duguet à la Société des hôpitaux, le premier étàil manifestement tuberculeux. On constatait chez lui tous les signes d’une phthisie pulmonaire au second degré dans le sommet gauche. Le malade de M. Duguet n’était assurément pas tuberculeux au moment de l’exâmen, bien que son père fût mort phthisique. C’était un rhumatisant déjà éprouvé par trois attaques survenues dans l’espace de trois ans. Chose singulière et assurément fort rare, le cœur gauche avait été respecté et l’orifice de l’artère pulmonaire seul avait subi l’influence du rhumatisme. Ce malade est fort jeune (seize ans). Il sera du plus haut intérêt, de suivre chez lui l’évolution ultérieure de la maladie, la nature et ;la marche des complications. .
Quoi qu’il en soit, il résulte des observations de M.. Paul qu’on trouve quelquefois chez les sujets atteints de rétrécissement de l’a.rtère pulmonaire, tantôt des granulations pulmonaires disséminées, et tantôt, plus souvent même, cette forme particulière qu’on désigne sous le nom de pneumonie caséeuse. Il ne paraît pas douteux qu’il n’y ait une influence de la maladie du cœur sur celle du poumon. L’insuffisance de l’hématose, la gêne de la circulation pulmonaire forment probablement le lien des deux maladies. Toutefois, toute conclusion serait encore prématurée. Budin (1873, Société anatomique) a publié un cas de sténose, de l’artère pulmonaire, sans qu’il y eût aucune altération pulmonaire. Le malade de M. Duguet serait, actuellement du moins, un nouvel exemple de cette immunité.
On trouvera sur cette relation de la tuberculose avec la sténose de l’artère pulmonaire une discussion fort complète dans l’article Cœur (pathologie du) de MM. Potain et Rendu
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{Dictionnaire encyclopédique), et dans la thèse de M. Solmond sur le rétrécissement pulmonaire acquis (1872). Ce dernier travail, fort intéressant, contient deux observations de rétrécissement pulmonaire, dont une avec autopsie, recueillies dans le service de M. le docteur Voiliez.
Dans un autre travail publié en 1878, sur le bruit anémique de la base du cœur, M. Paul revient sur le véritable siège de ce bruit, qu’il place à l’orifice de l’artère pulmonaire. Notre confrère paraît être arrivé de ce côté à une conviction absolue. Si la plupart des auteurs classiques et des médecins sont d’une opinion différente, cette dissidence lient, assure-t-il, à un défaut de précision dans la localisation du foyer du bruit anémique.
Nous ne pouvons ici que présenter le résumé des conclusions de son mémoire, qui repose sur 27 observations.
D’après lui, l’anémie donne. iieu.à des bruits de souffle dans trois organes : les veines jugulaires, l’artère pulmonaire et le ventricule gauche. Ce dernier siège est exceptionnel.
Le bruit anémique de la base du cœur siège au niveau de l’orifice de l’artère pulmonaire, là où nous avons vu se produire le bruit de souffle du rétrécissement. Ce bruit correspond à l’accélération dù sang àson passage à l’orifice pulmonaire. Tout ce qui peut diminuer la vitesse du sang atténue le bruit. La station debout, l’effort prolongé, sont dans ce cas. Par contre, le bruit augmente avec l’énergie et la fréquence plus grandes des contractions cardiaques. Le bruit de souffle anémique de l’artère pulmonaire est souvent rude et s’accbrapagne de frémissement cataire ; il est toujours accompagné du souffle jugulaire et, quand l’anémie s’améliore, il disparaît avant lui. Lorsque chez un anémique on trouve le foyer du souffle à l’orifice mitral, ce foyer coïncide avec deux autres : l’un aux jugulaires, l’autre à l’orifice pulmonaire.
Pour que ce bruit anémique de l’artère pulmonaire se produise, l’anémie seule est insuffisante. 11 faut y joindre le spasme vasculaire.
Nous aurons probablement à revenir sur cette nouvelle théorie des bruits de souffle anémiques. Les conclusions de l’auteur, que nous avons résumées, surprennent à coup sûr la pl upart des médecins. Nous les engageons à ne pas les repousser sans un mûr examen. Depuis que notre attention est appelée sur ce point, nous avons vérifié plus d’une fois la justesse de l’observation de notre confrère, toutes réserves faites sur les théories que nous ne sommes pas en mesure de discuter actuellement.
Il y a peu de jours, chez une jeune fille profondément anémique, et entrée dans notre service pour une légère névralgie intercostale, sans aucune autre maladie, nous faisions constater aux élèves le souffle pulmonaire indiqué par M. Paul, coïncidant avec un souffle vasculaire accompagné au cou d’un trill bien caractérisé. Au foyer aortique, le souffle existait, mais incomparablement plus faible. L’évidence du fait s’imposait. Nous avons eu soin, pour vérifier les résultals annoncés par notre confrère, de nous servir du stéthoscope flexible de Marsh (de Cincinnati). Ce stéthoscope a l’avantage de localiser mieux que tout autre les bruits qu’il transmet, et de permettre, par cela même, de bien circonscrire les foyers. Son emploi demande une certaine éducation. Le principal inconvénient qu’il présente, selon moi, c’est de fournir un bourdonnement continu résultant des vibrations du tube, et qui, lorsqu’on n’y est pas habitué, gêne singulièrement la perception des bruits légers. Mais il renforce ces bruits d’une manière remarquable, les rend en quelque sorte plus pénétrants, permet au médecin de s’éloigner du patient, de mul¬
tiplier rapidement les points d’application du pavillon, de parcourir en quelques instants les principaux foyers des bruits cardiaques. M. Paul attribue à ce stéthoscope une grande valeur que je ne crois pas trop exagérée, mais qu’on n’apprécie pas du premier coup.
La question des lésions organiques de l’artère pulmonaire est aujourd’hui à l’ordre du jour, et notre confrère s’en est occupé avec trop d’activité et de talent pour qu’on ne lui fasse pas en quelque sorte les honneurs de cette actualité. Nous n’avons voulu aujourd’hui qu’indiquer les principaux points d’une étude dans laquelle d’autres l’ont suivi, et qui paraîtrait véritablement bien incomplète si on se contentait pour l’apprécier de cette rapide analyse, naturellement trop restreinte. ’
Blachez.
HISTOIRE ET CRITIQUE
PHYSIOLOGIE EXPÉRIMENTALE : INNERVATION DU GŒIIR (Deuxième article.)
Il nous resté à nous demander si le cordon sympathique du cou ne sert pas, ainsi que Je tronc du pneumogastrique, de conducteur à des fibres accélératrices descendant des régions supérieures vers les ganglions de la base du’/cou. Gétte question, résolue dans le sens de l’affirniative par, om lassez grand nombre d’auteurs anciens (Fowler, Ludwig, Webster, Greve, surtout Alexis de Humboldt, 1799), par JBurdach, V.erordt, Valentin, Longet, et plus récemment par Bezold, Giannuzzi, etc., est aujourd’hui discutée. Nous avons souvent répété l’excitation du bout inférieur du sympathique cervical chez le chat et le lapin, où ce cordon nerveux est tout à fait indépendant du pneumogastrique; chéfrn chien, dont il est facile de l’en séparer en ouvrant la gaine commune à la partie supérieure : souvent l’accélération du cœur s’est produite à la suite do cette excitation du sympathique au cou ; souvent aussi elle a fait défaut. Cette variabilité dans les résultats d’expériences faites .dans des conditions aussi comparables que possible, peut tout d'abord servir à expliquer les opinions divergentes des auteurs sur l’action cardiaque du sympathique cervical; elle nous a paru pouvoir être interprétée en tenant compte du fait très-nettement mis en relief par Schmiedeberg, dans son important travail sur l’innervation du cœur, à savoir que les filets accélérateurs sont irrégulièrement répartis entre les différents nerfs qui aboutissent au cœur. En effet, dans nos expériences, nous avons souvent constaté que tel filet, dont l’excitation détermine une notable accélération du cœur chez un animal, se montre sans action manifeste sur un autre, et que dans ces conditions c’est le filet voisin: qui se montre le plus actif. C’est peut-être le cas pour le sympathique du cou et pour le pneumogastrique; ces deux nerfs sont, en effet, unis l’un à l’autre par de nombreuses anastomoses au niveau de leurs ganglions supérieurs, et .on peut admettre qu’en raison de ces connexions multiples, les filets accélérateurs émanant soit du bulbe, soit de là partie supérieure delà moelle, peuvent passer en plus ou moins grand nombre dans chacun de ces deux nerfs, d’où les variations dans l’effet accélérateur obtenu par l’excitation du sympathique cervical.
Ajoutons cependant que l’existence dé filets accélérateurs dans le cordon sympathique du cou n’est pas admise par tous les auteurs modernes. Ludwig, par exemple, a contredit l’opinion qu’avait émise V. Bezold après beaucoup d’autres physiologistes, que le sympathique cervical renferme
des fibres accélératrices, et plus tard Rutherford, dans un travail critique et expérimental très-complet sur l’innervation du cœur ( Journ . of anat. andphys., 1868), a conclu dans le même sens que Ludwig: il a pensé que l’accélération du cœur qu’on avait observée en excitant le sympathique au cou résultait dejajr^missinn^lesjxxâtetiaixs4üsqu’au ganglion cervical inférieur, lequel est traversé, comme nous l’avons vurpâTTé^pîus grand nombre de nerfs accélérateurs émanant de la moelle cervico-dorsale. Il nous semble difficile d’admettre cette explication pour les cas, par exemple, où l’on excite, comme nous l’avons fait sur le chien, le sympathique cervical immédiatement au-dessous du ganglion supérieur. Si l’excitation devait se transmettre en dehors des points voisins de ceux qu’on excite, le pneumogastrique, séparé du cordon sympathique dans une petite étendue seulement, serait le premier à être excité, et l’effet de cette excitation serait d’arrêter ou de ralentir le cœur, ou tout au moins de masquer l’effet accélérateur. Nous pouvons dès lors conclure des remarques qui précèdent que, si l’accélération du cœur produite par l’excitation du sympathique cervical n’a pas été constatée par tous les expérimentateurs, elle s’est montrée cependant à un assez grand nombre d’entre eux pour que la présence de nerfs accélérateurs dans le cordon cervical puisse être considérée comme réelle, sauf dans les cas où la répartition de ces nerfs subit, comme cela semble se produire assez fréquemment, quelques irrégularités.
Si nous résumons maintenant les données qui ont été expo-i sées dans cè chapitre sur la provenance et le trajet des nerfs accélérateurs du cœur, nous arrivons à formuler les conclusions générales suivantes, qui nous permettront de représenter dans une figure d’ensemble les notions ayant cours dans la science sur ce point de l’innervation du cœur.
1° Les nerfs accélérateurs du cœur émanent de la moitié inférieure de la moelle cervicale et de la moitié supérieure de la moelle dorsale.
2° Ce groupe de filets cervico-dorsaux converge vers les ganglions cervical inférieur et premier thoracique, auxquels ils aboutissent en suivant les rameaux communiquants qui unissent ces ganglions aux quatre ou cinq dernières paires cervicales et aux quatre ou cinq premières paires dorsales.
3° En outre de ce système, cervico-dorsal, on peut.admettre, quoique avec plus de réserve, un système bulbo-mèdnllaire supérieur, formé de- filets qui abordent le pneumogastrique (sans doute par le spinal) et le sympathique cervical, probablement par sés anastomoses supérieures.
■I" Les filets de ce système bulbo-mêdullaire accompagnent lé tronc du pneumogastrique, peut-être aussi ses branches laryngées (Schifï) et lé cordon cervical du sympathique.
5° Quelle que soit leur provenance cervico-dorsale ou bulbomédullaire, les filets accélérateurs du cœur convergent vers la base du cœur, ml ils forment,, rétinis à des' nerfs d’un autre ordre, les branches modératrices du pneumogastrique, les plexus cardiaques; de ces plexus partent les fibres qui vont se mettre en rapport avec les ganglions des parois cardiaques.
Le schéma ci-joint représente l’ensemble des notions qui viennent d’être développées sur. la provenance et le trajet des nerfs accélérateurs du cœur.
I. La région bulbo-mêdullaire (B.M.) fournirait par les racines du spinal (Sp.)un certai,'» nombre de filets accélérateurs passant dans le tronc du pneumogastrique (Pw.) par la branche interne, et se rendant au p’iexus cardiaque (PLG.) en suivant Qoit le tronc même du pneumogastrique, soit ses branches,
laryngé supérieur (L. S.), l’anastomose de Galien (A n. G.) et le récurrent (R) (d’après Schiff).
D’autres fibres accélératrices partant de la même région (B.M.) se rendraient dans le ganglion cervical supérieur (G. S.) en passant soit par les troi s premières racines cervicales (1 ,2, 3),
soit par le spinal (S p.), et descendraient vers le ganglion cervical inférieur (G. J.) en suivant le cordon cervical du sympathique.
IL La région cervico-dorsale (C. D.) enverrait un grand, nombre de filets accélérateurs aux ganglions cervical inférieur (G. J.) et premier thoracique (G. Th,') par la série des rameaux communiquants émanant des quatre ou cinq dernières paires cervicales et des cinq ou six premières paires dorsales (4, 5, 6, 7, 8, 9, 10,44, 42, 43).— Dq.'ces rameaux communiquants, les uns (4, 5, 6, 7) se réuniraient, en un tronc commun (N), qui constitue le nerf vertébral (N> 'V.)i; d'autres (8, 9, 40, 11) se rendraient au ganglion premier thoracique (G. Th.) en suivant un trajet plus ou liiomé indépendant ; les derniers enfin (12, 13) remonteraient vers le même ganglion en suivant le cordon thoracique <C. Th.)i — Au delà du ganglion premier thoracique, ces nombreux rameaux se retrouveraient groupés dans les deux branches de l’anneau de Yieussens qui entoure la sous-clavière (S. cl.) et arriveraient enfin aux plexus cardiaques (PL c.), soit après avoir traversé le ganglion cervical inférieur (G. J.'), soit en se détachant isolément de l’une ou l’autre branche de l’anneau.
On voit en dernière analyse que, d’après les nombreux documents publiés sur cette question de l’innervation du cœur, la moelle cervicale tout entière et la moitié supérieure \ \ de la moelle dorsale fourniraient, par toutes les voies qui \ les missent aux plexus cardiaques, des filets accélérateurs h répartis enproportion variable entre les différents nerfs qu’ils / accompagnent. Telle est la conclusion générale de tout ce qui précède. Cette formule s’écarte peu.de celle de Legallois, qui disait, dès 4841, que « le coeur tiré le priiicipe!'de-sès
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mouvements de tous les points de la moelle épinière ». Si nous éliminons la partie inférieure de la moelle qui n’intervient qu’indirectement dans l’innervation du cœur, nous voyons que les travaux modernes n’ont fait que justifier en la développant la conclusion de Legallois. L’avenir dira si tous les détails indiqués plus haut sont 'd’une rigoureuse exactitude; si, par exemple, comme nous avons quelques raisons pour le croire, l’accélération du cœur, considérée comme la conséquence directe de l’excitation de certains nerfs, ne s’est pas produite par voie réflexe : pour le moment, une. critique qui viserait à l’élimination serait à notre avis prématurée. Nous devons nous contenter de grouper les idées qui ont cours dans la science et, sans chercher à simplifier au delà d’une certaine mesure, nous efforcer de les rendre accessibles à tous ceux qui veulent connaître l’ensemble de la question.
François-Franck.
(A suivre .) * 4 „• ... • v. ;
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TRAVAUX ORIGINAUX
Pathologie externe.
Contribution a l’histoire de la lymphorrhagie et des lymphatocèles, par M. le docteur Orner Marquez, médecin en chef à l’hôpital d’Hyères (Var), ancien médecin cantonal à Colmar et à Belfort (Haut-Rhin).
Les observations de lymphorrhagie, ayant pour cause la dilatation variqueuse d’une partie du réseau des capillaires lymphatiques de la peau, ne sont pas encore assez communes pour qu’il n’y ait pas utilité à faire connaître un cas de tumeur éléphantiasique et lymphorrhagique que nous avons eu l’occasion de rencontrer, il y a plusieurs années déjà, en Alsace, et dont la publication a été retardée jusqu’à ce jour par des circonstances indépendantes de notre volonté. Nous publions l’observation telle qu’elle a été rédigée à cette date.
ObS. — Jean Spiesser, de Metzeral (vallée de Munster, Haut- Rhin), se présente à notre consultation le 28 mai 1871. C’est un garçon de dix-neuf ans, grand, de constitution moyenne, avec prédominance de l’élément lymphatique et dont le teint a le hàle des campagnards ; il a les traits fatigués et amaigris ; il a de la peine à marcher... « Cela vient, me dit son père, d’une grosseur qui s’est formée à la jambe, s’irrite facilement et laisse souvent couler une espèce d’humeur. 1
En effet, une vaste tumeur s’étale à la face antéro-interne de la cuisse droite, de deux ou trois travers de doigt au-dessous du pli de l’aine, jusqu’à la tubérosité interne du tibia, mesurant dans ce sens 38 centimètres ; elle occupe, en largeur, plus du tiers de la circonférence du membre, à sa partie supérieure (16 à 17 centimètres), moins dans sa partie inférieure; elle fait, au-devant de la cuisse, un relief irrégulier de 3, 4, et même 5 centimètres, et dont le maximum d’épaisseur se trouve le long de ses bords supérieur et externe ; elle n’est point douloureuse au toucher; mobile à pleine main sur le plan aponévrotique, elle suit tout d’une masse la direction de la pesanteur, que le sujet se tienne debout ou qu’il imprime à la jambe un déplacement quelconque. En dehors des limites de la tumeur, la peau paraît saine.
La figure (une photographie) qui accompagne ce travail peut ■donner une idée de l’ensemble de la tumeur, de son volume et de son étendue, de sa situation et de son aspect, môme de sa mobilité et de son indépendance apparente des parties profondes. A l’aide d’une loupe, il sera facile de distinguer quelques lymphatocèles éparpillées sur cette tumeur et sur la peau de la région inguinale.
Vers le tiers inférieur de la tumenr, on remarque un sillon à peu près transversal, assez vigoureusement creusé. Au-dessous de ce sillon, la main palpe une masse empâtée, comme lipomateuse, sous une peau médiocrement colorée, d’apparence grenue, peut¬ -être un peu épaissie, mais ne semblant pas autrement modifiée
dans sa texture. Au-dessus, et surtout vers les contours supérieur et externe de la tumeur, même masse empâtée, mais bien plus épaisse; dans cette épaisseur, des bosselures et des indurations sous une peau elle-même bosselée, inégalement chagrinée et rugueuse, ravinée, et à la surface de laquelle sont. éparpillées de petites excroissances de couleur plus ou moins brunâtre, selon qu’elles correspondent à des parties plus ou moins foncées du plan si accidenté sur lequel elles se sont élevées, et qui est, lui, d’une teinte inégalement bronzée. On dirait un semis de petites verrues de 1 à 2 millimètres de diamètre, et atteignant jusqU’à 3 millimètres de hauteur... Semblables excroissances, mais d’une nuance quelque peu moins foncée que les précédentes, élastiques comme elles sous la pression du doigt, se retrouvent dans la région ilio-
pubienne, en deux groupes principaux : l’un vers l’angle pubien du triangle inguinal ; l’autre, au voisinage de l’épine iliaque antérieure et supérieure ; là, de grosseur variable et plus ou moins saillantes, ainsi que cela s’est produit sur la tumeur crurale, elles font relief sur une peau qui ne paraît être le siège d’aucune altération sérieuse, mais où le doigt constate aisément qu’il y a dilatation variqueuse d une certaine étendue du réseau lymphatique superficiel. — Relevons qu’il n’y a pas une seule de ces petites excroissances, taches ou elevures, sur la peau un peu chagrinée, mais sans modification importante de couleur, de toute cette portion de notre tumeur, qui est située au-dessous du sillon transversal dont il a été question tout à l’heure.
C’est du sommet de ces petites excroissances de la tumeur de la cuisse que s’échappe, lorsque celle-ci est irritée par la fatigue ou par le frottement des vêtements, et quelquefois spontanément, sans cause appréciable, une humeur ayant rnspect au lait, et que l’on prit d’abord pour le produit d’une suppuration profonde.
A l’âge de sept ans (en 1859), Jean a eu la fievre typhoïde; il a été malade dix semaines. Depuis cette époque, sa santé n’avait rien offert de particulier lorsque, en 1863, quelques boutons du genre de ceux que nous voyons aujourd’hui, mais très-petits encore, presque des taches, des élevures comme de petites lentilles, se sont fait voir sur le bas-ventre, dans le voisinage de l’aine, cela sans gêne ni douleur, et sans altération autrement apparente de la peau.
Cinq ans plus tard (1868), après quatre semaines de troubles digestifs, peut-être liés à un peu de fièvre, le haut de la cuisse droite, à sa partie interne, s’est enflé. Celte enflure a grossi assez rapidement et formé une saillie inégalement dure et empâtée. En même temps, les ganglions de l’aisselle, à droite, se sont entrepris; ils sont devenus assez groslct assez douloureux pour que l’on ait appréhendé de les voir abcédli\.. Mais, peu à peu, cela s’est calmé, et l’engorgement axillaire a fini par disparaître complètement. 11 ne paraît pas qu’il y ait eu, où cette époque, ni plus tard,
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le moindre engorgement des ganglions de l’aine; il ne paraît pas davantage que, à cette première période de la maladie, il y ait eu sur la cuisse quelque traînée rougeâtre et noueuse accusant un état inflammatoire des vaisseaux de cette région.
L’intumescence que l’on a vue se produire ainsi vers le haut de la cuisse, et a,ui avait, dès le début, rapidement acquis un certain volume, est demeurée quelque temps stationnaire. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’elle s’est mise à faire de nouveaux progrès, tout eu demeurant indolore, gagnant d’abord plutôt en profondeur qu’en surface, en même temps que la peau y prenait une teinte plus foncée.
On vit alors pousser sur cette masse envahissante du haut de la cuisse et se multiplier dans la région de l’aine, ces taches et ces boutons dont une première et encore assez discrète apparition avait eu lieu quelques années auparavant (1863) sur le bas-ventre. Les taches, de couleur brunâtre plus ou moins foncée, sont bientôt devenues de petits boutons. Ceux-ci ont grossi et grandi, et ils ont fini par prendre l’aspect verruqueux que nous leur voyons aujourd'hui; ils s’irritent volontiers sous l’influence de la fatigue, ou quand on y touche trop, et laissent quelquefois fluer de leur sommet l’humeur dont il a été déjà parlé.
On s’est d’abord peu préoccupé de cet état de choses; il n’avait ou ne paraissait rien avoir de bien incompatible avec les occupations de l’enfant et ne point contrarier son développement... Mais, il y a deux ans (Jean avait alors dix-sept ans), le mal a pris tout à coup'des allures plus offensives. En même temps que la peau était devenue plus rugueuse, et qu’elle avait pris une teinte brunâtre plus accentuée en certaines places de la tumeur crurale , celle-ci était devenue plus épaisse et plus saillante; elle s’étendait aussi en surface, gagnait un peu dans le sens de la largeur, davantage dans celui de la longueur, s’allongeait vers le côté interne du genou qu’elle a fini par atteindre et qu’elle menace de dépasser... Et l’invasion des petites excroissances lenticulaires ou verruqueuses de suivre ce progrès, en affectant une prédilection marquée pour les parties supérieures de la tumeur et pour les zones iliaque et pubienne de la région inguinale.
Aujourd’hui, la tumeur crurale, avec les proportions que nous lui voyons, est devenue gênante à l’excès ; par son poids aussi bien que par son volume, elle rend la marche difficile et douloureuse à soutenir. Le sujet a maigri; il a notablement perdu de ses forces. A bout de patience, il vient nous demander de le débarrasser de ce fardeau chaque jour plus lourd et plus incommode, et de cet écoulement « d’humeurs » qui l’épuise.
Curieux de compléter l’enquête .à laquelle nous venons de nous livrer, nous piquons légèrement, d’un coup d’épingle, le sommet de l’un des tubercules qui pointent sur la tumeur. De cette ouverture s’échappe, ruisselant, à Ilots pressés, un liquide épais et blanc, comme léserait un lait de tres-bonne qualité, un lait trèscrémeux. Pour arrêter l’écoulement, il faut une compression un peu soutenue, à l’aide du doigt et de quelques morceaux d’agaric.
Le mal est complexe. Un premier élément est constitué par ces boutons apparus d’abord dans le champ sus-inguinal, sur le trajet de varices lymphatiques, par ces petits tubercules sessiles, plus ou moins saillants, d’une teinte brunâtre, quelquefois à peine plus foncée que la teinte naturellement bistrée de la peau ambiante. Cela vous a un faux air de molluscum. Mais cela en diffère essentiellement par la nature du produit qu’ils laissent échapper, soit spontanément, soit par provocation.
Ce produit est à lui seul un élément capital du diagnostic. Ce n’est point une matière athéromateuse, comme celle qui remplit le molluscum par hypertrophie des follicules sébacés et qui ressemble plus ou moins à du lait. C’est, croyonsnous, de la lymphe; et bientôt l’analyse chimique, dont deux pharmaciens distingués de Colmar, M. Giorgino et M. Kampmann (présentement à Genève), ont bien voulu se charger, est venue nous affirmer que c’est bien de la lymphe, ce liquide blanc, épais, crémeux, légèrement alcalin et de saveur un peu salée, pris, par le repos à l’air, en un caillot mou, opaque, graisseux, et d’une odeur qui rappelle assez celle du beurre frais; de la lymphe qui coule ici belle, rapide et abondante, comme dans l’observation de Fitzer(l), comme
(1) Fitzer, Archiv. f. phys. Heilk., 1849.— Jouno fille doseizeans.nonregléo.Sur le milieu d'une raie brunâtre do trois doigts de large, allant du voisinage de l’om-
dans celle que M. Demarquav (1) a fait connaître, en 1852, à la Société de chirurgie, et surtout comme dans cette belle observation du docteur Camille Desjardins (2), qui a fourni, en 185-4, à MM. Gabier et Quevenne l’occasion de produire devant la Société de biologie une magistrale étude de ce précieux liquide.
En troisième lieu, sur notre jeune malade, il s’est produit, postérieurement à l’apparition des premiers boutons mollusciformes dont nous venons de parier, et que l’expérience nous montre être autant de petites lymphatocèles, une intumescence de la cuisse qui s’est transformée en une vaste tumeur où nous trouvons : 1° bosselures, nodosités, indurations qui pourraient bien être de nature fibreuse, dans l’épaisseur de la peau et du tissu cellulaire sous-jacent hypertrophiés, coloration bronzée de cette peau épaissie, chagrinée, rugueuse et bientôt semée de tubercules mollusciformes semblables à ceux du début de la maladie ; 2n tendance à un envahissement progressif, de haut en bas, paraissant débuter par l’épaississement des couches sous-cutanées pour gagner peu à peu la peau et aboutir, en fin de compte, à l’altération plus complète que l’on remarque sur les parties supérieures de la tumeur. Il y a là de l’éléphantiasis, peut-être du fibrome.
En résumé, nous avons sous les yeux un cas de lvmphorrhagie due à la rupture accidentelle ou provoquée de petites excroissances brunâtres, opaques, mollusciformes, développées : 1° dans le plan ilio-pubien, sur le trajet de varices lymphatiques; 2° à la cuisse, dans les fissures et sur les reliefs d’une production éléphanliasique. Nous avons donc affaire à une lymphalocèleéléphantiasique &tmollusci forme, ou plus simplement à un molluscum élépliantiasique et lym~ phorrhagique.
Une circonstance fâcheuse, c’est l’énorme développement de la tumeur de la cuisse. Son poids, son volume, la place qu’elle occupe, la rendent de plus en plus incommode; la facilité avec laquelle, depuis quelque temps, elle s’irrite et s’enflamme, devient un sujet d’inquiétudes croissantes et que justifie l’altération de la santé du jeune homme.
Obs. — Jean Sp... entre à la Maison de santé de Colmar, le 5 juin 1871 , et voici ce que nous notons : La fatigue de ces derniers jours a provoqué un mouvement de fièvre. La tumeur est comme enflammée et turgescente; sa surface, d’un rouge bizarre, a un aspect érysipélateux qui nous donne à songer. — Un des boutons verruqueux a donné; mais cela s’ôtait fait en notre absence, et nous n’avons pu savoir si le liquide écoulé avait subi quelque modification dans sa couleur et (fans sa consistance, sous l’influence de l’état de souffrance dans lequel se trouvait notre malade. Unelymphatocèle est piquée, et nous recueillons, pour la faire analyser, de la lymphe qui ne nous semble pas différer de celle que nous avons vue couler précédemment.
Le mouvement pyrétique que nous venons de signaler n’a pas duré. Après trois ou quatre jours de repos, Jean, très-calme, nous paraît être dans des conditions réellement encourageantes. En conséquence, le 10 juin, assisté de nos excellents confrères MM. Faudel, Lévy, Macker et Molk, nous procédons à l’opération projetée.
La tumeur, nous l’avons déjà dit, mais nous devons le faire conbilic aux vertèbres dorsales, en passant entre les fausses côtes et l’os iliaque (à gauche), plusieurs granulations; l’une d’elles se rompit accidentellement et donna lieu à une lymphorrhagio qui dura trois jours.
(!) Demarquav, Mémoires de la Société de chirurgie, 4853. — Jeune homme de dix-sopt ans, bien constitué. Petites vésicules assez semblables à des follicules hypertrophiés, reposant sur un relief de vaisseaux lymphatiques^ dilatés. Rupture for-
d'une bonno constitution. Groupes de petites phlyctènos ou vésicules translucides à la partie antérieure et supérieure da la cuisse, et correspondant h une dilatation variqueuse du réseau lymphatique sus-dermique. Boursouflure de la peau et dos tissus sous cutanés, sur foute la face antéro-intorne de la cuisse, jusqu'au quart inférieur de cette face, pour do là remonter en dehors, rejoindre la face externe et postérieure et se perdre sur la fesse. Sous cette boursouflure, vésicules translucides et dilatations variqueuses des lymphatiques sus- dermiques et sous-dermiques. Dans le pli de l’aine
rupture d’un'e de ces petites vésicules.
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stater encore, ne paraît pas avoir contracté des adhérences sérieuses avec le plan aponévrotique ; développée sur la face antéro-interne de la cuisse, elle est comme divisée en deux masses d’étendue et d’importance inégales par un sillon transversal mie noirs avons fait connaître, et au-dessus duquel on trouve envahis par une dégénérescence spéciale la peau et le tissu cellulaire sous-jacent; au-dessous de ce sillon, il y a hypertrophie, empâtement comme lipomateux du tissu cellulaire, mais sans altération sérieuse du derme : ici, du moins, pourra-t-on quelque peu ménager la peau.
Notre jeune homme bien chloroformisé, le bistouri comprend dans un vaste ovale toute cette partie de la tumeur où la peau, sérieusement altérée, est à sacrifier et ouvre une incision en droite ligne, juste sur le dos de la masse moins malade, qui est située au-dessous du sillon transversal. 11 en résulte une incision en raquette très-allongée dont le manche est au genou. — Ce qui est cerné parjcette incision ovalaire, comme ce qui estmis à découvert par l’incision droite quila continue eu bas, est enlevé par une dissection plus diflicile que nous n’avions prévu, et que rend laborieuse l’obligation de détacher du plan aponévrotique et de poursuivre avec soin nombre de prolongements fibreux très-résistants, souvent assez épais, et quelquefois séparés les uns des autres par des vides inattendus (1).
Peu de sang, pas d’artère à lier.
11 nous reste une plaie qui mesure 18 centimètres dans sa plus grande largeur, vers le haut de la raquette, sur 34. centimètres de longueur. Cette étendue, dans le sens de la longueur, est réduite à 29 centimètres par le placement de quelques points de suture sur la partie la plus déclive de la plaie, où la peau, peu ou point altérée, a pu être ménagée. — - Pour pansement, un linge fenêtré imbibé de glycérine bien pure et recouvert de charpie que l’on arrosera de temps à autre avec du vin un peu chaud.
Afin de mieux nous opposer à l’affaissement latéral des parties molles, dont la conséquence serait d’accroître l’élargissement de la plaie que nous venons d’ouvrir, nous fixons à la face postérieure du membre, avec du collodion et en ayant soin de laisser entre elles un écart de 2 ou 3 centimètres, deux compresses dont le bord antérieur, libre, tendu par une baleine, avait été percé de quelques œillets; des lacs en caoutchouc, d’une résistance moyenne, tirent sur cette espèce de cuissarl par-dessus les pièces de pansement et servent à rapprocher les lèvres de la plaie, ou tout au moins à diminuer leur tendance à l’écartement. En outre, des compresses graduées, longues et épaisses, calent soigneusement le membre opéré et le moulent dans une gouttière commode. Bouillon, infusion, tilleul orangé, potion calmante.
11 juin, la nuit a été assez bonne; il y a eu un peu de fièvre; il n’y en a pas au moment de notre visite. Même pansement à suivre et même prescription que la veille.
. 14 juin, la plaie commence à suppurer ; il y a de la constipation. Cependant l’état général est satisfaisant et l’appétit revient.
A partir de ce jour, la cicatrisation de la plaie marcha sans accidents bien notables, et l’opéré put quitter la Maison de santé, le 6 août, dans des conditions très-satisfaisantes au double point de vue de son état de santé général et du résultat de l’opération qu’il venait de subir. La plaie pourtant n’était pas entièrement cicatrisée.
Tout en surveillant les suites de l’opération que nous avions pratiquée le 10 juin, nous n’avons pas perdu de vue les petites excroissances qui s’étaient élevées, dans la région de l’aine, sur le trajet de varices lymphatiques superficielles et sans autre altération de la peau. Nous n’avions pas constaté sans inquiétude leur tendance à grossir et à se multiplier, non plus que la facilité avec laquelle, à la moindre sollicitation, quelquefois spontanément, elles ouvraient la voie aune lymphorrhagie dont l’abondance nous a permis de recueillir jusqu’à plus d’une demi-livre de lymphe en une seule séance.
Sans doute il a suffi de quatre mois d’une médication tonique associée à un bon régime diététique pour relever la santé de la femme qui fait le sujet de l’observation de M. C . Desjardins et voir tout rentrer dans l’ordre. Mais, pour arrêter une perte de
(1) La pièce ainsi enlevée était énorme, lourde (près d'un kilogramme), épaisse,
mant alors comme des vacuoles. L’examen microscopique, confié à l’obligeance de notro confrère, M. Belin (aujourd’hui professeur suppléant à l’École de médecine do Dijon), a fait’ constater que nous avions affaire à un développement hypertrophique
que les nodosités éparses dans cette masse hypertrophiée, aussi bien que les prolongements si résistants auxquels le bistouri avait dû s’attaquer, étaient formés par les éléments histologiques des altérations dites de nature fibreuse.
lymphe par rupture spontanée d’une vésicule développée sur le trajet de varices lymphatiques, Fitzer avait dû, en présence de l’insuffisance de la compression, recourir au crayon de nitrate d’argent: et M. Demarquay, sur un jeune homme de dix-sept ans, avait porté le caustique de Vienne sur toute l’épaisseur de la varice lymphatique d’où provenait un écoulement de lymphe copieux et inquiétant; il avait pleinement réussi. Peu de mois après l’opération, il ne restait plus trace des varices.
Sur notre malade, le repos auquel il est assujetti, le régime réconfortant qu’il suit, la suppression, sans aucune espèce d’accident de la tumeur lymphorrhagique qui s’étalait sur sa cuisse sont sans influence sur ses varicosités de la région inguinale. Les boutons verruqueux du groupe iliaque et du groupe pubien sont ce qu’ils étaient. Au frottement d’un linge un peu rude, ces lymphatocèles coulent. Il nous semble rationnel de ne point demeurer dans l’expectative. Nous imiterons la pratique (le M. Demarquay.
Toutefois, au caustique potentiel nous avons préféré le cautère actuel dont l’action est plus rapide et l’eschare plus sèche. — Du 1 1 au 23 juillet, nous avons détruit par le fer rouge (de trèspetit calibre), et en quatre séances, les plus grosses et les plus saillantes de ces petites tumeurs lymphatiques, portant le fer assez rofondément pour cautériser tout le calibre du vaisseau dilaté, outre les autres, nous avons employé le perchlorure de fer et la teinture d’iode.
Sorti de la Maison de santé le 6 août, Jean Sp... est venu le 10 septembre suivant, juste trois mois après l’opération, nous montrer sa plaie bien cicatrisée et réduite environ au quart de ses dimensions premières. La santé générale de ce eune homme était réellement satisfaisante. Néanmoins, il ui fut conseillé de suivre longtemps encore le régime fortifiant qui semblait lui réussir, de ne point discontinuer hâtivement l’usage de l’iodure de fer, du quinquina, de l’huile de foie de morue pendant la saison froide, et de ne point négliger de soutenir, par l’application bien faite d’un bandage roulé, le membre qui venait d’être opéré avec apparence de succès.
Celte guérison ne s’était point démentie encore lorsque, un an plus tard, en septembre 1872, sous la pression des événements qui ont pesé si douloureusement sur notre pays, nous avons dû quitter notre vieux foyer. A la cuisse, la cicatrice était belle et solide ; dans la région de l’aine, il ne restait plus trace de l’altération première des lymphatiques.
Au noment d’écrire cette observation, nous avons voulu savoir ce qu’il était advenu du jeune Sp... et faire prendre une nouvelle photographie du sujet, dans le cas où il y aurait eu quelque constatation pathologique à relever. Nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ici la réponse que nous avons tenue, sous date du 4 mai 1875, de l’obligeance de notre confrère M. Dietz (de Munster) : « Je suis enfin parvenu » à découvrir votre Jean Sp... La guérison de votre opéré est » parfaite; j’ai vu la cicatrice qui témoigne d’une énorme in- » cision; votre client la tient soigneusement bandée et n’en » souffre aucunement; sa santé ne laisse rien à désirer; il » est marié et père d’un magnifique garçon... Vous me de- » mandez de voir s’il serait utile de faire prendre une épreuve » photographique de la cuisse. Je répondrai à cela que je puis » affirmer une cicatrisation parfaite, sans aucune crainte » de récidive. Nous ne ferons la dépense de la photographie » que lorsque vous m’aurez de nouveau demandé de le » faire. »
On permettra que nous nous en tenions à la déclaration ue nous fait M. Dietz ; elle vient d’un homme sérieux et ’un médecin instruit : elle vaut bien un dessin, même photographique.
La science, sans doute, n’est pas riche de faits analogues à ceux que nous ont fait connaître Fitzer, Demarquay et C. Desjardins, et que nous avons rappelés plus haut. Il n’est pas à dire cependant que ce soient là les seuls exemples de tumeurs lymphorrhagiques par dilatation du réseau des lymphatiques superficiels qu’il y aurait à citer et à rapprocher du fait dont nous venons de présenter la relation. Dans le nombre de ces quelques observations dont un Anglais, le docteur B. Hill ( Transact . of the clin. Society, 1870), a entrepris,
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il y a quelques années, de dresser l’inventaire, nous avons distingué celles de W. Day ( Transact . of the clin. Society, 1870) et de Hill ( Transact . of the clin. Society, 1870). Dans l’une et l’autre, il s’agit de pertes de lymphe par la rupture de petites tumeurs papuleuses ou vésiculeuses, quelquefois du volume d’un pois, les unes d’un blanc jaunâtre, les autres rougeâtres et développées en plus ou moins grand nombre sur une intumescence de la partie interne de la cuisse, consécutivement à une contusion (Hill), ou sur la peau, en certaines places brun foncé, ailleurs de couleur peu modifiée d’une jambe éléphanliasique (W. Day).
Nous voyons bien que, dans l’une et l’autre de ces observations, le soulèvement des lymphatiques, s’est effectué sur une peau frappée de l’altération éléphanliasique à un -degré plus ou moins prononcé. Mais là, non plus que dans les autres cas de ce genre dont nous avons eu connaissance, nous n’avons rencontré en même temps que la dilatation ampullaire de lymphatiques superficiels, au milieu d’une peau en apparence saine, une tumeur d’aspect éléphantiasique, et dans la constitution de laquelle soient entrées la formation de tissus pathologiques qui rappellent le fibrome molluscum, et cette déviation vasculaire dont M. le professeur Michel (de Strasbourg et Nancy) (Gazette médicale de Strasbourg , 1853; note sur la lymphorrhagie... et sur la dilatation, sous forme de granulation, des réseaux lymphatiques sous-épidermiques) a, le premier, que nous sachions, mis à découvert le mécanisme.
Ce double fait, c’est précisément une des caractéristiques de notre observation. Nous y trouvons encore cette particularité que les ganglions inguinaux sont demeurés complètement à l’écart du travail qui s’accomplissait dans leur voisinage, au-dessus et au-dessous du pli de l’aine.
On sait que M. le professeur Sappey ( Union médicale, décembre 1854. Leçons sur le système lymphatique), à la recherche des origjnes des vaisseauxlymphatiques et des rapports de ce système vasculaire avec les capillaires sanguins, est arrivé à préciser qu’il y a communication directe entre les vaisseaux lymphatiques et les vaisseaux sanguins, au point où les uns naissent et où les autres finissent; qu’il y a passage d’un courant sanguin des capillaires dans les capillicules lymphatiques; qu’il y a entré le système sanguin et le système lymphatique solidarité, à tel point que le premier s’engorgeant, le second en ferait autant, etc. Nous n’entreprendrons pas de rechercher ici comment se formeraient, par encombrement des capillicules et des capillaires, les varices lymphatiques, les dilatations ampullaires, translucides ou opaques,. des lymphorrhagiques, et quels seraient leurs rapports avec l’alteration éléphantiasique. Notre prétention est bien moindre. Nous n’oublions pas que, depuis Alard, malgré l’importance de bien des travaux sur le système lymphatique et sur ses maladies, la lumière n’est pas encore faite sur la relation qui existe entre l’éléphantiasis et la dilatation des vaisseaux lymphatiques. On voudra bien nous permettre de nous en tenir ici, modestement, à la constatation d’un fait, de nous borner à dire ce que nous avons vu, le parti que nous avons pris, le résultat que nous avons obtenu, et nous passer de n’avoir abordé notre sujet que par l’une de ses faces, le côté clinique.
A la question clinique appartient l’analyse chimique du liquide dont l’écoulement, accidentel ou provoqué, a été un des éléments caractéristiques de notre observation. Nous avions demandé à deux chimistes de nous fixer et de voir si nous avions réellement affaire à de la lymphe. Les conclusions de chacun d’eux, nous l’avons dit plus haut, furent affirmatives.
C’était de la lymphe, ce liquide blanc, laiteux, opaque, légèrement alcalin, de saveurun peu salée, de 1,021 à 1,032 de densité que perdait notre jeune malade, et qui se prenait au bout de peu de temps en une gelée assez ferme pour que l’on pût, sans qu’il s’en écoulât un£ goutte, retourner le
flacon qui la contenait. Ajoutons que de petites secousses provoquaient l’échappement d’un sérum abondant à travers les mailles, rompues sous cet effort, du réseau qui emprisonnait ce fiquide; que ce réseau, tout fibrineux, se resserrait sur lui-même à mesure que le sérum s’en échappait, et que, dans ce sérum, le microscope (M. Kampmann) a constaté quantité de corpuscules graisseux, des globules de la lymphe et quelques fragments de globules semblables aux globules blancs du sang.
Nous ne croyons pas qu’il soit utile de reproduire ici le détail des opérations de laboratoire que M. Giorgino a bien voulu nous faire parvenir. Il nous suffira d’indiquer que, dans la substance examinée et qui était formée par un corps gras émulsionné et tenu en suspension par des matières albumino-fibrineuses, dans un liquide aqueux et très-abondant, les éléments fibrine, albumine et graisse se trouvaient dans les proportions suivantes :
Fibrine pesée fraîche, après expression aussi complète que possible dans du papier à filtrer, 1/2 à 1 pour 100.
Matière albumineuse, 4 pour 100.
Graisse, 1 à 2 pour 100.
Eau contenant quelques sels inorganiques qui n’ont pas été déterminés, 93 à 94 pour 100.
Dans leur analyse de 1854, MM. Gubler et Quevenne avaient eu le soin de dessécher la fibrine jusqu’à poids constant. Il en est résulté pour leurs opérations une garantiede précision telle qu’il convient d’admettre leurs chiffres (0,056 à 0,063 pour 100) comme l’expression d’une normale.
Nous sommes, nous, bien loin de cette normale. Nous avons opéré sur de la fibrine fraîche et qui ne pouvait nous donner un poids vrai, bien qu’elle eût été soumise à une pression méthodique dans du papier à filtrer. Il n’en est pas moins vrai que M. Giorgino, procédant toujours de la même manière et en prenant les mêmes précautions, a obtenu des résultats variables et trouvé de 1/2 à 1 pour 100 de fibrine. Or, M. Giorgino a expérimenté sur des échantillons de notre lymphe qui ont été recueillis, l’un avant l’opération de la tumeur crurale, à un moment où celle-ci était le siège d’un mouvement inflammatoire, érysipélateux, et le malade en proie à de la fièvre; d’autres, le 17 et le 30 juin, et au commencement de juillet. A cette dernière époque, l’état général de notre jeune homme était très-satisfaisant. Ne se pourrait-il pas que dans la lymphe la quantité de fibrine variât comme elle varie dans le sang, suivant l’état pathologique, et qu’elle se soit élevée au-dessus de la normale dans notre cas, comme fait la fibrine du sang dans l’érysipèle?
Dans notre cas encore, la proportion de la graisse dépasse celle de la normale de MM. Gubler et Quevenne qui, donnant 0,920, avoisine 1 pour 100. De là, une. émulsion plus épaisse et cet aspect si crémeux de notre lymphe.
Quant aux matières, albumineuses, le chiffre moyen de 4 pour 100, trouvé par M. Giorgino, s’écarte peu du chiffre de MM. Gubler et Quevenne.
SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des sciences.
Analyse de l’action physiologique des sulfates de magnésie et de soude, par M. Arm. Moreau. — Ce travail est identique à celui que nous avons déjà signalé {Gaz. hebd ., p. 239).
De quelques conditions de la fermentation lactique, par M. Ch. Richet. — L’auteur, dans ce mémoire, pense avoir démontré les propositions suivantes :
1 0 L’oxygène rend plus rapide lafermentation lactique du lait,
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2° L’ébullition, en coagulant une matière albuminoïde primitivement soluble, diminue de moitié l’activité de la fermentation.
3° Les sucs digestifs qui rendent l’albumine soluble et les peptones (ou albumines solubles) augmentent la rapidité de la fermentation lactique.
Sur les granules amylacés et amyloïdes de l’œuf, par M. üastre. — La présence, annoncée il y a quelques années, de corpuscules d’amidon dans certains organes, par exemple dans les capsules surrénales et dans les testicules, venait contredire les notions reçues à propos de la glycogénie, notions d’après lesquelles la formation d’amidon chez l’animal adulte serait localisée dans le foie. L’auteur, dans des recherches faites avec le docteur Morat, s’assura que ces granulations, au lieu d’être formées d’amidon, étaient des concrétions cristallines de corps gras, particulièrement des corps gras phosphorés nommés lécithines.
Pour ce qui concerne l’œuf, il est arrivé au même résultat. Dans la'séance du 17 mars 1879, M. Dareste, revenant sur cette question, signale l’existence de nouveaux granules qu’il appelle amyloïdes. Ceux qui étaient indiqués dans les premières notes et caractérisés surtout par la croix de polarisation sont manifestement de la lécithine; les nouveaux, qui ne possèdent plus ce caractère optique, ne sont pas davantage formés d’amidon. Le principal caractère invoqué pour rapprocher ces corps de l’amidon serait le bleuissement par l’iode. Or, il est à remarquer que l’amidon animal ne bleuit point par l’iode : il rougit. C’est ce qui arrive pour les quelques granulations véritablement glycogéniques que l’on trouve dans la cicatricule de l’œuf. Les prétendus granules amyloïdes seraient donc de l’amidon végétal; ce serait de l’amidon végétal qui existerait dans l’ovaire de la poule et des reptiles et passerait dans le vitellus.
MM. Dastre et Morat se sont assurés une fois de plus qu’il n’y a point d’amidon animal ou végétal dans le jaune de l’œuf. On délaye une grande quantité de vitellus dans de l’eau distillée que l’on porte à 95 degrés au bain-marie pendant une heure; puis on soumet le mélange à l’action de la diastase salivaire, on filtre : on ne trouve pas trace de sucre. Comme contre-épreuve, on opère sur un lot identique au premier, en ayant soin d’ajouter une quantité très-petite d’amidon végétal : on a cette fois la preuve de l’existence du sucre.
Il n’y a donc aucune utilité à appeler amyloïdes des corps qui ne sont certainement pas de l’amidon, et nous ajouterons, qui n’en ont même pas l’apparence. Les réactions microchimiques sont très-infidèles lorsqu’il s’agit de substances imprégnées d’albumine et de corps gras capables de s’opposer à la pénétration des réactifs.
Dosage du sucre dans le sang, par M. d'Arsonval.
J’ai eu l’honneur, dit l’auteur, d’assister Claude Bernard dans ses derniers travaux de technique et de. critique physiologiques. Mon maître m’ayant surtout confié la partie physico-chimique des recherches, je crois devoir présenter quelques observations au sujet d’une Note récemment publiée par M. Cazeneuve dans les Comptes rendus. L’auteur prétend démontrer que la méthode employée par Claude Bernard pour le dosage du sucre dans le sang est loin d’être exacte. Les objections que M. Cazeneuve fait valoir ont déjà été réfutées, tant par Claude Bernard que par moi-même, dans des publications qui me paraissent lui être restées étrangères. Je ne ferai donc que passer sur les premières objections.
1° L’épuisement du caillot n’a rien qui se rapporte au débat.
2° La dilatation due à la chaleur : c’est une objection purement théorique.
3° Les variations d’hydratation du sulfate de soude et du sang sont réfutées par ce fait que la densité de la liqueur filtrée est sensiblement constante. D’ailleurs, nous avons toujours rejeté l’emploi du sulfate de soude effleuri, et nous conservons notre sel dans un bocal soigneusement fermé.
4° Les réductions verdâtres décèlent ou de mauvais réactifs ou un procédé opératoire vicieux : on ne doit jamais en avoir. J’ai d’ailleurs eu l’honneur de faire une analyse complète devant l’Aca¬
démie, qui a pu voir avec quelle netteté on saisit, dans de bonnes conditions, la fin de la réaction. Nombre d’expériences nous permettent d’affirmer ces deux faits : 1° le procédé ne décèle du sucre que là où il y en a; 2° il permet de retrouver les quantités qu’on ajoute.
L’auteur réfute l’objection de M. Cazeneuve ayant trait à la manière de calculer le chiffre absolu de la quantité de sucre trouvée dans le sang, puis il ajoute :
M. Cazeneuve fait une dernière objection qui serait plus grave si elle était fondée. Il rapporte deux expériences qui lui paraissent démontrer qu’il existe dans le sang une matière étrangère qui réduit le liquide bleu. Le fait, débarrassé de toute interprétation, est le suivant : le dosage au saccharimètre ne correspond pas au dosage par la liqueur bleue. Nous sommes d’accord sur le fait, mais nullement sur l’interprétation. Dans les quelques centaines d’expériences que j’ai dû analyser, j’ai rencontré ce fait à plusieurs reprises; il n’est pas constant. li prouve seulement qu’il existe dans le sang une substance, autre que la glycose, susceptible d’agir sur la lumière polarisée, ce qui n'a rien de surprenant.
Il croit d’ailleurs pouvoir affirmer que, dans certaines conditions, la matière réductrice du sang, loin d’être de la glycose pure, est constituée par un mélange soit de glycose et de lévulose, soit de glycose et de dextrine, et il conclut en affirmant que la méthode de Claude Bernard, très-simple et rapide, est d’une exactitude plus que suffisante pour la physiologie.
Sur la méthode employée par Cl. Bernard pour le dosage des sucres réducteurs dans le sang, par M. P. Picard.
On sait que la glycose n’est pas la seule substance des organismes animaux qui réduise les liqueurs de Fehling, Barreswil, etc. Mais, s’il est vrai qu’il y a dans l’organisme, à côte du sucre réducteur, des substances pouvant précipiter de l’oxydule rouge à chaud aux dépens des liqueurs de Fchling, est-il vrai que ces substances existent dans la liqueur obtenue par le traitement préalable dans la méthode de Cl. Bernard? Est-il vrai que ces substances soient là contenues dans une proportion telle, qu’elles auraient une part à la réduction du sel de cuivre? Je ne le pense pas, et voici l’expérience sur laquelle je fonde mon opinion.
On prend une quantité de sang indéterminée qu’on défibrine et qu’on traite par le procédé de Bernard. La liqueur filtrée incolore est examinée avec la liqueur de Fehling. On constate la réduction type : décoloration et précipité d’oxydule rouge.
On abandonne alors le reste du sang pendant quelques heures à une température de 30 degrés centigrades environ, en évitant l’évaporation (le sang étant additionné de levûre de bière ou même seul). Après ce temps, on répète avec ce sang qui a fermenté le même traitement qu’on lui avait fait subir avant cette opération, et l’on constate que le liquide incolore obtenu ne précipite plus d’oxydule quand on le chauffe à -|- 100 degrés avec, la liqueur de Fehling. L'acide urique, qui réduit moins bien et moins facilement que la glycose, n’était donc pas contenu dans le liquide en quantité susceptible de nuire à la recherche du sucre par la méthode des liqueurs bleues. Ce que j’ai dit pour l’acide urique, je le répéterai pour les autres substances qui pourraient exister dans le sang à côté de laglycose : elles ne sont pas, dans le sang normal, en quantité suffisante pour exercer leur action réductrice sur les solutions de Fehling. L’expérience que je viens d’indiquer me paraît décisive.
L’examen saccharimétrique ne peut fournir des résultats susceptibles d’infirmer les assertions que je viens d’émettre, car ce procédé d’analyse des sucres chez l’animal est très-inférieur à la méthode des liqueurs cupriques. En effet, s’il y a quelques substances animales susceptibles d’exercer sur les liqueurs cupriques la même action que les solutions glycosiques, il y en a un très-grand nombre qui jouissent du pouvoir rotatoire.
Sur la distribution des phosphates dans les différents éléments du sang, par M. L. Jollij. — L’auteur conclut de ses expériences : 1° que les phosphates alcalins dominent dans la partie aqueuse du sang; 2° que tous les éléments contiennent une quantité variable de phosphate de fer, mais accumulé surtout dans les globules.
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Académie de médecine.
L’Aciidiimio reçoit : 1» Un travail manuscrit do M. lo docteur Lamarch, intitulé : Aldmuccnosie ou maladie des batteurs en grange. — 2” Une lettre de M. le docteur de lilasquart, accompagnant l’envoi d'une brochure intitulée : Congrès séricicole international do Montpellier. — 3° Divers plis cachetés.
M. le Président annonce que M.VL Ftlhol (de Toulouse), Lecadre (du Havre), et
M. Tarnier présente, au nom de M. lo docteur Siredey, l'article Péritonite extrait du Dictionnaire de médecine et de chirurgie.
M. Oavarret présente, au nom do M. Badal, un ouvrage de Clinique ophlhalmologique.
M. Douley présente, au nom de M. Paul Bouley, une thèse sur l 'Ostéomalacie.
Ostéoclastie. — En présentant la thèse de M. le docteur Paul Bouley, M. Bouley rappelle que les analyses contenues dans ce travail démontrent que les assertions émises dans la dernière séance par M. Colin, sur la prédominance des sels calcaires dans les os des ruminants atteints d’osléoclastie, sont inexactes.
M. Colin répond que le travail de M. Paul Bouley ne contient qu’un nombre limité d’analyses, et que celles-ci ont trait à l 'ostéomalacie et non â Y ostéoclastie.
Melanea paraguariensis. — M. Planchon communique un court rapport sur un mémoire envoyé à l’Académie par la famille d'Aimé Bonpland.
Il résulte de ce rapport que l’illustre médecin voyageur avait eu l’occasion d’apprécier les propriétés thérapeutiques du Melanea paraguariensis dans certaines affections virulentes. Mais, comme ces propriétés n’ont pu être constatées en France, le rapporteur se borne à proposer à l’Académie de déposer le mémoire de Bonpland dans ses archives.
Action des sels purgatifs. — M. A. Moreau répond à quelques-unes des critiques qui lui ont été adressées dans la ilernière séance par M. Colin.
Après avoir rappelé les résultats depuis longtemps acquis à la science, au sujet de l’action des sels purgatifs, M. Moreau décrivait dans son mémoire une expérience nouvelle qui consiste à ingérer un sel purgatif dans une anse intestinale, et à attendre, quelque temps après cette ingestion, pour placer dans cette anse un sel, le cyanure jaune de potassium et de fer, qui sert de témoin de l’absorption. L’expérience montre qu’alors il n’y a pas d’absorption, tandis que les liquides fournis par la sécrétion et l’exhalation de la membrane muqueuse continuent à affluer.
Ce résultat est contraire à l’idée qu’il se fait un double échange entre la solution saline d’une part, et, d’autre part, la partie aqueuse du sang; ce résultat est contraire, par conséquent, à la théorie de l’endosmose conçue comme supposant un double échange. Tout le mémoire de M. Moreau se réduit à ce point, et le fait nouveau peut être ainsi défini : La présence de sels tels que le sulfate de soude et de magnésie donne lieu à une absorption qui cesse bientôt, tandis que la formation des liquides par sécrétion et exhalation continue. M. Colin objecte que la membrane muqueuse n’est plus dans de bonnes conditions pour absorber et que les lésions survenues sont la cause de l’absence d’absorption.
Pour combattre cette affirmation sans preuve, M. Moreau se borne à dire que si la muqueuse n’absorbe pas, elle est cependant toujours capable d’absorber; il le démontre par une expérience dans laquelle, après avoir successivement injecté dans une anse intestinale d’un chien une solution de sulfate de magnésie ordinaire, puis une solution de cyanure de potassium, il retrouve ce dernier sel dans les urines de l’animal. D’où il conclut que l’absorption peut avoir lieu, même dans les conditions où M. Colin prétend que cette absorption ne pourrait se faire.
M. Colin répond que M. Moreau est aujourd’hui de son avis, puisque la note nouvelle que son collègue vient de lire a
pour but de montrer que l’absorption peut se faire dans la muqueuse intestinale en même temps que la sécrétion et l’exhalation provoquées par le contact d’une solution saline injectée dans l’intestin. C’est précisément ce que M. Colin soutenait dans la dernière séance, contre M. Moreau, dont la
remière note, différente de celle d’aujourd’hui, avait pour
ut de montrer qu’il ne peut y avoir en même temps, dans l’intestin, un double courant d’absorption et d’exhalation.
Influence des solanées vireuses. — Au nom d’une commission dont it fait partie avec MM. Béclard et Hérard, M. Chalin donne lecture d’un mémoire de M. le docteur Heckel, de Marseille, sur l’action des solanées vireuses en général et de la belladone en particulier.
M. Heckel, dans ce mémoire, a voulu élucider, par l’expérimentation, les conditions dans lesquelles se réalise l’immunité constatée, mais jusqu’ici inexpliquée, dont jouissent certains vertébrés à l’égard des poisons de ces plantes, ainsi que les phénomènes qui l’accompagnent. Le fait, pour ce qui concerne les rongeurs en général, et surtout le lapin et le cobaye, est connu depuis longtemps relativement à la belladone. M. Heckel a étendu l’expérimentation à plusieurs variétés du rat commun, et l’a fait porter non-seulement sur Vatropa belladona, mais encore sur les hyoscyamus niger et albus, ainsi que sur les datura stramonium et tatula.
Fort des résultats qu’il a obtenus, il se croit autorisé à affirmer que le lapin et le cobaye peuvent facilement être alimentés avec les feuilles et même avec les racines des solanées toxiques précitées sans en souffrir, et cela pendant un temps très-prolongé ; que le rat supporte fort bien l’introduction des mêmes végétaux dans son régime ordinaire.
Pour ce qui est du lapin et du cobaye, l’immunité est telle, que M. Heckel a pu élever plusieurs générations et les faire reproduire en ne les nourrissant absolument, durant toute la belle saison, que de jusquiame, de belladone et de datura frais, et, durant l’hiver, de son mêlé par moitié avec de la poudre de feuilles ou de racines.
M. Heckel adopte la conclusion émise par M. Bouchardat dans son Traitéde matière médicale, savoir : que les solanées vireuses agissent avec d’autant moins d’énergie sur les animaux que ceux-ci s’éloignent davantage de l’homme, conclusion à laquelle arrivait M. Chatin lui-même, il y a bientôt quarante ans, dans ses recherches physiologiques sur les animaux et les végétaux au moyen de l’acide arsénieux.
M. Chalin propose de déposer honorablement le mémoire de M. Heckel dans les archives et d’inscrire son nom parmi les candidats au titre de membre correspondant.
M. Colin dit qu’il a eu occasion de faire des expériences analogues sur des lapins qu’il a nourris avec un mélange de luzerne et de morelle. Il n’a pas vu se manifester le moindre accident chez ces animaux, même chez les individus les plus jeunes.
M. Colin inclinerait à expliquer le privilège d’immunité que possèdent les rongeurs relativement à l’influence toxique des solanées vireuses, par ce fait que les alcaloïdes végétaux sont généralement peu solubles et ont besoin, pour être transformés en substances solubles, de l’action des acides du suc gastrique. Or, chez les rongeurs, les aliments séjournent à peine dans l’estomac et passent très-rapidement dans l’intestin, d’où suit que les principes toxiques végétaux contenus dans ces aliments ne sont pas absorbés ou le sont avec une lenteur extrême et sont, éliminés au fur et à mesure de leur absorption.
M. Chatin répond que les alcaloïdes végétaux se trouvent généralement, dans la nature, combinés avec des acides qui favorisent leur dissolution. Il ne pense pas que l’immunité dont jouissent les rongeurs à l’égard des solanées vireuses soit due à la rapidité avec laquelle ces substances sont entraînées dans le tube digestif sans être absorbées, car alors
on devrait les retrouver dans les résidus de l’alimentation, ce ui n’est pas, ainsi que le démontrent les résultats négatifs es recherches de M. Heckel. M. Chalin continue donc à considérer les rongeurs comme étant, par la nature de leur organisation, réfractaires à l’empoisonnement par les substances atropiques.
— La séance est levée à cinq heures.
Société médicale des hôpitaux.
Des érosions tuberculeuses du col et du vagin: MM. Cornil et Alfred Fournier. — Du goitre constricteur : M. Gouguenheim.
M. Cornil, examinant une malade de son service atteinte de phthisie au troisième degré, qui se plaignait de douleurs très-vives dans le bas-ventre, constata au spéculum que le col était le siège d’une érosion superficielle peu étendue au niveau du méat : de plus, sur la partie latérale du col, sur la paroi vaginale existait une petite ulcération de un demi-centimètre de diamètre, à bords taillés à pic, à fond jaunâtre, sur laquelle se trouvaient trois petits points jaunâtres. Gomme la malade présentait de plus les signes d’une pelvi-péritonite tuberculeuse, M. Cornil pensa que les érosions étaient de la même nature : ces érosions furent touchées avec de la teinture d’iode et guérirent assez rapidement.
Tout dernièrement M. Rigal, faisant une autopsie d’une tuberculeuse, trouva sur le col de l’utérus une série de points blanchâtres, très-rapprochés les uns des autres : les uns faisaient saillie, tandis que d’autres, au contraire, présentaient des ulcérations. Il s’agissait de granulations tuberculeuses, miliaires, tout à fait typiques, de la surface du col. étudiant ces lésions histologiques, M. Cornil constata que le col, au lieu de présenter un revêtement de cellules pavimenleuses et aplaties ainsi que les autres caractères de la muqueuse normale, était couvert de petites saillies formées par des papilles libres à leur surface, et recouvertes d’une seule couche de cellules cubiques. Au point de la saillie de la granulation tuberculeuse, le relief papillaire avait disparu, if y avait un simple boursouflement formé par des cellules embryonnaires, lymphatiques, ainsi que sur les parties voisines légèrement enflammées. Sur toute celte région, le tissu était réticulé. Sur quelques points, au centre des érosions, on trouvait des cellules un peu plus grosses, de forme régulière et arrondie, analogues à de petites cellules géantes. Èn résumé, on trouvait une infiltration de toute, la surface vaginale du col par des cellules ayant une forme sphérique et présentant ce qu’il y a de plus caractéristique dans la granulation tuberculeuse, c’est-à-dire de petites et de grandes cellules géantes.
M. Cornil a cité ces deux observations de granulations tuberculeuses du col à cause de la rareté de ces faits. M. Cornil a examiné un grand nombre de cols de tuberculeuses, principalement depuis le moment où son attention a été attirée sur ce point : il n’a jamais constaté de granulations semblables en dehors des deux cas qu’il vient de citer. On trouve fréquemment des ulcérations, mais non des granulations tuberculeuses présentant les caractères qu’il vient de décrire.
M. Alfred Fournier ne partage pas l’opinion de M. Cornil sur la rareté des granulations tuberculeuses du col chez les phthisiques. Souvent, en effet, examinant les malades de Lourcine, M. Fournier a trouvé des ulcérations indéterminées qui n’étaient ni des manifestations syphilitiques ni des chancres mous ; or, comme ces ulcérations se présentaient chez des phthisiques, M. Fournier s’était rattaché à cette idée que ces érosions étaient des ulcérations tuberculeuses. Il pense que chez les tuberculeuses il peut se produire des ulcérations tuberculeuses même au début de la phthisie. Si ces cas n’ont pas encore été signalés, c’est qu’ils échappent le plus souvent
à l’observation, car ces érosions ne s’accompagnent pas toujours de douleurs. Ne peut-on pas comparer ces lésions du col avec celles qu’on observe sur la langue et que M. le professeur Trélat a décrites si justement sous le nom de points jaunes ?
— M. Gouguenheim présente un jeune homme de dix-neuf ans, atteint d’une tumeur du corps thvroïde provoquant un bruit de. cornage très-accentué. Le malade, souffrant depuis longtemps d’une dyspnée progressive, ne s’était aperçu de son bruit de cornage que depuis un an. Ce bruit anormal croissait en intensité quand le malade faisait des efforts en montant des escaliers. La tumeur du cou n’était pas même soupçonnée par ce jeune homme qui n’en était pas incommodé et personne dans son entourage ne s’en était aperçu. L’examen des poumons, du cœur, du médiastin, du larynx (à l’aide du laryngoscope) ne révèle rien d’anormal dans ces organes. La voix est inlacle.
La tumeur du cou, malgré son petit volume, est donc la seule cause de ce bruit de cornage. C'est cette dernière circonstance qui pour M. Gouguenheim rend le cas intéressant. 11 faut en effet supposer qu’on est ici en présence d’un goitre constricteur.
Dr Joseph Michel.
Société <lc chirurgie.
Du goître rétro-pharyngien et de son extirpation. — Variations de la température chez le nouveau-né. — Emploi de la bande d'Esmark pour remédier aux hémorrhagies après l’accouchement. — Des pansements antiseptiques.
M. Trélat donne lecture d’un mémoire ayant pour tilre : Du goitre rétro-pharyngien et de son extirpation, par M. Eugène Boeclcel (de Strasbourg), membre correspondant de la Société de chirurgie.
La malade, âgée de vingt-cinq ans, était atteinte d’une tumeur volumineuse de la partie droite du cou, en même temps qu’une autre tumeur rétro-pharyngienne gênait la déglutition. Le mal remontait à trois ans. En novembre 1878, la déglutition était difficile, mais la respiration restait libre. La tumeur du cou avait le volume d’une pomme, celle du pharynx le volume d’une noix; la muqueuse pharyngienne conservait sa mobilité. Les deux lobes étaient fluctuants, sans battements ni expansion. Pas de douleur. Pas de fièvre. La tête est gênée dans ses mouvements. M. E. Boeclcel diagnostiqua des kystes de la thyroïde. Une ponction exploratrice faite le 7 décembre donna issue à un liquide brunâtre ; la tumeur pharyngienne ne se vida point.
L’extirpation fut pratiquée le 9 décembre, en mettant en pratique la méthode de Lister. La malade fut endormie. Incision le long du bord antérieur du muscle sterno-mastoïdiea droit; les vaisseaux sont divisés entre deux ligatures au catgut. La poche est peu à peu attirée au dehors; le kyste rétropharyngien est vidé et séparé facilement des parties voisines; on applique un drain, et la plaie est suturée dans les quatre cinquièmes de son étendue.
Le kyste cervical avait l’aspect d’un morceau de placenta; les parois du kyste pharyngien étaient plus minces. Reklinghausen a étudié la pièce et s’est assuré que les kystes sont constitués par du tissu thyroïdien. La malade était guérie le 6 janvier 1879.
— M. Poinsot (de Bordeaux) adresse une note sur la méthode antiseptique; il est partisan du pansement de Lister, qui permet de tenter avec grandes chances de succès la réunion par première intention.
— M. Prouff, de Plouescat (Finistère), envoie une note sur les variations de la température chez le nouveau-né. Pen-
18 Avril 187Ô
dant les deux ou trois premières heures de la vie, la température descend d’un degré par quart d’heure environ, depuis 37 degrés jusqu’à 34 degrés, et même 33 degrés; au bout de quelques heures, la température remonte graduellement. M. Prouff croit que cette donnée pourrait être utilisée pour le diagnostic de la mort réelle.
M. Prouff étudie dans un autre travail l’emploi de la bande d’Esmark pour remédier aux grandes hémorrhagies après l’accouchement. La bande élastique, appliquée sur un ou plusieurs membres, remplirait le rôle de la transfusion. Les quatre membres peuvent fournir aux viscères 400 à 500 grammes de sang. M. Prouff donne un exemple confirmatif de ces données.
M. Berger fait observer que ce moyen a été mis en usage en Allemagne sous le nom a auto-transfusion.
— M. Perrin, en faisant sa communication, se proposait d’établir comparativement la valeur des deux pansements : le Lister et le pansement à l’alcool. Il avait laissé de côté, avec intention, le pansement de M. Alphonse Guérin.
Ce qui parait le plus problématique dans la méthode de Lister, c’est l’action de la pulvérisation destinée à produire autour du blessé une atmosphère aseptique. Et comme M. Lister a été conduit à faire ces pulvérisations en vertu d’expériences qui lui ont paru concluantes, M. Perrin a voulu savoir si ces pulvérisations étaient réellement efficaces, et il a fait des expériences à son tour. M. Verneuil n’attache pas grande importance à ces pulvérisations; d’autres chirurgiens y ont également renoncé. Si vous ne voulez pas être des empiriques, il est indispensable de savoir ce que vous faites avec votre pulvérisateur. Eh bien ! vos pulvérisations n’empêchent pas les fermentations et le développement des vibrions. Enfin, après quelques années, on en est encore à chercher un bon pulvérisateur.
Après avoir suivi la discussion, M. Perrin ne voit pas que le progrès réalisé soit aussi considérable qu’on l’a dit. En effet, sur 27 grandes amputations, M. Verneuil n’a fait que quatre fois le pansement de Lister; puis il l’a abandonné, et, chose extraordinaire, il n’y est pas revenu. M. Lucas-Championnière n’a pas encore publié sa statistique. M. Le Dentu a une statistique qui n’est guère encourageante : 19 opérations, 5 morts; il est vrai qu’il n’a point toujours pratiqué les pulvérisations. M. Guyon a été très-heureux; il n’a pas perdu un opéré. Tout cela réuni ne donne point un total brillant. On fait aussi bien avec les pansements à l’alcool. On ne peut pas dire qu’en dehors du pansement ouaté l’avenir des opérés est entre les mains des Listériens. La formule compliquée de Lister n’est point meilleure qu’une autre'; M. Perrin est prêt à reconnaître que le. Lister transformé en un simple pansement phéniqué est un excellent pansement, réunissant les deux qualités : antisepsie et simplicité d’exécution.
Le mode de réunion de la plaie n’est point dû à M. Lister. Ce chirurgien a apporté son cachet d’originalité dans le mode d’application du drain. Il met le drain perpendiculairement au membre et le coupe au ras de la plaie. M. Le Fort le met latéralement, non' contre l’os, pour ne pas empêcher la réunion primitive de l’os avec les parties profondes.
L’alcool à 45 degrés ne cause pas de douleur; l’alcool pur est douloureux. L’acide phéniqué en solution au vingtième ou au quarantième est très-douloureux. M. Perrin n’emploie l’alcool pur qu’après l’opération, alors que le malade est encore endormi. M. Guyon admet que ces deux agents se valent pendant les premiers jours ; mais il fait des réserves pour les plaies profondes et anfractueuses. C’est à cause de cela que M. Perrin a substitué les irrigations aux pansements alcoolisés, afin d’atteindre les parties profondes (toujours avec de l’alcool à 45 degrés). M. Guyon dit que les plaies sont macérées par l’alcool : c’est parce qu’il a employé de l’alcool à 90 degrés. Avec l’alcool à 45 degrés, le bourgeonnement est régulier et la plaie marche bien. Même à 25 degrés, l’alcool conserve
ses propriétés antiseptiques. En employant l’alcool à 45 degrés et la réunion immédiate, comme la fait M. Lister, M. Guyon obtiendra des réunions par première intention.