L. Leroy
Société de biologie.
Recherches historiques sur les sensations : M. Pouchet. — Thrombose des vaisseaux rétiniens : M. Galezowsky. — Suppression de l'absorption intestinale pendant l'action des purgatifs : M. Armand Moreau. — Développement de l’oreille moyenne du cobaye : M. Gellé. — Anesthésie par le protoxyde d'azote sous pression : M. Bert.
M. Pouchet a recherché quelles étaient les idées des anciens sur les sensations déterminées par le contact des poissons électriques, tels que la torpille et le silure du Nil. Ges sensations, comme Adanson l’a nettement indiqué le premier, sont aujourd’hui assimilées à des commotions électriques. Mais les anciens les avaient comparées à des sensations toutes différentes. Excepté Averroès, qui avait avancé, d’ailleurs sans preuves, que leur cause est analogue à celle qui produit l’aimantation des barreaux de fer, tous les auteurs qui ont étudié ces poissons, qu’ils soient poètes ou médecins, Grecs ou Arabes, ne voient dans les effets produits sur l’organisme par l’attouchement de ces animaux qu’une sorte de refroidissement (Appien, Claudien), et Galien même range très-explicitement le silure parmi les agents réfrigérants. Cette interprétation si différente d’une sensation toujours identique à elle-même constitue un point intéressant de l’histoire de la sensibilité.
— M. Galezowsky a constaté la thrombose des vaisseaux rétiniens. Dans un premier cas, il s’agissait d’une oblitération de la veine à la suite de l’implantation d’un fragment d’acier dans la choroïde; dans le second, l’artère centrale s’était thrombosée à la suite d’une brûlure des paupières et du front par un jet de vapeur. Les lésions et les symptômes concomitants étaient identiques à ceux que l’on rencontre dans les cas d’embolie rétinienne. Mais la cause absolument locale, l’intégrité du cœur, doivent écarter l’idée de cette dernière lésion. Peut-être même, en dehors de circonstances étiologiques analogues, est-ce un tort de rapporter absolument à l’embolie certains cas d’oblitération de l’artère, alors que rien ne peut expliquer la formation et la migration d’un caillot. Des endartérites goutteuses, rhumatismales ou syphilitiques déterminant la thrombose rendraient mieux compte des phénomènes observés.
— M. A. Moreau a répété un grand nombre de fois et toujours avec un résultat identique l’expérience suivante : dans une portion d’intestin limitée par deux ligatures, il injecte chez un chien une solution de sulfate de soude et une heure après du cyanure de potassium. Dans ces conditions, ce dernier sel, qui est habituellement absorbé avec une extrême facilité, ne l’est pas même partiellement. Bien qu’il n’ait pas été recherché dans le sang et qu’un dosage précis n’ait pas permis de constater qu’il existait encore en quantité intégrale dans l’anse d’intestin où il avait été injecté, cette absence d’absorption peut être affirmée ; car l’urine, où les plus faibles doses de cyanure de potassium sont si simples à déceler, n’en contient pas trace. A un moment donné de l’action des purgatifs, l’absorption cesse donc de se produire.
M. Mathias D'uval émet l’avis que cette expérience a une portée considérable au point de vue de la physiologie générale. L’absorption, en effet, a été assimilée à l’osmose; mais l’osmose se compose toujours d’un double courant, l’un endosmotique, l’autre exosmotique. Dans le fait signalé par M. Moreau, un de ces courants fait absolument défaut. L’absorption
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n’est donc pas un phénomène d’osmose; c’est une fonction en rapport avec la vitalité anatomique des éléments cellulaires.
— M. Gellé a étudié l’oreille moyenne de fœtus de cobaye sur des coupes faites par M. Mathias Duval. Le magma gélatiniforme que l’on y rencontre n’est, comme on l’a avancé, ni un produit pathologique, ni un produit de sécrétion normale. C’est un tissu contigu à la membrane tympanique, mais revêtu d’un épithélium pavimenteux qui laisse entre elle et lui une cavité virtuelle. Ce magma, au milieu duquel on distingue des vaisseaux et des nerfs, se rétracte peu à peu, laissant ainsi par sa disparition un espace qui n’est autre que celui de la caisse.
— M. Regnard expose, au nom de M. Berl, les résultats de la troisième opération faite avec l’anesthésie parle protoxyde d’azote sous pression. Il s’agissait d’une résection du nerf maxillaire supérieur; elle a été pratiquée par M. Péan en vingt minutes, sans que le malade ait souffert ou ait eu le moindre accident. Il s’est pourtant réveillé un instant au cours de l’opération ; mais la cause de cet incident est des plus simples. En raison des points où portaient les incisions, on n’avait pu appliquer le masque dont on se sert habituellement four les inhalations. L’outillage était imparfait, un simple tube portait dans la bouche le mélange gazeux, et un aide devait fermer les narines pour empêctier le malade d’aspirer de l’air pur. Le court réveil signalés’est produit alors que l’aide distrait venait de laisser les narines ouvertes. Dès qu’elles ont été de nouveau oblitérées, l’anesthésie a été de nouveau parfaite. Il n’y a donc là qu’un défàut d’appareil auquel le temps seul a empêché de remédier, mais qu’il est facile de corriger. A une question de M. Budin, M. Regnard répond que la pupille lui a paru conserver des dimensions moyennes; il ne l’a pas assez observée pour affirmer qu’elle était contractée, mais il n’a vu à aucun moment de dilatation, comme on en voit dans l’asphyxie.
, X. Arnozan.
REVUE DES JOURNAUX
Nouveaux faits prouvant l’existence d’une albuminurie
physiologique ( Nuovi fatti in prova délia esistenza di una albuminuria fisiologica), par M. le docteur Giorgio Marcacci.
La. présence de l’albuminurie dans l’urine est considérée
Iiar la plupart des médecins comme l’indice d’un état pathoogique, et cependant Bernard, Vogel, Hofmann ont démontré que l’albuminurie peut se rencontrer chez des hommes dont la santé est parfaite et dans certaines conditions d’alimentation. L’usage exagéré de blancs d’œufs n’est qu’une des conditions de cette sorte d’albuminurie physiologique. Il est assez difficile de démontrer que la présence de l’albumine n’est liée ni à un état morbide, ni à un régime spécial ; en outre, il existe un certain nombre de causes d’erreur : dans les recherches, il ne s’agit, en effet, que de traces d’albumine; or, le sang, le pus, le mucus provenant de l’urèthre, de la vessie, du vagin, de la prostate ou des vésicules séminales, le sperme ou ie liquide prostatique peuvent eux-mêmes constituer une cause d’erreur lorsqu’ils se mélangent à de l’urine. Cependant, suivant M. G. Marcacci, une série d’observations faites sur lui-même lui à prouvé que l’on peut retrouver l’albumine dans une urine physiologique. L’albumine, dit-il, manque constamment dans l’urine de la nuit; au contraire, elle est très-rarement absente dans l’urine du jour; il est possible de faire apparaître l’albumine dans l’urine du jour en exécutant des mouvements de rotation du bras pendant dix à quinze minutes, de façon que le pouls s’élève de 75 à 115 pulsations par minute.
Ces résultats sont, en quelque sorte, confirmatifs des recherches faites par Leube à Erlangen, en 1877; et celles-ci sont assez peu connues pour qu’il y ait intérêt à les résumer. Leube a entrepris ses études sur des soldats de la garnison d’Erlangen, et s’est entouré des précautions nécessaires pour ne pas faire d’observations sur des soldats atteints de blennorrhagie. La méthode de recherches fut la suivante : l’urine fraîche était filtrée, et une certaine quantité était portée à l’ébullition, l’autre traitée par l’acide nitrique; toutes deux étaient comparées à l’urine intacte, sur une plaque noire. Dans l’urine troublée on ajoutait un peu d’acide acétique pour précipiter le dépôt. Ce précipité était lavé et traité par le réactif de Millon, et un autre essai était fait avec la solution ce potasse et ensuite le sulfate de cuivre à chaud; lorsque l’on obtenait la couleur rouge pourpre ou violette avec le réactif de Millon, ou bien la couleur violette avec la potasse, l’urine élait considérée comme albumineuse.
Leube a examiné l’urine de la nuit sur 119 soldats; le nombre d’observations est de 154, qui se divisent ainsi qu’il suit : sur 90 soldats on examina une fois, sur 23 on fit deux recherches en deux jours différents, et 6 furent examinés trois fois à trois jours d’intervalle; bref, sur 154 urines de la nuit, on en trouva seulement une petite quantité dans 5 cas et dans 1 cas une proportion notable.
Les recherches pratiquées sur Burine sécrétée pendant la journée, après l’exercice militaire, et dans les mois de juin, juillet, août, ont donné des résultats très-différents. En effet, chez les 5 soldats qui avaient présenté de l’albumine dans l’urine de la nuit, on en retrouva en quantité plus grande, et de plus on retrouva de l’albumine chez 18 soldats qui n’en avaient pas présenté dans la nuit.
En rapportant à 100 la fréquence de l’albumine dans ces observations, on trouve que l’urine du matin élait albumineuse chez 5 soldais sur 119, soit chez 4,2 pour 100; celle du milieu de la journée était albumineuse chez 19 soldais sur tf9, soit chez 16 pour 100; l’urine du jour était seule albumineuse chez 14 soldats sur 119, soit 11,8 pour 100; enfin l’urine du matin et celle du milieu du jour étaient également albumineuses chez 5 soldats sur 119, c’est-à-dire chez 4,2 pour 100.
Ajoutons que la quantité de l’albumine dans les urines les plus chargées de cette substance était de 37 à 38 milligrammes pour 100. Tels sont les faits qui semblent, prouver la possibilité de l’albuminurie dans l’état physiologique. Œillura alla Societain.f. Fiorentina, 12 maggio 1878, in Ylmparziale.)
De l’absorption de quelques médicaments par le placenta et de leur élimination par 1 urine des enfants
nouveau nés, par M. le docteur Porak.
L’étude des échanges inter-utéro-placentaires, si obscure encore et cependant si importante sous le rapport de la athogénie fœtale et de la thérapeutique, a fourni à M. Porak î sujet d’un mémoire intéressant et dont nous croyons utile de résumer les faits les plus saillants, surtout ceux qui ont directement trait à la pathologie de la femme pendant la grossesse.
1 0 Absorption des médicaments par le placenta. — L’iodure de potassium, le chloroforme, l’acide salicylique, lesalicylate de soude, le prussiate jaune de potasse, le chlorate de potasse, le bromure de potassium, le sulfate de quinine, la santonine, l’essence de térébenthine, le sel de nitre, passent tous par le placenta. Il a été impossible de retrouver les substances ci-dessous, sans cependant ajouter trop d’importance à ce résultat négatif: asperges, rhubarbe, mercure, iodure de fer, acide chrysophanique ; l’auteur croit devoir incriminer et la dose trop faible et le peu de précision de la recherche. Il conclut : « Tout médicament prescrit à une dose assez forte à une parturiente a été retrouvé dans l’urine du nouveau-né.
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Rien ne démontre donc que le placenta soit un filtre imperméable à certaines substances.
» La quantité de substance qu’on doit administrer à la mère pour qu’il y ait passage à travers le placenta est variable. En conséquence la loi d’absorption par le placenta n’est pas la même pour tous les médicaments. La durée du passage des agents thérapeutiques à travers le placenta est variable. La loi d’absorption placentaire quant à la quantité de médicament absorbée, quant à la rapidité de l'absorption, est cependant toujours la même pour un même médicament. »
Mais quelle proportion de la substance administrée à la mère passe par le placenta? Pour M. Porak elle est extrêmement variable, mais, on peut le dire, en général trèsfaible. M. Porak n’a pas pu établir d’une manière exacte comment se fait l’absorption par le placenta.
2° Elimination des médicaments par l’urine du nouveau-né. — La réaction obtenue dans l’urine rendue quelque temps après la naissance est toujours plus intense que dans celle rendue tout d’abord. Il parait résulter de là, dit M. Porak, que pendant la vie intra-utérine le placenta sert d’organe d’élimination.
• Dans la grande majorité des cas l’élimination se fait plus lentement par l’urine du nouveau-né que par l’urine de la mère; cet état est d’autant plus prononcé que l’enfant est plus rapproché de sa naissance, et ce fait paraît être en rapport avec les modifications rapides que subit le rein dans les premiers instants de la vie extra-utérine.
3° Conséquences thérapeutiques. — Comme la première conclusion, les médicaments administrés à la mère au moment du travail sont plus dangereux pour le produit qu’aux autres époques de la grossesse.
Les recherches deM. Porak, quoique bien dirigées, quoique prouvant bien que le placenta absorbe, et que par conséquent il peut y avoir une thérapeutique fœtale, ne nous éclairent pas encore sur les moyens à employer pour constater l’action des médicaments administrés à la mère dans le but d’agir sur les fonctions du fœtus. M. Porak a ausculté le cœur du fœtus après l’absorption de l’acide salicylique et du sulfate de quinine, et il n’a pu constater aucune modification. ( Archives de tocologie, décembre 1878, p. 705, et in Journal de thérapeutique, novembre.)
De l'emploi de l’huile de Gahian (pclrole brut) comme usage interne dans les afleelions des voies respiratoires, par M. le docteur René Blaciie.
M. René Blache conseille l’emploi du pétrole brut à l’intérieur dans différentes affections de poitrine; il a été conduit à cette opinion par divers cas dont nous allons donner le résumé :
Un raffmeur de pétrole distribuait gratuitement ce corps à l’état brut aux malades du voisinage atteints d’affections des voies respiratoires et ceux-ci étaient soulagés. Eu même temps on constatait que des jeunes gens arrivés à une période avancée de la tuberculose pulmonaire .éprouvaient une amélioration notable au bout de très-peu de jours de séjour dans l’usine, même en faisant un travail pénible.
Le pétrole brut est facilement toléré par l’esjomac; pendant les premiers jours il y a quelques nausées, parfois des vomissements ; mais ces accidents disparaissent toujours facilement au bout de peu de jours. Cependant nous pensons avec M. Blache qu’il vaut mieux masquer l’odeur qui est fort désagréable. Il a institué des expériences, surtout dans les affections à forme catarrhale avec sécrétion abondante, dans le service de M. Millard; nous donnons le sommaire des effets déjà constatés :
Dans la bronchite chronique, diminution de la toux et de l’expectoration. Amélioration de la dyspnée habituelle dans l’asthme, cependant M. Blache n’a pas encore eu l’occasion
de donner le pétrole au moment d’un accès. Dans la bronchite aiguë l’huile de Gabian a toujours amené une guérison beaucoup plus rapide de la maladie. Il lui a sembjé avoir de bons résultats dans la tuberculose pulmonaire, où il y avait diminution de la sécrétion; mais sous ce rapport l’enquête lui paraît beaucoup trop incomplète pour pouvoir signaler les résultats.
La dose ordinaire d’huile de Gabian à prescrire à un adulte est de deux ou trois cuillerées à café chaque jour, peu de temps avant les repas. (Bull, génér. de thérapeutique, 18e année, 11e livraison, 15 décembre 1878, p. 489.)
Méningite aiguë traitée par l’iodurc de potassium à hante dose, guérison; par M. le docteur RoDET.
Le fait suivant de méningite guérie nous a paru digne de fixer l’attention.
Il s’agit d’une jeune fille de dix-neuf ans qui contracta une méningite très-aiguë (fièvre, vomissements, délire, insomnie, cris, pupilles dilatées). Traitement par les antispasmodiques et les calmants. Au bout de deux jours l’étal s’est aggravé: perte de connaissance, la constipation est opiniâtre, monoplégie du membre supérieur droit. La mort semblait imminente; on continua l’usage des antispasmodiques et ou prescrivit: 1° un cautère volant à la nuque; 2° 8 grammes d’iodure de potassium à faire prendre en vingt-quatre heures. Le lendemain il y eut une amélioration légère, surtout dans les phénomènes intellectuels ; même état de la paralysie ; un lavement purgatif a amené une évacuation abondante. L’amélioration lit des progrès sensibles, la paralysie commença à diminuer le troisième jour de l’emploi de l’iodure de potassium; te huitième elle avait complètement disparu et la malade était en convalescence. Le traitement fut continué, l’iodiire porté le deuxième jour à 4 grammes, le troisième à 5 grammes, et continué à cette dose jusqu’au huitième, puis progressivement diminué.
Nous avons voulu mentionner ce fait parce que tout ce qui se rapporte au traitement d’une affection aussi terrible que la méningite mérite d’attirer l’attention du médecin. M. Rodet fait suivre son observation d’un certain nombre de cas guéris par l’iodure de potassium et cite l’opinion de Fonssagrives qui vient corroborer la sienne. Mais il nous paraît qu’avant de compter sans restriction sur l’efficacité de l’iodure de potassium, il est bon de faire quelques remarques : 1° Dans le cas deM. Rodet s’agissail-il d’une méningite tuberculeuse? La soudaineté des accidents, leur acuité même permet jusqu’à un certain point de croire qu’on a peut-être eu affaire à une méningite franche d’un pronostic plus favorable; 2° Dans cette observation, en même temps qu’on a employé l’iodure de potassium, on a appliqué un cautère à la nuque et dans toutes les observations, qu’il analyse ou mentionne d’après Fonssagrives, Bourrousse de Laforre, Coldstream, Le Roy de Méricourt, Rob Turner, nous voyons toujours le traitement révulsif mis en usage simultanément avec l’administration de l’iodure de potassium. Dès lors, quelle est la part qui revient à l’iodure de potassium, quelle est celle qu’il faut attribuer aux révulsifs? Cependant le nombre considérable de cas de guérison mentionnés par M. Rodet mérite une attention sérieuse, et dans une affection aussi souvent désespérée, dès le début nous n’hésiterions pas à conseiller de l’essayer au moins pour juger la question. Ajoutons que l’iodure de potassium doit être employé à haute dose. (Lyon médical, 10° année, 1878, n° 52, p. 611.)
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BIBLIOGRAPHIE
Fragments de philosophie medicale, leçons (!’ introduction aux études cliniques; discours et notices, par M. le docteur Ch. Schutzexberger, professeur de clinique à l’ancienne Faculté de médecine de Strasbourg. 1 vol. in-8.
— Paris, G. Masson. Prix : 10 francs.
Fragments d’études pathologiques et cliniques , 1 vol.
in-8 avec planches chromolithographiées, par le même.
— Paris, G. Masson. Prix : 15 francs.
(Fin. — Voyez le numéro 15.)
Le second volume publié par M. Schützenberger reproduit quelques fragments d’études pathologiques et cliniques sur divers sujets spéciaux, neufs, intéressants ou à l’ordre du jour à l’époque de leur publication. « Lascience, dit l’auteur, a marché depuis. Plus d’un point de vue théorique acceptable alors ne le serait plus aujourd’hui. Si néanmoins j'ai cru devoir réunir et réimprimer ces produits de- mon passé, c’est qu’il m’a semblé que des faits consciencieusement observés avaient une valeur propre qu’ils conservent en dehors de toute interprétation théorique. » Une publication de ce genre a un autre intérêt. Elle permet de juger les mérites d’un enseignement clinique; elle établit les droits de priorité d’un professeur dont les titres à l’estime du monde savant n’ont été, sinon connus, du moins appréciés avec justice que par ses anciens élèves. M. Schützenberger a, en effet, le droit de le proclamer avec un légitime orgueil. C’est à sa clinique et sous sa direction qu’ont été entreprises les premières recherches sérieuses sur la thermométrie clinique, sur la spirométrie, sur la syphilis cérébrale, sur les rapports qui peuvent exister entre les maladies du cœur et les processus emboliques. C’est lui qui, le premier en France, conseilla et fit pratiquer sous ses yeux une opération d’ovariotomie et eneouragea son élève Kœberté à entreprendre les recherches qui devaient lui donner bientôt de si brillants succès; c’est à lui que l’on doit d’intéressantes études sur l’urémie, sur la périostite phlegmoneuse, sur le traitement de la syphilis constitutionnelle, etc., etc. Quand un professeur a inspiré ou écrit lui-même de semblables travaux, il fait bien de les réunir, de les éditer de nouveau, et lorsqu’il dédie cette nouvelle édition à ses anciens élèves, il leur donne un témoignage d’affectueuse estime, dont, à leur tour, ils sont en droit de se montrer fiers. Quelques-uns de ces travaux sont reproduits dans ce second volume. Ceux que M. Schützenberger n’a pu faire imprimer remplissent les colonnes de la Gazette medicale de Strasbourg, où ses comptes rendus cliniques sont et seront toujours utiles à consulter.
Il eût été certainement intéressant, à propos de chacun des chapitres de cet ouvrage, d’établir, dans un appendice, quels ont été, depuis l’époque où ils ont été publiés, les progrès accomplis, de faire voir comment des faits bien observés résistent à l’épreuve du temps et méritent toujours l’attention. Une œuvre de ce genre eût été longue et difficile. Aujourd’hui, d’ailleurs, ce que l’on recherche surtout, ce que demandent les élèves, ce qui intéresse les maîtres, ce sont ou bien des résumés tout à la fois complets, courts et précis, bien au courant des recherches modernes, ou bien des faits nouveaux, plus souvent encore histologiques que cliniques. On ne croit plus avoir assez de temps pour étudier, en se plaçant au point de vue historique, comment s’est peu à peu fondée une doctrine, et ce qu’il a fallu d’observations sérieuses pour arriver à une conclusion à peu près définitive. Et cependant nous sommes persuadé que ce livre, tel qu’il est, bien qu’il ne reproduise que des travaux déjà anciens, ne saurait être lu sans un grand profit.
Il débute par une étude historique, critique et clinique sur l’hystérie. M. Schützenberger a été l’un des premiers à prouver que les accès convulsifs pouvaient être provoqués par
l’excitation ovarique déterminée par une compression profonde exercée au niveau des régions iliaques. Il a démontré que ces excitations locales, qui deviennent la cause organique des accidents hystériformes, peuvent partir de divers foyers, et que la compression exercée au niveau des apophyses épineuses dorsales ou même au point d’émergence de certains nerfs hyperesthésiés est parfois aussi efficace pour provoquer les crises hystériques que la compression pratiquée dans la région ovarique. Il n’est point jusqu’aux accidents hystériques observés chez l’homme qui ne se trouvent mentionnés dans cet article écrit en 1846.
Quelques années plus tard (1850) paraissait une étude sur la syphilis cérébrale. A cette époque, c’est-à-dire plusieurs années avant l’ouvrage classique de MM. Gros et Lancereaux, M. Schützenberger affirmait l’existence des localisations syphilitiques du côté du système nerveux. Non-seulement il la démontrait cliniquement, mais encore il en prouvait la curabilité. Nous recommandons à tous ceux qui nient l’efficacité du traitement de la syphilis par la méthode des frictions mercurielles une lecture attentive des deux mémoires que M. Schützenberger a consacrés à cette étude. « Toutes les fois, dit-il, que j’ai pu faire accepter, -dès le début de la syphilis constitutionnelle, la médication proposée, je n’ai eu qu’à m’en féliciter. La guérison, en général, était rapide, et les récidives se comptent facilement, car elles représentent l’exception. J’ai suivi un grand nombre de mes anciens malades pendant dix, vingt, et trente ans; beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui presque des vieillards, des pères et des grands-pères; leur santé et celle de leurs enfants est restée excellente. Je m’inscris donc absolument en faux contre l’assertion désolante de l’incurabilité de la syphilis constitutionnelle. » Nous avons pu suivre, pendant notre internat à l’hôpital de Strasbourg, quelques-uns des malades, qui furent traités rationnellement et méthodiquement par les procédés que préconise notre savant maître. Depuis celle époque nous avons eu deux fois déjà l’occasion de voir un succès définitif couronner des efforts tentés dâns le même sens. Nous sommes persuadé que tous ceux qui suivront rigoureusement les préceptes indiqués par M. Schützenberger arriveront aux mêmes résultats. Il n’est pas inutile de l’affirmer, alors que l’on voit encore un si grand nombre de médecins nier l’efficacité du traitement méthodique de la syphilis, et plus de malades encore hésiter à s’y soumettre.
M. Schützenberger a cité à la fin de ce volume une liste de thèses qui lui ont été dédiées, et dont les sujets ont été empruntés à la clinique médicale de la Faculté de médecine de Strasbourg. Nous pensons ne pas nous tromper en considérant cette liste comme très-incomplète. Il ne nous est point aisé de la vérifier; mais nous conservons le souvenir de thèses consacrées à l’étude du traitement de la fièvre typhoïde par les bains froids, et nous savons d’ailleurs que cette médication, employée par notre maître en 1868 et 1869, alors que, répétiteur à l’Ecole militaire de Strasbourg, nous pouvions de temps à autre assister à ses cliniques, a été pour lui l’occasion de leçons des plus intéressantes. On trouvera dans le livre que nous analysons un compte rendu clinique écrit en 1855, qui contient à bien des égards un grand nombre de documents importants. Au point de vue du traitement de la fièvre typhoïde, M. Schützenberger résume dans les termes suivants l’opinion qu’il s’est faite après de nombreuses tentatives : « La médication réfrigérante directe est à la fois la plus sûre et la plus efficace des méthodes employées contre la fièvre dans le traitement de la maladie typhoïde do.thiénentérique. Les lotions fraîches répétées peuvent suffire quand la température ne dépasse pas 38°, 5. Quand la température arrive à 39 degrés, les enveloppements froids ou les bains sont indiqués. Les bains sont préférables aux enveloppements quand on peut les employer avec suite et facilité. Les bains froids ne sont pas indispensables; ils ne sont même pas sans inconvénients ; ils effrayent et sont mal accueillis par la plu-
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part des malades. Je les ai vus produire des inflammations graves des organes respiratoires. Un cas de mort consécutive à une pleurite contractée à la suite de l’emploi d’un bain froid chez un typhoïde m’a fait expérimenter de préférence les bains tièdes. Les bains tièdes de 27 à 30 degrés, avec une température de 10 degrés au-dessous de celle du corps malade, sont parfaitement suffisants pour produire un abaissement régulier de la température fébrile et pour la maintenir aux environs de39 degrés. » M. Schülzenberger résume ensuite les préceptes qu’il a donnés pour le traitement des typhoïdiques, et il affirme que ces préceptes ont produit un abaissement remarquable du chiffre de la mortalité des malades atteints de fièvre typhoïde, et qu’ils ont presque complètement arrêté, dans ses salles, les manifestations cérébrospinales graves de la maladie. Nous n’avons pas hésité à reproduire presque textuellement ce résumé d’une longue expérience. On pourra le discuter, opposer à ces observations si consciencieuses cependant des observations qui pourraient conduire à d’autres conclusions. On ne pourra s’empêcher de reconnaître qu’à la clinique de Strasbourg les méthodes thérapeutiques que l’on prône souvent comme nouvelles et peu connues avaient été sérieusement étudiées.
Les planches chromolithograpliiées qui ornent ces ouvrages, et qui sont dues à MM. Villemin et Kœberlé, autrefois élèves deM. Schülzenberger, aujourd’hui maîtres éminents et incontestés, attestent le soin avec lequel les observations intéressantes étaient recueillies à la Faculté de Strasbourg. Elles éclairent les résultats de diverses autopsies qui suffiraient à établir ^intérêt des cliniques où elles ont été faites, si tant d’autrés mémoires importants n’en avaient pas affirmé la valeur. Ces planches représentent des infarctus viscéraux consécutifs à des embolies artérielles et plusieurs lésions cardiaques ou vasculaires. Est-il encore nécessaire de rappeler à ce sujet que le mémoire de M. Schützenberger sur «l'oblitération subite des artères par des corps solides ou des concrétions fibrineuses détachés du cœur ou des gros vaisseaux à sang rouge » est le premier travail complet qui ait fait connaître en France la pathogénie du processus embolique? Ce mémoire avait été, dès l’année 1857, présenté à l’Académie de médecine. Mais dix années auparavant (Gazette médicale de Paris , 1847), dans une observation de gangrène dite spontanée, le clinicien de Strasbourg avait fait remarquer les rapports qui peuvent exister entre l’arrêt de la circulation dans les artères des membres et les lésions de l’orifice mitral.
Nous pensons en avoir dit assez pour motiver la conclusion que déduiront de la lecture des deux ouvrages tous ceux qui s’intéressent aux études cliniques. Notre cher et savant maître a hésité quelque temps avant de reproduire, tels qu’ils avaient été publiés jadis, les mémoires et les leçons cliniques écrits pour ses élèves. C’est après avoir pris l’avis de plusieurs d’entre eux qu’il s’est décide à imprimer ces deux volumes. Nous espérons qu’il ne le regrettera point. Nous lui gardons, depuis bien des années, le souvenir le plus reconnaissant et le plus respectueux; tous ses anciens internes partagent ce sentiment, et nous sommes convaincu que tous ceux quiliront sérieusement ces deux volumes ne nous accuseront point de partialité envers un maître que plusieurs générations d emédècins ont appris à vénérer comme l’un des premiers cliniciens, comme l’un des professeurs les plus consciencieux de notre siècle. Un mot encore. Ces deux volumes seront vendus au profit de l’Association de prévoyance des médecins du Bas Rhin. En publiant un ouvrage aussi savant qu’il est et restera toujours utile, M. Schützenberger a voulu faire une bonne œuvre; les anciens élèves de l’Ecole de Strasbourg et tous ceux qui savent honorer le talent, le patriotisme et la charité professionnelle, lui prouveront que sa généreuse pensée a été bien comprise.
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