‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 87 sur 249 · MOLIÈRE. — JV-J. ROUSSEAU. “ LES MÉDECINS · texte numérisé non relu

MOLIÈRE. — JV-J. ROUSSEAU. “ LES MÉDECINS

Bien que notre grand comique soit resté, non-seulement par son génie, mais encore par Te succès assuré aux satiriiies qui s’adressent de là scène aux foules, le plus populaire è nos détracteurs, il n’en est pas le plus sérieux ; ses critiques n’atteignent le plus souvent que des ridicules disparus avec la génération de médecins en qui ils se personnifient.

C’est, en 1665, huit ans seulement avant sa mort, que Molière ouvre une campagne en règle contre eux, dans Y Amour médecin; dans les ébauches qui précédèrent, il leur attribuait simplement le rôle qu’on leur faisait jouer dans les far- 2» série, T. XVI.

ces populaires du temps, à l’imitation de ce Guillot-Gorju qui avait pour spécialité de représenter les grotesques de notre profession. Un biographe contemporain raconte que l’idée de battre en brèche la docte Faculté vint à notre auteur d’une querelle survenue entre la Molière, comme on disait alors, et la femme d’un médecin chez lequel il logeait. Invité à vider les lieux, Molière aurait, pour se venger, composé ait irato, en cinq jours, la susdite comédie; point de départ un peu mesquin pour d’aussi inimitables créations. Quoi qu’il en soit, une fois engagé dans celte voie, l’auteur du Malade imaginaire allait bientôt voir s’élargir devant lui le nouvel horizon ouvert à son génie. Quelle mine féconde d’observations, quelles figures curieuses à observer que celles de ces pédants parlant un jargon suranné, se querellant avec rage entre eux, et ne détonnant pas moins par leurs dehors, par leurs longues robes à rabats et leurs prodigieuses perruques, que par leur haine du progrès en opposition avec l’esprit nouveau et l’ardeur des découvertes éveillés naguère au

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purge les animaux; or les expériences deM. Rabuteau, celles de MM. Jolyet etCahours, de M. Moreau, de M. Vulpian, prouvent que le sulfate de soude en particulier n’amène pas la purgation lorsqu’on pratique les injections avec les précautions nécessaires; bien plus, M. Rabuteau a renversé l’argument et l’a invoqué en faveur de la théorie de l’osmose, en s’appuyant sur des expériences qui prouvent que le sulfate de soude injecté dans les veines amène la constipation et la diminution de la soif. Hâtons-nous d’ajouter que les conclusions de M. Rabuteau ont été critiquées par M. Vulpian en ce qui concerne leurs déductions, et que pour l’éminent physiologiste elles démontrent seulement que le sulfate de soude injecté dans le sang est simplement innocif.

Il faut évidemment accueillir avec prudence les conclusions que l’on peut déduire des expériences et nous allons en donner une nouvelle preuve ; le professeur Gubler, dont nous avons aujourd’hui à regretter la mort prématurée, a cité, dans ses leçons, des expériences de M. Moreau qui démontreraient que, lorsque l’anse intestinale étant isolée, on applique du laudanum à la surface de la muqueuse, on obtient l’insensibilité et par suite le défaut d’action purgative, tout comme lorsqu’on coupe tous les nerfs qui se rendent à l’intestin. Suivant Gubler, si le phénomène était purement physique, l’action du laudanum ne devrait pas le modifier; malheureusement les partisans de l’osmose objectent ce fait, que Poiseuille avait déjà signalé, à savoir que les solutions de morphine retardent ou modifient les phénomènes d’osmose.

En définitive la théorie de l’osmose dans l’action des sels purgatifs ne paraît pas reposer sur des bases physiques ellesmêmes bien assurées et, en tenant compte des lois de l’osmose, il semblerait qu'on dût arriver à des conclusions tout à fait contraires à celles de Poiseuille; Gubler a fait à' cet égard des objections aussi importantes que concises dans leur forme, et nous n’hésitons pas à les reproduire, parce que nous ne les croyons pas suffisamment connues. Nous emprunterons la citation suivante aux : Leçons de thérapeutique du professeur A. Gubler, recueillies par le docteur F. Le Blanc, p. 403 (V. A. Delahaye et Gio, Paris, 1877.) :

« Nous ferons remarquer que les conditions de densité » nécessaires pour la validité de cette opinion, « l’exosmose » des vaisseaux vers l’intestin », si elles sont quelquefois » réalisées, ne le sont point toujours. 11 n’y a pas moins de » 12 grammes de sel, par litre, dans le sérum sanguin et » cependant des eaux minérales, telles que Chàtel-Guyon » dans le Puy-de-Dôme, Carlsbad en Bohême, qui ne renfer-

» ment que 6 à 7 grammes de sel par litre, purgent néan- » moins, à condition qu’on en prenne une certaine quantité. » Dans ce cas cependant, la physique nous apprend qu’au » lieu de l’exosmose il devrait y avoir endosmose de l’intestin » vers les vaisseaux. En outre, des expériences ont démontré » que les solutions des matières dites colloïdes, c’est-à-dire » qui ne cristallisent point, ne s’exosmosent qu’avec la plus » grande difficulté; ainsi, une solution albumineuse s’exos- » mose huit cent soixante fois moins qu’une simple solution » de chlorure de sodium. Le sérum sanguin n’est-il donc » point albumineux ? »

Cette osmose ou cette absorption du purgatif est un fait réel ; il était démontré par la coloration de l’urine à la suite de l’injection de gomme-gutte et de rhubarbe; il est facile à constater. Gubler a de même démontré qu’à la suite de l’emploi du séné comme purgatif, on retrouve dans l’urine une teinte ictérique due à la présence de l’acide chrysophanique, l’un des principes du séné. M. Vulpian et d’autres observateurs, M. Colin lui-inêmc, ont retrouvé dans les urines la magnésie, soit sous forme de sulfate de magnésie ou de phosphate ammoniaco-magnésien. Cette absorption n’existe cependant pas pour tous les purgatifs, ainsi qu’il résulte d’expériences récentes du docteur Briger, qui confirment d’autre part les expériences de M. Moreau et dont nous donnerons l’analyse à la Revue des journaux dans le prochain numéro; suivantcet auteur, on peut démontrer que l’huile de ricin n’est pas absorbée, par ce fait que, si elle est mélangée avec du cinabre et portée dans l’anse intestinale, l’effet purgatif est produit; mais on retrouve l’huile de ricin, et le cinabre n’apparaît pas dans les lymphatiques ou les ganglions mésentériques, ce qui serait le cas si l’huile de ricin pénétrait par absorption. Il y a, du reste, un autre moyen de démontrer l’absorption au début de l’action du purgatif, c’est celui que M. Moreau lui-même a employé dans des expériences déjà anciennes et qui consiste à mélanger au sel purgatif mis dans l’anse intestinale isolée une solution de cyanure jaune, dont l’absorption peut être constatée très-facilement et très-rapidement, en traitant l’urine par le perchlorure de fer et le sulfate de cuivre.

On ne peut donc nier qu’il ne se passe des phénomènes d’osmose dans l’anse intestinale contenant un purgatif; mais ce qui est absolument discutable, c’est le 'rôle prépondérant donné à l’osmose dans l’action purgative et surtout le sens de l’exosmose. En se plaçant à ce point de vue, il est facile d’apercevoir la portée des nouvelles expériences de M. Mo-

souffle de la Renaissance ! Quel bon type que ce confrère se refusant à admettre que tel malade ait succombé au sixième jour de sa maladie « parce qu’Hippocrale enseigne qu’on n’en meurt que le quatorzième »! Et cet autre, ne s"e mettant pas en peine que son homme soit mort, « ce qui n’est pas de conséquence», pourvu qu’on n’ait manqué à aucune formalité; car « il n’est pas convenable qu’un malade meure que la Faculté n’y consente », et qu’après tout « il vaut mieux mourir selon les règles que d’échapper selon les règles »! (Malade imag.) Quelle bonne plaisanterie que celle de ce médicaslre n’entendantpasque le patient pour lequel on vient le consulter se plaigne de la tète, parce que « dans la maladie dont il est attaqué, ce n’est pas la tête, mais la rate qui, selon Galien, lui doit faire mal »; et qui, s’apercevant, après la quinzième saignée, que la maladie n’est pas dans le sang, « se propose de {lurger pour voir si elle n’est pas dans les humeurs, puis de 1 envoyer aux eaux si rien ne réussit... ce qui est la fin de la médecine ! » ( Pourceaugnac ). Quelle excellente reproduc-

1 tion, sous sa forme bouffonne, du jargon scolastique que cette scène où Pourceaugnac assiste, entre ses deux Escu- I lapes, à la consultation dans laquelle ils délibèrent, sans lui laisser ouvrir la bouche, sur les moyens de guérir de sa pré- | tendue folie le sujet livré à leurs expériences ! Quelle piquante ! satire de ces partisans obstinés de la routine que ce Diafoirus j faisant un titre d’honneur à son fils Thomas « de ce qu’à son ; exemple il s’attache aveuglément aux opinions des anciens, et que jamais il n’a voulu comprendre ni écouter les raisons | et les expériences des prétendues découvertes touchant la i circulation du sang et autres opinions de même farine »! (Malade imag.) Rappelons, en passant, que déjà Boileau avait publié son « arrêt burlesque contre cette inconnue qu’on nomme la raison, avec défense au sang de circuler à l’avenir. » Molière n’offre-t-il là que la caricature des médecins de son temps? Qu’on se reporte à l’état de la pratique et des institutions médicales de cette époque, et l’on | reconnaîtra qu’il n’a pas beaucoup exagéré.

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reau, car elles nous indiquent les conditions importantes de l’osmose : l’anse intestinale absorbe le sel purgatif et le prussiate de potasse au début de l’expérience, elle n’absorbe plus le cyanure jaune quelques moments plus tard. Ce défaut d’absorption aurait-il pour cause des désordres organiques résultant des lésions expérimentales, ainsi que les critiques de M. Colin auraient pu le faire supposer? Non, répond M. Moreau en apportant de nouvelles preuves, parce que cette faculté d’absorption par l’anse intestinale se retrouve précisément sept heures après l’expérience, alors que la muqueuse présente ces altérations liées au procédé d’opération qui, suivant M. Colin, rendraient l’absorption impossible.

M. Moreau a bien raison de considérer les résultats obtenus par lui comme contradictoires de la théorie de l’osmose telle qu’on l’expose habituellement; et -la communication qu’il en a faite méritait toute notre attention; elle complète cette démonstration rapide que nous venons de poursuivre, à savoir que les deux premières théories de l’action purgative, sont insuffisantes.

Reste la théorie de l’hypersécrétion ; nous n’entrerons pas à son sujet dans de grands détails. Les leçons et les travaux de Gubler, de M. Vulpian, de Jolye't et Cahours, de Carville, etc., l’ont mise en lumière; nous savons tous maintenant que l’hypercrinie, l’hypersécrétion produite par les purgatifs est un phénomène de production locale, ainsi que l’a dit M. Vulpian ( Leçons sur l'appareil vaso-moteur, t. [or, p. 516).

« Les purgatifs introduits dans les voies digestives agissent en irritant la membrane muqueuse de ces voies. » Cette irritation détermine une excitation des extrémités périphériques des nerfs intestinaux centripètes, qui est transmise aux ganglions nerveux thoraciques inférieurs et intra-abdominaux, se réfléchit par les nerfs vaso-moteurs et sécréteurs sur les vaisseaux, les glandes, les pàrois intestinales ; d’où des phénomènes de congestion, pouvant varier dans leur intensité suivant les doses, suivant les propriétés spéciales des purgatifs employés, mais constituant « ce qu’il y a d’essentiel dans le mécanisme de l’action des substances purgatives, quelles que soient ces substances ».

Dans l’état actuel de la science, nous croyons que cette théorie est assez large pour comprendre les actions secondaires qui ont servi de base aux théories de l’osmose et des mouvements péristaltiques.

A. Hénocqüe.

Si le peintre immortel de nos travers et de nos vices s'en était tenu là, on ne pourrait que rire de ces médecins ridicules, sous le masque desquels on reconnaissait des praticiens fort connus à la cour et dans l’école; c’est ce que faisaient les mieux avisés, Gui Patin, entre autres, qui s’en émeut si peu qu’à peine en parle-t-il dans ses lettres, ne prenant pas même la peine d’en vérifier par lui-même le bien fondé. Mais Molière va plus loin : dans le Malade imaginaire, son testament littéraire, ce ne sont pas les médecins, c’est le médecin qu’il attaque ; ce n’est pas contre les membres d’une corporation, c’est contre l’art de guérir lui-même qu’il dirige ses batteries : « A regarder les choses en philosophe, il n’est point de plus plaisante momerie, il n’est rien de plus ridicule qu’un homme qui en veut guérir un autre... les ressorts de notre machine sont jusqu’ici des mystères où les hommes ne voyent goutte ; la nature a mis au-devant de nos yeux des voiles trop épais pour y connaître quelque chose. » — Voilà Molière pris en flagrant délit de complicité avec les ennemis

La dernière séance de l’Académie de médecine a été presque tout entière remplie par une communication verbale de M. le professeur Jaccoud, relative aux signes diagnostiques et au traitement de certaines pleurésies adhésives. Croyant savoir que plusieurs membres de l’Académie ont l’intention de prendre la parole à ce sujet, nous remettons notre appréciation à une époque ultérieure.

TRAVAUX ORIGINAUX Syphiliographie.

Double fongus syphilitique des testicules. Guérison par

le traitement interne. Réflexions; par M. le docteur

Marc Sée.

Obs. — M. C..., officier retraité, entra le 15 avril 1878 dans mon service de la Maison municipale de santé, dans l’idée de se faire enlever deux tumeurs des bourses qu’il portait depuis plusieurs mois. C’est un homme d’une taille' assez élevée, d’une bonne constitution, un peu amaigri, d’un teint mat.

Dans son enfance, d’après son dire, il aurait eu le carreau. Pendant la campagne du Mexique, il fut atteint de la fièvre jaune, qui le laissa profondément anémié.

En 1845, chancre induré, traité par le mercure à l’intérieur.

En 1848, blennorrhagie, suivie a’orchite.

En 1850, bubon suppuré, qui fut ouvert au moyen de la pâte de Vienne.

Le malade a pris de l’iodure de potassium à plusieurs reprises.

En 1867, douleurs névralgiques dans diverses régions et taches sur les membres inférieurs.

En 1870, tuméfaction des bourses, qui disparut au bout d’un certain temps.

En janvier 1875, à la suite d’un coup (ou d’un accident de cheval, le malade ne sait au juste), C... s’aperçut que son testicule gauche grossissait de plus en plus. Les bourses prirent en peu de temps le volume des deux poings ; on reconnut l’existence d’une hydrocèle à gauche.

Vers le milieu de la même année, le testicule droit fut pris de la même façon, tl y eut alors une hydrocèle double.

Deux ponctions furent pratiquées à droite et à gauche, le 4 et le 6 novembre 1875. Elles fournirent chacune un verre environ de liquide jaunâtre. Le malade ne peut me dire dans quel état furent trouvés les testicules après cette évacuation.

Trois ou quatre mois après les pondions, les piqûres faites par le trocart se rouvrirent et donnèrent issue à de la sérosité mêlée de pus. Restées listuleuses, elles ne tardèrent pas à livrer passage à des masses charnues volumineuses. Un médecin consulté ne jugea pas à propos d’intervenir activement.

En septembre 1877, un chirurgien appelé en consultation diagnostiqua des tubercules des testicules et prescrivit de l’huile

du progrès. — « Le médecin est un homme qu’on a pris pour conter des fariboles dans la chambre d’un malade, jusqu’à ce que la nature l’ait guéri ou que les remèdes l'aient tué... » ( L'Amour médecin). L’universelle confiance qu’ils inspirent tient à la peur que nous avons de mourir... tout leur art consiste en un pompeux galimatias qui vous donne des mots pour des raisons et des promesses pour des effets. Ce qu’ils savent, c’est parler en beau latin, nommer en grec toutes les maladies, les définir et les diviser, ce qui ne guérit pas grand’ chose. Pour ce qui estdeles guérir, c’est ce qu’ils ne savent pas du tout. »

Argan objecte-t-il la foi que les médecins ont euxmêmes dans leur art? Il y en a, lui répond Béralde, qui profitentde Terreurpopulairesans y être, d’autres qui y sont, et dont il montre le type dans ce bon M.Purgon « médecin, lui, des pieds jusqu’à la tête : croyant à ses règles plus qu’à toutes les démonstrations mathématiques, ne voyant rien d’obscur ni de douteux dans la médecine; qui expédierait toute sa fà-

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de foie de morue et de l’iodure de potassium à l’intérieur, des onctions avec une pommade iodurée sur le scrotum.

En mars 1878, les masses charnues herniées avaient augmenté beaucoup de volume, celles du côté gauche surtout. Comme elles étaient a peu près indolentes, le malade imagina d’étreindre la base de cette dernière avec une ficelle. Mais la constriclion qu’il opéra fut insuffisante pour produire la chute de la tumeur.

Etat du malade à son entrée à la Maison de santé (15 mars). — Aucun signe de tuberculose dans les poumons, non plus que dans le cordon, la prostate, les vésicules séminales. Santé générale satisfaisante.

Deux tumeurs fongueuses émergent de la partie antérieure du scrotum, de chaque côté de la verge; celle de gauche, du volume d’une grosse noix, mesure 4 centimètres en diamètre et 3 centimètres en hauteur; sa surface, régulièrement arrondie, est granuleuse, avec des parties grisâtres, et fournit une petite quantité de pus. La ligature enlevée, on reconnaît que la peau du scrotum, percée d’une large ouverture qui laisse passer la tumeur, se termine autour du pédicule de cette dernière par un bord aminci et décollé. Le fongus, assez ferme au toucher, indolent à la pression, repose par une base un peu rétrécie sur une masse de consistance analogue et d’un volume un peu moindre, contenue dans le scrotum et représentant le testicule etl’épididyme confondus. A droite, la tumeur, à part ses dimensions un peu inférieures, présente exactement les mêmes caractères ; son diamètre est de 23 millimètres, sa hauteur de 2 centimètres; la base sur laquelle elle repose est un peu moins dure qu’à gauche. Les cordons testiculaires sont sains. Aucune tuméfaction dans les aines ni dans les fosses iliaques.

Toute la partie antérieure du scrotum est rouge, tuméfiée, infiltrée de lymphe plastique.

On ne découvre aucune autre lésion syphilitique sur le reste du corps.

Traitement : Cataplasmes de farine de graine de lin sur le scrotum ; frictions sur la face interne des cuisses avec 4 grammes d’onguent napolitain par jour. A l’intérieur, 3 grammes d’iodure de potassium.

Le 23 avril, amélioration notable ; la peau des bourses est moins rouge et tend à reprendre sa souplesse. La suppuration est presque nulle. Le sillon qui marque le pédicule des tumeurs est moins profond, l’induration de la base moins accentuée.

Le 30, les fongus ont manifestement diminué de volume, celui du côté gauche a perdu 1 centimètre en diamètre et un demi-centimètre en hauteur. A droite, la diminution, bien qu’appréciable, est relativement moindre qu’à gauche.

Le 4 mai, l’état général est très-satisfaisant. Le malade, dont le moral s’est relevé, a bon appétit; il se lève et se promène sans la moindre gêne. Les cataplasmes sont remplacés par de la charpie trempée dans une solution de chloral (1 pour 100).

Le 7, le scrotum a repris son aspect normal. Le retrait des fongus s’accentue de plus en plus ; finduration des testicules est bien moindre.

Le 14, les tumeurs sont réduites aux dimensions d’une cerise; l’induration des testicules a disparu; la surface ulcérée est d’un beau rouge, la suppuration presque nulle. Le malade quitte la Maison de santé pour continuer le même traitement chez lui.

Le 1er juin, il s’est présenté de nouveau chez M. Sée : les deux

mille de la meilleure foi du monde, et ne ferait en vous tuant que ce qu’il ferait au besoin à lui-même. » [Ibid.)

Enfin, Sganarelle célèbre les avantages d’une profession « où l’on est toujours payé de même, quoi qu’on fasse, les malades mourant toujours par leur faute, et n’étant plus là pour se plaindre du médecin qui les a tués » [Le Médecin malgré lui).

Si l’on ajoute aux citations que je viens de faire les idées empruntées à Montaigne (voyez précédemment), voilà ce que l’incomparable auteur du Misanthrope a trouvé de plus fort à dire contre notre art. On voit, par ce simple aperçu, combien ses traits satiriques s’émoussent quand il passe du terrain des personnalités à celui des idées générales.

Personne, assurément, ne songerait à rompre des lances en faveur des personnages ridicules dont ce grand homme a raillé l’esprit étroit et rétrograde. Mais envelopper toute une génération de médecins dans ces diatribes serait-il juste? Les honnêtes gens, les vrais savants, les bons médecins même

tumeurs avaient complètement disparu, et il ne restait plus à leur lace que deux ulcérations déprimées, de l’étendue d’uue. pièce de 0 centimes, autour desquelles le scrotum est froncé légèrement.

M. Sée a revu plusieurs fois encore ce malade, et il a pu constater que la guérison s’est complétée régulièrement et ne laisse plus rien à désirer. Aux points qu’avaient occupés les deux fongus, on observe deux cicatrices rétractées et froncées, adhérentes aux testicules. Ceux-ci sont revenus à des dimensions un peu inférieures à celles d’un testicule sain ;l’épididyme est peu distinct à leur partie postérieure, et ne se reconnaît qu’au cordon qui s’en détache. Le tout est peu sensible à la pression.

Plusieurs points, dans celte observation, me paraissent mériter d’être mis en relief.

Je ferai remarquer d’abord que les observations de fongus double des testicules sont extrêmement rares dans la science. Curling {Maladies du testicule, trad. Gosselin, 1857, p.330) s’exprime ainsi : « Bien que l’orchite chronique affecte assez » souvent les deux testicules, on a rarement observé le fon- » gus bénin des deux côtés en même temps. Je n’ai, pour » ma part, rencontré qu'un seul exemple de ce genre. » Il est regrettable que Curling se soit contenté de cette simple mention et qu’il ait négligé de nous donner celte observation, puisqu’elle eût été sans doute la première qu’on ait publiée, et depuis lors je ne sache pas qu’on en ait cité une autre.

Plus souvent les deux testicules ont été affectés de fongus successivement. « Le fongus bénin du testicule, dit Jarjavay » dans son Mémoire sur h fongus du testicule {Arcli. génér. » de médecine, 1849, t. XX, p. 138), paraît avoir toujours été » unique; les deux glandes peuvent cependant devenir suc- » cessivementle siège de cette végétation. Lawrence rapporte » qu’un certain William Malhcus, d’abord atteint de douleurs » très-vives dans le testicule droit, qui présentait d’ailleurs » une dureté considérable, vit, quatre mois après le début de » sa maladie, le scrotum s’entr’ouvrir et donner passage à une » tumeur fongueuse. Celle-ci ayant été graduellement coupée » par le malade lui-même, la cicatrisation se fil sans acci- » dents. Un mois après, le testicule gauche devint le siège » des mêmes phénomènes; un fongus s’y développa, qui fut » détruit par le chirurgien de Londres à l’aide du caustique. »

« La septième observation du même auteur est relative à un homme de cinquante ans, dont les bourses avaient été violemment contuses sur le pommeau d’une selle. Immédiatement après l’accident, les deux testicules se tuméfièrent, un fongus s’éleva d’abord sur le gauche. La guérison de celui-ci fut suivie de l’apparition d’un fongus sur le testicule droit {Ibid., p. 139). »

Chez notre malade, il s’agit évidemment de fongus développés sur des testicules syphilitiques. Trente ans, il est vrai, se sont écoulés entre l’infection primitive (chancre induré) et le développement du sarcocèle. Mais nous constatons que,

faisaient- ils donc alors complètement défaut? Non, sans doute, puisque Molière lui-même compta plus d’un ami jarmi eux, et qu’il reçut, à l’occasion, leurs avis comme ma ade, comme auteur même. Rappelons qu’à cette même époque on fondait au Jardin des plantes une chaire pour la propagation des nouvelles découvertes ; qu’Harvey découvrait la circulation du sang, que le quinquina et d’autres médicaments importants prenaient place dans la matière médicale. N’oublions pas non plus qu’il est des ridicules de tous les temps, et ne nous croyons pas à l’abri de toute critique. Tel traité moderne de pathologie qui consacre plusieurs centaines de pages à l’anatomie pathologique et quelques-unes à peine à la thérapeutique ne rappelle-t-il pas un peu ces médecins de Molière qui s’assemblent pour délibérer « de quelle maladie le malade est mort »? Lorsque à la kyrielle de maux dont se plaint Argan, il ne reçoit qu’une réponse : « C’est votre poumon », ne songez-vous pas involontairement à tel broussaisien répondant naguère : « C’est votre gastrite»;

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cinq ans avant l’apparition de ce dernier, le testicule s’était tuméfié une première fois, puis paraît avoir repris ses dimensions primitives. Ces alternatives ont été notées par plusieurs auteurs comme un des caractères du testicule syphilitique. Le traumatisme, assez vague, du reste, que le malade assigne our cause à son mal ne doit pas nous arrêter longtemps, ’il peut avoir été pour quelque chose dans le développement du sarcocèle du côté gauche, on ne saurait certainement l’invouer pour se rendre compte de l’affection du testicule droit, éveloppée six mois plus lard. D’ailleurs, la guérison rapide obtenue par le seul traitement interne ne peut laisser aucun doute à cet égard.

L’histoire du testicule syphilitique, et particulièrement son anatomie pathologique, a fait d’importants progrès dans ces dernières années. Nous savons aujourd’hui que cette affection se présente sous deux formes, distinctes en apparence, mais qui, en réalité, ne sont que deux degrés d’un même processus morbide, et qui, d’ailleurs, coexistent fréquemment dans le même testicule. Dans l’une de ces formes, l’albuginée, les cloisons qui s’en détachent, ainsi que le tissu conjonctif qui sépare les lobules, subissent une sorte d’hyperplasie, suivie ensuite d’une rétraction déterminant la compression et l’atrophie progressive de lasubstance glandulaire du testicule, qui finit par se réduire à un petit noyau fibreux : c’est la forme cirrhotique (albuginite syphilitique, Ricord). Dans l’autre, il se dépose dans toutes les portions conjonctives de l’organe des masses jaunètres, plus ou moins volumineuses, ayant tous les caractères des gommes : c’est la forme gommeuse. Toutes deux résultent de la multiplication plus ou moins rapide des éléments celluleux du tissu conjonctif. Mais , dans la première, ces éléments, moins nombreux, se transforment en faisceaux de fibres conjonctives embryonnaires, tandis que dans la seconde, ces éléments se multiplient avecune rapidité extrême, forment des amas serrés de noyaux ou petites cellules qui ne tardent pas à subir la dégénérescence granulo-graisseuse.

Les gommes peuvent se produire, soit à la surface ou dans l’épaisseur de l’albuginée ( gommes superficielles), soit dans le corps du testicule ( gommes profondes). Dans ce dernier cas, la substance glandulaire est détruite partiellement ou en totalité, et l’albuginée elle-même disparaît dans une étendue plus ou moins considérable.

Une pièce déposée dans le musée de Heidelberg, et dont nous empruntons la description à Rocher (in Hantlb. Aer Chirurgie, de Pitha et Billroth, t. III, 2e div., 7" livr., p.295), donne une idée très-nette du testicule syphilitique gommeux. « Tumeur du volume d’un œuf d’oie, ayant la forme habituelle du testicule, celle d’un ovoïde aplati. Surface couverte de bosselures du volume d’une noisette, dures ou molles. Le testicule et l’épididyme sont pris; mais le premier forme la masse principale de la fumeur. Vaginale adhérente, ainsi

qu’une portion de la peau. Celle-ci présente en bas une ouverture fistuleuse rétractée. Sur la coupe, larges tractus conjonctifs homogènes (blancs à l’état frais), traversant les portions supérieure et moyenne, se continuant avec une couche conjonctive périphérique de structure analogue et confondue avec l’albuginée. Entre les tractus conjonctifs, tissu parenchymateux normal, en quantité notable. Dans ce tissu et dans l’épaisseur des tractus sont déposées des masses jaunes, denses, homogènes à la coupe, sans membrane d’enveloppe {gommes ou syphilomes). En deux points, la peau est perforée dans une étendue de 3 à 4 centimètres de diamètre, et par celle ouverture sort un fongus ferme et plat : c’est un dépôt d'un demi- centimètre d’épaisseur et\ plus, formé sur l’albuginée et intimement confondu avec elle'; il a la même structure que les gommes. »

Cette pièce réunit donc toutes les altérations que peut présenter le testicule syphilitique, puisqu’on y voit à la fois l’hyperplasie des éléments conjonctifs, qui constitue la cirrhose quand elle existe seule, une gomme superficielle et des gommes profondes.

Quand les gommes profondes prennent un grand développement, elles font parfois disparaître complètement la substance tubuleuse du testicule, et aussi la tunique albuginée. C’est ce que nous voyons dans l’observation de 51. Lancereaux {Traité de la syphilis, 1866, p. 274). «Le feuillet viscéral,» y est-il dit, « la tunique fibreuse ou albuginée et la substance testiculaire sont confondus entre eux et forment une masse jaune élastique, peu friable et d’une consistance uniforme. Cette masse, qui a le volume d’un gros œuf de poule et présente quelques bosselures à sa face antérieure, est uniquement formée par un produit nouveau; on n’y trouve plus de canalicules spermatiques. Toutefois, au voisinage de l’épididyme, la tunique albuginée se distingue encore de la substance sousrjacente. »

Les gommes du testicule peuvent-elles se ramollir, ou, comme on disait autrefois, peuvent-elles suppurer et s’ouvrir consécutivement à l’extérieur? Pendant longtemps la chose a été niée. « Les gommes du testicule, dit Ricord, ne s’ulcèrent pas... On peut affirmer que toutes les fois que la syphilis agit sur le testicule, il ne survient jamais de suppuration. » Virchow professe la même opinion : « Il n’est pas certain, dit-il {Die krankhaflen Geschwülstc ,t,II, p. 436, 1863), que la tumeur gommeuse du testicule puisse, comme telle, s’ulcérer et s’ouvrir. Cependant il survient parfois des ulcéralions dans le cours des sarcocèles et, dans certains cas, le fongus bénin du testicule a été considéré comme un état consécutif du sarcocèle. » C’est aussi dans ce sens que s’expriment Cornil et Ranvier. « On n’a pas d’observation positive de suppuration et d’ouverture à l’extérieur de gommes du testicule : ce qui établit une différence essentielle entre ces productions

comme on dirait aujourd’hui : « C’est votre anémie » ? Quant à la langue pédantesque que raillait Molière, n’en pourrait-on trouver une image dans le néologisme outré de quelques-uns de nos contemporains qui semblent, en vérité, n’avoir d’autre but que de ne pas parler comme tout le monde?

Enfin, on se demande si tout était à sacrifier dans ces vieilles corporations, grandes familles auxquelles restaient affiliés pour toute leur vie les médecins qui en étaient sortis, et qui, communiquant à leurs membres la force et la dignité qui résidaient en elles, avaient le droit d’obtenir, en échange du haut patronage dont elles les couvraient, le respect des devoirs professionnels. Nous avons dépouillé les préjugés de cette époque, en avons-nous conservé les austères vertus (1) ?

(1) Si jo ne suis pas remonté au delà de Molière, c’est qu’inscrire le noin de

J.-J. Rousseau. — Il faut tout le prestige attaché au nom de ce grand écrivain pour se croire obligé de réfuter les attaques qu’il dirige contre la médecine, tout en se défendant de répéter à ce propos « les vaines et fausses déclamations des gens qui se portent bien ». C’est lui, le plus éloquent des déclamateurs, qui dit cela... ce qui ne l’empêche pas d’ailleurs d’envelopper l’art de guérir dans l’anathème qu’il lance contre les sciences, les lettres et les arts, dans ce paradoxal discours de Dijon, d’où date sa célébrité. Ne voyant, en effet, de bonheur pour l’homme que dans la vie sauvage, Rousseau repousse comme antinaturels et corrupteurs tous les efforts tentés pour en sortir. On sait aujourd’hui ce qu’il faut penser de ce roman d’un état de nature, grâce auquel l’homme pri-

par ses remèdes, plus il tesmoigne s’en réjouir, et ne me panse d’autre chose que d’un tant mieux. Quand je luy raconte que je suis tombé dans une syncope qui m’a

dant, s’écrie-t-il en terminant, à force de me bien porter je me meurs. » Ce dernier

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et les tubercules t> {Man. d’histologie pathologique, p. 1110). Dans le court chapitre qu’il consacre à l’orchite syphilitique, Curling ( loc . cit., p. 362) est moins absolu. « La tuméfaction clu testicule... débute par le corps de la glande, n’affecte presque jamais l’épididyme, et se termine rarement par suppuration ou par la production d’un fongus. » En traitant de l’orchite chronique, il dit {loc. cit., p. 329) : « Au bout de quelques semaines ou de quelques mois, la peau du scrotum s’amincit, ordinairement en avant, et se soulève en même temps qu’elle rougit et s’enflamme. Elle s’ulcère, etc... » Or, on ne peut s’empêcher de reconnaître, avec MM. Gosselin et Rollet, que l’orchite chronique décrite par Curling n’est autre chose, dans la majorité des cas, au moins, que l’orchite syphilitique. La suppuration du testicule atteint d’inflammation chronique (traduisez orchite syphilitique) (I), admisedéjàpar A. Cooper (Voy. Œuvres cliirurg. compl., traduit par Chassaignac et Richelot, p. 436), qui en rapporte plusieurs exem-

les, ne peut plus être révoquée en doute après les nom-

reuses observations qui ont été publiées depuis lors (2) : elle est d’ailleurs trop bien en rapport avec l’évolution générale des gommes, quel que soit leur siège, pour avoir lieu de nous surprendre.

Quand le ramollissement d’une gomme du testicule a donné lieu à l’inflammation et à l’ulcération du scrotum, la surface suppurante du testicule qui se montre au dehors peut devenir plus ou moins saillante et prendre l’aspect d’un fongus. Si la gomme était appliquée sur l’albuginée, celle-ci étant demeurée intacte, le fongus est dit superficiel ; rarement il prendra un développement considérable. Tel était le fongus

(1) Toute l’histoire de l'inflammation chronique simple du testicule tracéo par

de reproduire ce'qui, dans son mémoire, est relatif à l'anatomie* pathologique : « Lorsque le testicule a été enlevé dans la période qui précède la suppuration, il est, ainsi que l’épididyme, d'un blanc jaunâtre et d'une dureté considérable. Si l’on fait une section sur un testicule atteint d’engorgement chronique, et si on l’agite dans l'eau, on voit s’échapper un fluide blanc jaunâtre... Cependant le volume du testicule reste lo mémo à cause de la fibrine jaune ou lymphe coagulable dont le tissu cellulaire de cet organe est infiltré. » Après avoir parlé dos abcès du testicule et des trajets flstulcux que peut laisser leur ouverture au dehors, A. Cooper ajoute : «Dans les cas où il existe une tumeur granuleuse (c’est évidemment un fongus), on observe que les granulations prennent leur origine dans la substance sêminifire. Elles sont projetées à travers l’enveloppe ulcérée du testicule ou de l'épididyme, mais plus fréquemment à travers l’enveloppe du premier ; c'est cette hernie des. bourgeons charnus qui produit la tumeur qu’on observe si souvent à la suite de l’abcès chronique du testicule. »

(2) Chez un malade dont l’histoire a été racontée par M. Tcrrillon ( Progrès médical, 1878), une gomme du testicule était sur lo point do s’ouvrir spontanément lorsque le chirurgien l’incisa. Chez les malades de M. Uuplay eide M. Gosselin dont les observations sont rapportées par M. Reynier |(Arch. générales de médecine, avril 1879, p. 100), les gommes suppurèrent et s’ouvrirent au dehors, mais sans donner

les faits de Huber^Deufseftes Arcli. f. klinische Med.) et de West (Dubl. quarlerly journ.of med. sciences, novembre 1859), reproduits également par M. Reynier. Il est vrai que lluber, pour ne pas contredire ladoctrinede Virchow, explique l'ulccration qui s’est produite chez son malade par le frottement des vêlements.

dont nous avons reproduit plus haut la description, d’après Kocher. Mais le plus souvent la surface bourgeonnante ne dépassera guère le niveau du scrotum, comme dans les observations rapportées par M. Reynier {Arch. génér. de médecine, avril 1879, p. 396).

Si, au contraire, la gomme était située dans le parenchyme du testicule, son apparition au dehors ne sera possible u’après la destruction d’une portion notable de l’albuginée u testicule. Dans ces cas, il peut se produire ce qu’on a appelé un fongus parenchymateux, par un mécanisme dont nous trouvons la première idée dans les œuvres d’A. Cooper, sur lequel Jarjavay a surtout appelé l’attention, et que Curling expose dans les lignes suivantes : « L’obstacle apporté par la résistance de la tunique albuginée n’existant plus, le produit accidentel pousse peu à peu au dehors la substance tubuleuse, qui forme alors une tumeur saillante, constituée ar un mélange de tubes séminifères, de matière jaune et de ourgeons charnus. La hernie de la substance tubuleuse, est parfois tellement considérable qu’il en reste à peine dans l’intérieur de la tunique albuginée (Curling, loc. cit., p. 321). »

La figure 23 de Curling, représentant la coupe d’un fongus bénin déposé au Collège de l’hôpital de Londres, ne laisse subsister aucun doute sur l’existence de l’espèce parenchymateuse de ces fongus. La tumeur mesure 4 centimètres en diamètre et 2 centimètres en hauteur; elle renferme « presque toute la substance tubuleuse du testicule ».

La pièce présentée à la Société de chirurgie par Guersant, qui l’avait enlevée sur un enfant manifestement syphilitique, auquel M. Gosselin avait d’abord donné des soins, n’est pas moins démonstrative. « Voici, dit Jarjavay dans la discussion qui suivit celte présentation, une pièce qui ne laisse à personne aucun doute sur la nature de cette lésion. On remarque la solution de continuité du scrotum qui étrangle le fongus, la rupture de la tunique albuginée, qui se renverse en dehors sur elle-même, la continuité de la tumeur avec le parenchyme du testicule, celui-ci étant considérablement réduit de volume par suite de l’issue de la pulpe séminale; la face externe de la tunique albuginée, lisse et libre de toute granulation {Bullet. de la Soc. de cliir., t.IX, 1859, p. 421).» Ces paroles ne soulevèrent aucune contradiction de la part des membres, tous compétents, de la Société de chirurgie.

L’existence du fongus parenchymateux n’est donc pas moins incontestable que celle du fongus superficiel. Il n’est pas besoin, dès lors, d’autres preuves pour démontrer combien était exagérée, pour ne pas dire erronée, l’opinion de Deville, reproduite dans la thèse de M. Hennequin (Paris, 1865), d’après laquelle le fongus bénin profond n’existerait pas, la lésion décrite sous ce nom par les auteurs étant constituée simplement par le testicule intact, couvert de granulations à sa surface.

mitif était affranchi d’une foule de maux « que nous n’eussions jamais connus en conservant une manière de vivre simple, uniforme et solitaire... Si le sauvage malade abandonné à lui-même n’a rien à espérer que de la nature, en revanche il n’a rien à craindre que de son mal, ce qui rend souvent sa situation préférable à la nôtre, » et (j’achève la pensée de l’auteur) l’empêche dumoins de mourir de ses médecins, comme dit Molière. D’où il suit encore que la condition des animaux est bien préférable à la nôtre : « Exempts des maux qu’entraînent chez nous l’extrême misère et l’extrême opulence, ils guérissent leurs blessures sans autre chirurgien que le temps, sans autre régime que la vie ordinaire, et sans avoir été empoisonnés de drogues ni exténués de jeûnes. » {Disc, cit.) — « Si les dangers viennent plus de l’artiste que de l’art, que le médecin vienne sans le médecin. La science qui instruit et la médecine qui guérit sont fort bonnes sans doute, mais la science qui trompe et la médecine qui tue sont mauvaises. » (Emile, liv. I.)

On peut dire, en définitive, selon Rousseau, que « si la médecine est utile à quelques-uns, elle est funeste au genre humain, car une guérison opérée parle médecin ne compense pas cent malades qu’il a tués... Enfin, si elle guérit le corps, elle avilit l’âme en nous inspirant la terreur de la mort. Voulez-vous trouver des hommes d’un vrai courage, cherchezles dans les lieux où il n’y a point de médecins. » {Ibid.) Le philosophe se demande aussi « s’il est prouvé (lui qui s’embarrasse si peu de fournir la preuve de ses paradoxes) que la vie soit plus courte dans les contrées où l’art de guérir est le plus négligé que dans celles où il est le plus usité? » {Disc.) Question très-complexe, puisque le perfectionnement de la médecine se lie à un état avancé de civilisation et aux maux qu’il entraîne nécessairement à sa suite. Il eût fallu prouver, pour ne pas tomber dans le sophisme du post hoc, ergo propter hoc, que ces maux tiennent précisément à l’art qui a pour but, tout au contraire, de les prévenir ou de les diminuer. Or, les progrès de la vie moyenne, ceux de l’hygiène et de la

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C'est à la catégorie des fongus parenchymateux que me On peut voir, dans les lignes suivantes, extraites du Méparaissent appartenir les deux tumeurs que portait mon ma- moire de Jarjavay, combien on était antipathique à l’idée d’un

lade. A moins de supposer que l’ulcération du scrotum ait fongus syphilitique : « Si le malade atteint d’un fongus bénin

été occasionnée par une gomme superficielle, en même temps du testicule présentait en même temps des symp'tômes de

qu’il existait dans le corps du testicule des gommes profondes syphilis, serait-on autorisé à ne diriger contre la tumeur que

assez volumineuses pour expliquer le grand développement le traitement antivénérien? Je n’hésite pas à répondre à cette

que présentait l’ensemble de l’organe, mais qui auraient laissé question d’une manière négative. »

l’albuginée parfaitement intacte, hypothèse qui ne me paraît Cependant il est obligé de convenir que, chez un malade du pas admissible, on ne peut se refuser, il me semble, à recon- service de Laugier, la guérison avait eu lieu sous la seule

naître que les fongus étaient produits par le contenu de la influence de l’iodure de potassium administré à l’intérieur :

tunique albuginée, hernié à travers une perte de substance « Nul doute, dit-il, que l’iodure de potassium n’ait puissam-

de cette membrane. ment contribué à ce résultat; mais, d’après les notions de

Ce contenu était-il formé exclusivement par de la matière physiologie pathologique que nous possédons relativement à

gommeuse, ou bien renfermait-il, en outre, une portion de la la marche de ces fongus, n’est-il pas permis de se demander

substance testiculaire normale? J’admettrais plus volontiers si le résultat définitif n’aurait pas été le même, la maladie

. . . ’ ’ ’ ayant été abandonnée à son cours naturel ? »

Un enfant de dix mois offrant un fongus bénin du testicule, en même temps que des plaques muqueuses caractéristiques à l’anus, est présenté à la Société de chirurgie par M. Gosselin, qui y voit « un fongus compliqué d’un état syphilitique » (Bull, de la Soc. de chirurgie, t. IX, 1859, p. 131).

Quelque temps après, le testicule de cet enfant, enlevé par M. Guersant, ayant été présenté à la Société de chirurgie, M. Broca, à l’occasion de la discussion qui suivit cette présentation, montra le moule en cire d’une pièce qu’il avait examinée précédemment dans le service du professeur Chaumel, de Bordeaux. L’observation du malade qui la fournit est intitulée : Fongus du testicule consécutif à une affection tuberculeuse de cet organe. La tumeur, incisée dans le sens de sa longueur, depuis la surface du champignon jusqu’à l’épididyme, présente d’abord, de dehors en dedans, une couche corticale rouge, fongueuse, très-vasculaire, épaisse de 3 ou 4 millimètres. Au-dessous de cette couche, on trouve rang dans la science. Il semble presque que les observateurs une substance dense, d’un blanc grisâtre, très-peu vascu-

les plus distingués aient, de gaieté de cœur, fermé les yeux laire, semblable à certaines tumeurs fibro-plastiques (Bull.,

à l’évidence et torturé les faits pour leur faire dire le con- loc. cit., p. 425). M. Broca, ayant été autorisé à pratiquer de

traire de la vérité. Cela tient sans doute, d’une part, à ce que nouvelles incisions, découvrit, à quelque distance de la pre-

le fongus syphilitique est le plus souvent un accident très- mière coupe, une collection de matière jaunâtre concrète

tardif, qui n’apparaît qu’alors que toute trace et même tout ( ibid ., p. 427). Ne peut-on pas voir là une gomme? Il est

souvenir d’accidents syphilitiques antérieurs ont complète- vrai que M. Broca ajoute que la nature tuberculeuse de cette

ment disparu; d’autre part, à ce que les lésions anatomiques matière put, séance tenante, être constatée au microscope,

par lesquelles se traduit la syphilis du testicule étaient fort mal Mais j’estime qu’à cette époque la distinction entre les deux

connues. espèces de produits ne devait pas être facile. Cette impuis-

C’est ce qui explique comment les chirurgiens anglais, sance du microscope, même sous l’œil de M. Robin, est du

A. Cowper, Lawrence, Curling, ont pu décrire le testicule reste constatée un peu plus loin par M. Gosselin (p. 429).

syphilitique sous le nom d’orchite chronique (voy. Kocher, En résumé, M. Broca pense que le fongus parenchymateux

loc. cit., p. 306), malgré les résultats si rapides et si con- du testicule est fort rare et qu’il est presque constamment le stants que leur donnait le traitement mercuriel. Pendant ce résultat d’une affection tuberculeuse (ibid., p. 428).

temps, en France, la tendance générale semblait être de rat- S’il est permis de rester dans le doute au sujet de la pièce tacher tous les fongus testiculaires à la tuberculose. présentée par M. Broca, je crois qu’il ne peut subsister au-

médecine elle-même, depuis cent ans, fournissent une réponse i de réfuter Rousseau : « Si je faisais une nouvelle édition péremptoire à ces sophismes. de mes œuvres, disait-il à Bernardin de Saint-Pierre, j’adou-

Où donc Rousseau a-t-il puisé les preuves de tant de vaines cirais ce que j’ai dit des médecins; il n’y a aucun état qui et téméraires assertions? Demandons-nous plutôt à quel état | demande autant d’études que le leur ; ce sont les hommes les physique et psychologique correspondaient de telles aberrations de jugement. C’est d’abord, au début de sa carrière littéraire, au tour chimérique et déclamatoire de son esprit; plus tard c’est à une affection mentale et à son état de santé, comme cela arrive chez la plupart des hypochondriaques ou des incurables qui médisent de la médecine. Il souffre d’une maladie de la prostate, et les célébrités chirurgicales auxquelles il s’est adressé « lui ont fait, à son dire, autant de mal que la maladie elle-même. Ils ont épuisé ses forces et détruit son tempérament ». (Confess., liv. VIII.) Il leur dit donc adieu pour jamais, recourant simplement à une sonde à demeure qu’il conservera pendant plusieurs années.

Au reste, Rousseau se chargera lui-même par la suite

plus véritablement savants. » Et dans une lettre a Madame d’Houdetot, on le voit, revenu également de ses préventions pour la vie sauvage, rendre hommage à la société « et à ce que nous lui devons de bienfaits ».

Si je ne suis pas remonté dans cette étude au delà du seizième siècle, c’est d’abord, en ce qui concerne l’antiquité, qu’à l’exception du vieux Caton et de ses coups de boutoir, de Pline (partout ailleurs si crédule), on n’y trouve pas de critiques sérieuses d’un art d’origine sacro-sainte, dit Cicéron (Tuscul.), et auquel le nom d’Hippocrate imprimait un impérissable prestige. C’est ensuite que, dans les temps modernes, nous ne rencontrons, avant Montaigne, aucun antagoniste de quelque autorité, car les invectives de Pétrarque ne méritent

la première alternative, attendu que rien, dans les longus, ne m’a fait soupçonner la présence de canalicules séminifères. D’ailleurs, voulant rendre aussi évidente que possible l’influence du traitement, je me suis abstcnurigoureusement de toute intervention mécanique ou chimique locale. Je dois ajouter que pendant tout le temps que le malade est resté soumis à mon observation, il ne s’est produit à la surface des fongus aucun travail de mortification ni d’élimination; la suppuration a toujours été très-peu abondante, et la diminution de volume m’a paru résulter d’un travail de résorption intime plutôt que d’une destruction superficielle. J’ai négligé, à mon grand regret, de rechercher, si dans les produits éliminés, il y avait des spermatozoïdes, comme Curling paraît l’avoir observé quelquefois.

Quand on jette un coup d’œil sur l’histoire du fongus syphilitique du testicule, on est frappé de voir avec quelle difficulté cette affection, certainement la mieux connue aujourd’hui parmi les fongus testiculaires, est parvenue à prendre

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cune incertitude relativement au fait cité par Cullerier dans la même séance de la Société de chirurgie. « Il est mort, dit-il, dans mon service un individu présentant tous les symptômes de la syphilis constitutionnelle : exostoses, ulcérations du larynx, etc. ; il avait, en outre, un double sarcocèle, que je considérais comme, de nature syphilitique. A l’autopsie, je reconnus qu’il existait des tubercules dans les deux testicules ( ibid ., p. 430). »

M’est avis que plus d’une fois le sarcocèle syphilitique a dû passer pour des testicules tuberculeux, au grand dommage des malades.

L’opinion de M. Broca, il faut le reconnaître, était celle de la majorité des chirurgiens français. M. Gosselin seul, à ma connaissance, s’y montra opposé. « Je ne puis admettre, dit-il, d’excroissance de ce genre (il s’agit des fongus) dans l’affection tuberculeuse (Curling, loc. cit., p. 324). » Le premier aussi, il avança timidement que le fongus pourrait bien dépendre quelquefois de la syphilis. « Le fongus bénin n’est probablement, dans beaucoup de cas, qu’une phase éloignée de l’orchite syphilitique et ne se montre pas quand les malades n’arrivent point à la cachexie ou quand l’engorgement précurseur est traité convenablement et à temps (ibid., p. 355). »

Mais c’est à M. Rollet que nous devons d’avoir nettement établi que le fongus du testicule est souvent d’origine syphilitique. Sa démonstration est basée sur trois faits, celui de Jarjavay, observé dans le service de Laugier, un fait de Curling et un fait qui lui appartient en propre. « Voilà donc, dit-il, trois observations de sarcocèle fongueux syphilitique. Je n’en connais pas d’autre (Rollet, Rech. sur îa syphilis, nouv. tir., 1869, p. 494). »

Dans son Traité des maladies vénériennes, publié quelques années plus tard, M. Rollet s’exprime ainsi : « J’ai fait dessiner plusieurs de ces fongus ; l’un d’eux figure dans mon Mémoire de 1858. Depuis lors, j’ai rencontré beaucoup d’autres cas semblables, que j’ai tous guéris avec le traitement antisyphilitique. Il ne se passe pas d’année qu’il ne se présente quelques-uns de ces fongus à Lyon, et dernièrement encore (mai 1865), il y en avait un à l’Hôtel-Dieu, dans le service de M. Ollier, traité et guéri avec I’iodure de potassium (loc. cit., p. 885). »

Ces observations se sont multipliées depuis lors (voy. les observations de Simonet, in Gaz. des hôpit., 1867, p. 230; de Lücke, in Kocher, loc. cit., p. 307).

M. Rollet ne nie pas pour cela l’existence du fongus bénin non. syphilitique. Il a « lui-même observé, chez un enfant, un fongus bénin qu’il était impossible de rattacher à autre chose qu’à l’orchite chronique, en dehors de toute spécificité syphilitique, cancéreuse ou tuberculeuse » (Rech., p. 483) ; et en parlant de l’orchite parenchymateuse, pouvant amener

la mortification du tissu du testicule, il ajoute : « Habituellement la maladie guérit peu de temps après cette exfoliation; ou bien il se forme une de ces tumeurs qu’on a décrites sous le nom de fongus bénin du testicule. Cependant telle n’est pas l’origine habituelle de celte lésion, qu’on observe le plus souvent dans les cas de testicule syphilitique suppuré (Traité des mal. vén:, p. 328). »

Il ne m’appartient pas d’être plus absolu que l’éminent syphiliographe de Lyon. Je suis cependant convaincu, après avoir pris connaissance de la plupart des observations de fongus consignées dans la science, que le fongus syphilitique est plus fréquent qu’on ne l’a cru. En face d’un fongus véritable du testicule, la première idée qui doit se présenter au chirurgien me paraît donc être celle d’une affection spécifique, alors même que tous les renseignements seraient en contradiction avec cette opinion. Conséquemment, je voudrais qu’une médication antisyphilitique énergique et prolongée fût appliquée dans tous les cas avant tout traitement local actif. A cet égard, un traitement mixte par les frictions mercurielles et l’iodure de potassium à l’intérieur (2 à 3 grammes par jour) donnera, je crois, les résultats les plus constants.

SOCIÉTÉS SAVANTES

Académie des sciences.

Loi DE PROPAGATION DES AFFECTIONS ET DES PHÉNOMÈNES nerveux. Note de M. J. Rambosson. — En passant en revue les affections et les phénomènes nerveux qui se propagent par une transmission et une transformation de mouvement, depuis le simple bâillement jusqu’à l’épilepsie, certaines folies, la fascination, la terreur panique, etc., l’auteur arrive à formuler le principe suivant, dont la généralité lui paraît manifeste : « Un mouvement purement physique peut se transformer en mouvement physiologique et en mouvement psychique ou cérébral, en se transmettant à ces divers milieux, et, réciproquement, un mouvement psychique peut se transformer en mouvement physiologique et en mouvement physique, en se transmettant d’un milieu à un autre; et cela, sans se dénaturer, c’est-à-dire qu’il reproduit les mêmes phénomènes, après toutes ces transmissions et ces transformations, en repassant dans un même milieu. »

Sur UNE ALTÉRATION DES CELLULES DE L’ÉPITHÉLIUM RÉNAL, AU DÉBUT DE LA MALADIE DE BRIGHT. Note de M. V. Comil.

«... Dans une autopsie d’un malade albuminurique mort le 26 mars 1879 à l’hôpital Saint-Antoine, dans le service de M. Mesnet, j’ai trouvé dans toule la substance corticale des altérations

pas, malgré sa renommée poétique, de nous arrêter ; et je ne range pas Rabelais, quoi qu’en aient dit certains critiques, parmi nos détracteurs.

Ce grand moqueur est trop ami du progrès pour mépriser la science : il croit donc à la médecine. On le voit citer avec vénération à chaque page de son livre Hippocrate qu’il a traduit et enseigné. Faisant de l’art de guérir (qu’il avait obtenu, par faveur spéciale, d’exercer gratuitement) une sorte de sacerdoce, il ne se montre jamais, de parti pris, hostile à ses confrères. Son médecin Rondibilis n’y fait pas trop mauvaise figure, et l’on y chercherait en vain un pendant aux Moines ocicux, aux Chats fourrez, aux Grippeminaud, aux Bridoie qu’il poursuit de ses sarcasmes dans d’autres professions. Tout au plus plaisante-t-il en passant de « ce tas de philosophes et médecins qui perdent temps à disputer d’où vient la chaleur des eaux minérales, etce dont ils ne sçavent l’origine». (Pantagruel, liv. II, ch. xxxiii.) Ceux qu’il se plaît à railler ce sont, sous quelque robe qu’ils s’abritent, les charlatans qui

profitent du caractère qu’elle leur confère pour exploiter la crédulité populaire.

Je ne m’arrête pas davantage aux pires de nos détracteurs, ceux que la médecine nourrit dans son sein; non-seulement parce qu’ils ne comptent parmi eux aucune célébrité de bon aloi, et qu’un praticien sceptique à l’endroit de l’art qu’il professe me semble absolument dépourvu de logique, sinon d’honnêteté, mais aussi parce que leurs critiques^ s’appliquant particulièrement à des contemporains, ne visent pas tant l’incertitude de notre art que l’infatuation en leurs propres lumières. Tel Paracelse, cet halluciné de quelque génie, affirmant que son bonnet renferme plus de science que tous les médecins ensemble. Tel même, mais avec infiniment plus de sens et d’esprit, Gui Patin qui, s’il classe dans son martyrologe une partie de ses confrères, n’en professe pas moins une haute vénération pour l’antiquité et pour la Faculté ellemême; sentiment doublé de sa haine pour les découvertes modernes, et que l’on serait presque tenté d’excuser quand

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des cellules de l’épithélium qui jusqu’ici n’ont pas été décrites, que je sache. Il s’agissait d’une albuminurie dont le début remontait à moins de deux mois. Le malade rendait une très-minime quantité d’urine et il avait môme présenté de l’anurie complète, fl a succombé à une urémie à forme convulsive. Des fragments du rein ont été traités par l’acide osmique. Dans la plupart des cellules des tubes contournés restées en place, il existait des vacuoles volumineuses remplies d’une boule ou gouttelette de substance albuminoïde solidifiée par l’acide osmique. La couche de cellules en bâtonnets, au lieu d’être homogène, montrait des espaces clairs creusés dans les cellules, dont les noyaux étaient parfaitement conservés au milieu de ce qui restait du protoplasma cellulaire. Souvent une cellule montrait deux ou trois de ces vacuoles. Les cellules isolées offraient l’aspect des physalides de Virchow, avec leurs cavités entourées du protoplasma dans lequel se montrait le noyau. Les tubes urinifères, dont les cellules sont malades, présentent dans leur lumière une grande quantité de ces boules ou gouttelettes, dont la substance est légèrement teintée par l’acide osmique et qui offre quelques fines granulations protéiques. Les tubes étaient distendus par ces productions. Comme les reins étaient fortement congestionnés, il y avait aussi quelques globules sanguins dans la capsule des glomérules et dans la lumière des tubuli.

Il n’est pas douteux que les boules de subslance albuminoïde ne fussent sorties des cellules, car souvent on voyait des cellules épithéliales dont la cavité était vide. En s’unissant et se fondant les unes avec les autres dans la lumière des canaux droits, ces boules de substance albuminoïde deviennent des cylindres hyalins ou dos cylindres colloïdes. Dans ce cas de maladie de Brignt, les cellules rénales élaboraient donc dans leur protoplasma et versaient dans l’urine des gouttelettes de subslance protéique faciles à voir sous l’influence de l’osmium. Cette fonction pathologique des cellules rénales n’est pas sans une grande analogie avec la sécrétion du mucus par les cellules caliciformes de la muqueuse digestive Elle met en évidence la façon dont l’albumine est sécrétée.

En est-il ainsi dans tous les cas d’albuminurie? Dans deux autres faits d’albuminurie brightique, j’ai trouvé dans le rein traité également par l’acide osmique des lésions analogues des cellules, consistant dans la production de petites gouttelettes protéiques dans leur protoplasma. Certains tubes urinifères renfermaient aussi des boules <r albumine. Mais les faits ne sont pas encore assez nombreux pour permettre de généraliser. Dans les stades ultérieurs de là maladie, les cellules subissent la dégénérescence graisseuse, en môme temps qu’elles contiennent des gouttelettes protéiques, et elles sont désintégrées (néphrite desquamative).

J’ai trouvé la môme lésion des cellules du rein dans un cas de kystes multiples des deux reins provenant d'une autopsie du service de M. Üujardiu-Beaumetz. Le malade, qui présentait de l’albumine dans ies urines, était mort d’urémie comateuse. Dans ce fait, les kystes étaient formés aux dépens des tubes urinifères. Dans les tubes dilatés et en voie de transformation kystique, les cellules qui tapissaient la paroi montraient des vacuoles et des boules d’albumine dans leur intérieur. La cavité des tubes était remplie de boules devenues libres et expulsées des cellules.

On peut reconnaître cette lésion sur les fragments du rein traités par le liquide de Müller, mais elle est bien moins évidente que par Tacide osmique. s

Académie de médecine.

Nécrologie. — M. le Président annonce à l’Académie la mort de M. le professeur Gubler dont les obsèques auront lieu à Paris, samedi prochain (voy. aux Variétés).

Cancer et tuberculose. — M. le docteur Burdel (de Vierzon), membre correspondant, lit un travail intitulé : Cancer et tubercule observés chez le même sujet.

Depuis la lecture de son mémoire sur la Tuberculose issue du cancer, lecture faite il y a dix ans déjà, M. le docteur Burdel (de Ÿierzon) n’a cessé d’étudier, d’observer; et pour lui, comme pour un grand nombre de ses confrères, qui lui ont fourni un assez grand nombre d’observations sur ce sujet, pour lui, disons -nous, cette loi est d’une justesse et d’une exactitude mathématique, mais effrayante. Chaque jour vient lui apporter de nouvelles preuves irrécusables. Il n’a pas voulu, avec raison, donner lecture de ce nombre considérable d’observations, qui toutes se ressemblent un peu sur ce point; il a seulement voulu, aujourd’hui, communiquer à l’Académie une curieuse et remarquable observation dans laquelle on voit, chez le même sujet, apparaître le cancer d’abord, et, quelques années après, la tuberculose.

Il s’agit d’un sujet fort et vigoureux, né d’une famille de cancéreux, dont les enfants et petits-enfants sont morts tuberculeux, et qui voit apparaître, à l’âge de quarante-deux ans, à l’extrémité d’un moignon congénital de l’avant-bras, une tumeur cancéreuse. Amputé et guéri, il est atteint, quinze

on se représente la matière médicale d’alors, toute cette cuisine arabesque dont il nous fait un si piquant tableau.

J’ai cru devoir me borner, dans cette réplique, à quelques grands hommes avec les idées desquels il faut compter, quelque injustes ou erronées qu’ellespuissent être. Aquoi eût-il servi de recueillir, parmi des antagonistes plus ou moins obscurs (prenant leur revanche quand ils sont bien portants, de la dépendance où, malades, ils vivent de leurs médecins), les éternelles épigrammes, les mêmes clichés sur le caractère conjectural de leur art, ou sur le droit qu’on leur octroie de tuer impunément leurs semblables? Les hommes de l’art conserveront toujours, quoi qu’on dise, un immense avantage sur leurs détracteurs : à ladifférence de ceux-ci, ils ont étudié le terrain sur lequel ils combattent, et pour parler comme l’un des personnages de Molière : « Toujours faut-il demeurer d’accord que, sur cette matière, les médecins en savent plus que les autres. » ( Malade imaginaire.)

Dr Constant Saucerotte.

Au grade de médecin principal de lr0 classe : MM. Réeb (François-Camille) et Vézien (Ernest).'

Au grade de médecin principal de 2e classe : MM. Fee (Malhieu- Félix-Èugène); Lèques(Marie-Joseph-Xavier); Boisseau (Edmond- Maximilien-Etienne); Palié (Jean-Pierre).

Au grade de médecin-major de lrc classe : MM. Sabathier

(Louis-Marie-Janvier); Arnaud (François-Fulgence-Faustin-Fuleran- Fréjuts) ; Marvy (Pierre-Victor); Barthélemy (François-Jules;; Goguet (Auguste-André-Marie); Régnier (Marie-Gustave-Léon); Gavoy (Emile-Alexandre); Laederich (Charles-Georges); Roux (Bernard-Joseph-Adrien).

Au grade de pharmacien principal de lri classe : M. Courant

(François-Louis). ,

Au grade de pharmacien principal de 2° classe : M. Strohi (Georges-Emile).

Au grade de pharmacien-major de lr0 classe : M. Retraitât

(Adrien-Hyacinthe-Bernard-Maxime).

25 Avril 1879

mois après, d’une hyperhémie phymique des deux poumons, et meurt après cinq à six semaines d’alitement. A l’autopsie, on trouva les deux poumons granités de tubercules.

Cette observation, si caractéristique et si tranchée, fait voir, d’une façon bien nette et irrécusable, l’intime filiation qui existe entre ces deux étals nécrobiosiques ; par cet exemple, et tant d’autres qu’il a observés, on ne peut nier que le cancer, dans le plus grand nombre des cas, ne soit véritablement une souche trop fertile de tuberculoses.

Cette loi si terrible et si fatale offre du moins comme compensation, en présageant l'avenir si cruel qui pèse sur certaines familles, de pouvoir, dans quelques cas, prévenir le mal et l’éloigner par des alliances d’abord, et ensuite par une hygiène intelligemment conseillée et dirigée.

Rapports. — M. Marotte donne lecture de la première partie du rapport sur le prix Godard.

Eaux minérales. Contrexéville. — M. le docteur Debout d’Estrées présente à l’Académie le résultat de l’analyse spectroscopique de cette eau minérale, faite au laboratoire de la Faculté avec le concours de M. Wilm, chef des travaux chimiques.

Les conclusions de l’auteur établissent que le spectroscope a permis de constater dans l’eau de Contrexéville: la raie jaune du sodium, la raie rouge du lithium, la raie rouge et la raie verte du calcium, la raie rouge et la raie violette du potassium.

Pas de trace de cæsium, de rubidium et de strontiane, cette dernière ayant été signalée à tort dans une analyse faite par M. 0. Henry.

En outre, un dosage de la lithine en fixe la quantité à quatre milligrammes de bicarbonate de lithine par litre, chiffre d’ailleurs conforme à celui indiqué par l’analyse de M. Debray, de l’Institut.

De la pleurésie aigue -multiloculaire. — M. Jaccoud, fait une longue et intéressante communication sur les caractères de la pleurésie aiguë multiloculaire et sur les adhérences.

On avait cru jusqu’à ce jour, avec Winlrich, que cette forme de pleurésie ne pouvait être diagnostiquée que par la nécropsie. M. Jaccoud propose aujourd’hui un nouveau moyen de diagnostic qui peut être énoncé dans les deux lignes suivantes : la conservation des vibrations thoraciques remplissant certaines conditions définies et coïncidant avec un ensemble déterminé de signes physiques.

On sait depuis Monneret que les vibrations pectorales sont conservées, ou même accrues, lorsqu’en l’absence de liquide, des adhérences fortes relient solidement le poumon à la paroi costale ; Wintrich, six ans plus tard, a donné pour la persistance des vibrations dans la pleurésie une formule aussi générale qu’exacte en disant que le fremitus vocal continue à être perçu dans tous les points où, pour une cause' quelconque (adhérences, contraction, compression), le poumon reste en contact avec la paroi thoracique, tout en étant perméable à l’air. J’ai observé d’autre part, et mon expérience a été corroborée par une déclaration du professeur Gerhardt en 187G, que les vibrations peuvent être conservées, et seulement affaiblies, dans toute l’étendue de la matité, au cas d’épanchements médiocres, purement séreux, pauvres en cellules ; c’est là une conséquence de ce principe de physique qui établit un rapport direct entre la transmission des ondes sonores et l’homogénéité des conducteurs, principe qui a été appliqué à l’interprétation des phénomènes stéthoscopiques par Hoppe en 1854, par Schweigger en 1857, et qui a été plus tard si ingénieusement utilisé par le professeur Baccelli.

On le voit donc, et M. Jaccoud insiste sur ce point pour prévenir une erreur grave, ce n’est pas le simple fait de la conservation des vibrations vocales qui peut révéler la division pluriloculaire de la pleurésie aiguë, ce sont les particularités et les coïncidences de ce fait générique, qui le spécia¬

lisent dans certains cas au point d’en faire un signe indicateur de cette disposition de l’épanchement.

M. Jaccoud pense donc que le diagnostic de la pleurésie multiloculaire peut être fait avant la ponction.

On sait que les vibrations sont conservées lorsqu’en l’absence de liquide des adhérences retiennent le poumon à la paroi costale. Lorsque l’épanchement est peu abondant, séreux et pauvre en cellules, les vibrations peuvent être conservées là où il existe de la matité.

Il y a lieu d’admettre deux types sémiologiques distincts:

Premierlype. — Sur un côtédu thorax présentant les signes ordinaires de l’épanchement total, les vibrations sont conservées sur un espace s’étendant de la colonne vertébrale au sternum; ailleurs les vibrations sont abolies. Cette bande indique la présence d’adhérences costo-pulmonaires.

Deuxième type. — Les vibrations sont conservées dans toute l’étendue de la matité en arrière et à la partie inférieure, sauf dans une zone d’un à deux travers de doigt. La matité est absolue, il n’y a pas de tympanisme ni d’élasticité; la bronchophonie est éclatante, le souffle fort. Ces symptômes distinguent ce type du précédent et font reconnaître la pleurésie aiguë multiloculaire.

La cavité des lobes est traversée par des brides qui vont du poumon à la paroi costale sans diviser celte cavité en deux parties indépendantes comme dans le type précédent. C’est la pleurésie multiloculaire à cloisonnement multiplié.

Ces pleurésies multiloculaires supportent admirablement la thoracentèse. M. Jaccoud a recueilli G cas sur lesquels il a eu 3 décès.

Le diagnostic de cetle variété de pleurésie a une grande importance pratique. En effet, de ce diagnostic découle un pronostic particulier, à savoir que cette pleurésie est plus grave que les autres en raison des adhérences qui lui survivent nécessairement, et l’on sait les effets désastreux qu’exerce sur l’hématose et sur le cœur l’adhérence étendue et totale du poumon. De ce diagnostic découle en outre un précepte thérapeutique que M. Jaccoud formule en ces termes absolus : « La pleurésie multiloculaire aiguë ne doit pas être traitée par la thoracentèse ; la ponction n’y est autorisée que lorsque la suffocation parait imminente. »

Après avoir rapporté quelques observations très -concluantes, l’auteur termine son intéressante communication par les considérations suivantes :

« Je tiens à insister encore, dit-il, sur l’importance des notions relatives à la symphyse costale du diaphragme ; l’intérêt vraiment grave de ce sujet n’est point limité, je l’ai montré, au domaine un peu restreint de la pleurésie multiloculaire ; il n’est pas une pleurésie qui ne puisse présenter cette disposition anatomique ; par suite la détermination de l’état du diaphragme fait partie intégrante du diagnostic de la maladie, et comme il n’existe aucun rapport, ni direct, ni inverse, entre l’abondance de l’épanchement et l’existence de ces adhérences, elles doivent être recherchées dans chaque cas par un examen délibéré, et abstraction faite de toutes les autres particularités de la pleurésie ; cette appréciation, dont je crois avoir indiqué les moyens, est pour la thoracentèse une condition préalable d’absolue nécessité; enfin il résulte de ces faits qu’il ne convient pas d’assigner, même d'une manière générale, un lieu d’élection quelconque à la ponction de la poitrine dans la pleurésie; ce lieu, que commande avant tout l’éventualité des adhérences pulmonaires et diaphragmatiques, varie nécessairement d’un malade à l’autre, et la croyance à une règle fixe pourrait avoir les plus désastreuses conséquences. »

25 Avril 1879

Société de chirurgie.

Correspondance. — Traitement des tumeurs blanches. — Résection du tibia chez l'adulte. — Chondrome de la glande sous -maxillaire.

M. Azam (de Bordeaux), membre correspondant de la Société de chirurgie, adresse une brochure ayant pour titre : Réunion primitive et pansement des grandes plaies. L’auteur expose en détail la méthode de Bordeaux, qui est pour lui l’expression la plus simple de la réunion immédiate; il ne croit pas que cette méthode puisse répondre à toutes les indications de la pratique; il est des circonstances où les pansements de Lister et de Guérin doivent lui être préférés.

— M. Badal fait hommage à -la Société d’un volume intitulé : Clinique ophthalmologique.

— M. Suchard, de Lavey (Suisse), lit un mémoire sur le traitement des tumeurs blanches. M. Suchard dirige un établissement thermal qui reçoit beaucoup de scrofuleux et des enfants atteints de tumeur blanche. Les bains ont souvent pour effet de réveiller l’inflammation de l’articulation malade et de faire passer l’arthrite chronique à l’état d’arthrite subaiguë. Pour éviter ces poussées inflammatoires, M. Suchard plaça les membres malades dans des gouttières, dans les appareils amovo-inamovibles, mais rien n’était changé. Il remplaça les bains par des douches en pluie, par les bains à l’hydrofère, même résultat défavorable.

Vers 1830, John Scott avait communiqué à Mathias Mayor une méthode de traitement des tumeurs blanches qui donnait des succès exceptionnels; cette méthode fut transmise à M. Suchard par un vieux médecin de Lausanne. Depuis l’application de ce traitement, les poussées inflammatoires ont disparu et les malades guérissent assez rapidement. Quelques enfants traités dans les salles de M. de Saint-Germain ont bénéficié de ce traitement.

Voici comment est composé le pansement. Un morceau de lint anglais. est enduit sur le côté pelucheux d’une couche épaisse de pommade (onguent mercuriel camphré et savon, parties égales). Ce lint est appliqué sur l’articulation malade et fixé au moyen d’un bandage avec bandelettes de diachylum. Sur ce diachylum on met un emplâtre de savon, et on fixe le tout avec des rubans de cuir. M. Suchard a parfois employé pour un pansement 120 grammes de pommade, et il n’a jamais vu de salivation. On obtient avec le diachylum la compression, avec le mercure l’action médicamenteuse, et avec les rubans de cuir l’immobilisation de l’article. Quand la peau est saine, il y a avantage à faire une friction avec la pommade. On enlève l'appareil tous les neuf ou dix jours. (Renvoyé à l’examen d’une commission composée de MM. Perrin, Delens et Marc Sée.)

— M. Panard (d’Avignon) communique deux observations de résection du tibia chez l’adulte. Le procédé employé a été le suivant : deux incisions verticales reliées par une troisième; décollement du périoste; section de l’os avec une scie à chaîne.

Le premier malade, âgé de vingt-deux ans, entra à l’hôpital le 10 avril 1878. Il avait fait une chute à l’âge de quatorze ans, d’où entorse tibio-tarsienne ; de petits fragments d’os sont sortis un peu plus tard en avant de la jambe. L’état général était assez bon ; la marche était difficile. Un stylet introduit par les trajets fistuleux de la jambe conduisait sur le tibia, mou, friable, carié.

Opération le 24 avril 1878. Application de la bande d’Esmarfc. Le péroné était malade. On en enleva 4 centimètres. Le tibia fut réséqué sur l’étendue de 12 à 14 centimètres. Le 23 juillet, le malade marchait avec des béquilles ; en mars 1879, la guérison était complète. La jambe n’est pas défor-, mée; le tibia s’est reproduit; il est un peu moins fort que

celui du côté opposé. Les mouvements sont conservés, sauf à l’articulation tibio-tarsienne.

M. Houel dit que sur la pièce présentée par M. Pamard il y a un véritable abcès des os. Cet abcès ne communique pas avec le canal médullaire; l’os est gonflé et tuméfié. L’abcès siège dans l’épiphyse inférieure du tibia. En pareil cas, si l’on pouvait appliquer à temps des couronnes de trépan, peutêtre que l’os guérirait.

M. Trélat. Il y a incontestablement un abcès de l’os. Sur certaines pièces on voit ces abcès circonscrits par un peu d’osléite; ici l’ostéite est généralisée; il y a eu aussi de la périostite, de l’ostéomyélite. C’est l’évolution lente, subaiguë d’une ostéite généralisée qui a donné lieu à un abcès de l’os. Au point de vue de la déduction thérapeutique, il est vrai, comme le dit M. Houel, qu’on peut trépaner et ruginer les parois de l’abcès ; mais, quand l’os est profondément altéré, comme dans ce cas particulier, le meilleur parti à prendre est celui qu’a pris M. Pamard.

M. Després observe en ce moment un enfant qui, à la suite d’un traumatisme, a une ostéite juxta-épiphysaire chronique de l’extrémité supérieure du tibia; c’est le début de l’affection pour laquelle M. Pamard a réséqué le tibia.

M. Pamard a opéré un second malade qui avait été soigné à l’âge de dix-huit ans, par M. Pamard père, pour une ostéite du tibia. Dix-huit ans plus tard, il existait des douleurs intolérables au-dessus de la malléole interne; une application du trépan ne donna aucun résultat. M. Pamard fils réséqua le tibia; il y eut reproduction complète de l’os malgré l’âge du malade (trente-six ans).

M. Trélat. Il y a aussi des abcès de la continuité des os longs, mais il faut un traumatisme pour déterminer ces cavités purulentes; par exemple, au niveau d’une fracture consolidée depuis quelques années, il peut se former un abcès de l’os.

M. Lannelongue a appelé cette maladie ostéomyélite, parce que cette inflammation naît dans les régions où il y a beaucoup de moelle; il ne faut pas réserver le nom d’ostéomyélite pour l’inflammation simple de la moelle, car sur plus de cinquante observations M. Lannelongue n’a jamais vu le mal débuter par le canal médullaire. La maladie naît au voisinage du cartilage épiphysaire et non au niveau même de ce cartilage. C’est dans ce que M. Lannelongue appelle le bulbe de l’os que débute l’inflammation. La maladie marche parfois vers le centre, d’autres fois vers la périphérie ; si elle se dirige vers la diaphyse, elle envahit en quelques heures le canal médullaire. Les os restent atteints de l’ostéite en apparence secondaire, qui persiste après la guérison de l’ostéomyélite.

M. Lannelongue conseille de trépaner dès le début, même sans abcès sous-périostique ; après un jour ou deux, le trépan devient insuffisant ; il faut alors réséquer, comme l’a conseillé Holmes; plus tard encore, l’amputation devient nécessaire.

Les enfants de tout âge sont pris; on ne peut pas dire que c’est la maladie des adolescents. Elle se développe dans des os qui n’ont pas d’épiphyse, comme M. Lannelongue vient d’en voir un exemple chez un enfant de treize ans. Le petit malade accusait une douleur très-vive à l’épaule ; la région de l’omoplate était tuméfiée; l’articulation scapulo-humérale était saine ; la partie inférieure de l’omoplate était malade. On trouva du pus en un point où il n’y avait pas d’épiphyse ; la maladie peut envahir les os courts comme les os plats.

— M. Nepveu lit un travail sur le chondrome de la glande sous-maxillaire.

Société de biologie.

Lésions accidentelles chez un animal reproduites chez ses petits sous forme de lésions congénitales : M. Brown-Séquard. — Innervation du foie : M. Picard. — Histologie de la néphrite parenchymateuse : M. Cornil. — Un cas de traumatisme crânien : M. Bochefontaine. — De la transmission de la diphthérite des animaux à l’homme : M. Trasbot. — Ligaments latéraux de la moelle épinière chez les ophidiens : M. Blanchard.

M. Brown-Séquard, rappelle à la Société une série de faits dans lesquels des animaux, accidentellement privés d’un membre ou d’un organe, ont donné naissance à des sujets chez lesquels celte perte de substance se reproduisait sous forme de malformation congénitale. Dans d’autres cas, au lieu d’une mutilation, on a vu les petits présenter des segments de membre supplémentaires. Ces observations ont pu être faites très-fréquemment pour des doigts sur les cochons d’Inde. Quelquefois, à la suite de lésions nerveuses chez les parents, les enfants présententles mêmes troubles fonctionnels que s’ils avaient été eux-mêmes atteints d’une lésion tout à fait semblable : épilepsie «à la suite dé section du sciatique et d’hémisection de la moelle, exophthalmie à la suite de lésion du corps restiforme. L’espèce humaine présente aussi quelques cas avérés de ces transmissions héréditaires : M. Brown- Séquard cite l’observation de trois jeunes filles dont le père avait eu une fracture du maxillaire inférieur irrégulièrement consolidée et qui présentaient elles-mêmes une inflexion de cet os; il cite des cas analogues relatifs à des rétractions du médius ou à des pertes de phalanges de l’index. A l’appui de ces faits, M. Brown-Séquard présente une famille de cochons d’Inde: la mère, chez laquelle un corps restiforme avait été sectionné, a présenté, quatre mois après, des hémorrhagies, puis des plaques de gangrène sèche dans le pavillon de l’oreille du même côté; des trois petits qui sont, nés d’elle hier, le premier porte aux deux oreilles des appendices supplémentaires; le second, au contraire, des échancrures sur le bord libre du pavillon de l’oreille, au côté opposé à celui de la lésion expérimentale de la mère; chez le troisième enfin, on constate dans les mêmes points des foyers hémorrhagiques, qui aboutiront certainement, comme c’est la règle, à des pertes de substance. M. Brown-Séquard pense que tous ces faits s’expliquent par la transmission héréditaire de lésions nerveuses , plutôt que par la transmission directe de lésions des organes mutilés.

M. Bouqet indique des faits de difformités héréditaires tout à fait analogues qu’il a pu observer sur les salamandres, à la suite de section de la queue.

Al’occasion d’une question de M. Dumontpallier, M. Brown- Séquard établit les distinctions suivantes au sujet des épilepsies héréditaires : les animaux nés de parents dont la moelle a été hémisectionnée présentent des attaques d’épilepsie spontanées et n’ont pas de zone épileptogène ; si les parents ont subi en outre la section du nerf sciatique et la perte d’un ou plusieurs doigts du membre ainsi énervé, leurs petits orient des lésions congénitales des doigts et ont une zone pileptogène.

— M. de Sinéty lit, au nom de M. Picard (de Lyon), une note relative à l’innervation du foie. La section des nerfs qui se rendent à cet organe ne trouble ni la fonction glycogénique ni la sécrétion biliaire ; l’excitation des bouts centraux provoque peu de douleur; celle des bouts périphériques ne semble pas influencer d’une façon régulière la circulation hépatique, étudiée d’après la coloration de la surface de la glande ou l’écoulement du sang à la surface d’une coupe.

— M. Cornil mqntre une série de préparations histologiques prises sur des reins atteints à divers degrés d’inflammation parenchymateuse. Les cellules qui tapissent les tubes

urinifères sont tuméfiées et contiennent de petites granulations de substance protéique transparente, coagulable par l’acide osmique. Ces gouttelettes albumineuses sont ensuite versées dans l’intérieur des tubuli : l’albuminurie apparaît ainsi comme une véritable sécrétion pathologique des cellules épithéliales du rein. On trouve en outre des granulations graisseuses infiltrant ces cellules et des globules rouges épanchés dans les tubuli et surtout dans la capsule des glomérules de Malpighi.

— M. Bochefontaine présente l’encéphale d’un cheval, tué par un coup violent appliqué sur la région frontale. Le crâne est défoncé, le corps calleux broyé, le ventricule moyen est ouvert, toutes les sinuosités de la surface cérébrale contiennent des caillots; le quatrième ventricule ne présente pas trace d’hémorrhagie. On rencontre un petit foyer dams la moitié gauche du bulbe, mais la superficie est intacte. Ce fait est en contradiction manifeste avec les théories de M. Duret sur le choc céphalo-rachidien.

— M. Trasbot a cherché si les craintes récemment exprimées par M. Nicali au sujet de la contagion possible de la diphthérite des volailles à l’homme pouvaient être justifiées par des expériences. Des fausses membranes, du sang, du mucus pris à des coqs ou à des poules diphthériliques et appliqués sur les muqueuses ou introduits dans le tissu cellulaire de plusieurs animaux n’ont donné que des résultats négatifs. Chez le chien, l’expérience n’a que peu de. valeur; cet animal n’est pas sujet .à la diphthérite et est particulièrement réfractaire aux maladies inoculables ; mais elle en a davantage chez le porc qui souvent est atteint d'affeclions pseudo-membraneuses. L’inoculation de poule à poule a au contraire très-bien réussi. Un élève de M. Trasbot, M. Faiès, a tenté sur lui-même, à l’insu de M. Trasbot, l’inoculation diphthéritique, en maintenant plusieurs minutes dans sa gorge des lambeaux de membranes prises à un coq : il n’a pas éprouvé le moindre accident. Les hypothèses de M. Nicali ne paraissent donc pas fondées.

M. Laborde croit que les expériences seraient plus concluantes si les débris membraneux étaient mélangés aux mets des animaux observés et leur étaient administrés à plusieurs reprises ; M. Galippe rappelle que l’identité entre les produits membraneux de l’homme et des animaux atteints de diphthéri Le. n’est pas aussi complète que le semble croire M. Trasbot; il ajoute que dans ceux des poules, M. Méguin a trouvé des parasites spéciaux ; enfin M. Dumontpallier demande que des inoculations soient tentées sur les animaux avec des fausses membranes empruntées à l’homme.

— M. Blanchard , au nom de M. Jolyet (de Bordeaux) et au sien, décrit deux ligaments latéraux qui courent sur les côtés de la moelle épinière des ophidiens, dans l’épaisseur même de son enveloppe conjonctive, et qui semblent destinés à éviter les froissements de Taxe nerveux dans les mouvements de reptation.

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