‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 88 sur 249 · X. Arnozan · texte numérisé non relu

X. Arnozan

REVUE DES JOURNAUX

Mémoire sur le bromhydrntc île cinchonidine. Sa puissance fébrifuge, les avantages de son emploi par la méthode hypodermique, par M. le professeur A. GUBLER.

La cherté du sulfate de quinine, l’épuisement rapide des quinquinas dans les forêts de l’Amérique méridionale ont poussé les Anglais et les Hollandais à essayer dans l’Inde et àJava la culture de cet arbre précieux. L’analyse des écorces récoltées dans ces nouvelles plantations a produit un grand [ désenchantement; elles sont en effet pauvres en quinine et contiennent par contre une forte proportion des alcaloïdes

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de la série congénère. Les médecins de Madras, possédant une grande quantité de cinchonine, de cinchonidine, de quinidine, et enfin de quinicine et de cinchonicine (ces deux derniers sont tout à fait neutres), ont entrepris d’étudier la puissance fébrifuge de ces alcaloïdes et sont arrivés à celte conclusion tout à fait inattendue que la cinchonine, la cinchonidine et la quinidine jouissent de propriétés antipériodiques égales à celles de la quinine. Ce résultat a paru étrange, surtout en ce qu’il est en complet désaccord avec ce que nous savons de la cinchonine. M. le professeur Gubler a voulu alors étudier par lui-même ce point important de la thérapeutique, afin de vider la question.

Avant d’entrer dans le détail de l’élude expérimentale, il remarque d’abord que la quinidine est de la quinine dont une partie de la puissance est épuisée, puisque c’est sous cette forme que la quinine est en notable partie éliminée par le rein (thèse de Guyochin, 1872)'. Parmiles alcaloïdes du quinquina, quatre sont dextrogyres; la quinine et la cinchonidine sont seuls levogyres, et il croit que ce dernier devrait occuper la tête de sa série cinchonique; donc son nom serait mal composé, et voici comment il rangerait les alcaloïdes des quinquinas : 1° série quinique: quinine, quinidine, quinicine; 2Ü série cinchonique : cinchonidine (ou mieux cinchonine levogyre), cinchonine, cinchonicine.

M. Gubler a soigné six malades atteints de fièvres intermittentes fortes par lebromhydrate de ci nchoninelevogyre (cinchonidine). Il a bien réussi ; aussi donne-t-il les conclusions suivantes : 1° La cinchonidine présente au plus haut degré les propriétés fébrifuges qui distinguent la quinine dont elle est l’équivalent thérapeutique ; 2° l’action physiologique des deux alcaloïdes n’est pas sensiblement différente aux yeux du praticien, qui ne met en œuvre que des doses moyennes et nullement toxiques; 3° les combinaisons de la cinchonine levogyre jouissent de tous les privilèges que cet hydracide semble conférer aux alcaloïdes organiques. Gomme ceux de quinine, les bromhydrates de cinchonidine se montrent plus sédatifs, moins prompts à déterminer des phénomènes d’ivresse spéciale : surdité, bourdonnements, céphalalgie, vertiges, etc., et, de plus, absolument inoffensifs pour le tissu cellulaire sous-cutané; 4° les bromhydrates de cinchonidine sont donc parfaitement adaptés à la méthode hypodermique, mais le bromhydrate acide, que nous proposerons d’appeler dibromhydrate, doit être préféré, en raison de sa plus grande solubilité. La solution de dibromhydrate de cinchonidine au cinquième (1/5°) répond à toutes les exigences de la pratique, en ce sens qu’elle est stable et suffisamment concentrée; 5° une solution de 1 centimètre cube de cette solution (contenu habituel d’une seringue de Pravaz), contenant 20 centigrammes de principe actif, répétée deux fois par jour, a le pouvoir de supprimer les accès de la fièvre palustre la plus intense, comme le ferait une dose quotidienne de 1 à 2 grammes de sulfate de quinine absorbée par la voie stomacale; 6° en conséquence, nous ne saurions trop recommander l’emploi de la cinchonine levogyre, et particulièrement celui du dibromhydrate de cette base, en injections hypodermiques, aux médecins des hôpitaux civils, ainsi qu’à nos confrères de la marine et de l’armée. Ils assureront par là le salut de leurs malades et réaliseront une économie de 80 pour 100.

Nous regrettons de ne pouvoir également donner même la substance de deux points que M. Gubler touche épisodiquement : les émanations miasmatiques des eaux d’égout, auxquelles il ne croit guère, et l’influence spécifique de l’acide bromhydrique pour empêcher l’urine quinique, d’après les expériences des médecins de Londres et de Vienne. ( Journal de thérapeutique, 1878, nos 16, 17, 18 et 21; 25 août, 10 et 25 septembre, 10 novembre; pages 601, 641, 681 et 801; et 1879, n° 1, 10 janvier, page 1.)

BIBLIOGRAPHIE

Leçons cliniques sur les maladies des organes génitaux

internes de ta femme, par Alphonse Guérin, chirurgien

de l’Hôtel-Dieu, membre de l’Académie de médecine, etc.

— 1 vol. in-8. Paris, 1878, V. A. Delahaye et C".

Il y a plus de quinze ans que M. A. Guérin faisait paraître un premier volume sur les maladies de l’appareil génital externe de la femme. Il annonçait déjà à cette époque la publication d’un ouvrage sur les maladies des organes génitaux internes. Ce long intervalle entre l’apparition de deux volumes destinés à se compléter mutuellement nécessitait quelques explications. M. Guérin nous en donne d’excellentes: « Quand je publiai les leçons que j’avais professées à l’hôpital de Lourcine, dit-il, j’avais l’intention d’en faire sur les maladies des organes génitaux internes, que j’avais étudiées, avec un soin tout particulier, pendant plusieurs années ; mais je ne tardai pas à reconnaître que, pour oser enseigner, il fallait avoir plus d’expérience que je n’en avais alors, sur des maladies qui, affectant des organes moins accessibles à nos sens que les organes externes, offrent de réelles difficultés au point de vue du diagnostic. J’ai attendu plus de vingt ans et peut-être me suis-je encore trop pressé. Pour ne citer qu’un exemple de la précipitation que l’on met à publier, il me suffira de rappeler ce qui m’est arrivé pour une des maladies sur lesquelles j’ai fait plusieurs leçons ; je croyais être bien sur que les symptômes attribués au phlegmon du ligament large lui appartiennent à l’exclusion de toute autre maladie, et voilà qu’après m’être bien appesanti sur ce sujet, je me suis aperçu qu’un adéno-phlegmon situé en dehors de ce ligament se traduit à notre investigation par des signes que tous les gynécologistes ont attribués au phlegmon du ligament large.

» Je n’ai donc pas la prétention d’avoir irrévocablement fixé nos connaissances sur les maladies des organes génitaux de la femme; mais je me suis décidé à publier mes leçons parce qu’elles sont l’expression d’une vieille expérience et de recherches consciencieuses. »

Nous avons tenu à reproduire ces quelques lignes de la préface de M. A. Guérin, parce qu’elles montrent avec quel esprit méthodique et consciencieux l’auteur a entrepris ses recherches et ses études.

Ce volume contient dix-neuf leçons ; une introduction les précède, qui nous initie à la manœuvre du spéculum, au toucher vaginal et à l’hystérométrie. Puis l’auteur entre en matière et son premier chapitre traite de la menstruation. Il critique rapidement les théories diverses, décrit les caractères du flux menstruel, et prépare ainsi l’étude des inflammations de l’utérus. Les six leçons suivantes ont pour objet les métrites: la métrite interne, la métrite parenchymateuse et la métrite chronique. Nous recommandons surtout le chapitre sur la métrite interne en général, si mal décrite et si souvent méconnue.

La quatrième leçon, qui traite de la métrite puerpérale, présente un intérêt particulier. On sait combien est obscur le mot fièvre puerpérale; M. Guérin pense que l’on confond trop souvent deux maladies bien différentes, l’infection purulente provoquée par l’absorption à la surface de la plaie utérine des ferments atmosphériques, d’une part, et, d’autré part, la métrite puerpérale qui se complique souvent elle-même de éritonite et de phlegmon du ligament large. Il s’efforce d’étalir le diagnostic entre ces deux maladies que séparent leur pathogénie et leur anatomie pathologique, leurs symptômes mêmes et leur traitement. Nous trouvons ensuite une leçon sur la métrite exfoliatrice ou dysménorrhée membraneuse ; une série de chapitres intéressants et nouveaux sur la métrite chronique terminent ce qui a trait à l’importante question des inflammations utérines.

Dans la huitième leçon, M. Guérin étudie la congestion

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pelvienne-, il préfère, à juste titre, ce mot à celui de congestion utérine qui fait abstraction de l’intime solidarité des plexus veineux du bassin. Puis il parle de la « fluxion » que M. Courty distingue de la congestion et montre qu’il est assez difficile de marquer la limite exacte entre la congestion et l’inflammation, pour ne pas multiplier encore les causes de troubles. Si la fluxion n’est pas la congestion physiologique qui survient au moment des règles, elle n’est autre chose que la congestion classique décrite depuis longtemps et dont M. Guérin donne à son tour une étude fort soignée.

Signalons encore les chapitres consacrés au phlegmon du ligament large, à l’adéno-phlegmon rétropubien et à la pelvipéritonite. Sans nier l’existence du phlegmon des ligaments larges, l’auteur demande que son étude soit formellement révisée ; il croit que l’on en exagère la fréquence et que, sous ce nom, on a désigné souvent une affection fort différente, dont M. Guérin le premier a donné la description: V adéno-phlegmon rétropubien. Nous appellerons seulement l’attention sur une autopsie très-intéressante qui confirme cette opinion.

Ce court exposé analytique suffit pour donner une idée du livre deM. Alphonse Guérin, qui se recommande à l’attention des gynécologistes par des qualités essentiellement pratiques. Partout on sent que l’auteur est sur un terrain qui lui appartient et qu’il fait une étude clinique approfondie des sujets qu’il traite.

Disons quelques mots en terminant des belles planches chromolithographiques qui terminent cet excellent livre et qui représentent divers états morbides du col. Les figures intercalées dans l’introduction et qui ont trait à l’exploraliou des organes génitaux sont également très-originales ; mais quelques-unes pèchent sous le rapport de l’exécution ; c’est ainsi que la figure K nous a semblé très-imparfaite et peu digne de figurer dans un ouvrage de cette importance. Mais c’est là une tache insignifiante qui n’enlève rien aux qualités fondamentales du livre de M. Guérin.

A. Lutaud.

VARIÉTÉS

La peste d'Astrakhan.

Nous recevons d’un de nos abonnés de Saint-Pétersbourg, au sujet de la peste de Russie, une lettre que son étendue et sa forme familière nous empêchent de reproduire intégralement, mais qu’on peut résumer de la manière suivante :

Les gens compétents et qui observent de sang-froid et de près sont étonnés (notre correspondant dit stupéfaits) de voir combien les excitations de l’opinion publique sont peu en rapport avec l’étal actuel des choses. A propos d’un Naum Prokofjew (1) quelconque, des savants de premier ordre ont la bonté d’entrer en campagne, de remplir les journaux de discussions interminables, pendant que toutes les Bourses de l’Europe attendent anxieusement le procès-verbal de la santé du malade de llolkin !

L’intervention de lafinance et de la presse dans les questions sanitaires, et la panique, voilà le grand mal. Nous ne disons rien du rôle de la politique, dont il a été parlé, mais qui ne nous regarde pas.

Il ne faut pas oublier que la Russie n’a guère que des assignats, que le rouble a un cours extrêmement variable et que, par suite, des spéculations énormes sont engagées sur cette valeur, surtout dans les pays limitrophes. L’épidémie de peste, étant un fait de nature à amener la baisse, a été exploitée à outrance, et la presse s’est faite l’agent intéressé ou dupé de cette exploitation. On ne saurait assez insister sur ce point. Tous les canards (sic) les plus invraisemblables ont été lancés et soutenus par des journaux russes, et là où le patriotisme commandait de n’apporter que la vérité et la clarté, ils u’oht su faire que la confusion et l’obscu-

‘ (1) Nom d» malade dont on a tant parle récemment.

rité. On connaît les résultats de cette triste besogne, et la Russie est à même de les apprécier tous les jours.

Quant à la panique, elle a commencé à Vienne dès que l’on eut connaissance de l’épidémie, on ne sait vraiment pas trop pourquoi. Dans le monde officiel, comme dans les cercles privés, on ressentait ou l’on affectait de ressentir une profonde terreur. « Les Viennois sont fous à lier, » disait un savant bien connu de Ilerlin, à son retour de la capitale de l’Autriche. Rien n’est contagieux comme la peur. On s’en aperçut bientôt en Allemagne et en France, où lo ton de la presse devint subitement et à la légère presque menaçant.

Puis vint le discours de Botkin, prononcé à la Société de médecine de Saint-Pétersbourg, le 11/23 janvier 1878. Ce discours, dont vous n’avez eu que les extraits les plus insignifiants, est vraiment important. Le célèbre professeur voit les choses de très-haut, et, rompant avec les habitudes traditionnelles de tous les pays en pareil cas, il prononce hardiment le nom de peste. Mais il ne s’arrête pas là : « Une seule forme de la peste, dit-il, présente une mortalité pareille à celle de Wetlianka, un décours aussi rapide, des symptômes aussi prononcés du côté des voies respiratoires, c’est la peste des Indes, la peste noire du moyen âge. j> — Ce mot de peste noire a certainement produit un effet désagréable, même dans le monde médical. « Tout ce que vous voudrez, mais pas la peste noire , » disait un prince russe à un savant étranger, qui n’en revenait pas.

Ajoutez encore les contradictions des médecins eux-mêmes. Le docteur Dceppner penchait visiblement pour la peste, tandis qu’à peine arrivés, les docteurs Morosof et Gregorriî télégraphiaient à Saint-Pétersbourg qu’il s’agissait d’une pneumonie croupale. Enfin, le docteur Krassowsky, qui est resté courageusement a son poste depuis le 18/30 décembre environ jusqu’au 8/20 mars, niait toujours que la maladie qui, en une semaine, avait tué 200 personnes du village, fût la peste à bubons. On dit cependant qu'il a été convaincu par le dernier cas.

Enfin, l’éloignement d’un pays peu civilisé, soumis à l’autorité d’un Etat dans l’Etat (le gouvernement cosaque), tout cela a contribué à entretenir la confusion et une terreur qui n’a pas encore cessé, bien qu’elle aitdiminué aux yeux du grand nombre. On répétait que la Russie était sous le coup d’une épidémie de peste générale; des faits cliniques multipliés le démontraient; ce qui s’est passé à Wetlianka pouvait se reproduire sur l’un ou l’autre point de son territoire, et l’Europe devait prendre contre elle les précautions les plus rigoureuses.

En fait, la peste va-t-elle gagner telle ou telle ville russe? Personne n’en sait rien. Mais, quant à présent, voici simplement de quoi il s’agit.

11 s’est produit dans le petit village de Wetlianka, en novembre 1878, une épidémie de peste à bubons dont on ignore l’origine. Cette épidémie, d’abord méconnue, parce qu’elle était bénigne, a pris rapidement une extension considérable dans la localité, puis s’est terminée subitement. La maladie a été importée dans quelques villages environnants, mais ses progrès ont été arrêtés le plus facilement du monde. Actuellement elle a disparu en tant qu’ épidémie. Les derniers cas signalés sont extrêmement isolés et bénins. Tout le théâtre de Tépidemie a été parcouru par des délégués étrangers qui ont pu constater la réalité de ce dernier fait. Vous n’ignorez pas qu'un de ces délégués est de votre pays. Même en admettant qu’ils se soient trompés ou qu’ils aient été trompés, qu’il existe des cas cachés ou inconnus du gouvernement (par exemple, chez les Kalmouks ou les Khirgizs), ces cas ne peuvent être nombreux et, par suite, ne constituent pas un danger. Le danger n’existe que là où il y a des chemins de fer ou au moins des roules de poste. Du reste, les tromperies dont on a parlé n’existent pas. Le gouvernement russe a agi en toute cette affaire avec une franchise peut-être inusitée, mais certainement des plus louables.

En dehors de ce qui vient d’être dit, qu’y a-t-il? Et quels sont les laits cliniques? Partout où apparaît un bubon on crie à la peste. Si un soldat a une adénite cervicale, cas suspect ! Si un garde forestier a un abcès du cou, cas suspect ! Si un brave mari a un bubon suppuré dans l’aine, cas suspect ! Et l’on se met à vingt ou trente pour deviner qu’il est des petits détails que l’on cache à sa famille. On ne saurait trop réagir contre cette tendance. N’est-ce donc que d’aujourd’hui que nous rencontrons des bubons soi-disant spontanés? Et si la chose existait il y a dix ans, vingt ans, comme elle existe aujourd’hui, pourquoi tourmenter l’opinion publique d’études cliniques prématurées, et jeter à travers la confusion universelle des nouveautés pathologiques, des pestes ébauchées, des pestes frustes, des bubons infectieux, etc.?

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Il vaudrait mieux, ce me semble, observer et se taire. Le danger venu, il sera toujours assez tôt d’agir.

Notre correspondant termine par quelques remarques que nous ne croyons pas devoir reproduire sur la conduite suivie en cette occasion par le gouvernement russe.

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