NÉCROLOGIE
Le professeur Gubler vient de succomber dans sa maison de campagne, près de Toulon, aux progrès d’une maladie chronique. Il y a longtemps que ceux qui l’approchaient observaient avec inquiétude ces malaises de plus en plus répétés et accentués qu’il appelait ses migraines, et qui, avec quelques autres symptômes, pouvaient accuser une altération grave des organes digestifs. C’est, en effet, une affection gastrique qui paraît l’avoir emporté. Sa mort est une des plus sensibles qui pût frapper la Faculté et le corps médical. C’était un des représentants les mieux caractérisés, un des chefs les plus avoués de l’Ecole moderne. Il avait une spécialité, si accentuée en lui, qu’elle lui était en quelque sorte personnelle; spécialité rare, singulière, qu’on ne peut exprimer que par une opposition de mots : la spécialité de l’encyclopédisme. Gubler, en effet, n’ignorait rien de tout cet ensemble, aujourd’hui si divers et si complexe, de connaissances qui constitue la science de la biologie. Physique, chimie, pharmacie, histoire naturelle, anatomie, physiologie, pathologie, il savait tout cela par le menu, et son occupation constante a été de mettre toutes ces sciences particulières en présence les unes des autres pour en étudier les rapports et en faire sortir — on sait avec quelle sagacité ingénieuse — soit l’explication des phénomènes de la vie normale ou delà maladie, soit les motifs rationnels des indications thérapeutiques ou les règles de la matière médicale et de la pharmacologie. Aussi peut-on dire qu’il y avait entre ses qualités scientifiques et la nature de l’enseignement officiel dont il était chargé une corrélation parfaite, puisque la thérapeutique est l’aboutissant dernier de toutes les connaissances utiles au praticien.
Parmi les travaux de Gubler relatifs à la chimie et à l’histoire naturelle médicales, nous citerons : un mémoire sur la sécrétion et la composition du lait chez les enfants nouveau-nés des deux sexes (1855); Etude sur l’origine et les conditions de développement de la mucédinée du muguet (1858); Préface d’une réforme des espèces ( botaniques ) fondée sur le principe de la variabilité restreinte des types organiques en rapport avec leurs facultés d'adaptation aux milieux (1862), etc., etc.
Comme médecin (thérapeutique et clinique), Gubler a laissé des travaux importants, dont sa thèse inaugurale (1849) ( Des glandes deMéryetde leurs maladies chez l’homme ) ne laissait pas prévoir la nature. On a de lui un Mémoire sur une nouvelle affection du foie liée à la syphilis héréditaire (1852); peu après une remarquable Étude sur la cirrhose (thèse d’agrégation, 1853), une Note sur un cas de dilatationvariqueuse lymphatique une Etude sur le rhumatisme cérébral (1857), un Mémoire sur l’angine maligne gangréneuse (1857), Herpès guttural et conjonctival (1857). C’est à cette date que Gubler commence à s’occuper plus spécialement de thérapeutique. Il publie des travaux sur l’antagonisme du sulfate de quinine et de l'opium (1858), sur la paralysie alterne dans les lésions de la protubérance (Gazette hebdomadaire de 1859), sur les épistaxis utérines (1862), sur le bromure de potassium (1864), Yaconitine (1863), 1 "Eucalyptus (1869), etc.
Il a en outre enrichi d’assez nombreux articles le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.
Devenu professeur de thérapeutique à la Faculté de médecine, en même temps qu’il attirait un nombreux auditoire à ses leçons, malheureusement inédites, il continuait à collaborer activement aux travaux de l’Académie de médecine, des Sociétés de biologie, de thérapeutique et d’hydrologie. Enfin, dans ces dernières années, il a donné une œuvre capitale : Les Commentaires thérapeutiques du C odex, 1868 (2° édition, 1874), longuement appréciée dans ce journal, et fondé avec la collaboration de
MM. Bordier et E. Labbée une publication importante : le Journal de thérapeutique (1874), dans lequel il a lui-même inséré de nombreux mémoires, dont un tout récent, sur les propriétés de la quinidine, a été également analysé dans la Gazette hebdomadaire.
Cours de clinique. — Le Président de la République française, sur le rapport du ministre de l’instruction publique et des beauxarts; vu les décrets des 20 août et 6 décembre 1877, vient de rendre le décret suivant :
Art. 1er. — Les services spéciaux nécessaires pour le fonctionnement des cours cliniques annexes, institués par le décret du 20 août 1877, sont mis à la disposition des facultés de médecine par les soins des administrations des hôpitaux et des administrations des asiles publics d’aliénés, et restent affectés à ces services. Toutefois l’installation des cliniques annexes de maladies mentales et les conditions auxquelles fonctionneront les cours seront préalablement réglées pour chaque asile d’aliénés, de concert entre le ministre de l’instruction publique et le ministre de l’inté—
Art. 2. — A Paris, ces services nouveaux, spécialement affectés aux cours des maladies des enfants, des maladies syphilitiques et des maladies de la peau, sont établis dans les hôpitaux des Enfants malades, du Midi et Saint-Louis. Ils restent à la disposition de la Faculté de médecine dans les mêmes conditions que les services affectés aux cliniques générales.
Dans le cas où il y aurait lieu de pourvoir à une vacance de chargé de cours, avant que ces services ne soient créés, le cours ne sera confié qu’à l’un des chefs de service en exercice dans l’hôpital.
Le service affecté au cours des maladies des yeux sera distinct des services de chirurgie générale.
Jusqu’à ce que les constructions nécessaires pour installer ces services à Lariboisière et pour installer à Necker le cours des maladies des voies urinaires aient été terminées, ces deux cours seront faits dans les services des chargés de cours nommés, qui ne pourront changer ni d’hôpital ni de service pendant toute la durée de leurs fonctions.
Art. 3. — En cas d’empêchement d’un professeur, le suppléant est choisi soit parmi les agrégés pourvus d’un service hospitalier, soit parmi les médecins ou chirurgiens des hôpitaux.
Art. 4. — A chaque cours clinique annexe est attaché un chef de clinique. Les chefs de clinique sont nommés au concours; la durée de leurs fonctions est fixée à deux années. Les candidats devront justifier du grade de docteur et du titre d’ancien interne des hôpitaux. Toutefois, ces dispositions ne sont pas applicables à Paris, où les internes nommés au concours remplissent de plein droit les fondions de chef de clinique.
Art. 5. — Le chargé de cours fait deux leçons par semaine pendant toute l’année scolaire ; un amphithéâtre est tenu à sa disposition aux jours fixés pour les leçons.
Un cabinet de recherches est annexé à chaque service, et disposé d’accord avec le doyen de la Faculté. Une salle spéciale de consultation est affectée au service des maladies des yeux.
Art. 6. — Les chargés de cours annexes et les chefs de clinique restent soumis comme tout le personnel médical des hôpitaux à toutes les prescriptions réglementaires du service hospitalier, même en ce qui concerne l’heure et la régularité des visites à faire aux malades.
Art. 7. — La réglementation d’ordre intérieur et de police dans les établissements où il y aura des cours annexes, appartient exclusivement à l’administration hospitalière.
Art. 8. — 11 est pourvu, par les soins du ministre de l’instruction publjq.ue, aux dépenses de personnel, de construction, d’appropriation, d’ameublements et d’achats d’instruments rendues nécessaires par l’installation des cours annexes de clinique dans les hôpitaux civils; ces dépenses ne pourront, en aucun cas, devenir obligatoires pour les administrations hospitalières. La propriété des bâtiments appartiendra à l’administration hospitalière.
Nul travail ne peut être exécuté sans l’assentiment de l’administration hospitalière.
Les plans et devis sont dressés par l’architecte des hospices et soumis à la Faculté de médecine.
Art. 9. — En cas de dissentiment entre les facultés de: médecine et les administrations hospitalières, il en est référé aux 'ministres de l’instruction publique et de l’intérieur, et l’affaire est; portée devant la commission mixte permanente. .
Art. 10. — Les ministres de l’instruction publique et de l’intérieur sont chargés, chacun en ce qui le- concerne, de l’exécution du préseiil'décret.
Fait à Paris, le 15 avril 1879.
Réunion annuelle des sociétés savantesala Sorbonne. — L’espace nous manque absolument pour rendre compte aujourd’hui de cette session. Nous résumerons dans le prochain numéro les communications relatives à la médecine.
Faculté de médecine de Paris. — La Faculté de médecine de Paris vient de publier la statistique suivante, relative aux nouveaux étudiants en médecine qui sont venus se faire inscrire pendant le semestre d’hiver, du 15 octobre dernier au 15 mars 1879 :
Elèves sans inscription, 265 ; élèves venant des autres Facultés, 106; élèves venant des Ecoles de plein exercice, 25; élèves venant des Ecoles préparatoires, 103; docteurs et élèves étrangers, 16; élèves étrangers sans inscription, 19; élèves et officiers de santé navale, 39; élèves de sanie militaire, 32; dames françaises, 5 ; daines russes, 2. — Total, 612.
Faculté df. médecine de Nancy. — Un concours est ouvert à la Faculté de médecine de Nancy pour deux places de chef de clinique, l’une pour la clinique chirurgicale, l’autre pour la clinique obstétricale.
A chacun de ces emplois, dont la durée est de trois ans, est attaché un traitement annuel de 1000 francs.
Sont admis à concourir les docteurs en médecine français, non pourvus du titre d’agrégé, et les étudiants ayant subi les cinq premiers examens de doctorat.
Le concours pour la place de chef de clinique chirurgicale s’ouvrira à la Faculté de médecine le lundi 14 juillet 1879, à huit heures du matin.
Le concours pour la place de chef de clinique obstétricale s’ouvrira à la Faculté le lundi 21 avril, à huit heures du matin.
Les candidats devront se faire inscrire au secrétariat de la Fa-» cullé de médecine huit jours avant L’ouverture de chaque con-> cours. Ils auront à produire un acte de naissance dûment légalisé, » le diplôme dé docteur en médecine ou un certificat constatant qu’ils ont soutenu les cinq examens pour le doctorat.
La Morgue. — M. le procureur de la République de Paris vient de recevoir de M. le docteur Brouardel, nommé l’année dernière médecin en chef de la médecine légale, un rapport sur les modifications et améliorations à apporter dans le service des autopsies et des expositions de corps amenés dans cet établissement. Les conclusions de ce rapport tendent : 1° à obtenir une conservation réelle des corps déposés à la Morgue; 2° à améliorer l’organisation de la sâlle d’aûtopsiè ; 3° à créer une chambré de microscopie; 4° à créer une chambre de chimie ; 5° à créer une chambre pour les expériences physiologiques; 6° à disposer un emplacement pour les préparations anatomiques et les moulages; 7° à former des collections anatomiques, de poisons, et une bibliothèque.
M. Brouardel propose d’employer le froid comme moyen de conservation des corps. Selon lui, il suffirait de maintenir dans la salle d’exposition la température de zéro degré. En outre, les dalles seraient remplacées par des tables en tôle émaillée munies d’une crémaillère qui permettrait de leur donner l’inclinaison nécessaire.
Les dépenses sont évaluées à environ 52000 francs.
- Inauguration de l’hôpital anglais d’Hertford. — L’hôpital anglais d’Hertford, fondé rue de Villiers par sir Richard Wallace,et dont la première pierre avait été posée le 24 août 1877, a été inauguré hier en presence de lord Lyons, ambassadeur d'Angleterre. Un discours a été nrononcé à cette occasion par- sir Richard Wallace.
Nécrologie. — M. le docteur Délayé, aliéniste distingué, ancien professeur à l’Ecole demédecüie de Toulouse, et M. le doc-' teur Lafont-Gouzy, président dé la Société de médecine delà même ville, viennent de mourir. Le premier avait quatre-vingtdix ans ; le second était également très-âgé.
. On annonce aussi la mort de M. le docteur Bertet, de Cercoux (Charente-Inférieure), et de M. le docteur Maigrot, directeur de l’établissement hydrothérapique de Saint-Dizier.
Cours d’anthropologie ou d’histoire naturelle de l’homme. — M. de Quatrefages, membre del’lnstitut, professeur, commencera son cours le mardi 29 avril 1879, etle continuera les mardis, jeudis et samedis à trois heures. — Le professeur commencera cette année l’étude des questions générales de l’anthropologie. Il examinera ce que sont l’espèce et la race dans le règne végétal et dans le règne animal, et fera à l’histoire de l’homme l’application des faits constatés chez les plantes et les animaux.
Hôpital Saint-Louis. — M. le docteur Vidal, médecin de l’hôpital Saint-Louis, reprendra ses conférences cliniques sur les affections de la peau et la syphilis, le lundi 28 avril, a neuf heures du matin, et les continuera les lundis suivants à la même heure (salle Saint-Jean).
Hôpital Saint-Antoine. — Le docteur Dujardin-Beaumolz, médecin de l’hôpital Saint-Antoine, commencera son cours de clinique thérapeutique le 1er mai, à neuf heures et demie, à cet hôpital, et le continuera les jeudis suivants à la même heure.
Il traitera cette année de la chirurgie des maladies de l’intestin et du foie. — Visite et interrogations au lit du malade tous les matins à neuf heures.
État sanitaire de la ville de Paris :
Du 11 au 1 7 avril 1879, on a constaté 1124- décès, savoir :
Fièvre typhoïde, 18. — Rougeole, 29. — Scarlatine, 1. Variole, 24. — Croup, 22. — Angine couenneuse, 26. — Bronchite, 65. — Pneumonie, 84. — Diarrhée cholériforme des jeunes enfants, 13. — Choléra nostras, 0. — Dyssenterie, 1. — Affections puerpérales, 7. — Erysipèle, 5. — Autres affections aiguës, 282. — Affections chroniques, 465 (dont 198 dus à la phthisie pulmonaire). — Affections chirurgicales, 54. — Causes accidentelles, 28.
SOMMAIRE. — Paris. Académie do médecine : Dos sels purgatifs. — Travaux originaux. Syphiliographie : Double fongus syphilitique des testicules ; guérison parie traitement interne. — Sociétés savantes. Académie dos sciences, — Académie de médecine. — Société de chirurgie. — Sociélé de biologie. — Revue des journaux. Mémoire sur le hromhydrale do cinchonidinc. — BlDLIOGHAPIitE. Leçons cliniques sur les maladies des organes génitaux internes de ta femme. — Variétés. La peste d'Astrakhan. — Nécrologie. — Cours cliniques. — Feuilleton. Les détracteurs do la’ médecine.
G. Masson, Propriétaire-Gérant.
OUVRAGES DÉPOSÉS AU BUREAU DU JOURNAL
Maladies ihl système Remua!. Le'oons fnites à la Faculté de médecino de Montpellier, par le docteur J. Grasset. Tomosocond; l 'vol. in-8. 13 fr.
Prix do l’ouvrage complet, 2 vol, in-8, avec . 26 figures dans le toxlo. Paris V. A. Dcluhaycet C1*. , 22 fr.
Du diagnostic et du traitement des maladies du cœur, et en particulier de leurs formes anomales, par le professeur Germain Séc. Leçons recueillies par le docteur Labadic-Lagravc (Clinique de la Charité, 1874 à 1876). i vol. in-8. Paris, V.A.Delahayc et C'«. , 0 fr.
Élude historique et clinique sur la trépanation du crdne, la trépanation guidée parles localisations cérébrales, par le docteur Just Lucas-Champlomiièrc. 1 vol. in-8, avec 14 figures dans le texte. Paris, V. A, Delabayo et C1". 3 fr. 50
La, lèpre4 est contagieuse, par un.MisSii)nn.iiro attaché aux léproseries, avec uno carte coloriée do la distribution géographique do la lopré. 4'vol. in-8, ■ br., de
par le docteur Jacques-François Farina. 4 Vol. in-42, br., a J.-B. Baillière et fils.
Traité du palper abdominal au point de vue obstétrical ot do lèverait nœuvres externes. 1 vol. .in-8, avec 27 figures intercalées dans le te Lauworeyns.
Vingt-sixième année N° 18 2 Mai 1879
GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDEC^fJr DE CHIRURGIE
Comité de rédaction : A. DECHAMBRE, président ; BLACHEZ, DIEU LAFOY , A. HÉNOCQUE, L. LEREBOU LLET , A. -H. MARCHAND
Adresser tout ce qui concerne la rédaction au siège du Comité, chez M. DecHambrEj 91, rue de Lille (avant le mardi de préférence)
HISTOIRE ET CRITIQUE
PHYSIOLOGIE EXPÉRIMENTALE -I INNERVATION DU CCEUU (Troisième article.)
III. — Du mode d’action des nerfs accélérateurs et des caractères de l’accélération du cœur en elle-même.
Un fait très-frappant dans l’histoire des nerfs accéléra- i teurs, c’est que, leur excitation produisant l’augmentation de 1 fréquence des battements du cœur, leur section n’en déler-j mine pas le moindre ralentissement. Ce fait est tout d’abord embarrassant au point de vue théorique. Nous sommes habitués à juger de l’actiou des nerfs par les résultats inverses de leur excitation et de leur section : les muscles vasculaires se relâchent quand on a sectionné leurs nerfs vaso-i moteurs, le cœur s’accélère au maximum quand on a sec- 1 tionné les deux pneumogastriques, et aucun ralentissement J du rhythme cardiaque ne se produit après la section des* nerfs accélérateurs. Il y a là évidemment un cas particulier, une condition fonctionnelle spéciale à ces nerfs; c’est ce qu’on a cherché à exprimer en disant que les nerfs accélérateurs n’interviennent pas dans la régulation du rhythme car-, diaque d’une façon continue, mais intermittente, que leur intervention dans les modifications de la fréquence du cœur est \ subordonnée à l’influence d’excitations centrales discontinues. J La section de ces nerfs supprime seulemenUa possibilité d’ac* cêlérer le cœur par des actions à distance, comme des excitations douloureuses modérées, comme. l’anémie brusque du cerveau produite sur les animaux par la compression carotidienne simple ou double, etc. Cette conception du système ac- I célérateur comme système surajouté, n’agissant que par intervalles et selon les besoins de l’organisme ou sous des influences accidentelles, mais n’entretenànt pas le mouvement, cette conception semble la seule qui puisse à l’heiire actuelle rendre compte de ce résultat paradoxal que des nerfs dont l’excitation j provoque l’accélération du cœur soient secctionnés sans quej le cœur se ralentisse. rr— -
Si l’on examine la série des phénomènes qui se produisent au cours des expériences pratiquées sur les nerfs accélérateurs du cœur, on remarque que l’augmentation de la fréquence des battements du cœur ne se produit qu’à la condition que le cœur ne présente pas au préalable un: rhythme notablement accéléré; d’autre part, l’accéléra-j lion qu’on obtient ne peut dépasser une certaine limite. Ces I deux faits sont liés l’un à l’autre, et concordent à montrer] que le rhythme normal du cœur ne peut dépasser un certaii/ degré de fréquence : si cette limité était atteinte au moment de l’expérience, l’excitation des nerfs accélérateurs reste inef-U ficace ; si le cœur n’était pas accéléré, et qu’on obtienne l’augmentation de fréquence par l’excitation des neris accéléra- | 2® Série, T. XVI. .
teurs, on ne dépassera pas un chiffre déterminé, même en appliquant aux nerfs accélérateurs des excitations beaucoup 1 plus intenses. Il semble que le cœur, dans les modifications J fonctionnelles qu’on lui impose, ne puisse pas dépasser pour un animal donné une accélération moyenne ; il présente une tendance à se maintenir dans les limites d’un certain rhythme qui ne peut être modifié sous l’influence des excitations directes ou réflexes que subit son système accélérateur.
Ces considérations permettent de comprendre l’insuccès d’un certain nombre d’expériences faites précisément dans des conditions de fréquence initiale telle que les excitations les plus énergiques des nerfs accélérateurs restent sans effet appréciable.
Mais la démonstration de l’action accélératrice de ces nerfs n’est pas seulement subordonnée au degré de fréquence préa labié du cœur. Il faut aussi tenir compte du degré d’action , simultanée des nerfs antagonistes, des pneumogastriques. J Prenons pour exemple le fait bien connu de l’excitation du pneumogastrique au cou : comme nous l’avons vu, ce tronc nerveux contient réunis dans la même gaîne des filets lierveux modérateurs et des filets nerveux accélérateurs, et cependant les excitations appliquées à son bout inférieur , hi faibles qu’elles soient, provoquent comme phénomène initial le ralentissement du cœur; c’est du moins ce qui ressort des expériences d’une foule de physiologistes, et notamment de celles qu’a exécutées Rutherford par un procédé très-recommandable, l’examen simultané des effets moteurs du pneumogastrique sur le larynx et de ses effets sur le cœur. Il a vu qu’en faisant passer graduellement les excitations d’une intensité nulle à une intensité suffisante pour produire un effet, le premier phénomène appréciable était le mouvement des muscles innervés par le récurrent, qu’un peu plus tard des A modifications cardiaques' sé produisaient, mais que ces modi- j fications du jeu du cœur étaient toujours caractérisées, dès / le début de leur apparition, par un ralentissement.
Et cependant le pneumogastrique contient des fibres accé- x lératrices, ainsi que cela résulte d’un certain nombre d’expé- ] riences dont nous avons rappelé les principales : suppression des fibres modératrices par le curare, par l’atropine, par la nicotine, etc. Pourquoi, dès lors, dans l’excitation simultanée de ces deux ordres de nerfs, l’action accélératrice ne se produit-elle pas? Les physiologistes avaient déjà émis l’hypothèse que, dans des cas analogues, deux neris d’attributions différentes étant simultanément excités, on obtient la réac- . tion propre â celui qui est le plus excitable, ou qui, en d’autres J termes, aboutit à des appareils périphériques plus faciles à / mettre en jeu. Mais celte hypothèse ne nous semble avoir pris une sérieuse consistance que depuis les travaux de Bowd'itçli et de Baxt sur l’excitabilité comparée des nerfs modérateurs et .les nerfs accélérateurs. Ces deux auteurs ont prouvé que la mise en action du pneumogastrique suffit. à supprimer complètement l’influence des nerfs accélérateurs, à quelque mo-
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ment de l’excitation des nerfs accélérateurs que se produise nous n’aurons pour l'interpréter à sou tour que l’iiypotlièse l’influence modératrice du pneumogastrique. du retard dans les appareils ganglionnaires intra-cardiaques.
Ceci rend évidemment compte de la prédominance d’action Quelle est maintenant la nature de la modification fonction-
des nerfs modérateurs quand l’excitation porte directement, comme dans l’exemple que nous avons choisi, sur le nerf pneumogastrique lui-même, où les deux genres de nerfs sont réunis. Mais la même interprétation permet de comprendre pourquoi l’accélération ne se manifeste pas quand on excite des filets accélérateurs bien indépendants, si une cause d’excitation directe ou indirecte du pneumogastrique agit en même temps : que l’animal éprouve, par exemple, une viov lente douleur ; que, pour une raison ou pour une autre, if se produise chez lui une augmentation notable de la pression i intra-crânienne, il n’en faut pas davantage pour solliciter par voie réflexe la mise en jeu des nerfs modérateurs, et, dans ces conditions, l’expérience pratiquée sur les nerfs accéléra^ téürs sera complètement négative. C, T
Comment donc mettre en évidence ces fonctions si difficiles à manifester? Pour que les nerfs accélérateurs entrent en action, il ne faut ni fréquence du cœur exagérée au préalable, ni variations brusques de la pression sanguine, ni infltiences cérébrales, ni réflexes douloureux. Le moyen de supprimer toutes ces complications est bien simple, et chaque / jour nous fait apprécier davantage les services qu’il peut nous prendre : c’est l’administration d’une dose de curare suffisante pour supprimer les réactions volontaires et pour atténuer i l’excitabilité des pneumogastriques. Mais il en faut user avec \ discernement, et l’une des conditions essentielles, celle à \ l’observation de laquelle Baxt a dû le succès de ses expé- \ riences, c'est le maintien de la température des animaux à un degré suffisant pour que les nerfs accélérateurs, très-sensibles, coipme tous les filets du sympathique, aux variations de la i température, ne perdent pas leur excitabilité.
Y En tenant compte de cette double précaution, curarisation ^suffisante et conservation d’une température normale, on pourra répéter, comme nous l’avons fait, toutes les expériences sur les nerfs accélérateurs du cœur, et vérifier, avec les points précédemment indiqués, ceux qui nous restent à exposer.
L’accélération du cœur produite par l’excitation directe des fterfs accélérateurs présente ce caractère commun à tous les phénomènes, de mouvement déterminés par l’influence des filets du sympathique, de retarder très-notablement sur le début de l’excitation et de se prolonger un certain temps après qu’elle a cessé. Dans nos expériences sur le chien, nous avons constaté que l’accélération du cœur provoquée par l’excitation de la première branche du ganglion cervical inférieur ne survient qu’un certain temps après le début de l’excitation, qu’elle s’accentue progressivement et se maintient après la suspension de l’excitation. Or, si nous cherchons dans quel élément du système a pu se produire ce long retard, nous pouvons tout de suite éliminer le nerf excité, dont la faible longueur exclut une durée de transmission appréciable; nous sommes aussi en droit de laisser de côté le temps perdu du muscle cardiaque lui-même, car nous savons, par des expériences d’excitation directe de ce muscle, qu'il réagit très-vite à la stimulation électrique, du moins chez les animaux à sang ehaud ; il ne nous reste que le retard éprouvé par l’excitation dans les appareils nerveux du cœur lui-même, appareils ganglionnaires dans lesquels s’opère le travail de transformation des excitations en mouvement. Nous retrouverons un phénomène de retard analogue pour les effets produits sur .le cœur par les excitations du pneumogastrique, et
nelle subie par le cœur sous l’influence de l’excitation de ses nerfs accélérateurs? Quelle est celle des deux phases de la révolution cardiaque sur laquelle porte le raccourcissement? Ou bien la diastole et la systole sont-elles abrégées toutes les deux? On peut répondre à ces questions en comparant les courbes cardiographiques obtenues pendant l’excitation des nerfs accélérateurs à celles qu’on a recuèillies pendant la période normale précédente et à celles des instants qui suivent l’accélération. Pour M. Baxt, c’est la période systolique qui devient plus brève : dans le travail qu’il a consacré à cette recherche (3" mémoire), il confirme l’opinion émise par Dondefs, que la durée de la systole diminue pendant l’augmentation de fréquence du pouls. Nous avons, de notre côté, cherché à analyser ce phénomène, convaincu que la solution de la question nous amènerait à l’interprétation de la cause pour laquelle l’accélération du cœur obtenue directement ne s’accompagne pas d’élévation de la pression artérielle. Nous avons constaté, comme M. Baxt, la diminution de la durée systolique, mais nous avons en outre bien nettement observé la 1 diminution de la durée diastolique. C’est ce dernier point qui nous paraît essentiel, et nous croyons devoir consacrer quelques détails à sa démonstration.
L’excitation des nerfs accélérateurs tend à produire des systoles successives plus rapprochées les unesdes autres qu’ auparavant, absolument comme si l’on appliquait à un muscle soumis d’abord à des excitations successives, rhythmées et assez espacées, des excitations plus rapides, insuffisantes cependant en fréquence pour produire un véritable tétanos]: les secousses musculaires se rapprocheraient, les unes des autres aux déi pens des intervalles de repos qui les séparent. Tel est, à notre i avis, le phénomène essentiel de l’accélération du cœur en jgénéral, et dans le cas particulier que nous envisageons ' comme dans les autres conditions.
En partant de ce point que les intervalles diastoliques se raccourcissent, nous pourrons comprendre, comme ,phénomène secondaire consécutif, le raccourcissement des systoles. Quel est, en effet, le résultât immédiat de la moindre durée de la diastole? C’est évidemment une Iréplétion moins abondante des ventricules, et par suite une moindre quantité de sang à chasser pendant la systole. Or nous savons que les I systoles ventriculaires sont d’autant , plus brèves que l’évacuation des ventricules est plus facile, soit parce que l’écoulement du sang dans les artères est. moins gêné, soit, ce qui est notre cas, parce qu’il y â moins de sang à expulser. Le raccourcissement des phases systoliques nous apparaît donc comme la conséquence directe du raccourcissement des diastoles dans l’accélération du rhythme cardiaque. Nous avons dit que cette question était importante au point de vue de l’interprétation de ce phénomène signalé dès le début des recherches entreprises sur les nerfs accélérateurs du cœur, à savoir que, malgré l’accélération du cœür,
/ la pression artérielle ne subit pas d’augmentation. G’est qu’en effet, comme nous venons de le voir, si la durée des diastoles est diminuée, et si la réplétion ventriculaire est , par suite moins abondante, les artères reçoivent moins de I sang à chaque systole, et cette diminution dans le débit de j chaque systole' n’est pas compensée par l’augmentation du nombre des battements. Nous avons cherché à mettre ce point , en relief dans un travail publié, il y a deux ans, sur les changements de volume du cœur (Comptes rendus du laboratoire
2 Mai 1870
de M. Marey, 1877). Sans rappeler les expériences, pour le détail desquelles nous renverrons au mémoire original, nous dirons seulement que la réplétion et le débit du cœur étaient appréciés d’après la valeur des gonflements diastoliques et des diminutions de volume systoliques ; c’est ainsi que nous obtenions des tracés volumétriques dont on trouvera des spécimens dans le travail que nous venons de mentionner.
La conséquence immédiate de ce qui précède, c’est que l’accélération du cœur n'implique pas une augmentation du j travail de l’organe; ce point a son intérêt dans la discussion des causes qui produisent cet’état pathologique, beaucoup étudié dans ces derniers” temps sous le nom de cœur forcé, et dont on trouvera. l’histoire complète dans la thèse de M. Pitres sur les « Hypertrophies et dilatations du cœur sans lésions valvulaires » (1878).
Nous avons insisté assez longuement sur l’innervation accélératrice du cœur, à Cause de la complexité du sujet, mais surtout en raison de la pénurie de notre littérature sur cette question trés-éludiée et déjà tout à fait classique à Pétranger. Nous devrions maintenant, pour rester fidèle au programme que semble nous tracer le parallèle exposé au début entre les nerfs accélérateurs du cœur et les nerfs vaso-moteurs constricteurs, présenter l’histoire succincte de ces derniers; mais nous croyons préférable, au point de vue de l’unité de notre exposé, de rappeler immédiatement les faits les plus importants de P innervation modératrice du cœur : cette partie de la question, beaucoup mieux connue en France que la précédente,, sera plus sommairement étudiée ici que la précédente.
. François-Franck.
(A suivre.) f,ll\
TRAVAUX ORIGINAUX
Thérapeutique.
Sim UN NOUVEAU DIURÉTIQUE, LA BLATTE OU « BLATTA orientalis », par M. le docteur Constantin Paul, .médecin des hôpitaux.
Dans ces derniers temps, au mois de décembre 1878, un journal allemand, le Schmidt’ s Jalirbücher, racontait qu’un nouveau diurétique venait d’apparaître à l’horizon : c’était la blatte oa ptatta, ûrîentalis,h blatte des cuisines.
Cet insecte, du genre des orthoptères, est connu de toute antiquité;il est, surtout en activité' la nuit et' répand une odeur désagréable ; il est connu vulgairement sous le nom de carier das, de cafard, .de racet,. de mange-pcnn, etc. Il est extrêmement vorace et dévore ioutes les substances alimentaires, même le cuir, la laine et la soie. D’après M. Laboulbène, il ne serait pas venimeux (Dictionnaire encyclopédique, article Blatte). C’est cet animal séché et réduit en poudre, ou même réduit en extrait,, qui serait ce nouveau médicament.
D’après les’ médecins d’ôùtrë-RInn, Ta poudre ou l’extrait de blatte serait en Russie un remède populaire contre l’hydropisie. En France, il n’a pas été employé. Ce que l’on en savait, c’est que Mérat et Delens mentionnent que Dioscoride vantait contre l’otalgie l’huile dans laquelle on a fait bouillir fa partie antérieure' du corps .^ë cet animal, ce qui n’avance guère.
Le premier travaii d’apparence scientifique sur ce sujet est une dissertation d’un médecin russe, ]‘e docteur Kuprianow, qui en aurait fait' le sujet dé sa thèse1 inaugurale. Je n’ai pas eu cette thèse entre les mains ; tout ce que je sais,- c’est que ce médecin regarde la poudre de blatte, à la dose de 0^,06,
comme un ditfrétique certain, qu’elle provienne de la blatte noire ( Blatta orientalis), ou de la blatte allemande ( Blatta germanica). Le docteur Kuprianow s’en serait assuré dans une série de vingt à trente expériences.
Aprèslui, un médecin de Saint-Pétersbourg, le docteur Bogomolow, aurait repris ces expériences et en aurait consigné le résultat dans le Petersburger medicin. Wochenschrift (1876, h° 3'i). Les expériences du docteur Bogomolow ont été faites à la clinique de Botkin et ont porté sur neuf cas d’h’ydropisie de diverse nature.
Bogomolow dit avoir employé le médicament à l’intérieur sous forme de décoction, d’infusion et de teinture. Il prétend avoir observé' que, sous ces diverses formes, le médicament a augmenté ht quantité des urines, mais que, par contre, il a diminué la quantité (f albumine, ainsi que celle des éléments anatomiques figurés.
Sous l’influence de la blatte, l’ œdèmes des mains, des pieds et du visage a rapidement disparu, comme le poids dü corps a augmenté et la transpiration est devenue plus abondante. Les digestions n’ont pas été troublées, et il n’y a pas eu l’irritation des reins qm on observe après l’usage de la cantharide. Il insiste sur la nécessité d’avoir un produit pür.
Nous verrons plus loin ce qu’il faut penser de ces deux affirmations : faction diurétique cl’une part, la diminution de l’albumine, d’autre part.
Peu de temps après, le même recueil (û° 34, t. II, 1877) contenait des observations du même genre, dues au docteur Unlerberger, qui avait employé le même remède à 1’hôpital' Nicôlài.
Il l’avait prescrit dans cinq cas, dont quatre d’hydlopisic scarlatineuse, et une fois dans une hydropisie consécutive à la rougeole. La préparation qu’il a employée est la poudre de blatte à la dose de 0Br,l8 à 0°',30 par dose répétée' trois fois dans la journée. Les enfants l’ont avalée facilement et l’ont bien supportée. Peu de jours après, l’œdème a commencé à diminuer en même' temps que les urines ont augmenté et qu’elles ont renfermé de moins en moins d’albumine. II n’y a pas eu non plus de diarrhée, bien que les doses aient été portées de Os,r,54 à 0gr,90 et même à ler,38 chez un enfant de quatre ans.
De Russie, la médication passe bientôt' en Allemagne.
Le docteur Froumaller (de Furth) ( Memorabilien , XXII f, 6, p. 245, 4878) fit venir de chez Merle (de Darmstadt) la poudre de blatte, et reçut une poudre brune foncée, répandant une odeur semblable à celle de l’ergotine, ayant une saveur insignifiante et présentant au microscope des fragments irréguliers mêlés â clés cristaux.
Froumüller a essayé neuf fois celte poudre â la d'ose de' 0°r,50 à 1 gramme, et l’a reconnue diurétique. Trois fois’ la masse des urines ne. fut pas augmentée, mais elle le fut réel- | lement dans six cas. Cependant il garde une certaine réserve sur l’activité de ce moyen et se borne surtout à affirmer qu’il est facile à prendre et ne dérange pas la digestion.
Enfin, le docteur Kôhler (de Gosten) (B&rliner Iclinische Wochenschrift, t. XY, p. 38, 1878) a essayé aussi ce moyen ! dans treize cas d’hydropisie, en donnant trois1 fois par jour 0°r,06 et plus tard 0gr,i0! de poudre. Dhns frois càS). iis’âgis- 1 sait de sclérose artérielle qjii se termina par la mort;
| dans sept autres cas de néphrite avec albuminurie. De ces | sept cas de néphrite, quatre guérirent ; dans trois autres cas, j l’affection a été terminée par la mort.
Un cas de pleurésie exsudative fut suivi de guérison, et j un cas d’affection mitrale fut suivi également de guérison;
! enfin utt cas d’anémie pernicieuse fut suivi de mort.
Rôliler dit que la quantité d’urine a augmente, que ,les garde-rbbes ont été ramollies sans devenir liquides. Le go'rt-1 i flement œdémateux a été résorbé et l’albumine a disparu de f urine.
Il ajoute que dans les cas d’insuffisance mitrale et de sclér,03 artérielle, l’action n’a été que paliiativë; qué' dàtis Té' éà
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d’anémie pernicieuse, il a vu diminuer l’œdème, augmenter la transpiration, quoique rarement, mais que la quantité d’urine n’avait pas augmenté.
C’est dans le cas de pleurésie et de péricardite que l’action s’est surtout montrée efficace. Il insiste surtout sur ce que dans les six cas de néphrite avec albuminurie sans œdème, l’action a été extraordinaire, et que ce moyen lui paraît surtout indiqué dans les maladies de Bright sans hyaropisie. Il n’a observé d’irritation ni des reins ni de l’intestin.
Tel est le résumé des expériences russes et allemandes que j’ai pu connaître. Toutes ces observations n’étaient pas trèsprobantes, et si on les avait soumises à une critique sévère, elles n’auraient peut-être pas beaucoup résisté. Mais il y avait des affirmations provenant d’observateurs sérieux, et, bien que j’aie lieu de me défier souvent des affirmations des étrangers en fait de thérapeutique, j’ai cru devoir essayer ce médicament. Nous sommes, en effet, très-pauvres en diurétiques, et ils nous font bien souvent défaut sans que l’état des urines nous explique leur inefficacité.
J’ai donc fait venir 150 grammes de poudre de blatte de la fabrique de Merlt (de Darmstadt) et je viens vous faire connaître le résultat de mes expériences personnelles.
C’est une poudre brune, ayant une odeur qui rappelle celle de l’ergot de seigle, présentant au microscope des fragments d’élythre, de carapace et de petits cristaux mal définis.
Une première série d’expériences fut commencée le 16 février 1879 sur six malades présentant les affections suivantes :
N” 1. Albuminurie, anasarque et accidents urémiques probablement consécutifs à l’intoxication saturnine. 2° Deux Ieurésies avec épanchement séreux. 3° Deux affections cariaques (lésions mitrales) avec œdème des membres inférieurs. 4° Une cirrhose atrophique du foie avec ascite.
Le premier de ces malades, le n°l, est le seul qui présente quelques modifications dans la quantité et la nature de ses urines; mais l’état complexe de ses lésions ne permet pas d’apprécier avec netteté le rôle du médicament.
Voici les chiffres qui représentent la quantité et la densité de ses urines.
N° 1. Salle Saint-Henri. — Tamblot (Amédée), quarante et un ans, peintre en bâtiments, rue des Acacias, 55. Entré le 7 décembre 1878. Intoxication saturnine, hémiplégie de nature cérébrale avec anesthésie et contracture, albuminurie, anasarque, urémie.
Le 16 février, on administre au malade trois pilules de poudre de blatte de 0°r,20, et on ne lui donne aucun médicament pouvant modifier la sécrétion urinaire; le régime lacté est cependant continué, mais il ne produit aucune modification depuis dix jours.
17 février, quantité : 600»r ; densité : 1016 réaction acide.
18 février, quantité : 400'Jr ; densité :. 1016 »
19 février, quantité : 500«r; densité 1016 j
20 février, quantité : 250®r ; densité: »
21 février, quantité : 750sir; densité : 1011 j>
22 février, quantité : 1450“r; densité : 1013 i
23 février, quantité: 140Or; densité : 1011 s
24 février, quantité: 1 300nr ; densité : 1010 réaction acide.
25 février, quantité: 1400ur; densité : 1011 »
26 février, quantité : 1000»r;(l) densité : 1011 s
Le 22 février, la quantité des urines est presque triplée, le malade se trouve fort soulagé ; les dernières urines sont d’une couleur normale, tandis qu’elles étaient auparavant d’un brun olivâtre et contenaient probablement une forte proportion de pigment biliaire. Elles renferment très-peu d’albumine (0°r,15 environ). Le malade dit avoir bu moins qu’a l’ordinaire.
Trois jours après, 25 février, l’amélioration ne se soutient
(1) Une certaine quantité perdue.
pas, l’œdème et l’oppression augmentent. On supprime la blatte le 26 février.
L’albumine, qui atteignait le chiffre de O01', 60 au début de l’expérimentation du médicament, descendit au chiffre de 0ar,15, mais cette diminution de l’albumine ne saurait avoir d’importance, car la quantité était déjà en voie de décroissance avant l’administration de la blatte (le malade avait eu jusqu’à 10 grammes d’albumine).
2° Sur deux malades affectés de' pleurésie avec épanchement de quantité moyenne, la blatte administrée quotidiennement à la dose de quatre pilules de 0or,20 ne donna aucun résultat, et la quantité ainsi que la densité des urines, examinées quotidiennement du 17 au 25 février, ne présentèrent aucune modification (un litre par jour environ).
3° Deux cardiaques , atteints d’affection mitrale avec anasarque, et présentant des phénomènes assez marqués d’asystolie, prirent aussi, pendant huit jours, quatre pilules de 0or,20. La quantité de leurs urinés, qui ne dépassait pas 500 grammes par vingt-quatre heures, ne subit aucune modification. L’administration de la blatte coïncida même avec une aggravation notable de leur état (augmentation des phénomènes dyspnéiques, oppression et anasarque). La digitale (en macération), substituée à la blatte, produisit au contraire une diurèse abondante.
4° Un malade atteint de cirrhose atrophique du foie avec ascite fut traité pendant trois jours seulement par la blatte (quatre pilules de 0'jr,20) sans que ses urines, qui étaient extrêmement rares, fussent augmentées de quantité (n° 24).
Cette première série d’expériences n’ayant pas donné de résultats satisfaisants, j’étais sur le point de renoncer, mais, pensant que j’avais peut-être dépassé la dosé dans les premières expérimentations, je fis une nouvelle série d’expériences avec la dose moitié moindre a.. ?
Le 4 mars, je recommençai donc une' nouvelle expérimentation de la même substance, mais à la dose plus faible de 0“r,30 (au lieu de 0“r,60 et 0'jr,80), sur dix malades porteurs d’affections diverses, sur un des malades précédemment cités (le n° 1, albuminurie liée au saturnisme) et sur un malade atteint de cirrhose hypertrophique.
L’expérience ne donna aucun résultat appréciable sur les six premiers malades. Un seul urina abondamment, mais la grande quantité de boissons qu’il dit avoir ingérée la veille ne permet guère d’attribuer cet effet à la blatte.
Le n° 1 qui paraissait seul s’être bien trouvé de l’administration de la blatte eut encore une augmentation légère de ses urines, dont la quantité avait baissé depuis la suppression du médicament.
Quant au n° 26 (cirrhose hypertrophique avec ictère trèsaccentué), la quantité de ses urines s’éleva d’une façon notable pendant l’administration de la blatte.
Enfin, le 9 mars, la blatte fut encore administrée à la même dose (0,30) à un malade atteint d’ictère catarrhal. Wingerter (Charles), vingt-cinq ans, peintre en bâtiments, 15, ruePasquier. Entréie8 mars. Il urinailàson entrée moins d’un litre, et le chiffre de ses urines s’éleva progressivement, à partir du troisième jour de l’administration de la blatte, à un litre et demi et deux litres un quart. Le 17 mars, on supprima les pilules de blatte, et la quantité d’urine tomba le 18 à un litre un quart.
En résumé, la blatte fut administrée à quatorze malades aux doses de 0,30 — 0'jr,80 pendant une assez longue période. Cinquante doses furent administrées dans la première série d’expériences et autant dans la seconde (soit cent doses environ) et cela sans aucun résultat chez onze malades sur quatorze. Les trois malades chez qui la blatte paraît avoir eu quelque action sont : un albuminurique saturnin à affection complexe et ictérique (le n° 1); — un malade atteint de cirrhose hypertrophique, lui-même très-ictérique ; — - un malade affecté d’ictère catarrhal.
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La blatte n’a donc eu d’action apparente que sur des iclériques, et a été sans aucune action sur les autres malades. Ce fait n’est qu’une coïncidence, car les expériences continuées sur les ictériques n’ont pas confirmé ces espérances.
Depuis la dernière réunion de la Société de thérapeutique, dans laquelle je comptais communiquer les expériences précédentes, un nouveau travail sur la blatte a paru dans les Annales de Schmidt (année 1879, n° 1, livraison n° 181). Le travail est dû à un médecin de Copenhague, le docteur V. Budde. 11 vient confirmer les résultats négatifs que j’ai obtenus. Le docteur Budde a choisi pour sujet de ses expériences des sujets atteints de néphrite chronique.
Chez les uns, la néphrite était simple, et ne s’accompagnait d’aucune lésion dans les autres organes ; chez les autres, la néphrite liée à d’autres altérations paraissait ne pas en avoir subi l’influence dans les derniers temps. On comprend que ce n’est que dans des cas pareils que l’on peut savoir si le médicament a une influence réelle sur les altérations des organes et si le médicament modifie par lui-même la quantité d’albumine éliminée. Les observations qui suivent sont peu nombreuses et viennent corroborer les nôtres.
Obs. I. — Un homme âgé de quarante-deux ans souffrait depuis neuf ans d’albuminurie sans que sa constitution ait été atteinte. Dans les derniers temps, l’albuminurie avait été intermittente. Quand il perdait de l’albumine, on trouvait dans les urines des cylindres isolés, pour la plupart petits, presque toujours hyalins et en môme temps granuleux.
On donna au malade chaque jour trois doses de blatte de 6 centigrammes chacune, depuis le 10 octobre jusqu’au 6 novembre. Pendant ce temps, l’albumine disparut de l’urine et, peu de temps après la cessation du remède, le malade prit de l’embonpoint. (Test le seul qui ait été amélioré.
Obs. II. — Un homme âgé de trente-huit ans s’aperçut en janvier 1878 qu’il perdait ses forces et que sa peau présentait un léger œdème. Le malade resta quatre mois au lit avec la diète lactée sans trouver aucune amélioration appréciable, si ce n’est après un séjour à la campagne.
Après un refroidissement, l'albuminurie qui avait disparu se montra de nouveau. Depuis le 10 jusqu’au 26 octobre, on lui donna trois fois par jour G centigrammes de blatte. L’amélioration ne se montra pas, l’albumine tut aussi abondante, et l’œdème de la peau ne disparut pas.
Obs. III. — Un homme âgé de quarante-trois ans, qui avait eu autrefois la syphilis, fut reconnu atteint d’affection des reins. Il avait alors de la polyurie et de l’hématurie. L’albumine se trouva en quantité notable en môme temps que de petits cylindres. On lui donna de la blatte comme au précédent depuis le 14 octobre jusqu’au 1er novembre sans qu’on pût obtenir un changement dans la qualité de l’urine.
Obs. IV. — Un malade, âgé de trente-deux ans, souffrait depuis trois ans d’une affection des reins qu’il avait contractée à la suite d’un refroidissement. On lui donna de la blatte depuis le 25 octobre jusqu’au 13 novembre. La quantité d’albumine contenue dans l’urine ne changea pas, et l’on continua à y trouver des cylindres granuleux et fortement réfringents.
Obs. V. — Un malade, âgé de cinquante-deux ans, souftrait depuis quelques années d’une néphrite chronique. Dans ces derniers temps, le malade présentait de l’œtlème aux malléoles et devant les tibias. Pendant douze jours, on donna chaque jour trois doses de 6 centigrammes de blatte, puis, pendant douze jours on donna chaque jour trois doses de 10 centigrammes, et enfin, pendant huit jours, quatre doses de 12 centigrammes chacune.
Pendant ce temps, on n’observa aucun changement ni dans l’albumine rendue, ni dans les cylindres, et l’œdème ne changea pas.
On le voit, les expériences de M. Budde sont tout à fail d’accord avec les nôtres. Enfin, d’autres recherches du docteur Hafner, publiées dans des Annales de la basse Autriche, en 1878, font mention de dix cas d’hydropisie, traités, dit-on, avec succès par la poudre dé blatte.
Sur ces dix cas, huit ont trait à des albuminuries symptomatiques de la scarlatine; les deux autres cas d’hydropisie cardiaque et de cirrhose du foie ont été améliorés légèrement.
J’ai tenu à vous faire connaître ces résultats, parce que, quand un médicament nouveau apparaît, ceux qui s’en sont servis avec une apparence de succès se hâtent de faire connaître leurs résultats, tandis que ceux qui ont des résultats négatifs se taisent. Si bien qu’un médicament nouveau ne montre que ses succès, et que même ies plus mauvais ont par ce moyen leur temps de vogue, au détriment des malades et clés chercheurs sérieux auxquels ces médicaments semblent s’imposer. De là vient le proverbe : « Servez-vous du médicament pendant qu’il guérit. »
Nous croyons, au contraire, qu’il faut faire connaître tous les résultats sur les médicaments nouveaux, pour que nous puissions consacrer tous nos efforts à ceux qui méritent d’être conservés dans l’arsenal thérapeutique.
SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie «les sciences.
Commission des prix. — Sont élus : Prix Montyon (médecine et chirurgie) : MM. Gosselin, Vulpian, Bouillaud, Sédillot, Marey, Cloquet, Larrey, Bouley et Ch. Robin.
Prix Godard : MM. Gosselin, Bouillaud, Vulpian, Ch. Robin et Cloquet.
Muséum. — M. Ch. Rouget prie l’Académie de le comprendre parmi les candidats à la chaire de physiologie générale, actuellement vacante au Muséum. (Renvoi à la section.)
Mode de formation des canalicules biliaires dans l’hépatite ET PRODUCTION CONSÉCUTIVE DE GLANDES TUBUL ÉES
dans le foie du lapin. Note de MM. W. Nicati et A. Richaud. — « Il est très-fréquent de trouver (tout au moins à Marseille, où nous observons) sur les lapins domestiques des altérations du foie que nous nous sommes attachés à étudier.
» Le diagnostic histologique de l'affection est celui d’une cirrhose hypertrophique disséminée, laquelle coïncide, soit avec la présence de cysticerques disséminés, .soit le plus souvent avec la présence des corps oviformes de Davaine dans les principaux conduits biliaires. Le terme final de l’altération que subit le lobule sous l’influence de la rétention biliaire est donc, lorsque son parenchymen’ est pas entièrement détruit, la formation, aux dépens des cellules hépatiques, d’une glande nouvelle, véritable glande tabulée, analogue aux glandes hépatiques des animaux inférieurs.
■ » Les auteurs ajoutent que dans le tissu conjonctif de nou¬
velle formation apparaissent de nombreux vaisseaux, qui servent sans doute à rétablir la circulation porte un moment interrompue. Ainsi s’expliquerait ce fait que, dans la cirrhose hypertrophique, on observe rarement l’ascite. »
L’atropine dans le strabisme. — M. Coursserant rappelle, à propos d’une communication récente de M. Boucheron, que son père a préconisé en 1855 l’usage de l’atropine dans le traitement du strabisme.
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Académie de médecine (1).
M, lo mjnistro do l’agiricullure et du couuuoi.ee fraflsiRèt : Les rapports do JJM.. les médecins-inspecteurs dés eaux minérales de Dax, des Fuinades, do Luxouil, do Royal, de Molitz-Ies-Bains. ( Comm . des eaux minérales.)
L' Académie reçoit : Uno obsorvation do M. le docteur Brochet, médecin-major, relaliyo à un cas de mycasis fongoïde généralisé, (Copte». ; 1JM. Yepicui), Devergio.)
M. Peter présente, au nom do MM. Laverait et Teissier (do Lyon), un ouvrage intitulé : Éléments de pathologie médicale.
M .Le Roy de Mérioourt présente, au qo»n do M.lp docteur Mopcorvo, doux bror cburcs : 1“ De la Ifentérie chez les enfants ; 2“ Étude sur le rhumatisme çhror nique noueux chez les enfants et de son traitement par les courants galvaniques.
M. Larrey présente, au nom de M. lo docteur de Wccker, lo deuxième volume d’un ouvrage intitulé : Chirurgie oculaire.
M. Broca présente : Je Au nam do M, lo doctour Magitol, mu; brochure intitulée : De la greffe chirurgicale dans ses applications à la thérapeutique des lésions de l'appareil dentaire ; 2" Au nom de MM, M agitai et Charles Legros, une brochure intitulée: Morphologie ies follicules dentaires chez les vertébrés.
M. le Président déclare une vacance dans lu section d’hygiène, cq remplaceront de M. Ambroise Tardieu, décédé.
M. Marrotle continue la lecture de son rapport sur lo concours du prix Godard. Les conclusions de ce rapport seront discutées dans un comité secret qui aura lieu après la séance.
Pleurésie multiloculaire. — M. Raynaud présente quelques observations à l’occasion de la communication faite dans la dernière séance par M. Jaccoud.
L’orateur proclame hautement le mérite de la communication de M. Jaccoud, surtout en ce qui concerne }es erreurs de diagnostic que peut faire naître l’existence des adhérences pleurales, On cherche généralement à débarrasser promptement le malade du liquide contenu dans la plèvre, sans se soucier de ces adhérences. A la base de la poitrine il y a des dispositions anatomiques dont l'ignorance peut entraîner le médecin à des erreurs comme celles que M. Jaccoud a signalées, et qui consistent à pénétrer dans l’abdomen au lieu de ponctionner le thorax.
M. Raynaud a lui-même commis une erreur de ce genre. Il avait, par exception, ponctionné le neuvième espace intercostal dans le point le plus déclive ; il est entré dans la rate avec un trocart qui n’avait pas 6 centimètres. Le malade est mort, mais non des suites de cette opération. Quoi qu’il en soif, M. Raynaud affirme qu’il ne ponctionnera jamais plus bas que le septième espace intercostal, qu’il considère comme l’extrême limite de la ponction du thorax en arrière.
Quant à la ponction pratiquée à gauche et en avant (espace seniilunaire), l’orateur déclare qu’il n’a jamais eu la tentation de faire pénétrer un trocart dans un point si rapproché du cœur et.il croit que la ponction antérieure est formellement contre-indiquée. Les préceptes posés à ce sujet par M. Jaccoud n’pnt donc guère d’application.
En ce qui concerne les deux types de pleurésie décrits par M. Jaccoud, M. Raynaud conteste jusqu’à un certain point l’utilité de cette division et les signés diagnostiques différentiels. Le premier type se rapporte à une observation des plus intéressantes, dans laquelle AI. Jaccoud a su porter un diagnostic très-habile, mais c’est là unfaitisolé qui ne justifie pas’ la création d’un type spécial. Enceqqi concerne le second type de pleurésie multiloculaire (caractérisé parla coïncidence des vibrations avec matité, sans tympanisme sous-clavjculaire et avec souffle tubaire), M. Raynàud pense également que les cinq observations rapportées par AL Jaccoud sont incomplètes, puisque dans trois il n’y a pas d’autopsie, et que dans les deux au tres^ l’autopsie n’a pu révéler la présence de ces loges.
> B n’y a donc pas ae preuves directes, qui puissent établir l’existence de la pleurésie multiloculaire et surtout qui puissent nous fournir des moyens de la diagnostiquer sûrement pendant la vie. Quant à la théorie sur laquelle s’appuie M. Jaccoud, elle est encore plus contestable. Il dit en effet que les vibrations vocales sont conservées suivant une bandelette qui s’étend à une hauteur variable de la poitrine; or , (1) Voir un erratum, p. 292. ,
AL Raynaud cherche en physique les preuves à l’appui de cette théorie. Il ne peut accepter ces preuves et pense qu’il est très-difficile, au lit du malade, de distinguer des nuances aussi faibles dans le degré des vibrations perçues.
L’orateur a eu, depuis fa communication de AL Jaccoud, l’occasion de pratiquer la thoracentèse. Son malade présentai! tous les signes indiqués par cet auteur comme caractéristiques de la pleurésie multiloculaire. Néanmoins la ponction, qui était impérieusement indiquée, donna issue à deux litres de liquide et la plèyre n’a pas été totalement vidée.
La vibration est néanmoins un des signes les plus importants de la pleurésie et M. Raynaud pense que lorsqu’il aura été mieux étudié, il pourra rendre les plus grands services. Il a même essayé d’enregistrer les vibrations à l’aide d’un appareil analogue au sphygmographe, Mais il n’a pas publié ses recherches, parce qu’elles n’ont donné que des résultats très-imparfaits. En effet, on pouvait bien, avec eet appareil, percevoir les vibrations très - accentuées; mais, lorsqu'il s’agissait de vibrations très-faibles, il était à peu près impossible de les enregistrer ayec exactitude.
AI. Raynaud termine en disant que les conclusions thérapeutiques de M. Jaccoud sont très-contestables, et qu’il est impossible de dire aujourd’hui que la pleurésie multiloculaire est une contre-indication à la thoracentèse.
Il existe encore une autre opinion, que M. Jaccoud a émise au nom de Traube, c’est que les adhérences pleurales sont extrêmement dangereuses. AL Raynaud conteste formellement cette assertion ; non-seu|emen| les adhérences pleurales ne sont pas aussi dangereuses qu’on l’a dit, mais elles peuvent dans certains cas être utiles en empêchant la reproduction de l’épanchement. En résumé, d’après M. Raynaud, SI. Jaccoud n’a pas suffisamment prouvé les assertions qu’il a faites dans sa communication, et les signes qu’il a donnés comme appartenant à la pleurésie multiloculaire, appartiennent simlement à la pleurésie chronique, Sauf ces réseryes, il consière cette communication comme très-intéressante,
— A cinq heures, l’Académie se forme en comité secret pour entendre et voter les conclusions du rapport de AL Marrotte sur le prix Godard-
Société médicale des hdpitanx.
SÉANCE DU 24 AVRIL 1879. — PRÉSIDENCE PE M. IIERVjmiUX,
Dilatation des voles büiaires : M. Maurice Baynaud. — Rapport sur les maladies régnantes : M. E. Besnier. — Présentation de pièces : M. Daipaschino.
M. Lereboullet présente : 1° au nom de M. le professeur Schützenberger les deux volumes de philosophie et de clinique médicales analysés récemment dans la Galette hebdomadaire ; 2° an npm de A}, le docteur Sorel, une brochure sur la fièvre rémittente simple des pays chauds, extraite dp même journal, — M. Maurice Raynaud présente à la Société un mémoire fait en collaboration avec M. Charles Sabourin sur un cas d’énorme dilatation des voies biliaires. Les lésions s’étaient accompagnées pendant Ja vie de coliques hépatiques dpnt l’intensité semblait croître avec leur répétition plus fréquente et d'un ictère intermittent, apparaissant avec les accès douloureux et disparaissant dans leur intervalle. Or, d’ordinaire, on trouve à l’autopsie une dilatation de la vésicule biliaire, tandis qoe l’jctère est l’exception au moment même des coliques hépatiques; chez le malade de Aï, AL Raynaud, au contraire, Tictère n’a jamais fait défaut pendant les attaques, et, à l’autopsie, on trouvait une vésicule biliaire parfaitement intacte, ayant son volume normal et sa muqueuse saine : les parois n’étaient épaissies que par l’adjonetion extérieure de tissu fibreux qui englobait tout le foie dans une sorte de capsule. Le canal cystique n’olfrait rien de spécial : la vésicule semblait, en un mot, être restée complètement étrangère à ce qui se passait dans les canaux hépatiques et cholédoque, sans
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ue pour cela un calcul ait pu pendant la vie obturer l’orifice
u canal cystique.
Selon la théorie adoptée par M. Maurice Raynaud, il pourrait s’engager dans la terminaison du canal cholédoque de petits calculs ou des débris de calculs qui, dans un foie normal, eussent certainement provoqué des contractions douloureuses des parois de ce conduit, d’oü la colique hépatique, en tout semblable à celle que produit la progression d’un cholélithé do la vésicule à travers le canal cystique. Ici, au contraire, le peu qui restait du canal cholédoque était lui-même dilaté par rapport à l’état normal, bien qu’il lut de calibre très-minime par rapport à la dilatation située au-dessus. Il en résultait donc que les concrétions pouvaient franchir le détroit sans amener de réaction de la part de ses parois. Probablement ce phénomène avait lieu pendant les périodes de calme qui séparaient les attaques de coliques, c’est-à-dire que, pour trouver les calculs dans les selles de la malade, il aurait fallu les y chercher pendant les attaques elles-mêmes. Pendant ces phases d’accalmie, la malade évacuait la bile dans l’intestin, comme à l’état normal, et les petites évacuations s’éliminaient ou non avec elle. Or, à l’autopsie, on a trouvé un calcul volumineux au bout de l’infundibulum. En supposant qu’un calcul aussi volumineux se soit présenté, le premier fait qui en résultait, c’était l’occlusion de l’orifice cholédoque; le deuxième, c’était la rétention biliaire; le fait final, c’était la réaction de la poche contractile sur la bile accumulée derrière le calcul ; de là la colique hépatique, et celle-ci ne cessait que lorsque le calcul était logé contre l’orifice de sortie, ou lorsqu’il était jeté de côté contre les contractions musculaires. Cette théorie est assez vraisemblable, si on ajoute qu’autour de l’infundibulum existait une sorte d’anneau très-développé, composé de fibres lisses.
M. Maurice Raynaud cite encore le fait d’un autre malade présentant un énorme développement du foie avec fluctuation. Les accidents étaient si graves que la ponction fut résolue; le surlendemain, au moment où la ponction allait être pratiquée, M. Raynaud constata la disparition de la poche qui allait être ponctionnée : l’évacuation avait été spontanée pour ainsi dire.
— M. E. Besnier donne lecture de son rapport trimestriel sur les maladies régnantes pendant les mois de janvier, février et mars 1879. Nous sommes obligés de résumer très-brièvement ce remarquable rapport, qui n’a pas moins de soixantedix pages de manuscrit :
Pendant les trois mois qui viennent de s’écouler, l’humidité atmosphérique a été élevée, la hauteur de pluie tombée Considérable, aussi la masse d’eau souterraine s’est-ello élevée : c’est à celte cause qu’il faudra probablement rapporter la constitution de quelques foyers typhoïdes extraordinaires observés pendant le trimestre.
La mortalité générale relevée dans les hôpitaux et hospices civils de Paris pendant ces trois mois est représentée par 371 G décès, chiffre très-notablement supérieur à la moyenne du trimestre correspondant des années antérieures : cette élévation est due particulièrement à la pneumonie, dont la gravité a été extrême, à la réapparition de la variole, à l’exacerbation typhoïde accidentelle et aussi d’une manière générale aux conditions rigoureuses de cette saison d’hiver. La phthisie pulmonaire a amené dans les hôpitaux 1298 malades, 675 sont morts; la pneumonie, 554 malades et 261 décès; In bronchite, 1228 malades et 105 décès; la pleurésie, 309 malades et 30 déoès. Nous voyons donc que si les onze années précédentes ont fourni une moyenne do 36,30 pour 100 de décès dans la pneumonie, la mortalité des trois mois précédents présente un chiffre plus élevé de 47,11 pour 100.
Les pneumonies, en effet, ont donné une mortalité nosocomiale tout à fait excessive chez les sujets âgés, alcooliques, cachectiques à un titre quelconque, ou même simplement valétudinaires. Déplus, dans toutes les fièvres, fièvres catarrhales, fièvres typhoïdes, rougeoles, etc., les localisations pulmonaires ont acquis une importance considérable; elles en ont fréquemment constitué l’élément le plus grave et le plus funeste.
La diphthérie, qui a toujours été' la plus meurtrière des maladies populaires, à nombre égal de malades, a pris depuis un Certain nombre d’années, à Paris et dans d’autres régions du pays, une fréquence jusque-là tout à fait inconnue. A Pans, la mortalité par diphthérie a pris le pas sur toutes les affections communes ; ainsi, tandis que pendant le premier trimestre de 1879, la variole compte 151 décès, la fièvre typhoïde 320, la diphthérie se chiffre par 529 décès. Cette aggravation survenant dans une affection devant laquelle la thérapeutique reste impuissante constitue un fait épidémiologique d’une grande importance; elle n’est ni incidente, ni accidentelle, ni momentanée, ni non prévue, comme semblent le penser quelques médecins; elle s’est produite successivement, lentement. J’en ai dénoncé le début, chiffré les progrès, sans attirer grande attention. Je crois néanmoins avoir déterminé la loi saisonnière, invariable de l’affection, et je m’efforce de déduire des résultats déjà obtenus quelques données d’une réelle précision pour l’élude des épidémies, de manière à faire en quelque sorte la prédiction des temps diphthéritiques, à la manière dont on peut aujourd’hui faire plus ou moins longtemps à l’avance, mais souvent en temps utile, la prédiction des temps atmosphériques à l’aide de données scientifiques régulières.
Que l’année diphthéritique soit féconde ou stérile, que l’épidémie annuelle soit grave ou bénigne, la maladie n’en reste pas moins soumise à la loi d’évolution saisonnière, dont voici la formule simple et invariable : Chaque année, l’épidémie permanente de diphthérie atteint le point le plus déclive de sa courbe dans le troisième trimestre, se relève durant le quatrième, atteint son paroxysme durant le premier et décline ae nouveau pendant le second. Il est donc toujours possible de prédire le temps épidémique moyen du trimestre suivant. Ainsi, par exemple, de 365 décès, chiffre de la mortalité diphthéritique du quatrième trimestre de 1878, le coefficient mortuaire s’est élevé pendant le premier trimestre de 1879 à 529 : cela est la loi, la règle ne comportant pas d’exception.
Parmi les fièvres éruptives, M. liesnier insiste particulièrement sur la scarlatine et la variole. Malgré quelques explosions isolées, la scarlatine continue à rester pour l’agglomération parisienne, comparée par exemple à l’agglomération de la ville de Londres, une affection relativement rare et bénigne. Cependant les médecins et les familles ne pensent pas et n’agissent pas en présence de la scarlatine comme ils le font pour la rougeole. Cette affection effraye davantage que cette dernière et entraîne presque fatalement l’isolement. Parmi les particularités intéressantes qui ont été signalées à M. Besnier, il relève une petite épidémie locale de scarlatine observée nu collège Chaptal et rapidement enrayée, grâce aux mesures prises par M. Archambault, médecin de cet établissement. Treize élèves ont été atteints, cinq élèves dans la même étude, les autres appartenant à des études différentes. Aussitôt qu’un enfant accusait un malaise, l’élève interne l’examinait et le plaçait, s’il était supposé scarlatineux, dans une chambre ad hoc; puis, s’il était de Paris, il était ramené dans sa famille avec toutes les précautions nécessaires ; s’il appartenait à la province, il était transféré à la Maison municipale de santé. Les mesures énergiques prises par M, Archambault ont eu les plus heureux résultats, et on leur doit certainement la limitation rapide de ce foyer épidémique et son extinction définitive. Tous les enfants atteints ont guéri, ce qu il n’est pas inutile de signaler pour rassurer les familles ou les médecins, que le transport d’un enfaht atteint de scarlatine, en plein hiver, pourrait effrayer outre mesure.
L’opinion publique, y compris l’opinion médicale, s’est émue un peu plus que de raison d’une explosion variolique récente, dont nous avons, en temps opportun et utile, dénoncé l'imminence, sans parvenir à nous faire écouter. Au commencement de cette année, en parlant du quatrième trimestre de 1878, M. Besnier avait montré la variole reparaissait dans la ville, comme dans les hôpitaux, sous forme de foyers partiels et très-limités, mais assez actifs pour ne s’être éteints que sous l’action de mesures énergiques d’isolement. Cela voulait dire que le pouvoir contagieux de la variolé, à peu près constamment nul depuis plusieurs années, retrouvait des conditions favorables à sa manifestation, ou encore, en termes plus précis, que les germes varioliques permanents retrouvaient dans les conditions d’individus oti du sol des milieux de culture lus favorables, ou encore que des germes primitifs plus énergiques,
la manière, pari exemple, du cowppx comparé au vaccin commun, avalent été importés. Aussitôt que les résultats de ces conditions causales, quelles qu’elles Soient, ont été constatés, ce qui ne présente aucune difficulté dans une ville bien administrée, l’imminence épidémique existe, la diffusion des germes et la géné-
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ralisalion de l’affection peuvent se produire aussi longtemps que les foyers primaires n’ont pas été éteints. Cette extinction des foyers primaires est la mesure publique par excellence, et l’on ne saurait trop encourager l’autorité, qui commence à être convaincue, à organiser définitivement et sur des bases plus larges cette haute prophylaxie dont la pratique est encore trop imparfaite.
En ce (jui concerne plus particulièrement notre terrain hospitalier, il était inutile de transcrire une fois de plus l’ensemble complet du système de prophylaxie nosocomiale tant de fois développé depuis le rapport de M. Vidal. M. Iîesnier a toutefois, il y a trois mois, indiqué les mesures qu’il était urgent de prendre sans délai : 1° création dans tous les hôpitaux sans exception d’un pavillon d’isolement temporaire, destiné à donner asile immédiat et d’urgence soit aux sujets atteints d’affections contagieuses qui sont apportés à l’hôpital dans une situation trop grave pour être immédiatement transférés dans les services d’isolement, soit aux malades amenés du dehors dont l’affection reste douteuse à un examen rapide et qui doivent être l’objet d’une enquête plus approfondie et plus prolongée avant d’être introduits dans un convoi de varioleux ou dans un service d’isolement ; 2° organisation et réglementation du service de transport des malades atteints d’affections contagieuses, mesures de police à l’égard des voitures dans lesquelles sont apportés à Thôpilal les sujets varioleux, mesures restrictives apportées à la libre sortie des convalescents qui, dans l’état actuel, s’en vont librement semer dans la ville les germes varioleux ; 3° création d’un institut vaccinal public, dans lequel on pourrait présenter chaque jour les sujets à vacciner, ou trouver sans délais ni difficultés du vaccin efficace et disponible.
Je ne dirai pas, ajoute M. Besnier,que rien de tout cela, ni rien de tout ce que nous avons antérieurement réclamé, n’ait été fait; mais je suis obligé de dire que rien n’a été fait grandement, largement, complètement, et que c’est par lambeaux, en quelque sorte, que nous obtenons de trop lentes modifications. Nous avons des services d’isolement attaches au flanc de quelques hôpitaux généraux, alors qu’il faudrait des hôpitaux d’isolement; aucun compte n’a été tenu de la nécessité absolue cependant d’avoir un petit lazaret à l’entrée de chaque hôpital, soit pour suffire immédiatement et à toute heure à ses propres besoins d’isolement, soit pour donner asile aux malades atteints d’affections contagieuses apportés au milieu de la nuit, ou dans une situation assez gravé par elle-même pour ne pas permettre un nouveau transport.
Un grand hôpital qui ne possède pas un pavillon d’isolement à chambres séparées, avec service spécial pour faire sa quarantaine propre, ou satisfaire aux exigences du dehors que nous venons d’indiquer, est un hôpital imparfait, incomplet, peu digne de notre époque. Ne serait-ce pas prochainement une humiliation desavoir qu’à la fin du dix-neuvième siècle, dans une ville qui se considère comme la capitale du monde civilisé, on introduisait encore dans des salles communes les malades atteints de diphthérie, de rougeole, de scarlatine, et combien laudra-l-il encore d’années pour faire comprendre que c’est un acte blâmable, pour ne pas dire autrement, d’introduire dans les salles communes des hôpitaux des malades atteints d’affections contagieuses transmissibles par simple voisinage? L’isolement des malades atteints d’affections contagieuses, sans exception, est un principe absolu d’hygiène et de morale publiques ; le temps est venu de lui donner satisfaction pleine et entière.
L isolement, seul moyen de prophylaxie pour la presque totalité des affections contagieuses, reste encore un moyen de premier ordre alors qu’il s’agit de la variole, et quelle que soit d’ailleurs 1 assistance que peuvent prêter la vaccination et la revaccination. En effet, dans une agglomération de plusieurs centaines de mille, et à plus forte raison de plusieurs millions d’hommes, l’état de grâce vaccinale permanent, si Ton veut bien me passer cette expression est une utopie; il supposerait, en effet, pour être réalisable • 1° le consentement et la soumission de la population entière permanente et flottante, à la vaccination et aux revaccinations en coupes réglées de quelques années; 2° la possibilité matérielle de reahser ces vaccinations, dans l’état actuel de pénurie quantitative et qualitative où sont laissées les sources vaccinales.
C est seulement dans les catégories d’individus classés : armée Hôpitaux, ecoles, administrations, que Ton peut espérer voir les revaccinations appliquées, et encore combien de difficultés dé détail, a ne compter que celles qui naissent de l’incertitude résultant •iLw a1^Va?î,clna^PIî "égatiye, après laquelle on voit trop souvent apparaître la variole! Il faut que ces difficultés soient bien réelles pour que 1 administration de l’Assistance publique, à laquelle nous avons maintes fois fait appel à l’occasion de morts déplorables
survenues dans son personnel médical ou administratif, n’ait jamais pu assurer de service des revaccinations obligatoires pour les élèves, ni même exiger le certificat de vaccine. Espérons que le malheureux élève en pharmacie du service de M. Labric, qui vient de succomber à la variole, et chez qui notre savant collègue n’avait pu trouver trace de vaccination, sera la dernière victime.
Dans une circulaire récente, l’administration de l’Assistance publique a prescrit la revaccination de son personnel entier et engagé les médecins à étendre la mesure à tous les malades pour qui elle ne serait pas un inconvénient ou un danger. La source de vaccin mise à la disposition des médecins est la série des génisses organisée par une entreprise particulière; est-ce bien là ce qu’il y aurait de mieux à faire? I/Assistance publique ne devrait-elle pas avoir son service particulier et permanent de vaccine, dirigé, en tout ce qui concerne la vaccine animale, par un vétérinaire autorisé, qui a seul compétence pour accepter ou rejeter les animaux amenés dans les hôpitaux? Enfin, à défaut de tout cela et d’une commission opératoire de vaccin, formons le vœu de voir toutes les revaccinations opérées sous la direction des chefs de service et en leur présence réelle, avec le liquide s’écoulant spontanément de la déchirure de boutons vaccinaux louables, et non avec le liquide obtenu par la compression de ce bouton, pratique commerciale qui devrait être interdite.
Quand la ville de Paris aura-t-elle un Bureau central d’hygiène dirigé, comme à Bruxelles, par un médecin compétent, pourvu du matériel nécessaire, revêtu de l’autorité indispensable et rétribué assez largement pour exercer réellement les fonctions dont il sera chargé, et un bureau particulier dans chaque arrondissement?
Fièvre typhoïde. — Le nombre des décès de typhoïdes, 320, constatés à Paris pendant le premier trimestre 1879, est notablement supérieur à la moyenne de la période correspondante des années communes, laquelle oscille entre 200 et 250; d’autre part, le chiffre de 320 est également supérieur au total des décès du quatrième trimestre do Tannée précédente, ce qui est contraire à la loi d’évolution saisonnière, et ne peut être compris que dans l’hypothèse de l’existence de foyers accidentels, extraordinaires. Celte hypothèse peut être facilement démontrée exacte par l’analyse statistique : on trouve, en effet, qu'un des arrondissements de Paris, le VlI0 (Palais-Bourbon), compte à lui seul 72 décès typhoïdiques, c’est-à-dire plus du cinquième de la mortalité typhoïae de la ville entière ; or, cet arrondissement se compose de quartiers essentiellement militaires, cela permet déjà de supposer qu’il s’est produit, dans cette région, un ou plusieurs de ces foyers militaires absolument spéciaux : on trouve, en effet, 54 décès militaires contre 18 civils. Cette exception militaire est encore exceptionnelle, môme pour la population militaire dans son entier, puisque’ d’après les chiffres certains, le premier trimestre entier de 1879 ne compte que 78 décès militaires causés par la fièvre typhoïde.
— M. Damaschino présente des pièces provenant de deux malades phthisiques morts dans son. service; ces pièces sont remarquables par la présence d’un anévrysme de l’artère pulmonaire.
Dr Joseph Michel.
Société de chirurgie.
Inversion utérine ; métrorrhagies ; Insuccès des tentatives de réduction. Ligature élastique; guérison. — Essai pratique et appréciation du forceps de M. Tarnier. — Sur l’ostéopériostite.
M. Charnel, membre correspondant, adresse à la Société de chirurgie l’observation d’une femme entrée à l’hôpital d’Orléansville après un accouchement et une délivrance difficiles. Le lendemain de l’accouchement, on avait constaté que l’utérus était renversé et que la tumeur était irréductible. A chaque époque menstruelle, une hémorrhagie survenait. On trouvait dans le vagin une tumeur arrondie, lisse, molle, facile à déprimer, et du volume d’une moyenne orange. Il était facile de constater une continuité de tissu entre le pédicule de la tumeur et les lèvres du col de l’utérus. L’inversion de l’utérus était incontestable. M. Chauvel tenta sans succès une série de manœuvres de réduction ; il se décida à pratiquer la ligature élastique.
Le 7 janvier, la tumeur fut amenée hors du vagin pour
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compléter l’inversion; M. Chauvel la comprima de bas en haut pour chasser le sang qu’elle contenait et refouler les anses intestinales qui auraient pu suivre le fond de l’utérus. Une anse métallique fut placée sur le pédicule de la tumeur au moyen d’un serre-nœud. Au-dessus de l’anse, dans un sillon tracé avec le thermo-cautère, on appliqua une ligature élastique au moyen d’un tube à drainage dont la solidité était éprouvée. Le corps de l’utérus tomba au bout de neuf jours, laissant au fond du vagin un moignon rougeâtre. La tumeur ne put être examinée. La malade guérit sans complications.
M. Guêniot. Le pessaire à air a donné des résultats remarquables pour la réduction de ces inversions utérines. M. Guéniot fera prochainement un rapport sur une observation d’inversion de l’utérus adressée à la Société par M. Hue (de Rouen).
M. Tillaux regrette qu’on n’ait pas examiné la partie enlevée; c’était peut-être un corps fibreux du fond de l’utérus; M. filiaux fait donc des réserves sur la nature du tissu enlevé.
M. Forget. La ligature a été faite pendant que l’inversion était exagérée; on ne comprend pas, en pareil cas, qu’il reste une cavité utérine appréciable.
M. Houel. Le placenta a été extrait difficilement. C’est dans ces conditions qn’on observe les inversions utérines. D’un autre côté, il faut qu’un polype soit bien volumineux pour inverser la matrice, et M. Chauvel l’aurait diagnostiqué. Il ne reste pas une cavité utérine, mais un simple moignon au niveau au point séparé par la ligature.
M. Verneuil. Il ne peut y avoir aucun doute sur le diagnostic de M. Chauvel : l’observation est très-complète, et elle décrit tous les caractères de l’inversion utérine.
M. Tarnier est de l’avis de M. Verneuil ; il a vu deux cas analogues.
— M. Polaillon fait un rapport sur un travail de M. Wasseige (de Liège) : Essai pratique et appréciation du forceps Tarnier. L’auteur dit que M. Tarnier a compliqué bien inutilement le forceps; il fonde cette opinion sur six observations.
M. Wasseige n’a opéré que sur des bassins rétrécis ou irréguliers. Quand les diamètres de la tête fœtale ne sont pas en rapport avec les diamètres du bassin, le forceps Tarnier pourra échouer comme les autres forceps. M. Wasseige s’est servi d’un forceps raccourci de plusieurs centimètres. D’ailleurs il dit que le forceps Tarnier est théoriquement supérieur aux autres forceps.
M. Tarnier analyse les six observations de M. Wasseige. Dans la première, application du forceps Tarnier ; réussite complète. Dans la deuxième et la sixième, le forceps Tarnier amène la tête dans l’excavation pelvienne ; on tire encore, la tête ne descend pas, parce que la rotation ne s’est pas effectuée ; M. Wasseige fait la rotation avec le forceps et amène l’enfant. Ges observations ne sont donc pas défavorables à l’instrument. Dans la quatrième, rien ne vient, on fait la céphalotripsie ; cela ne prouve rien contre le forceps Tarnier. Dans la troisième et la cinquième, le bassin est rétréci; on échoue parce que les branches de traction sont trop courtes. M. Wasseige s’est servi d’un forceps plus court que celui adopté par M. Tarnier. Voici les caractères à l’aide desquels on reconnaît le forceps auquel M. Tarnier s’est arrêté :
4° Longueur totale : 42 centimètres; 2° distance de l’extrémité des cuillers au pivot : 27 centimètres; 3° distance de l’extrémité des cuillers à l’extrémité des tiges de traction : 25 centimètres ; 4° écartement existant entreles extrémités des deux cuillers quand l’instrument est articulé à vide : 2 centimètres ; 5° poignée transversale s’articulant avec les tiges de traction à l’aide d’un verrou ; 6° manches des branches de préhension recouverts de plaques de corne. M. Tarnier dé¬
cline la responsabilité des faits se rapportant à des forceps autres que celui-là.
— M. Berger fait une communication sur l’ostéopériostite. Faut-il ramener toutes les inflammations graves qui évoluent au dedans ou autour de l’os en voie de développement à un seul type? Déjà M. Chassaignac a établi les caractères distinctifs des abcès sous-périost'iques aigus de ceux dus à l’ostéomyélite. Dernièrement MM. Marjolin et Tillaux ont aussi cherché à poser les symptômes différentiels de la périostite proprement dite et de l’ostéomyélite. M. Berger a observé un fait qui lui a permis de vérifier un certain nombre de ces caractères distinctifs.
M. Berger fut appelé le 7 décembre près d’un jeune homme qui s’était, disait-on, fait une entorse la veille. La face externe du cou-de-pied et de ia jambe étaient le siège d’un empâtement assez considérable. Le lendemain, rougeur érysipélateuse, apparence d’un phlegmon diffus; fièvre. M. Berger reconnut une ostéite épiphysaire aiguë. Le jour suivant, la fluctuation était appréciable au niveau de la malléole externe; une incision donna issue à du pus phlegmoneux ; le périoste était décollé et l’os était rugueux. Pansement de Lisler. La fièvre tomba. Quatre jours après l’incision, l’os était recouvert; au bout d’un mois, la plaie était cicatrisée; guérison.
Quelle dénomination donner à cette affection? Si on veut nommer les choses par leur nom, c’est un abcès sous-périostique aigu dû à l’inflammation de la face profonde du périoste. Est-ce l’ostéite épiphysaire aiguë des adolescents? Mais il n’y a pas eu de nécrose, l’os n’a pas été atteint d’ostéite ; il n’y a pas eu d’exfoliation osseuse. C’est encore moins une ostéomyélite.
Dans la périostite phlegmoneuse, la douleur est excessive, lérébrante; cependant, chez le malade de M. Berger, la douleur était modérée ; M. Chassaignac dit qu'il n’y a point de rougeur de la peau ; ici la peau est rouge. La fluctuation, dit M. Chassaignac, précède l’empâtement; c’est encore le contraire dans l’observation de M. Berger. On a vu que la dénudation des os n’entraîne pas forcément la nécrose; cette nécrose dépend plutôt de l’extension à l’os de l’inflammation du périoste. Cette observation vientà l’appui des idées émises par MM. Tillaux et Marjolin dans une précédente séance.
M. Verneuil déplore les tentatives que l’on fait pour fusionner en une seule et unique affection des affections qui diffèrent tant au point de vue du pronostic et du traitement. Sur ce point, il est de l’avis de M. Berger ; mais il en diffère, parce que pour lui (M. Verneuil) le diagnostic différentiel établi par M. Chassaignac n’est pas exact et pratique. Il est indispensable de conserver l’ancien abcès sous-périostique, l’ostéomyélite spongieuse, l’ostéomyélite centrale, l’ostéite aiguë, etc. Il faut faire ces distinctions anatomo-pathologiques d’abord, et rechercher ensuite les signes distinctifs correspondants.
On a défendu les résections précoces : voici un fait qui est contraire à ces opérations hâtives. Le 2 janvier 4879, M. Verneuil fut appelé par M. Frébault près d’un enfant de quatorze ans qui avait fait une chute sur l’avant-bras six jours auparavant. Le gonflement était énorme à l’avant-bras. C’était absolument le typhus des membres décrit par M. Chassaignac. Fluctuation dans tout l’avant-bras. M. Verneuil diagnostiqua un abcès sous-périostique. Incision de 6 centimètres : issue d’un flot de pus. Le radius était complètement dénudé dans toute sa circonférence. Bains antiseptiques matin et soir. Un mois après, la plaie était fermée et le bras avait retrouvé presque tous ses mouvements. Pas la moindre exfoliation osseuse.
— M. Cazin (de Boulogne-sur-Mer) dépose sur le bureau une observation d’extraction du tibia nécrosé en totalité, reproduction de l’os, guérison avec claudication.