PHYSIOLOGIE EXPÉRIMENTALE : INNERVATION DU CŒUR
La découverte de l'action d’arrêt du pneumogastrique sur le cœur, les discussions théoriques qu’elle a soulevées, etc. , ont été très-complètement exposées au point de vue historique, dans tous les traités classiques, particulièrement dans celui de Longet et dans le tomelV du graud ouvrage de M. H. Milne Edwards sur IJ Anatomie et la Physiologie comparées de Vhomme et des animaux. .Ljétude expérimentale de ce nerf a été faite avec grand, soin par MM. Arloing et Tripier dans: un travail publié par les Archives de physiologie en 1872, et dont la lecture doit être tout particulièrement recommandée;.
Il est donc inutile de traiter avec détail les côtés bien con¬
nus de la question; nous croyons préférable de consacre quelques développements à certaines parties de l’histoire du pneumogastrique qui sont moins étudiées dans les ouvrages didactiques.
Dans les premières années qui ont suivi la découverte de l’influence suspensive du pneumogastrique sur les mouvements du cœur (WeOer, Budge, Cl. Bernard), aucun désaccord ne se produisit entre les physiologistes au sujet de la réalité de cette action. Schiff fut le premier à s’élever contre la théorie qui s’était rapidement développée, et en vertu de laquelle le n,erf pneumogastrique était considéré comme présidant à un appareil modérateur du cœur. Il avait obtenu, en excitant ce nerf avec des courants électriques très-faibles, une accélération notable des battements du cœur : il émit dès lors l’hypthèse que le ralentissement observé avec des excitations plus fortes n’est qu’un phénomène d 'épuisement du nerf, que la véritable fonction du pneumogastrique est une fonction motrice et non une fonction d’arrêt. Cette opinion de Schiff a été reprise et développée avec beaucoup d’insistance par J. Moleschott dans ulie série de travaux publiés dans son journal (Moleschott’ s Untersuchungen ) : on trouvera l’exposé complet de ses idées et de ses expériences dans un article inséré dans le Journal de la physiologie de Brown-Séquard en 1862 (traduit du Wiener medicin.Wochensch., mai 1861, par M. Gordon).
En étudiant ce travail de Moleschott, ainsi que les faits antérieurement publiés par Schiff, on ne peut se refuser à admettre avec ces auteurs, et avec ceux qui ont plus ou moins complètement adopté leur opinion (Budge, Spiegelberg, Valentin, Lister, etc.), qu’en effet le nerf pneumogastrique excité dans certaines conditions produit l’accélération du cœur. Mais ceci n’a rien qui doive surprendre, aujourd’hui que nous savons que ce nerf contient des fibres accélératrices (voy. le chapitre précédent) ; d’autre part, ce fait que l’action accélératrice du pneumogastrique peut être mise en évidence par certains procédés expérimentaux, n’enlève en aucune façon sa valeur à cet autre fait, plus évident encore, que l’excitation du bout inférieur du pneumogastrique produit le ralentissement du cœur si elle est modérée, et en détermine l’arrêt si elle est suffisamment énergique. Le nerf pneumogastrique contient en effet des fibres cardiaques modératrices qui sont centrifuges comme les fibres accélératrices, et proviennent également des régions supérieures de Taxe spinal. Elles ne sont pas sans analogues dans l’économie. On peut les comparer, par exemple, aux nerfs dilatateurs des vaisseaux, dont nous des avons déjà rapprochées, et aux nerfs splanchniques, qui suspendent ces mouvements de l’intestin : aussi a-t-on fait de tous (Tes nerfs une catégorie spéciale, la classe des nerfs d'arrêt, désignation inspirée par la nature du phénomène commun résultant de leur excitation.
On s’est élevé, surtout dans ces derniers temps, .contre la conception des nerfs d’arrêt, parce qu’aucune notion anatomique; positive ne peut être invoquée pour l’appuyer; aeçeptons-la cependant, puisqu’elle correspond à un fait physiploT gique précis, quitte à l’abandonner le jour où le mécanisme de ces actions suspensives sera clairement déterminé,. L’im terprétation, tout hypothétique du reste,, à laquelle on se rattache aujourd’hui, consiste en ceci : le nerf pneumogasT trique, comme les autres nerfs d’arrêt, agit indirectement sur les muscles,; dont: il provoque le relâchement; il exerce son influence sur les appareils ganglionnaires périphéri/jnés avec .fesqùels ilms.tien. rapport; ;{a suspension des mo,uver ments du cœur, tout comme la dilatation des vaisseaux et
9 Mai 1819.
' l’arrêt de l’intestin, résulte de celte action sur les ganglions i par un procédé physiologique qui a été comparé au phénof mène physique de Y interférence. Quoi qu’il en soit de la va- j leur de- l’explication, le fait bien démontré auquel nous devons seulement nous attacher ici, c’est l’arrêt du cœur qui résulte de l’excitation du bout inférieur du nerf pneumogastrique. Nous verrons cet arrêt survenir aussi sous l’influence des , excitations portées à l’origine même des pneumogastriques, \au niveau du bulbe rachidien; nous le retrouverons comme phénomène réflexe résultant d’une violente irritation des nerfs sensibles. A un moindre degré d’activité, l’appareil modérateur du cœur se présentera comme un moyen de régu- 1 lation de la fonction cardiaque, subordonnant le rhythme du cœiir aux variations de la pression artérielle, à la nature et à l’intensité des excitations produites par’le sang sur la mem- Vbrane interne sensible du cœur, etc. On voit qu’il y aurait déjà dans l’étude de ces questions matière à des développements suffisants; mais nous devrons, en outre, examiner avec soin des points plus spéciaux relatifs à la provenance réelle des filets du pneumogastrique qui produisent le ralentissement du cœur, à l’action des poisons sur la terminaison cardiaque de ces nerfs, etc. En présence d’un tel ensemble de faits importants à étudier, nous abandonnons volontiers la discussion des hypothèses relatives au mode d’action du pneumogastrique, pour aborder sans retard l’examen des phénomènes auxquels donne naissance son excitation directe pu réflexe.