ONT SUR LA SORTIE DU LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN DANS
les fractures du crane, par M. le docteur VlEUSSE,
médecin-major de 26 classe.
Après les traumatismes de la tête, l’écoulement par l’oreille d’un liquide séreux, abondant, et dont les propriétés physiques et chimiques sont les mêmes que celles du liquide sous-araclinoïdien, peut être considéré comme un excellent signe d’une fracture du crâne. C’est le professeur Laugier qui, le premier, en 1839, appela l’attention des chirurgiens sur la coexistence de la sortie d’une grande quantité de sérosité par l’oreille avec une fracture du rocher, et montra l’importance clinique de ce symptôme. Quelques années après, A. Robert, dans un mémoire publié dans les Archives de médecine (décembre 1845), montra quelle était sa nature. Après lui plusieurs chirurgiens éminents, parmi lesquels il nous faut citer Chassaignac, A. Bérard, etc., étudièrent à leur tour la provenance de ce liquide. Nous ne rapporterons pas les différentes opinions qui ont été émises au sujet de la nature des écoulements séreux qui se font par l’oreille à la suite des fractures du rocher: nous considérons comme démontré que cette sérosité n’est autre que le liquide sous-arachnoïdien. Pour que cet écoulement soit libre, il faut un concours de circonstances qui se rencontre rarement: il est nécessaire, en effet, que la cavité qui le renferme communique avec l’extérieur. Ces conditions ne se présentent que lorsqu’une fracture du crâne existe en même temps qu’une plaie des téguments, accompagnée d’une déchirure des enveloppes de l’encéphale. Si la rupture de l’os se trouve en rapport avec une ouverture naturelle, l’écoulement se produira sans plaie extérieure. C’est ce qui a lieu à la suite d’une fracture du rocher, soit que le trait de la fracture corresponde au conduit auditif externe, ou que la lésion se trouve au niveau de l’oreille interne avec déchirure de la membrane du tympan ; il se fait alors un écoulement de sérosité par l’oreiïle. En raison de la facilité avec laquelle se produit alors la sortie du liquide, les auteurs, dans leurs descriptions, n’ont eu en vue que d’étudier sa nature et sa provenance, sans s’occuper des conditions qui pouvaient déterminer son issue au dehors.
Il est vrai que la sortie du liquide céphalique par le nez a été signalée pour la première fois par Robert, dans le mémoire cité ; mais ce chirurgien, uniquement préoccupé de la nature de l’écoulement, ne rechercha en aucune manière les lois qui déterminent sa sortie.
C’est pour les .avoir méconnues que nos auteurs ne l’ont signalée que dans les fractures qui siègent à la base. Nous tospérons pouvoir démontrer que les fractures de la voûte ■euvent également, alors que la cavité sous-arachnoïdienne %t mise en communication avec le dehors, s’accompagner d’un
écoulement séreux. Il suffit, pour que la chose se produise, que la fracture soit mise dans une situation telle qu’elle occupe un niveau inférieur à celui de la base du crâne.
L’observation suivante, que je dois à l’obligeance du docteur Fleys, médecin distingué a’Aurillac, montre l’influence que les diverses positions que prend la tête peuvent avoir sur l’écoulement séreux qui se fait à la suite d’une fracture de la base.
Obs. I. — Le nommé IL.., âgé de quarante-six ans, bouvier au village du Pontet, petit, maigre, mais de bonne santé habituelle, • se présente à ma consultation le 16 juillet 1868. Il y a huit jours, il est tombé de son char à bœufs ; il ne sait s’il a heurté une pierre ou si la roue a passé sur sa tête. Etourdi par le coup, il revint à lui au bout de quelques minutes ; ses compagnons de voyage constatèrent une plaie à la tempe droite, un écoulement sanguin par l'oreille gauche et le nez. Transporté immédiatement chez un médecin qui lui donna ses soins, il put ensuite continuer son voyage, allant tantôt à pied, tantôt monté sur son char, et faire aiusi plus de 40 kilomètres. Aujourd’hui, huit jours après l’accident, il vient me consulter pour un violent mal de tôle siégeant au sommet occipital. Le malade, dès qu’il est entré dans mon cabinet, s’assied et prend l’attitude d’un homme accablé, le front dans ses deux mains, les coudes sur les cuisses. Pondant que son frère, qui l’accompagne, me raconte l’accident et me dit que le malade a pu reprendre le travail de la ferme et faire à pied le trajet du Pontet a Aurillac (environ 4 kilomètres), pour venir me consulter, je constate avec surprise l’écoulement par le nez d’un liquide très-limpide qui tombe à terre goutte à goutte avec une grande régularité. A mes questions on répond que cet écoulement n’est pas continu, mais qu’il reparaît chaque fois que le malade se penche en avant, et qu’il a remplacé l’écoulement sanguin.
En examinant le malade, je constate à la tempe droite une plaie confuse qui comprend toutes les parties molles; à ce niveau les os ne paraissent ni enfoncés ni brisés. Les paupières inférieures sont fortement eechymosées, les conjonctives portent aussi la trace d’épanchements sanguins. La lèvre inférieure est fortement tirée à droite (côté de la chute); le reste des traits du même côté est également dévié. Pas de lésions de la sensibilité et de la motilité des membres et du tronc. L’oreille gauche présente des traces d’un écoulement déjà ancien; mais il n’y a pas d’écoulement séreux. Le malade est levé depuis six heures du matin.
J’avais déjà les hases suffisantes d’un diagnostic; mais, voulant examiner le malade à loisir, je l’engageai à aller se reposer, et lui donnai rendez-vous à deux heures de l’après-midi.
En arrivant chez lui, je trouvai mon malade couché. L’écoulement nasal a cessé, et, pendant que j’examine avec soin le pharynx pour voir s’il ne se produit pas dans l’arrière-gorge, je m’aperçois que l’oreille gauche est humide et que la taie d’oreiller sur laquelle elle repose est mouillée. L’écoulement se fait donc par l’oreille gauche. Eu effet, en inclinant fortement la tête de ce côté, je vois sourdre le liquide goutte à goutte. Je fais ensuite asseoir le malade sur son lit, la tête inclinée en avant, et, au bout de quelques secondes, l’écoulement par le nez reparaît, et cesse par l’oreille. Répétée plusieurs fois, l’expérience réussit toujours, comme si on l’exécutait avec un vase renfermant un liquide et fêlé en deux points éloignés; la seule différence est dans le temps que l’écoulement met à se produire après la posilion acquise. La quantité de liquide qui sœcoule au dehors est d’environ deux gouttes par seconde. Je mai pas recueilli de ce liquide; j’étais tellement convaincu de sa nature, qu’une analyse me parut inutile.
Le lendemain, il me fut facile de renouveler l’expérience. Le malade se plaint d’un grand mal de tête; mais il n’a ni fièvre, ni agitation; pas de lésions apparentes des organes des sens. Néanmoins, bien convaincu du grave danger que courait le malade et des difficultés qu’il avait à se soigner chez lui, je l’engageai à entrer à l’hôpital d’Aurillac, où il fut alors confié aux soins du regretté docteur Giroux, chirurgien en chef.
Les mêmes phénomènes se continuèrent pendant trois ou quatre, jours; mais bientôt des symptômes d’une méningo-encéphalite dominèrent la scène, et le malade mourut le 26 juin.
L’autopsie fut pratiquée le lendemain en présence du docteur Giroux. En voici les résultats :
Les téguments de la tête ne présentent que deux plaies : une à la jonction des os propres du nez avec le cartilage ; la seconde part d’un point situé à 3 centimètres au-dessus de l’extrémité externe du rebord orbitaire droit, et se prolonge en haut sur une
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longueur de 5 centimètres; elle occupe toute l’épaisseur des téguments. Une incision est faite à la peau de la racine du nez, à l’apophyse occipitale, et, les os du crâne mis à nu, on enlève à la scie la calotte crânienne. La dure-mère est injectée, surtout au sommet occipital; en ce point siège une collection de pus épais, et tout le long de la scissure cérébrale se trouvent d’autres petites collections. Sous la dure-mère, l’arachnoïde apparaît également très-injectée ; les vaisseaux de la surface des hémisphères et les sinus veineux sont gorgés de sang. A la base du cerveau s’étale du pus en nappe, le tissu cérébral a la consistance normale, mais il est pointillé et fortement gorgé de sang.
En aucun point de la base du crâne, il n’y a trace d’épanchement sanguin. La fracture naît du point du frontal indiqué plus haut, sur lequel semble avoir porté la contusion ; elle consiste en une fêlure oblique par rapport aux tables osseuses, remonte à 5 centimètres au-dessus du rebord de l’orbite pour suivre obliquement la voûte orbitaire en dedans, coupe la grande aile droite du sphénoïde et arrive au milieu de la selle turcique qu’elle traverse; de ce point elle envoie un rayon a trajet irrégulier en avant jusqu’à la partie droite de la lame criblée de l’ethmoïde; un second rayon enlève l’angle externe de l’aile gauche du sphénoïde. L’articulalion sphèno-ethmoïdo-lemporale gauche est divulsée, et la fracture s’arrête à la fente sphénoïdale de ce côté. Les apophyses clinoïdes postérieures sont presque arrachées et cèdent au plus petit effort. Le rebord du temporal gauche présente une fracture triangulaire située sur la face antéro-postérieure de cet os, et avec l’ongle on détache à ce niveau une esquille losangique de 3 centimètres de long sur 2 de large. Les membranes sont rompues en ce point, qui correspond au conduit auditif externe.
Cetle observation comporte plusieurs enseignements : Elle montre une fois de plus que les fractures graves de la boîte crânienne peuvent passer inaperçues à cause du peu de réactions que parfois elles déterminent. Elle explique la difficulté qu’éprouve le praticien pour faire le di gnostic, et la réserve qu’il doit apporter dans le pronostic. Elle est surtout digne d’intérêt par suite de l’écoulement séreux qui s’est effectué alternativement par le nez et l’oreille gauche.
C’est, en effet, par le nez que l’écoulement commence à se faire, pour se produire ensuite par l’oreille gauche, selon les différentes positions que prend la tête. Le malade vient-il à la pencher en avant? c’est par le nez que l’écoulement a lieu. Au contraire, le malade est-il dans le débubitus dorsal? c’est par l’oreille que sort la sérosité.
Remarquons aussi la facilité avec laquelle le liquide céphalique est mis en mouvement, et les oscillations qu’il éprouve dans les différents mouvements que le crâne exécute. Elles ont pour résultat de le laisser s’accumuler dans les parties les plus déclives.
Nous transcrivons l’observation suivante, qui est de Tillaux ( Anatomie] topographique, premier fascicule, p. 56), et où l’influence de la position que prend la tête, sur l’écoulement séreux qui accompagne les fractures de la base du crâne, est démontrée avec la plus grande évidence.
Obs. IL — M. C..., opticien à Paris, se présente chez moi, en décembre 1872, en me priant de le débarrasser d’un écoulement qui se faisait par le nez. Ce n’était pas qu’il en souffrit, mais, tenant constamment la tète inclinée pour travailler à ses instruments d’optique, il était singulièrement gêné par la chute incessante d’une goutte de liquide. Je pensai tout d’abord à une hypersécrétion de Ja pituitaire, et lui fis part de mon opinion, mais il la combattit victorieusement en me faisant observer qu’il n’était pas enrhumé, que cet écoulement n’était pas récent, qu’il était continuel, surtout lorsqu’il baissait la tête, ce dont il me rendit immédiatement témoin. Fort embarrassé pour porter un diagnostic, je demandai à M. C... s’il pouvait me fournir une certaine quantité de liquide pour en faire l’examen. « Un litre si vous voulez, me répondit-il ». En effet, deux ou trois jours après il m’apportait deux flacons pouvant contenir 200 ou 300 grammes chacun. (Le malade évaluait à un quart de litre la quantité qu’il rendait chaque jour). M. Robin, que ce fait intéressait beaucoup, remit un des flacons au savant pharmacien de l’hôpital Necker, M. Méhu, dont la compétence en ces sortes d’analyse est irrécusable. M. Méhu répondit à M. Robin que ce produit était du liquide céphalo-rachidien.
Le malade, anxieux de connaître le résultat de l’analyse, ne tarda pas à me revenir voir. L’interrogeant alors sur ses antécédents, j’appris que deux fois il avait été opéré d’un polype des fosses nasales. Il ne fut plus douteux pour moi que le liquide sortait du crâne par un pertuis siégeant à la voûte des fosses nasales au niveau de la lame criblée, dans le point où la paroi supérieure a une lame osseuse pour ainsi dire papyracée.
J’obtins de plus de cet homme, très-intelligent , les renseignements suivants : La position de la tète avait une influence considérable sur l’écoulement ; s’il la portait en bas, l’écoulement était incessant; il diminuait s’il la redressait, et disparaissait complètement dans la position horizontale. J’ai suivi M. C... depuis cette époque : il y a des variations dans l’écoulement du liquide, qui même a, pendant plusieurs mois, cessé de se produire sans aucun traitement. A part un peu de céphalalgie de temps à autre, le malade n’éprouve pas le moindre trouble ni physique, ni intellectuel; il jouit librement de toutes ses facultés et s’occupe comme parle passé de ses affaires. J’ai revu M. C... pour la dernière fois, le 20 septembre 1873, l’écoulement était aussi abondant que jamais.
Dans l’observation qu’on vient de lire, il est hors de doute qu’une communication existait entre la cavité sous-arachnoïdienne et les fosses nasales. L’écoulement du liquide renfermé dans le crâne ne se produisait que lorsque l’ouverture de communication occupait un niveau placé au-dessous de la base du crâne. Elle offre la plus grande analogie avec la précédente, en ce qui concerne les mouvements dont est animé le liquide, et l’influence que les diverses positions de la tête exercent dans la production de ces mouvements. Elle nous fait voir également que la quantité de liquide que renferme la cavité céphalo-rachidienne est limitée et ne dépasse jamais un certain niveau, qui correspond assez exactement à la base du cerveau; qu’ au-dessous le liquide existe en grande quantité, tandis que dans la partie qui correspond à la convexité de la masse cérébrale il n’en existe pas.
Nous pouvons citer une observation qui nous est personnelle, et qui présente avec la précédente la plus grande analogie, en ce qui concerne l'influence que les différents mouvements de la tète ont sur les migrations du liquide sous-arachnoïdien que le crâne renferme.
Le diagnostic porté et accepté pardesmédecins très-recommandables, entre autres par M. le médecin-inspecteur Legouest, fut qu’il existait, au niveau de la fente sphénoïdale, une ouverture accidentelle, qui mettait en communication la capsule de Ténon avec la cavité qui renferme le liquide céphalo-rachidien, et qu’à travers cette ouverture, le liquide entrait et sortait dans la cavité orbitaire, suivant les différentes positions que prenait la tête.
Voici cette observation dans ce qu’elle a de plus important.
Obs. III. — Le nommé Brachet, soldat au 34e régiment d’artillerie, se présente à notre visite, affirmant que de son œil gauche la vue s’était considérablement affaiblie. En effet, en examinant avec attention le malade, on était frappé de la différence d’aspect que présentaient les deux yeux. L’œil droit a l’apparence normale de rœil gauche ; le globe oculaire gauche, enfoncé dans l’orbite aux rebords très-saillants, aux culs-de-sac conjonctivaux presque effacés, laisse voir de côté par son retrait en arrière une conjonctive très-pâle.
Posant le doigt sur le globe de l’œil avec une pression légère, on sent l’organê solide fuir, se dérober et se sauver dans le fond de l’orbite, sans déterminer aucun phénomène de compression cérébrale. Dans les deux yeux, le mouvement est normal et identique, pas de déviation, jamais une vue double.
D’où il résulte que dans l’œil gauche le tissu graisseux de l’orbite a été résorbé : on dirait d’un simple amaigrissement semblable à celui des vieillards.
Autre fait. L’œil change de place selon Ja position de la tête. Est-elle horizontale? l’œil s’enfonce dans l’orbite; penchée en avant? l’œil se congestionne et la vue disparaît. Voilà ce que nous affirmait le malade. Devant nous l’épreuve fut faite. ,
Brachet baisse la tête, reste quelques secondes dans cette poskg tion, puis se redresse vivement. Alors l’œil devient saillant, la boursoufflure des paupières, à la congestion de la conjonctfl^B
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on croirait à une exophthalmie complète. Cet état disparaît rite, et l’œil reprend son aspect primitif. Pendant l’expérience, il nous a été impossible, en appliquant le doigt sur le globe de l’œil, de découvrir ni battements, ni pulsations. Plusieurs fois répétée sans douleur ni fatigue , l’expérience donne toujours les mêmes résultats.
De l’aveu du malade, jamais rien du côté du cerveau. Brachet attribue l’accident à son état de charpentier qui l’obligeait aux mouvements de tête que la profession exige.
Ici, comme dans l’observation de Tillaux, le liquide sousarachnoïdien ne sort de la cavité qui le renferme que lorsque la tête est en bas, pour y entrer aussitôt quelle est en position horizontale, et c’est sa sortie du crâne et sa rentrée qui communiquent au globe de l’œil les mouvements que celui-ci exécute.
L’inégale répartition du liquide cérébro-spinal dans le crâne, et surtout la manière dont il s’y trouve distribué, ont été cause que sa sortie après une fracture du crâne n’a été signalée que lorsque la lésion occupait la base.
Les nombreux confluents sous-arachnoïdiens qui se trouvent à la base de l’encéphale, et dans lesquels le liquide s’accumule pour les remplir si exactement que, si l’on pratique à ce niveau une ouverture, immédiatement le liquide jaillit à une grande distance, tandis que c’est à peine si l’on en trouve aux autres points juste assez pour faciliter les mouvements du cerveau; ce sont ces conditions qui ont fait que sa sortie n’a été étudiée par nos auteurs que dans les fractures de la base du crâne.
Mais la facilité avec laquelle ce fluide se déplace dans le crâne, selon les positions que prend la tôle, nous permet d’affirmer que certaines fractures de la voûte peuvent également donner lieu à l’écoulement d’un liquide séreux abondant. D’autre part, la cavité crânienne communique largement avec celle du rachis par le trou occipital : il s’ensuit que, lorsque le liquide du crâne se déplace, celui qui se trouve contenu dans la colonne vertébrale suit ses oscillations. L’expérience suivante de Salathé démontre ce fait de la manière la plus évidente. Après avoir trépané le crâne et le rachis d’un animal, dit ce physiologiste, « nous adaptons aux orifices ainsi obtenus des tubes de verre dans lesquels nous versons du liquide ; nous faisons alors varier l’attitude de l’animal, amenant en haut tantôt sa tête, tantôt son arrière-train. Dans les deux cas, nous voyons se produire un phénomène analogue : le liquide baissait notablement dans le tube le plus élevé, et s’élevait dans le tube situé le plus bas ; ce sont de vrais vases communiquants. Laissant l’animal en position horizontale, nous soufflons dans l’un des tubes: aussitôt le liquide monte dans le tube opposé, »
Cette expérience montre de quelle utilité peut être, dans certains cas, la position donnée au malade pour le diagnostic des fractures de la voûte du crâne.
Dans les considérations qui suivent, nous supposons que les enveloppes de l’encéphale sont brisées, en même temps qu’il existe une rupture nés os. Les trois conditions suivantes peuvent se présenter : a , la fracture a lieu avec plaie des téguments et dénudation des os ; b, il existe une plaie des téguments sans que les os soient mis à nu; c, sans plaie des téguments.
a. Lorsque les os sont mis à nu et les téguments divisés, on peut s’assurer dans la plupart des cas, par la vue et le toucher, de l’existence de la fracture, surtout si elle est large, avec enfoncement des os, et s’il en sort de la substance cérébrale. Mais, si la fracture est étroite, ainsi que la plaie des parties molles, il faut se mettre en garde contre certaines causes d’erreur que les observateurs n’ont pas toujours su éviter. Il pourra se faire que l’on soit trompé par une suture due à un os wormien anormalement situé; comme c’est arrivé
K s le fait que raconte Saucerotte, au sujet de cet ecclésiase que Nouvelle empêcha de trépaner, prétendant que ce les consultants prenaient pour une fissure de l’occipital
n’était autre chose que la suture d’un os wormien. Il serait facile, je crois, d’éviter une semblable erreur dans certains cas, en faisant mettre la tête du malade dans une situation telle que la partie qui correspond au lieu où est la fracture se trouvât moins élevée que la base du crâne.
b. Dans les cas où la plaie des téguments est étroite, il est encore plus difficile de faire le diagnostic, à moins qu’il n’y ait un écartement considérable des fragments avec enfoncement, mobilité anormale et crépitation. Les difficultés deviennent grandes s’il s'agit d’une fracture linéaire. Cependant il sera facile de poser un diagnostic exact, si, dans certaines positions que l’on pourra faire prendre à la tête, il se produit un écoulement de sérosité.
c. Le diagnostic est surtout difficile lorsqu’il n’existe aucune lésion appréciable des téguments, à moins qu’on ne constate un enfoncement des os, avec mobilité et crépitation. Cependant, si l’on se conforme aux règles que nous avons indiquées pour les cas précédents, il pourra se produire, à l’endroit où siège la fracture, une tumeur pulsatile, animée de mouvements en rapport avec la circulation et la respiration, si l’on a soin de faire prendre à la tête la position nécessaire pour produire un semblable phénomène.
De ce qui précède, nous pouvons tirer les conclusions suivantes :
1“ Toutes les fractures du crâne qui s’accompagnent de plaies des téguments et des enveloppes de l’encéphale peuvent, dans certaines conditions parfaitement déterminées, laisser écouler au dehors du liquide céphalo-rachidien ;
2° Dans les fractures de la base, cet écoulement pourra être souvent spontané, tandis que quelquefois, comme dans les fractures de la voûte, cet écoulement ne se produira que lorsque le siège de la fracture sera placé artificiellement à un niveau inférieur à celui de la base du crâne ;
3° Dans les fractures mixtes, c’est-à-dire dans celles qui occupent à la fois la base et la voûte, l’écoulement du liquide se fera par la partie de la solution de continuité qui occupera la position la plus déclive.
SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des sciences.
Commission des prix. — Prix Barbier : MM. Yulpian, Gosselin, Larrey, Chatin et Cloquet réunissent la majorité absolue des suffrages.
Sur le dosage de la glycose dans le sang. Note de M. P. Cazeneuve. — Dans sa précédente Note, qu’il a eu l’honneur d’adresser à l’Académie, l’auteur a écourté certains points de ses observations. Ces lacunes, dit-il, ont donné prise à des critiques de MM. d’Arsonval et Picard, qu’il relève (vov. Comptes rendus, 17 mars 1879, p.595, et 7 avril 1879, p. 153 et 755).
1° L’eau renfermée dans le sulfate de soude, l’eau renfermée dans le sang servent de base à tous les calculs de Cl. Bernard. Or, ce sel cristallise avec des proportions d’eau variables, sans parler de l’eau d’interposition; il s’effleurit à la température ordinaire avec une grande rapidité. Voilà une base essentiellement variable.
2° Un fait sur lequel l’auteur insiste, contrairement aux assertions de M. d’Arsonval, c’est que la marche de la réduction de la liqueur cupro-potassique avec des liqueurs sucrées provenant de divers sangs est souvent bien différente de celle obtenue avec une solution de glycose pure. Il maintient que dans des cas nombreux, surtout dans le domaine pathologique, il est impossible de saisir exactement la limite de la réduction de la liqueur de Fehling.
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3° M. Picard rappelle dans sa Note l’expérience de Cl. Bernard, qui trouve ae la glycose dans du sang frais et qui n’obtient plus de réduction avec ce même sang abandonné à la température de 30 degrés environ. Il trouve dans ce fait une preuve que la glycose est bien le principe réducteur. Pour M. Cazeneuve, une seule conclusion légitime découle de cette observation : c’est que les substances agissant sur la liqueur de Fehling sont très-altérables et se transforment promptement dans le liquide sanguin.
4° La liqueur de Fehling a donné à l’auteur un résultat supérieur à celui obtenu par le saccharimètre. Trois hypothèses sont permises : 1° présence à côté de la glycose d’une substance sans pouvoir rotatoire, agissant sur la" liqueur de Fehling; 2° présence à côté de la glycose d’une substance lévogyre et agissant sur la liqueur de Fehling; 3° présence à côté delà glycose d’une substance lévogyre et n’agissant pas sur la liqueur de Fehling. La seconde hypothèse nous paraît assez admissible; elle s'expliquerait parla présence d’un peu de lévulose. MM. d’Arsonval et Picard ne s’y opposent point. Et cependant cette lévulose qui réduit la liqueur de Fehling n’a rien de commun avec la glycogénie, avec la glycémie proprement dite. C’est là un facteur étranger, comme nous l’avancions, qui porte atteinte à tout caractère de précision dans les dosages par la liqueur eupro-potassique.
En résumé, voici le fond de la pensée de l’auteur : Cl. Bernard a tracé les grandes lignes de la glycémie, et cela tout à sagloire, avec un procédé insuffisant.
Mais il faut viser à la perfection des méthodes; c’est ainsi que la science marche et que de nouveaux horizons s’ouvrent aux chercheurs. Et il le répète, quand on pourra évaluer la glycose du sang avec plus de précision, bien des chiffres sur la glycémie seront modifiés.
Fermentation. Action physique et physiologique de CERTAINES SUBSTANCES SALINES ET AUTRES SUR LA LEVURE
normale. Note de M. A. Béchamp. — Nous ne pouvons qu’indiquer cette note, peu susceptible d’analyse et trop longue pour être insérée.
De la forme de la contraction musculaire des muscles DE l’écrevisse. Note de M. Ch. Richet. — Le fait principal qui ressort de celte expérience, c’est que le muscle de la queue, sous l’action de l’électricité, s’épuise avec une trèsgrande rapidité (au bout de trente à quarante secousses rapprochées, c’est à peine s’il peut se contracter encore); tandis que le muscle de la pince, excité par des courants électriques très-rapprochés, ne s’épuise pas. Alors que le muscle caudal a un tétanos qui ne peut durer plus de vingt à trente secondes, le muscle de la pince reste contracté pendant près d’une demi-heure, et, pendant les cinq premières minutes, la constriction de la pince est de plus en plus forte.
Globules du lait. — M. J. Girard adresse à l’Académie une Note intitulée : Etude photomicrographique sur la transformation des globules du lait. Cette Note est accompagnée de photographies.
Académie de médecine.
L’Académie reçoit : i° Uno lettre de M.- le docteur Garrigou, relative à l’analyse des eaux do Saint-Nectaire et à la découverte du mercure dans ces eaux. — 2° Une note de M. le docteur Pautier, sur une nouvelle méthode de conservation des pièces anatomiques et, en particulier, du cerveau. — 3° Un rapport de M. le docteur Marcel Petitot , sur les vaccinations pratiquées aux Sables-d'Olonne. — 4° Un rapport de M. le docteur Brieude (Louis), sur les vaccinations pratiquées dans le département de la Corrèze. — 5° Un rapport do M. le docteur Louis Amat, sur les vaccinations pratiquées à Rodez sur le 81® régiment de ligne. ( Commission de vaccine.) — 6° Des lettres do MM. les docteurs Proust et Lunier, qui se portent candidats à la place vacante dans la section d’hygiène et de médecine légale. — 7° Un travail de M. le docteur Duperron, sur un cas de polydnelylie double qu'il a opéré avec succès des deux côtés. — 8° Une note de M. Husson, pharmacien à Toul, sur les procédés frauduleux à l'aide desquels les Chinois teignent le thé qu’ils nous envoient.
M. le Président annonce à l'Académie que M. le docteur Willemin (de Vichy) assiste à la séance.
M. le Secrétaire perpétuel annonce que les délais pour l’envoi des mémoires à la commission des prix de l’Académie sont expirés ; 51 mémoires ont été reçus.
11 annonce aussi que le congrès international des sciences médicales tiendra sa sixième session, du 7 au 13 septembre 1879, à Amsterdam, sous la présidence de M. Donders.
M. Villemin présente, nu nom de M . Schutzenberger, deux volumes de fragments philosophiques et cliniques.
M. Devilliers, au nom de M. le docteur Gibert (de Marseille), dépose sur le bureau un mémoire relatif aux épidémies de variole qui ont régné à Marseille, et aux moyens prophylactiques qui ont été employés.
M. Bergeron présente le III8 fascicule du tome IIe des Rapports sur les maladies régnantes, parM. le docteur Ernest Besnier.
Optométrie. — M. le docteur Prompt donne lecture d’une note sur un nouveau procédé optométrique.
Si l’on place une épingle très-près de l’œil, de manière à en voir le reflet, elle se réduit à ce reflet lui-même, et dessine une image rétinienne qui a la forme d’une large bande brillante. On voit sur cette bande des spectres multiples trèsélégants, lorsque le reflet cornéal se reproduit sur l’épingle. La bande est parrourue par des apparences entoptiques diverses; on y remarque surtout des lignes noires, fines, au nombre de cinq ou six, ou même plus nombreuses, dont l’existence a été signalée par des observateurs très-anciens. Si l’on déplace la direction du regard, ces lignes sont animées d’un mouvement qui est le même que celui du regard, et qui est bientôt suivi d’un mouvement en sens inverse, quand l’œil se fixe sur la bande brillante.
Il est facile de déterminer aujourd’hui la nature de ces lignes; ce sont des lignes d’irradiation entièrement identiques à celles que l’auteur a fait connaître récemment, et qui sont produites par un point opaque placé devant l’œil; seulement, ici, il s’agit de points opaques situés dans le corps vitré, à une très- faible distance de la rétine.
Ces lignes disparaissent dans les limites de la vision distincte ; elles reparaissent avec les mêmes caractères, en deçà et au delà de ces limites. Ou peut donc en faire usage, à titre de procédé optométrique: il suffit pour cela d’éclairer l’épingle très-brillamment, à l’aide d’une lampe, et de mesurer, avec une règle, la distance à laquelle elle se trouve placée.
Ce procédé a paru beaucoup plus sensible que celui des grandes lignes produites par l’épingle placée devant l’œil, dont l’auteur a fait connaître récemment le mécanisme et les propriétés. Mais il a l’inconvénient d’exiger beaucoup d’habitude du travail expérimental, et il ne peutêlre employé que par un observateur exercé, et dans un but purement scientifique. Dans ces conditions, il décèlera les cercles de diffusion les plus petits, et sera par conséquent très-utile pour servir de base à des recherches physiologiques sur la question si peu connue encore de l’accommodation visuelle. Au point de vue clinique, il ne pourra jamais être employé utilement.
Pleurésie multiloculaire. — A l’occasion du procès-verbal de la dernière séance, M. Jaccoud remercie M. Raynaud de la bienveillance avec laquelle il a répondu à sa communication. Mais, avant que l’ordre du jour permette d’aborder la discussion, il demande à présenter quelques observations.
« J’ai été très-heureux de voir, dit l’orateur, queM. Raynaud apprécie, comme moi, l’intérêt et l’importance des adhérences du diaphragme. Quant au diagnostic de la pleurésie aiguë multiloculaire, je n’ai pas à revenir aujourd’hui sur le fond du débat; les faits que j’ai observés me paraissent justifier les conclusions que j’en ai tirées; au contraire, M. Raynaud, et d’autres collègues probablement avec lui, trouvent mes laits peu probanls, et surtout mes propositions mal fondées. Ce n’est pas là un terrain de discussion ni de considérations théoriques, c’est un terrain d’observation pure; les laits ultérieurs diront si j’ai trop hâtivement généralisé mes conclusions.
Si donc j’ai pris la parole, c’est uniquement pour rectifier
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quelques points sur lesquels mon éloquent contradicteur n’a pas reproduit ma pensée avec une parfaite exactitude.
Et d’abord, l’observation récente qu’il m’oppose ne réalise pas complètement l’ensemble de signes que j’ai attribué à mon second type de pleurésie ; elle s’en écarte d’abord par « un certain caractère de douceur du souffle », mais surtout par la présence de « l’égophonie » ; ce mot, je ne l’ai pas prononcé, j’ai toujours dit « souffle éclatant et bronchophonie forte», et j’v tiens; si j’avais eu l’occasion de voirie malade de M. Raynaud, j’aurais déclaré, sur ce seul fait de l’égophonie, qu’il est étranger au groupe que j’ai essayé de constituer.
Mon excellent collègue pense que dans mon deuxième cas l’existence de loges distinctes n’est pas prouvée ; il a raison quand il parle des preuves anatomiques, car il a incontestablement le droit de repousser l’interprétation que j’ai donnée des mamelons membraneux de la plèvre; mais il ajoute que la preuve tirée des trois ponctions est également sans valeur, et ici je ne puis être de son avis. Je comprends encore qu’il ne soit pas convaincu par les deux ponctions postérieures, et qu’en raison de la superposition des loges, il préfère admettre l’évacuation d’un seul épanchement à deux niveaux différents ; mais la loge antéro-latérale reste nettement démontrée, parce qu’après avoir vidé la plèvre en arrière par une seconde ponction, j’ai constaté séance tenante que le déplacement du cœur n’était nullement modifié, que la voussure costo-abdominale persistait comme auparavant, ainsi que l’immobilité respiratoire de la région ; c’est devant la persistance de ces signes pendant trois jours que je me suis décidé à faire ma troisième ponction en avant; l’ectopie cardiaque a subsisté (l’autopsie a montré que le péricarde était fixé par des adhérences), mais la voussure a disparu, et la région a repris pour quelques jours sa mobilité normale. Je pense donc que c’est ici un de ces cas où la ponction, comme je le disais, prend la valeur d’une autopsie de l’épanchement.
En raison des perplexités auxquelles ce fait m’a soumis, je ne puis faire aussi bon marché que mon collègue de cette question de la thoracentèse antérieure; il ne l’a jamais rencontrée sur sa roule ; je l’en félicite, car elle est lort embarrassante ; sans doute cette question doit se présenter rarement, mais, quand elle surgit, elle s’impose, et exige une solution. Dans le fait que je viens de rappeler, j’ai dû recourir à cette ponction antérieure ; si mes souvenirs ne me trompent pas, et je les crois fidèles, tant cette observation m’a singulièrement frappé dans le temps, notre éminent collègue M. Noël Gueneau de Mussy a pratiqué aussi celte thoracentèse en avant, dans des conditions d’une difficulté exceptionnelle, dont l’exacte interprétation fait le plus grand honneur à son habileté clinique, du reste bien connue. Les choses étant ainsi, je n’ai pas cru qu’il fût oiseux d’insister minutieusement sur les précautions dont le médecin doit s’entourer en pareille circonstance, puisque surtout j’indiquais une cause d’erreur trop méconnue, et un nouveau signe pour y échapper.
Ma dernière observation sera relative aux adhérences générales du poumon à la paroi ; M. Raynaud ne partage pas mon opinion sur les effets désastreux de ces adhérences ; je le crois bien, il n’a pas parlé du même sujet que moi ; mon collègue examine celte condition anatomique au point de vue de ses effets sur les lésions de la plèvre et du poumon, et il les montre plutôt favorables, il a raison; mais moi j?ai uniquement parlé des effets de ces adhérences sur l’hématose et sur le cœur, et sur ce terrain je persiste à les tenir pour fâcheux. Si j’ai rappelé à cette occasion le nom de Traube, c’es t qu’il a le premier, je pense, donné la raison de cette influence mauvaise, en montrant que la diminution, l’entrave de la circulation pulmonaire finit par amener, sans lésion valvulaire, la dilatation passive des cavités, et un état de cyanose plus ou moins prononcé. Vous le voyez, M. Raynaud et moi nous n’avons pas envisagé le même point de vue, il
n’est pas surprenant que nos conclusions soient différentes.
Cela dit, et rappelant encore que je repousse complètement l’égophonie et le souffle doux du groupe de mes signes, je n’ai plus qu’à remercier à nouveau mon savant collègue, non plus de sa bienveillance cette fois, mais de l’intérêt que m’a t'ait éprouver la lecture de sa remarquable communication; pour le reste attendons l’observation, qui ne manquera pas de rapprocher dans un sens ou dans l’autre la distance qui nous sépare aujourd’hui. »
Septicémie puerpérale. — M. Hervimx fait sur ce sujet une communication succincte qui nous parait devoir terminer la discussion.
L’orateur dit qu’il veut défendre M. Pasteur contre ces adeptes trop zélés qui transforment prématurément une présomption en certitude, une hypothèse en vérité démontrée, La théorie des germes est encore enveloppée de nombreuses obscurités : Le microbe présumé de la septicémie puerpérale est-il le produit ou la cause de la maladie ? Il n’est pas probable qu’il soit la cause puisqu’on le trouve, d’après M. Pasleur, un peu partout, dans les eaux communes dont les femmes en couches se servent journellement, et que, d’autre part, la fièvre puerpérale est à peu près inconnue dans beaucoup de localités. Et, puisqu’on le trouve partout, ce n’est pas la fièvre puerpérale qui le produit. Ce que l’on sait certainement, ce qui est démontré, c’est que l’agglomération des malades produit la fièvre puerpérale, comme, dans d’autres circontances, elle produit le typhus, la morve, le farcin, etc. Mais, répondent les partisans des théories de M. Pasteur, l’agglomération est nuisible parce qu’elle crée le microbe. Mais non, puisqu’on le trouve partout, ainsi qu’il a été dit plus haut, et que si l’agglomération le créait, M. Pasteur lui-même devrait reconnaître que la génération spontanée est découverte. L’agglomération, en viciant l’air, prépare au microbe un milieu de culture des plus favorables, voilà tout. Cette viciation de l’air, c’est ce qu’on appelait le miasme infectant, c’est un poison véritable.
D’ailleurs, le microbe dont on parle ne serait pas simple comme tous les virus; il serait double; ce serait tantôt le microbe en chapelet, tantôt le bâtonnet étranglé. Sait-on bien ce que c’est? De plus, ce microbe n’aurait rien de spécifique, puisqu’on le retrouve .dans la diphthérie, la fièvre typhoïde, la flacherie, etc., etc.
Si la théorie des germes était acceptée aujourd’hui, il n’y aurait plus qu’un objectif à rechercher : la destruction des microbes par l’acide borique.
M. Pasteur convient que le sujet est en effet hérissé de difficultés. Les virus ne se comportent pas du reste de la même façon : c’est ainsi que le horse-pox, qui est malin pour l'homme, est bénin pour la vache.
M. Depaul affirme que, à quelques rares exceptions près, le horse-pox peut être inoculé à l’homme sans danger; Dette opinion est également partagée par M. Bouley.
Ostéomyélite. — M. Panas donne lecture d’une courte note qui doit également terminer la discussion.
D’après l’orateur le mot d’ostéomyélite ayant servi jusqu’ici à caractériser plus spécialement l’inflammation qui débute par le centre de l’os, il y aurait inconvénient à l’employer pour désigner toutes les formes de l’ostéite en général. Il pense, comme M. Gosselin, que le processus inflammatoire des os, loin de débuter toujours par la profondeur, envahit souvent la totalité de l’os au point qu’il est impossible de dire par où la phlegmasie a commencé. Ce fait s’explique par la distribution anatomique des éléments de la moelle qui se rencontrent partout, aussi bien au centre et dans l’épaisseur des os que sur le périoste ; c’est sur ce point que MM. Gosselin, Trélat et Panas ne sont pas d’accord. Mais M. Panas fait remarquer que tout ce qu’il a dit sur la moelle périostale et canaliculaire se rapporte aux adolescents ; chez l’adulte, où les conditions de nutrition ne sont plus les mêmes, on conçoit
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facilement que l’ostéite puisse se localiser dans ses effets et être moins grave.
M. Gosselin pense qu’il serait très-important que tous les auteurs fussent d’accord sur la question anatomique. MM. Trélat et Panas ont sur l’anatomie de la moelle des opinions que n’ont pas les auteurs français et qu’il ne partage pas luimême. Il en résulte une confusion inévitable dans la discussion.
Société de chirurgie.
SÉANCE Dü 30 AVRIL 1879. — PRÉSIDENCE DE M. TARNIER.
Traitement des tumeurs blanches. — Sur l'ostéomyélite.
M. Marc Sée fait un rapport sur le travail de M. Suchard (de Lavey) relatif au traitement des tumeurs blanches. M. Suchard emploie son pansement depuis trois ans ; depuis ce temps, toutes les tumeurs blanches, suppurées ou non, ont guéri. Depuis le 1er janvier de cette année, M. Suchard applique sa méthode dans le service de M. de Saint-Germain, à l’hôpital des Enfants de la rue de Sèvres.
On commence par nettoyer le membre en faisant des frictions avec l’alcool camphré jusqu’à rubéfaction de la peau. On entoure ensuite l’articulation avec du lint couvert de pommade (onguent mercuriel et savon, parties égales); puis, application des bandelettes de diachylon et de bandes de cuir flexibles et résistantes. Le pansement est changé tous les huit ou quinze jours. Sur les 9 malades traités dans les salles de M. de Saint-Germain, 2 ont quitté l’hôpital très-améliorés; 1 est mort du croup. Parmi les 0 derniers, on dut interrompre le traitement chez 1 enfant, à cause de maladie intercurrente; il reste donc 5 malades âgés de trois à douze ans et atteints d’arthrites suppurées du pied ou de l’articulation tibio-larsienne. L’un de ces enfants avait été apporté à l’hôpital pour subir l’amputation de la jambe; tous les 5 avaient des arthrites fongueuses suppurées.
En deux ou trois mois on obtint une grande amélioration; les ulcères tendaient à se cicatriser, les fistules à se tarir, les articulations à reprendre leur volume et leur forme; ces malades sont entrés dans une phase de réparation qui permet d’espérer la guérison. Si l’on avait pu joindre au pansement le traitement hydro-minéral, comme le fait M. Suchard, on aurait obtenu encore de meilleurs résultats.
A quoi est due l’efficacité du pansement? Evidemment à la pommade mercurielle, car l’immobilisation a été appliquée déjà sous d’autres formes. Quand on a enlevé l’appareil, le pus était sans odeur et peu abondant. Selon M. Suchard, le m ercure agit ici comme antiseptique pour détruire les organ ismes inférieurs. En résumé, le pansement remis en honneur par M. Suchard donne de bons résultats, et il mérite d’être expérimenté dans le traitement des tumeurs blanches suppurées. |r|
M. Després. Velpeau traitait les tumeurs blanches par les frictions mercurielles, et les résultats étaient désastreux. Depuis on a adopté l’immobilisation; c’est à l’immobilisation qu’est due la guérison des tumeurs blanches. Il faut de un an à dix-huit mois pour guérir une tumeur bla nche ; trois mois de traitement ne suffisent point pour permettre d’annoncer la guérison.
M. Verneuil. Les malades de M. de Saint-Germain sont améliorés; mais amélioration n’est pas synonym e de guérison. Le Sauvage (de Caen), en 1823, a eu de bons résultats avec la compression au diachylon; puis vinrent l’appareil de Bonnet, l’appareil de Burgræve; avec ces divers moyens, on obtenait des améliorations comme avec le pansement de M. Suchard. Mais dire qu’on guérit toutes les ostéo-arthrites
strumeuses, c’est s’illusionner; c’est l’occlusion et l’immobilisation qui sont le fond du pansement de M. Suchard, et on peut obtenir les mêmes succès avec des pansements analogues.
M. de Saint-Germain a été frappé de l’amélioration survenue chez ses malades en un temps relativement assez court. Un enfant venait de province pour subir l’amputation jugée indispensable; la ouate et l’immobilisation, employées pendant un an, n’empêchaient point la maladie d’aller de mal en pis; M. Suchard appliqua son appareil, et le mieux fut immédiat. Deux autres enfants auraient dû être amputés: ils vont beaucoup mieux. Il y a lieu d’essayer un traitement qui a donné des résultats aussi encourageants.
M. Marc Sée a constaté cette amélioration à laquelle nous ne sommes point habitués avec les autres moyens de traitement.
— M. Trélat prend la parole sur l’ostéomyélite. M. Berger a présenté une observation intéressante, mais pas nouvelle; des cas analogues ont été signalés. M. Berger se demande quel titre il faut donner à son observation, et il s’arrête à ce nom : abcès sous-périostique aigu. M. Trélat dirait périostite suppurée. Ce cas ne touche en rien ce qui a été discuté à l’Académie de médecine; il s’agissait, en effet, d’observations relatives à l’ostéite et non de la périostite. M. Trélat ne s’attaque point à la périostite ; chez le malade de M. Berger, il y avait ce qu’on appelle depuis assez longtemps déjà une périostite externe ; il n’y avait pas d’ostéite, par conséquent pas de nécrose ; pas d’ostéomyélite des canaux de Havers, pas de nécrose.
M. Trélat a voulu faire une fusion et non une confusion; c’est une question d’histogénie, de pathogénie et non de clinique qu’il a voulu traiter à l’Académie de médecine. Ne peut-on pas dire ostéomyélite juxta-épiphysaire, centrale, souspériostée, etc.? Il est impossible de tracer la limite exacte de ces diverses inflammations.
M. Lannelongue. La classe des périostites externes existe, mais l’observation de M. Berger appartient plutôt à l’abcès sous-périostique, suite de périostite phlegmoneuse diffuse. Quand M. Chassaignac publia ses travaux, il distingua l’abcès sous-périostique et l’ostéomyélite. Plus tard, cette distinction tendit à disparaître; l’école de Strasbourg adopta surtout la périostite phlegmoneuse diffuse. M. Gosselin réveilla l’attention sur les lésions osseuses primitives. Pour M. Lannelongue, la périostite phlegmoneuse n’existe pas, c’est le résultat d’une inflammation de l’os; c’est une maladie de la moelle contenue dans les extrémités de la diaphy.se des os. Dans ces aréoles, le pus se forme rapidement et à tous les âges.
Une simple remarque relative à la gravité exceptionnelle de l’affection qui donne une mortalité effrayante. Sur 100 observations recueillies dans les auteurs, il y a 70 cas de mort, 30 guérisons. Sur ces 30 guérisons, 15 malades ont subi des opérations plus ou moins graves, 5 amputations, 5 résections précoces, 5 trépanations. Sur les 15 autres, 4 seulement ont guéri sans nécrose; et ces 4, les a-t-on suivis assez longtemps pour pouvoir affirmer que la guérison a été définitive?
M. Lannelongue a recherché les exemples de pièces anatomiques présentées à la Société anatomique, pièces dans lesquelles on a vu un abcès sous-périostique sans lésion intraosseuse (il s’agit des décès dans les premiers mois de la maladie). Il n’a pas trouvé une seule observation, quand l’intérieur de l’os a été examiné. On note toujours du pus dans l’os. Cela est presque concluant au point de vue du siège du mal dans l’intérieur de l’os.
Que doit-on appeler nécrose? Le mot nécrose n’est pas synonyme d’os dénudé. Tant que les parties ne sont pas séparées de l’os sain par un sillon de démai cation, on n’est pas en droit de conclure à la nécrose. L’os véritablement nécrosé est jaunâtre, sec et sans tache. Les troubles vasculaires sont déterminés par l’ostéomyélite, et à leur tour ils amènent la nécrose.
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M. Verneuil demande des signes cliniques qui puissent correspondre aux variétés anatomo-pathologiques; ces signes n’existent point, les symptômes locaux sont les mêmes pour toutes ceé variétés. La rougeur de la peau n’existe que quand l’os est superficiel; le bourrelet circonférenciel complet ou incomplet dépend de l’âge de la maladie; il est dû à l’infiltration du périoste non décollé par des produits qui formeront du nouvel os; l’irritation est plus ou moins vive et le bourrelet existe plus ou moins. La dilatation veineuse au niveau du gonflement et s’étendant jusqu’à la racine du membre existe assez souvent; quand elle est très-accusée, elle indique la pyohémie et l’oblitération des veines profondes. En dehors de ces caractères, il n’y a que l’examen du gonflement et des signes locaux qui permette de suivre la maladie.
Les cas se ressemblent peu, et un même moyen thérapeutique ne s’applique pas à tous. Quand on voit une statistique de 70 décès pour 100, il faut agir. Plus l’os est petit, moins la maladie est grave, quoiqu’il y ait des exemples d’ostéopériostite du péroné terminée par nécrose. Depuis le 1er janvier, M. Lannelongue a traité 5 cas d’ostéomyélite : 2 malades sont morts, 3 sont guéris. Des deux morts, un subit l’amputation étant en pyohémie; l’autre avait été trépané dans un état désespéré. Dans tous les cas de trépanation, M. Lannelongue a trouvé du pus. Quand il ne faisait que l’incision, il perdait 10 malades sur 10 ostéomyélites.
Il ne faut pas toujours trépaner; l’incision hâtive, quand l’os est peu volumineux, peut donner des succès. L’affection naît toujours dans l’os (chez les enfants). Cette ostéomyélite, maladie spontanée le plus souvent, est bien une maladie de l’os et non une périostite, car on trouve toujours du pus quand on trépane.
M. Verneuil. Il est difficile de laisser passer le pronostic établi par M. Lannelongue d’après ses recherches. M. Verneuil vient de relever 13 observations qui lui sont personnelles; il n’a point appliqué le. trépan, et il a obtenu 8 guérisons. L’incision pure et simple est moins inefficace qu’on ne pense : dans 7 observations, traitement par l’incision, 7 guérisons ; et il y eut nécrose partielle dans les 7 cas, ce qui prouve que le diagnostic était exact. 2 malades sont morts sans intervention chirurgicale; 3 sont morts malgré de larges incisions. En pratiquant les incisions, on ne sait pas si elles suffiront, ou s’il faudra recourir au trépan ou à l’amputation : voilà ce qu'il faudrait élucider. M. Lannelongue dit : l’os est toujours malade, trépanez; M. Verneuil répond : je n'ai jamais trépané, et ma statistique vaut la vôtre.
M. Tillaux ne partage pas les idées de M. Lannelongue, qui veut réunir ensemble la périostite phlegmoneuse et l’ostéomyélite; il faudrait, au contraire, chercher en quoi ces deux affections diffèrent; car il y a des abcès sous-périosliques qui guérissent par l’incision, sans nécrose, et alors la surface seule de l’os était malade : et il y a des abcès sous-périostiques ui ne guérissent pas ainsi, parce qu’ils sont symptomatiques ’une ostéomyélite; et il faut que nous trouvions les signes diagnostiques de ces deux formes d’abcès sous-périostiques. Lorsque l’articulation est envahie, il y a ostéomyélite; si l’articulation est saine, il y a chance pour que l’abcès soit réellement sous-périostique.