‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 98 sur 249 · X. Arnozan · texte numérisé non relu

X. Arnozan

Société «le thérapeutique.

SÉANCE DU 23 AVRIL 1879. — PRÉSIDENCE DE M. PÉRÉOL. Blatta orientalis : M. Constantin Paul. — De l’éleotropunoture : M. Moutard-Martin. — De l’acupuncture : M. Constantin Paul. — Mort de M. le proîesseur Gubler : Discours de M. Féréol.

M. Constantin Paul présente des échantillons de Blatta orientalis, substance dont il a entretenu la Société dans la

dernière séance. C’est une poudre qui rappelle la poudre de cantharide ou d’ergot de seigle,: au microscope, on trouve des morceaux de carapace d’insectes et des cristaux mal définis. Cette substance est peu soluble dans l’eau, assez soluble dans l’éther. Quant aux cristaux, M. Constantin Paul a voulu savoir s’ils n’étaient pas formés par du nitrate de potasse; ce qui du reste était vraisemblable, ces animaux, d’une part, vivant le long des murs huftiides où ils auraient pu accumuler cette substance, et d’autre part,: produisant une substance diurétique, analogue aux propriétés, du nitrate de potasse ; mais il ne peut l’affirmer. La conclusion de M. Constantin Paul est que ce médicament ne présente aùcuh avenir ; il était bon toutefois de faire la contre-partie des nombreux mémoires affirmatifs publiés en Russie et surtout en Allemagne dans ces derniers temps.

— M. Moutard-Martin rappelle à la Société la malade atteint d’anévrysme brachio-céphalique qui a fait l’objet d’une première communication. A la suite de la seconde opération d’éleclropuncture faite par M. Dujardin-Beaumetz, l'amélioration avait été telle que, non-seulement la douleur, mais aussi la toux et le cornage avaient disparu.

Après les résultats de cette seconde opération, la malade sortit de l’hôpital; au bout de quatorze jours elle y rentra dans un étal plus grave qu’au moment de sa première entrée; non-seulement on constatait de la toux et du cornage, mais de la cyanose qui indiquait une compression plus prononcée des voies respiratoires. La tumeur avait augmenté de volume, les battements et le bruit de souffle étaient plus intenses ; l’état était donc plus grave qu’à aucun moment de la maladie, aussi une nouvelle opération était-elle nécessaire, surtout après les premiers résultats obtenus à la suite des deux opérations précédentes ; ce matin même, M. Dujardin-Beaumetz a procédé à une troisième opération dont M. Moutard-Martin fera connaître les résultats à la prochaine séance.

— M. Constantin Paul présente à la Société les aiguilles à acupuncture japonaises qui lui ont servi dans ses diverses opérations d’anévrysme. Ces aiguilles très-longues et extrêmement fines sont en or ou en argent : elles sont flexibles, et présentent à leur pointe un léger renflement qui les fixe dans les régions où elles ont pénétré. Leur introduction, malgré la flexibilité de l’aiguille, est facile dans le tissu cellulaire et les muscles, elle est plus délicate au moment où on arrive sur les parois mêmes de la poche; il faut alors employer un procédé qu’indique M. Constantin Paul. Ce procédé consiste à imprimer à l’aiguille de légers mouvements et oscillations au moment où on pénètre dans les tissus plus denses.

— M. Féréol, communiquant à la Société une dépêche annonçant la mort du professeur Gubler, se fait dans les termes suivants l’interprète de la Société pour exprimer les regrets que lui inspire la perte d’un de ses membres les plus assidus et les plus actifs :

« Depuis notre dernière réunion, nous avons eu le malheur de perdre un des membres les plus éminents de notre Société) dont il avait été l’un des fondateurs et l’un des premiers présidents. M. le professeur Gubler, dont la santé nous inspirait de si vives inquiétudes, vient de succomber à la cruelle maladie qui le retenait depuis plusieurs mois éloigné de ses amis. Ce n’est pas ici le lieu de retracer sa vie, trop tôt brisée, mais si bien remplie, les travaux, et la haute position scientifique d’un homme qui semblait, il n’y a pas longtemps encore, en droit de compter sur un long avenir. En face d’un deuil si récent, et qui nous touche de si près, je veux seulement rendre un légitime et bien faible hommage à notre éminent collègue. Je le lui dois d’abord comme président de celte Société à laquelle il a donné, nos Bulletins en font foi, tant de preuves de son zèle et; de son attachement, et dont il était, toutes les fois que sés gutres devoirs si multiples et si ^ importants le lui permettaient, un des membres les plus

9 Mai 1879

assidus et les plus actifs; je le lui dois aussi, comme l’un de ses plus vieux disciples, et vous me permettrez bien, messieurs et chers collègues, d’ajouter à l’expression de vos regrets profonds et sincères, dont je ne suis ici que l’interprète, celle de la douleur personnelle que j’éprouve en disant l’éternel adieu à un homme qui a été l’un des maîtres les plus aimés de ma jeunesse.»

BIBLIOGRAPHIE

Index bibliographique.

De la langue noire (glossophvtie), par M. le docteur A. Dessois.

In-8° de 38 pages. — Paris, 1878. 0. Doin.

Cette thèse est fort courte, cependant très-intéressante à consulter, d’abord parce qu’elle rappelle les observations de langue noire qui ont récemment appelé l’attention sur cette singulière affection, et ensuite parce qu’elle contient une observation nouvelle avec examens histologiques, descriptions et dessins, laits sous le contrôle de M. Malassez, au Collège de France ; nous avons pu examiner quelques-unes de ces préparations, et nous avons eu l’occasion dè vérifier l’exactitude de ces descriptions chez une malade atteinte de celle môme affection. C’est pourquoi nous voulons reproduire les conclusions de l’auteur, à savoir que la coloration noire, avec hypertrophie des papilles linguales, coexiste toujours avec la présence d’un parasite végétal. Cette coloration doit être rapportée au microphyte lui-même, qui la communique aux gaines épithéliales allongées des papilles. L’hypertrophie papillaire, dont l’existence préalable à un certain degré, par suite d’une idiosyncrasie, présentait une condition favorable à l’implantation du parasite, est due principalement à l’irritation nutritive causée par ce cryptogame. Le microphyte étant la cause de l’hypertrophie de l’épithélium papillaire et de la coloration, M. Dessois propose une dénomination rappelant cette influence génératrice, c’est-à-dire que la glossophytie est la maladie causée par le glossophyton ou champignon de la langue noire.

Les indications thérapeutiques résultant de cette étude de la pathogénie de l’affection consistent dans l’emploi du borax et du chlorate de potasse comme moyen de desquamation, le raclage, les lotions ou pulvérisations avec une solution de sublimé à 1/500 ; en outre, l’usage interne des alcalins comme moyen d’enlever l’acescence de la bouche.

Chirurgie de guerre. Manuel de pansements et d’opérations, par M. le docteur Fréd. Esmarcii, traduit par M. le docteur Rouge, ln-8 de 316 pages. — Paris, 1879. J. -B. Baillière et fils.

Ce manuel de chirurgie convient plus particulièrement aux médecins militaires ; mais, par sa forme concise et précise, grâce à un luxe remarquable de figures et de chromolithographies, il peut rendre des services à tous ceux qui étudient la médecine opératoire. En lisant ces exposés méthodiques très-simples, mais parfaitement à la hauteur de la science chirurgicale la plus moderne, l’on comprend que ce manuel ait été couronné par un jury international à l’exposition de Vienne. Eu se plaçant sous l’égide de la croix rouge, M. Esmarch a montré qu’il s’adressait plus particulièrement aux Sociétés de secours en temps de guerre, et, sous ce rapport, son œuvre mérite de grands éloges.

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