FEVRIER
ce chitTre les jours suivants, a baissé d'un demi-degré, d'un degré et quelquefois même de davantage. La maladie a évolué ainsi avec une température vespérine de 39 degrés et au-dessous, le thermomètre se maintenant le matin entre 38 degrés et 38%5. En même temps, le nombre des pulsa^ lions a ordinairement diminué d'une dizaine en moyenne.
Si la durée de la période d'augment de la fièvre a été très notablement raccourcie, il en a été de même de celle d'état et de celle de la défervescence définitive. Quelquefois dès le douzième ou le qualonième (i), plus souvent vers le seizième ou le dix-huitième jour, très rarement après le vingt et unième, la température da matin est redevenue normale^ et il n'y a plus eu que des ascensions vespérines modérées, qui ont disparu elles-mêmes bientât, quoique depuis la défervescence complète du matin la quantité de quinine eût été réduite et que je n*en aie plus prescrit que 50 à 60 centigrammes par jour.
Presque toujonrs, sur le déclin de la maladie et dans la convalescence, la fréquence du pouls a persisté pendant quelque temps encore.
Ce n'est pas seulement sur l'intensité et la durée de la fièvre que la quinine a en' de réels avantages, mais aussi sur les symptômes nerveux qui en marquent 'd'ordinaire le danger. Je n'ai observé, et seulement à un faible degré, nue la surdité et les bourdonnements, qui sonl les effets de 1 alcaloïde du quinquina, et la céphalalgie; mais je n'ai pas été aux prises avec ces comas, ces soubresauts convulsifs et cette carpnologie qui sont le propre des fièvres typhoïdes graves. La diarrhée n'a pas été modifiée sensiblement ; et si, dans
Quelques cas rares, elle est devenue intense, un verre d'eau 'Hunyadi-Janos, répété au besoin le lendemain, a suffi pour la calmer. Je n'ai vu ni hémorrhagie intestinale, ni perforation. La congestion pulmonaire a toujours été modérée.
Il m'est arrivé plusieurs fois que, vers le dixième ou le douzième jour de la maladie, ne constatant plus qu'une très iéî[ère ascension du thermomètre, j'ai trop hâtivement suspendu la quinine. Généralement, cette suspension anticipée ne m'a pas réussi, et, dès le lendemain ou le surlendemain, il m'a fallu revenir à i gramme du remède.
Cette action, en quelque sorte abortive de la quinine dans l'évolution de la fièvre typhoïde, a été la règle. Je dois cependant reconnaître que les choses ne se sont point toujours passées ainsi, et que, dans un certain nombre de cas, malgré ma médication, la températuredu soir est arrivée à 40 degrés, avec une tendance à aller plus haut encore.
Aussi je n'ai point renoncé à l'habitude, déjà ancienne dans ma pratique, d'aider l'action des antizymasiques internes
far celle de 1 hydrothérapie, si unissante contre la fièvre et élément nerveux, et qui d'ailleurs a aussi pour but de i'adresser à la fermentation pathologique en modifiant l'hyperthennie,
Los bains froids peuvent évidemment alors être utiles, mais ils sont pénibles pour beaucoup de malades, ne se sont pas toujours montrés a l'abri de tout danger, celui des hémorrhagies internes, par exemple, et par la réaction vive qu'ils amènent obligent à les réitérer bien souvent. 11 m'a été formellement démontré que les bains tiëdes arrivent aussi bien à modifier la courbe de la fièvre; ils sont agréables au lieu d'être pénibles, jamais dangereux, et ont moins besoin d'être fréquemment renouvelés. Je les préfère aujourd'hui aux affusions froides, qui ne sont pas également puissantes contre l'hyperlbermie. mais que je réserve encore pour les cas graves d'ataxie, de délire et de méninçite menaçante.
Si donc, malgré la quinine administrée comme je l'ai dit plus haut, la température se maintenait le soir à 39 degrés et au-dessus, au lieu de forcer la dose du remède, ce que je crois parfois dangereux (2), je prescrivais d'ordinaire un ou
(I) JB laiiM bien cnteoilu do cOt^ lu fébricalei lypboïilci. (S) J'accepleraia copendani pour tes eu grmt let dowa de 1 (tranmo et 50 nnligrammes, et bien mieax encoro l« vieille fomulo éf$ praUciciw de Montpdiier, oik
deux bains par jour à 32 ou 33 degrés. A cette température axillaire de 39 degrés, je ne croyais pas encore les bains indispensables, mais ils soulageaient les malades, leur étaient agréables, permettaient de refaire facilement le lit, d'aérer tes matelas, de changer le linge, etc. Ils donnaient vraiment au typholsant, pendant une ou deux heures, un véritable état de bien-être.
Mais si, vers 39 degrés, les bains étaient en quelque sorte facultatifs, ils s'imposaient à mes yeux lorsque la température montait à 39%5 et surtout à 40 degrés et plus.
Aussi, règle générale, tant que je n'étais pas à peu près maître de la progression de la chaleur, tout en maintenant tous les jours la prescriplion de la quinine à la dose de 1 gramme, je faisais prendre, en raison directe de l'élévaliou de la température, deux, trois, quatre et même cinq bains tiôdes par jour.
Après avoir reconnu l'aide incontestable que donnent les bains tièdes au traitement antizymasique par la quinine, j'aurais mauvaise grâce à nier que, dans certains cas exceptionnels, d'autres médications ne puissent aussi être ntirisées. J'aidéjà^t.qHeja-.pttrgeaM legénement les tjpbolsants lorsque ta diarrhée était trop abondante. Le même remède a été employé lorsque, — ce qui se passe parfois au début de la maladie, — la langue était sale, et, des signes d'embarras
gastro-intestinal se manifestant, il existait de la constipation, ''autres fois, mais rarement, j'ai prescrit un émétique. Rien n'empêcherait non plus, si la congestion pulmonaire devenait considérable, d ordonner, à des doses modérées, des infusions d'ipécacuanha, du kermès ou de l'ergoline, el de faire appliquer des vésicatotres sur le thorax. Dans d'autres circonstances, la digitale, surtout l'alcool, ou même d'autres remèdes, présenteraient des indications. Si, pour la plupart des cas dont j'ai résumé tout à l'heure l'histoire, je me suis passé de pareils secours, c'est que chaque fois, plus ou moins vite, mais an bout d'un certain nombre deJour8,j'ai dompté la fièvre par mon traitement et me suis en quelque sorte rendu maître du processus morlnde, sans constater désormais ni complications ni accidents sérieux.
Contre ma formule absolue s'insurgent de puissantes autorités. « Je ne saurais trop m'élever, dit Dujardin-Beaumetz, contre les médications exclusives, et cela aussi bien au point de vue de la fièvre typhoïde qu'à celui de toute autre affection... L'âge, le sexe, l'état des forces, l'ensemble syroplomatique, le génie épidémique surtout, modifient la maladie.. . La science du médecin consiste à modifier son traitement suivant les diverses circonstances (i). » C'est là le langage de la doctrine hippocratique et de l'École de Montpellier, et je ne suis pas étonné de le trouver dans la bouche d'un thérapeuliste d'un grand talent, comme celui auquel je viens de donner la parole.
Hais ces aflirmations très judicieuses ne sont vraies que pour les maladies dont la cause première échappe k notre action, et dans lesnuelles nous n'avons de prise que sur les manifestations morbides, ce qui arrive, hélas ! le plus souvent. Les choses changent, quand nous possédons un pouvoir direct contre cette cause première. Si 1 on m'accorde l'existence des maladies zymasiques — et je pense que presque tous les bons esprits sont aujourd'hui avec moi — natl aussitôt une indication impérieuse, primordiale et constante : tuer, si cela est possible, au plus tôt, le ferment, et s'opposer avec énergie à sa prolifération, pourvu que le poison du microbe ne soit pas en même temps celui de l'organisme du malade.
4 gnmince de rdiine de qnlni »nt auociéi k 1 f ranowde aulfale do quininr. Le MHil ineonvéïifcnl aériens de eollo dcnître iinlMnanGo,c'«il, noua ramnii ddjik dit, h diadique maniroalenl Iropaouveni coutro elle le* maledca, et nnloléranco do l'ostomac. Cependant, en inMBtant avec conviction, lo médecin Iriomphp d'ordtnalro da la rdpnfnaïKe du aujel. M il a'oppoae hetuwutnienl, daaa bwttcmv de cm, aui ToniaaeroeoU par l'adjonction de l'opiuin. nirijti7cd bv VjOO V IC
6 FfiTRRR 1885
Il n*y a qu'un seul moyen de donner les premiers secours à un dendu, c'est de couper la corde I
fiien entendu que les soins d'hygiène réclamés çar le fébricitant conserrent toute leur importance. J'ai déjà dit combien l'usage Journalier des bains rendait facile l'entrelien de la propreté. Je n'ajouterai rien de spécial pour ce qui regarde le lit, le choix de la chambre, son aération, etc.; mais quant à l'alimentation, c'est autre chose. En voyant, par les effets de la quinine, la durée de la maladie très raccourcie, la fièvre tombée de très bonne heure, le bien-être revenu, on serait parfois tenté d'augmenter rapidement aussi l'alimentation du malade. Or, c'est surtout dans les fièvres typhoïdes bridées par le traitement qu'une alimentation prématurée peut amener une rechute. J ai déjà reconnu ailleurs que Glénard avait très heureusement insisté sur ce point. Aussi, tant qu'il reste à mes typholsants la plus légère cxacerbalion vespérine, je les laisse au bouillon, au lait et au vin. J*ai vu plus d'une fois l'infraction à cette règle ramener la fièvre pour un certain nombre de jours.
Tel est le résumé rapide du résultat de mon expérimentalion; et j'affirme de nouveau que depuis deux ans, où j'ai obéi constamment et absolument aux règles que je viens de tracer, pas un dos typhoïsants que j'ai soignés ab initio n'a succombé. Les maladies ont été beaucoup plus courtes, les convalescences plus faciles.
Je crains bien, ainsi que je l'ai déjà fait observer, de trouver dans l'avenir des épidémies plus graves que celle de l'année dernière, et partant des séries moins heureuses. Mais mon expérience est assez complète pour que j'aie, pour la plupart des cas, profondément confiance à l'erficacité oe la méthode que je viens d'exposer.
J'ai dit dans un autre mémoire, et je crois utile de le répéter ici, que, sans posséder certainement les notions précises que la science moderne a acquises sur les microbes, plusieurs grands praticiens des deux derniers siècles et du commencement oe celui-ci avaient, avec un admirable instinct médical, comme deviné la vraie nature de la fièvre typhoïde. Fièvre putride est le nom qu'ils lui ont souvent donné; or, personne n'ignore aujourd'hui que la putréfaction est l'un des modes de la fermentation? Et quel était le principal remède contre cette fièvre, c'était le grand antiputride, le grand antiseptique, le quinquina!
A se placer au point de vue théorique, comment conleslerait-on le pouvoir anlizymasique de la quinine dans la fièvre typhoïde? Ce pouvoir n est-il pas absolument probable dans la fièvre intermittente, dont plusieurs travaux, ceux de Crudéli et Klebs, et .surtout ceux de Laveran, ont démontré la nature parasitaire, malgré les dernières dénégations très inauflisantes de Marchand dans les Archives de Virchow et celles de Gorre (1) dans les Arehiveê de médecine navale?
Ce n'est pas queje prétende que tons les microbes craignent également et indistinctement tous les antiseptiques, ce qui serait une erreur, car rien n'est variable comme les milieux dans lesquels les divers ferments trouvent une vie facile et ceux où ils sont, au contraire, rapidement détruits. Ainsi j'ai établi ailleurs l'action anlizymasique énergique du tabac contre certaines maladies épidémiques et la tuberculose.
(1) L'MWBM cbimlqiM do princips cootinti Dateur dana la lièvre inlonniUents ■ouUniM par Carre me parait uoe hypoLhèM abaoluinoiil ioadimuiblo. U'autrc pari, ni lai blla <lo gv^riion de Bèvre Inleriatlleatc par le* injcctioni d'acido pliénique, vantée» par Dimilarey (Société da hOpHaux, atfancea de* 10 et 21 octobre 1881), se raolUplIenl et a'aftiriiicat d'uaa manière diScitive, on trouvera cerlafneawnl tu un nouvel ai^pinient sërieux on faveur de la nature microbienne de la fièvre ialeroiiileale. Un autre ai|ruinent pour celle ihbtc «o tire de l'action puisunle de t'araenio (lo lerriblo lexique des ot^nlsmes infiirleura comme des aninaus aupdrieura) contr* lea Aèvres ialomilienles învt'tërdes, alors que lea effet* du qninqnlna sent dmoassds.
A l'exemple de Prin^le, de Bina, do Baxter, etc., Oujardiu-Beaunela dit furuellcmeal : « C'est comme anlifernwntosciblfl que la qttinÏDe agit eontre lepMe* disme morbide. ■ (Loe. cit., t. III, p. 106.)
L'acide phénique et l'acide salicylique sont préférables contre d'autres organismes inférieurs, et les solutions de sublimé lui-même, cet Attila des microbes, se laissent envahir par des moisissures, ainsi que l'expérience l'a démontré.
(A suivre,)
CORRESPONDANCE
Héi«4IU aie l'tnipaMIUke.