L. LEREBOULLCT, PAUL RECLUS
Admaer tont ee qni eoneerne la rédâeHon u it^ du ComfU, ehai M. DuiUBU, M, fm d« tiUe (mat le mardi de préléreMa).
▼•Ir pmgB S de la <}«avenare l*l««l«atl«« «m ACrm BB U FACULTÉ BE mkwmCBtWl M HUM ( Thèses, examens, cours, etc.] et «Hvera deMuneata l«lérea«Mt» le paMl« Médieal.
SOMMAIRE. — BULLBTIM. Académie de médefinir: Séance jinbliquB. —Vaccinalion anlirabiquB par le ung. — De U varicellr. — Propiiél^ losiquaa de hinle. — Li dîëleclroljio. — CuntUK« «t évidemanl dg l'nUras. — £ut menUl de* femnw-médoetM. — Congrèi dr ConilBotinople. — Tbavadx orioiraux. Cliniiiuc mddicale : Sni* les ruplnres du cœur. — ConRBSPONDAKCI. Greffe oculaire. — Socitris SAVANT88. Académie des Rcieiices. — ^f^démie de mrfdeciDe, — Sociâd Bédieale des hApiMm. — SwAélé de chlrurB^e. — Extuaits dis mvAux on soGitrts sAMinn. — Extraits di» taavaux oh ConfiRia.— Rkvus dis Journaux..^ biOLioaRAPniK- Ph^iiolo^ic de U vo» el du cbani. — VARtirii. Coiueil uaddmiqnedo Pari». — Con^rte icïenttfiipie du qrlIOKne ffree de Conilautinoplo.
BULLETIN
Académie de médecine i Séatiee pvMIqae.
La seconde séance annuelle de l'an 1885 laissera un agréable souvenir. Les deux morceaux littéraires qui font les Trais ordinaires de ces sortes de solennités, le rapport sur les prix et la notice historique, ont reçu le meilleur ncciipil d'une assistance notnbreuse, où le rang des dames paraissait plus épais que de coutume. Tous deux cependant ont débuté par un hors-d'œuvre. Sans dire pourquoi, M. Proust, chargé de motiver et de faire connatire les récompenses accordées par l'Académie, a présenté tout d'abord une sorte d'exposition de la question Pasteui% à laquelle ne se reliait aucun sujet de prix ; et, sans s'expliquer davant.ige, M. Rochard, appelé, par une délégation inaccoutumée de M. le secrétaire perpétuel, à prononcer l'Eloge de Ghassaignac, son compatriote, a commencé par un court parallèle des précédents panégyristes de l'Académie, comme on aurait pu faire en prenant la succession définitive de H. Béclard, ici présent. Nous souscririons, du reste, bien volontiers à ses appréciations comparées, s'il n'avait pas vanté si résolument la c profondeur > d*esprit de l'honorable Dubois (d'Amiens).
11 n'importe : une fois lancés, les deux discours se sont déroulés avec bonheur, avec des qualités diverses, mais chacun avec le genre de qualités qui lui convenait. Dans ces sortes de joute, le rAle avantageux n*est pas aux rapporteurs.
H. Proust s'est montré clair et précis dans l'exposé des questions scientifiques traitées par les concurrents. On ne lui reprochera pas de s'être arrêté tout spécialement sur celle des poussières atmosphériques; c'était d'abord faire honneur à un lauréat d'un mérite tout exceptionnel, H. Miquel; S" Stara. T. Xlll."
c'était aussi profiter habilement du seul sujet qni pût éveiller l'attention et exciter l'intérêt d'une grande partie de l'auditoire. En apprenant dans quelles prodigieuses légions de microbes elles vivaient, ce qu'il devait s'en glisser dans les plis de leurs vêtements, s'en attacher à leur miroir ou k leur pain, les dames ont fait bonne contenance, songeant que, après tout, les médecins qui étaient là avaient le même sort. Néanmoins, un secrétaire annuel un peu compatissant les aurait prévenues que, si parmi tous ces microbes il y en a de malicieux, l'immense majorité est manifestement pacifique et inofTensîve, puisque tout le monde en respire, puisque tout le monde en avale impunément, et que c'est nous peut-être qui leur manquons d'égards en les digérant. Simple et classique dans la partie scientifique de son rapport, Bf. Proust en a touché avec beaucoup de convenance et de justesse la partie la plus délir^te, celle qui était consacrée à la mémoire des membres récemment décédés ; môme, et nous le disons à sa louange , il a été quelquefois plus heureux dans la peinture des traits intellectuels et moraux que dans celle des traits physiques: ^. Gueneau de Hussy, par exemple, ne ressemblait à Michel-Ange que par le bonnet qu'il avait adopté dans les dernières années. Le jugement sur Ch. Robin parât- • tra un peu sévère à beaucoup de personnes ; en tout cas, il ne serait pa^ justifié par la citation dont l'orateur l'a appuyé. Un des meilleurs témoignages qu'on puisse donner de l'obstination du regretté savant sur ses vues arriérées, relativement à la théorie des germes, serait c l'article Fermentation qu'il composa pour le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales >. U làut bien dire ici que jamais Robin n'a composé d'article Fermentation pour le Dictionnaire encyclopé- \ digue, et que celui qui y a paru est de M. le professeur Duclaux, un des élèves les plus fidèles de H. Pasteur.
Quant à M. Rochard, toutes ses qualités de verve, de coloris, de mouvement, il les a déployées dans ce discours, oik du fond continu de l'Eloge partaient à chaque instant des saillies familières, des envolées philosophiques et, pardessus tout cela, des fusées de sentiment dont on prendra idée en apprenant que le bonheur conjugal de Chassaignac est devenu le prétexte d'un long déversement de commisération sur la gent des célibataires. C'est un genre spécial, et s'il y a un jour dans l'histoire un Rochard panégyriste, il n'appartiendra à aucun des trois types qu'il a luimême personnifiés dans Pariset, Dubois et Béclard. Le genre a réussi. Il était soutenu d'ailleurs par d'indéniables ressources
18 Décembre 188n
de style el par un entrata de débit qui savdt marquer les bons endroits. H. Hochard soutenait d'ailleurs une thèse avantageuse, celle du mérite méconnu; il Ta brillamment défendue; mais il a eu assez de droiture d'esprit pour ne pas mettre la responsabilité de ce malheur sur le compte exclusif des contemporains; il a bien compris, sansoser^sans pouvoir le dire, que Chassaignac a beaucoup foit lui-même pour écarter les chances de succès que lui méritaient à coup sûr sa pénétrante intelligence et ses services scientifiques. Des circonstances particulières, inconnues sans doute de M. Rochard, yont puissamment aidé. Chassaignac avait déjà le cœur ulcéré lorsque a éclaté la révolution de 1848, et ceux qui l'ont vu A l'œuvre dans ce temps se souviennent de celte explosion de radicalisme qui, en le poussant à des efforts de renversement contre tout ce qui dans les institutions sociales concernait ' la médecine, lui aliéna à la fois et ceux à qui il devait demander plus lard de l'admettre dans leurs rangs, et cette partie de la société parisienne où son origine bretonne lui avait valu les premiers succès de clientèle. En écoutant cette triste histoire des mécomptes d'un si éminent chirurgien, et cette expression assez claire de dédain pour des concurrents plus henreox, nous nous attendions presque k une pittoresque sortie contre Tinstilution des concours. Mais non, le concours reste, pour l'orateur, le seul mode légitime et salutaire de nomination au professorat. Nous ne te contrediront pas là-dessus; nous l'aurions seulement voulu entendre définir et développer un peu sa pensée ; car, si le concours est un mode dénomination, Hy aplusieurs modes de concours. Or fe mode ancien, celui qui donnait les résultats dont se plaint rorateiiT, avait paru, dès avant son abolition, si insuffisant, qii'il avait été condamné à la majorité dn SQlTrage par nne réunion des agrégés. On lui reprochait snrtout d'étouffer jusqu'à la maturité de l'âge et nu delà, l'initiative personnelle sous le poids de l'érudition èt dé trop subordonner la capacité intellectuelle à l'habileté de la plume et au prestige de la parole. Ce n'est pas le moment de revenir sur un sujet plus d'une fois traité dans ce journal. Nous dirons seulement que si l'abolition du concours avait, comme M. Rochard Ta affirmé devant le doyen de la Faculté et les collègues que l'on sait, un peu discrédité le tt'frff du professorat, elle n'en a pas rabaissé le personnel, de nîéme que l'ancien concours ne l'avait pas beaucoup relevé après 1830, en face d'un Andral, d'un Chomel ou d'un Cruveilhier. Ce qu'arait de bon le concours, c'était surtout, à nos yeux, de poser à chaque chaire vacante la question de compétence spéciale, et de forcer les candidats à en faire preuve par la production des titres antérieurs et les épreuves publiques.
Tout ceci ne touche pas à la valeur foncière de l'Éloge do M. Rochard. L'idée qui le domine est une idée généreuse, courageusement pxprimée; la facture en est savante, le style brillant, et animé avec des nuances un peu crues et quelques échappées d'expression un peu trop vives. La figure chirurgicale de Chassaignac a été fidèlement rendue. Sur des points de pratique, sur le méritede telle ou telle méthode, c'est aux chirurgiens à apprécier ; il restera toujours que Chassaignac est le véritable inventeur du drainage et de l'écrasement. Nous nous permettrons seulement, parce que c'est un devoir, de constater que si Chassaignac avait, comme l'a dit l'orateur, un grand bonheur d'expression, ce n'a pas été à l'occasion du drainage; car le mot ne lui appartient pas; il est de notre distingué confrère Brochin, qui l'a trouvé en rendant compte dans la Gazette des hépi'
taux de la méthode de Chassaignac, et celui-ci Ta acceplt avec empressement en hn remerciant l'inventeur.
Entre les deux discours dont il vient d'être parlé, M. !•président Bei^eron nous réservait une surprise : c'était uni* de ces allocutions pleines de goût, de charme, de chaleur contenue et d'autant plus agréable, auxquelles il a habitué l'Académie. Il avait voulu faire connaître lui-même l'emploi fait cette année des legs Laval et Oulmont au profit dp M. bfrt, interne à l'hôpital Saint-Louis, et de M. Babinski, cheMe clinique à la Salpétrière. Ces jeunes gens pourront se roo^idérer comme ayant reçu à la fois deux récompenses de leur mérite : le prix décerné par l'Académie et les appréciation!: flatteuses de son président.
¥MelM«ll*B Mtlrabl^ve pnr le mamg.
M. le professeur Herrgott (de Nancy) veut bien no» adresser, à propos de notre dernière noie sur la vaccimb-Mi antirabique, une lettre d'oà nous extrayons le f»&sii^
suivant :
Vous TOUS élevez avec raison contre la prétention des komn mi isopathes à la découverte d'un moyen de guérison des morïur'-s de la rage, consistant dans l'introduction dans l'économie de l'individu mordu d'un fragment du chien enragé. La chose est Tïei > de dix-sept siècles. Voici quelques passages de Plioe le naianliste : ( Carnes si edantur conlra canis rabidi morsus efliraus 1 esse,etiamnumjecurenicacius... > (Lib. XXVIII, c.x. Ed. variw ap. Hackios, 1868, p. 213.) c Hulto tamen utilisslnie jecur rjas.
> qui in rabie momorderit, datur, si possit fieri, cradum moo-
> dendum; si minus, quoque modo coetum, aut jus coclis rar-
> nibus... » (Lib. XXIX, c. v, p. 279.)
Le docteur Israël (d'Amsterdam), qui consacre son atlenliou à la médecine talmudique, dans un article publié dans le Janus Henschel (t. II, 1H&7, p. 330), rappelle cette pratique, el mentionne les passages ci-dessus de Pline sans juger la priorité. C'eM donc une chose bien vieille, et on se demande quelle relatioa cela peut avoir avec la pratique découverte par Pasteur? AaeaDf. assurémeat.
B« la wleellc. Watare. lM«al«Mlllé.
On s'est toujours divisé en deux camps sur la nature de U varicelle. Les uns admettent qu'elle appartient à la famille des éruptions varioleases dont elle forme la variété la plus atténuée. Cette opinion compte encore parmi ses partisans i deux célèbres dermatologistes : Héfara el Kaposi. Ce sont les nnicisles.
D'anb«s admettent que la varicelle est une maladie spécifique absolument indépendante de la variole el de la va- I
rioIoTâe. Ce sont les dualistes.
Cette opinion, qui est celle de tous les médecins français et de la plupart des médecins étrangers, a été brillamment soutenue par Trousseau. Elle s'appuie sur des aiigumenls dr premier ordre et qu'il suffira d'énoncer :
1" La varicelle peut régner seule épidémiquement. C'est ainsi qu'à Bàle, du 1" janvier 1875 à la fin d'avril 1878, le docteur Beader releva 584 cas de varicelle ponr 21 cas df variole.
La varicelle ne préserve pas de la variole. 3* La varicelle peut se développer chez des sujets récemment vaccinés. ^ .
4* Le vaccin se dévelof ^j^^t3^4j<(^€)^t^<'^
iS Décëh&rb 1885 GAZEttE HEBDOMADAmE DE MÉDECINE Et DE GHlRUllGlE
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5* La varicelle inoculéej n'a jamais donné que la varicelle.
Ce dernier ar^ment esl le véritable champ de bataille des dualistes et des unicistes. Hais, quand on examine les faits d'un peu près, on voit combien les observations des unicistes prêtent à la critique. Tantôt c'est une varicelle survenue à la suite de l'inoculation d'un pus variolique corrompu (Niedt). Ailleurs on communique une varicelle en inoculant k un enfant du pus de variole étendu d'eau. Un autre enfant, inoculé avec le même pus non étendu d'eau> contracte la variole (Freyer). Dans d'autres cas, on a évidemment confondu la varicelle avec la varîololde (Thompson).
Mais, pour juger d'une façon définitive, il fallait multiplier les inoculations de varicelle. Or ici se présente une question. La varicelle est-elle inoculable? Sur ce point Trousseau est catégorique. La varicelle ne s'inocule pas; ou du moins, ajoute-l-il, avec sa prudence habituelle, «je n'ai jamais pu l'inoculer » (Clinique). La parole du maître avait fait loi dans ces dernières années. Hais voici que la communicalion de M. d'Heiliy a ranimé le débat. Dans cette communication faite à la Société des hôpiUux (â3 octobre) et relative à une épidémie de varicelle observée à l'hôpital Trousseau, on aurait fait plusieurs inoculations heureuses, dans la proportion de 3 sur 10. Le résultat de ces inoculations confirmerait d'ailleurs complètement les opinions dualistes.
H. d'Heiliy tire de ses observations et de ses expériences les conclusions suivantes :
r La varicelle est inoculable. Quand, à la suite d'une inoculation, l'éruption se produit, les prodromes peuvent manquer et l'éruption se faire brusquement.
2" La variole et la varicelle ne s'excluent pas et peuvent coexister ainsi que Delpech t'avait déjà établi dans son mémoire en 1845. Elles peuvent se succéder.
3" Le vaccin prend bien chez les enfants atteints de varicelle.
H. d'Heiliy n'a pas réussi, il est vrai, à inoculer la varicelle chez des varioleux; mais cela ne nous parait pas inflrmer ses conclusions. Les inoculations n'ont pas réussit dans tous les cas chez des sujets sains et, en outre, un malade atteint de variole ou de varioloïde n'est pas un terrain favorable à l'inoculation d'une autre fièvre éruptive.
Les conclusions de M. d'Heiliy ont été généralement admises en ce qui concerne la nature de la varicelle ; mais elles ont été vivement attaquées par M. le docteur Dumontpallierau point de vue de de l'inoculabilité.
Elève de H. Trousseau, M. Dumontpallier n'a jamais vu l'inoculation réussir. Il réproche à M. d'Heiliy d'avoir opéré dans un service où se trouvaient des enfants atteints de varicelle, de telle sorte qu'il est assez difficile de faire la part de ce qui revient à la contagion et à l'inoculation ellemême. Il s'appuie en outre sur cet argument qui nous a paru très solide : que sur les trois cas de succès, la durée de rincubation aurait été fort différente : trois joui*s dans l'un; quinze et dix-sept jours dans les deux autres. II est dès lors probable que l'enfant dans le premier cas était déjà en incubation, par suite de la contagion, quand l'inoculation a été pratiquée.
En tous cas les expériences de H. d'Heiliy, fort intéressantes d'ailleurs, prêtent à la critique en ce sens qu'elles ont été faites dans un milieu contagieux. En pareils cas, l'isolement est nécessaire. II faut se placer hors du foyer.
Le même reproche peut être attribué à une partie des expériences faites en 1875 à Prague par le docteur Steiner,
directeur de la clinique des maladies des enfants {Wiener med. Wochenschrift, n» 16).
H. le docteur Dumontpallier s'est procuré une traduction de ce mémoire et en a donné communication à la Société (Séance du 127 novembre). .
Plus heureux que M. d'Heiliy, Steîner a eu huit succès sur dix inoculations. Deux de ces inoculations heureuses ont été faites en dehors de l'hôpital dans des ramilles occupant des quartiers différents.
Il est assez remarquable, comme le fait observer H. Dumontpallier, que ces inoculations ne déterminent jamais d'accidents locaux, que l'éruption n'ait jamais pour point de départ un bouton siégeant au point d'inoculation.
Il résulterait en outre des expériences de Steiner que la période d'incubation a été généralement de huit jours, ce qui nous éloigne beaucoup de la durée de quinze à dix-sept jours indiquée par H. d'Heiliy. Dans quatre cas Tincubation a été silencieuse ; dans quatre autres, il y a eu une fièvre rémittente marquée pendant quatre jours, et l'acné thermique correspondait au début de l'éruption. Les autres observations de Steiner^ relativement à l'indépendance de la varicelle et de la variole, confirment tout ce qu'avùent dit Trousseau et les autres dualistes.
Sauf quelque cause d'erreur qui nous échapperait, il est difficile, après la lecture du mémoire de Steiner, de ne pas admettre l'inocuUbilité du liquide de la vésicule varicelUque, recueilli au moment où il apparaît limpide et fraîchement sécrété. D'un autre côté l'opinion contraire de Trousseau qèse toujours d'un grand poids, aux yenx de ceux qui conneissent la prueence du maître et sa remarquable sagacité. Dans les expériences qui seront très certainement continuées à ce sujet, il est à désirer que les observateurs se placent en dehors des influences de contagion qui infirment toujours plus ou moins la signification des résultats obtenus.
BUCBEZ.
PFaprIèMs 4Md«BM de X'allMrta.
L'ailante, ou vernis dn Japon, ékt un arbre bien connu et dont la culture est assez répandue pour qu'il soit intéressant de signaler les propriétés toxiques de ses feuilles. Jusqu'ici, heureusement, s'il y a eu mort de plusieurs individus, il ne s'agit que de canards (nous parions du palmipède). H. Caraven-Cachin (1) a constaté aux environs de Castres, où une sorte d'épidémie paraissait sévir sur les canards, que l'es* tomac de plusieurs des oiseaux qni avaient succombé, renfermait des feuilles d'allante. Désireux de vérifier l'action nocive de ces feuilles, il en fit hacher une certaine quantité et donna cette sorte de pfttée à manger à des canards de même âge que ceux qui étaient morts après un repas analogue. Quelques heures après, ces animaux avaient le même sort que leurs devanciers.
Pour M. Caraven-Cachin le principe toxique de l'ailante réside dans le suc résineux très âcre que contiennent les bourgeons et les feuilles de cet arbre, qu'il sera bon, fc l'avenir, de ne pas planter à proximité de la basse-conr.
H) Journal de pharmaete et dt chimie, n* 11, d^sndini 188S.
MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 18 Décembre m
t.m dléleetrolTse.
La Gazette hebdomadaire a déjà parlé de cette question au moment où elle a été portée devant l'Académie par M. le docteur Brondel (d'Alger) ; nous ne voulons pas y revenir longuement aujourd'hui, n*ayant pas à modifier beaucoup les conclusions qui paraissaient devoir ressortir, à ce moment, des diverses communications dont nous avons alors rendu compte (voy. les n** des â5 septembre et 3 octobre 1885).
Il s'agit aujourd'hui d*an nouveau travail sur le même sujet, dans lequel le docteur Laurel, de Montpellier (1), rapporte les résultats de son expérimentation; résultats peu encourageants jusqu'ici, mais qui permettent cependant de ne pas renoncer entièrement à l'espoir qu'avait fait naître tout d'abord l'emploi de cette méthode thérapeutique.
Si Ton emploie un bain local avec une solution iodurée par exemple, mais sans courant électrique, il est impossible de déceler k la suite la présence de l'iode dans les urines; si, par contre, on a recours au même bain, mais avec adjonction d'un courant électrique, le pAle négatif étant placé sur le vase dans lequel plonge l'avant^ras, par exemple, et le pdle positif étant appliqué sur l'épaule, l'absorption de l'iode n'est plus douteuse et l'analyse chimique des urines la met nettement en évidence.
C'est quelque chose, k coup sûr; et l'on trouve dans ces faits la preuve de la pénétration de l'iode de l'iodure, mis en liberté par Télectrolyse, à travers la peau saine du bras représentant l'électrode positive, mais il y a loin de ces résultats au transport des éléments médicamenteux d'un pôle à l'autre, à travers l'organisme, annoncé par Fabré- Palaprat et Brondel.
Au point de vue thérapeutique, les conséquences de celle méthode paraissent devoir être peu importantes : en effet, le nombre des substances médicamenteuses pouvant être utilisées avec ce procédé est fort restreint, et, de plus, leurs éléments ne sauraient pénétrer associés à travers la peau, mais bien séparés par électrolyse, ce qui, dans bien des cas, n'est peut-être pas sans inconvénient. Néanmoins cette méthode semble permettre de localiser plus spécialement l'action médicamenteuse sur un point des téguments, tout en associant à l'efTet de la substance électrolysée l'incontestable propriété que possède le courant électrique d'exciter vivement les fonctions nutritives locales ; elle fournit, en outre, un moyen d'agir en dépit de l'intolérance gastrique, parfois absolue chez certains malades. Malheureusement, les doses absorbées sont si minimes, que l'on peut élever bien des doutes sur leur efficacité thérapeutique; cet argument prête le flanc à la critique, ainsi que nous le reconnaissons volontiers avec M. Laurel, puisque l'on ne peut contester l'action si variée des diverses eaux minérales employées comme agents de médication externe, alors cependant que l'absorption cutanée des principes qu'elles renferment reste bien inférieure à ce qu'elle est dans la balnéalion hydroélectrique.
En résumé, conclut M. Laurel, « on n'aura pas le droit de condamner à priori et d'une façon absolue de nouvelles tentatives thérapeutiques, mais on aura toutefois celui de se montrer sceptique sur l'importance et l'eflicacité de ce procédé >. C'est aussi notre manière de voir.
(1) M. A. Laonit, De l'introduction de* aubitanea mUieamenUuta A tnven !• peau Min». Th. Inmg.. MiMlpellicr, ISSfi.
La chirurgie gynécologique nous a habitués k m hidiesses, aussi ne sommes-nous que médiocrement surprix voir préconisée devant l'Académie royale de médecine ) Belgique la méthode de l'évidement de l'utéras. au diot', de la curette, pour le traitement palliatif de certains cistcr utérins. C'est au docteur Walton (1) qu'est dû le itiéaii>;r sur lequel l'Académie Belge a entendu un intéressut n[port lu par M. le docteur Gallez.
Le procédé du raclage de l'utérus au moyen de laconur, dans le cas de méirite interne fongueuse, n'est pas d'iilk'' d'invention récente : il a été mis en honneur parltcani.'r et expérimenté après lui, avec des chances diverses, jarir grand nombre d'opérateurs; mais c'est au professeorSini»- (de Heidelbei^) que Ton doit Tapplication de ce procnir k traitement du cancer de l'utérns.
En France, M. Terrillon (0ul/eftn génér. de thinptiHifK. 15 septembre 1885, p. 201) s'est déclaré partisandtwmiA» opératoire consistant dans le grattage et l'ablation, a UVlt de la curette, de toutes les portions du pareDcfanne aittii. envahies par la prolifération épithéliale; on estanT^'p l'instrument a rencontré le tissu sain par une résistante ciale, une sensation de grattage, signalée à peu pré^ ki les mêmes termes par le docteur Walton. Il n'y aurait, d'afr»; ces auteurs, que bien peu de dangers de produire une ^vforation et d'entrer avec la curette dans le péritoine, d'autre part, toute hémorrhagie sérieuse s'arrête lorsqu'on i enlevé complètement le lissu malade; celte opération, dit V docteur Walton, « prolonge l'existence de la malade en b rendant supportable; elle est sans danger ».
On creuse ainsi l'utérus, on l'évide, pénétrant plos <k moins profondément, suivant les points, dans l'épaisseur dr ses parois, afin d'excaver tous les prolongements du cancer, puis on pratique une cautérisation au thermocautère ou un pansement avec des tampons iodoformés. On a eu soin, d'ailleurs, de procéder auparavant à la dilatation du col lorsqu li s'Elit de pénétrer avec l'instrument dans la cavité ulériat si elle est seule intéressée par la production morbide.
En dépit des résultats satisfaisants, inespérés, obtenus pw MM. Walton et Terrillon, en dépit de l'innocuité relïtiif qu'offre, d'après eux, une semblable opération, nous cro;<>n> qu'il faut faire bien des réserves sur l'avenir d'un seniblihit procédé de curage, pratiqué le plus souvent i Vm^'^^ sans point de repère bien précis pour indiquer an chinTpn la limite qu'il ne doit pas franchir.
C'est là, d'ailleurs, la conclusion du rapport de la commis sion belge, c'est également l'opinion émise par le doclfuf P. Méiiière dans un récent article d'analyse critique lGa:fff' de gynécologie, n' 3, l*' décembre 1885, p- 33); wu^if pouvons que nous y associer.
Dans le rapport si intéressant qu'il vient de préseniera- Conseil académi^e de Paris (voy. aux VarÙtés), M '' doyen est entré dans quelques considérations sur l'état in
(!) Rapport tur U mémoire iu «odeur fSi'>lh^ftHfÇ^*^''J!r, Vévidement de l'uténu (BuUrH'à\m&^'^ JUM Uf
3> aérie. i. XIX, n< 9. p. £84).
i8 Décembre 1885 GAZBTTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE St DE CHIRURGIE — fi* 51 — m
et social des femmes livrées à l'étude et k la pratique de la médecine. Un certain nombre d'élèves ne vont pas jusqu'au bout de la scolarité ; généralement, « elles ne se pressent pas, pensant peut-être qu'elles pourront s'arrêter en route pour prendre une autre direction >. Puis il ; a des mariages d'élèves; enGn « le débouché des femmes doctoresses n'est peut-être pas aussi grand qu'on se* l'était imaginé d'abord ».
M. Béclard a cru devoir signaler la statistique que nous avons uous-méme relevée (p. 761), d'après laquelle un tiers des femmes pratiquant la médecine en Angleterre deviendrait aliéné ; et nous voyons avec plaisir qu'il Ta appréciée comme nous, presque dans les mêmes termes : c II n'est pas probable, dit-il, que le statisticien qui a fait ce calcul considère l'exercice de la médecine comme conduisant les femmes à la folie ; mais peut-être croil-îl qu'il faut que les femmes aient l'esprit tourné d'une façon un peu étrange pour se décider à embrasser la carrière de la médecine. > On peut ajouter, sans aucune intention de galanterie, qu'une statistique portant sur vingt-cinq unités, fût-elle parfaitement exacte, n'a pas une valeur bien sérieuse.
Nous appelons très spécialement l'attention du lecteur sur le Congrès qui va s'ouvrir à Conslantinople et sur lequel on trouvera plus loin (p. 8^) les renseignements susceptibles d'intéresser les médecins. Ce sera une marque nouvelle du réveil de l'esprit public dans cet Orient qui nous a nousmêmes réveillés autrefois et qui, après nous avoir eoricitis des trésors littéraires et scientifiques de l'antiquité, nous demande à l'aider A rassembler ceux de TEurope moderne. Car le Syllogue grec de Conslantinople, qui convie à la célébration de son vingt-cinquième anniversaire les savants de tous les pays, philologues, archéologues, pédagogues, moralistes, naturalistes, ne dissimule pas, et fait même savoir expressément dans une circulaire, qu'il va chercher la source de ses travaux « dans les ouvrages des savants de l'Occident, dont il ne cesse de recommander la traduction en grec ».
Si nous ne craignions de paraître donner hors de propos dans la politique, nous ferioos volontiers une réflexion. Aujourd'hui les nations sont comme des fleuves dont la vapeur et l'électricité ont rompu en partie les digues, amenant de vastes débordements d'idées, d'intérêts, dépassions qui n'ont plus de limites et vont porter quelquefois d'un bout du monde à l'autre la prospérité ou la ruine. Il sera bon qu'à cette contrée, si souvent heurtée dans les conflits de l'ambition occidentale, l'Occideut ne marchande pas les courants pacifiques et toujours bienfaisants de la science et des lettres.
TRAVAUX OHIGINAUX
Cllalqwe Biè«ilc*lf).
Sun LES RUPTURES DU CŒUR. Communication faite à la Société médicale des hôpitaux, il uns la séance du 11 décembre 1885, par M. Albert UOBiN, médecin des hôpitaux.
I. Les ruptures du cœur ont fait depuis Harvey le sujet d'importants travaux. On sait qu'elles surviennent à une époque avancée de la vie, chez des individus atteints dn myocardite scléreuse dont le point de départ a lieu autour
des vaisseaux nourriciers du cœur; on leur attribue bid)ituelleinent pour cause un effort qui augmente temporairement te travail du cœur ou accroît la tension du sang dans ses cavités ; enfin on s'accorde pour admettre que, la mort arrivant subilement dans la plupart des cas, la symptomatologie se trouve réduite à son minimum.
Et cependant, dans le cours de cette année, j'ai observé trois cas de rupture du ventricule gauche dans lesquels l'effort ne peut être incriminé et où la rupture semble s'être effectuée d'une manière prc^ressive, donnant ainsi lieu à quelques symptômes d'une telle constance que l'idée d'une relation de cause à effet s'impose avec ta dernière évidence. Le schÔme classique me semble donc devoir être complété, tant au point de vue de son expression symptomattque qu'à celui de son anatomie pathologique et des conditions qui déterminent la rupture. Ceci fait, je démontrerai que les symptômes dont il s'agit dépendent de l'acte de la rupture envisagé eu luimême et non deTépanchemenl du sang dans Ift péricarde.
Mes trois malades ont été frappés, pour ainsi dire, en pleine santé, alors qu'aucun symptôme n'avait attiré leur attention, ni celle du médecin du côté du cœur. Et dans les deux cas oii l'examen du myocarde put être pratiqué, on trouva des lésions de myocardite scléreuse ; par conséquent, ces lésions qui avaient de longue date préparé la rupture, étaient restées silencieuses (1^.
Sur 27 observations recueillies dans les auteurs et assez complètes pour que l'état antérieur du malade ait été noté, on en compte 17, soit 62 pour 100, dans lesquelles le sujet a été frappé dans un état de santé plus ou moins parfait, mais sans qu'aucun signe objectif ou subjectif ait fait soupoonner préalablement I existence d'une aflection cardiaque. Sur les dix autres malades, cinq avaient une dyspnée habituelle, trois des palpitations et de la dyspnée; deux une douleur vague dans la région du cœur; le dernier, des élancements cardiaques, des étourdissements et des vertiges.
On peut donc poser cette première conclusion, que les myocardiles qui aboutissentàla rupture du cœur sont le plus souvent latentes, et que dans les cas moins fréquents où elles
fiarlent, elles n'ont pour manifestations qu'une symptomato^ ogie vague el impuissante k les faire reconnaître.
II. La théorie actuellement admise fait jouer à l'effort un rôle prédominant dans la rupture. Le myocarde lentement désorganisé faiblit peu à peu; vienne un effort, une dépense cardiaque subite et plus considérable, il se produit une augmentation de tension portant sur des parois dont la résistance est amoindrie et qui cèdent & cet excès de pression.
Mais combien de l^its négatifs l'on peut opposer à cette manière de voir, à commencer par ceux où reCTort n'a pu être constaté et par les cas oû la rupture est survenue pendant le sommeil, par exemple. L'une de mes observations vient apporter aussi un puissant argument contradictoire. Le cœur était rompu en deux endroits et les deux ruptures étaient de sens différents, quoique de même forme et parallèles entre elles. La première s'était produite du dedans au dehors, la seconde du dehors en dedans, puisqu'elle intéressait le bord externe du ventricule gauche sans pénétrer dans sa cavité; c'était le premier stade d'une rupture qui eût probablement abouti à une perforation complète si la malade n'avait été emportée par la rupture supéneure. Or, »ï sur un même cœur il peut se faire deux ruptures de sens opposé, que devient rhypothèi>e de l'effort, lequel devrait toujours aboutir à des perforations dans le même sens, mais non à des ruptures de sens inverse, surtout quand ce sens est opposé à celui de la tension du sang?
Donc, tout en admettant que dans un grand nombre de circonstances, Teffort doit être invoqué comme cause occa-
(I) li>a* un Mémoire rrfnairt tar la ddi^némceiiM ia~^(btir, fal d'j& bit
lenlenient et d'une manière asMi diicri-lc potu 4ti^umi^'s}lH^lmHdlefW«^ Ba InHhiiae leur esietence. (C'OMlM nUiicaU. Paria, mm 18BS.)
GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 18 Décembre 1885
sionnelle de la rupture du cœur, on peut assurer que Tort souvent la lésion myocardique elte-mâme aidée par les mouvements normaux du cœur suRità la provoquer.
Hais, dirart-on, s'il en est ainsi, la ruplure devrait êlre la terminaison commune de ces inyocardites qui sont relativement asâez fréquentes, et pourtant cetle rupture est un accident presque exceptionnel? Je crois aussi au*il est utile de faire intervenir une autre condition d'ordre anatomique, c'est la désintégration de la fibre cardiaque dont M. le professeur J. Renaut et mon collègue Laiidouzy ont donné jadis la description. Dans deux de nies observalions, l'examen biiétologique a pu êlre pratiqué, et dans les deux cas, cette désintégration existait à un baut degré.
Aussi, sans vouloir généraliser, surtout en présence d'un cas contradictoire dû à M. le professeur Damaschtno, je conclus que dans mes deux cas, la sclérose cardiaque, l'atrophie et la dissociation des fibres musculaires peuvent être considérées comme la condition anatomique prédisposante de la rupture, dont la désintégration serait la cause immédiatement déterminante.
La résistance du cœur si considérablement affaiblie par la myocardite chronique, trouve son dernier refuge daus les faisceaux musculaires ^ui persistent. Leur segmentation ruine celle ressource ultime.
ni. Dans mes trois cas, ta mort a été aussi subite qu'il est possible. L'une de mes malades a succombé devant moi, pendant la visite et au moment où elle me racontait son bistuire ; il s'est écoulé soixante-dix secondes entre le début des accidents et la mort totale.
Néanmoins, en étudiant de plus près la manière dont les choses se sont passées, je me suis convaincu que cette mort rapide avait été précétlée par quelques symptômes auxquels je n'avais pas attaché d'importance et qui pourtant ne manqueront pas d'attirer Tatiention, par la coustauce avec laquelle ils se sont montrés dans les trois cas.
Dans le premier, la malade fut réveillée subitement dans la nuit du 8 au 9 novembre par une vive douleur paraissant perforer la poitrine au-dessoas de la clavicule gauche, s'irradiant dans l'épaule et exaspérée par lés mouvements de l'épaule et du bras. Quand cette douleur se calma, il survint nn engourdissement pénible dans les deux bras et les deux jambes. Pendant trois jours, elle eut des accès douloureux plus ou moins forts, mais sans jamais cesser de souffrir et se plaignant, entre autres choses, d'une sensibilité insolite de la région précordiale. Le matin du troisième Jour, alors que je l'interrogeais, elle s'écria, tout à coup : c Voilà ma douleur qui me reprend; » et tomba comme foudroyée.
La deuxième malade éprouva deux jonrs avant sa mort une douleur violente dans le cMé gauche de la poitrine et dans l'épaule, augmentée par les mouvements du bras, continue avec des exacerbations sans cause qui donnaient la sensation de l'évanouissement.
Le troisième se plaignait depuis quelques jours d'une douleur dans la région sous-claviculaire gauche et d'un peu d'oppression. Un soir, à sept heures et demie, il était à table et mangeait d'un bon appétit ; il se lève pour prendre du pain et sent alors une douleur assez vive dans l'épaule gauche avec engourdissement du bras. La douleur s'atténua sans disparaître et l'engourdissement persista toute la soirée. Après une très bonne nuit, notre nomme se lève, le bras encore très engourdi et demande son déjeuner. Il prend une chaise pour s'asseoir et tombe mort.
Il est certain que dans le premier cas, l'ijccès douloureux qui précéda immédiatement la mort était dû à la déchirure linale du cœur ; par suite, il est fort probable que la même douleur, au même siè^e, survenue quarante-huit heures auparavant, reconnaissait pour cause le premier acte de celte rupture qui, comme l'a démontré l'examen anatomique, s'est effectuée en plusieurs temps.
Ce fait nous Mtbrise k établir une sOrtë de période pré*
monitoire de la rupture définitive du cœur, fondée d'uf. part sur le fait anatomique de cette ruplure qui s'opère soi* vent par temps successifs; d'autre part, sur l'existence <• symptômes qui en traduisent les étapes.
Ces symptômes se rapprochent beaucoup du type fuur:. par mes trois malades. D'après les recherches slalisliqufque j'ai faites, ils existeraient dans 60 pour 100 des cas tuviron. Leur début est manqué par un iccès douloureux <{'■< offre uue grande analogie avec l'accès d'angine de poilrii.r*: douleur subite, précordiale ou sous-clavîculaire, variant tj* la simple pesanteur à la sensation la plus déchirante, s'irr.idiant dans l'épaule et le bras gauche avec les caractères ie l'engourdissement : telle est sa caractéristique habituellt-, a laijuellc viennent se surajouter parfois des symptômes acc'?^ soires, comme la dyspnée, l'oppression, l'accès de sufforjlion, l'angoisse, la sensation de rupture cardiaque, l'en^oiirdissementdouloureux des membres inférieurs. Plus raremciii. l'accès initial semble réduit à un engourdissement du liras gauche et même du bras droit.
Après celte prem'ière atteinte, il y a une sorte d'aUéaaalion des symptômes douloureux ; mais ce qui est lool a fait particulier et différencie ceux-ci de l'angine de poîlciM ordinaire, c'est que, la période aiguë une fois passée, iU ue disparaissent pas, mais persistent sous une fonne pluj«><i moins atténuée jusqu'à 1 accès terminal. Une seconde particutarité consiste dans le réveil de la douleur par le? mouiements de l'épaule et du bras, continuant même après U cessation de l'accès initial et donnant l'impression d'nw algie rhuinatoïde.
J'attribue cet accès angineux au fait même de la rupture. Quand s'opère la première solution de continuité, le «a 2 venlriculaire pénètre dans les interstices de la déihirurr. puis l'effort syslolique et la tension circulatoire aidant, It* sang tend de plus en plus à dissocier la paroi dans laquelle il s'est frayé an passage. Ce sont là des conditions permanèutet auxquelles répond nn état symptomalique permaueut dont la douleur et — pourraîtH>n dire — l'accès angineux atténué mais prolongé, est l'élément prédominant. A chaque pas en avant fait un peu brusquement dans la rupture, répond une poussée douloureuse qui reproduit avec plus ou moins d'intensité l'accès primitif et vient exacerber la douleur due à la dissociation cardiaque originelle.
IV. Je viens d'avancer que lasymptomatologie qui préci-de traduisait la rupture cardiaque. Mais à côté de l'acte mét-anique de celle-ci, il existe un second acte de haute importance, c'est l'irruption du sang dans le péricarde, et l'on pourrait se demander si les symptômes vfôés ne correspondraient pas plutôt à l'acte de 1 épancheinent ([u*à celui de U rupture. L'intervalle parfois considérable qui s'écoule eninle début des accidents et la mort constitue déjà un ai^menl contre la première hypothèse; en outre, daus mes trois cas, rauscultation du cœur pratiquée entre l'accès initial et la terminaison fatale n'a rien révélé d'anormal; enfin, un cas tout à fait exceptionnel m'a donné l'occasion d'étudier h symptomatologie des épanchemenls sanguins daus le |>érjcarde, quand ih ne sont ni assez rapides,ni assez abondants pour causer subitement la mort.
Il s'agit d'un cas de ruplure de la veine coronaire aver épanchement progressif du sang dans le péricarde et survie de huit heures.
La malade, rhumatisante d'ancienne date, était atteinle d'une double insuffisance tricuspide et mitrale. Sous l'influence des conditions nouvelles créées dans la circulaiio» intra-cardiaque par cette double lésion, la veine coronaire subit une dilatation comme variqueuse qui prépara sa rupture.
Au moment où celle-ci s'effectua, plutôt sous forme île fissure que de ruplure proprement dite, il y eut^un accè-: subit d'orthnpnce avec extinction de la voix et refroidissement des extrémités. La malade perçut en même^teinps uiti*
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douleur localisée à la région précordiale avec retentissement dans le point correspondant du do?, et sensation de plénitude et de battements
La face prit soudain une expression d'angoisse, la pupille se dilata.
Et le cœur se mit à battre avec une incroyable énergie, soulevant tout le cAté gauche par ses palpitations tumultueuses coupées de nombreux (aux pas. Le pouls fuble et Tuyant battit 200, puis devint incomptable.
A raoscultation du cœur, on percevait un bruit singulier dont le maximum était à la pointe et qu'on ne saurait mieux comparer qu'à un clapotement plus lent que les bruits valvulaires.
La figure devint cireuse, le clapotement s'atténua, puis disparut, tes battements du cœur se précipitèrent en s*affaiblissant, et la mort survint en huit heures.
Cette symptomatologie de i'épanchejnent sanguin progressif du péricarde diiTèie trop nettement de celle que j'ai attribuée plus haut à la rupture du cœur pour que la confusion soit possible.
Résumons maintenant dans une formule rapide les éclaircissements que mes observations apportent dans la connaissance des ruptures du cœur.
C'est d'abord !e silence presque complet de la myoeardite antécédente, puis la possibilité des ruptures de dehors en dedans, dans le sens opposé à la tension sanguine, par conséquent le rôle de l'elTort systoliquc normal suffisant dans beaucoup de cas pour déterminer une rupture préparée de longue main par la myoeardite dont la désintégration cardiaque de J. Renaul est Fune'des terminaisons. C'est ensuite ta symptomatologie de la rupture, avec ses étapes successives, caractérisées par autant d'accès angiiieux. Enfin, c'est la différenciation des symptômes qui sont provoqués par la rupture et de ceux qui tiennent à l'épanchement progressif au sang dans le péricarde.
CORRESPONDANCE
ttrvVe oculaire.
UcrmoDl-Furfiiiid, li Uécoiotvc l^lSà.