‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 32 sur 228 · SÉANCE DU M FÉVRIER 1885. — PRÉSIDENCE DE H. DUPLAV · texte numérisé non relu

SÉANCE DU M FÉVRIER 1885. — PRÉSIDENCE DE H. DUPLAV

Ost6omy61ite ; luxation da l' épaule et fracture da col de rhmnèraa; rapport : M. Rlohelot. -— Luxations des métaoarptana en arriéra ; rapport : M. Chaarel. ~ Hernie MninglAei anus oontre nature : WL. Daainéa. — PArlnèorrhapliie : M. KirmlHon. — Corpa ètrangwa de la TeMie : M- Henriot. — Traitement de l'hydartliroM : K. X>«lorme.

M. Richelot fait un rapport oral sur deux observations adressées k la Société par M. Bertin (de Gray). La première a trait à une ostéomyélite s'élant d'abord manifestée dans le tibia et généralisée ensuite à plusieurs autres os. Un jeune nomme, né d'un père chélif et peut-être syphilitique, est un jour pris d'une douleur dans la jambe droite et en même temps de symptômes généraux en imposant tout à fait pour la fièvre typhoïde; quelques jours après, signes manifestes d'abcès osseux; on propose la trépanation, qui est refusée; cependant l'abcès s ouvre spontanément à l'extérieur; on fait dans son foyer des injections de liqueur de Villate et plusieurs séquestres sont éliminés. La guérison était presque obtenue au bout de plusieurs mois, lorsque le malade accuse des douleurs lancinantes dans le bras droit, puis à quelques semaines de distance dans le grand trochanter, en même temps que se développent des phénomènes généraux typhoïdiques. M. Bertin voit dans cette observation un bel exemple d'ostéomyélite aïguè, bien propre à faire juger de la nature infectieuse de cette affection. G est aussi 1 opinion à laquelle se range le rapporteur.

La deuxième observation de M. Bertin est relative à un enfant de huit ans, qui fait une chute sur l'épaule et présente une luxation et une fracture du col de l'humérus. La réduction et la contention furent aisément obtenues ; dans le coui*s de la guérison survint un abcès, qui fut ouvert et se cicatrisa sans accident ; en quelques semaines le malade, complètement rétabli, avait recouvré tous les mouvements du bras. Ce fait vient heureusement s'ajouter à ceux que l'on possède déjà, et qui montrent avec quelle facilité guérissent, chez les enfants, ces luxations compliquées de fracture.

M. Marc Sée lait des réserves sur le diagnostic porté de luxation compliquée de fracture. On sajt,^ en effet, jque chez les enfants les luxations ^ont rares 4*une~t'acon générale; d'autre part, la fracture véflWëHlS^cdHlaniéral^ralt bien

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improbable, étanl donné le voisinage de la ligne épipbysaire, i qui vraisemblablement doit supporter seule tout le choc.

M. Marc Sée serait disposé à croire que le petit malade de I

M. Bertin a eu tout simplement une désépip&ysalîon. I

M. Richeîot répond qu'il est difficile de se prononcer sur ' une lésion dont on n'a pas été appelé à voir les symptômes; toutefois les signes fournis par M. Berlin sont si nets et précis^ qu'il ne semble pas possible de révoquer en doute le diagnostic porté par ce chirurgien-

' -r H. Chauvel lit un rapport sur un travail de H. Bablon (de Ghambéry), intitulé : Contribution à Vétude des luxations des métacarpiens en arrière. Ce travail repose sur trois observations personnelles de blessés par armes à feu, ayant reçu dans la paume de la main la charge de leur arme. Dans les trois cas la [)taie traversait la main de part en part, les parties molles étaient plus ou moins mâchées; il nj eut pas d'hémorrhs^ies graves, les métacarpiens moyens, projetés en arrière, étaient luxés sur les os du carpe; la guénson, après une suppuration longue et rélimination des escharres, survint sans encombre, mais le déplacement des métacarpiens persista. L'auteur, dans son travail, fait remarquer que ce déplacement des métacarpiens n'entraîne aucune gêne fonctionnelle, et ce qu'il y a à craindre, ce sont les complications inhérenlesàde pareils désordres des parties molles, à savoir : les synovites, les réti'aclions cicatricielles, etc. Ce sont là des accidents auxquels il est difficile de remédier, et qui com-

«iromettent presque à jamais les fonctions de la mun. I. Chauvel s'associe à ces remarques de M. Bablon, et il regrette que cet auteur, par des recherches dans les traités spéciaux des eaux minérales, par exemple celui de H. E. Rochard, n'ait pas montré ce qu on était en droit d'attendre du traitement hydrominéral aidé d'une gymnastique bien entendue.

— M. Després rapporte l'observation suivante : Un jeune homme est opérê, dans son service, par M. Schwartz, d'une hernie inguinale étranglée. L'intestin, en imminence de gangrène, est laissé à l'extérieur et suturé au pourtour de l'anneau. Les phénomènes d'étranglement continuent; le lendemain la malade présente un tympanisme considérable; il vomit et n'a rendu aucune selle. H. Després fait appliquer sur l'abdomen un vésicatoire monstre à la Velpeau. Aucune rémission du tym[)anisme et des autres symptômes pendant trois jours; le troisième jour, l'intestin gangrené se rompt, une grande quantité de matière s'échappe, et tous les phénomènes locaux et généraux cessent.- L'anus contre nature ainsi formé présenta dès ce premier jour un éperon, circonstance facile à expliquer si Ton réfléchit à la façon dont était disposée l'anse herniée. En effet, cette anse était double, saillant  travers l'orifice inguinal; sa partie culminante seule le mortifia, de façon qu'aussitôt l'élimination de l'escharre >n vît s*ouvrir, chacun par un oriAce, les deux bouts de l'ineslin accolés l'un & l'antre par leur partie continué, qui fornait éperon. On comprend que, dans ces conditions, la cure ;pontanée de l'anus n'était pas possible : aussi quatre mois près les choses étaient encore en l'état. A ce moment {. Després songea à attaquer cet éperon, dont la destruction tait évidemment la base de tout traitement. Pour ce faire, 1 pinça une pince de Kœberlé à mors larges sur l'éperon à étruire et l'y laissa durant quatre jours; dans la suite, peu

peu, avec prudence, il détruisit ce qu'il en restait par des sutérisations au fer rouge et à l'amadou caustique; après uelque temps l'éperon avait complètement disparu, le paslee des matières intestinales du bout supérieur dans le bout ,f^.[*îeur était rétabli, mais il restait une fistule s'ouvrant À extérieur. Pendant plusieurs mois on essaya d'en obtenir

fermeture par l'appUcation d'un bandage, mais on n*obtint en ps^r ce moyen. A. Després fit alors la suture de Torifice ir le procédé américain, c'est-à-dire qu'il en aviva les bords ir une large étendue et les affronta au moyen de fils métal-

liques. Le malade n'a pas été revu depuis cette opération, il est infiniment probable qu'il demeure ^éri.

M. Després rappelle les traits principaux de son observation, qui peuvent se résumer dans tes trois faits suivants : péritonite adhésive ayant réuni les deux anses intestinales et constitué d'emblée i éperon; gangrène de la partie culminante de l'anse herniée ; suture heureuse de la fistule après destruction de l'éperon.

— M. Kirmisson lit un travail sur la périnéorrhaphie par le procédé d'Emmet à propos de deux observations personnelles dans lesquelles I opération a été suivie de succès.

— H. Henriot donne lecture d'un travail intitulé : Etudes expérimentales sur la position des corps étrangers de la

vessie chez I homme.

— M. Uelorme lit un très volumineux et très intéressant mémoire sur le traitement de l'hydarthrose par la compression localisée avec l'ouate.

Alfred PoussON.

SÉANCE on 7 FÉVRIER 1885. — PRÉSIDENCE DE M. P. SERT.

Désozyaénation da sang dus l'animal 'Vl-rant : H. Qnlnqaaad. — Nutrition dM oaUtUes ; SK. X>ablattx. — Bobatanoe polUnlqna K, Dagaony. — Deatraotion de rbèmogloblna par l'aoide oarbonlque : HOL Broaardal et Loya. — DanaitA d«s denta : M. OaUppa. — Tnmblaa da nutrition daa oi dn baaaln oonatentila A l'amimtatlon da la oolaaa : K. F«r6. — CalorlmMila : K. Ch. Bidliat.

H. Quinquaud. Cl. Bernard croyait que l'acide pyrogallique ne pouvait pas enlever l'oxygène aux globules du sang. Personne admet l'opinion inverse, mais sans apporter des preuves directes. Nos expériences démontrent que, dans l'intoxication par l'acide pyrogallique en ingestion dans l'estomac (1 gramme par kilogramme d'animal), l'oxygène du sang diminue graduellement. Voici des expériences dans lesquelles 100 centimètres cubes de sang artériel contenaient 18 à âl centimètres cubes d'oxygène avant l'intoxication, tandis qu'ils n'en renferment plus que 6, 5, 2 centimètres cubes, et même 0'%65 pour 100 après l'intoxication. Notons toutefois que dans aucun ca<, au moment de la mort, la désozygénation du sang n'a été complète.

Le mécanisme de cette désoxygénation est facile à saisir : le sang prend une couleur sépia sous une couche mince, et une couleur noire sous une couche épaisse; sa consistance est celle d'une gelée noirâtre demi-fluente. La spectroscopie montre une troisième bande d'absorption dans le rouge, coexistant avec les deux bandes ordinaires de l'hémoglobine, qui s'est transformée en méthémoglobine. Cette transformation se fait à l'abri du contact de l'air. La capacité respiratoire du sang diminue. L'analyse directe des oxydations démontre

3ue, dans l'intoxication par l'acide pyropllique, la quantité 'oxygène disparaissant au niveau oes tissus est environ le quart de ce qu'elle est à l'état normal sur le même animal. Le dosage de CO* exhalé fait voir également une diminution considérable de l'exhalation pulmonaire de CO*. De plus, la température peut descendre de 39<*,ô à 35 degrés. Enfin l'excitabilité neuro-musculaire et la force du muscle n'ont pas diminué au moment de la mort, mais leur diminution après la mort est plus rapide qu'à l'état physiologique.

— M. Duclaux, frappé des difficultés que présente l'étude des transformations alimentaires dans l'appareil digestif, a cherché à simplifier la question en plaçant ces aliments en présence de cellules vivantes ayant la propriété de potyphagie, celles de VAspergillus niger. Dans le liquide de Raulin, qui permet de nourrir et de conserver les cellude| ensemencées à l'état de pureté, tout est minéral, à t^cef^ion/^p sucre candi ; la plante s'y développe avec une grailaeiftci^f ^

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M. Duclaux a cherché si elle pousserait aussi bien avec un autre sucre, et d'une façon plus générale, avec un autre alt- , ment hydrocarboné.

L'expérience montre qu'arec le sucre de lait, la mannite, la germination des spores reste rudimentaire. Mais sî l'on a, au préalable, obtenu le développement de la plante avec la solution contenant du sucre candi, et qu'on vienne à remplacer cet aliment par de la lactose, on voit VAspergillus adulte utiliser celte lactose ou cette mannite auparavant sans emploi; si ces produits ne sont pas des aliments de construction des tissus jeunes, ils sont du moins des aliments d'entretien de la plante adulte.

En présence des matières amylacées, de Tempois d'amidoa, par exemple, VAspergillus se comporte de la façon suivante : il commence par se nourrir à l'aide de la petite quantité de sucre que contient l'empois, puis arrive peu à peu à sécréter la diastase nécessaire à la liquéfaction de l'amidon ; il vit ensuite dans son milieu amylacé à peu près comme dans du sucre.

Les cellules de VAspergillus manifestent leur préférence pour certains aliments qu'elles consomment tout d'abord dans un li(juide qui en contient plusieurs. D'autre part, la valeur nutritive des différents composés hydrocarbonés n'est évidemment pas éc^uivalente ; enfin il y a des questions de doses dont il faut tenir compte : l'acide acétiq^ue, par exemple, est respecté à la dose de 1,5 pour 100, mais il est brûle et utilisé aux doses iuférieures.

— M. Degagny résume ses recherches sur la substance pollinique et sur ses qualités différentes, suivant qu'elle a ou non subi l'action des corps protoplasmiques synergidaires.

— MM. Brouardel et Loye concluent de leurs expériences sur l'action que l'acide carbonique exerce sur l'hémoglobine, que cet acide, comme les autres, détruit l'hémoglobine du sang. S> Mtte destruction n'est pas habituellement apparente, cela tient à ce que, sous la pression normale, la puissance acide de GO* est insuffisante.

— M. Galippe continue l'exposé de ses recherches sur la densité des dents.

— H> Féréf comparant les Uroubles de nutrition qui se produisent dans les os du bassin k la suite d'amputations anciennes du membre inférieur et dans les cas d'affecLions coxo-fém orales, montre que ces altérations sont très différentes. Une amputation de cuisse datant de la première enfance peut déterminer des troubles tropbiques du bassin du côté correspondant, en partie par suite du défaut de fonctionnement des muscles qui s'y insèrent, en partie peut-êlre par suite de Taltération des éléments de la moelle qui président à la nutrition de la parlie inférieure du corps. Hais ces troubles n'amènent qu'une diminuliond'épaisseurde l'os iliaque et de la moitié correspondante du sacrum, et ne modifient pas s^iblement les dimensions du bassin : ce- qui existe, au contraire, dans les cas d'afTeclion ancienne de la hanche, en conséquence des troubles apportés à l'ossification au niveau de la soudure cotyloldienne (bassin oblique ovalaire).

— M. Ch. Richet répond aux critiques qui lui ont été adressées par H. d'Arsonval au sujet de son procédé calorimétrique. (Voy. Compte rendu officiel.)

flMiMé «• théHipeirtU|M.

SÉANCE DU 11 FÉVRIER 1885. — PRÉSIDENCE DE II. DVHOlIXE.

De ruatipyrlne : M. Bnolianl (DlMmadm : MK. C. Paul, Dalsrdln- BMumetB, Oongnsubelm). — NèOMMdra A Injaotlona lisrpodarmlquoa : MM. BrAmond, Z^ousln. — Influença du ma—g» gèbAral : H. Berne. — Traitement des adfenltee sorotulausaa : K. Ooffeitot. — Sur la oooalne : H. Dajardln-Beanmeta.

M. Huchardy en réponse aux obiections qui ont clé adressées à l'emploi de l'antipyrine, désire préciser les indirations du médicament. 11 est évident que, comme tous Ips antithermiques, il ne supprime pas la maladie en supprimant la fièvre, qui n'en est qu'un élément; mais il est utile de l'employer lorsqu'il existe V hyper thermie et la continuité de la fièvre. L'hyperthermie n'est pas une formule abstraite, on ne peut la mesurer par un chiCTre invariable, car elle diffère suivant la maladie qu'il faut combattre. Il est inutile et même dangereux de vouloir ramener, quand même, la température à la normale ; il faut lutter seulement contre l'hyperthermie, aussi doit-on proscrire absolument les doses fortes. La continuité de la fièvre, qui constitue par ellemême un danger, doit fournir surtout des indications précises dans la fièvre typhoïde et la phthisie. Quant à la question de doses, elle semble aujourd hui résolue : les doses de. 50 centigrammes à 1 gramme suffisent pour obtenir un abaissement très notable de la température dans la tuberculose pulmonaire, sans déterminer de sueurs fatigantes ; elles doivent donc être préférées puisqu'elles permettent de modérer l'élément fébrile, ce qui est le but de l'intervention thérapeutique rationnelle. M. Huchard, guidé par la connaissance du pouvoir hémostatique de l'antipynne, a expcrimcnlé son action dans les névroses vaso-motrices et principalement dans la maladie de Basedow. Avec des doses quotidiennes de 75 centigrammes à 1 gramme, il a vu disparaître les principaux accidents de la maladie. De nouvelles recherches sont nécessaires sur ce sujet. En résume : « 1° Dans toutes les maladies fébriles la fièvre n'est pas une indication pour l'emploi des antithermiques en général et de l'antipyrine en particulier. C'est l'exagération de cette fièvre, c'est la complication d'byperthermie, variable suivant les maladies, qui seule doit constituer une indication. En thérapeutique, il ne doit pas y avoir d'antithermiques, il n'y a que des anti-hyperthermigues. 2° Dans les grandes pyrexies, comme la fièvre typhoïde, la tuberculose pulmonaire, la continuité de -la fièvre constitue une seconde indication. S" Il faut donner des doses faibles pour éviter les sueurs. 4** Il y est dangereux de chercher à ramener nuand môme la température à son type normal. 5* En vertu ae ses propriétés vaso-constrictives probables, l'antipyrine parait devoir rendre quelques services dans les névroses vaso-motrices. >

H. Dujardin-Beaumetz fait observer qu'il diffère d'opinion, sur un point, avec M. Huchard, au sujet de l'antipyrine. Il reconnaît que c'est l'anlithermique le plus puissant et le moins dangereux ; mais, cependant, Il offre quelques dangers. 11 produit presque toujours une dépression des forces très accentuée, et un gnind nombre de malades ont refusé d'en continuer l'usage. M. Dujardin-Beaumetz a reconnu à l'antipyrine une action marquée sur la polyurle, qui diminue, après son ingestion, dans des proportions consiué- < rables ; mais il pense que c'est là simplement une conséquence de l'abondante transpiration que produit le médica- ' ment.

M. C. Paul est d'avis que l'antipyrine est surtout précieuse ' pour combattre les fièvres éphémères, parfois si violentes, au début de certaines affections aifïuôs. C'est ainsi que, chez une de ses malades, il a supprimé l'hyperthermie fébrile accompagnant l'apparition d'une angine herpé^ue, et, on i

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même temps, la sensation prononcée de malaise qui en était la conséquence. L*angine a ensuite évolué normalement.

M. Huchard rappelle à M. Dujardin-Beauihetz les heureux effets obtenus par lui-même chez le premier malade auquel il a administre ranlipYrine. Pour sa part, il n'a pas, jusqu'ici, constaté rafTaiblissement si marijué que signalent les autres expérimentateurs à la suite de Tiogestion du médicament; d'ailleurs il resterait encore à démontrer si cet épuisement résulte directement de l'action de Tantipyrine sur l'économie, ou seulement de l'abondance de la transpiration dans un certain nombre de cas.

M. Dujardin-Beaunutz ne pense pas que l'action hyposthénisante de l'antipyrine soit simplement le résultat des sueurs profuses qu'elle détermine ; il est d'avis qu'un médicament qui modifie aussi puissamment les phénomènes thermiques, doit posséder une influence considérable sur le fonctionnement intime des centres nerveux et sur les acies vitaux les plus essentiels. C'est dans ce fait qu'il faut chercher l'interprétation de la fatigue qui suit son emploi.

M. /f»cAar(f insiste sur l'indication précise de l'administration de l'antipyrine : ce n'est pas contre la fièvre qu'il faut la prescrire, mais contre l'élévation excftssive de la température. Il ne saurait trop répéter que, en fliérapeutique, il ne devrait pas exister d'antîlhermiques, mais seulement des atiti-hyperthemiques .

M. Gouguenheim déclare qu'il a, dès maintenant, la conviction que c l'antipyrine est un médicament surfait ». Il rejj'relte de ne pouvoir confirmer les heureux résultats annoncés par ses collègues ; au moyen de doses de 2 grammes d'antipyrine, il a réussi à abaisser la température chez ses malades; mais il se demande encore s'ils en ont retiré un bénéfîce quelconque.

M. Huchard fait observer que la dose de 2 grammes est trop élevée et qn*en semblable circonstance les inconvénients du traitement font disparaître les avantages.

— M. Brémond présente un nécessaire pour les injections hypodermiques, imaginé par fiurroughs et \VeItcome (de Londres). La botte renferme, sans parler de la seringue de Pravaz, douze tubes contenant de petites pastilles au moyen ilesquellcs on peut obtenir extemporanément, par dissolu* lion, le liquide nécessaire pour 144 injections hypodermiques de difrérentes substances. La base de ces pastilles est le sulfate de soude.

M. Limousin rappelle qu'il a lui-même préparé des tablettes analogues, mais qu'elles avaient l'inconvénient de se dissoudre assez difficilement. Si le sulfate de soude n'a pas d'inconvénient par son union aux divers alcaloïdes, il parait Icvoir être préférable pour obtenir une solution rapide.

M. C. Paul a longtemps emplové de petits carrés de gélatine auxquels se trouve incorpore le médicament destiné 1 l'injection. Ce dispositif a l'avantage de permettre le fracionnement facile des doses en coupant les carrés de gélaine en deux ou en quatre.

M. Limousin présente de petits tubes de verre scellés à a lampe et renfermant le liquide nécessaire pour une iiijecion hypodermique. Il suflit de couper la queue effilée du uhe au moyen d'une lime d'horloger renfermée dans la rousse. Les solutions se conservent ainsi iiidéfînimenL

H. Duhotnme fait remarquer que ce procédé offre le raïul avantage de fournir toujours une injection hypoderlique toute prête lorsqu'on est appelé la nuit pour un cas rgent.

— M. Berne lit une note sur les effets du massage généil. Chez un albuminurique, soumis h un régime constant, le }gime lacté, le massage général, pratiqué pendant vingtiiq minutes, a porté le taux de 1 urée de 2&"',10 à une

moyenne de 3^',39. L'acide phospborique est resté au chiffre de 3«',30; la densité des urines s*est élevée de 1010 à 1020, et leur réaction, parfois alcaline avant le nmasage, s'est montrée, par la suite, constamment acide. La température axillaire et le pouls n'ont éprouvé que d'insignifiantes modifications. Le massage prolongé pendant vingt-cinq minutes possède encore une action sédative manifeste, et procure un sommeil meilleur.

— M. Gugenot donne lecture d'un Jravail sur le traitement de l'adénite scrofuleuse. Il préconise l'emploi, itUus et extra, des eaux mères de Salins.

— M. Dujardin-Beaumetz a essayé de pratiquer la dilatation anale pendant Tanesthésie locale résultant de l'emploi de la cocaïne. Il a tout d'abord échoué, mais il n'avait pratiqué chez la malade qu'une seule injection hypodermique, à droite de l'anus. Il a tenté une seconde fois l'opération, après avoir pratiqué deux injections latérales : l'anesthésie a été complète et la diUitation fut facile et indolore. L'anesthésie produite par la cocaïne s'étend jusqu'aux muscles sous-muqueuz ; c est ce qui explique les accès de dyspnée effrayants qui se sont montrés panois après les applicationde cocaïne sur la glotte. Grftce k la cocaïne, on peut supprimer, au moins momentanément, les accidents de vaginisme, et même les souffrances de l'accouchement; on pratique également l'amygdalotomie sans aucune douleur. Peut-être serait-il possible de l'utiliser pour l'opération du phimosis.

M. E. Labbé demande si l'art dentaire a tiré parti de la cocaïne dans l'extraction des dents.

M. Bucquoy sait, par un de ses malades, que les badigeonnages de cocaïne ne suppriment nullement la douleur en semblable circonstance.

— La séance est levée à cinq heures trois quarts.

^ndré Petit.

BIBU06BAPHIE

TMlMd* pMholocle exiene, par MM. PoULET et BOUSQUET,

médecins-majors, professeurs agrégés au Yal-de-Gràcc. — Paris, Octave Dom.

Les chirurgiens ne pourront plus regretter la pénurie de livres classiques : le Traité magistral de FoUin et Duplay se termine, et sous peu nous aurons la fin du septième et dernier volume de cette grande œuvre, dont le succès s'est toujours soutenu; H. Terrier nous donne le premier fascicule de ses Eléments de pathologie chirurgicale générale, préface naturelle, nous semble-t-il, d'un traité complet de pathologie externe; enfin deux laborieux agrégés du Val-de- Gràce viennent d'entreprendre la publication d'un ouvrage dont les deux tiers sont déjà en vente, et dont le troisième et dernier volume paraîtra, nous assure-t-on, avant le 15 juin de la présente année.

Celte œuvre a nécessité des jeunes auteurs de fort grandes recherches, et la somme de leur labeur quotidien pour mener à bien ce travail doit être considérable. Nous voulons, sans plus tarder, les féliciter d'un tel effort, que seuls pouvaient accomplir, en un aussi court laps de temps, des chirurgiens militaires qui n*ont pas h faire face aux exigences sans nombre de la pratique civile.

Deux gros volumes de mille pages chacun ne s'analysent pas en quelques lignes. Aussi nous contenterons-nous de signaler aux lecteurs l'importance exceptionnelle et la valeur de cet ouvrage. Les auteurs ont eu l'excellente idée d'inscrire au seuil du tome premier la liste des principaux chirurgiens, depuis Hippocrate jusqu'à nos jours; mais pourquoi faire ^ naître Amoroise Paré en 1517, lorsque tous les auteurs oon-

MÉDECINE ET DE CHIRURGIE iO Février 1885

temporains acceptent la date de 1510? Pourquoi faire mourir Broca en 1881 au lien de 1880? Pourquoi passer sous silence l'époque de la naissance et de la mort <le Breschet, de Gîraldës, de Leroy d'Etiolles, de Pélrequin, de Récamier, de tant d'aulres encore? Pourquoi ranger MaisonneuTe au nombre des morts, lorsque, Dieu merci, il est vivant encore?

Ce sont là de minces détails que le lecteur redresse de lui-même, et ces critiques s'adressent au correcteur, au prote, et non à nos consciencieux amis. Aussi laissons-nous de c6té les petits points que nous pourrions relever çà et là, pour dire combien certains chapitres nous ont intéressé; ils ne sont pas seulement un résumé exact de l'état actuel de la science, mais ils sont encore l'exposé des recherches originales de MM. Poulet et Bousquet : les plaies et leurs pansements, les corps étrangers, les ulcérations des artères^ les affections chiniii^cales des nerfs, les arthrophyles, les maladies des os» les ostéites diathésîc[ues, carie, névrose, tuberculose et syphilis osseuses sont étudiés avec un soin et une compétence qu'on ne saurait trouver ailleurs à un aussi haut degré.

Paul Reclds.

VARIÉTÉS

Rôle du médecin dans les assurances sur la tie.— Réponse

A M. LB DOCTEUR GiBERT (DU HaVRE) (1).

La Lettre médicale du 19 décembre dernier, qui a motivé la réclamation de notre distingué confrère, M. Gioert, n'était nullement, comme il a semblé le croire, une correspondance adressée à la Gazette par un collaborateur désireux de garder l'anonyme. Elle n était pas signée parce que les Lettres médicales ne le sont pas, parce que, engageant plus ou moins ta responsabilité du Président du comité de Rédaction lorsqu'elles traitent de questions confraternelles, elles sont toujours lues et souvent amendées par lui. Pour mieux accuser ce caractère, la réponse qui va être faite à notre confrère du Havre sera, pour cette fois, signée. On verra d'ailleurs que cette réponse est conforme aux idées qu'a défendues la Gazette dans cette question des syndicats et des Compagnies d'assurances.

M. Gibcrt nous permeltra-t-il d'abord de lui dire qu'il exagère, au début de sa lettre, le sens des critiques que nous avions présentées ? Ce n'est pas < attaquer l'œuvre des syndicats» aue de ne pas approuver certains actes du syndicat particulier du Havre, ou même des actes particuliers de l'ensemble des syndicats. Mous avons à plusieurs reprises fait ressortir c avec une certaine bienveillance » les avantages généraux de l'institution; nous en avons récemment critiqué certains résultats c sous des formes toujours bienveillantes »; c'est, ce nous semble, la conduite la plus correcte que nous pussions tenir, sans qu'elle impliquât aucun changement dans nos opinions ni dans nos sentiments à l'égard de l'œuvre. Mais, dit-on, nous avons commis des erreurs! Eh bien, examinons.

La critique de M. Gibert ne commence réellement qu'à l'endroit de sa lettre où il est question des assurances sur la vie; et elle porte sur deux points : l' la légitimité des certificats exigés par les Compagnies; '2," le taux des honoraires pour certificats médicaux. Nous examinerons successivement ces deux points.

I. On sait que, dans la branche vie des assurances, il y a toujours deux sortes de certificats : le cerlilicat médical établissant l'état de santé du proposant, qui est établi confi-

(IV Voy. le n* 7, an FeuUteton. Dinn e«t article de H. GUiert, p. 101, <• eol.. in lim de : Mtin é^Matoire prafeuiamMle, lïtex : evart elu^tre ^hUMre fnfeuieimtil*.

denliellentent par le médecin déh'gué de la Compagnie, et le certificat po9M»or(em constatant le genre de mort; délivré par le médecin qui a soigné l'assuré dans sa dernière maladie.

Un troisième certificat était autrefois demandé par toutes les Compagnies, et l'est encore par quelques-unes, au médecin du proposant. On comprend que celui-ci le refuse, non parce qu il manquerait à son devoir en le délivrant, son client lui-même l'ayant dégagé du secret, mais bien parce que la vérité qu'il lui faudrait consigner pourrait constituer, dans un certain nombre de cas, une fôcheuse révélation ponr le proposant, et que des abstentions exceptionnelles équivaudraient, pour ceux qui en seraient le sujet, à une déclaration de maladie grave. Au contraire, le certificat peut toujours être délivré par un médecin délégué de la Compa|;nie, parce que celui-ci n'est, à l'égard du proposant, dépositaire d'aucun secret antérieur; parce qu'il reçoit de Vassuré lui' même mission de procéder à son examen et d'en consigner les résultats; parce aue la mention écrite de ces résultats peut être faite dans aes conditions matérielles telles qu'elle ne soit pas vue du proposante! qu'elle peut.méme n'être laite qu'après qu'il s'est retiré, de manière à lui éviter tout sujet d'inquiétude sur sa santé; bien plus, parce que les déclarations relatives aux antécédents sanitaires doivent être écrites de sa main ou dictées par lui, et que dés lors, s'il y n matière à secret, c'est ce dernier qui le révèle (1). Nous répétons que ce certificat est confiàentiel , et qu'il ne peut pas môme « être communiqué aux tribunaux en cas de contestation judiciaire ) (texte d'un modèle de certificat que nous avons sous les yeux).

Voilà la règle; elle est excellente en principe et nous l'avions bien posée... en principe aussi! le certificat ne sera pas délivré par le médecin du proposant; mais cette règle est-elle toujours applicable? M. Gïbert lui-même ne peut le croire. Noire contradicteur reconnaît la légitimité des assurances sur la vie, puisqu'il veut accroître les honoraires de leurs médecins délégués. Eh bien, demander que le certificat émane invariablement d'un médecin étranger à la famille, c'est demander la suppression immédiate des assurances. Quand, dans une localité, il n'y a qu'un praticien, comment le dédoubler? Dans des localités plus grandes, pourvues de

3uatre, cinq, dix praticiens, le délégué sera toujours le méecin de quelques-uns de ceux qui demandent à s'assurer. Cette rencontre même a lieu de temps à autre dans les plus grandes villes. Après tout, c'est une situation tout à fait comparable à ce qui se présente souvent en cas de demande de pension de retraite avant les soixante ans d'âge et les trente ans de service. Le médecin délégué de l'administration doit spécifier très expressément sur son certificat la nature de la maladie qui rend impropre à la continuation des fonctions, puisqu'il lui faut établir que cette maladie a été contractée dans l'exercice de ces fonctions. Or, le médecin délégué, par cela seul qu'il appartient à telle ou telle administration, est souvent le médecin du fonctionnaire ou de l'employé. Quelquesuns feront remarquer que le cadre des maladies contractées dans le service n'est pas grand; ce seront les naïfs. Pour des médecins compatissants, les services administratifs sont capables de faire naître ou d'aggraver à peu près toutes les maladies : depuis les cors aux pieds, auxquels sont sujets les facteurs de la poste, jusqu'à la phlhisie, qu'amènent les courants d'air; aux scrofules, dont I humidité hâte les effets; à la goutte, qui résulte du défaut d'exercice; à l'infiammation de vessie, que produit la position assise; à l'aliénation mentale, dont 1 excès de travail est une cause fréquente. Il est mônne de» fonctions administratives qui exposent à la syphilis, dont il

(1) Dtna les Com|M{iiiM qui dcmindenl des certtSeato de* nMocim dn pro|>o nnl, celui-ci romplil une formule imprimée dans huuu^lle il prie wn médcrin d*adr«iser directement ton ovii au repréienUnt Gunuanief^ln^ n'Hr^ retenu par ancnn scrupule dana l'expression PXMitlsyi\anlnMW]|]^«iA|)ensi'<' ». tFormule d'une des grandes Compagnies.) O

âO Févrieh 1885 GAZETTE HEBDOMAOAIRB DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE — N« 8 - 139

est au moins aussi difficile ici d'éviter la mention que sur les certificats d'assurance.

La question du certificat post-mortem est plus délicate. H. Gibert fait remarquer que cette pièce est demandée dans l'intérêt des Compagnies. Rien n'est plus vrai, mais rien n'est plus juste. Le cafcm des primes annuelles que la Compagnie réclame pour s'engager à verser un jour une certaine somme i telle ou telle personne désignée par l'assuré a pour base la vie probt^le de cet assuré, laquelle s'établit par la constatation de l'ftge et de l'état de santé. La Compagnie, qui ne triche pas sur ses billets de banque, ne veut pas et ne doit pas être trompée sur ses moyens d'information. On n'oserait déclarer cette prétendon excessive; mais on croit généralement répondre à tout en disant: que c'est aux Compagnies à ne pas se laisser égarer par leurs médecins délégués; que l'assuré se livre à eux de capite ad calcem ; qu'il n'est pas responsable des fausses appréciations dont sa santé a été l'objet, et que, somme toute, le contrat a été également loyal des deux côtés. On pu-alt oublier que les feuilles où sont inscrites les constatations se composent de deux parties distinctes : premièrement, des dieiarations faîtes, nous le rappelions à l'instant, par te proposant lui-même; secondement, un certificat où sont consignés les résultais de l'examen médical, et qui se termine par une formule d'acceptation ou de refus, la conclusion de fait étant toujours réservée au Conseil d'administration. Or c'est la première partie, ce sont les déclarations de l'assuré, constituant une base du contrat devant le tribunal du commerce (1), ce sont ces déclaralions, et non le certificat médical que le certificat de décès a pour but de contrôler. Les Compagnies couvrent d'autant plus volontiers la responsabilité de leurs médecins que les acceptations émanent réellement, comme nous venons de le dire, des conseils administratifs. Mais qui ne comprend ce qu'il y aurait d'exorbitant k leur refuser toute garantie contre les fausses déclarations et les réticences calculées de personnes à l'égard desquelles elles vont prendre des engagements pécuniaires souvent considérables? Ësl'Ce que, clans les affaires d'argent, faites bima il se trouve un homme un peu avisé qui ne prenne ses précautions, et voit-on que personne l'en blâme? Ëh bien, le certificat de décès a ce but. Le proposant a déclaré qu'il se porte bien, qu'il n'a pas eu ou n'a pas telle maladie spécifiée dans le questionnaire, qu'il ne tousse pas habituellement, qu'il n'a jamais craché le sang, qu'il digère très bien, qu'il n'est pas astreint par l'état de sa santé à des précautions habituelles ; il meurt peu de temps après, et le certificat post-mortem déclare qu'il a suceoinbé â un catarrhe chronique, à une cirrhose du foie, à un cancer d'estomac; on prend des informations, et Ton s'assure qu'il était soumis depuis des mois, depuis des années à un traitement suivi. M. Gibert semble voir là un abus criant, «c Si, dit-il, un décàs rapide montre qu'agent (d'assurances)

et médecin se sont trompés, la Compagnie essaye de

s'appuyer sur le certificat pour dire qu elle a été trompée. > Elle essaye^ admetlone-le ; mais, cet essai, il ne peut lui prolilcr que s'il lui réunit devant la justice, en d'autres termes si la Compagnie a été réellement trompée, et les dispositions actuelles des tribunaux à l'égard des Compagnies sont telles, tout le monde le sait, que celles-ci n'ont jamais gain de cause rjue devant l'évidence éclatante du bon droit; et alors elles jnt bien raison de se défendre contre une fraude onéreuse. Mais voici ce qu'il faut qu'on sache : le mauvais eiïeX produit sur le public par les procès de ce genre en rend les i^mpagnies extrêmement avares; elles viennent encore de layer, entre cinq ou six d'entre elles, à une seule personne, rontre l'avis de plusieurs de leurs conseils méaicaujej la

(I ) Tuulo rétieaBce, Iwle hnise dtScbralion de la part de l'awurd ipii diminuo- ■ iviit l'opinion du riaqua on en ekangnnicnt la anjvi, annulant l'uiurance.

l.'jissiirniKïc est nulle in<>iiii> dam le ca* où U n-tieenco, U f«u«it> doclaratica 'auntiiritl |ius MilW sur le dumnuBi' ou la perte di> l'objet atMiri {Code âtt CCR- ^rce. an. 3iM).

somme de 1500000 francs dans un cas des plus sus^cls, où la mort n'était postérieure que de quelques mois au contrat d'assurances. A cette vague perspective d'exemples que notre confrère se dit en mesure de produire, nous opposons catégoriquement celte a^rmation générale que, pour l'ensemble des Compagnies d'assurances sur la vie (nous ne pouvons parler que de celles qui ont leur siège à Paris), le chiffre moyen des procès en nullité de contrats, par rapport au chiffre des sinistres, est à peine de 1 sur 500; certaines grandes Compagnies s'en abstiennent presque complètement, tout en réservant leur droit pour des occasions imprévues.

On va dire alors : (juc les Compagnies ne suppriment-elles un certificat qui leur profite si peu? C'est presque comme si l'on disait : que les assurés ne se décident-ils à une sincérité parfaite, qui préviendrait toute difficulté? Car, que les Compagnies usent ou n'usent pas de la garantie qu'elles se sont réservées, c'est une question qui ne regarde qu'elles. La garantie est-elle légitime? Voilà tout. jNous venons de montrer qu'elle l'est; cela suffit au débat. Mais on comprend aisément que les Compagnies les plus larges en affaires veuillent être en état de se prémunir au moins contre les fraudes les plus audacieuses; la possibilité qu'une fraude soit découverte éloigne la pensée de la commettre ; et tous ceux qui ont la pratique des assurances sur la vie savent bien, contrairementàce qui parait être ta pensée de M. Gibert, que ce sont les Compagnies, dans toutes leurs branches, et non les assurés, qui ont à compter perpétuellement avec les embûches et ledol. Encore une luis, qu'on condamne le principe même des assurances, si l'on veut; mais, dès qu'on l'accepte, l'honnêteté veut qu'on tienne la balance égale entre les deux parties. Les Compagnies auraient d'ailleurs encore, eu renonçant à toute contestation judiciaire, intérêt à obtenir le certificat postmortem. La connaissance du genre de mort est, en effet,

fiour les conseils médicaux des Compagnies, une source dè umière; en le reprochant des antécédents déclarés, des symptômes et des lésions constatés dans le certificat confidentiel, ils apprennent à mieux établir ces pronostics & longue échéance qui sont hi mesure des risques, et aussi à se mieux rendre compte des ambiguïtés ou des réticences par lesquelles on a coutume de masquer les maladies existantes.

Ce certificat post-mortem, tout légitime qu'il est, est-il, comme le dit notre contradicteur, immoral el illégal? C'est, sous deux expression différentes, la même accusation. Il serait illégal, parce qu'il contreviendrait à l'article 378 du code pénal, concernant le secret professionnel, et immoral, parce que la loi de conscience lui interdit également des révélations compromettantes. Disons-le franchement, nous n'avons jamais cru, pour notre part, manquer à la morale ou à la loi quand, pour faire délivrer à une famille un capital auquel elle avait droit, acheté par les économies d'un père, d'un époux, d'un ami, nous avons véridiquement certifié que l'assuré était mort de pneumonie ou d'apoplexie. Nous n'avons jamais regardé comme dignes du mépris que méritent partout l'illégalité et l'immoralité réunies, c«tte foule de confrères qui , depuis l'origine des assurances, ont délivré des certificats de décès ; et enfin nous hésitons fort à accuser de corruption ces médecins qui par milliers s'assurent pour leur propre compte en léguant à leurs confrères, par w» engagement formel avec les Compagnies, le soin de certifier un jour la cause de leur décès. Nous connaissons les écrits dont M. Gibert veut bien nous recommander la lecture et même ceux qui concluent comme nous ; mais il nous permettra d'écouter aussi notre sentiment personnel, qui, s'il n'est pas exempt de scrupules, ne veut pourtant les admettre que dans la mesure du juste et du raisonnable.

La loi dit simplement que le médecin, dépositaire des se&rets qtCon lux confie, sera puni s'il révélées secrets. C'est la morale professionnelle qui va jusqu'à déclarer secnjp ' tout ce que le médecin connaît dans et par l'exercice de^^n

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ministère. II va sans dire que nous admettons cette inlerprélation. Mais voyons-en 1 application dans l'espèce.

On semble présenter ici le médecin comme le très humble serviteur des Compagnies ; la vérité est qu'il n'y a entre elles el lui aucune sorte de rapports. Il a été convenu dans une police que les Compagnies payeraient la prime sur la présentation d'un certificat-de décès : la Compagnie attend ce certiûcat, et le praticien qui a soigné l'assuré dans sa dernière maladie n a alTaire qu'à l'ayant droit. Les Compagnies refusent même autant qu'elles le peuvent la production du certificat en justice, et ce sont les bénéficiaires qui la demandent.

Quel est la situation respective de cet ayant droit et du

médecin ?

Regardons d'abord les choses dans leur généralité, telles qu'elles se présentent 99 fois sur 100, et ce n'est pas assez dire. Pour ôlre autorisé à certifier le genre de morl, le médecin a premièrement la décharge anticipée de toute obligation de secret à l'égard du client, dont c'est au contraire la volonté dernière que ses engagements envers la Compagnie soient remplis pour qu'ils produisent leurs effets; secondement la justice et l'humanité de l'acte à accomplir au profit d'un ayant droit, le plus souvent d'une famille dont ce sont en réalité les propres deniers qui ont payé la prime d'assuranee. Donc, plus de 99 fois sur 100, cet acte si coupable du médecin consistera simplement à respecter la volonté de son client et à en assurer l'exécution, sans nuire à personne, sans compromettre personne, " sans mettre même en cause le secret professionnel, et cela par cette simple déclaration que te malade est mort de vieillesse, de pneumonie, de péritonite. C'en est assez déjà pour défendre le certificat de décès contre le système radical de proscription qu'on voudrait faire prévaloir. Supprimer beaucoup de bien à cause du peu de mal qui peut s y mêler n'a jamais été une sage règle de conduite.

Ut question a donc un oêté vulnérable? Oui ; seulement il faut voir à quoi il se réduit et ne l'exagérer, ni en soi ni quant au mal qui pourrait en sortir. L'exagération, c^«8tà-dire l'absorption de toute une question dans un seul de ses éléments, c'est l'écueil le plus dangereux peut-être de la morale pratique.

Deux considérations s'imposent ici au médecin : l'une concernant la nature de la maladie à déclarer, l'autre les conséquences possibles de la déclaration quant à l'exécution du contrat.

1" Sur le premier point nous accordons volontiers que le consentement ou la prière des ayants droit, que l'engagement même du défunt envers les Compagnies, n'affranchissent pas le médecin de toute réserve professionnelle. La maladie à aualtfîer est celle d'une personne qui n'est plus ; si elle est ue nature à nuire à sa mémoire, il n'^partient pas à l'homme de l'art d'en coucher le nom sur un papier susceptible de faire foi en justice; et ce qu'il se refuse quelquefois à faire pour les statistiques municipales, il ne le fera pas pour une société privée. On s'imagine généralement que cette abstention é()uivaut à un défaut de payement par les Compagnies. Rien n'est plus inexact. Le nom anatomique des lésions ultimes de la syphilis, par exemple: tumeur du poumon^ myélitet induration au foie, etc., sont toujours, pour toutes les Compagnies, des désignations suffisantes; nous savons même une Compagnie qui s'est contentée de la mention : diagnostic incertain. Celui qui croirait avoir manqué à sa conscience par une telle dissimulotion^ ferait plus d'honneur à sa délicatesse qu'à son jugement. On s'eflarouche du cas de suicide ; c'est un des moins embarrassants pour le médecin : mort subite est la seule mention à laouelle il soit tenu. C'est k la Compagnie à voir si elle lui suml. Sinon, la Compagnie va Ôtre en présence d'une clause résolutoire dont elle reclamera le bénéfice, et le cas lui aura été, dit-on, révélé par le médecin. Attendes : c'est

une question qui va venir; nous n'en sommes qu'aux dénominations. Quant aux maladies qui n'ont absolument rien de honteux et dont le caractère héréditaire est le seul motif de discrétion (phtbisie, scrofule, etc.^, en stricte justice, le médecin serait en droit de tenir au bénéficiaire (qu'il connaît toujours puisque la demande de certificat vient de lui) ce simple langage, qui partout ailleurs passerait pour être celui delabonnefoi: < l'assuré phthisique, scrofnicux, cancéreux, a prévu que le certificat de décès consenti par lui spécifierait la cause de sa mort, quelle qu'elle pût être ; vous devez, en son nom, dire la vérité à la Llompagnie ; pour moi, ou je la lui dirai avec son assentiment, ou je me tairai. > Les bénéficiaires n'hésiteraient pas longtemps. Hais cette mise eu demeure n'est même pas nécessaire. La plupart des familles ne font pas de diflTiculté à l'énoncé vrai de la maladie. Notez, en passant, que les certificats en mentionnent sans scrupules Lien d'autres, telles que les affections oi^aniques du cœur, l'hémorrhagie cérébrale, dont l'hérédité est incontestable, et dont on ne voit pas pourauoi on paraît dire

Su'elles sont moins inavouables que la phthisie ou le cancer, ue si vous vous heurtez à des répugnances trop rives de la famille, une Compagnie se contentera toujours des désignations : bronchite chronique^ carie de* os, tumeur de la mamelle, etc. L'essentiel est que le certificat réponde aux deux conditions principales que lui impose la police d'assurance et qui sont : ta constatation du genre de la maladie et celle de sa durée. Et de ces deux conditions, la plus importante est encore la durée, parce que, rapprochée de la date de l'assurance, c'est-à-dire des déclarations de l'assuré, elle fournit plus que toute autre aux Compagnies le moyen de contrêler ces déclarations (1). Enfin, mettons les choses au pis : en raison de circonstances particuli^es ou par pur scrupule de conscience, vous croyez devoir refuser un certificat que vous ne pouvez faire explicite. Et après? Ce sera un centième, un deux-centième sur le chiffre total des certificats qui auront pu vous être demandés. En vérité comment faire re^ioser sur de telles éventualités une rè«le telle qnc l'interdiction générale et absolue des certifieatsf

Nous venons de parler seulement des parents de l'assuré ; il est évident <iue fa situation serait la même et plus libre encore vis-à-vis d'ayants droit étrangers à la famitle.

Nous n'ajouterons qu'un mot. 11 ne faudrait pas croire que le certificat de décès, relatant te genre de mort, soit tout à fait spécial aux Compagnies d'assurances. Sans vouloir forcer le rapprochement, on peut faire remarquer que l'État est bien obligé d'en demander un pour l'obtention de certaines pensions. Ainsi, pour ouvrir le droit à la pension aux veuves et orphelins des militaires morts, au service, de maladies contagieuses ou endémiques, il faut que le genre de mort soit dâment constaté. Presque toujours la déclaration écrite du médecin trûtant suffit; maisnes complaisances peuvent avoir lieu ; des contradictions peuvent su^ir ; des circonstances {particulières, comme la mort du sujet hors de l'hêpital militaire, peuvent faire naître des doutes. De là une enquête qui a quelquefois pour résultat de faire figurer sur te certificat une phtliisie aiguë au lieu d'une fièvre lyphique, une myélite (peut-être syphilitique) au lieu d'une méningite cérébro-spinale épîdémique, un empoisonnement arsenical au lieu (Tun choléra. Plusieurs fois déjà, sans grande compétence, il est vrai, le Conseil d'Etat a annulé les déclarations médicales et refusé les pensions. Voilà un argument auqud nous n'attachons pas plus d'importance que de raison, mais qui sert à montrer jusqu'où l'on peut aller une fois lancé sur la voie où s'engagent nos adversaires. A

(1) I Si l'Auuré est Aécéié, les summo ducs par In Compat^nto i ton dcvi* BSTool (tgalsount pajte aa siofs wciil 4o ■■ Compagnio, dans Im Irento Jouri de la remise do la Poliee et dos pièces jiulHIeitiv»s,Je>qiielles conurcnnpnt, no— laminent, Taclc de naissance, l'uclc de décès do U |ierw>nne donttl vip était assurée et le t^crtilicat du niédpcin constulAnt le genre et la ditr/f j^IJUnaladic »»■ l'accident qui a causé la niorl. ■ (£«lrai( d'une PMee d'attur^^-)

âO Février 1885 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE

HÉDECiNE ET DE CHIRURGIE

prendre le devoir du secret médical dans la rigueur qu'on voudrait lui donner, nous accuserions volontiers tous nos confrères d';y manauer plus souvent et plus gravement dans le train ordinaire aes rapports sociaux qu'en délivrant des certificats de décès.

2' Toute considération de discrétion professionnelle ou de bienséance écartée, il reste, avons-nous dit, celle des conséquences que peut avoir pour l'intéressé la délivrance d'un certificat de décès par un médecin qui ne connaît pas les termes (les déclarations faites par l'assuré à la Compagnie. Cette ignoraflce du médecin, si elle n'est pas levée par les confidences de l'ayant droit, l'expose à rencfre, sans le vouloir et sans le savoir, celui-ci victime des constatations du certificat (nous avons dit dans quelle mesure). Il peut avoir révélé Texistence d'une affection grave et ancienne chez un assuré s'étant présenté à la Compagnie comme étant bien portant peu de temps avant sa mort. Si l'ayant droit lui a confié la teneur d'un contrat fallacieux et le prie d'y conformer les constatations du certificat de décès, il est placé dans l'alternative ou de refuser le certificat ou de manquer à rhonnêteté. On a fait grand bruit de cette situation; et pourtant est-elle doncâî embarrassante pour la conscience médicale? Si le médecin livré à lui-même nuit à i'inlérêl de l'ayant droit, c'est la faute de l'assuré qui a consenti un certificat posthume, et du bénéficiaire qui a demandé le certificat. Le médecin est tenu à assez de scrupules dans sa vie professionnelle pour ne s'en pas fabriquer à plaisir. Si l'on essaye de l'associer à une fraude par de fausses déclarations, il résistera, et ce sera la répétition de l'alternative lie tout à l'heure; il se taira ou il dira la vérité.

Mais arrive le grand argument, un argument de bonne apparence et qui a séduit des esprit distingués. Certains euphémismes éveillent l'attention des Compagnies, le refus de certificat encore plus; de là des refus de payement et des procès. Pourquoi ne pas prendre sur les certificats de décès le même parti que sur les certificats d'assurances, pour couper court absolument, d'un côté comme de l'autre, à toute indiscrétion comme à toute fâcheuse interprétation? Si l'on veut bien y réfléchir, on reconnalti'a que cette assimilation est tout à fait factice. Le refus systématique du certificat d'assurances par le médecin du proposant est un expédient de circonstance ; il a pour but, nous l'avons dit, iréviter de graves inconvénients, d'être appelé à consigner jiar écrit, sur un certificat, un état de santé qu'on voudrait cacher, et, si on refuse exceptionnellement la déclaration, de faire naître des inquiétudes pires souvent que la connaissttuce de la vérité. En cela le médecin ne nuit à personne, puisque l'office qu'il refuse sera rempli par un autre, et il rend service à ses clients, dont c'est même l'intérêt bien entendu qui a dicté sa conduite. Au contraire, appelé k délivrer un certificat de décès, le médecin n'est en danger de troubler, d'effrayer personne par la déclaration de la maladie: ni l'assuré, qui est mort et dont les mânes, si elles pouvaient parler, réclameraient le certificat de décès; ni la famille, avec laquelle on ne traite en ce moment que d'un intérêt matériel, par opposition à l'intérêt moral mis en cause par le certificat d'assurance. Cet intérêt moral, vous le sauvegardiez tout à l'heure par un silence systématique; le même lirocédc léserait et perdrait à présent l intêrêt matériel, sans servir l'autre en aucune manière. C'est pour éviter des désignations de maladie que vous refusiez des constatations méjicaleâ à vos clients; c'est d'une maladie terminée par la iiort, au vu et au su de tous, et dont la famille elle-même denantie la constatation, qu'il va s'agir dans le certificat de lécès ; et si, en fln de compte, les circonstances vous obli- ;ent à le refuser, même dans des termes acceptés par les lunipagnies, en quoi cela tmpose-t-il à votre conscience l'inlliger le même traitement à la totalité des ayants droit?

Dans des questions de direction morale, il importe de ne as trop prétendre à la réglementation; cela n'est de mise

que dans les congrégations. Le môme fwincipe, le plus incontestable, conduira deux hommes également honnêtes aux actes les plus divergents en apparence ; c'est la raison d'être des livres de casuistique morale. Pour nous, qui n'aimons guère qu'on décide des cas de conscience à la pluralité des voix, nous n'entendons pas non plus (et c'est là surtout ce que nous avions voulu préciser dans la Lettre médicale) poser de règles formelles pour les cas particuliers ; nous n'essayons même pas de prévoir tous les scrupules qui peuvent faire hésiter le médecin devant l'acte rendu nécessaire par le décès d'un assuré ; nous supposons qu'ils soient nombreux, plus nombreux ^que nous ne t'imaginons; nous réservons absolument le droit, le devoir même, pour le médecin, de se récuser quand il le jugera convenable; mais ce que fibus voudrions, c'est que le caractère éventuel de ce devoir ne fût pas transformé en un cararlère absolu, et qa'on laissât sur ce sujet la conscience do médecin disposer d'elle-même, au lieu de l'enchaîner par des conventions; c'est qu'on n'étendit pas la salutaire obligation du secret professionnel au delà des limites prévues par la législation, déterminées par le texte de la loi et indiquées pu* le sens moral comme par le bon sens ; c'est enfin qu'on se rendit un compte plus juste des rappoi*ts des Compagnies avec les intéressés et qu'on ne formulât pas contre elles une sorte de mise en interdit sur des données en grande partie chimériques. Du reste, à ce jeu, nous croyons que les syndicats se briseraient contre les compognies. Celles-ci n'auraient qu'à tenir bon. Les milliers de familles qui usent des assurances et continueraient à en user, accableraient leurs médecins de demandes de certificats ne décès, et l'on compterait les slolques capables de refuser aux épouses, aux entants, aux bénéficiaires de diverses catégories, la pièce qui va mettre entre leurs mains une somme de 10 000, 20 000, 50 000 francs ou plus. Déjà nous pouvons allfirmer que des confrères qui ont pris part à la campagne contre les certificats de décès, délivrent encore, à l'heure qu'il est, de ces certificats aux Compagnies.

II. Venons maintenant aux honoraires médicaux pour eertificats d'asiurance sur la vie. M. Gibert s'est montré sensible aux réflexions que nous a suggérées la demande faite par le syndicat du Havre, que les honoraires soient portés de 10 âzO francs, comme à Paris, par cette raison surtout que l'examen d'un proposant est chose sérieuse et doit durer longtemps. On ne peut s'empêcher de demander — pure malice, il est vrai — si nos confrères examinent avec moins de soin leurs [>ropres clients, au moins à la première visite; s'ils passent moins de temps auprès d'un pneumonique, d'un typfaique, d'un apoplectique; et, au cas contraire, pourquoi ils ne fixent leurs honoraires qu'à 3 on au plus 5 francs (?). Si les visites de clientèle sont payées un prix moyen plus élevé à Paris qu'en province, ce n'est pas parce que les clients y sont plus riches, mais parce que tes courses y sont plus longues et la vie plus chère. H. Gibert assure que la vie est aussi chère au Havre qu'à Paris, le prix des logements eaccepté. Soit; mais notre remarque n'en est que plus juste ; élevez proportionnellement les prix de vos visites, portez aussi plus haut le taux de tous les honoraires de provenance admmistrative. Ce que nous pouvons certifier, c'est que, dans toute la province et pour tous les médecins de situation moyenne, les 10 francs du certificat d'assurance constituent la pluâ élevée de leur rémunération. Qu'on n'aille pas donner à celte remarque un sens abusiL Nous souhaitons de tout cœur au Corps médical tout entier un accroissement do recettes en tout genre; ce que noas n'admettons pas encore ici, c'est la forme impérative des décisions du syndicat. Dès que le non-acquiescement d'un médecin à ces décisions le met, pour ainsi dire, au ban deses confrères, on a le droit d'exiger qu'elles soient raisonnables et réellement cog|fm^i^^pj(^^B@^j[^ la profession. y y

132 . N- 8 — GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 90 Février 1885

Nous voulons passer sur ce que M. Gibert a cru pouvoir déclarer au sujel des certificats médicaux qui, pavés 10 Trancs, peuvent entraîner pour les Compagnies des clésaslres immérités elqui^ au taux de 20 Trancs, lui éviteraient le désagrément de payer des primes non dues à leurs assurés. Nous avons meilleure opinion du zèle et de la conscience de tous nos confrères.

Le syndical s'est préoccupé, pour la fixation du taux des honoraires, de la situation plus ou moins prospère des clients; à l'égard du public, son taux n'est qu'un fnrntmum pour les petites bourses. A l'égard des assurances, elle ménage la branche-accidents parce oue celle-ci n'a pas de succès, et se rejette sur la bi*ancne-t;i>. Hais au point de vue qui nous occupe, celte sorte de dichotomie est arbitraire. Certaines branches-vie ne sont pas plus prospères que certaines branches- accit^enf 5. Dés lors ne se montrerail>on pas conséquent en n'imposant pas à tous indistinctement le même prix de certificat?

En somme, que MM. les médecins du Havre obtiennent, s'ils le peuvent, 20 francs des Compagnies ; ce n'est pas nous qui y ferons obstacle. Seulement, s'il plaît aux Compagnies de se concerter à leur tour pour offrir un prix uniforme de 10 francs, elles légitimeront la conduite d'un médecin étranger au syndicat qui acceptera une condition non humiliante, deux ou trois fois plus avantageuse que celle de sa clientèle ordinaire.

Au sujet d'un a: incident qui s'est produit » au Havre, relativement à une question d honoraires pour la brancheaccideHts,}A. Gibert nous demande de nous prononcer sur la conduite d'un confrère. Il voudra bien considérer qu'il nous impose gratuitement un rôle inacceptable, et qu'une question de personne comme celle qu'il rappelle, n*a rien à faire avec les quesUons de principe. Celle qui a été soulevée par l'incident a été étudiée à fond par M. le professeur Brouardel dans la Consultation que nous avons reproduite (voy. Je précédent numéro),, et nous ne croyons pas devoir y revenir.

YoiU notre réponse : nous l'avons faite avec une entière franchise, et nous nous voyons forcé de déclarer que nous -n'avons trouvé aucune « erreur matérielle >, aucune inexactitude dans notre Lettre médicale. Que MH. les médecins du Havre veuillent bien être convaincus que nous n'en apprécions pas moins très haut, dans son essor général, le mouvement de rehaussement professionnel (ju'ilsont enlre-

tris, et que nous en approuvons les principaux résultats. 1 nous ne le faisions pas, nous serions bien injuste tout particulièrement envers JU. Gibert, dont chacun sait que l'intelligente initiative ne s'est pas renfermée dans le cercle des intérêts de la corporation, mais s'est étendue, avec un succès incontestable, aux inlérêts de l'hygiène publique. La question des syndicats médicaux va revenir à la procbûne assemblée annuelle de l'Association générale. Nous avons l'espoir que l'œuvre j sera accueillie avec sympathie; qu'on y reconnaîtra les services qu'elle peut rendre ou a déjà rendus à la profession. La grande préoccupation de tous devra être de délimiter les terrains respectifs des syndicats et de l'Association el de les faire concourir sans froissement au bien commun.

A. Dechahbre.

Les svifDicATS médicaux. — Nous avions bien jugé la nouvelle loi sur les syndicats professionnels en la rangeantparmi celles dont la réaaction vicieuse peut entraîner les magistrats à des interprétations juridiques non prévues des législateurs eux-mêmes. Nous avions recueilli dans les discours de tribune et dans des ouvrages spéciaux sur les syndicats des déclarations en opposition avec le jugement du tribunal de Domb-ont; mais, au fond du cœur, nous nous attendions

parfaitement à ce que ce jugement fût confirmé par la cour de Caen. Nous aurons occasion de revenir sur l'arrêt de la Cour.

Société hedicale des hôpitaux (séance du tl février). — Ordre du jour : H. Itichard : Sur la transmission de la tuberculose par la voie géniio-urinaire. M. Troisier : Mouoplégie bracliiale consécutive à une chute sur l'épaule. — Présenlaliou d'un malade. — M. Tenneson : Sur le chlorate de métbyleconlre l'élément douleur dai>s les affeclioas diverses.

Association générale des médecins de Frakce. — La Société centrale des médecins de France a tenu sa séance annuelle le 8 février, dans l'amphithéâtre de l'Assistance pabliene, sous la présidence de M. Le Roy de Néricourt, remplaçant M. Gosselin, démissionnaire. Celui-ci a été élu président hooonùre. Après une heureuse allocution de M. Le Hoy ne Mértcourt, M. Piogey, secrétaire, a rendu compte des actes de la Société, fait ressortir sa prospérité constante, et affirmé que les syndicats ne sont d'aucune utilité jjowr Pans. Puis M. ttrun a établi que les finances sont de plus eo plus prospères, et fait compreodre les avantages de la Caisse des pensions viagères.

Les secours distribués par la Commission, du montant de 5650 francs, ont été répartis entre (ùnqaante<six personnes.

Par décision spéciale de la Coamussion, il a été versé à la Caisse des pensions viagères de l'Association, comme l'an dernier, une somme do 5000 francs. En ce nionieot, la Caisse des retraites de la vieillesse fait le service de soixante-trois pensions de 600 à 300 francs. Au mois d'avril prochain, l'assemblée générale de l'Association distribuera dix ou douze pensions nouvelles, et accordera des augmentations de pension k sept on huit anciens pensionnés.

Service uk santé militaihb. — Le ministre de la guerre a décidé, le 11 février 1885, qu'un concours pour l'admission aux emplois du service da santé milhaire s'ouvrira à Alger, Amiens, Angers, Arras, Besançon, Bordeaux, Caen, Clcnnont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Lille, Limoges, Lyon, Montpellier, Nancy, Nantes, Paris, Poitiers, Reims, Rennes, Rouen, Toulouse, Tours, le 10 août 1885, pour l'épreuve écrite. Les épreuves orales auront lieu : à Paris, le 7 septembre; i Nancy, leli septembre; à Lyon, le 17 septembre; à Montpellier, le 17 septemWe; à Bordeaux» le 24 septembre.

NoHiNATioN. — M. le professeur Brouardel est nommé membre de la commission des souscriptions scientifiques et littéraires près le ministère de l'instruction publique.

Nécrologie. — Nous avons le regret d'annoncer la mort de H. le docteur Sarret, ancien interne des hépîtaux de Paris, médecin honoraire de l'Assistance publique, décédé le 7 février 1885, dans sa soixante et onsiàme année.

Mortalité a Paris (7* semaine, du 8 au U février 1885).

— Fièvre typhoïde, 27. — Variole, 7. — Rougeole, 35. — Scarlatine, 2. — Coqueluche, 3. — Diphihérie, croup, 38. — Choléra, 0. — Oysentérie, 0. — Erysipèle, 10. — Infections puerpérales, 9. — Autres aiHections épidémiques, 0. — Héniogîte, 55.

— Phthisie pulmonaire, 197. — Autres tuberculoses, 32. — Autres aHections générales, 60. — Malformations et débilité des âges extrêmes, 70. — Bronchite aiguë, 46. — Pneumonie, 95. — Athrepsie (gastro-entérite) des enfants nourris au biberon et autrement, 36; an sein et mixte, 23; inconnn, i. — Autres maladies de l'appareil cérébro-spinal, 107; de l'appfuvil circulatoire, 75; de 1 appareil respiratoire, 94; de l'appareil digestif, 43; de l'appareil génilo-urinaire, 23; delà peau et dn tissa lamineux, 6; des os, articulationa et mnscles, &. — Morts violentes, 30. — Causes non classées, 14. —Total : 1146.

G. Masson. Propriétaire-Géram^.

Pir,

BOURLOTON. — lu(iriau.>riei rjunie*. A, nto Miffiioii, Srl**rû.

TREIfTK-DEUXiftXE AUNËE

27 Fètrikh 1885

PARAISSANT TOUS LES VENDREdIs

COMITE DE RÉDACTION

Président : H. le docteur A. DECHAHBRE

Mekbiies : HM. les docteurs BUCHEZ, BEOfISES DIEUUFBT, DRETFUS-BRISAC, FRANCOIS.FMHeK, ALBERT KEBOCQUE

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