SÉANCK DU 25 FÉVRIER 1885. — PRÉSIDENCE DE H. DUPLAY
SCyste hématlque de la région do la foaae : M. Follet (d« IJlla). — Ampatatlou >ous-pèrloatè«, rapport : M. NIoalaa. — flatolee Intaatinaloa; Isnr traitement : deux obeervations oommanlqoAea l'waa par H. PArler, l'aatre par M. BouUly (DUouaalOD : MH. Berger, Vemeun, Dnplay). — PrèaeBtaUon d'appareU : M. Hloalaa.
H. Chauvel donne lecture d'une très remarquable observation de kyste hématique de la région fessière envoyée par M. Follet (de Lille), membre correspondant de la Société. Un homme de trente-trois ans, chargé d'un sac pesant sur
ses épaules, fait une chute sur les fesses. Il éprouve quelques
douleurs dans les jours qui suivent l'accident, mais n'en continue pas moins ses travaux ; cependant peu à peu la région de la fesse augmente de volume, sans s'accompagner de grande gêne danslcs mouvements des membres inférieurs, et lorsque te malade se présente à l'observation de H. Follet, plusieurs mois après, il offre une énorme tumeur retombant sous forme de besace jusqu'au milieu de la cuisse. Cette tumeur s*est ulcérée à son sommet, et par celte ulcération il s'est écoulé environ 10 titres de liquide hématique ; la tumeur s'est dés lors affaissée, ses parois sont flasques et ridées, et par l'orifice on voit dans son intérieur, dont le fond est formé par le plan des muscles fessiers. M. Follet se décide à enlever les parois de ce kvsle par la dissection, afin de permettre aux surfaces ainsi débarrassées de cette sorte de néomembrane de granuler et de se réunir. Il commence par enlever
fiar deux incisions courbes se regardant par leur concavité a totalité des parois de la poche à sa partie culminante, afin de diminuer d autant les surfaces suppurantes; cela fait, il dissèque l'enveloppe du kyste des parties superficielles vers les parties profondes. Cette dissection, asseï facile pour les parties superficielles, devient très difficile pour les parties profondes dans le point oû le kyste adhérait aux muscles fessiers ; de gros vaisseaux furent ouverts, et le malade perdit beaucoup de sang. I/opéralion ne dura pas moins de deux heures. En la terminant, on s'aperçut qu'il existait un second kyste sous le grand fessier, s'ou\rant au fond du premier par un orifice étroit à travers les fibres musculaires. On ne fit d'abord rien contre ce kyste profond; on se contenta de réunir les parois du kyste superficiel par quelques points de suture et on fit un bon dramage. La réunion par première intention n'eut pas lieu, la poche fut largement réouverte. H. Follet chercha alors à modifier le kyste profond par des injections iodées; n'y parvenant pas, il htau thermo-cautère de vastes incisions dans les points déclives, mettant à nu sa cavité. Peu à peu les parois cfes deux kystes se mirent à bourgeonner, la cicatrisation fut conduite soigneusement du fond vers la superficie, et après six mois de traitement le malade était complètement guéri.
M. Follet fait suivre son observation des considérations suivantes. D'abord, au point de vue pathogénique, il pense que le point de départ ae ce vaste kyste en bouton de chemise a été une rupture des fibres du muscle grand fessier, ayant donné lieu à la formation d'un foyer dont les parois.se sont organisées et sont devenues le point de départ d'une abondante sécrétion distendant de plus en plus la poche; les phénomènes de résorption étaient par contre, dans ce kyste, comme dans les vieilles pleurésies et les faydrohématocèles, réduitsàleur minimum .Tlelativement au traitemeDt,H. Follet est d'avis de se conduire vis-à-vis de ces kystes comme vis-à-vis des hématocèles vaginales, c'est-à-dire de faire l'extir-
II succomba, en effet, au mois d'octobre de la môme année, à l'âge de cinquante ans.
Ici les détails manquent. Nous savons seulement que des accès de suffocation accompagnés d'un violent hoouet avaient failli déjà l'emporter quelques jours auparavant. Vu l'état de ses articulations cervicales, et étant donné ce genre d'accidents, on peut admettre que la mort eut lieu par compression lente des pneumogastriques à leur origine.
Vingt ans après paraissait le Traité de la gotUte de Bydenbam. Pour la première fois le rhumatisme chronique Hait distrait de la classique podagre ; et, par une coïncidence issex remarquable, riUustre observateur anglais manifestait, ualxré certaines réticences, quelque velléité de considérer e iTiumatisme chronique comme une maladie nouvelle. — 'eut-6tre alors Scarron en eût-il été la première victime!
Pareille opinion n'est plus admise ni admissible. Nous avons que le rhumatisme chronique est un mal aussi vieux [ue l'histoire, et qu'il n*a présenté au dix-septième siècle
aucune particularité nouvelle, si ce n'est la description même de Sydenham. Pour le cas du poète Scarron, c'est autre chose. La particularité vraiment exceptionnelle consiste dans la galté sincère et l'inallérable bonté de ce malheureux que la douleur torture et qui tient encore à vivre. Sous ce rapport, notre observation est peut-être unique en son ^enre; mais ne nous arrêtons pas à ce point de vue qui n'a rien de médical.
La Fontaine, pour montrer par un exemple frappant le prix que l'homme attache à l'existence, ne pouvait songer à un être plus disgracié, ni plus maltraité que Scarron ; aussi
ensons-nous que c'est bien notre rhumatisant que le Bon-
omme a mis dans la morale célèbre :
c Qu'on me rende impotent,
> Cul-de-jalte, goutteux, manchot, pourvu qu'en somme
> Je vive, c'est assez, je suis plus que content. > ^ I
E.B„33„..)ogle
GAZËtTË HEBDOMADAIRE DË HÊDËCmE ET DE CHIRURGIB
6 Uars 1885
patioD de la poche et de s'assurer contre tous les dangers de complication par le drainage.
M. Verneuil préférerait à la décortication de semblables kvstes, leur ouverture large par le thermo-cautère et la cautérisation au fer rouge de toutes leurs parois. U pense que la dissection est inutile, très laborieuse et même dangereuse en raison des vaisseaux nombreux qu'on peut ouvrir. 11 y a deux ans, il a traité avec plein succès par l'ouverture et la cautérisation au thermo-cautère un vaste kyste hématïque ajrant débuté par une contusion de la bourse trochantérienne, et s'étendant de l'épine iliaque Jusqu'à la partie j moyenne de la cuisse.
— H. Terrillon a recherché le malade de M. Humbert, au sujet duquel il a fait un rapport dans la dernière séance. Après un séjour à l'hôpital de Vincennes, ce gardon est rentré à rHôtel-DIeu dans le service de M. Richet, où M. Picqué, chef de clinique, a pu constater que la fracture restait consolidée, qu'il existait une énorme tuméfaction fusiforme de l'os, et qu'il persistait une petite fistule qui conduisait le stylet sur une surface osseuse dénudée. La marche est facile, ' la santé bonne. En présence de ces renseignements, on ne ■ doit pas hésiter à reconnaître qu'il s'agissait bien d'une fracture survenue diez un jeune homme atteint d'ostéite juxta- \ épiphysaire. ^
— M. Nicaise fait un rapport verbal sur une observation | d'amputation sous-périostée de la cuisse pour une tumeur \ blanche du genou gauche pratiquée parM. Robert. L'opéré a succombé au trente-sixième jour à l'infection purulente; à ^ l'autopsie, on a constaté l'existence d'ostéophytes autour du fémur sectionné, et la présence de lamelles osseuses épaisses dans le canal médullaire. De cette pièce, H. Robert conclut au rejet de la méthode sou8-périostée« qui ne convient, suivant fui, que dans les cas ou à cause de circonstances i)artî- | culièrea les parties molles sont trop courtes et font craindre | la saillie de ros. H. Nicaise ne pense pas ainsi; il croit, an . contraire, que l'amputation sous-périostée est toujours une bonne chose; ta production des ostéophytes tient à ce que le moignon ne s'est pas réuni par première intention; dans toutes les opérations qu'il a pratiquées, et dans lesquelles la suppuration n'a pas eu lien, H. Nicaise n'a pas constaté i d'ostéophytes. '
— • M. Périer a présenté à la Société en décembre dernier un malade chez lequel il avait pratiqué heureusement la suture latérale de l'intestin pour une nstule consécutive à une hernie étranglée. Il donne aigourd'hui lecture de cette curieuse observation. Un jeune homme portant une hernie inguinale depuis son enfance est pris d'accidenis d'étranglé- i ment contre lesquels ou ne dirige aucun traitement chtrur- j gical. Après quelques jours l'anse herniée se sphacèle, un I phlegmon slercoral se déclare, les téguments s'ulcèrent, et il s'établit une fistule intestinale, pour laquelle le malade vient réclamer les soins de M. Périer, à l'hôpital Sainl-Antoine, six mois après le début de l'affection. On reconnaît facilement Texislence d'une fistule du gros intestin, qui livre passage à la totalité des matières locales ; quelques gaz seuls s'échappent par l'anus. D'aillr^urs l'introduction du doigt dans 1 orifice intestinal ne révèle ni rétrécissement du bout inférieur de l'intestin, ni éperon ; il semble, au contraire, que le gros intestin soit à ce niveau dilaté en ampoule. Dans ces conditions, H. Périer tente une première fois sans succès une suture de l'intestin et des téguments par-dessus. Six mois après, il fait une nouvelle suture Interrompue d'après les principes de Lembert, et dans la même séance rapproche les t^uments au-dessus de la fistule. Dès le lendemain le malade rendait des gaz et des matières par l'anus, cl douze jours après la guérison était complète.
Ce cas, fait remarquer M. Périer, est doublement remarquable, et par la terminaison non funeste d'une hernie étranglée abandonnée à elle-même, et par le résultat heureux de
' la simple suture latérale de l'intestin, résultat rendu possible ' grâce a l'absence de tout rétrécissement de Tintestin et à sa , dilatation en ampoule.
I M. BouiUy communique un fait ayant quelque analt^e avec le précédent, mais malheareusementterminepar lamort. ' Une jeune fille ftgée de vingt ans avait eu & l'âge ae trois ans ' des accidents du côté de la paroi abdominale : abcès terminés
rune fistule intestinale jamais oblitérée depuis. En 188i, Trélat fendit le trajet fistuleux, mit l'orifice intestinal ' directement à nu, mais ne fit rien contre lui. En 18Hi, M. BouiUy trouve la malade dans le service de clinique de la Charité; il constate l'existence d'une fistule stercoro-purulenle, et sur les instances pressantes de la patiente il consent à tenter quelque chose pour elle. Après avoir suffisamment préparé le champ opératoire par des bains et des lavages antiseptiques, il ouvre le trajet et arrive sur l'orifice de I intestin, qui est double, les deux ouvertures étant séparées par un petit pont. M. BouiUy réunit les lèvres de chacun de ces orifices par six points de suture, d'après le procédé de Lembert, et afin d'éviter l'infiltralion des matières înfestinaJes au cas où les satures l&cheraient, il laisse béante la plaie des téguments. Dès les derniers moments de ropèration. la malade est prise de vomissements qu'on attribue d'abord au chloroforme, mais qui persistent d*une manière très alarmante les jours suivants; en même temps la malade tombe dans l'abattement et l'hébétude, le thermomètre oscille entre 39 degrés et 39°,â; la malade finit par succomber le quatrième jour. L'autopsie complète ne fui pas permise, on ne put qu'examiner l'état de l'abdomen; on ne constata ni péritonite, ni effusion des matières intestinales dans les tissus avoisinant la fistule; l'intestin était uni par de solides adhérences à la paroi abdominale, ce qm rendait impossible toute inflammation post-opératoire du péritoine, mais en revanche rendait bien illusoire toute tentative de suture de l'intestin sans mobilisation préalable de l'anse par une dissection dont il est Cuiltt de prévoir les difficultés et les dangers. Comment est morte cette malade? Telle est la question que se pose en terminant M. BouiUy, sans pouvoir y répondre en i'absenre d'une nécropsie complète. Il suppose, en raison des phénomènes cérébraux présentés par sa malade, qu'elle a succombé ou bien à une tumeur cérébrale préexistante, ou à une méningite subaiguë, dont l'opération a subitement activé la marche ou déterminé l'éclosion.
H. Berger loue la précaution sage qu'a prise M. Bouilly de ne pas faire un plan de suture superficielle par-dessus la suture intestinale ; cependant il croit très utile de pratiquer ce plan de suture superficielle afin de soutenir la suture profonde, et peut-être les avantages qu'offre la première suture au point de vue de la réussite de la secoiide,compensent bien au delà les dangers qu'elle fait courir.
M. Verneuil ne partage pas l'opinion de H. Berger, il rejette la suture superficielle. Pour les cas du genre de celui rapporté par M. Bouilly il propose le plan opératoire suivant : dans un premier temps ouverture du trajet fistuleux jusqu'à l'orifice intestinal; dans un second temps affrontement des deux surfaces opposées du trajet soit après avivement, soit après leurs granulations par réunion immédiate secondaire.
Relativement à la cause de la mort, M. Verneuil serait disposé à croire que la malade a succombé à des accidents
I uremiques.
M. Duplay fait remarquer combien réussissent mal, en général, les opérations pratiquées directement sur l'intestin dans les cas de fistules stercoro-purulentes; par contre celles qui s'adressent au trajet sont le plus souvent suivies de succès. Dans ces derniers temps on a bien conseil]^ pt^M. Julliard (de Genève) a exécuté très heureusen^ml),ym^es cas 1 semblables, la résection de Tintestin et la sutui^e ses deux
6 Mars 1885
GAZETTE HEBOOMADAtRE DE MÉDECINE Et DE CHÎRtIRGlE
bouts l'un à l'autre; mais c'est là, il faut l'avouer, une opération hardie, que ne justifie pas la gravité des symptômes ofTerls par les malades atteints de fistules intestinales.
—M. Nicaise présente un appareil, imaginé par M. CoHo, pour le traitement des raideurs articulaires du coude et du genou, appareil dans lequel les tractions continues s'exercent à l'aide de tubes de caoutchouc.
Alfred Pousson.
Socl^Cé de blolofle.
SiAHCE DU 38 FËVRIEH 1885. —PRÉSIDENCE DE M. d'AUSONVAL VICE-PRËSIDEMT.
Dynamogènle : H. Brown-S6qaard. — AotloD d'un glaooside du Boldo : M- lAiiorde. — Donge de l'azote : KH. aiey at Riohet. — Organa floUè daa mammUèrMi : KM. Boalart «t PlUlat. — Poiaona ottrarlaanta i M. Balmtagn. — Courba da l'IntmalM' ▼arlabla daa osarante d'indootloa : H. d'AraonvaL — AXténOmm dUaa trophiqnaa en rapport aveo lea léalona aarrauaea : K. Brmm-Séqaard. — ËleeUon : H. F6r6.
M. Browu-Séquard y en offrant à la Société l'article DYTiAHOGÉNiE qu'îl Vient de publier dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, rappelle sommaire' ment les faits qui lui ont montré Texistence de la dynamogénie et dont il a antérieurement entretenu la Société.
— M. Laborde expose les résultats de ses recherches sur Taction physiologique d'un glucoside extrait du Boldo, et séparé par M. Ghapoteaux d'un alcaloïde obtenu antérieurement de la môme plante par HM. Bourgoio et Verne. Ce glucoside exerce sur le système nerveux une action hypnotique prédominante, s'accompagnant d'un certain degré d'anestnésie générale et des sens spéciaux, de l'audition en particulier. L état de sommeil est précédé d'une incoordination motrice rappelant celle de l'Ivresse, et s'accompagne de ralentissement de la respiration, d'abaissement de la température, d'exagération de certaines sécrétions, telles que celles de la bile et de l'urine.
— HM. Gley et Ch. Richet ont dosé l'azote total de l'urine par rhypobromite de sodium titré : c'est le même procédé qui avait été déjà employé par H. Richet pour le dosage et l'urée ; les auteurs l'appliquent aujourd'hui au dosage de l'ammoniaque.
— MM. Boulart et Pilliet adressent une note sur l'organe folié de quelques mammifères ; ils complètent ainsi l'étude qu'ils ont déjà présentée à la Société sur le même organe enez le singe.
— H. Rabuieau continue l'exposé de ses études sur les poisons curarisants, obtenus par synthèse.
— M. d'Arsonvai, étudiant les différences d'intensité des courants d'induction fournis par les bobines à chariot, suivant le degré d'écai'temenl de la bobine mobile, a constaté que ces différences ne croissent pas comme l'indique récbelle chiffrée qui accompagne l'appareil : la valeur croissante ou décroissante de ces courants n'est pas représentée par une ligne droite, mais par une ligne orisée plus ou moins infléchie que M. d'Arsouval appelle la courbe caractéristique de chaque appareil.
— M. BrowH-Séquard a fait savoir depuis longtemps que les grossières lésions que l'on constate aux pattes des cobayes, à la suite de la section du nerf sciatique, sont la conséquence de morsures que ces animaux se font, d'abord dans une attaque d'épilepsie et graduellement ensuite par un acte de volonté. Il montre deux séries d'animaux qui ont échappé à ces prétendues altérations de nutrition : les uns ayant eu, du même côté qu'une section des nerfs sciatique et crural, une héinisection latérale de la moelle épi-
nière, afin d'empêcher que la patte paralysée pùl atteindre la bouche dans l'allaque d'épilepsie, lus autres ayant eu la cuisse amputée, après la section des deux gros nerfs du membre. Dans ce dernier cas la cicatrisation a été parfaite malgré la section des nerfs, faite aussi haut que possible; dans le premier cas la croissance normale a eu lieu et la nutrition, d'après l'apparence extérieure, est parfaite. Les préteudues altérations grossières de la nutrition, dans les membres des cobayes après la section des nerfs, ne dépendent donc que d'accidents de cause externe.
— L'élection d'un membre titulaire se termine au second tour de scrutin par la nomination de M. Féré, qui avait été an premier tour en ballottage avec M. Duclaux.
BIBLIOGRAPHIE
Traité théorique «I pratique de la goalte, par Ic
docteur Lëcorchë. — Paris, A. Delahaye et E. Lecrosnier, 1884,
Le livre que nous venons de lire avec tonte l'attention Que méritent et le nom du médecin qui l'a écrit et l'intérêt du sujet qui s'y trouve traité résume de longues et patientes éludes. Il est écrit pour les savants et les cliniciens plutôt encore que pour les élèves ou les médecins exclusivement adonnés à la pratique de leur art. Il cherche, en effet, surtout à faire prévaloir une doctrine qui, dit l'auteur, s'appuie sur cinq cent vingt observations personnelles. On ne nous en voudra donc point de nous attacher nous-même presque exclusivement à cette question doctrinale qui paraît avoir spécialement préoccupé M. Lécoi'ché. Il semble d'ailleurs très important, même au point de vue pratique, de savoir si la goutte est une maladie due à une hypemntrition, à une suractivité des processus nutritifs, c'est-à^lire à Texagérationdes fonctions vitales, ou bien au contraire si elle n'est pas le résultat d'un vice de la nutrition, d'une nutrition retardante. Dans le premier casil semblerait, a priori, assezfacile d'éviter ses attemtes, et les nombreux sujets voués à cette maladies! fréquente seraient bientôt en élat, s'ils le voulaient, de la faire disparaître. Si l'on admet, au contraire, que lagoutte est une maladie qui se relie très directement au diabète, à l'obésité, à la lithiase rénale ou biliaire, etc., c'est-à-dire aux maladies que M. Bouchard a si justement appelées maladies par ralentissement de la nutrition, on sera contraint de reconnaître que le vice nutritif qui conduit à la goutte est primordial et souvent indépendant des habitudes hygiéniques.
Quels sont donc les arguments apportés par M. Lécorché à l'appui de la doctrine qui ferait de la goutte une maladie par hypernutrition?
Apres avoir déclaré que le caractère spécial des urines goutteuses est l'élévation constante du chiffre de l'acide urique éliminé par les urines, non seulement pendant l'attaque de goutte, mais encore dans l'intervalle de» manifestations goutteuses, M. Lécorché étudie avec le plus grand soin, au point de vue chimique, les propriétés et les modes de recherche de cet acide, au point de vue phvsiologique, les conditions qui font varier son excrétion. Il conclut de cette étude que Tacide urique est un produit spécial delà désassimilation du tissu hépatique. Les chapitres suivants sont consacrés à l'anatomie pathologique de la goutte dans les différents appareils et à l'étude du sang et des urines chez les goutteux. Puis vient une étude symptomatlque de la maladie ; enfln le chapitre consacré à l'étiologie et à la pathogénie.
Or ce chapitre s'applique tout partlculiëre^eht-jLHrébi|w l'opinion défendue avec un si g^and^l&l6btpâl^H^4^tl^ttf(^-
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Cette théorie, M. Lécorché ne veut point l'admettre. Il croit, au contraire, que Tacide urique en excès dans le sang passe à l'état d'acide biuriçiue et que le biurate de soude est la véritable (Caractéristique de la diathèse goutteuse. A lui seul sont dus les accès de goutte ; de son accumulation dans le sang dépendent les viscéralgies des goutteux. La goutte est donc le résultat d'une saroxvdation et se caractérise par une désassimîlation plus considérable, par une augmentation cxcessÎTe ries écnanges moléculaires, par une dissociation exagérée des matières azotées qui résulte d'une suractivité des cellules organiques. Telle est, en résumé, la doctrine de M. Lécorché. Four mieux la faire valoir, il a cru devoir rap|)uyer d'un long chapitre consacré à l'étude de la nutrition. Mais, même après avoir lu ce chapitre, nous ne sommes pas encore convaincu et nous avouons que l'impression qui nous restée des leçons magistrales de M. Bouchard n'a point été effacée par ce nouveau livre. Que ce mot de < nutrition retardante > soit, comme l'a dit M. Rendu, dans son excellent article du Dictionnaire encyclopédique j « une expression de convention ^ai masque mai notre ignorance et oui constate notre impuissance à expliquer les anomalies de la nutrition interstitielle i , ou que, nous serions tenté de le croire, il explique mieux que tout autre ce \ice de nutrition fondamental qui, sous des influences diverses, peut produire chez un môme sujet dos maladies symptomatiquement dissemblables, mais pathogéniquement connexes, nous pensons qu'il doit être maintenu. Dans la goutte, comme dans le diabète et dans l'obésité, il ï a très probablement déviation, sinon diminution des processus de la nutrition interstitielle, et nous en voyons la preuve dans l'influence qu'exerce sur les manifestations de la maladie le traitement auquel on soumet les goutteux. Dans la préface de son livre H. Lécorché déclare que la médication alcaline a pour effet de ralentir la nutrition et que, dès lors, son efficacité dans la goutte démontre jusqu'à l'évidence qu'il existe, dans cette maladie, une Téritable nypemutrition. Avec M. Rendu nous pensons, au contraire, que < les alcaliôs n'agissent pas seulement en modifiant la crase du sai^, mais qu'ils ont surtout pour effet de stimuler les fonctions digestives, de solliciter les sécrétions gastro-intestinales et, par suite, de favoriser l'assimilation, c'est-à-dire la combustion de produits azotés qui sans cela resteraient à l'état de déchets encombrants». On le voit donc, nous arrivons à une autre conclusion tout en admettantà peu prés les mêmes prémisses. Mais il serait superflu d'insister. Aussi bien n'avons-nous essayé que de montrer les difticultés d'une semblable étude et l'impossibilité de donner d'une maladie aussi complexe que la goutte une théorie rationnelle échappant k toute critique.
VAEUÉTÉS
. : SOCI^é PROTBCTRICB DE L'ENFANCE.
Dimanche,'!"' mars, a eu lieu dans le grand amphitéfttre de la Sorbonne, la séance générale annuelle de la Société protectrice de l'enfance, souB la présidence de H. Mamlin. - H.' Berlin, vice-président, tout en se défendant de vouloir prononcer un discours, a adressé aux personnes présentes une touchante allocution dans laquelle il a retracé l'histoire de celle belle idée philanthropique: la Protection de l'enfance. 11 a montré ensuite l'insuflîsance de la charité publique et la nécessité impérieuse pour la charité privée de comoler une lacune aussi regrettable.
Nos lecteurs connaissent le bot charitable et les besoins de l'œuvre. Il y a vingt-quatre départements en France oîi l'on ignore encore l'existence de la loi Houssel; on peut juger par là de ce que réclame encore la santé des enfants. Heureusement la charité est activu. La situation financière de l'œuvre est prospère; es dons des personnes généreuses, les legs nombreux, l'assistance
de l'Etat et de la ville ont constitué & la Société un capital de
103939 francs.
Le nombre des membres de l'Assoriation s'élève h 39S6. Les familles secourues oirt été au nombre de 1350.
M. le docteur ^voye rend compte du concours ouvert parmi les médecins attachés à l'œuvre, concours qui avait pour s^iet : convulsions chez les enfants du premier âge ; du meillear traitement i leur appliquer.
Le mémoire couronné comptait unatra-vîngt-dix ebserrations personnelles ; il a été écrit par H. le do^ur B(Hnn, de Ch&lonsur-Saône.
M. le docteur Gibert a rappelé le dévouement des médecins inspecteurs qui, sans rétribuliou aucune , soi|;iient les enfants placés en nourrice, et exercent une surveillance incessaitfe sur les
personnes chargées d'en avoir soin.
Il est impossible de reconnaître un semblable dévouement. La Société n'essaye pas de s'acquitter envers les médecins-inspecteurs, elle donne des récompenses qu'elle regrette de voir si peu nombreuses, mais non comme une némunération, mais comme une preuve de sympathie destinée i pousser encore les courageux inspecteurs daos la voie du sacriuce et de l'abn^ation.
Enfin M. le vice-président a lu le rapport sur les recompenses accordées aux mères-nourrices. On a été eouveat ému à la kcture de ce compte rendu, qui prend parfois la coulem- d'« onrlyrologe.
Congrès français db chirurgie (fi au 12 avril 1885). — La liste des membres fondateurs esl close; elle contient 57 noms : ^ de la province, 22 de Paris et 12 de l'étranger. Il y a jusqu'ici 125 titulaires inscrits : 6tt de province, i8 de Pans et 11 de l'étranger.
Nous rappelons qu'on peut, jusqu'à l'onvertiire du Congrès, se faire inscnre comme membre titulaire (20 francs) on membre perpétuel (200 francs, rachetant toutes cotisations nllérienres). Adresser les cotisations & M. le docteur S. Pozzi, 10, place Venddmé. Paris. — Prière d'indiquer en même temps le si^et de la communication ou de la discussion projetée.
NÉCROLOGIE. — Nous avoDS le regret d'annoncer la mort de MM. les docteurs Mary (de Cette), Roulin (de la Roche-sur- Yon^, Guynet (de Barjac) et Booafos (de Perpignan).
Lb secret PROFBSSIONNEI. : LE DOCTEUR WATELET ET BASHEN-
Lepage. — Un de nos confrères de Paris, le docteur Walelet a comparu devant la 9* chambre correctionnelle sous l'inculpation de violation du secret professionnel, délit prévu par l'article 378 du Coda pénal. Les journaux de Paris interprétaient de diverses manières les causes de la mort du regretté Bastien-Lepage. Pour, couper court à ces racontars, le docteur Watelet, qui était en même temps son médecin et son ami, fit connaître la maladie à laquelle il avait succombé par une lettre adressée au journal ta Malin. Le inniuet a relevé dans ce fait le délit de violation du secret profesuonnel. Le docteur Watelet a répondu au tribunal que, dans l'intérêt même de la mémoire dadéfiint, il avait cm de son devoir de ne pas laisser attribuer son décès à une iraladie du caractère de celle qui avait été insinuée, qu'il n'avait pas eu d'autre mobile, que le tribunal appréderail sa conduite. M. le substitut Gombois s'est borné ft demander an tribunal de
firODoncer une condamnation, quelque légère uu'ï^le fût, afin que e principe salutaire de la loi duis cette delicto matière fût sauvegardé. — Le jugement sera rendu i huitaine.
Légion d'honneur. ~ Ont été promus on nommés : Au grade d'officier: M. Dujardm-Beaumelz(Armand-Napol«on- Thadée), médecin principal de \** classe.
Au grade de ckevalter : H. Dardignac, médecin-nugor de 2" dasse, et H** Henriette Saby, en religion sœur Narihe, religieuse de l'ordre des Triaîtaires de Valence.
SooâTÉ MâiHCALB DBS HêPiTADX (séance du vendredi 13 mars). — Ordre du jour : H. Troisier : Monoplégie brachiale consécutive à une chute sur l'épaule.— PréseoUtion de malade.— H. Lacombe : Deux faits d'œsophagisme symptomatique.
Fièvre tvphoIdb. — Quelques cas de fièvre typhoïde s'élaiii succédé & l'Ecole normale supérieure, les élèves viennent d'êire licenciés.
G. Masson. Propriétaire-Gérant.
TnEffTE-DEUXlfcllB ARIfÉE
13 Mars 1885
GAZEm HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE
PARAISSANT TOUS LES VENDRCDU
COMITE DE RÉDACTION PRKSIDINT : H. le docteur A. DECHAMBRE
Mbuus : HH. les docteurs BUCHEZ. BEORBES BIEUUFOT, DRETFUS BRISK, FRARCOIS-FRM», ALBERT HCflOCQUE