L. LEREBOUlLET. PAUL RECLUS
Adnsnr tMt ce qat eoneeme la rééaetùm Ki tiège Ai CmUi, ehei H. Di«âmbke, 91, rw ds Itlle (avant le mardi de préfârasee).
TWr pace • 4e la Cwvërtare rin4le«Hon de* AtTKB DB U PAOIIi.TB BE liÉBBCIIlE BB PABU ( Thè^ eiàmeos, cours, etc.) et «ivere deeuneato latéreweat le vedMie oiédieei.
SOmiAIRE. — Paris. De k eololomlfl dm» 1« (ralloment An flBhilet vëiico-
ialestinalfs. '— Tuvaux OHieiNADX. Palliologie externe : Note itir un cas d'o looloinc cmbryoplastîqiio développe aux dépens d'une dent surniimérairo. — CautBSPOMDANCB. Sur les salles de palvérisation du Uont-Dorc. — CoNcnÈa sciiKTiFHtOiS. CMi(rès lmc*i* At Mnrg^t.— SooiMa aATAmnf. Aeidâmie des sciencw, — Acadinie 4e ra<d«ciiie. — SodM do chirurgie. — Société de biolo^e. — RivDB DES JOUiiMAUX. — BIBLIOGRAPHIE. LecoRi clinlquos sur les ■atodies mentales et sur les nuladlcs nerrcases. — VAitiiTÉs. Académie roysle im médecine de ^Belgique. — Faculto de médecino de Pari». — FEUILLETON. Lettres mcdicalcs.
Paris, 9 avril 1885.
Be ta ealrt— le dans le traitemeat de* véslca-lalcatlnalea.
flrtvlea
Les communications pathologiques entre la vessie et t'extréluité inférieure de l'intestin ne sont pas très rares dans les cancers du rectum ; la paroi antérieure de l'ampoule se détruit, le bas-fond du réservoir urinaîre envahi se désagrège et le cloaque des périodes embryonnaires est en partie reformé. L*urin&aIors s'écoule par l'anus, les matières fécales s'engagent dans l'urèthre, et nous n'insisterons pas sur les troubles profonds que crée cette infirmité dégoûtante. Les lésions sont d'ailleurs déjà trop étendues et la cachexie trop avancée poar qu'on ose tenter une action chirurgicale.
Mais ces fistules peuvent avoir une autre origine; on les a observées, quoique d'une manière exceptionnelle, dans les suppurations diffuses du petit bassin, dans tes pelvi-péritonites franches ou tuberculeuses, dans les phlegmons rétroutérins, à la suite de certaines olcérations dysentériques du rectum. L'abcès s'ouvre à la fois dans l'intestin et dans la vessie; un trajet canaliculé, un clapier plus ou moins large, permet aux sécrétions de quitter leur voie naturelle. Or les matières fécales ne pénètrent pas impunément dans la vessie ; elles y produisent une cystite très douloureuse, une inflammation qui peut gagner les reins, one néphrite suppurée, et la mort est la conséquence de cette complication redoutable.
On s'est demandé si, dans ces cas, une intervention chirurgicale ne pourrait pas dériver le cours des matières avant qu'elles n'arrivent au niveau de l'embranchement vésîcal. L'idée d'ouvrir un anus artificiel a gagné du terrain et depuis une vingtaine d'années, une vingtaine d'opérations ont été pratiquées pour pallier, sinon pour guérir cette douloureuse maladie. Notre distingué confrère de Rouen, M. Duménil, a publié dans la Revue de chirurgie un important article sur ce sujet, qu'il a repris à nouveau l'année suivante, devant la Société de chirurgie. C'est en nous appuyant sur ces recherches et sur quelques faits épars dans les recueils que nous allons examiner rapidement la valeur de la eolotomîe dans -les fistules vésico-intestinales.
FEUILLETON
Ixitrea médicale».
La Tenta libre dn quliupilna. — li* seoret profflulonnel. — Le ■ mlracla de Lagny ». — La mnalque et la Miatlqae. — I>e doctenr CamoMt.
On a entendu des clameurs du c&té de Saint-Etienne; «Iles partaient des officines de pharmacie et de droguerie. Le tribunal correctionnel de colle ville, disent les journaux, Tenait de rendre un jugement selon lequel le vin de quinfuina, considéré comme boisson hygiénique, pourrait être •eodu librement. Je ne connais pas les circonstances de la oose et ne puis l'apprécier en toute sûreté : cependant, H malgré les difficultés inhérentes à la définition du médicament, on ne comprend guère à priori qu'une préparation figurant au Codex comme remède oflicinal, contenant des principes acUfs dont il n'est pas indifféi* SiiiE. T. XXII.
rent de mesurer ta dose, et qui a en médecine des applications très définies, puisse être vendu à tout venant et par le premier venu. Rien ne serait plus facile que de faire passer à l'état de boisson hygiénique nombre de substances médicamenteuses qui constituent le fond du commerce de la pharmacie, et il en résulterait ceci : que le pharmacien, légalement privé du droit de tenir dans son officine des articles d'épicerie, serait exposé à la concurrence constante et mineuse de l'épicier. Le pharmacien est tenu d'avoir toujours à la disposition du public du vin de quinquina, de gentiane, etc.; c'est une obligation qu'on lui impose en vertu même de son diplôme, puisque c'est son diplôme qui l'autorise à exercer; et voilà que son voisin, non diplômé, peut vendre la même préparation quand et comme il lui convient.
Cependant, soyons justes, cher confrère : i]â~^otitC peut s'élever icf, et la question se pose^ suivants. S'il est malaisé de définir rigoureusement le
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L'établissement d'un anus artificiel n'est pas chose Indifférenteet, en définitive, on ne fait que substituer une infirmité à une autre. Aussi, pour se décider à une pareille intervention, plusieurs questions préjudicielles doivent être résolues. D'abord les fistules vésico-intestinales sont-elles incurables?Car, si Ton pouvait espérer uoeguérison spontanée, on n'oserait se résoudre à créer un orifice d'une oblitération difficile lorsqu'il devient inutile. Puis l'issue des matières fécales par un trou sans spbincter, ouvert aux lombes ou dans la région inguinale, est-elle plus pénible que le passage de ces mêmes matières dans la vessie et dans l'urèthre ? Enfin la communication anormale entre les voies urinaires et les voies digestives se fait-elle à un niveau tel qu'un anus artificiel puisse être établi?
Les fistules vésico-intestinales ne sont pas absolument incurableset Blanquinque, dans une thèse qui remonte àl870, nous cite iquatre cas de guérisoiit spontanée. Lé premier est de J.-L. Petit; dans ce fait les gaz seuls et non les matières passaient de l'intestin dans la vessie ; le deuxième est de Laugier; la communication anormale produite par le passage d*un lombric était évidemment fort étroite ; le troisième de Guibout et le quatrième de Berton nous sont donnés sans renseignements bien précis. H. Duménil ajoute deux nouvelles observations : l'une d*Ëd. Martin et l'autre de Oucbaussoy; les matières passèrent à deux époques différentes dans les urines, toiyours en très petite quantité; en moins d'nn an la guërison fut complète.
Ces quelques faits donnent à réfléchir, et Ton n'interviendrait, en tout cas, que lorsque l'espoir d'une oblitération spontanée a définitivement disparu. L'expérience prouve d'ailleurs qu'il serait déraisonnable de compter souvent sur cette beureuse terminaison : la fistule persiste d'ordinaire malgré tout et les accidents qu'elle provoque sont redoutables. Si Boyer, Demarquay, Richerand et Cloquet citent chacun une observation oA le malade survécut de longues années, on voit d'habitude de graves complications survenir du côté des organes urinaires, et les douleurs sont telles, les accidents si alarmants que la deuxième question se trouve résolue : les inconvénients d'un anus artificiel paraissent au chirurgien moins graves que la catastrophe imminente préparée par la fistule vésico-intestinale.
Ne voyons-nous pas en effet le premier malade de M. Duménil, amaigri, faible, sans appétit; la miction est fré-
quente et douloureuse ; l'urine est presque constamment chargée de pas et de matières fécales, souvent 4 l'état solide et par masse atteignant parfois le volume d'un haricot ; des accès de fièvre avec frisson éclatent et la tempéralnre dépasse 39 degrés. — Chez le second malade existent des phénomènes semblables : souffrances pendant la miction, émission d^ pus, de gaz et de matières fécales par le canal de | l'urèthre ; douleurs très vives dans la fosse iliaque gauche, anémie profonde, accès de fièvre et température oscillant entre 38 et 40 degrés. Dans une monographie publiée en 1 876, Putégnat nous montre le pronostic des fistules colo-vésicales comme des plus sombres et sur huit malades un wul guérit Aussi concluons-nous, avec Duménil, que cette affection c n'est , compatible ni avec une longue vie ni avec ane vie tolérable ».
Il nous reste à déterminer les cas on la création d'un anus artificiel est possible. On comprend sans peine quelles conditions sont indispensables ; il faut que la communication anormale de la vessie se fasse le plus près possible de l'extrémité inférieure du gros intestin. En effet, si la fistule abouchait l'intestin grêle et le réservoir urinaire, c'est au-dessus de la lésion qu'on devrait, de toute nécessité, ouvrir l'anus anormal pour dériver le cours des matières fécales; mais une telle opération ne saurait être tentée sagement, car on en connaît la gravité extrême; les survivanlsderentérotomiesecomptent et ils ne sont pas nombreux.
Des statistiques étendues nons manquent pour dëtermiaer
le point exact où se rencontrent les fistules vésico-intestinales. Nous ne connaissons & ce sujet que le relevé de Blanquinque rapporté par Duménil ; il comprend seize cas ; cinq fois l'orifice de communication s'ouvrait dans le rectum, i quatre fois dans TS illaque, une fois dans le cœenm et deux fois dans l'intestin grêle ; treize fois par conséquent il aurait , été possible d'établir un anus artificiel dans de bonnes conditions, sur le gros intestin, au-dessus du trajet fistuleux ; il en aurait été de môme dans un cas de Bnichet où l'abouchement, consécutif à une invagination, affectait TS iliaque. | Là pathogénie d'ailleurs faisait prévoir ce siège habituel : , les fistules ne succèdent-elles pas d'habitude aux phleg- ^ masies du petit bassin, aux rectites et aux péri-rectites ?
Malheureusement il sera parfois difficile de préciser, avant l'intervention, le si^e exact de la fistule. Lee conamémoratifs, l'existence d'un abcès pelvien nettement circonscrit autour du rectum et de l'S iliaque, des eagoi^enienls profonds que révéleront le toucher vaginal et le palper de
dicament, si le caractère non magistral d'un remède ne suffit pas pour le faire tomber dans te commerce libre, il y a une certaine ordonnance de 1820, interprétative de la loi de germinal an XI, qui autorise les épiciers à vendre des substances réputées drogues, dont elle dresse une liste, à la condition d'être soumis à la visite et au payement du droit. Or, parmi ces droits figure le quinquina. D'un autre cèté l'article 33 de la même loi dit expressément: c Les épiciers et droguistes ne pourront vendre aucune côtnposiHoH on prépa* ration pharmaceutique sous peine d'une amende de 500 francs. > Le quinquina est naturellement une drogue simple ; mais le vin de quinquina n'est-il pas une composition ou préparation ? Je le crois fortement, pour ma part ; mais vous voyez comment la porte peut s'ouvrir aux interprétations. Le tribunal de Saint-Ktienne a consulté évidemment l'ordonnance de i820 et examiné attentivement ta liste des drogues, mais peut-être pas assez la loi de germinal et son article 36.
— Vous avez lu, dans la plupart des journaux politiques, la déclaration assez spirituelle du docteur Wattelet sur l'audace qu'a eue M. te préfet de la Seine de lui demander (par lettre-circulaire, il est vrai, et pour les besoins de la statistique) l'adresse, le genre de mort de ses clients; à lai, condamné de justice pour révélation de secret professionnel I On pourrait là-dessus présenter quelques observations ; mais celte affaire a déjà fait assez de omit, et je n'en prends texte que pour vous signaler un arrêt de la Cour de cassation , où vous pourres remarquer une interprétation de l'obligation légale du secret absolument conforme à celle que vous avez pu voir plusieurs fois dans ce journal. Un jnédficin vindicatif avait imaginé, pour déprécier un confrère, d'envoyer sous bande aux clients de celui-ci un article de journal susceptible de nuire à sa réputation. Le directeur des postes, appelé, devant le tribunal eorrectionnel d'Apt, à déclarer s'il connaissait l'auteur de l'envoi, s'était retranché devant le secret professionnel. Condamné i à4nmc^
iO Atrr 1885
Pabdomeo, penvent rendre d'importants services. Les explorations sons le chloroforme permettent même, dans certains «s, de remonter jasqu'à l'orifice anormal. Enfin M. Duménil conseille les injections faites dans la vessie, c J'ai pensé, BOUS dit-il, qu'en introduisant dans le rectum un gorgeret ou une valve de Siras munie d'une* petite éponge imbibée d'une sololion de pmssiite jaune dépotasse et en injectant dans la vessie du perchlorure de fer dilué, on obtiendrait, dans des cas douteux, la preuve de la communication entre la vessie et la fin du gros intestin. » L'usage prouvera ce que vaut cette proposition.
Holmes serait le premier qui, en 1866, ait pratiqué la colotomie pour dériver le cours des matières fécales, empêcher leur engagement dans le trajet fistuleux et leur pénétration dans la vessie. Maunder, en 1868 et en 1869, eut recours à la même opération ; puis les cas se multiplient et BOUS trouvons des observations de Curling, de Heath, de Ifason, de Ballance, de Harrison, deWeid, d'Albertde Tienne, deHaydl, de Duménil; il serait facile à cette heure de réunir au moins une vingtaine de faits ; Bryant en compte quatre à lui seul.
Les observations publiées sont, en général, bien laconiques; nous n'; trouvons guère qu'une courte mention des résultats immédiats et la longueur de la survie. Le malade de Holmes se trouva fort bien de l'intervention chirurgicale pendant huit mois ; puis survinrent des douleurs assez vives ; an bout de qainze mois les urines se chaînent de nouveau de matières fécales et la mort est rapide; l'autopsie démontra qa'nne fistule de formation récente, établie entre la vessie et le cœenro, avait rendu l'anus lombaire illusoire. Le même fait se produisit dans un des cas de Bryant, et l'intestin grêle, quelques mois après l'ouverture de l'orifice artificiel, vint s'aboucher dans le réservoir uriuaire.
GMlaines observations nous montrent une amélioration très marquée, la cHsation même de tout accident et une survie considérable. Un opéré de Hakes vécut cinq ans ; un des malades de Bryant fut emporté par une rupture du cœur six ans après l'ouverture de l'anus lombaire; un autre fut perds de vue, fort bien p<Nlant encore après un même laps de temps de six années. Sur treize colotomies relevées par Duménil on compte sept succès incontestables. Plusieurs individus, morts au bout de quelques mois, ont cependant profilé sans conteste de l'intervention chirurgicale : plus
d'accès de fièvre, de cystite, de ténesme, d'urine chargée de matières fécales; la vie du moins était devenue supportable.
Par contre, on constate, dans un certain nombre de faits, que l'anus artificiel n'a pas réussi à dériver le cours de la totalité des matières fécales. Curling nous dit « que des opérations complètes et bien menées n'ont pas toujours réussi à prévenir l'engagement de quelques matières dans le bout inférieur ». Les cas de M. Duménil témoignent dans le même sens : une première fois l'anus lombaire amène une amélioration très notable; néanmoins, dès que survenait de la diarrhée, les urines se chargeaient d'une certaine quantité de matières et des accès fébriles éclataient; on voulut alors oblitérer l'orifice rectal, mais un érysipèle, puis une péritonite se développèrent et en quelques jours le malade fut emporté.
La seconde observation de M. Duménil est plus triste encore : cette fois-ci on n'eut pas recours à la colotomie lombaire ; l'anus artificiel fut ouvert sur l'S iliaque, dans la région inguinale ; l'opération fut des plus simples et, pendant un mois, on eut tout lieu de s'en applaudir ; une partie des matières solides s'engageait bien encore dans les voies naturelles, mais elles sortaient par l'anus normal sans pénétrer d.ins l'orifice fistuleux; quant aux matières liquides, elles s'écoulaient par l'orifice iliaque. Malheureusement des accidents survinrent bientôt : la température s'élève, les matières fécales arrivent dans la vessie en aussi grande abondance qu'avant l'opération et le m^ade ne tarde pas à mourir.
On s'explique ces résultats: silacplotomieonvresur le gros intestin on orifice par où les matières fécales penvent s'échapper au dehors, celles-ci peuvent fort bien s'engager encore dans le bout rectal et arriver jusqu'à la fistule. Dans Tanus iliaque, du moins, rien ne s'oppose à cette progression par les voies naturelles ; dans l'anus lombaire, il existe un léger obstacle ; le coude brusque que l'on imprime à l'intestin pour l'amener à fleur de peau, à travers l'épaisseur des téguments incisés, provoque la formation d'un éperon saillant, qui a quelque tendance à diriger le bol fécal au dehors il gène du moins son passage du bout supérieur dans l'inférieur.
Aussi a-t-on proclamé la supériorité de la colotomie lombaire sur la colotomie iliaque dans le traitement des fistules vésico-intestinales, et nous ne trouvons signalés dans les observations que trois cas d'anus artificiels ouverts dans la région inguinale. De fait, la colotomie lombaire, quoique
mende pour refus de déposer, d'abord par le tribunal, puis par la Cour d'appel, il a vu son pourvoi rejeté par la Cour de cassation. Le principal motif de l'arrêt est le suivant : € Attendu que tout citoyen doit la vérité à la justice, lors-
3 D'il est interpellé par elle ; que ceux mêmes ^ui, aux termes e l'article 378 du Code pénal, sont dépositaires par état ou prof^ion des secrets qu'on leur confie, ne sont pas dispensés d'une manière absolue de cette obligation générale et que cette dispense efun devoir social doit être restreinte aux cas seulement où les faits sur lesquels ils sont interpellés leur ont été révélés sous le sceau du secret dans Vexercicede leur professiQn ou de leur ministère... >. Cette interprétation, viens-je de dire, est conforme à celle de la Qa^ette hebdomadaire; elle est bonne à retenir, pour un médecin, mais comme principe. Appliqué rigoureusement à tous les incidents de fa vie médicale^ ce principe serait trop étroit. La sagesse pratique consiste a ne le faire fléchir que dans les conditions où l'on ne risque pas plus de
blesser la morale et l'intérêt des clients que de contrevenir aux prescriptions delà loi pénale.
— M. Brissaud vous a fait, cher confrère (voy. n" 40. au feuilleton), avec la double compétence du clinicien et del'erudit, l'histoire véridique de la maladie de Scarron; et il vous a fait toucher du doigt, dans cette accumulation souvent répugnante d'injQrmités oii a poussé, comme sur un fumier, la fleur d'amour de M"° d'Aubigné, le genre de maladie qu'a si bien caractérisé le professeur Charcot. Je vous propose, à mon tour, le diagnostic du cas suivant, sur lequel m'a fait tomber le hasard d'une lecture. Vous ne le trouverez dans aucun livre de médecine, mais seulement dans les procès-verbaux du procès de Jeanne d'Arc. Un enfant nonveu-né ne donnait aucun signe de vie : il était noir comme sa colle; les jeunes filles de la localité (Lagny) le portèrent^ devant l'image de la Vierge et, les prières àNotre-Dame n'o-! pérant pas, appelèrent Jeanne. Elle pria à son touret4%n-
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parfois insurfisanle, est iacontestablemenl meilleure que la cololomie iliaque, et, si Tobstacle opposé par Péperon de l'anus d'Amussat n'est pas toujours efficace, du moins il vaut mieux que le libre passage. Nous repousserions donc l'anus de Liltre dans les cas de fistules vésîco-intestinalesj si une légère modification du manuel opératoire ne l'avail rendu de tout point supérieur à son rival, l'anus lombaire.
On sait les tentatives des chirurgiens et les procédés qu'ils ont imaginés pour éviter l'engagement des matières fécales dans le bout inférieur, non seulement dans le cas de fistules vêsico-intestinales» mais même dans les rétrécissements cancéreux. Les matières accumulées dans le segment rectal provoquent une distension souvent énorme, des compressions dangereuses pour les organes voisins, des douleurs très vives, des épreintes, de la redite, des ruptures, des suppurations diffuses, et des péritonites mortelles. Madelung, Laflan, Martini, Biliroth, Ballance, Gussenbauer ont proposé de couper l'intestin en travers, de fixer le bout supérieur ft la paroi abdominale, et de rentrer dans le ventre le bout inférieur oblitéré par une suture. Celte pratique a été rapidement frappée de déchéance ; les sécrétions glandulaires s'accumulent en effet entre la suture et l'obstacle rectal, et la rétention, loin d'être évitée, est plus redoulable, car les mouvements antipéristaltiques ne peuvent faire refluer les matières vers l'anus artificiel.
M. Verneuil vient de proposer nn procédé d'une simplicité extrême et qui assure l'issue, par t'anus artificiel, de la totalité des matières fécales; il permet en outre le lavage du bout inférieur, dont les sécrétions muqueuses peuvent être enlevées au fur et à mesure qu'elles se forment. Cette méthode que nous avons vu pratiquer trois fois sans la moindre difficulté et avec le succès le plus grand, consiste à attirer à l'extérieur une anse intestinale, dont les deux bouts sont alors parallèles et accolés comme les deux canons d'un fusil dans leur trajet à travers l'incision de la paroi de l'abdomen ; l'éperon est à son maximum et constitue un obstacle infranchissable. Nous allons décrire ce procédé tel que nous le trouvons exposé par notre maître dans un des derniers numéros de la Semaine médicale.
La section des parois abdominales peut être parallèle à l'arcade de Fallope. M. Verneuil préfère une incision qui part de l'union des deux tiers internes avec le tiers externe et
qui se dirige vers l'ombilic ; le bistouri divise la peau, le tissu cellulaire, l'aponévrose dans une étendue de 4 centimètres environ ; puis on prend les ciseaux avec lesquels on coupe plus facilement les muscles; on arrive sur le fascia transversalis et le péritoine qu'on ouvre aprjès .avoir minutieusement assuré l'hémostase, c Pour être sûr de comprendre plus tard la séreuse dans la suture pariélo-intestinale, on saisit le contour de l'incision pratiquée sur lui avec six pinces iforcipressure, une à chaque extrémité, deuf sur diaqne bord ; on les renverse en dehors, où elles s'étalent en eouronne sur le ventre et le haut de la cuisse.
L'ouverture péritonéale tenue béante par les pinces, on cherche l'S iliaque. Or c'est là le mérite principal de la méthode de Littre, l'intestin dans Pimmense miijorilé des cas s'offre de lui-même à la vue, très facilement .reconnaissable à ses franges graisseuses, à ses appendices épiploiqucs. Si par hasard line anse d'intestin grêle se présente, on le refoule doucement en haut et au-dessous d'elle, exactement dans le sinus formé' par la fossé itiaq^ intenie et la paroi abdominale on trouve le gros intestin. Dans mes trois opérations, il ne m'a pas fallu plus d'une minute pour reconnaitre et attirer l'intestin à l'extérieur. D'habitude je saisis avec une pince le premier appareil graisseux qui se pr«!sente, l'intestin suit; pour plus de précautions, je recherche également le faisceau des fibres longitudinales.
Dans quelle proportion faut-il hemier l'S iliaque ainsi découverte! H suffit défaire saillir au dehors les trois quarts de l'anse intestinale ; le quart restant qui correspond au muscle servira à constituer l'éperon. On attire donc doucement l'intestin jusqu'à ce qu'il forme au-dessus du plan de la peau, une saillie du volume de la moitié d'un œuf, et, pour l'empêcher de rentrer dans l'abdomen, on le transfixe à sa . base avec deux longues aiguilles & acupuncture, lesquelles abandonnées à elles-mêmes reposent sur la paroi du ventre.
La fixation de l'intestin ne diffère point du procédé d'entêrotomie de Nëlaton ; on applique, avant d'ouvrir, une série circulaire d'environ quinze sutures métalliques ; on évite autant que possible de pénétrer dans la cavité de l'intestin. Au fur et à mesure qu'on place les fils, on relire les pinces à forcipressure qui fixent le péritoine et les aiguilles à acupuncture qui fixent TintestiD. Enfin on ferme les sutures et l'on résèque la portion herniée de l'anse qui comprend, ai* je dit, les trois quarts envirqn de la circonférence de 1*S iliaque. La section se fait à 3 ou 6 millimètres en dehors de la ligne
fant donna signe. de vie. Il bâilla trois (oiSy et son visage prit une teinte rosée : il mourut aussitôt après, mais il avait pu être baptisé et fut inhume en terre sainte. C'est ce qu'on appelle le Miracle de Lagny. De savants exégètes ont discuté sur la nature des maladies guéries à Jérusalem
Ëar le toucher ou par la parole, et un de nos confrères, [. Marmisse, a écrit, en 1854 ou 1855, un petit livre pour démontrer l'impuissance des sciences médicales à expliquer c les merveilles évangéliques >. On peut d'autant mieux se dégager de tout scrupule à l'égard des miracles de Jeanne, qu elle ne prétendait pas en faire. C'est instruite par ses voix^ qu'elle guérissait des blessures ou allait déterrer l'épée de sainte Catherine. Eh bien, quelle était la maladie de ce nouveau-né? Cyanose cardiaque ou asphyxie? Puisqu'il avait une cotte, on ne peut dire si la coloration noire de la peau s'étendait au delà de la face. Mais l'enfant paraissait mort ; donc il ne respirait pas; or, quand il eut bâillé, sa face reprit un peu la coloration naturelle. Mort apparente par as-
phjrxie, atélectasie, dites-vous; et, si l'on eût eu sous la main un bon spirophore de Woillez,on eût probablement sauvé le petit être. Je ne dis pas non. Seulement voici la
Earlicularité embarrassante, et que je signale aux cliniciens, a naissance datait de trois jours! Voilà qui contrarie toutes les supputations des tocologues les plus autorisés, en particulier du regretté Dardinet (de Limoges), qui, dans une lecture académique, évaluait à une quinzaine d'heures la durée maximum de la vie chez les nouveau-nés asphyxiés. C'est égal, je tiens, comme vous, pour le diagnostic atétec tasie, en engageant seulementles médecins experts à prend re à Lagny quelques informations sur la date précise de Taccouchcment dont s'agit.
Ët puisque nous sommes sur le chapitre de la pauvre martyre de Domrémy, pourquoi ne donnerions-nous pa^s:, vous et moi) un souvenir a deux coiifrèresquiont figuré parmi les juges du procès de condamnation? Tous les. deux, Jean Tiphaine et La Chambre, ont fait tous les efforts nmaginablvs
ià} Avril i885
GAZETTE HEBDOMADAIRE DE HÊDEGiNE ET DE CHIRURGIE
de sature, de telle sdrle que rouverture est bordée par une petite collerette de paroi intestinale.
L'opération de littre n'est malheureusement pas applicable à toutes les fistules vésico-intesliaaies. Si TS iliaque, dans sa partie moyenne ou dans son tiers supérieur s'abouchait anc la vessie, il est de tonte évidence que Tanus îngoînal aurait des chances sérieuses de tomber au-dessous du trajet flstuleux. Dans ces cas, c'est à la colotomie lombaire qu'il faudra recourir. Nais les observations de Curlinfï et de Ballanee, les faits de Duménil, nous prouvent^ ainsi que noua l'avons établi plus haut, qu'il y aurait naïveté à trop compter sur l'efficacité de l'éperon. Aussi modifierionsnous le procédé habituel ; nous attirerions à l'intérieur les deux tiers d'une anse; en un mot nous ferions dans les lombes l'opération pratiquée par Verneuil dans la région ioininale.
De celte rapide étude nous croyons pouvoir conclure que lorsque 1â" IT^uTë "fë^ibo-imestînate' aboticho lë rectum on rs iliaque à la vessie, on peut, par la création d'un anus artificiel, améliorer la pénible situation du malade et conjurer les accidents immédiats. On aura recours, suivant le siège de la communication, à la colotomie inguinale ou à la colotomie lombaire ; mais, dans les deux cas, on apportera à l'opération classique la modifldatioBproposéepar Verneuil.
Paul REGLtra.
TRAVAUX ORIGIMUX '
Pftllk«l*cle «xtcntë.
Note sur un cas D'ODONTOHB KHBRTOPLASnQDE DÉVELOPPE
ADX nÉPBNS d'une DENT suRHOMÉitAinE, par H. le docteur Lacrakge, agrégé de la Faculté de Boroeaui, aide-major au Val-de-GrÂce.
Les m&ehoires sont le siège de tumeurs diverses par leur slroclure autant que par leur gravité. Les kystes, les fibromes y sont particulièrement fréquents. Depuis les beaux travaux de Broca et.de H|;gitot sur l'évolution des dents, la pathogénie des kystes est bien connue, et la plupart des néoplasmes fibroplastiques sont parfaitement compris au double point de vue de leur origine et de leurs rapports avec le squelette.
Les c corps fibreux enkystés >, dont Dupuytran a le premier donné une bonne description symptoniatique, ne sont
autre chose que des odontomes embryoplastiques, c'est-à-dire qu'ils résultent de l'hypertrophie d'un follicule dentaire.
Mais à côté de ces corps fibroplastiques, qui rentrent franchement dans la catégorie des odontomes, il en est d'autres dont la pathogénie est plus difficile à comprendre. J ai pratiqué dernièrement à l'hépital Saint-André de Bordeaux Tablalion d'une tumeur fibreuse dont l'origine n'est pas exempte d'une certaine obscurité, et qni par cela même mérite une attention toute particulière. C'est cette tumeur qui fait l'objet de l'observation suivante :
Obs. .(1). — Thérèse B..., vingt-neuf ans, tailleuse eo robes, entre à rhÔpilal Saint-André, le 12 mars i884 {salle 9, lit 17), our une tumeur développée au niveau de la mftchoire inférieure, gnuche.
Les antécédenln héréditaires de celle malade ne nous intéressent que médiocrement.
Son père est mort d'une affection pulmonaire, sa mère vit encore. Ellea en huit frères et sœurs, qui sont tous morts en bas âge. Dans son enbnce et son adolescence, elle a toi^ours joui d'une santé délicate; elle était anémique, pâle ; on ne trouve aucun accident scrofulenz.
Mariée à vingt ans, elle a trois enfonts qui se portent tous bien. Sa santé s'est alTermie, elle ne nous signale d'autres accidents pathologiques que d'atroces névralgies dentaires provoquées par le mauvais état de sa dentition. Ses dents de la première et do la deuxième dentition se sont développées régulièrement, mais les dernières n'ont pas lardé i se carier. La dentition de la malade est aujourd'hui très mauvaise, presque toutes les dents sont arrachées ou malades. Toutes les grosses molaires de l'arcade inférieure sont enlevées. La canine gauche a été arrachée. La malade ne possède plus que les incisives de ce côté.
La tumeur pour laquelle Thérèse B... rentre dans le service a été remarquée pour fa première fois au mois d'août 1882. Elle avait à cette époque le volume d'une petite noisette; elle était indolente. Son développement a été progressif, régulier. La malade n'ajamais souffert, et, particularité fort curieuse, elle raconte que depuis l'évolution de sa tumeur ses névralgies dentaires, autnefois très fréquentes, ont disparu. A peine sont-eÛes revenues deux ou trois fois, très atténuées, et srâlement au niveau de la m&choire supérieure.
On remarque du cété gauche, sur le bord du maxillaire inférieur, une tumeur oblongue, grosse comme un petit œuf de poule, faisant corps avec la branche horizontale de la mâchoire.
]«e bord gingival est normal ; les alvéoles dentaires sont inhabités et ne contiennent ni dents, ni racines dentaires; la peau est absolument libre à sa surface ; les lames interne et externe de la mftchoire sont écartées, et la tumeur parait développée dans l'intérieur même du maxillaire; elle se continue sans nulle démarcation avec les faces interne et externe de cet os; sa hase correspond aux deux premières molaires; sa surface est parfoitement
(1) Celle otMemikti) eti ràligéo d'iprè* lea notct qui n'ont itâ fournies pir mm «wdluit latame et mm tint H. la dèeleur Ferrier, nMecIa sUtlain ta Val-dé- Grâce.
pour obtenir leur récusation, alléguant surtout que la théologie seule était en cause, non la médecine, et qu'ils n'étaient pas théologiens. Us ne cédèrent qu'à la menace. Mais hélas I eux auai déclarèrent Jeanne relapse; eux aussi l'envoyèrent au bùdierl II n'en faudrait pas conclure qu'ils entendaient réellement brûler une sorcière ou même une hérétique. Il est avéré parie procès de réhabilitation, que, sous l'œil des Anglais, bon nombre des assesseurs subordonnèrent leur vote à des considérations politiques. Triste excuse ! J'aime mieux cesautres médecins, qui étant allés visiter Jeanne malade dans sa prison, et ayant été priés par Warwick de ne pas lui octroyer une saignée on elle pourrait trouver à la rigueur un moyen de suicide, la saignèrent résolument. Jeanne disait être malade pour avoir mangé de la carpe; elle eut la chance d'éUe soulagée par la saignée; mais c'était en 1431.
— Les lectures se suivent sans se ressembler, et voilàque du procès de Rouen je tombe sur Aulu-Gelle. Le livre même des
Nuits Attiques est un exemple et une justification de ce voyage de 1 esprit en zigzag ; car il traite un peu de tout au hasard. Si vous l'ouvrez au chapitre XIII, vous y apprendrez que < l'on peut, en jouant de la flûte d'une certaine manière, soulager les douleurs de la goutte sciatique ». C'est un fait assez connu que l'emploi de la musique contre les affections nerveuses dès la plus haute antiquité; te roi David en savait déjà quelque chose. Personne n'ignore non plus que des théories très générales sur les rapports de l'harmonie médicale avec celle de notre propre oi^anisation, ont amené des sectes médicales entières à traiter par le son des instruments bien d'autres maladies que celtes du système nerveux ; et Aulu-Gelle en cite des exemples tirés de Démocrîte et de Th6ophraste. Hais il est assez curieux de voir ces croyances (en ce qui touche du moins la sciati^ue) encore 8ivivace9(cr«hlt(ftt est à plmsqw)t au temps d Adrien, vers la fin du^nuiUf siècle. Certainement le nombre est grand des écrils'mujlMs beaucoup plus tard, surtout même depuis quelque cent^ans,
10 ATBit 1885
lisse, sauf à la partie interne et près du bord inférieur, où existent quelques rugosités très légères; sa coasistaace est très dure,
osseuse. . , ... j
D'ailleurs la percussioa avec uq objet métallique donne la même résonuance que si l'on frappait directement sur un os sous-cutané» comme le tibia. Aucune lésion des parties molles, aucun engorgement ganglionnaire dans la région. Il n'y a ni douleur spontanée, ni dou^ur provoquée par rexptoralion. L'état gâiéral est très bon; les fonctions des principaux viscères ne raisseut rien à désirer. L'urine est normale, la menstruation régulière.
Après avoir fait le diagnostic d'ostéome ou de fibrome central du maxillaire, je procède à l'ablation de celle tumeur le li mars.
L'opération est commencée sans plan préconçu, me réservant d'aller plus ou moins loin, selon la nature et les rapports du néoplasme.
Une incision est faite parallèlement h l'arcade de la mâchoire ; d'un trait de scie, je sectionne toute cette partie de la tumeur qui dépasse le bord du maxillaire. J'aperçois tout de suite ime coque osseuse épaisse de ^ à 3 millimètres, éeale dans toutes ses parties, entourant un noyau fibreux vasculaire aux contours réguliers.
Je procède à l'énueléatioa de.ice noyau,. faisant av^c soiait grattage do toute la cavité osseuse. Cette cavité est très régulière, arrondie ; ses parois sont à peu près lisses. Ella est formée j>ar l'éBartement des deux lames du maxillaire, surtout par celui de la lame interne. Le contenu n'a que des rapports de contact avec .le contenant, en un mot il s'agit d'un kyste au sens propre du mot. J'enlève avec le ciseau et la got^e toutes les parties saillantes des lames inlernss et externes, repoussées de façon à donner à la mâchoire du c6lé gauche le même aspect que du côté opposé. Estimant que l'enkystement parfait de ce néoplasme témoif^ne de sa bénignité, je ne résèque point la poche osseuse ; après l'avoir soigneusement nettoyée, j'en cautérise la profondeur au chlorure de zinc, afin de détruire les débris qui auraient pu rester sur les parois.
La plaie est réunie aux deux extrémités; un gros drain, placé au milieu, plonge dans la cavité et conduit facilement les liquides au dehors.
Tout va bien jusqu'au 19 mars : ce jour-là le pansement contient une grande quantité de pus. La plaie est béante; la cavité osseuse est comblée par un volumineux bourgeon rougefttre.
21 mars. — Au fond de ia plaie, grosse masse charnue sortant de la cavité osseuse; on la détache assez facilement sans hémorrhagie.
23 mars. — Les bourgeons charnus sortis de la cavité osseuse prolifèrent avec une prodigieuse rapidité; ils sont beaucoup plus volumineux. J'introduis une grosse flèche de canquoin dans la cavité du maxillaire, et je l'y laisse pendant deux heures.
24 mars. — Le lendemain, trouvant la cautérisation au cauquoin insuffisante, je cautérise vigoureusement au fer rouge le tissu nouveau qui remplit la poche osseuse. J'éteins à plusieurs reprises le thermo- cautère dans Viutérieur du kyste lui-même, de façon à détruire toute la tumeur.
S6 mars. — Au fond de la plaie apparaît un tissu noirâtre formé par l'escbare. Cette eschare se détache les jours suivants.
sur remploi thérapeutique de la musique et du chant; mais la pratique vulgaire ne s'y estjamaisconformée,etronneToU aujourd^ui que les hôpitaux et asiles d'aliénés où l'on appelle le violoDt le chant, la danse et la comédie, à répandre un peu de joie- et de calme dans les cervelles détraquées.
— Parmi tes confrères dont la Gazette hebdomadaire vous a annoncé récemment la mort, il en est un dont on peut dire, sans faire tort à. sa mémoire, que beaucoup, en dehors deParis^ ne connaissaient pas son nom. C'était un oculiste, maïs ii v en a tant ! Il avait publié un très bon Manuel d'ophthaimologie; mais les volumes sortent de l'orbite humain comme les pains du four : Vno avulso non déficit alter. Ceux qui parcourent les journaux de médecine ont pu lire^souslenem de ce confrère, quelques petites pièces de vers qu'ils se hfttaient de soustraire à la curiosité de leurs femmes et de leurs filles. Un jour l'oculiste a quitté Paris, et, cette fois, ce fut autour de son nom un silence
29 mars. — Craignant encore une repullulation dn tissa morbide, je fais une nouvelle et énergique cautérisation.
Dans les premiers jours d'avril la répar^ion commence a se i faire. La malade quitte rhdpital complètement guérie. La guérison s'est depuis maintenue, et Thérèse B... ne conserve i^os de son affection qu'une petite cicatrice adhérente à l'os et «égauit sur te bord intérieur de la m&choire.
L'examen microscopique a montré que cette tumeur était constituée par du tissu conjonctif jeune en voie de développement. Les vaisseaux n'y sont pas très nombreux. Les éléments fondamentaux sont des cellules fiisiforaaes et des noyaux enbrjoplasfiques.
Pour interpréter avec précision ce cas curieux, et raisonner avec fruit sur les svtnptômes qu'on vient de passer en revue, il importe tout d'abord de distinguer deux sortes de tumeurs fort différentes dans leur pathogénie et fort semblables dans leur structure : c'est, d'une part, l'odontome embryoplastique, si bien décrit parBroca, et, d'autre part, le fibrome central des m&choires, consécutif à une altération quelconque du ^stème dentaire on venu spontanément sans cause connue.
Les rapports de ta tumeur, dont il est id question, avec le squelette, son enkystement parfait^ la limitation précise du tissu fibreux et osseux, ta bénignité bien démontrée pso* la marche consécutive et le résultat de l'opération, s'accordent de tout point avec l'hypothèse d'un odontome embryoplastique. Cette variété d*oaontome n'est autre chose qu'un follicule augmenté de volume écartant les lames du maxillaire sans y adhérer, et parfaitement enkysté dans une cï>que . osseuse, unie et régulière.
Dupuvtren a cité plusieurs observations classiques de cette variété ae tumeurs dans les leçons qu'il a faites sur les corps fibreux de la m&choire. L'une de ces obserrationa est presque identiquement semblable k la nAtre.
Il s*agil d'une jeune fille de seize ans portant au nWean de i la mâchoire inférieure une tumeur fibreuse du même volume, i affectant les mêmes rapports que celle dont on a lu plus haut l'histoire. Broca la donne comme un tifpe d'odontome em- i bryoplastîque. Malheureusement il existe dans notre cas particulier une condition des plus fâcheuses ponr notre diagnostic : notre malade avait vingt-huit ans quand sa tumeur a commencé à se développer. A cette période de la vie on n'en est plus aux germes aentaires, etiesodontomes embryo- > plastiques ne jteuvent se développer. Tous tes malades de i Dupuytren avaient moins de vingt ans, et Broca a soigneuse- { ment démontré la grande influence de l'ftge dans la détermination dn diagnostic. j
L'hypothèse d'odontome embryoplastique parait donc devoir être abandonnée, et peut-Ôtre laut-il admettre .||ae nous , avons aflfoire à un fri>rome du maxillflôre Infériëur indépen- , dant des germes dentaires. Hais une singularité se pbes i
que la tombe n'a pas sensiblement augmenté. Eh bien, ee silence se fiiisait sur une intelligence des plus ouvertes, | des çlus vives et des plus charmantes. Mais qui donc avait , eu l'imprudence d'apprendre à Camuset qu'Êsculape était ; flls d'Apollon et avait ainsi déterminé cet amant des arts, | ce musicien, ce dessinateur, ce poète, ce cigalier, cet , humoriste, ce rabelaisien, ce balzacien drôlatique, ce descendant visible du dieu des arts, & se faire médecin? Il a cru ne pas sortir de la famille. La souplesse de son esprit lui permettait — et il l'a bien prouvé — de se plier à tous les genres d'études; mais ponr s'attacher an genre médical, il avait sacrifié à peu près tous ceux qui, dansl'état présent de la littérature, de celte littérature légère, amusante, indiscrète, attifée, décolletée et bonne fille, lui eussent assuré sans contredit la réputation. Il avait créé un genre de poésie à peu près nouveau : c'est une série de soanels sur des sujets relatifs â la médecine; il le^vait réunis, en 1884, en une plaquette de luxe, tirte sur papier de HnU
iO Avfta. 188d
encore ici devant aous, les fibromes des os ne sont pas véritableraent enkystés, ils sont, an contraire, en continuité avec la substance osseuse, et souvent même ils sont relÛs avec le tissu environnant par des tractus d'ossification.
Ici tel n'est pas le cas, la tumeur se présente sous les allures bien déterminées d'un kyste à parois osseuses et à contenu Qbreux.
Il faut donc supposer une cause spéciale si les germes dentaires n'y sont pour rien; le mauvais état de la dentition, la carie des racines pourraient peut-être expliauer cette affection. Au niveau même du néoplasme et à 1 époque de son apparition, ta canine et la première molaire cariées ont pendant longtemps occa^onné des douleurs névndgîquei très vives, qui n'ont disparu qu'avec le développement de la tumeur.
II est très raisonnable d'admettre une relation entre le développement du néoplasme et raltération des dents. Les belles recherches de Hagitot ont bien établi que la carie des racines était la cause ftequente des kystes liquides des mâchoires. C'est l'irritation même de la substance osseuse autour de la racine qui produit Thypersécrélion séreuse. Pourquoi serait-il impossible que rirniation du même tissu osseux donnftt naissance à des éléments de tissu conjonctift Cette manière de voir a été défendue par Heath, dont le professeur Gayon (article BIaxillaires, Dictionnaire encyclopédique) paraît accepter la théorie. Heath a constaté autour de racines cariées la présence d'un exsudât plastique abondant. Il pense que cet exsudât peut s'organiser, devenir l'origine, le point de départ non seulement d'un fibrome, mais d'un sarcome de la mftchoîre. En effet, il est très probable, sinon certain, qn'un bon nombre de tumeurs bénignes et malignes des mâchoires ont pour cause première une imitation chronique due au mauvais état du système dentaire ; mais les tumeurs qui se dévelof^nt ainsi ne présentent pas la régulwîté de forme, Tenkystement complet de la tumeur que J ai observée. Leur volume est plus considérable, leur configoration beaucoup moins réguliwe. La théorie de Heath peut serrir à expliquer la formation d*un bon nombre de tumeurs fibreuses; de ce nombre nous pouvons citer celles que Letenneur a publiées en 1860 (Société de chirurgie, novembre 1860), dans les Bulletins de la Société de cAtrurgie. Il est question dans ces deux faits de tumeurs développées sur des malades de trente-cinq et de trentehuit ans, dont la dentition était en très mauvais état. Dans les deux cas, une résection partielle put être faite, mais il fallut enlever la substance osseuse en contact avec le néoplasme. La ligne de démarcation n'était pas nettement tranchée entre les deux tissus, il n'y avait pas enkystement au seas propre du mot. Le néoplasme dont nous avons ihit connaîtra l'nistiHre difière essentiellement de cetta variété de fibrome. En effet, il convient de remarquer qu'à son niveau
les dents cariées avaient depuis longtemps disparu spontanément, que la malade n'en avait jamais particulièrement souffert, Qu'il n'y avait jamais eu de périostite chroniçiue. De plus, ta substance osseuse et le tissu embryoplastique n'avaient que de simples points de contact; la cavité osseuse a pu être vidée par la curette aussi bien que si elle avait con* tenu du mastic. Pour tout dire, en un mot, la description classique des odoiitomes embryoplastiques s'applique à merveille au cas présent. L'âge seul est en contradiction avec l'ensemble du tableau^ et, puisqu'il est impossible de trouver ailleurs une explication satisfaisante, |e crois qu'il faut ne pas distraire cette tumeur de la catégorie des odfoutomes, et qu'il convient de l'expliquer par l'évolution tardive et vicieuse d'une dent surnuméraire. La présence d'une dent surnuméraire n'a rien que de très raisonnable, on en a vu pousser chez des adultes, même chez des vieillards.
Par conséquent, il n'est en aucune façon contraire à la science de supposer chez un sujet de vingt-huit ans la présence d'un follicule dentaire à la période embryoplastique, et, si ce follicule existe, rien n'empêche qu'il ne produise un «(kmtomei A ceux qui s'étonneront de la supecposition de ces hypothèses je répondrai que Magitot {Pathogénie des kystes des mâchotreSf in Archives de médecine^ t. XXI, n* 170) a fait le même raisonnement pour expliquer certains kystes folliculaires sortant du cadre qu'il a si magistralement tracé.
La conclusion qui se dégage de celle discussion, nécessitée par la rareté du Tait, c'est qu'il s'agit, dans le cas qui fait t'objel de ce court travail, d un odontome embryoplastique développé aux dépens d un follieule dentaire turnumé" raire.
GORKëSPONDANCE
AU COHITé DE REDACTION DE U c GAZETTE HEDDOHADAIRE >.
DaDS une note insérée le 26 septembre dernier dans la Gazette hebdomadaire, M. le docteur Terrier, chirurgien des hdpiUux, avait manifesté des craintes, partagées par plusieurs confrères, sur l'influence nocive que pouvaient exercer les salles de pulvérisation du Hont-Dore où les malades réunis en grand nombre respiraient des vapeurs contenant des germes tuberculeux. M. le docteur Terrier s'élevait contre celte promiscuité périlleuse et recommandait l'usage d'étuves particulières où des malades at* teinls de bronchites simples ou d'autres affections non spéciûdues ne seraient pas exposés à respirer l'air exhalé par les tuber-' culeux ou les produits d'évaporation de leurs crachats.
H. le docteur Gazais (un peu tardivement, il faut le reaonnaltre) nous écrit, en sa qualité de médecin inspecteur aux thermes du Mont-Dore, pour combattre cette opinion de H. Ter-
lande à un très petit nombre d'exemplaires, oA il s'est fait représenter monté sur P^ase, le bonnet pointu dn docteur sur û tête, une lyre dans une main et un caducée dans l'autre. Dame ! ce ne sont pas des poésies virginales ; elles ne sentent pas la fieur d'oranger, mais plutét la graine de lin, le cubèbe, le patchouli ou une grillade de végétation au fer rouge. Toutes ont le parfum de l'esprit; quelques-unes n'ont que celui-là et, à ce titre, peuvent être lues partout. Je vous signale dans cette catégorie très restreinte, la Chlorose, le V«r solitairSy le Strabisme adressé à une certaine artiste dramatique, dont un œil semble toutrefuser quand l'autre accorde tout, et dont le regard charme à la fois le parterre et le paradis.
Société française de tempérance. — La Société a tenu sa séance solennelle le ^ mars, sous la présidence de H. A. Du- ▼erger, professeur & l'Ecole de droit. Après avinr entendu une
alloeulion chaleureuse de M. le professeur A. Duverger, le rapport sur la situation morale et financière de l'œuvre par H. le docteur Lunier, secrétaire général, les rapports de HH. De* caisne. Froc et Ch. Tierry-Hieg et celui de m. Guignard sur les récompenses, la Société a décerné une médaille de vermeil à H. le docteur Kûmmer et au pasteur H.-L.-L. Rochat, des médailles d'argent & MÛ. les docteurs F. Jacquemart et A.-J. Devoisins, des médailles de bronze à H'" Conte et H. Harambat; 750 francs répartis entre MH. les docteurs Devoisins, Jacquemart, Legendre et John I^moioe, 2i4 diplèmes de membre associé honoraire, 29 médailles d'ai^ent, 265 médailles de bronze,
11 diplômes de membre titulaire et tôt diplêmes de témoignage de satisfaction, i9 livrets de caisse d'épargne postale ^50 fr.),
12 comptes rendus du congrès international de 1878, i20 manuels raard, IS manuels populaires du docteur Auguste Sanden, 89 exemplaires de la conférence Homais, 184 volumes de ses BuUetins et 1148 exemplaires des années 188Qà 1884 dn,£oit Conseitter, publié sous sou P»trgg,{e.^^ GOOglC
244 — N* 15 — GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 10 Avril 4885
rier. (considérant les crachats comme le (irincipal véhicule des germes tuberculeux, l'auleur cherche à déipQntrer que ces crachats ne sont dang^ereux qu'à l'état pulvérulent; que dans les salles d'inhalation, les germes englobés dans les mucosités ne peuvent être mfilés à l'air respiré par les malades. Quoi qu'il en soit de cette théorie, qui nous parait beaucoup trop exclusive, on ne peut qu'approuver les mesures que propose l'honorable inspecteur pour éviter tout danger de contagion dans tous les établissements où la pulvérisation est employée.
Ces mesures sont les suivantes : 1<* multiplier les salles d'aspiration et de pulvérisation ; t" augmenter la ventilation clans les salles actuellement existantes ; 3" laver les salles après chaque séance; i* remplacer les crachoirs actuels par des vases de plus grande dimension contenant des liquides antiseptiques cl soigneusement nettoyés après chaque séance; 5° élahlir, autant que possible, des cabinets d'aspiration particuliers.
Toutes ces mesures sont d'une incontestable utilité. Depuis longtemps les baigneurs les réclament- La dernière était surtout vivement désirée. C'est malheureusement celle qui rencontrera le plus de difficultés; elle rendrait, en effet, nécessaires des agrandissements qui ne peuvent être réalisés que par le département, qui a d'ailleurs un intérêt évident à favoriser par ces améliorations l'affluence des bai^njiup.
CONGRÈS SCIENTIFIQUES
C«agvèa français 4e ehirmryla.
SÉANCES d'organisation ET d'iNAUGDRATION DU LUNDI