‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 69 sur 228 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

Dlacoura da K. Trelat. — Tarsotomle posUrlBore : H. Orow. — Tar- MOtomle anUrlmm et totale : M. OUler. — EzoatosM des sinua frontanx : H. Panae. — Oettotomie et mtèooUtele dans le genu Talgam : X. Demone.

Le Congrès français de chirurgie s'esl réuoî, lundi matin, à la Faculté de médecine, sous la présidence du professeur Trélat, président du comité d'oreanisalion. Les sept membres de ce comité, MM. Trélat, v,erneiiil, Horteloup, Ghaavel, iMoabd, Pozzi, Bouilly, ont été nommés par acclamatlou membres du comité permanent. " , * i. ,

M. Trélat est nommé président du Congrès, pour la session de 1885. La vice-présidence était réservée à M. Denucé de Bordeaux). Ën son absence, M. OUier (de Lyon)' réunit es suffrages de l'assemblée. MM. Tilanus (d'Aiii'sterdam), Vemeuil, Larrey, Bochard^ Socin (de BMe)," 'ïœ&er/é, EttgèneBœekel^ À. Guérin, Gross (de Nancy), sont nommés présidents d'honneur.

— A quatre heures, lundi 6 avril, a eu lieu la séance d'inaugi!iration.

Au début de cette séance le professeur Trélat prononce un remarquable discours dans lequel il rappelle la genèse du Congrès, la lettre de Démons (de Bordeaux), le bon accueil que flt à cetfe heureuse idée la Société de chirurgie, la fortune rapide qu'eut cette proposition. Il insiste ensuite sur l'utilité d'une pareille réunion, sur les avantages qu'en retirera la chiruri^e française, qui ne peut que gagner à être connue, qui n'a rien perdu de sa précision anatomiçiue, de sa hardiesse, de sa finesse, de sa prudence, qui sait unir < la critique la plus compétente à la pratique la plus perfectionnée ». Dans un langage élevé, M. Trélat remercie les membres français du Congrès de leur patriotique dévouement à la chirui^ie française et les membres étrangers de

leur affection si -honorable pour notre pays.

— Les communications suivantes sont ensuite faites par MH. Gross, Ollier, Panas et Démons.

— M. Gross (de ÎNancy) : Sur la tarsotomie postérieure dans les pieds bots anciens. — La tarsotomie est une opération récente dont la vdeur est encore mal établie. Les ré-

sultats dénnitifs font défaut. H. Gross vient combler cette lacune par sa pratique personnelle; avant d'exposer en détail les faits qui lui appartiennent, il rappelle rapidement l'historique de la question. Poinsot et Beauregard préfèrent l'excision cunéiforme, Lucas-Championnière pratique l'ablation de l'astragale, Ollier conseille une opération mixte, l'excision du cubolde, de l'astragale, de la partie antérieure du calcanéum. Enfin beaucoup de chirurgiens étrangers ont recours à la tarsotomie cunéiforme.

Les avis sont par conséquent très partagés; il conneol, pour faire un choix parmi ces diverses méthodes, de s'appuyer sur l'aiiatbntieTpatliblOgique. L'étude des lésions osseuses dans les pieds bols varus démontre que rablatlon de l'astragale peut être un remède efficace; parfois cette ablation sera complétée par la section du ligament plantaire. Le malade portera pendant un temps plus ou moins long un appareil proihéiique approprié. Des moules en plâtre placés sous les yeux de la Société montrent l'efficacité de cette opération dans le cas de pied bot varus congénital ; sans doute le pied conserve encore une forte courbure en dedans^ mais l'équinisme est corrigé; faxe du' pied est rinnéjïJii'. sur le bord interne, mais la solidité de l'articulation tibift-tarsienne est parfaite. Cette articulation possède encore «ne certaine mobilité.

Celte ablation de l'astragale ne suflit pas dans tous les cas. Comme on peut s'en convaincre par la lftçtM?B,.dçs.U%r vaux de Thoreus et de Schwarlz, dans le pied botrvai;as équin le calcanéum est infléchi sur son axe, de telle sorte qu'après l'ablation de l'astragale il reste toujours une inflexion qu'on ne peut redresser que par l'ablation d'une partie du calcanéum et du cubolde.

Dans d'autres cas, l'ablation de la malléole externe servira à corriger l'adduction, de même la section du tea* don d'Achille ; dans les cas d'enroulement il faudra sectionner l'aponévrose plantaire. Hais l'ablation de l'astragale est l'opération importante, l'opération de choix. Oerniàremeiit encore chez deux malades, N. Gross a obtenu un résultat complet. Le pied est resté courbé sur le bord internef mais le résultat parait s'améliorer avecla marche. Les empreintes placées sous les yeux du Congrès ne laissent pas de doute sur la valeur de l'opération. Quelquefois, cependant, le pied se renverse en dedans, au point que le malade est oblige de porter un appareil à tuteur, mais le plus souvent il garde la situation qu on lui donne après l'opération.

La4arsotomie, l'ablation de l'astragale constitue donc une très bonne opération, ainsi que l'anatomte patholc^ique le faisait bieji pr,e,ssentir. En enlevant cet os, le pied se porte  angle firoil sur la jambe; l'équinisme est corrigé ; on corrige a,ussi l'adduction di^ pied et le renversement en dedans. I La résection de la malléole interne, sans être très importante, peut rendre des services; en règle générale il vaut mieux l'évite;, la malléole servant & la solidité du membre.

Lorsque la déviation en dedans est très prononcée, on réséquera la partie antérieure du calcanéum. Dans toutes ces opérations il faut éviter avec soin d'entamer les ligaments plantaires dotit l'importance n'a pas besoin'd'être démontrée. Une bonne immobilisation, la méthode antiseptique dans toute sa rigueur sont nécessaires. -

M. Gross conclut : 1* que la tarsotomie postérieure est l'opération de choix dans le pied bot varus; 2°. qu'avec la méthode antiseptique cette méthode n'est pas grave; 3° que la solidité du pied est assurée; 4° que 1 articulation libiotarsiciine reste mobile et que les mouvements du pied dépendônt surtout de l'état des muscles; 5* que les récidives ne sont pas à redouter.

— H. Ollier : De la tarsectomie antérieure et totale. — L'ablation des os du pied n'est pas^csf^éHeLpuItaas les chirurgiens. Les premièrei^^^éêfîi^ qu^tprt^^Vtaient irréguîiëres, atypiques. Horeau enleva le cubouu, le sca-

10 Avril 1885 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE ~ HMS — 245

pbolde, une partie de l'astragale ; l'opération ne fit pas fortune; on préféra généralement couper le membre qu'avoir recours à cette vpératioD. OUier pense qu'en effet ce sacrifice est souvent indispensable; mais quelquefois cependant la chirurgie conserralriee est meilleure; au Heu d'amputer le asembre, il est préférable d'enlever le scapholde, le cubolde, les trois cunéiformes.

On peut enlever ces os. en pratiquant des opérations mal rêvées, atypiques ; OlUer, au Congrès de Lille, en 1874, a défendu ces opérations irréxulières. Aujourd'hui, s'appuj^nt sur de nouveaux faits, il a changé sa pratique. La resection typique régulière de ces os donne de meilleurs résultats orthopédiques et curatifs.

C'est qu'en effet le tarse peut être considéré comme un ^ul os; quand l'une des pièces osseuses est malade, les autres ne tardent pas à le devenir. Le point de départ est très souvent placé dans les articulations cunéo-scapholdiennes; si ces lésions prjOgressent et envahissent l'astragale, il faut amputer; mais en intervenant de bonne heure on peut arrËler Je mal. C'est le but qu'atteint la tarsectomie antérieure que If.' Otlitfr a soUv^t Alise -ëh âsiger. : "■ ■ ' •■ ■

Il ne faut pas craindre d'inciser et d'exciser largement; l'antisepsie permet au chirui^en d'éviter tous les accidents. Pour pratiquer l'ablation de tons ces os, on fera nuiUre incisions différentes : la première, du premier cunéiforme au scapfaolde ; là :dfti*i6rne,tparallèlé au uord externe du cubolde et un' peu àû-dessus; (a troisième sera faite sur le bout externe du premier cunéiforme; enfin la quatrième sera placée entre le troisième cunéiforme et le cuboïde. A travers ces incisions, la rugine enucléera facilement les os. Dans cette opération, assez longue, on évitera de léser la pédîeuse et les ligaments de la plante du pied. Après la résection de tous ces os, il reste une large plaie de 3 à 4 centimètres en longueur et en laiveur ; la réparation se fait lentement, l'excavation se combre ; il ne faut pas pratiquer la réunion immédiate. • > , . . ,

Telle est la tarsectomie préconisée par, M. Olliçr. Quand faat-il la faire? La présence, d'un ' bourrelet dorsal allant du bord interne au boni externe du pied, indique une lésion du cuboldé et des cunéiformes. Dans ce cas, il faut se hâter d'o< pérer, car laffcclion est presque toujours tuberculeuse et s'accrott très vile.

Chez les adultes, l'opération est beaucoup moins bonne que chez les enfants et les adolescents jnsqu à vingt, vingtcinq ans; on peut arrêter au début l'évolution des arthrites.

Quelques moules en plâtre sont placés sous les yeux du Congrès et M. OUier lit des observations très concluantes à l'appui de sa pratique. Lés opérés présentent souvent une déformation caractéristique; la voûte du pied est j^mphuéo par une courbure inverse et la plante devient convexe. Ce phénomène, inquiétant d'abord, oisparatt peu & peu.

La réparation de la perte de substance ue se fait pas complètement ; les os enlevés ont (leu de périoste et se régénèrent très incomplètement, mais le pied n'en est pas moins solide et suffisant pour la marche. 11 importe de bien retenir que la tarsectomie antérieure totale ne convient qu'aux lésions traumatiques ou aux tuberculoses localisées. Elle est surtout bonne chez les enfants et les adolescents; chez les adultes, «Ile a pu rendre des services; Ollier 'a opéré avec succès lin homme de quarante-six ans, mais de pareils cas sont excéplinnncis. .

Enfin à c6Ié de la tarsectomie antérieure, il convienVde placer la tarsectomie postérieure totale, c'est-à-dire l'ablation complète de t'astri^lo et du calcanéum qui, ches une jeune fille, a fourni un beau résultat à l'éminent chi'rui^ien lyonnais.

— U.Pana$: Sur la pathogénie et le traitement des txo$t09e» des sinus frontaux. — Il est deux. manières de servir laseience: découvrir ou reviser.Dans sa communication

à demi chirurgicale et à demi ophthamolf^ique, Panasse propose de reviser l'étude .des exostoses des smus frontaux. Il s'appuie principalement sur une très intéressante observation qu on peut ainsi résumer Ljeune fille de dix-huit ans, porte une tumeur de l'orbite, qui remplit peu à peu cette cavité et repousse l'œil en bas et en dehois, tiraillement du nerf optique, diplopie, atrophie papiltaire. Celte tumeur est dure, osseuse, comme le démontre la paracentèse exploratrice et les autres procédés d'examen.

Pour pratiquer l'ablation de celte tumeur. Panas, se rappelant les travaux de Dolbeau et la mémoriÂle discussion de l'Académie de médecine, cherche à ouvrir d'abord le sinus frontal. Hais il ne trouve pas de cavité. Avec le ciseau, les cisailles de Liston, il enlève toute la portion orbitaire. Mais l'opération restait ainsi incomplète; dans le but de débarrasser la malade de toute sa tumeur, on introduit, à travers un petit orifice fistuleux qu'on croit être le sinus frontal, un stylet qui s'enfonce profondément. Malgré l'antisepsie la plus rigoureuse, une méningite se produit, qui emporte ht malade.

' A t'autopsie, on trouve une tumeur mamelonnée, faisant saillie dans le crâne. Il s'agissait d'une exostose du frontal, saillante à la fois dans l'orbite et dans la cavité crftnienne.

Berlin a décrit cette variété de tumeur osseuse, dont une observation de Badal fait bien comprendre toute la gravité. Ce dernier chû'urgien, pratiquant l'aolatiott d'une tumeur de ce genre, enleva la voûte de l'orbite et ouvrit le crâne; bien qu'il n'y ait pas eu d'accidents, on peut considérer une pareille opération comme très grave.

Ces tumeurs marchent lentement, restent souvent stationnaires lorsqu'elles sont arrivées à un certain volume ; une femme de quarante-six ans, observée à l'Hôtel-Dieu, portait une tumeur osseuse de l'orbite depuis sa jeunesse. La vie est donc possible avec une tumeur de ce genre. On pourra se contenter de pratiquer des opérations partielles pour remettre l'œil à sa place, mais ces opérations sont très laborieuses. Badal a dû sculpter sa tumeur pendant deux heures ; d'autres auteurs ont instrumenté pendant cinq heures. Ces tumeurs ne sont pas des exostoses, ce sont des enostoses dans le sens donné par Virchow à ce mol. Dans le cas si remarquable de Panas, le frontal, l'apophyse crista galli, une partie du sphénoïde , étaient hyperostosés. On voit combien cette question est peu connue, et combien il importe de met:re en relief les faits de ce genre.

— M. Démons (de Bordeaux) : Sur l'ostéotomie et /'o«téoclasie dans le traitement du genu val^m. — Après avoir été le défenseur le plus ardent de l'ostéotomie, qu'il à puissamment contribué à acclimater eu France, H. Démons, dans une étude comparée de l'ostéotomie et de l'ostépclasie, vient insister sur l'avantage de cette dernière opération.

Avant l'ingénieux appareil de Robin, l'ostéoclasie faite dans de mauvaises conditionsj donnait des résultats bien inférieurs à ceux de l'ostéotomie. Depuis, les choses ont bien changé. Cet appareil excellent a tout renversé dans la valeur comparative des opérations faîtes pour redresser le geuu val^uîn.

M. Démons a d'abord essayé comparativement l'ostéotomie et l'ostéoclasie sur le cadavre.

L'ostéotomie produit de petites esquilles; la fracture par laquelle on termine l'opération est oblique et irrégulière. Farabeuf, qui a répété ces expériences, est arrivé aux mêmes résultats. Il ne faut pas sur ce sujet s'en rapporter aveuglément aux ligures du livre de M. Mac Ewen ; ces figures sont schématiques et ne disent qu'une partie de la vérité.

L'ostéoclasie produit une solution de continuité beaucoup plus franche ; la fracture est rare, sous-pério^e. Elle s'apcompàgnedé désordres si peu étendus, qu'après avoir enlevé> les parties molles, les muscles, on a de la peine à trou^ la~ fracture.

W NMS - 6AZBTTE HEBDOHABAIRE DE ll£l«GINB BT DE GmRURfilB

Sur le vivant, H. Démons a fait six ostéotomies et autant d'ostéoclasies pour genu valgum. Celte dernière opération lui a paru très simple; tout )e monde peut la pratiquer, le redressement du membre est facile et complet; l'opération exipe peu de surveillance, les accidents sont nuls, sauf une insigniHante ligne ecdrvmotique et une faydai^rose J^ëre. L'ostéotomie est plus dimcile ; il fàut, pour se servir convenablement du cisçau, une certaine babilelé manuelle ; la po|>litée a été blessée par des opérateurs malheureux ; à la suite de l'opératioii, peuvent apparaître des complications, rares sans doute, maïs d'une gravité incontestable.

Si Ton considère les résultats définitifs de ces deux opéniions, on remarque d'abord que dans les deux cas la rectitude du membre est parfaite, et que le sujet reste aussi bien guéri après l'ostéotomie qu'après l'ostéoclasie, mais dans cette dernièreopération,les accidents articulaires consécutifs sont moins prononcés que dans l'ostéotomie et le malade marche plus vite. L'arthrite de voisinage est réduite au minimum. • Des opérations qu'il a pmtiquées, des expériences qu'il a ailes sur le cadavre, H. Démons n'hésite pas à conclure que si l'ostéotomie est une bonne dpération, l'ostéoclasie est line opération meilleure, et que ce dernier procédé Ure surtout ses avantages de l'excellent appareil imaginé par Robin (de Ljon). Il importe de remarquer que H. Robin a imaginé non pÂ8 seulement une macliine à briser le fémur mais une véritable méthode d'ostéoclasie. En eSét, au lieu d'agir sur i'extrémité inférieure de cet os par l'intermédiaire des li^ ments articulaires, le chirurgien lyonnais prend son point d'appui sur le fémur lui-raêrae et le casse exactement ^ l'endroit indiqué par Hac-Ëwen. L'appareil et la méthode méritent, par conséquent, tous les éloges que leur décernent' M. Démons dans son remarquable travail.

Si l'on songe à l'ardeur avec laquelle le distingué chirur-

S'en de Bordeaux a adopté les procédés de la chirurgie moime, à sa pratique hardie, à ses études sur l'ostéotomie, on comprendra qu'aucun témoignage ne pouvait mieux que le sien démontrer la valeur de l'ostéoclasie.

Lagrange.

SOCIÉTÉS SAVANTES

Acsdéaile des aelemeca*

SÉANCE DU ti AVRIL i885. — PRÉSIDENCE DE M. BOULEy.

Par suite de la mort de H. Rolland, ancien président de l'Académie, la séance est levée en signe de deuil aussitôt .après la lecture du procès-verbal et le dépouillemeiU de la correspondance.

AMidémIe de médeelae.

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