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REVUE DE THÉRAPEUTIQUE

La digitale appartient & la famille des serofularinées, qui compte plus de 1800 espèces et est répandue en abondance dans toutes les parties du monde, depuis les régions les plus froides jusqu'aux lieux les plus chauds situés entre les tro- .piqne.s. Un grand nombre de plantes de cette famille sont employées en médecine; quelques-unes agissent comme émétiques et cathartiques, d'autres sont purgatives et emménagogues. La digitale est la plus intéressante de toutes et a pris, depuis longtemps, une des premières places dans la thérapeutique.

Les feuilles de la digitale sont fortement diurétiques; ces feuilles, récoltées en juin et juillet, sont séchées avec soin et réduites en poudre. On en foil principalement usage dans les hydropisies et dans les maladies du cœur et du poumon passées à rétat chronique.

Les effets ont toujours élé excellents. La digitale possède en effet la propriété remarquable de ralentir les battements du cœur, au point de faire tomber les pulsations de près de moitié; le soulagement du malade est instantané. Mais, malgré la rapidité de son action, l'effet produit est durable^ car le pouls devient plus fort et plus résistant à mesure que le nombre de ses pulsations diminue, et la circulation acquiert le calme et la force qui lui foîsaient défaut. Par ?oie de conséquence, "on est conduit à reconnaître que la digitale est l'agent le plus efficace contre la fièvre.

La digitale a été l'objet des études d'un grand nombre de chimistes; on a voulu isoler son alcaloïde, et on y est parvenu. Hais le résultat n'a nullement répondu aux espérances des savants : le produit obtenu ne s'est signalé que par la Tiolence de ses effets, et la pratique a dû abandonner un agent trop dangereux et dont l'emploi difficile ne se justifîait pas par de constants succès.

M. LabéIonye,à la suite de labwieuses recherches sur la digitale, avait soutenu, dès 1835, que ses propriétés sédatives et diurétiques étaient dues non à une substance unique, mais à la réunion de divers principes extractifs : résine, principe amer, fanile volatile, et sels qu'elle contient. L'expé~ |

rience a pleinement confirmé cette assertion, et Tinsuccès de )n digitaline cristallisée est venu lui apporter une confirmation nouvelle.

Une fois ce principe admis que ce n'est pas l'alcaloïde de la digitale qu'il faut employer, mais la plante tout entière» des discussions s'élevèrent entre les chimistes sur la manière de l'employer : deux opinions se firent jour, l'unç insistant sur la simfde infusion prolongée de la plante, l'antre, celle de M. Labélonye, préférant la dissoudre. Cette dernière devait finir par prévaloir. En effet, M. Labélonye a reconnu que l'alcool hydraté dissolvait la plante sans lui enlever aucun des éléments qui font sa valeur, et il a composé un extrait hydroalcoolique qui devait devenir la base de ses préparations.

Aujourd'hui le Codex consacre officiellement la préférence qu'il faut donner à la solution hydro-alcoolique sur la simple infusion.

Hais il fallait encore rendre l'emploi de cet extrait facile et

agréable autant que possible. C'est alors que M. Labélonye a préparé le sirop de digitale et les granules de digitale qui portent son nom.

Le sirop doit être employé en moyenne k la dose de 2 cuillerées à bouche par jour, les granules de 1 à 4 par jour. Ces doses peuvent être augmentées et quelquefois presque doublées dans les crises aiguts, c'est au médecin à apprécier et à ordonner.

Les succès constants de cette médication depuis quarante ans ne permettent aucun doute sur sa valeur. C'est particulièrement dans les affections de poitrine, catarrhes, bronchites, coqueluches, hydropisies générales ou partielles qu'on en constate les excellents effets. Hais c'est surtout dans les affections organiques ou non oif aoiques du cœur qu'on en obtient des résultais immédiats el complets. Les palpitations sont calmées en peu de jours, quelle que soit la cause qui les produise, mais surtout quand elles sont provoquées p.ir un excès d'activité de la circulation ou une grande irritabilité du système nerveux. Enfin le sirop ou les granules sont d'une innocuité parfaite sur tes organes de la digestion, et peuvent» par conséquenl,ètre administrés sans crainte dans la mesure exigée par la gravité des souffrances.. qu'on veut calmer, de la maladie qu'on veut gnérir.

GAZETTE HEBDOHADAmE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE

17 AvniL 1885

THÉRAPEUTIQUE

■e Im Créosote de Mire oasoelée ai

et M goodrOH de Monvègei

deToli

La Créosote de hêtre a été découverte par Reichenbach, chimiste, de Blansko, en Moravie. C'est un produit pyrogéné^ dont la composition est : 76,2 de carbone, 7,8 d'hydrogène, 16 d'oxygène; son nom vient de xpéoc, chair, et aù^iùj je conserve. Cette heureuse étymolo^e, suggérée par sa propriété essentielle, nous indique l'action qu'elle exerce dans le traitement de toutes les affections de la poitrine et des voies respiratoires.

Les remarquables travaux de» docteurs Bouchard, Gimbert, etc., ont affirmé sa haute valeur thérapeutique, qui n'est plus discutée aujourd'hui.

La créosote se présente sous l'aspect d'un liquide incolore, oléagineux, presque insoluble dans l'eau, mais soluble dans l'alcool, l'éther acétique et les huiles essentielles. On la relire du goudron de bois et du goudron de houille.

La composition de la créosote en révèle naturellement les propriétés; elle coagule l'albumine et constitue l'une des substances les plus antiseptiques et les plus an ti fermentescibles. Elle tue avec une rapidité surprenante lesoi^anismes inférieurs. Le seul défaut de ce médicameni, c'est d'être mal toléré par certains tempéraments, de causer des nausées, des vomissements, et, dans tous les cas, des renvois, qui obligeaient à en suspendre l'emploi. Il fallait trouver une substance qu'on pût lui adjoindre pour faire disparaître ces inconvénients. Des travaux importants ont fixé le choix sur le Baume de TotUt qui présente, pour cet usage, des avantages particuliers.

Tous nos lecteurs connaissent la couleur jaune et l'odeur balsamique et agréable de ce baume, obtenu par l'incision de l'écorce du Myrospermum Tolaifenm, plante de l'Amérique méridionale. Tous aussi savent que ces substances résineuses renferment soit de l'acide benzolque, soit de l'acide cinnamique, qui leur assurent des propriétés antispasmodiques et anticatarrhales très énergiques.

De toute antiquité, les baumes balsamiques étaient employés avec succès dans le traitement des phlegmasies chroniques, qui ne pouvaient supporter l'usage des térébenthines.

Le faâume de Tola, dont la découverte remonte au delà de Dioscoride, était, dès cette époque, employé au traitement de tous les flux muqueux, des maladies chroniques du poumon, calarrhales et nerveuses, ainsi que dans les affections du larynx produisant l'enrouement et l'extinction de la voix, raueedineg et aphoniœt et même dans la phthisie tuberculeuse. Morton s'exprime en ces termes au sujet d'une préparation pilulaire composée, en majeure partie, de baume de Toia: litœpUulœt in scorbuticorum et scrofulorum lentâ phthiti {ruœ quidem sunt frequentissimœ pkthisies)^ ubi febris (si ulla est) estadmodum mitis, et exsputum phlegma quadamtenus glutinosumy asthmatieorum ritu, eurationem non tantum in principio morbi, verum etiam in progressa insigniter promovent.

La réputation du baume de Tolu est bien établie, el il nous a suffi de rappeler ces anciens travaux pour indiquer que nous n'avons pas afibire ici à une de ces préparations dont TelBcacité est aussi passagère que la vogue, mais à un bon produit de vieille renommée.

En ajoutant le goudron de Nonoège à deux substances

d'une activité si incontestableetsi universellement reconnue, on arrive À composer un médicament d'un effet sûr et d'une puissance toute nouvelle, qui peut s'apprécier par celle de ses éléments.

Le gonilron véi,'ôtal (pix liquida) du groupe des térébenthinés s'obtient par la distillation des bois de pin qui ne donnent plus de térébenthine. Il se présente sons ta forme d'une masse demi-fluide (de consistance sirupeuse), de couleur brune, d'une odeur empyreumatique, d'une saveur &cre.

C'est un mélange complexe de résine et d'une huile essentielle empyreumatique qui s'est formée, en partie, par l'action du feu sur la résine ; il contient aussi du charbon.

Au double point de vue physiologique et thérapeutique, le goudron produit des effets qui se rapprochent de ceux de la térébenthine ; mais comme cette dernière, il n'est pas contre-indiqué par les éléments fièvre et congestion inflammatoire.

n est employé avec grand succès, depuis un temps immémorial, dans les affections des voies respiratoires, en raison des heureuses modifications qu'il apporte sur la muqueuse trachéo-bronchique.

L'hydrolé de goudron a reçu, dans ces derniers temps, de nombreuses applications, grâce aux préceptes de préparation si bien établis par Guibourt, Lefort, Soubeiran, Magne-Lahens, Hignot, Jeannel et nombre d'autres savants.

Après de nombreuses expériences, nous nous sommes arrêté à une formule, d'après laquelle nous avons fait préparer de petites capsules ovoïdes par MH. Trouetle- Perret, pharmaciens k Paris.

Chaque capsule doit contenir :

5 centigrammes de créosote pure de hêtre ;

7 centigrammes 1/â de goudron purifié de Norwège ;

7 centigrammes 1/2 de baume de Tolu.

Ces capsules, appelées par leur auteur Gouttes Lieontennes de Trottette-Perretf doivent être employées aux doses suivantes :

Dans le cas où la maladie a peu de gravité, et si l'on ne veut qu'an moyen prophylactique, deux capsules le malin et deux le soir peuvent suflire ; nuùs il n'y a aucun inconvénient à porter plus haut les doses.

Dans les cas plus graves, on commencera par quatre capsules le matin et quatre le soir, et on augmentera la dose de manière à arriver à douze capsules par jour, en graduant suivant l'état de la maladie et l'effet que l'on désire obtenir.

Il est indispensable, chaque fois qu'on aura pris de ces capsules, de ne pas leur permettre de s'arrêter dans les plis de la gorge, et de les faire descendre dans l'estomac en avalant un quart de verre d'un liquide quelconque, eau, lait, vin, thé léger ou tisane froide ou chaude.

Lorsque les Gouttes Livoniennes auront rétabli la santé, il sera bon de n'en point abandonner brusquement l'usage, el, dans tous les cas, de s'y remettre une quinzaine de jours au retour de l'hiver, et notamment aux changements de saisons, accompagnés de temps humides.

E. LAsmfeE.

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