‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 79 sur 228 · L. UnsïFus-BiusAC · texte numérisé non relu

L. UnsïFus-BiusAC

L'ëyldéMle da choléra dtp l'annés 4e Puis «■ IStf-l.

' Nous devons une mention spéciale au remarquable rapport de H. L. Colin qui va paraître in extenso dans les Archives de médecine militaire (et dont l'auteur a bien voulu uou;» communiquer les épreuves), non seulement parce qu'il est dû au médecin éminent qui a écrit, sur l'éliologie et la prophylaxie delà fièvre typhoïde, des travaux justement renommés, niais encore parce qu'il constitue le premier travail complet sur la dernière épidémie parisienne. Dans l'armée comme dans la population civile, le choléra n'a éclaté qu'au mois de novembre et il s*est montré presque en même temps sur des, points relativement assez éloignés les uns des autres ; sa morbidité et sa mortalité ont été restreintes: ou compte 210 malades, soit 13 pour 1000 hommes de garnison, et 15 décès, soit 2" pour 100 des malades atteints de cAo/tfi-acoN/!r«ié, et environ 1 pouf 1000 des militaires présents à Paris. Ces chiffres, on le voit, sont assez rassurants. Il est cependant une remar<]uo assez singulière, c'est que les militaires les plus gravement frappés, ceux qui ont été enlevés par l'épidémie, étaient en général d'une constitution très robuste : c Ce n'étaient pas, dit M. L. Colin, des malingres, des habitués d'infirmerie ou d'hôpital, c'étaient des homincs alteint^^/pUùa«|r|pMe, au cours d'une garde, d'uue fi^âli^,'^ëtËy, WlSmssi^^Wux,

U Avril 18S5

peut-être plus, que nombre de ceux qui n*ont subi que les Tonnes atténuées de l'affection. *

Il n'a pu être établi si ces hommes avaient commis des excès d'une nature quelconque, et s'ils avaient été momen- Unément débilités et rendus plus aptes à contracter la maladie ; mais il convient de faire remarquer que les militaires |)las en contact avec la population civile ont été particulièrement atteints. Ainsi les plantons, les factionnaires, lesordonnances, les secrétaires, etc., ontété plus nombreux parmi les vtclimes du choléra, t Celte prédisposition des soldats soustraits aux rondilioiis habituelles de l'existence des casernes, nousen retrouvons, dit M. L, Colin, une autre preuve dans la fréquence relative des atteintes dans le régiment des sapeurs-pompiers (31 cas de choléra et cholérineet 27 de diarrhées sur un eCTectif de 1G94 hommes). On sait que, dans ce régiment, l'habitat ordinaire du soldat est moins la caserne que la foule des petits postes disséminés à la surface de la ville entre lesquels est répartie chaque jour unenotable partie de l'effectif. • Il faut rapprocher de ce fait la mortalité et la inorfiidité plus considérable, dails la population civile, des LTlibataircs qui, comme les soldats détachés de leurs corps, sont sousirailsà une hygiène sévère, plus exposés aux refroidissements nocturnes et surtout moins bien soignés dès le iléhut des accidents prémonitoires. C'est ainsi que, toutes les rasenies ayant été touchées par l'épidémie, les conditions d'agglomération en apparence défavorables n'ont pas empêché le mal de s'éteindre rapidement sur place, « comme devant un milieu réflraclaire », tandis que ceux qui étaient .^eustraits non seulement aux dangers, mais surtout aux obligations de la vie encommun, ont été plus aisément contaminés.

La population militaire a été peu frappée comparativement aux épidémies antérieures. Les chiffres des décès ont été, en ISaâ : 837; en 1849: 1240; en 1853-54: 681); en 1865-6G: Miài eu 1873: 32; en 1884: 17. Comparativement à la population civile, l'armée aétéuii peu plus alteiute. LechifTre des décès eût dû être de 1500 au lieu de 1000 si l'on tenait un compte numérique exact de la population civile comparée à la population militaire.

Mais il est surtout intéressant d'étudier les mesures prophylactiques recommandées dés le début de l'épidémie cholérique. Le directeur du service de santé n'avait pas hésité à signaler ce fait regrettable que la plupart des casernes de Paris étaient alimentées à l'aide de l'eau d'Ourcq, la plus Insalubre des eaux de Paris, alors qu'il serait si facile de placer à l'intérieur du mur d'enceinte de ces casernes une borne-fantaioe fournissant de l'eau de la Vanne.

Dans une lettre adressée, le "£1 juillet, au gouverneur militaire de Paris, M. L. Colin indique, de plus, toutes les mc- >uresqui lui paraissent de nature à prévenir une Iropgrande extension de répidémic II insiste surtout sur la nécessité de ne pas transporter au loin des malades qui ont besoin de soius immédiats et, dans ce but, il prescrit les mesures suivantes : 1" hâter la notification de tout cas de choléra contirmé ou suspect (par une surveillance exercée à tout instant ■dans les corps de troupe et par la multiplication des visites médicales) ;- 3" assurer la rapidité du transport ù l'hôpilal (voitures toujours prêtes dans chaque caserne, ces voitures étant munies de couvertures, boules d'eau chaude, briques chaudes, etc., et désinfectées avec soin après chaque voyage, c'est-à-dire avant la sortie de l'hôpilal et dès sa rentrée à la caserne). En outre il fut prescrit de délivrer aux militaires hospitalisés et atteints de maladies chroniques, te plus grand nombre possible de congés de convalescence. Les hôpitaux

ainsi débarrassés de tous ceux qui parfois les encombrent, il devint fVicile d*y faire admettre, sans danger, dans des salles bien aménagées, tous les hommes atteints de diarrhée simple ou suspecte. Les infirmeries régimenlaires ne pouvaient plus, dès lors, devenir des foyers d'infection préparant ou aggravant les dangers épidémiques et la salubrité générale en fut améliorée.

Une fois l'épidémie terminée, tous les quartiers contaminés furent désinfectés à l'acide sulfureux.

Grâce au concours intelligent et dévoué qu'il a trouvé près de tous les médecins de l'armée, le directeur du service de santé du gouvernement de Paris est rapidement parvenu à enrayer celte épidémie cholérique. Le rapport qu'il vient d'écrire montre une fois de plus ce que peuvent, en matière épidémiolugique, les mesures d'hygiène immédiatement prescrites et rigoureusement obéies.

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