SÉANCE OD 29 AVRIL 1885. — PRÉSIDENCE DE H. DUPLAY
OénAralleatlon nèoplMlqiie A la suite de l'extirpation des kystw de l'ovaire : M. TerrUIon. (Disouaeion : HM. Nloalee, Luoa*. Cbampionxilère, VeroeoU, Monod, Terrier}. — Be l'oooluslon intestinale, rapport : M. TUlanx. — Beototomle externe daas les rétrécissements da rectum : H. Prengroeber. — PrAecntatlone de pièces anatomiquee et de malades : MH. Monod et Polaillon.
M. Terrillon communique l'observation suivante : Une jeune fille portait un kyste uvarique se présentant avec le cortège des symptêmes classiques; elle est opérée avec succès, et l'examen macroscopique de l'ovaire malade n'offre rien autre que ce que l'on rencontre en pareille circonstance. Une fois rétablie, la malade reprend à la campagne ses occupations ordinaires. Tout va bien pendant six mots, mais au bout de ce temps on constate une induration au niveau de la cicatrice. Cette induration augmente rapidement, il survient des phénomènes de cachexie et la malade succombe après un an à la généralisation du néoplasme dans plq^eqrs
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viscères et même dans les os. Ce fait de {généralisation néoplasique à la suite d'une extirpation de kyste île l'ovaire est rare, il en existe toutefois un certain nombre épars dans les annales de la science ; mais la question n'a pas fait l'objet d'un travail d'ensemble, c'est cette lacune dans l'histoire de l'évolution postopératoire des kystes ovarïques que H. Terrillon désire combler.
Ën 1874, H. Panas a un des premiers appelé l'attention ^ des chirurgiens sur la généralisation du tissu néoplasique des kystes de I ovaire en relatant devant la Société de chirurgie l'histoire d'une malade, qui succomba dix- huit mois après l'opération, avec des dégénérescences dans divers organes. Boinet rapporte un fait analogue et M. Verneuil, à l'occasion de la communication de M. Panas, en rappela également un semblable. Dans la Gazette hebdomadaire se trouve inséré un mémoire de M. Worms sur ce sujet; l'encyclopédie de Pitha et Bilirolh renferme un chapitre sur la question; Hégar et Kaltenbach en signalent quelques observations. Rassemblant tous ces cas, M. Terrillon arrive à un total de ^uaranle-sii observations, qu'il a pris le soin d'analyser à divers points de vue. Le néoplasme récidive le plus souvent dans le péritoine, la paroi abdominale et le pédicule même du kyste; viennent ensuite l'utérus, le foie, le sein, les os, etc. La récidive se montre ordinairement dans les deux ans qui suivent l'opération, on l'a vue pourtant survenir une l'ois cinq ans après. Ce sont principalement les malades âgées de trente à quarante ans, qui voient leur néoplasme se généraliser. Les notions précédentes sont faciles à dégager des observations relevées, mais il n'en est pas de même de la notion suivante : quelles sont les variétés de kystes de l'ovaire qui prédisposent à la récidive? En effet les renseignements sur la nature des kystes fournis par les divers observateurs ne sont rien moins que précis, et, d'ailleurs, ne sait-on pas quelle confusion existe encore dans l'interprétation des données hîslologiquesrelaUves aux kystes de l'ovaire.
Si l'on s'en rapporte aux remarquables travaux de Matasses et de Sinély, qui font des kystes ovariques de véritnbles tumeurs épithéliales (d'après ces auteurs plusieurs couches d'éptthéliums stratifiés tapisseraient la face interne du kyste et lui donneraient l'aspect d'une muqueuse, d'où le nom d'épithélioma mucolde proposé par eux), il est facile de comprendre la tendance de cette affection à la généralisation, mais il est moins aisé de saisir pour quelle raison l'infection ne se produit pas plus souvent. Peut-être cela tient-il à i'étroitesse du pédicule, qui permet à la tumeur de vivre pour ainsi dire d'une vie propre; à l'absence ou au très faible développement des lymphatiques dans ce pédicule? Peut-être les Kystes ne deviennent-ils le point de départ d'une généralisation que lorsqu'ils subissent une dégénérescence sarcomateuse ou carcinomaleuse? Le mécanisme de la récidive, lorsqu'elle survient après l'ablation du kyste, peut être expliaué de plusieurs façons. Lorsque le néoplasme repullule dans le pédicule même ou dans son voisinage, cela tient ou bien à ce qu'il existait à la surface du péritoine des végétations gui n'ont pas été enlevées au moment de l'opération, ou bien à ce que la tumeur s'est greffée sur les lèvres de ta plaie abdominale au moment de son ablation, de la façon que M. Nicaise a fait connaître dans un travail paru l'année dernière dans la Bévue de chirurgie : lorsi]ue la repullulation a lieu dans des organes éloignés, l'explication est du domaine des hypothèses : peut-être n'y a-t-il là qu'une simple coïncidence d'un cancer généralisé et d'un kyste ovarîque; peut-être la généralisation s'est-elle faite par les voies de la drculationgénérale.
H. Nicaise ajoute un fait nouveau k ceux qu'a recueillis M. Terrillon. Une femme de cinquante ans est opérée d'un kyste multiloculaire. Rien de particulier n'avait été noté, ni dans ses «ntép^ents, ni dan; h cours de l'opératioPf ettout
semblait présager une cure complète, lorsque six semaines après on constate une tumeur au niveau de la cicatrice, l'élnl général devient mauvais et la malade succombe au bout de quelques semaines. On ne fit pas raulopsio, mais il ne saurait être douteux que la tumeur récidivée était due à la drgénérescence des ganglions prévertébraux.
M. rticaise insiste pour faire remarquer en passant qu'il y a lieu d'établir une distinction entre les végétations cancéreuses du péritoine tapissant l'ovaire et les petites tumeurs papillaires de la même région ; ces dernières sont bénignes; saufTascile, elles ne déterminent aucun accident par ellesmêmes.
M. Lucas-Championnière croit que jusqu'ici l'histologie est impuissante à nous éclairer sur la nature des kystes de l'ovaire. Considérés par la plupart des histol<%istes comme des tumeurs épithéliales, ils devrnienf nu nom de la clinique récidiver et se généraliser; or c'est là une exception, de l'avis de tous les cliniciens. Ces kystes, qui récidivent, ne sont évidemment pas de la même nature que ceux dont on obtient une guérison définitive par l'extirpation; si l'histologiste est impuissant à les reconnaître, le clinicien ne l'est guère plus ; toutefois dans ces derniers temps on vient de signaler un symptôme auquel l'observation ultérieure donnera peut-être une certaine valeur, ce symptôme est la rareté ues urines dans les cas de tumeurs malignes.
M. Verneuil prie H. Terrillon de faire quelques petites corrections dans le texte de son travail afin de le rendre plus compréhensible. Par exemple, au lieu d'écrire qu'à la suite de l'extirpation d'un kyste de l'ovaire on voit des tumeurs cancéreuses se développer dans divers organes, il y aurait avantage à dire qu'à la suite de l'extirpation d'une tumeur de l'ovaire, etc. Cette correction, apportée par tous les observateurs dans la relation de leurs faits, servirait peut-être à faire disparaître le désaccord qui existe entre les histologistes et les cliniciens. Il y a en effet une différence fort grande entre un kyste et une tumeur kystique; le kyste a une paroi très mince tapissée d'une couche peu épaisse d'épithélium, il est dû à la dilatation d'une cavité naturelle distendue par du liquide, la maladie kystique de la mamelle dont M. Reclus vient de reprendre si heureusement l'histoire est un exemple de ces kystes simples; la tumeur kystique, au contraire, a une paroi épaisse formée de tissu pathologique, soit épiihélial, soit sarcomateux, soit carcïnomateux, le kyste ici n'est que secondaire, c'est son envelopp a qui constitue la plus grande partie de la néoformation. In maladie de la mamelle de Paget fournit le type des tumeurs kystiques. Le kyste proprement dit et la tumeur kyslîfjue peuvent se rencontrer dans l'ovaire. Il ne faut pas a priori ol sans distinction appliquer la dénomination d'épithéliome à tous les néoplasmes kystiques de l'ovaire ; cette dénomination ne convient que lorsque l'épithélium qui tapisse ta fac;.' interne du kyste végète en trop grande abondance et forme des masses volumineuses se déviant absolument du type anatomique primitif. Le mémo processus n'existe-t-il pas dans d'autres régions? Par exemple les kystes sébacés ne sont-ils pas des kystes absolument anodins pouvant durer tels dix et vingt ans et plus et se transformer, à un moment donné, par une végétation trop active des cellules épithéliales de leurs parois en épîthélioma? Relativement au mécanisme de la généralisation des tumeurs kystiques de l'ovaire, M. Verneuil croit qu'une des voies de la pénétration des éléments morbides dans l'économie se trouve naturellement créée par les grosses veines des parois.
M. Monod appuie les remarques de HM. Lucas-Championnière et Verneuil à propos du désaccord entre l'histologie et la clinique. Il exempte les histologistes du reproche de ne pas apporter un appoint au chapitre du pronostic des kystes de 1 ovaire en disan^ que ceux-ci ne font 4ans leiii laiioratoive que d9 rhUtoiré flAlureDe; ils ne peuvent f|M..
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donner des idéesgénéralessur la nature d'un néoplasme ; aux cliniciens appartient le r6le de savoir comment se comporte une tumeur seprésentantavec tels ou tels caractères s;mptoinatîques,
M. Terrier dit que depuis la publicaltou de leur travail MM. do Sinéty et Mahssez ont fait de nouveaux examens de kystes ovariques, et un certain nombre, outre le revêtement èpiihélial interne, leur ont présenté une puroi formée d'éléments divers sarcomateux ou carcinoinateux ne Inissant aucun doute sur la malignité de In production. Un de ces examens a été pratiqué sur uue opérée de H. Terrier, dont l'observation a été publiée do^nsV Union médicaie de l'année dernière; M. Halassez, en présence de l'aspect de la coupe liistolopique, avait annoncé que très vraisemblablement la tumeur racidiverait : ce qui n'a pas manqué d'arriver. Une autre observation de M. Terrier est uussi démonstrative. Donc à côté des kystes de Tovaire type non récidivant, it y en a d'autres qui sont susceptibles de repnlluler et d'infester l'économie.
— M. Tillaux fait un rapport sur un mémoire de M. Auffret, professeur à l'Ecole de méik-ciiio navale de Brost, sur les occlusions intestinales, reposant sur douze' observations inédites, dont buit personnelles k l'auteur.
— H. Prengrueber Ut un travail sur la rectolomie externe dans le traitement des rétrécissements du rectum. L'auteur y préconise la réunion immédiate secondaire de la plaie, afin de diminuer la durée de la cicatrisation.
— H. Monod présente uue volumineuse tumeur de l'utérus enlevée par 1 hystérectomie sus-vaginale.
— M. Polaillon présente un malade qu'il a opéré de la cure radicale d'une hernie inguinale offrant des circonstances |iarticulières. La hernie très volumineuse ne pouvait être réduite complètement par le Iaxis à cause du peu de capacité de l'abdomen que l'intestin avait depuis longtemps cessé d'habiter ; le malade fut soumis à la diète, et après quelques semaines les parois abdominales assouplies permirent ta réintégration de l'intestin. A ce moment H. Polaillon intervint de la façon suivante : il fit entrer peu à peu par I e Iaxis tfsanscs intestinales dans Tabdomen, et, lorsqu'il eut acçiuis h conviclion que tout était réduit, il fit la castration, mit le sac à nu et sans l'ouvrir jeta une ligature sur son pédicule. Aujourd'hui le malade est parfaitenieiil guéri.
M. Berger pense qu'il vaut mieux ouvrir le sac que de lier à l'aveugle sou pédicule, car il exi::to nombre de faits dans lesquels, bien que l'iutestin partît e:iltèrement réduit, il existait dans sa cavité une anse (|ui fut comprise dans la ligature.
Alfred PotasoN.
BIBUOGRAPUIE
tmémM. blUl«cnrU«u.
L'ALUENTATION OES obtenus, au point de vue nVCIÉNIQUE ET
PÉNiTE.vTiAinE, par le docteur Merry Delauost, professeur à t'École de médecine de Itouen. 1885, Paris, Cbaix. — Ce méoioirc, extrait du Bulletin de la Société générale des prisons, mérite une attention pariiculière, en raison de la conscience avec laquelle il est exécuté et des vues personnelles qui y sont exposées. Une analyse très précise des recherciies faiies pour évaluer la ration alimentain; nécessaire à l'hoinnie bien portant, rapprochée de ce qui se pratiuue sous ce rapport dans les prisons, soit en France, soit en Angleterre, a conduit l'auteur à celle conclusion qu'en France l'alimentation réglcinontairc est supérieure à celle ((ui est nécessaire pour entretenir la santé et les forces des détenus innoccupés. U'uu auire côié, il croit que la caniiue /■at'«/((i(icc qui, sous le règlement actuel, permet au détenu de se procurer à ses frais un supplément de vivres, mais
qui peut aussi être supprimée par mesure disciplinaire, devrait être obligatoire pour tous ceux qui font un travail un peu pénible moyennaul un prélèvement fait sur le salaire du détenu,
gui lire bénélice de son Invail et sert le profil de l'entrepreneur, 'est la pensée dominante du mémoire, autour de laquelle gravitent de nombreuses et importanlos considérations physiologic^ucs sur l'hygiène alitnenlaire. Un chapitre spéciul est consacré à I élude de ce que k's Angolais appellent le principe progressif, suivant lequel l'alimcnlalion. faible dans les premiers temps du la détention, augmente quand celle-ci doit se prolonger et varie aussi avec les classes de détenus.
FoNSSACRiVES, SA VIE ET SON (EUVRE, par le professeur J. Grasset. Montpellier, C. Couh'l, et Paris, Uetuliaye el Lecrosnier. — C'csi une bonne pensée qu'a eue M. Grasset de consacrer à la mémoire de Fonssagrives la première leçon de son cours de thérapeutique. Il l'i) rempliicé dans sa chaire et lui ressemble par plus d'un cété. Mémo icndiioccs doctrinales, même distinction d'esprii, même goùl littéraire, même étendue de savoir. Fonssagi-ivos devait donc être bien jugé par M. Gra^^set. Ce qui me platl surtout ici, c'est le soin qu'a pris l'auteur de faire ressortir dans son modèle un ^euro de mérite qu'avait un peu fuit oublier la nature particulière de ses derniers travaux, dont le caracir i: dominant était la vulgarisation. Fonssagrives était un ob^ervaltiu.cl un prnlicitn d'un ordjre élevé ; on le verra bit:u en lisant la notice.
VARIÉTÉS
QUELQUES MOTS SUR LA nËFOAHË DU BACGAI^CHËAT.
Bien qu'elle paraisse, ù première vue, un peu étrangère à nos préoccupations habituelles, la question du baccalauréat, qui intéresse lout .'i la fois le recrutement du corps médical et l'enseignement des Facultés de médecine, ne saurait nous laisser indilTércnts. Aujourd'hui donc que l'enquête récemment ouverte par le ministère de l'Instruction publique a créé un mouvement d'opinion dont on ne peut nier l'importance, que les Facultés de médecine ont pris part à ce grand débat, que les journaux politiques et les revues spéciales de renseignement sont remplis d'articles défendant les systèmes les plus divers, il nous a paru bon de résumer quelques-unes des opinions émises et de dire ce que nous pensons d'une réforme qui, pour être bien accueillie par l'opinion publique, ne doit être, à nuire avis, ni une révolution dans nos mœurs universitaires, ni le maintien d'un état de choses presque unanimement condamné. Nous ne pouvons avoir la pretentmn d'envisager sous toutes ses faces un sujet aussi complexe. Contentons-nous doue d'exposer quelcjues principes et de chercher à en déduire quelques conclusions pratiques,
Le baccalauréat, je cite ici les paroles du uiînisiro de l'Instruction publique, est profondément enraciné dans nos mœurs scolaires et sociales. 11 date du quinzième siècle et depuis celte ëf>oque chacun y pense, soit pour lui-même, soit pour les siens. Souvent modifié, parfois transformé, il a résisté à toutes les révolutions. En pouvait-il être autremrnt? Pins la civilisation progresse, plus les sciences positives tendent à s'imposer par leurs applications pratiques, ot p'uî on doit reconnaître la nécessité de ne pas se spécialiser avant d'avoir acquis par l'étude générale des littératures, de l'histoire et des sciences, ce fonds commun qui constitue la première culture de l'esprit. En vain a-t-on parfois cherché à soutenir que les études classiques n'avaient par ellesmêmes aucune utilité immédiate. Il est reconnu que les spécialisations hâtives, les bifurcations scolaires prématurées n'ont jamais été ratifiées par l'opinion publique. Le système iréducntion imaginé par M. F^oiil a étéjirës vile discrédité et ce sont les médecins eux-mêmes qui ont demandé que le diplOme de hoimm^ks lettres fût e^édâ
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tous les candidats au doctorat en médecine. Nous pensons donc qu'à tous ceux qui prétendent embrasser une carrière libérale, il faut un fonds d'études commun et qu'en France surtout, où chacun veut faire constater par un parchemin authentique ce qu'il croit devoir à son travail personnel, il faut aussi un examen commun. Les études générales dont le baccalauréat a toujours été et doit rester la sanclîon, ne sauraient, dès lors, être supprimées. C'est ilire que je reste partisan du baccalauréat, malgré les inconvénients qu'il présente, malgré les critiques qu'il a méritées. Mais, tel qu'il existe aujourd'hui, cet examen est-il bien compris, répond-il à tout ce que nous sommes en droit d'en espérer? Telle est la question que je voudrais examiner sans parti pris et en tenant compte des opinions émises par ses partisans aussi bien que par ses adversaires.
Le baccalauréat actuel a un double caractère. Il est un certificat d'études classiques et un grade universitaire. Comme certificat d'études, il doit fournir la preuve qu'un
t'eune homme, qui a passé une dizaine d'années dans un étailissement d'enseignement secondaire, a profité des leçons de ses maîtres et acquis ce minimtm d'instructwi <]ue ne peut manquer de conserver toujours un homme bien élevé.
Comme grade universitaire, le baccalauréat ouvre l'accès d'un cfflain nombre de carrières qui ne peuvent être utilement parcourues f^ue par des hommes dont l'iutelligeace a été sumsamment développée.
Ce double caractère qui crée aux examinateurs de nos bacheliers des obligations assez complexes me semble pouvoir être considéré comme l'une des causes principales des attaques que l'on adresse au système actuel. L'examen du baccalauréat, disent les pères de famille, est trop sévère. Un juge tant soit peu scrupuleux hésite avant d'admettre un jeune homme à qui son diplôme pourra ouvrir la porte d'une carrière Mbéraln comme l'enseigtiement public, le droit ou la médecine. El lorsque ce juge est, comme il arrive trop souvent, un jeune maître de conférences ou bien un docteur qui n'a pas acquis, par la pratique de l'enseignement secondaire, une expérience suffisante, on peut craindre qu'il ne pose aux candidats des questions auxquelles il sera souvent difficile à celui-ci de bien répondre. Il en résulte qu'au Heu d'être lu consécration d'une Kfie d'études générales, accessibles à toutes les intelligences moyennes, le baccalauréat devient un examen spécial dans certaines de ses parties. La multiplicité et la complication croissantes des programmes de l'enseignement secondaire aggravent chaque jour ces difficultés. Trop sévère, le baccalauréat devient aussi trop aléatoire. Un élève studieux, et par conséquent assez instruit, peut ne pas comprendre le sujet d'une dissertation philosophique ou commettre une erreur grave dans un problème de physique. Il échoue piteusement là où son voisin, moins fort, mais plils habile ou plus heureux, conquiert de haute lutte le diplôme que ses maitres directs lui auraient très probablement refusé.
Je me hà!e d'ajouter que ces critiques sont un peu exagérées. S'il est reconnu qu'il est trop sévère et surtout que les sujets de composition écrite sont parfois assez mal choisis, le baccalauréat reste cependant accessible à l'immense majorité des élèves de nos lycées. C'est à. peine, nous affirment des maîtres autorisés, si, après les épreuves successives qu'il leur est loisible d'affronter dans le cours des deux années qui les séparent de la conscription militaire, cinq ou six étudiants sur cent échouent définitivement. Il suffit cependant que certains échecs immérités ou certains succès plus regrettables encore puissent être signalés pour que I on soit en droit de solliciter une réforme.
De leur c6té, les professeurs de l'enseignement supérieur qui considèrent surtout — sinon exclusivement — le baccalauréat comme un grade universitaire, s'accordent à regretter l'insuffisance notoire et malheureusement croissante de la plupart des candidats. Les professeurs de lettres et de sciences
se plaignent de la médiocrité des élèves qui prétendent aborder les hautes études et pensent que leurs auditeurs seraient plus aptes à profiter de leurs leçons si les épreuves du baccalauréat étaient plus difficiles. A plusieurs reprises, les professeurs de droit se sont demandé s il ne conviendrait pas d'imposer ie diplôme de licencié ès lettres à tout étudiant oui voudrait commencer l'étude du droit romain. Knfin,dans les Facultés de médecine — et nous aurons à revenir sur ce sujet — les inconvénients du système actuel sont si graves, que l'on perd une année entière à enseigner aux futurs médecins les notions de physique, de chimie et d'histoire uaiurelle qu'ils devraient posséder k fond avant de prendre leur première inscription.
On le voit donc : trop sévère et trop aléatoire aux yeux des familles, qui prétendent ne le considérer que comme un certificat d'études, le baccalauréat paraît trop facile, et contraire aux intérêts bien entendus de l'enseignement supérieur, aux professeurs des Facultés qui se préoccupent surtout de n'admettre dans les carrières libérales que des jeunes gpns sufïisamment instruits. Cette double et contradicloire condamnation appelait une réforme. L'enquête mînistérïelfe a sollicité à ce sujet l'avis des corps enseignants. La plupart de ceux-ci ont répondu en maintenant, comtne je le disais en commençant et pour des motifs à peu près semblables, la nécessité de conserver l'examen du baccalauréat, mais à la condition d'en modifier les épreuves et surtout les programmes, de tenir grand compte des succès remportes par les élèves dans le cours de leurs études classiques et des notes qu'ils ont obtenues, enfin d'appeler les professeurs de l'enseignement secondaire à prendre part à l'examen qui sert à contrôler la valeur de cet enseignement.
Il ne m'appartient pas de discuter ici toutes les solutions proposées. Le but de cet article n'étant pas d'entrer dans le détail d'une question très controversable, mais plutôt d'indiquer ce qui parait convenir le mieux au recrutement de la profession médicale, je préfère essayer de faire voir comment pourrait être comprise la réforme projetée.
Si l'on se contentait de restituer au baccalauréat son rôle primitif et indéniable, celui de certificat «PHudes, cet examen aurait pour but ezclnsif de constater que tous les Jeunes gens âgés de seize à dix-huit ans, qui ont terminé leurs études classiques, ont acquis l'inslrucliun scientifique ou littéraire qui doit permettre à un homme, quel que soit son âge, de n'être tout à fait étranger ni aux questions de littérature ou d'art ni aux ouvrages et aux applications scientifiques. Or que fait-on aujourd'hui dans les lycées? Jusqu'à la classe de philosophie, les études scientifiques et littéraires restent communes. Sans doute leurs programmes sont infiniment trop complexes, sans doute on exige aujourd'hui de nos enfants un effort intellectuel ^tii trop souvent surcharge leurs cerveaux et qui, les médecins sont unanimes à le proclamer, a parfois sur leur avenir une influence désastreuse. Il appartiendra au conseil supérieur de l'Instruction publique — qui vient d'ailleurs d'entrer dans celte voie — de reviser ces programmes, de simplifier ces études et de faire une part plus équitable à celles qui ont pour but unique de former et de développer l'intelligence sans inutilement encombrer la mémoire. La question des programmes étant réservée et ceux-ci étant simplifiés, n'eslil pas admissible qu'un seul examen, auquel on conserverait te nom de baccalauréat, sans qualificatif d'aucun genre, pourrait suffire à constater l'instruction des candidats, tout eu ne leur contcrant aucun droit ultérieur? Cet examen pourrait être très simple. Avec la plnpnrt des professeurs de l'enseignement public, je crois qu'une version latine suffisamment longue et relativement facile permettrait déjuger sîJe^afculid al connaît assez bien la langue Btihio et la laugue^A^^aftik On pourrait y ajouter, comme composition écrite et dahs le seul
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but d'alléger Tépreuve orale, un thème allemand ou anglais et une composition scientifique. Maisilserait admis ou bien que cette épreuve écrite ne serait pas éliminatoire ou bien que les notes antérieures du candiaat entreraient, pour une très large part, dans l'appréciation de sa valeur. Les notes et les places obtenues par le collégien dans ses deux dernières années d*étude, ses succès universitaires, les nominations qu'il aurait pu remporter au concours général, imposeraient aux examinateurs le devoir de l'admettre à l'examen oral. Celui-ci serait subi devant un Jury, composé de professeurs choisis dans renseignement supérieur et dans l'enseignement secondaire» appartenant par moitié à Tordre des sciences et à l'ordre des lettres. Les quatre membres du jury siégeraient simultanément et non, comme il arrive trop souvent, dans des salles séparées. L'examen oral serait court, il porterait sur l'explication des auteurs, sur des notions {générales d'histoire, de philosophie, de sciences pures et appliquées. Résumant IVnseignemenl de tous les lycées et établissements libres, il ne devrait pas entrer dans les questions de détail ou de doctrine, qui trop souvent divisent les maîtres euxmêmes.
Ainsi compris, l'examen du baccalauréat deviendrait tel qu'il serait presque impossible qu'un élève de force moyenne y put échouer. Très alléfîé et devenu très général il permettrait aussi aux professeurs de l'enseignement secondaire de rehausser progressivement le niveau des études en se préoccupant, cnacun dans sa partie, d'attirer et de séduire, par ses leçons spéciales, les élèves dont l'inielligence leur paraîtrait plus ouverte et plus accessible soit aux études scientifiques, soit aux éludes historiqui^s, philosophiques ou littéraires. Le fonds commun resterait le même; tous les élèves seraient tenus de suivre les cours de l'enseignement secondaire qui résument ce qu'on est convenu d'appeler l'éducation classique; mais, débarrassé du souci de l'examen de l'ancien baccalauréat, chaque élève pourrait, suivant ses aptitudes, se perfectionner dans telle ou telle, branche de ) enseignement. N'est-ce pas une vue analogue qu'émettait récemment dans son rapport ofliciej, le vénéré doyen de Nancy, M. Tourdes, en demandant que le candidat fdt autorisé à spécialiser jusqu'à un certain point son examen, par la désignation d'un certain ordre de questions qu'il aurait plus particulièrement étudiées en vue de son avenir? Si ces idées étaient admises, on ne songerait plus à défendre l'opportunité des examens de passage subis dans l'intérieur des établissements d'enseignement secondaire et à s'exposer ainsi à condamner dès la sixième ou la cinquième, un enfant dont l'intelligence pourrait se développer plus tard. Ne redoutant plus les dangers et les accidents du baccalauréat, on n'oserait pas nonpius demander sa suppression radicale et son remplacement par une série d'examens spéciaux, ce qui ruinerait l'hom(^énéité et l'unité de l'enseignement secondaire, favoriserait les spécialisations hâtives et ferait le succès de certains établissements annexés à l'Université et dont le but serait de faire non des hommes, mais des diplômés.
Il est vrai que ce baccalauréat ainsi allégé, simplifîé, redevenu un certihcat élémentaire d'études littéraires et scientifiques, ne pourrait suffire à remplacer le baccalauréat actuel. Ceuxqui auraient con(}uis le nouveau diplôme devraient faire preuve de connaissances plus étendues avant d'aborder les hautes études ou de prendre leur inscription dans une Faculté dont les diplômes confèrent des droits effectifs, En nii mot le baccalauréat, certificat d'études, cesserait d'être un grade d'enseignement supérieur. Est-ce à dire pour cela qu'il conviendrait, en même temps que l'on diminue la valeur des épreuves du baccalauréat ordiiiaire, de créer une série de baccalauréats supérieurs qui, sous les noms de baccalauréat ès philologie,baccalauréatèssciencesmathématiques, ës sciences physiques, etc., etc., ouvriraient aux diplômés les
carrières libérales ?Je ne le pense pas et je crois qu'il deviendrait facile, sans trop modifier les rouages universitaires, de répondre au désir manifesté dans ce sens par un grand nombre de savants. Que se passe-t-il en effet aujourd'hui? A l'entrée de toutes les Ecoles du gouvernement et de la plupart des carrières existent déjà des examens spéciaux. Pour arriver à l'Ecole navale aussi bien qu'à l'Ecole polytechnique ou aux Ecoles forestière, centrale, normale, etc., il faut avoir été admis après un concours dont les difficultés croissent en raison du nombre et de la valeur des candidats. Dans l'Université elle-même l'examen des boursiers de licence et d'agrégation est un premier pas fait dans la voie que je voudrais tracer. Les cours officiels des Facultés de l'Etat sont librement ouverts à tous ceux qui prétendent les suivre. II en iloit être, il en sera toujours ainsi. On ne peut donc exiger un diplôme spécial de ceux qui prétendent suivre les cours publics. Mais, d'autre part, l'Etat a le droit de ne pas autoriser la participation aux exercices pratiques (qu ils s'aJ;)pel^cnt conférences ou manipulations de laboratoires) qui conduisent aux grades supérieurs sans un examen spécial, démontrant que le candidat est ou sera en état de faire honneur aufi-maltres qui l'auront instruit. Cet examen existe en principe, je viens de le dire, pour les boursiers de licence. On pourrait aisément en rendre les épreuves plus longues et
fdus sévères. On pourrait obliger ceux qui, quoique bacheiers, voudraient y être admis, à suivre pendant une année soit les cours d'une classe de rhétorique, de philosophie ou de mathématiques élémentaires, qui ne serait plus encombrée par les refusés du baccalauréat et redeviendrait une classe de vétérans, soit les cours d'une des Facultés de l'Etat qui, en province surtout, manquent parfois d'auditeurs studieux.
Pour la médecine, ^ui nous intéresse particulièrement, il serait indispensable d'établir un i^xamen spécial. C'est ce que, du reste, l'un des maîtres lesplusauturisés de l'enseignement médical, H. le professeur P»iain, a magistralement établi dans un article de la Revue scientifique (1885, p. 330): Un jeune homme, dît-il, qui se destine à la médecine subit d'abord l'examen du baccalauréat ès leltres, puis celui du baccalauréat ès scienees.où il doit faire preuve qu'il a étudié li s mathématiques, l'histoire naturelle, la physic[ue et la chimie; après quoi il est admis à prendre sa première inscription. Ce collégien devenu étudiant arrive à la Faculté plpin de zèle. Séduit par l'attrait de la nouveauté, attiré par les mystérieux problèmes de la science médicale, il est prêt à se donner eu entier au travail, dont il attend une initiation si désirée. El voici, au contraire, que pendant une année entière il n'entend plus parler que de physique, de chimie, d'histoire naturelle, sciences qu'il croit connaître et qu'il connaît parfois. Dès lors son zèle se refroidit; dans sa hâte de connaître la médecine, dont il lui est interdit d'aborder l'élude, il suit au hasard les cours d'anatomie, de physiologie, voire même de clinique. Comprenant mal ou ne comprenant rien, il se disperse, prend de mauvaises habitudes d'esprit, butine partout sans rien approfondir et renonce à tout travail sérieux. Le remède à cet état de choses serait de supprimer, dans les Facultés de médecine, l'enseignement théorique des sciences phvsiqueset naturelles et de n'y enseigner que les applications de ces sciences à la médecine. Mais cet enseignement qui ne peut s'adresser qu'à des élèves connaissant déjà les faits de pathologie qui comportent les applications des sciences à la médecine doit être rejeté à la lin des éludes médicales. Il en résulte donc que la première année de médecine devrait être consacrée à l'analomie et que, dès la seconde année, les élèves devraient pouvoir commencer la pathologie et la clinique. Je n'insiste pas plus longuement sur l'utilité de celte réforme, renvoyant pour de plus amples détails à l'article de M. Polain. Je me borne à citer sa conclusion, c II est donc essentiel, 4iê-À, que les élèves n'abordent nos écoles que préalablemeukAmnis de toutes les notions d'histoire naturelle, de physibque et
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de chimie qui sont nécessaires pour commencer utilement les études de médecine proprement dites. Ces notions, ils les pourront acquérir soit dans les Facultés des sciences, soit même dans des classes préparatoires spéciales. Il faut qu'ils en fassent preuve avant de prendre une première inscription. A cette preuve suffira un examen d'entrée analogue à ceux que l'on impose k tous les candidats qui se présentent aux écoles spéciales. Un semblable examen ayant un but très déterminé pourra se faire d'après un programme exactement en rapport avec ce que réclament les études auxquelles il doit donner accès. Confié aux professeurs mêmes qui dans l'école où le candidat demande à être admis, enseigneront les applications des sciences accessoires, il leur assurera par la suite des auditeurs convenablement préparés. »
On le voit, cette réorganisation médicale si souvent réclamée, sî impatiemment attendue et dont H. Potain vient d'exp(«er si clairement les nécessités et l'urgence, se relie étroitement à la réforme du baccalauréat, et tout ce que je viens d'en dire s'accorde parfaitement avec les arguments de mon éminent confrère. Je me résume donc en quelques propositions :
1* Le baccalauréat doit être maintenu,maîs àla condition de ne plus étrequ*un examen unique, sanction des études classiques, ne portant que sur ce qui, dans ces études, ne doit être ignoré, ne doit être oublie de personne, c'est-à-dire trèsallégé nn point de vuedcsm.-iihémaltques.de la philosophie, de cert.'iines parties de l'histoire, etc. Cet examen pourrait ètro subi devant un jury rnixlc composé de professeurs de l'enseignement supérieur et de professeurs de renseignement secondiiiri'. Les épreuves éliminatoires seraient supprimées au moins pour les candidats ^ut présenteraient un iivret de notes établissant que leurs études classiques ont clé fructueuses. Les épreuves écrites si raient rendues très faciles. Le jury,comprenant toujours au moins trois professeurs siégeant en même tcmpsj recevrait ou ajournerait le candidat d'après la moyenne des notes - qu'il aurait obtenues à son examen et la moyenne de celles qu'il- présenterait comme établissant la valeur de sa scolarité.
!2° Les examens déjà établis à l'entrée de toutes les Ecoles du gouvernement et de la plupart des adminif^tralîous publiques suffiraient à montrer si les candidats, déjà bacheliers, possèdent les connaissances spéciales nécessaires pour pouvoir entrer dans une carrière déterminée.
3° L'accès des laboratoires d'étude ou des conférences pratiques dans les Facultés des sciences ou des lettres; no serait ouvert qu'aux bacheliers qui auraient satisfait à un examen spécial, analogue sinon identique à celui que Ton impose aux boursiers de licence.
4<* Les jeunes gens qui désirent se vouer à l'étude du droit ou de la médecine devraient, avant de prendre leur première inscription, subir un nouvel examen dont les programmes seraient déterminés à l'avance et mis en rapport avec les études spéciales auxquelles ces examens doivent donner accès. Pour le droit, l'examen spécial pourrait être remplacé par celui que font subir les Facultés des lettres aux boursiers de licence ou comprendre une épreuve de latin et une série de questions sur des notions élémentaires de philosophie ou d'économie politique. Pour la médecine l'examen comprendrait exclusivement les nolions pratiques de physique, de chimie et d'histoire naturelle.
En résumé, il nous semble possible, sans bouleverser l'enseignement secondaire actuel et sans encombrer la scolarité d'un trop grand nombre d'examens ou de diplômes, d'arriver à simplifier le baccalauréat, qui ne doit avoir pour but que de constater la force moyenne des études faites dans les lycées ou collèges. Il paraît nécessaire d'alléger les programmes de cet enseignement classique et utile de n'admettre dans les carrières libérales que les jeunes gens qui, non contents d'avoir satisfait à une épreuve dont les garanties
sont reconnues insuffisantes, auront perfectionné leur éducation scientifique ou littéraire. Le système que nous proposons aura-t-il cet avanUge? Il appartient à de plus autorisés que nous de répondre à une question aussi difficile à résoudre.