EAU POUR LE VISAGE
L'action des acides très dilués sur la peau est bien connue. U parfumerie en a même tiré un certain parti. Il existe dans le commerce une lotion contre les rides, qui porte un nom célèbre, et qui n*est autre chose qu'une eau aromatique acidulée a>ec un peu d'acide chlorhydrique.
Ën médecinei on n'emploie pas volontiers, et pour cause, les acides minéraus ; l'acide tartrique a été jugé bien préférable.
Le ^Ijcérë d'amidon contenant 1 pour 20 d'acide tartrique est aujourd'hui classique contre la couperose, l'acné et les rougeurs du visage. Seulement, c'est un médicament qu'on n'emploie qu'au moment du besoin.
Celui que je propose aigourd'hui a Tavantage de pouvoir être continué indêfiiaiment. C'est donc plutôt un préservatif qu'un remède. Voici sa composition :
Acide borique ■ i gramme.
Eau de roses 100 —
Eau de miel d'Angleterre V gouttes.
Mouiller, matin et soir, le visage avec cette lotion. Comme on le voit, c'est une nouvelle application de l'acide borique, déjà si utile à la thérapeutique.
Pierre Vicier.
TRAVAUX ORIGINAUX
PfttlM>l*sle latene.
Etude sur un cas de pyëlo-néphhitb calculeuse (1). Communication faite à la Société médicale des hôpitaux dans la séance du 8 mai 1885, par M. le docteur A. Chauffard, médecin du Bureau central.
La pyélite calculeuse est une affection dont le diagnostic présente souvent une réelle incertitude, d'abord parce qu'elle
(It Ca Bteodra «nplèlB, mum on la nm, ta eoMimlatioii Aiiio par LPotaillon k l'Aeadtfnye de atédacine dan* ta aéaaee da 5 mal 188S.
ne se rencontre pas fréquemment en clinique, et en second lieu parce qu'on n'a|)plique pas toujours à sa recherche une méthode d'investigation suffisamment rigoureuse et précise. Et cependant, depuis que les guérisons obtenues par la néphrectomie se multiplient, il devient plus indispensable que jamais d'assurer ie diagnostic des calculs rénaux, et il ne suffît même pas, au point de vue des indications opératoires, de reconnaître l'existence de ces calculs; il faut encore chercher si ceux-ci sont enclavés au sommet de l'uretère, ou libres dans la cavité du bassinet, il faut se rendre compte des lésions rénales secondaires, voir ce que vaut le rein, et dans quelles limites il a conservé ses aptitudes fonctionnelles. Le problème, ainsi étendu, est loin d'être toujours facile à résoudre, et appelle encore de nombreuses recherches ; c'est à litre de simple document que je crois devoir publier l'observation suivante, recueillie récemment à l'hôpital de la Pitié, dans le service de mon maître, H. le professeur Corail, que j'avais alors l'honneur de remplacer.
Je ne m'occuperai du reste, dans ce qui va suivre, que du côté clinique et histologique de cette observation, car dans une séance récente de 1 Académie de .médçjcine {Acad' de mèd., séance du 5 mai 1885), M. Polaillon, qui avait opéré la malade, en a publié l'histoire anatomique et opératoire.
Oos. — Le 28 mars 1885, nous recevons à l'hôpital de la Pitié, au n" % de la salle Grisolle, une jeune femme âgée de vingt-sept ans, exerçant la profession de blanchisseuse, et que de vives douleurs dans le flanc gauche obligeaient depuis plusieurs jours à garder le lit.
L'interrogatoire de cette malade ne nous apprend rien d'important au point de vue de ses antécédents héréditaires; notons spécialement l'absence de toute manifestation calcu7 leuse ou graveleuse chez ses parents. Quant à son histoire personnelle, la voici dans ses principaux traits.
Louise H... n'a jamais eu, jusqu'à présent, de maladie sérieuse ; mais, dès sa jeunesse^ elle a ressenti dans le flanc gauche des douleurs sourdes et fugaces, assez vives souvent pour l'empêcher de courir et déjouer avec les enlants de son âge.
Les règles se sont montrées à quinze ans, elles ont toujours été très irrégulières, et font défaut depuis deux ans. Pas de grossesse.
Pendant la période dp. dix-sept à vingt et un ans, la malade a vu notablement diminuer les douleurs qu'elle éprouvait depuis déjà longtemps dans le côté gauche de l'abdomen. Hais, depuis deux ans, les crises douloureuses ont reparu, sans jamais revêtir les caractères typiques de la colique néphretique. Elles s'accoiqpagnent d'une sensation profonde
sation d'un service international de renseignements i l'égard des épidémies, d'une ligue sanitaire internationale et autres propositions du même genre, qui ne semblent guère susceptibles d'une réalisation efficace. Il ne faut pas en effet demander aux divers peuples plus qu'ils ne peuvent faire, et l'on ne voit pas trop comment leurs formes diverses d'administration iotérieure peuvent se plier à des intérêts qui, tout en ayant an but commun, présentent néanmoins des divergences multiples dans la pratique. Une fois qu'une épidémie pestilenteille exotique apparaît dans un pays européen, il va de soi que les mêmes mesures prophylactiques ne sauraient être imposées en même temps ni de la même manière à toute l'Europe, et l'on a peine à comprendre ce qu'une Commission internalionale permanente, siégeant en une ville quelconque, peut faire au point de vue administratif; elle ne serait qu'un impedimentum de plus. D'autre part, au contraire, une réunion annuelle de tous les chefs des services sanitaires de l'Europe et de l'Amérique peut être d'une grande
utilité, tant au point de vue scientifique qu'au point de vue administratif, et c'est là une coutume que la Conférence prochaine va peut-être introduire.
Quant au point capital qui intéresse aujourd'hui l'Europe, à savoir la surveillance, dans la mer Rouge et en Egypte, des provenances maritimes de l'Inde et de l'Extrême-Orient, c'est de ce côté que tout l'effort de la diplomatie et des hygiénistes doit porter; quelle (]ue soit la forme donnée à cette surveillance, quels que soient les règlements qu'on y applique, il faut que les institutions chargées de l'exercer jouissent d'une autonomie et d'une compétence complètes et que, comme l'un de nos collaborateurs l'a déjà montré maintes fois dans la GazettCj la santé publique de l'Europe ne soit pas à la merci des intérêts mercantiles de la Grande-Bretagne. H. Fauvel l'avait si bien compris qu'à la premiè^ invitation deM. Hancini, il avait répondu Jn.,dédarauaue^£*ékMt^ Alexandrie même qu'il fallait réub^mi^lffèéfleê'tW^Hh internationale, si l'on voulait qu'êlle pût agir vite et en pariaite
15 Haï 1885
d« {»Mantear «t de gène eu nmaa du ftaoc gauche, traversé par des élaneemeats brefe et douloureux.
Il 7 a dewc mois, datts les premiers jours de février, une nouvelle crise se montre, plus aigué eneore que les précédentes, et cette fois la malade est obligée de s'aliter. Des symptAmes de réaction fébrile apparaissent : céphalalgie, fièvre et frissons répétés pendant une dizaine de jours. En même temps, douleurs atroces dans la région lombaire gauche, s'irraidiant en bas jusqu'à la fosse iliaque, en haut jusqu'à la base de la poitrine. Ces d** ileurs sent continues et entrecoupées de paroxysmw plus ou moins firéquonU dans a journée.
La malade remarque dès ce moment qu'elle souffre surtout quand elle est couchée sur le flanc droit, tandis que le décubitus latéral gauche lui apporte un assez prompt soulagement.
outrOf-toute compression de la base de la poitrine, par un corset par exemple, ne peut plus être supportée.
Traitée sans succès en ville par une série de vésieatoires coup sur coup, Louise M:., se décide le S8 mars à entrer à Thépital.
C est une femme mince et d'aspect délicat, sans que cependant son faciès porte l'empreinte de rafléction grave dont elle est atteinte.
Disons d'abord que les différents appareils et o^anes, et notamment l'appareil utérin, sont al^olumenl sains. Tout l'intérêt se concentre sur TexploraUcn de la région rénale gauche.
11 n'existe aucune déformation apparente à la vue, aucune tumeur qui fasse saillie sous les téguments. Mais la palpation de la région lombo-abdominale gauche fournit immédiatement deux signes capitaux : une douleur provoquée très vive, et l'existence d'une tumeur lombaire. Cette tumeur est liese et régulière, uniformément rénitente; sa forme semble ovolde, À grand diamètre dirigé en bas et en dedans; elle s'étend dans le sens vertical du rebord de la onzième c6te au bord supérieur de la crête iliaque et mesure 11 centimètres ; ses dimensions sont, dans le sens transversal, de 17 centimètres et demi, depiris la bord «ateme de la maue sacrolombaire.
Cette tumeur ainsi con^tuée Mt mate à la percussion, assez nettement fluctuante, et semble peu profonde. On ne sent entre elle et laparoi aucune anse intustinale interposée, ni notamment le côlon descendant.
A part ces deux signes, tumeur et douleur, on constate peu de troubles fonctionnels. La miction est régulière et indolore ; les urines n'ont jamais conlenn de sang, mais elles présentent chaque jour au fond du bocal un dépôt purulent notable, caractérisé k la fois par Texamen histologique et chimique du sédiment.
Pas de fièvre. Etat général satisfaisant.
Ën présence d'un pareil ensemble de symptômes, il était bien probable que nous avions afi'aire à une pyélite calcnleusft.Ën effet, la. tuméfaction observée n'avait ni le siège, ni les caractères d'une collection périnéphrélique ; elle semblail évoluer d'arrière en avant, plonger dans la profondeur de l'abdomen, et non faire saillie en arrière, vers le bord externe de la masse sacro-lombaire, région où l'on ne constatait, do reste, ni œdème, ni empâtement inflammatoire.
D'antre part, les douleurs étaient trop vives, trop invétérées
fiour que l'on pût songer à une simple hydronépbrose. ^ur mtenslté, leurs allures paroxystiques, rinfluence des changements de position sur leur production, tout cela rappelait immédiatement les phénomènes douloureux que provoque la présence d'une pierre dans la vessie enflammée et devenue intolérante.
On devait donc supposer que depuis de longues années, depuis plus de quinze ans peut-être, des calculs s'étaient formés et lentement accrus dans le bassinet ou les ca/ices, calculs probablement phosphatiques, vu l'absence de tout signe antérieur ou actuel de lithiase urique ou oxalique.
Pour confirmer ce diagnostic, le 30 mars, je pratique en pleine tumeur une pension aspiratrice avec la seringue de Pravaz, et retire, nou sans quelque surprise, un liquide parfaitement clair, jann&fre, et d'apparence nrineose.
Le lendemain, nouvelle ponction aspiratrice avec l'appareil de Potain, Hais cette fois, comme le trocart est plus long, il plonge dans la profondeur de la collection lic^uide, au lieu de s'arrêter dans les couches les plus superficielles, et évacue 300 grammes environ d'un liquide gris&tre, demi-opaque, et nettement purulent. Par le repos, ce liquide se sépare en deux couches : l'une inférieure comprend un épais sédiment de pus; la couche supérieure est claire, présente une odeur caractéristique, et contient de l'urée dans la proportion de 18 grammes par litre. C'est donc bien de l'urine.
Le 1" avril, la tumeur s'est déjà reproduite avec ses dimensions primitives.
Le 3 avril, nouvelle ponction évacuatrice, qui donne les mêmes résultats que la première.
Pour achever de nous rendre compte de la valeur fonctionnelle du rein lésé, nous faisons prendre & la malade, le A avril, S grammes de salicylate de soude. Le lendemain, nous retirons avec la seringue de Pravaz, 1 gramme du liquide rénal, et séance tenante nous injectons dans la poche une même quantité d'une solution aqueuse de fuchsine. Dans l'échantillon d'urine obtenu par la ponction, le perctilonire de fer met facilement en évidence une proportion de salicylate de soude assez notable, quoique bien moindre que dans 1 urine sécrétée par les deux reins.
connaissance de cause. Les faits n'ont pas permis de donner suite à cette proposition. On peut avoir confiance dans le gouvernement français et ses délégués à Rome pour porter la question sur sou véritable terrain et user de toute leur autorité scientifique dans le but d'éviter à la Confinée les lenteura et partant les dangers, en une telle matière, de débato sent portée précise.
— Vous m'en voulez peut-être, cher confrère, de ne vous avoir rien dit des protestations si nombreuses qu'ont suscitées les faveurs répandues par la fée gouvernementale à l'occasion de l'épidémie cholérique. Hais la chose a fait tant de bruit orbi et ^uibusdam twoiàus qu'il edt pu vous paraître un peu ridicule de vous en parler à l'oreille. Sur ce
Îiui se passait loin de moi, je n'en savais pas assez pour me aire juge ; si ce n'est que, ama intention aucune de rapprocher et de comparer les services rendus, j'aurais aimé a voir qudquea-ttnes de ces faveurs tomber sur certaines têtes qui
en ont été privées : MoMpeliemes dtscant t Hais la réflexion la plus générale qui me fût venue à l'esprit si j'avais eu l'idée de toucher ce sujet, c'est que l'émotion publique a été jeune et naïve. Ce qui s'est passé en 1885 est vulgaire. Prenez cette année comme point d« départ, remontes les années à perte de vue, descendot vers l'avenir aussi loîa qu'il vous plaira; passez par uoe suite de monarchies, de républiques, de consulats, de directoires, de dictatures ou de septennats, et vous rencontrerez exactement le même spectacle. Et vous le retrouverez dans la médecine, dans le droit, dans L'industrie, dans le commerce, dans la diplomatie, dans l'enseignement, etc., etc., etc. Donc résignonsnous, et admirons le désintéressement admirable et spirituel de ce commissionnaire — de Marseille, si je ne me trompe — qui a refusé la médaille du gouvernement en déclarant se contenter de celle qu'il porte déjà, ^r^^]^ Digitized by VjUOy IC
15 Haï 1885 GAZBTTE HEBDOMADAIRE DE HgDEGINË BT DE CHIRURGIE — 20 — 321
Donc le rein gauche fonctionne encore régulièrement, puisqu'il élimine les matériaux normaux de l'urine, tels que rurée, et'les substances médicamenteuses ingérées^ telles que' le salicylate de soude.
Restait à savoir si l'obstrucUon de Turetère était complète, si le calcul dont on supposait l'existence était libre dans le bassinet, ou encla?é au sommet de l'aretère ou dans sa cavité.
L'injection intra-pyélitique de fuchsine devait résoudre le problème.
On sonde en effet la malade une heure après l'injection fuchsinée, et l'on relire 200 grammes d'uoe urine toujours louche et purulente, mais colorée en rose vif, et laissant déposer un sédiment également teinté de rouge. Cette coloration est bien due à la présence de la fuchsine, comme le montrent les réactions chimiques appropriées (action successive de la soude caustique, de 1 éther ; évaporation à siccité, puis régénération de la fuchsine par l'acide acétique).
Donc l'uretère a conservé encore une pCNrméabililé au moins partielle.
Si j'ai insisté, peut-être un peu longuement, sur ces diverses explorations, c'est qu'elles doivent, je croisj constituer le complément nécessaire d'un diagnostic thérapeutiqtie. Impossible de se faire une idée de l'état anatomique du
bassinet et du rein, en cas de pyélo-néphrite calculeuse, si Ton ne peut résoudre ces deux questions : valeur fonctionnelle du rein lésé, pennéabilité ou occlusion de l'uretère. 11 est clair que, suivant le résultat obtenu, les conditions opératoires seront bien différentes. Je sais bien qu'en Allemagne on explore actuellement la perméabilité directe de chaque uretère en pratiquant le cathétérisme de ces conduits. Mais une telle manœuvre n'a pas encore, que je sache, été pratiquée chez nous, et elle ne semble pas sans danger, s'il faut en croire une observation de Billroth {Sem. méd.j 1884, p. !255) où, pendant plusieurs mou, on répéta une série de tentatives de cathétérisme de l'uretère gauche, chaque tentative étant suivie de poussées de pwitonite subaiguè. L'une de ces réactions peritonitiaues fut même assez grave pour mettre en danger les jours de la malade.
Voici donc quelle doit être, je crois, la marche méthodique des explorations que l'on pratiquera chez un sujet atteint de pyélile, supposée calculeuse, et formant tumeur:
1" Ponction aspîratrice; on constatera ainsi le contenu urineux ou purulent de la poche. On pourrait même, vraisemblablement, constater du même coup la présence d'un calcul, si, avant de vider la poche, on en explorait la profondeur avec la canule du trocart. En procédant avec tous les nénagements q^ue comporte une semblable manœuvre, on pourrait, au moins, dans bien des cas^ obtenir des résultats analogues à ceux que donne le cathétérisme explorateur pour la pierre dans la vessie.
2' Recherche de la valeur fonctionnelle du rein, c'est-àdire de sa perméabilité pour l'urée et pour telle substance médicamenteuse, dont le passage dans les urines se décèle facilement, comme le salicylate de soude.
3" Recherche de la perméabilité de l'uretère, au muyen d'une injection fuchsinée, prati(^uée dans la poche pyélitique.
Il est clair que ces explorations successives ne pourront être pratiquées que si le bassinet et les calices sont assez dilates pour former une poche saillante où l'on puisse sans crainte plonger le trocart. C'est, du reste, ce qui doit avoir lieu dans la plupart des cas de pyélite calculeuse ancienne, car les rechercnes de notre collègue et ami M. Merklen (Etude sur Vanurie^ thèse de Paris, 1881) ont bien montré que si < l'occlusion brusque des uretères détermine la sup-
firession rapide de la sécrétion urinaire sans hydronéphiose, 'occlusion tente produit de l'hydronéphrose >.
L'observation ^ue nous venons de rapporter, montre que la dilatation considérable du bassinet peut même se produire sans qu'il y ait occlusion complète de l'uretère, par le fait
seul d'une diminution de la perméabilité de ce conduit, jointe à des lésions inOammatoires anciennes du rein, des .calices et du bassinet.
Ilï
Pour en revenir à notre malade, M. Polaillon voulut bien venir la voir, la prendre dans son service, et se charger de son traitement. Le 30 avril, il pratiqua la nèphrectomie avec une très grande habileté, et Louise M... est actoelleiuent,
grâce & lui, en pleine voie de guérison.
M. Polaillon a fait pari à l'Académie de médecine de l histoire opératoire et chirurgicale de la malade, et a présenté le rein et les calculs enlevés. Je dois à son exlrêmeobligeance de pouvoir à mon tour vous montrer ces pièces, et, sans vouloir en donner une seconde description, je me borne à vous signaler la distension considérable et les lésions inflammatoires du bassinet ; la tuméfaction du rein, son refoulement excentrique surtout au niveau des calices, où il ne forme plus qu'un simple dôme membraneux ; enfin le volume vraiment extraordinaire des calculs, qui étaient libres et nullement enclavés dans le bassinet; ces calculs sont au nombre de deux piincipaux,dont un s'est fragmenté pendant l'opération ; ils sont irrêguliers de forme, l'un deux est même ramifié & son extrémité j leur poids, assex faible relativement à leur masse, atteint cependant 35 grammes.
Avant de terminer celle communication déjà trop longue, je voudrais encore vous donner les résultats de l'examen histologique du rein enlevé. Ils ne sont pas sans intérêt. Voyons rapidement quel est l'état du rein dans les points où l'organe esl le moins altéré, dans ceux au contraire où il est atrophié et devenu membraneux; enfla dans les zones de transition.
Les régions les moins malades du rein étaient formées par les deux extrémités de l'organe. A ce niveau, la substance rénale présentait à l'œil nu ses caractères normaux de coloration et d'épaisseur. Quant à l'examen histologique, voici ce qu'il montrait.
Sur une vue d'ensemble, on constate que les tubes contournés de la substance corticale sont élargis, que leur lumière est agrandie par un double processus, la dilatation de la cavité tubulairc et l'aplatissement de l'épithélium
aui ta revêt. Pas de sclérose inter-canaliculaire du reste, ni e foyers embryonnaires.
Avec un plus fort grossissement, on voit que l'étal des épithéliums tubulaires est loin d'être partout le même. A cèté de tubuli presque normaux, à revêtement cellulaire régulier, à cavité peu dilatée, on trouve d'autres tubes contournés élargis et béants, tapissés par un épithéllum aplati, à peine grenu, en voie d'atrophie manifeste.
Nous trouvons là un exemple de plus de l'indépendance individuelle, et de la dissociation fonctionnelle des divers systèmes canaliculaires d'un même rein. Sous l'influence d une cause donnée, tous les canalicules ne réagissent pas avec même intensité, probablement parce que la sécrétion urinaire ne se fait pas dans tous avec la même activité. Quant aux glomérules et aux vaisseaux, ils ne présentent pas de lésion.
La substance médullaire, et notamment le sommet de la pyramide, montrent un léger épaississement du stroma * conionctif.
Tout autre est l'aspect des coupes, si l'on examine une des parties centrales du rein très altérées et atro[)hiées à l'œil nu. Ici la lésion histologique est énorme, et partout diffuse. Ce qui domine, c'est Taccumulatiou des cellules embqronnaircs, soit infiltrées, soit réunies en petits foyers nodulaires. Sur ce fond inflammatoire, apparaissent disséminés quelques tubes contournés aplatis, étouffés par le tissu de granulation qui les entoure, et revêtus d'un épithélium à petitesi^qHin^ cubiques et indifférentes. Dans ce qui reste de la sïlb|^cï médullaire, on retrouve quelques tubes droits, et des anses
328 — «• 20 — GAZKTTË HBBDOMAOAIRË DE
MÉDËGIMË ET DE CUIAURGIB
io Mai 1885
de Henle, dont quelques-unes contiennent des cylindres cireux.
Le système arlério-glomérulaire présente toutes les lésions de l'endartérite, parfois presque oblitérante, et de la transformation fibreuse des fflomérules.
Dans les régions les plus altérées du rein, là où l'organe refoulé par la distension des calices a subi un amincissemenl excessif j est réduit à l'état de simple membrane, le processus bistologique est le même, mais porté à son maximum de développement. On ne trouve plus qu'un tissu vaguement fibrolde, infiltré de cellules rondes, et dépourvu de toute édification morphologique régulière. A peine quelques glomérules fibreux, et quelques rares tubes droits cantctérisentils l'origine rénale de ce tissu inflammatoire. Je dois ïgouler que, sur une série de coupes, j'ai recherché les micro-organismes par le procédé de Gram (Fortschr. der med.j 15 mars 1884) et n'ai pu en trouver trace.
On voit, par tout ce qui précède, que, suivant la région rénale que Ton examine, les lésions histologiques diffèrent du tout au tout et appartiennent à deux séries évolutives très dissemblables. Ici, simples lésions mécaniques; là, réaction înllammatoîre intense. i
Un tel résultat serait fait pour surprendre, si nous ne nous rappelions que les calculs du rein et du bassinet entraînent à leur suite double conséquence : en obstruant plus ou moins l'orifice de l'uretère, ils augmentent la pression dans le bassinet, et arrivent & en dilater notablement la cavité ; d'antre part, leur contact seul est une cause d'irritation permanente pour le parenchyme rénal.
Eh bien, cette double influence pathogénique se reflète, pour ainsi dire, dans les lésions qu'elle suscite. Les deux extrémités du rein n'étaient point en rapport direct avec les calculs, elles n'ont donc subi que l'excès de tension du liquide retenu dans le bassinet, et ne montrent que des lésions purement mécaniques, produites par la stase urinaire. Au centre de l'organe, au contraire, le contact permanent et offensif des calculs a provoqué la plus vive réaction inflammatoire.
Si l'on voulait procéder par comparaison, on pourrait dire que, d'une part, nous trouvons les lésions produites en pathologie humaine par la compression des uretères autour d'un utérus cancéreux (voy. Cornil et Brault, Eitides sur la pathologie du rein, p. z69), et expérimentalement par la ligature aseptique de l*uretëre (Straus et Germont. Arch. de phjfsiol.y l88i, 1, p. 386); d'autre part, les lésions plus complexes provoquées par la ligature ae l'uretère, faite sans précautions aseptiques, avec la néphrite ascendante qui lui succède (Char col etGombauU, Progrès médical, i%lB, p.81).
Ainsi, dissociation dans un même rein des lésions produites par deux facteurs pathogéni^ues coexistants, tel est le fait instructif et assez inattendu qu^ ressort de ces recherches histologiques. r.
Je voudrais, en terminant, tirer des résultats fournis par l'examen physiologique et anatomique du rein lésé, une simple conclusion. Nous avions constaté que le rein fonctionnait régulièrement, que l'uretère était resté perméable; on pouvait donc espérer que l'ablation de l'organe ne serait pas nécessaire, et qu'une simple néphrofomic suffirait à amener laguérison. II n'en a rien été, et les lésions macroscopiques constatées pendant l'opération, aussi bien qae les altérations profondes du parenchyme rénal révélées par l'examen bistologique, montrent qu'il n'y avait pas là matière à chirurgie conservatrice. Une intervention plus radicale s'imposait et pouvait seule débarrasser la malade dans le présent, et lui éviter dans l'avenir le risque bien probable d'une récidive calculeuse au sein d'un appareil rénal si gravement lésé. Il en sera, croyons-nous, souvent de même, et, sauf dans les cas de pyélite calculeuse récente et par cela Jnénie d'un diagnostic
plus incertain, la néphrectomieestappelée, grâce aux progrès merveilleux de la chirurgie antiseptique, i être l'opération de l'avenir.
CONGRÈS SCIENTIFIQUES
(Suite. — Voy. les numéros 15, 16, 17, 18 et 19.)
SÉANCE DD 10 AVRIL 1885 (MATIN). — PHtSIDENCE DE H. KŒBERLË.
TnlMmut dM «boto tmdmt MM. Culn. Boomy, HmmK, THM TarneuU, JoIm Bowksl, OUlar.
M. Cazin passe en revue les divers procédés employés de nos jours pour la cure des abcès froids, et rappelle la révolution que les études histologioues ont entraînée dans cette partie de la thérapeutique chirurgicale. Les beaux travaux do Lannelongue ont en euet montré qu'il iàllait de toute nécessité, pour guérir Les abcès froids, détruire la poche, la décortiquer, supprimer du même coup les lésions tuberculeuses.
H. Cazin substitue au procédé ae raclage, habituellenient employé, le procédé suivant. Il fait fondre de la paraffine au bain-marie, ponctionne l'abcès, injecte cette substance liquéfiée dans l'intérieur, de manière à bien tendre la poche et à bien la remplir. La paraffine en se refroidissant se solidifie; pour hâter son passive à l'état solide, il convient de faire au niveau de l'abcès une pulvérisation d'éther à l'aide de l'appareil de Richardson. On obtient ainsi rapidement une tumeur solide qu'on peut enlever avec la plus grande commodité. C'est ce procédé, sauf la pulvérisation, qu'apréconisé M. Posai, pour extirper les kystes dermoldes.
La méthode conseillée par M. Cazin a pour avanUge d'être facile, de n'entraîner aucun accident sérieux, de prévenir l'auto-inoeulation plus fréquente encore qu'on ne le croit dans les opérations de ce genre. Enfin on peut être sdr d'enlever aussi toute la paroi du kyste, toute la zone tuberculeuse qui entoure immédiatement le globe de paraffine.
M. BouiUy, depuis cinq années, a traité cent vin^t malades atteints d'abcès froids. Parmi ces abcès, soixante-cinq élaieni nés dans les parties molles, ne paraissaient avoir aucun rapport avec le squelette. La première condition pour guérir ces abcès, c'est de supprimer rapidement les proauits tuberculeux. Pour cela, il importe de ne pas oublier que la médication générale n'est pas sans utilité; c'est en mettant Koreanisme en état de lutter contre l'envahissement des microbes qu'on pourra localiser le mal ou même arriver à le giuérir spontanément par le seul usage d'une bonne hygiène, d'une bonne nourriture, d'une médication appropriée.
La médication locale, l'acte chirurgical, seront toujoui^ unis à la médication générale; il faudra détruire sur place tes produits tuberculeux. L'incision simple, suivie ou non de drainage, ne peut en aucune façon suffire ; il faudra toujours curer et racler la poche avec la cuillère traucbante ; la cuillère à lunette du professeur Trélat est particulièrement utile. Mais, quel que soit l'instrument préfîi^ré, ce qui importe surtout, c'est de tailler dans les tissus sains. Après le raclage, lavage de la poche au chlorure de zinc et pansement rigoureux de Lister. Dans tous les cas opérés par Bouilly, les accidents opératoires ont été exceptionnels ; il importe de noter cependant que la cicatrisation des plaies ainsi obtenue es toujours longue et que, pendant qu'elle s'achève, la tuberculose pulmonaire, la récidive locale, d'autres accidents du même genre du côté du squelette peuvent apparaître, compromettre la vie ou même emporter rapidement le malade. Hais l'intervention chirurgicale n'est pour rien dans révolution dérniitive et ne peut jamais être accusée quand le résultat«st fâcheux.
15 Mai 1885
La suppression d'uo fo^er tuberculeux, cause locale d'infection, peut au contraire aider souvent au rétablissemenl completdu malade. Si l'intervention du chirui^enest contreindiquée lorsqu'il existe des lésions pulmonaires très avancées, elle peut rendre les plus grands services lorsque ces lésions sont encore modérées et permettent au sujet d'en-
Î;a^er avec l'affection qui le menace, une lutte dans laquelle a suppresfiioD d'un fo^er infectieux, c'est4i-dire d'une partie de l'ennemi, peut décider de la victoire.
M. HûuzeittaÀl une communication sur un nouveau procédé de drainage. Dans les plaies fraîches ou transformées, le pus est dangereux et gênant par son abondance. On peut enlever ce pus en substituant «ux drains ordinaires des sinhons tels qu'ils sont employés pour la taille hypogastrique. Il faut pour cela enfoncer dans la cavité aussi profondément que possible deux tubes en caoutchouc, accoles en canon de fusil si la cavité est étroite ou divergents k partir du point où ils pénètrent SMis la peau si la cavité est vaste. A rorifice de sortie de la plaie, les deux tubes sont accolés, entourés d'iodoforme et d'une collerette de charpie un peu tassée, afin d'obturer la p/aie cutanée. Par-dessus, pansement de Lister et makintosh percé d'un Irou pour laisser passer les tubes. Ces deux tnbes se rendent dans une vessie en caoutchouc, contenant de l'acide phénique pur ou du chlorure de zinc. La cavité de l'abcès se vide ainsi dans celle de la vessie, les tubes siphons commencent d'abord par s'amorcer, puis fonctionnent ensuite, en laissant couler dans la vessie le pus à mesure qu'il se produit dans la plaie. La cavité suppurante est ainsi vidée plus vite, plus complètement, d'une manière plus aseptique qu'avec les drains ordinaires, car au lieu de souiller le pansement, le pus est immédiatement recueilli dans la vessie en caoutchouc, où il est neutralisé par une substance antiseptique puissante.
M. Poxsiy à l'appui des principes qui ont été préconisés pour la cure des abcès froias, montre un malade atteint de lésions tuberculeuses multiples, situées au niveau du dos, de la région lombaire, du mollet, etc. Ces collections très vastes renfermaient une grande quantité de pus. Déjà la cachexie commençait. L'incision et le raclage ont sufn à guérir le malade, qui a repris ses forces, son embonpoint et ne garde plus de son mal que de longues balafres cicatricielles qui sillonnent son dos et son membre inférieur.
M. Trêlat félicite H. Houxelt de son ingénieux [vocédé de drainage. Il a pu le mettre à profit dans un cas très intéressant, dont il rapporte succinctement l'histoire. Il s'agissait d'un volumineux kyste hydalique de la paroi abdominale. H.Trélat, après l'avoir ouvert, put installer dans la cavité du kyste, restée fîstuleuse, un drain faisant siphon et allant verser le liquide dans une bouteille que le malade portait dans sa poche.
Le siphon fit oien son office, le malade guérit. La méthode de M. Houxelt est évidemment appelée à rendre des services sérieux.
Entrant dans le vif de la question posée, c'est-à-dire dans la cure des abcès froids, le professeur Trélat fait connaître les résultats elles procédés de sa pratique. L'un des premiers, il a posé en principe d'opérer la destruction totale et absolue de la poche. Les abcès qui ne d^endent pas du squelette, périssent très bien par ce moyen. Les abcès ossifluents réclament non seulement l'ablation totale de l'abcès extérieur, mais la destruction simultanée de la lésion osseuse. La résection précoce de la coxalgie avec ses beaux résultats est la meilleure preuve qu'on puisse donner à l'appui de cette assertion.
H. Socin est sur tous les points du débat d'accord avec H. Trélat ; il faut racler et détruire les abcès froids ulcérés, mais il est des lésions tuberculeuses qui ne suppurent pas; dans le tissu fongueux ou tuberculeux, la suppuration, comme
partout ailleurs, est un accident ; au bacille vient s'adjoindre d'habitude le microbe de la suppuration, mais ce microbe peut ne pas exister.
Quoi qu'il en soit, il faut, quand on opère un abcès froid, enlever tout sans miséricorde. La colonne vertébrale doit être raclée, ruginée, évidée. Il faut explorer avec soin les parois de l'abcès, rechercher avec précaution les boyaux étroits qui conduisent à des collections voisines et renferment le germe qu'il importe de détruire. Après l'opération, on fera une suture complète, étagée, couche à couche des divers tissus ; on fermera tout, sauf les trous des drains, et on complétera le pansement par une compression douce, uniforme et continue.
H. Socin a traité soixante-neuf abcès ossifluents, vingt-cinq idiopathiques, et encore, parmi ces derniers, un bon tiers étaient peut-être d'origine osseuse. Les détails dans lesquels entre l'orateur, montrent l'excellence de sa statistique et par conséquent de sa pratique chirui^cale.
H. VemeuH vient jeter dans ce concert d'éloges donnés à la pratique actuelle une note discordante. Tout en reconnaissant la nécessité de détruire la poche, il croit qu'il est possible de la supprimer sur place, sans avoir recours aux instruments tranchants. L'étlier lodoformé suffit à ce résultat. Les tubercules, les bacilles, sont détruits sur place par l'iodoforme et l'abcès froid peut ainsi guérir. Au total le principe de H. Verneuil est celui de tous les chirurgiens. Le contenu de l'abcès n'est rien, le contenant est tout ; mais pour détruire ce contenant, il préfère la méthode non sanglante à la méthode sanglante. C'est une rè^le étroite pour lui que de se servir du couteau le moins possible ; à coup sûr, te courant actuel entraîne les chirurgiens à une conduite tout opposée, mais les ondes sont changeantes et H. Verneuil ne désespère pas de voir adopter ses procédés chirui^icaux.
H. y. B€BCkBi fait connaître les résultats de sa pratique et rapporte quelques observations intéressantes d'abcès ossifluents de la cuisse. L'incision large, le raclage soigné, lui ont permis de guérir d'énormes abcès froids du tronc et des membres.
H. (Hlier^ à l'époque où personne n'en parlait, a proposé d'enlever les abcès miids comme des tumeurs; à plus forte raison aujourd'hui, reconnalt-ll la nécessité de cette extirpalion; néanmoins il ne partage pas l'enthousiasme excessifdes chirurgiens pour la curette ; parfois le raclage est inutile ; chez les enfants, on voit souvent des abcès tuberculeux se vider et se cicatriser d'une façon très rapide. Du reste, les abcès des parties molles sont de beaucoup les moins difflciles à guérir; ceux qui viennent du squelette sont autrement rebelles. Il faut être prêt à allerjusqu'au bout lorsqu'on fait une opération de ce genre, et enlever le tissu tuberculeux comme on le ferait du tissu sarcomateux. Si pour quelque bonne raison on ne peut tout enlever, on pratiquera des injections antiseptiques qui produiront souvent de très bons r&ultats.
Lagrange.
(A &uit>re.)
SOCIÉTÉS SAVANTES
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