‹ Gazette médicale de ParisChapitre 173 sur 394 · V. CLINIQUE MÉDICO-CHIRURGICALE DU PROFESSEUR LALLEMAND · texte numérisé non relu

V. CLINIQUE MÉDICO-CHIRURGICALE DU PROFESSEUR LALLEMAND

Deux élèves de M. Lallemand rédigent ces fascicules , qui , paraissant par livraisons , trouvent naturellement leur place dans cette revne des publications périodiques de province. La coopération de M, Lallemand, qui a consenti à revoir la rédaction, offre d'ailleurs toute garautie quant à l'exactitude des doctrines et des faits, La première livraison est consacrée tout entière à un travail important sur les blennorrhagies chroniques.

TRAÏTEMENT DES DLENNORRIAGIES CHRONIQUES PAR LA CAUTÉRISATION, par M. le professeur LaruEeman.

Tout le monde sait quelles difficultés on éprouve à guérir ces blen-

hôrrhagies chroniques. opinidtres, qui, après avoir résisté aux goinmo-résineux et à tout l'appareil antiphlogistique ct révulsif, semblent se jouer des efforts des praticiens. Depuis plusieurs années, M. Lallemand a imaginé de leur opposer un moyen héroïque, où qui du moins jusqu’à ce pu ne l'a pas encort trompé dans ses résultats : la cautérisation à l'aide du witrats d'argent solitie,

M. Lallemand écarte d'abord cette idée surannée que toute blennorthagie est chronique quand elle se prolonge au-delà de trente où qua raie jours. Telle chaude-pisse peut très-bien au bout de ce temps se montrer avct tous les symptômes de l'acuité, tandis que telle autre à réellement Le caractère chronique long-temps avant cette époque. Il faut donc iei se laisser guider, non point par le temps écoulé, mais bien par l'état actuel de l'économie et surtout des organes affectés.

La chronicité se manifeste surtout par le défaut de chaleur et de doueur dans l'urètre ét par la moindre quantité de l'écoulement. Alors, quand la er he reconmuit pas de causes spéciales, où a recours de prime- aux mo-résineux , aux purgatifs, aux toniques ét aux astringens à des dosts variables; inais quand tous ces moyets ont échoué, reste-1il à faire ?

{ faët d'abord rechercher quelle est La cause secrète qui alimente la maladie. M. Lallemand insiste surtout sur deux virus capables de la prodaite : le virus dartreux et le virus vénérien. Il cite le cas d'un de ses anis affecté d'une éruption cutanée qu'on fit disparaître par des astringens, à la veille d'un mariage d'inclination. Quelques jours après la fait des moces , apparition d'une chaude-pisse, fureur du mari qui se croit trompé. Le professeur le rassura, lui conseilla de porter {a flapelle sur tout le corps et de garder la continence. LR. cutanée repart et l'écoulement cessa promptement. Si la Âlanelle ne suffisait pas, on aurait recours aux frictions sèches et irritantes, et aux vésicatoires si la dartre disparue était circonscrite. La chande-pisse peut surtenir même sans que les dartres soïent supprimées. Dans ce cas, la médication La plus convenable est l'usage des bains sulfureux , continu on altérné avec celui des baïns simples , selon l'état d’atonie où d'irrition de l'affection dartreuse. Quand enfin tous ces moyens ont échoué, it en reste un, la cantérisation.

De mème des écoulemens syphilitiques. Beaucoup de médecins ré. vouent en démte l'existence de cette variété de ï, blennurrhagie. A. Lallemand en a vu gps exemples qu'il cite dans ce fascicule. A1 Hoi attribue les caractères suivans : elle est contagieuse, comme la chaude-pisse simple, rarement isolée, et d'ordinaire accompagnée de £hateres, de bubons, de pnstules, etc, , et enfin, soit qu'elle se su prime d'ellemême, soi qu'elle persiste , elle est suivie tôt ou tard de

mes émériens constitutionnels. Or, dans cvs cas même , nombre de praticiens fui refusent le caractère vénérien ; fondés sur ce fait que, lorsqu'un sujet atteint d'une bleunorrhagie ainsi compliquée est sommis aux Téreuriaux, On voit bientôt les chancres, les pustales, les végétations taarcher rapidement vers la guérison ; tandis que la blennorrbagie, aprés avoir d'abord diminué d'intensité reste stationnaire, ou même s’exaspère durant le traitement, Mais ils oublient l'action excitante que le mercure exerce sur les maqueuses, et pour les convaincre de leur errear, il suffit de laisser reposer le malade , d'avoir recours aux odoucissans; la chaude-pisse, vaincne dans son élément syphilitique, n'est plus qu'une simple irritation qui dimique gradaeflement et fitrit enfin par disparaître. Quelquefois il arrive qu'une chaude-pisse qu'on aurait po croire vénérienne cède aux moyens ordinaires, et le médecin inspire alors à sun malade nue fächeuse sécurité, M, Lalle. mand a vu cette pnérison imprudente suivie de symptômes constitu. tionnels qui attesièrent le caractire véaérien ‘primordial de la maladie, Si donc on présume avoir affaire à une cause de ce genre, il faut recourir aux autisyphilitiques ; si ceux-ci échouent, à la camtérisation.

Quand enfin la blennvrrhagie est rebelle, et cependant ne parait pas tenir à une cause spéciale, la derrière ressourec, l'ultima ratio du

raticien esi encore ceci : la cautérisation,

Disons d'abord comment on la pratique, Le malade couché sur le dos , les jambes fléchies, on porte une sonde dans la vessie que l'on vide de toute l'urine qu'elle contient, de peur que Purine ne liquefie le caustique, Puis on mtroduit le porte-caustique ordinaire jusqu'à la portion prostatique ; on est averti qu'il y est arrivé par une sensation

iculière que l'instrument transmet à [a main. Alors on pousse la

cuvette hors de la sonde; et Faisant décrire à l'instrument des ares de! cercle, on le retire lentement du canal afin de cautériser, autant que possible , toute la muqueuse urétrale, ayant soin d'insister plus long-

sur la portion prostatique, et, quand il en existe, sur des

temps points qui sont le siége d'ulcérations.

L'humidité du canal favorisant l’action du caustique , il faut le conduire avec légèreté, afin d'enflammer vivement où de produire tout au

plus une escarre légère de Ja membrane muqueuse. 1 n'g a pas à craihs dre qne le caustique pénètre dans la vessie; on sait que M. Lallemand cautérise directement la muqueuse vésicale, même quand elle est Je siège d'une irritation chronique. La cautérisation est d'autant plus répen et plus efficace , que le porte-nitrate est plus volumineux et que a cuvette présente une plus grande surface. Si l'étroitesse du méat urivaire obligeait à employer un instrument d'an petit calibre , il faudrait faire passer à plusieurs reprises le cautère sur les mêmes points , sous peine de ne produire qu'un effet partiel et trop peu éner ique pour l'in flammation Éssche qu'on se propose de déterminer. Si l'on était obligé de se servir d'un porte-caustique courbe pour la portion prostatique, il serait préférable, afin que le nitrate s’appliquât plus exactement à la muqueuse, que la cavette fût placée sur la partie convexe de la tige.

Immédiatement après la cautérisation un suintement de sang à lieu par le canal ; les urines deviennent sanguinolentes, leur émission est accowmpagnée de cuisson vive, et suivie de l'écoulement de Dr goultes de sang; l'écoulement lui-même est coloré en rouge ; il diminue momentanément , ou devient plus abondant suivant qu'il y à eu formation d'escarres épaisses ou étendues , ou seulement surexcitation vive ; les ulcérations ne sont plus le siége de ces douleurs irritantes qui exaspéraient tout le système nerveux ; les contracuons spasmodiques du cana] n'ont plus lieu; l'excrétion urinaire est plus libre. A la chute des escarres, ge" cuisson devient momentanément plus vive, moins franche, et l'écoulement plus abondant. A mesure que l'irritation se dissipe, l'écoulement diminue ; quand elle cesse, il se mer et si parvis il n'en est pas ainsi, une cautérisation nouvelle, Le cubèbe ou le copabu y mettront une prompte fin. | L'expérience a démontré à M. Lallemand que la cautérisation produit les résuats les plus beureux quand il retire de l’urètre la cuvette du porte-caustique couverte de débris du tomentum' muqueux ; il regarde alors La guérison comme certaine. |

Une dixaine d'observations appuient ces déductions pratiques. Il serait inutile de les donner dans tous leurs détails; ce sont toutes des blénorrbagies rebelles que la cautérisation seule guérit.

Ons, 1. — Blennoerhagie rchelle, datant de quatre mois. Le 22 février, cautérisation. Toute la jouruce , du sang Lesat les arines en rouge ; vire Cuisson en vermont. Le 25, ment beaucoup plus abondant et sanguinolent. Le 24, ursnes belles, écoulement presque limpide, Le 25, état normal du canal; guérison complète. Le 28, sortie de l'hôpital.

Ons, I. — Bi nnorrhagie de deux mois et demi, 4% février, cautérisation ; émiséon du sang aussitôt après ; cuisson rive ; bain, lavement. Le 2. écoulerme nt aboudaut, sanguinolent, guriferux. Le 3, p'us de sang. Le 4, l'écoulement dinsiue. Le 7, complète guérison.

le cinquième et le huitième malades, la guérison chez le sixième , le sixième jour; chez le septième, le treizième jour. Nous avons vu que quelquefois la cautérisation ne fait que détruire l'opiniâtreté du mal; l'observation 3° en offre un exemple. Onze jours après la cautérisation , il restait encore un pea de suintement le matin ; on administra dix gouttes de copahu ro jours; Îe sixième, il était guéri ; il sortit trois jours après de 1 hépital. Nous noterons cette dose de copahu , que M. Lallemaud paraît donner habituellement à ses malades , et qui est bien loin des doses auxquelles nous sommes accoutumés à Paris. | ne

Quel est l'avenir de cette nouvelle méthode? :l est difficile de le dire à priori; et M. Lallemand n'a publié que des exemples de snccès. N'est-il pas à craindre que quelques accidens suivent une cautérisation si vive? Et par suite le nitrate Le fre , si efficace pour développer le tissu inodulaire ne pourrait-il produire des rétrécissemens de l'urètre, bien mieux que les injections astringentes , que M. Lallemand regarde comme une cause de rétrécissemens fort commune? Jusqu'à ce que l'expérience ait éclairei ces points , il sera sage de n'user de la cautérisation qu'avec réserve , quoiqu'on ne puisse nier que s0n action héroïque en fasse une heureuse découverte pour la thérapeutique.

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