IL. ULCÉRATIONS SIMPLES
Avant d'aller plus loin, notons d'abord que comme la lèvre inférieure à la bouche est plus souvent que l'autre le siége d'inflammations , d'eruptions , d'ulcérations , cette même prédilection se remarque pour la lèvre postérieure du col utérin. C'est là que les r rs, des phlycièoes , les exeuriations ont leur siége de préférence. On voit cependant aussi des ulcérations se développer ailleurs , par exemple entre les deux lèvres du museau de tanche, où elles échappent à la vue si l'on n'a la précaution de soulever la lèvre antérieure; et jusques à la partie inferieure de la cavité utérine. Le toncher seul alors peut en indiquer la présence ; le col ordinairement dilaté permet au put pénétrer; et au lieu de la surface polie ct comme séreuse qu'offre la muqueuse utérine à l'état sain, on la sent épaissie, tumenteuse; et quelque délicatesse qu'on apporte au toucher , souvent le doigt revient taché de sang. On ne peut méconnaître alors une altération dont il est difficile toutefois de préciser nettement l'étendue. *
Les ulcérations se montrent sous divers aspects. Tantôt bornées à de simples excoriations , d'autres fois elles présentent une excavation lésère; eurs
plus
dans beaucoup de cas la muqueuse ayant augmenté d'épaisseur, bords tuméfiés , saillans, comme coupés à pic, les font paraitre prafondes qu'elles ne le sont en réalité, Tantüt leur fond est chagriné ,
arsemé de fissures et comparalile à une prau de chien; d’autres fois
il est recouvert de bourgeons charnus , qui prennent daos certains cas l'apparence fongueuse el ont fait croire à des chirurgiens inexpérimentés à l'existence de carcinomes. :
11 n'est pas toujours aisé de distinguer une rougeur simple d’une excorialion. La vue de côté est à peu près nulle au food du spéculum , et la vue de face est sujette à erreur. On sent — de quelle impertance peut être ce diaguostie, par exemple , dans un cas de cicatrice ré= sultant de l'armputation du col. Un signe précieux et qui nous a rarement trompé, dit le professeur, est celui-ci : Passez doucement un pinceau de charpie fine sur le lieu malade ; si c'est une rougeur, il ne
roduira nul effet; si c'est une ulcération , il laissera apercevoir un peu u sang. .
Il est de ces ulcérations superficielles qui saignentavec la plis grande facilité ; il faut les tenie pour suspectes. Get accident indique d'abord que La matrice est porpec de sang, n'importe par quelle cause; mais ce qui est alors plus à craiadre, c'est le pp Pa d'une tumeur variqueuse ; nous en dirons uu mot plus tard. Chez d'autres femmes , les moindres excoriations, avec où sans induration, peuvent donner lieu à presque tous les accidens qui caractérisent lecancer. Nous avons eu la preuve anatomique de la simplicité de ces ulerations , durant l'épidémie cholérique. Plusieurs de nos malades ayant succombé , le col utésin fut l'objet de minutieuses recherches ; on trouva la muqueuse rouge, ramollie , un peu fongueuse, l'ulcération très-superticielle , et au-dessous d'elle le tissu utérin tantôt superficiellement altéré et se laissant déchirer sans effort, quelquefois absolument sain.
Le moyen thérapeutique capital des ulcérations simples est la cauterisation ; mais elle exige certaines conditions pour réussir, Si, par exemple, il existe an cagorgement artiel ou général de l'utérus assez voluimineux pour que Le volume de la partie affectée en suit doublé, M, Lisfranc défend de cautériser. Uo grand nowbre de fois, dit le professeur, nous avons vu suivre des principes opposés ; et presque constamment la cautérisation à été suivie de métrite ou de métro-péritonite ; la mort est survenue quelquefois, ce qui a fait conclure se médecins au rejet d'un moyen dont le danger ne venait que de leur inexpérience. Enfin , dans les cas les plus favorables , la cautérisation à hâté la dégénérescence de l'organe. Ainsi, pour règle de la cautérisation, un engorgement considérable doit la contr'indiquer ; un plus léger peut la permettre. Dans le premier cas il faut donc, avant tout , traiter l'engorsement ; la seconde exception est le cas où une ulcération superficielle ferait des progrès malgré l'emploi des moyens médicaux. On pourrait tenter alors la cautérisation , wais avec reserve et prêt à la suspendre à la moiodre menace des accidens que nous venons de signaler.
L'inflammation du vagin ou du col, les vives douleurs même sont une autre contr'indication, Enfin il faut s'abstenir de la cautérisation quatre ou cinq jours avant l'apparition des règles et durant le temps de leur écoulement, et encore Lrois ou quatre jours après , pour ne pas ajouter une excitation artificielle à celle dont la matrice est alors Le siége.
La manière d'appliquer le caustique est fort importante, On a longtemps compromis La caulérisation par d'imprudentes manœuvres ; ainsi, certains médecins portent sur le col utérin des tampons de charpie imbihés de nitrate acide de mercure, et les tiennent appliqués durant dix minutes ; d'autres se servent de cônes de potasse caustique, Que peuton attendre de moyens aussi peu rationnels , si ce n'est ce qui est arrivé, des inflammations terribles et même mortelles , des perforations et des ohlitérations dn vagin ? M. Lisfranc a appliqué aux ulcères du col utérin le principe posé par M. Alibert pour la cautérisation des dartres cutanées rongeantes; cautériser superficiellement , et bien moins pour détruire les tissus que pour changer leur vitalité, Ainsi l'on a vu nombre de fois à l'hôpital de la Pitié La cautérisation même partielle pratiquée sur des ulcères extérieurs ; suflire pour en modifier toute Ja surface. Voici donc comment s’y prend le professeur,
Le spéculum introduit , il essuie les mncosités à l'aide d’un pirocau fin. sil s'écoule un peu de sang des ulcérations ; il injecte de l'eau froide ; si oœela ne suffit pas. il cantérise la surface saignante ; et quand le sang, rst arrêté, il enlève le caillot qui recouvre l'uleération ; pour cautériser sur Les tissus mêmes. Ï1 se sert pour cela d'un petit pinçeau très-fin, comme ceux dont se servent les peintres en miniature ; et après avoir touché les uleérations , il verse de l'eau froide dans le spécutum pour arrêter l'action du caustique et l'empêcher de se répandre au-delà
des surfaces malades, Cette lotion ayant cté continuée quelque temps , après une miante environ on retire Le spéculum,
Le protu-nitrate acide de mercure est proclamé, par M. Lisfrane, le caustique par excellence dans ces sffections; et après de nombreux cssais, C'est celui qui a le mieux réussi entre ses mains, I] le préfère de beaucoup au nitrate d'argent , qui a l'inconvénient de digues trop sourent l'écoulement menstruel, sans qu'on puisse trouver la raison de ce fait,
Les suites de la cautérisation ne sont pas les mêmes chez toutes les fewumes. D'ordinaire elle m'est pas même sentie; dans quelques cas, au contraire , elle cause des douleurs très-vives. Souvent ces douleurs n'apparaissent qu'a la quatrième , sixième ou huitième cautérisation. Seruit-ce que Les premières n'auraient agi que sur des tissus anormaux, tandis que les autres atteignent des tissus revenus à l’état sain et conséquemanent plus sensibles ?
Le plus souvent la douleur survient une heure où deux après l'opération, ou si elle existait déja elle s'exaspère ; la malade éprouve des cuissons vers le matrice et Les reins ; et ces accidens persistent un temps qui varie d'une à 24 heures, rarement davantage. Onles calme avec des ivjections émollientes presque froides ; des quarts de lavement avec une forte décoction de graine de lin etde pavots, et même des bains chauds long-temps proionges, et eufin au besoin on recourt à la saignée du bras révulsive. Sue un nombre immense de femmes que nous avons cautérisées jusqu'à ce jour , dit le professeur, mous n'avons jamais eu
d'accidens graves.
La cautérisation est beaucoup plus douloureuse en temps d'orage ou pendant des variations de température. Qn sait toute l'influence de ces
circonstances atmosphériques sur les femmes et surtout sur celles d'une‘
constitution très-nerveuse, [1 en est de celles-là qui en aucun temps ne peuvent supporter la cautérisation. Ge cas est rare ; ilne s'est offert que deux fois à M. Lisfranc. Après l’usage convenable des bains, des émolliens , des émissions sanguines , des narcotiques , la douleur ayant disparu et tout semblant indiquer la cantérisation, cette opération faisait reparaître tous les accidens, lesdouleurs , un sentiment de brûlure, des agacemens nerveux et même le dévoiement ; de telle sorte que chez ces deux fernmes 1] fallut renoncer complétement à ce moyen. Une auire anomalie moins rare , mais bien remarquable, c'est que telle femme qui a souffeit beaucoup d'une cautérisation, ne ressent aucune douleur et autre pratiquée Loi jours après, et vice versd. M. Lisfranc a plusieurs fois observé ce fait qu'il renonce d'ailleurs à expliquer,
On cautérise généralement tous les huit jours ; on attendrait 10 ou 12 jours si les douleurs causées par le caustique étaient trop vives, Mais à quelle époque jugcra-t-on que les cautérisations sont suflisantes et que l'on peut s'en abstenir ?
La cautérisation a pour but de modifier la surface de l'ulcère , de réprimer des bourgeons trop exubérans, et de fondre un peu de dureté ou de simple hypertrophie qui occupe la circonférence de l'ulcère. Si après deux on trois applications du caustique, ces résultats sont obtenus et si la cicatrice marche de la circonférence au centre, on ne touche plus que ce dernter point, et souvent à la quatrième où cinquiéme fuis tout est terminé, Mais trés-souvent, après Cinq où six applications, la cicatrisation demeure teut à coup stationnaire; on conseille alors de continuer ; et moi-même, dit M. Lisfrane, je snis tombé long-temps dans la emûme erreur, Voici re qui m'a enfin détrompé, Durant trois ma- Ladies que j'ai faites , j'avais cessé durant un mois et plus de cautériser mes clientes ; d'autres, en diverses circonstances, s'étaient éloignées de Paris pour affaires; et en les revoyant je retrouvais les nnes complétement guéries, les autres en voie de guérison. Ges observations ont porté fruit ; et voici la pratique que je suis à présent. Après cinq ou six cautérisations , du il n'y a plus de bourseons luxurians , plus d'indurations, plus de couleur viulette ; quand l'ulcère en un cet yes un bel aspect , soit que la cicatrice marche ou non, je suspends la cautérisation, et durant trois ou quatre jours je prescris des injections émollientes, que je remplace ensuite par des moyens plus cicatrisans,
Il semble d'abord que le chlorure de soude devrait ici donner les mêmes résultats que nous en obtenons dans les ulcères des jambes. 11 n'en va pas ainsi ; et ce médicament, essayé avec tant d'espoir, a complétement échoué. Nous avons essayé la décoctiun d'écorce de grenadier, de roses de Provins, à divers degrés de force ; le tout sans ancun profit. Enfin nous avons eu recours à l'infusion de quinquina à la dose d'un gros pour une livre d'eau, en augmentant graduellement la dose , ct en substituant la décoction à linfustou poar accroître encore l'énervie du médicament ; ce liquide employé en injections nous a paru le meilleur des cicatrisans ; la suffi pour cicatriser en quelques jours des ulcérations que tous les autres moyens avaient trouvées rébelles.
Ces injections peuvent déterminer de la chaleur et de légères en s-
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sons, durant en général de 5 à 10 minutes. C'est peu de chose alors ; mais si ces accidens persistaient plus long-temps , 1 faudrait étendre d'eau Ja solution , ou même en suspendre l'usage.
Ainsi, quand la cartérisation n'a pas suffi , en a recours avec succès aux injections indiquées , el si, comme il arrive quelquefois, La cicatice he marche pas sous leur influence , après quelques jours on es cesse pour revenir à la cautérisation, qui manque rarement son eflet alors. Il semble que le quinquina, dans ces cas, à imprimé aux tissus une modification nouvelle qui rend plus efficace l'action du caustique ; et de fait, on observe qu'il favorise le développement de nouveaux Lourgtons charnus. ”
Le temps nécessaire pour arriver à une cicatrice complète est fuit vatiable et fort diffiile à préciser. Quelques femmes sunt guéries en quinze jours où un mois; d'autres demandent trois à cinq mois , et mème davantage.
La cicatrice enfin obtenue, il n'est pas rare d'y voir se développer !
des points blancs ; mais d'ordinaire, elle reste rouge ; ce qui pourrait faire croire à l'existence d'une excoriation très-superficielle, La vue de coté n'étant guère possible au spécutum , 1l faut pour assurer le diagnostié recourir au moyen déjà indiqué, un pinceau de charpie porté! sur la plaie pour voir selle saigne où non.
On voit que le Waitement des ulcérations comporte des indications fort diverses, et sur lesquelles il était essentiel d'insister comme nuns! avons fait. Nous avons conseille la cautérisation comme moven général. |
Ce n'est pas qu'il n'y ait quelqnes cas où les antiphlogistiques ct les!
révulsifs suffisent sculs pour la guérison; mais ces ças sont tellement rares, que M. Lisfranc évalue leur proportion à 1 sur tou, Il va toutefuis sans dire que si la cicatrice avançait par ces moyens, 1l serait inuule d'employer Li cantérisation.
IT, ves ULCÉAATIONS SCROPAULEUSES.
Jd'apyrelle ainsi, dit M, Lisfrane, des uleérations qui succèdent à Ja funte de tubercules occupant le col utérin. Dans les cinq ou six cas de ve genre que j'ai rencontrés, La constitution générale des malades ct ‘issue par une petite ouverture d'une matière casceuse analogue à celle En fournissent les ganglions cervicaux suppurés, ne laissaient guère
e doute sur le disgnostie. Vous avez vu, salle Saint-Aigustin, une de ces femmes chez laquelle , à mesure que le col s’engageait duns le spéculam , La pression de ect instrument faisait sortir une matière ca-
IV, rumueuas FoNGUEUsES DU COL UTÉRIN.
Cette affection , fort grave , succède comme il à été dit à certaines ulcérations superficielles qui saignent avec une grande facilité, Il y a sg re années , dit le professour , nous vimes en ville deux femmes chez lesquelles des ulcérations de ce genre lsissaient couler beaucoup de sang à chaque application du spéculum; quoique le toucher ne fit sentir aucun ramollissement des tissus , je craignis une altération plus grave ct je proposai la cautérisation, Mais cet avis ne fut pas adopté, Appele de nouveau quelque temps après, je trunvai chez ces deux malades un fongus hématode bien caractérisé développé dans le col utérin ; et qu ne tarda pas à les faire succomber.
Ïl y a quinze mois, chez une dame des environs de Paris, je reconnus une ulcération offrant ce même caractère de signer avec facilité, J'indiquai encore la cautérisation comme le remède nécessaire, Le médecin habituel de la malade ne crut pas devoir y consentir. Cette même dame est revenue me consulter i y à trois muis ; elle porte une tumeur fongueuse du col utérin, dont les suites ne sont que trop aisées à pré-
é|voir,
L'ans ers trois cas la tumeur fongueuse ou variqueuse avait dépasse les lisnites du col et empiété sur l'insertion supérieure du vagin , circonstance qui rend l'opération impraticable, Toutes les fois donc que de semblables ulcérations s'offrent à nous, notre premier soin, à moins d'uac inflammation bien prononcée, est de cautériser, pour arrêter les progrès d'une affection aussi grave. :
| Quand la tumeur fongueuse est développée , elle est molle , tomen- Iteuse, conpée de fissures ct partagée en espèces de mamelons, et elle est Île siége d’une exsudation albumineuse fort abondante, et fréquemment ide graves bémorrhagies , d'ailleurs en général peu douloureuses. Que reste-t-il à faire à l'art quand elle à dépassé les limites de l'amputation? La toucher superficiellement tous les huit jours avec le caustique, ‘pour retarder ses progrès. Nous avons réussi par ce moyen à ages fesses de plusieurs malades, La compression serait peut-être avanijageuse , mais nous n’en possédons pas d'observations. ll va sans dire jique l'amputation est l’unique remède efficace, et qu'il faut se hâter d'y [recourir tant qu'on ea conçoit la possibilité.