CHAPITRE V
MÉDITERRANÉE
CnANDKS LIGNES DE NAVIGATION
I. Françaises. — 1° Messageries mahi- TiMES (surtout \)Ow\cLMéditerranée orientale).
De MaiseiUe à Alger, à Naples et Alexandrie, aux Échelles de Syrie, à Syra et Smyrne, au Pirée et à Comtantinople.
De Constant inople à ïrébizonde, à Odessa, aux bouches du Danube.
2° Compagnie TRANSATLANTIQUE (desservant la Méditerranée occidentale).
De Marseille et de Port-Vendres aux ports d'Espagne oi'ienlale, d'Italie occidentale, de Corse, de Sardaigne, de Sicile, de Tunisie, d'Algérie.
Compagnie Fraissinet (pour toute la Méditerranée).
De Marseille aux ports de l'Italie occidentale, de la Grèce et de l'Archipel, à Consfantinople, aux ports de la mer Noire, à Malte et Alexandrie.
n. Italiennes. — Compagnie Flokio-I^ubattino :
Ports d'attache: Marseille, Gènes, Livourne. Civita-Vecchia, Naples, Palerme, Drindisi et Venise.
Pays desservis : Corse, Sardaig:ne, Sicile, Tunisie, Grèce, Constantinople, Echelles du Levant, Port-Saïd et Alexandrie.
IlL Autrichiennes. — Lloyd AasTiio-HoN- GROis {Méditerranée oriejitale) :
De Trieste et de Fiume aux ports de Grèce, de l'Archipel, à Constantinojile, aux ports de, la mer Noire, à Smijrne, aux Échelles, à Port- Saïd et k Alexandrie.
EunoTE
Asiiect g:ciict*al. — La Méditerranée s'allonge profondément entre des terres très rapprochées, et présente un grand nombre de bassins distincts.
C'est presque un lac; elle ne communique avec l'Atlantique que par la passe étroite de Gibraltar, ouverte par Hercule, disaient les anciens, en réalité par l'action des flots, à une époque géologique relativement récente.
-^■^ Le I>a.$^s>in occidental. — Entre la Sicile et Tunis, un détroit resserré fait de la partie de la Méditerranée comprise entre l'Espagne, la France, l'Italie et les pays Barbaresques, un bassin occidental que commandait autrefois Carthage, et que l'Angleterre commande doublement aujourd'hui par Malte et Gibraltar. La protection de laTunisie donne aussi à la France une bonne position sur ce passage.
^- -. liC t>as@Sn orîental. — A l'est de Tunis et de la Sicile, un nouveau bassin méditerranéen s'allonge en rectangle jusqu'à la côte syrienne, entre le pied de ITtalie, les pointes de la Grèce, et l'Asie Mineure d'une part, d'autre part l'Egypte la régence de Tripoli et la Tunisie. C'est la partie la plus importante de la Méditerranée, et comme le carrefour de toutes les mers qui la composent.
Par le canal de Malte (entre la Sicile et la Tunisie), elle communique avec le bassin occidental ; par Y Adriulique, elle pénètre dans l'intérieur du continent, jusqu'au pied des massifs alpestres ; par Y Archipel, elle s'allonge jusqu'à la mer de Marmara et à la mer Noire ; le golfe d'Alexandretle est tout près de l'Euphrate supérieur qui conduit au golfe Persique et aux Indes (p. Ï-V.')].
EnOn, un français, M. de Lesseps, a ouvert la route de la mer Rouge et de l'océan Indien en perçant le canal de Suez.
Un problème politique qui est toujours à résoudre, la « r^uestion d'Orient, » doit une partie de son importance à la situation de cette Méditerranée orientale : il s'agit de maintenir l'équilibre entre les puissances européennes qui y sont établies, et d'en interdire l'accès à une nouvelle : la Russie.
L<a inci* IVoire. — LaRussie, en effet, n'a de côtes que sur le troisième bassin méditciranéen, la mer Noire, qui est isolée de la giMiide mer par une série de passages très resserrés : les Dardanelles, la petite mer de Mar/nara et le Hosphoi e. Conslaniinople est la clef de. ces passages : nouvelle Carlhar/e orientale, mais j)lus foitfi (fue celle-ci à cause de l'étroitt^sse du I5ospbore, elle ferme la mer INoiic. Tant que Coiistantinoplc sei a aux Turcs et sous la sauvegarde des puissances occidi'iitales, les Russes ne pom'i'ont exercer d'influence sérieuse sur la Méditerranée :
de là leurs tentatives réitérées pour s'emparer du Bosphore.
-v-.-^ lia, Méditerranée dans l'antiquité. — La Méditerranée, aux horizons bornés, où les navires ne pouvaient perdre bien longtemps de vue la terre ferme, se prêtait à souhait à la navigation imparfaite des anciens.
Les Grecs, postés au centre même de la Méditerranée orientale, y enlevèrent promptement la suprématie aux Phéniciens, qui n'avaient que des comptoirs côtiers; peu à peu ils allèrent s'établir sur les rives de la mer Noire, et sur celles de la Méditerranée occidentale, où ils colonisèrent Naples, Marseille et les côtes de l'Espagne. Us firent enfin de la Sicile une ile grecque. Cette île, d'une importance capitale par sa situation entre les deux mers, servit de champ de bataille aux Romains et aux Cartiiaginois : le peuple vainqueur devait avoir l'empire de la Méditerranée. C'est aux Romains qu'il échut, et leur domaine n'eut en réalité d'autres limites que celles de la Méditerranée ellemême.
La Méditerranée an moyen «g^e. — Au moyen âge, lorsque le commerce des Indes se fut développé, par l'intermédiaire des Arabes, avec les ports de Syrie et d'Egypte, Venise, située au fond de l'Adriaticpie, véritable port de l'Europe centrale, atteignit une prospérité inouïe. Elle ne la perdit que lorsque les Portugais, ayant doublé le cap de Bonne- Espérance (p. 18 et 19), eurent ouvert par l'océan Atlantique une communication maritime directe avec l'Hindoustan.
Quant à Gènes, sa rivale d'un moment, dont les colonies principales étaient dans la mer Noire, la prise de Constantinople par les Turcs lui fut un coup moilel.
L'Angleterre dan.«» la Méditerranée. — Aujourd'hui Je percement, de l'isthme de Suez a fait de la Méditerranée la véritalle rouie des Indes. Elle n'est plus seulement l'intermédiaire naturel entre les peuples de l'Europe méridionale, de l'Asie Mineure et de l'Afrique du Nord, elle est le premier tronçon du chemin de l'extrême Orient.
Aussi l'Angleterre qui veut communiquer.librement avec sa grande colonie de VUindoiisian allache-t-elle une importance extrême à la possession de la Méditerranée : elle la lient par Gibraltar, Malte, Chypre ; elle veut s'établir aujourd'hui en Égypte, malgré riùuo[)e, et, par Pèrim et Aden (p. lli.i), elle ferme et ouvre à son gré \a. mer Rouge, qui n'est plus qu'une annexe de la Médit(!rran(';(î.
^ La Cirèce et l'Italie dan$) la Méditerranée. — Send)lables à deux jetées allongées vers l'Egypte et la route de Suez, la Grèce et Vllaiic sont, comme aiiti'efois, des puissances méditérranéen- Jies de premiei' ordre. Elles sont bien placées poiu- le transit des voyageurs et des '
marchandises précieuses, qui préfèrent les routes de terre aux routes de mer : Brindisi, en Italie, remplace déjà Marseille comme tête de ligne de la malle anglaise des Indes. Ce sera sans doute un jour le tour du Pirûe.
La France dansai la Méditerranée.— Dans la Méditerranée occidentale, la puissance prépondérante est la France. Ses deux ports de Marseille et d'Ai(/er la dominent au Nord et au Sud; par l'occupation et le protectorat de la Tunisie, sa force s'est singulièrement accrue. Elle est maîtresse aujourd'hui de la situation de Carthage : elle peut neutraliser en partie l'importance de la position italienne de Cagliari (Sardaigne) par celle de Bizerte (Tunisie), et la position anglaise de Malte par celle de Tunis.
Bizerte. — Bizerte est une ancienne colonie pliénicienne (Zaritus). Kntourée de murailles d'un blanc éblouissant, elle est assise au bord des flots, au fond d'unarc immense qui .s'étend entre la masse éclatante du cap Blanc au nord-ouestetlecapZébib au sud-est. La baie, largement ouverte, est exposée aux. coups de vents du nord et du nord-est : mais ces vents soufflent rarement, et seulement en biver. La côte sablonneuse se prolonge en pente douce sur les flots ; mais on trouve des profondeurs de 4 mètres près de la jetée, de 7 mètres à une distance do 80 mètres, de 10 mètres à 300 mètres, etc. Il suffirait de quelques dragages pour approfondir l'entrée du port ; la rade est naturellement accessible aux plus gros navires.
Le port actuel de Bizerte ne mérite pas ce nom ce n'est qu'un canal avec un quai étroit formé de grosses pierres, que bordent des échoppes et où de vieux canons de bronze, rongés par les vagues, servent à amarrer quelques barques et quelques bateaux de pèche.
Sur la rive droite, entre le canal et la mer, dans une sorte de presqu'île plate et sablonneuse est le fort de la Chaîne, ainsi nommé parce que c'est de là que partait la chaîne qui fermait autrefois l'entrée du port. Dans l'ile qui n'a guère plus de 400 mètres de long, s'élèvent la petite mosquée, le palais du gouverneur, les consulats et quelques maisons à l'européenne. Sur la rive gauche du canal s'étend en pente douce la ville proprement dite, la ville arabe, avec ses ruelles étroites et sales ses maisons cubiques blanchies à la chaux, sa kasbah, sorte de cite militaire entourée de murailles crénelées, sa grande mosquée que domine un minaret effilé. Les murailles de la ville sont délabrées; elles s'avancent en pointe au nord-ouest jusqu'au fort d'Espagne, sur une colline peu élevée, mais qui domine toute la plage. Hors des murs, vers la mer, au nord de la kasbah est le quartier des Andalous, encore plus sale et plus misérable que les autres.
Malgré son aspect pittoresque et sa riante ceinture de jardins, la ville de Bizerte tombait en ruines en 1881. Elle a pris déjà un meilleur aspect et elle pourra retrouver son ancienne prospérité, grâce au rétablissement de l'ordre, de la sécurité et d'une saga administration : car elle est lo débouché naturel d'une région riche et fertile, surtout en blés et en olives.
Mais l'importance véritable quel'avenirhii réserve tient à ce qu'elle sera tôt ou tard un grand jiort militaire, un Toulon tunisien. Ce port est tout creusé d'avance; il e,Jt formé par le lac quis'éteud derrière la ville, sur une long'ueur de 13 kilomètres, sur une larg(!ur do 9 à 10, avec des profondeurs do 12 à triiize mètres, il pourrait abriter contre tout danger dérober même à la vue de l'ennemi les Hottes les plus nombreuses. Il suflirait d'un chenal do 2110 mètres creusé dans lo sable au sud do la ville, pour le mettra en communication directe avec la mer; car le canal actuel ne saurait être aisément utilisé. 11 communique lui-même au sud-ouest avec un autre lac près duquel est située la ville de Miiteur.