‹ Géographie génerale. Relief du sol, hydrographie, voies de communication, agriculture, industrie, commerce, statistique ... avec index alphabétique contenant 4125 noms geographiquesChapitre 325 sur 339 · LES RIVALITÉS POLITIQUES · texte numérisé non relu

LES RIVALITÉS POLITIQUES

Les Rivalités politiques

(Politique européenne)

Différences de la politique universelle et de la politique européenne. —

Exploiter les richesses îiatwelles sans emploi, occuper les terres vacantes ou que la barbarie de leurs habitants fait considérer comme telles, établir sa suprémat.: ou prendre une influence prépondérante sur les peuples trop nombreux ou déjà trop avancés en civilisation pour qu'on puisse les supplanter ou les détruire : tels sont les mobiles de la politique universelle. Eile obéit à des intérêts assez simples, bien qu'elle ait pour champ d'action le globe presque entier.

La politique européenne est beaucoup plus complexe. En Europe, point de terres vacantes, point de diflérence appréciable dans le degré de civilisation des peuples. Ils ressemblent à ces machines puissantes, dont la force savamment calculée résulte d'organes délicats et de ressorts compliqués, et qui sont exposés par leur perfection même à une foule de dajigers dont un seul peut être mortel.

•vwv. Causes diverses de rivalités. — Les Etats européens sont malheureusement encore aujourd'hui en état perpétuel de guerre ouverte oa latente, et ils ont toutes sortes de moyens ou d'occasions de s'entre-détruire. Ils sont vulnérables dans leur commerce et dans leur industrie; la sécurité de leur territoire exige des frontières dont la délimitation devient un intérêt capital et crée des complications internationales constantes.

Dans celte petite Europe, chaque peuple prétend à des frontières naturelles . Les vieux sentiments de race, les souvenirs historiques, ravivés par l'érudition, ne fournissent que trop souvent des motifs de haine.

Les questions religieuses qui ont fait la politique du moyen âge n'ont pas perdu non plus toute leur gravité en ce siècle de tolérance.

■vws. Rivalités nécessaires. — Plusieurs causes de rivalité entre les peuples résultent de leur histoire ou de leur situation géographique, et sont en quelque sorte fatales et nécessaires.

Lorsqu'un État, par exemple, possède la plus grande partie du cours d'un grand fleuve, comme le Rhi7i ou le Danube, il ne saurait en profiter complètement s'il n'en possède aussi l'embouchure, et il n'est pas surprenant qu'il la réclame. Aussi, l'Allemagne convoite-t-elle \a^ Hollande, et l'Autriche veut-elle établir sa prépondérance sur le Danube inférieur. Mais, outi'e la résistance légitime des Hollandais et des Roumains, elles rencontrent devant elles d'autres intérêts opposés. Il vaut mieux assurément pour l' Angleterre avoir en face de Londres deux États faibles comme la Belgique et la Hollande qu'une grande puissance comme l'Allemagne.

De même la Russie tend mieux la main aux Slaves des Balkans et domine plus aisément dans la mer Noire, si le Delta du Danube reste à la Roumanie que si l'Autriche s'y établit.

Cette même Russie rivalise avecl'Allemagne pour la possession du Sund, avec la Turquie pour celle du Bosphore, parce qu'ils sont les clés de mers closes où elle est confinée : la Baltique et la mer Noire.

Dans la Méditerranée, qui est-à la fois un bassin fermé et une grande route du commerce universel, les peuples riverains se surveillent non nw\ns jalousement.

La possession de la Corse et de Tunis par la France est un danger pour l'Italie ; celle de la Sardaigne et de la Sicile par l'Italie, un dangerpour la France ; la situation de l'Italie, dirigée vers Suez et séparant le bassin oriental du bassin occidental de la Méditerranée, semble lui promettre une prépondérance que ni l'Autriche ni la France ne sauraient lui laisser prendre ; si la Russie occupait le Bosphore et les Dardanelles {ca.Tle, p. U)l\q\ie an?: vaisseaux de guerre ne peuvent aujourd'hui franchir, l'équilibre méditerranéen serait également troublé.

Le percement de l'isthme de Suez a compliqué encore cette situation. L'Angleterre, intéressée à s'assurer le chemin de l'extrême Orient, maîtresse de Gibraltar, de Malte, de Chypre, de l'Égvpte, éveille forcément l'inquiétude de la France qui domine en hido- Chine, de l'Espagne qui a les Philippines, de la Hollande qui règne sur la Malaisie, del'Allemagne qui cherche à prendre pied en Océanie.

■^■^ Les frontières naturelles. — Aucune question n'est plus obscure que celle des frontières naturelles. En réalité, chacun les détermine suivant ses intérêts.

Ainsi, la France pourrait prétendre que sa frontière du nord-est ne sera point solide tant qu'elle ne sera pas formée par le Rhin ; ce qui n'a pas empêché l'Allemagne de déclarer que les Vosges devaient nous servir de limites et de nous les imposer par la force.

Il y a pourtant des cas où il ne subsiste aucun doute sur les frontières naturelles. Les îles Anglo-Normandes (à l'Angleterre) sont bien des iles françaises ; Malte, (à l'Angleterre) une île italienne; la Crète {à la Turquie), une île grecque; G!/*ra/far (à l'Angleterre), un lambeau du territoire espagnol, et l'on peut concevoir les aspirations qui tendent à la réunion du Portugal à l'Espagne ou à celle du Tyy'ol (carte, p. 139) à l'Italie.

Mais revendications et aspirations se heurlent à des faits, à des droits établis par la possession : autant de causes de discordes.

^A/^/^ Les frontières historiques. — Bien plus artificielles encore sont les prétentions fondées sur un état historique passager qu'on n'invoque jamais que lorsqu'on y a intérêt. C'est une habitude propre surtout aux Allemands et aux Italiens. Les premiers visent ainsi la Suisse, le reste de la Lorraine et la Belgique, qui firent autrefois partie du saint Empire romain gernjanique.

Les autres convoitent la Savoie, parce qu'elle appartint à leur famille régnante, la Dalmatie et l'istrie (carte, p. 95), parce que Venise y régna, Tunis parce que Rome conquit jadis Carthage.

~WN. Les frontières ethnographiques. —

Celles-ci ont pris une grande importance, surtout depuis que Napoléon III proclama le principe de Vunité italienne et le fit triompher par les armes.

La grande puissance slave, la Russie, s'est mise à la tête du panslavisme et essaye d'attirer dans son orbite les Slaves de la monarchie austro-hongroise et de l'empire turc.

La Grèce, devenue indépendante, joue le même rôle à l'égard des Hellènes de la Tur-

quie, de l'Archipel et de l'Asie Mineure : le panhellénisme lutte contre le panslavisme sur les débris encore debout de l'empire ottoman.

L'Italie réclame tous les pays limitrophes où l'on parle italien, ce qu'elle appelle l'Italia irredenta : Nice, le Tyrol, Trieste, .Malte, la Corse.

Enfin, et surtout, la Prusse s est mise à la tête du pangermanisme et a fondé Vunité allemande; cette unité ne sera complète à ses yeux que lorsqu'elle aura englobé, comme l'Alsace-Lorraine, tous les pays d'origine ou de langue allemande.

La Hollande, le Danemark, la Suisse, les provinces baltiques de la Russie, les provinces allemandes de V Austro-Hongrie sont particulièrement menacées.

■^A~^. Les questions religieuses. — Tandis qu'un grand mouvement de fanatisme agite depuis quelques années le monde musulman et complique toutes les questions méditerranéennes, les haines religieuses continuent à jouer un rôle important dans la politique intérieure des peuples et dans les relations internationales.

Tantôt la persécution s'acharne contre les Juifs, comme en Russie et en Allemagne où V a7itisémitisine est ouvertement prêché. Tantôt les divisions des partis s'expriment par un antagonisme religieux, qui va parfois jusqu'à la persécutio7i. Plusieurs puissances ont une religion d'État ou une politique de religion : la Prusse est une puissance protestayite, l'Autriche est très catholique, la Russie représente l'orthodoxie grecque au même titre que le panslavisme.

w/v. Conclusjon. — En résumé, les hommes groupés en nations seront longtemps encore rivaux et ennemis.

Si les guerres sont devenues plus rares, elles sont infiniment plus meurtrières, et la lutte économique peut causer autant de ruines que la lutte à main armée. Les seules frontières équitables et vraiment naturelles résulteraient d'un libre accord entre les peuples. Mais les peuples sont trop aveuglés par la passion pour pouvoir s'entendre.

L'équilibre politique du monde a été rarement moins stable qu'aujourd'hui : l'audace et la force des uns, la pusillanimité et la faiblesse des autres ne sont pas pour le rétablir.

Ce n'est pas une raison pour désespérer de l'humanité et du règne de la justice. La France est sortie du chaos féodal. Les États- Unis d'Europe pourront naître un jour de l'anarchie militaire que nous traversons. Mais tant que n'a pas lui le jour de la concorde, le devoir le plus strict impose à chacun le droit de légitime défense.

Quant à nous. Français, nous devons penser à l'Alsace et à la Lorraine. On a pu nous les arracher par la force : elles nous appartiennent. Elles sont françaises de droit, moins par des raisons historiques, géographiques, ethnographiques, que par leur volonté, leur affection exaltée jusqu'à l'hèro'isme.

Nous devons penser en outre que nos désastres nous ont laissé dans le monde une place et un patrimoine qu'il ne faut laisser diminuer nulle part et d'aucune la^'on, pas plus en Afrique, en Asie ou ailleurs que dans la vieille Europe, sous peine d'éloigner le jour où nous espérons pour nous la revanche do la justice et le triompha du droit.

GEOGRAPHIE POLITIQUE DU GLOBE

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