EXEMPLES TIRÉS DE LA VIE VÉGÉTALE
ORIGINE DE LA HOUILLE. — VESTIGES MANIFESTES DE PLANTES ET D* AR- BRES DAÇS LES MINES DE HOUILLE, — LA HOUILLE COBÏPOSÉE DES MÔMES ÉLÉMENTS QUE LE BOIS. — LITS DE HOUILLE REPOSANT SUR DE L* ARGILE DANS LAQUELLE SONT CONSERVÉES LES RACINES DES ARBRES. — TRAN- SITION INSENSIBLE DU BOIS A LA HOUILLE. — MARAIS COUVERTS DE FORÊTS, — ACCUMULATION DE BOIS FLOTTANT DANS LES LACS ET LES ESTUAIRES, — TOURBIÈRES. — LITS DE LIGNITES. — MÉLANGE DE HOUILLE PURE ET D*ARBRES A MOITIÉ CARBONISÉS ^ TANTÔT COUCHÉS , TANTÔT DEBOUT. — RÉSUMÉ DE NOTRE ARGUMENTATION. — OBJECTION TIRÉE DE LA TOUTE-PUISSANCE DE DIEU. — RÉPONSE.
De même que les animaux, par leur action organique, isolent la chaux contenue dans les eaux de TOcéan qu'ils habitent et la convertissent d'abord en petites coquilles ou en squelettes pierreux, puis en une roche compacte et solide, de même les arbres et les plantes isolent le carbone que recèle l'atmosphère au sein de laquelle ils végètent et le convertissent en houille. On ne peut plus raisonnablement douter que la houille ne doive son existence presque exclusivement au tissu fibreux de végétations lacustres et de forêts enfouies. Quoique la manière dont s'effectue cette transformation ne soit encore qu'imparfaitement comprise et qu'elle soit actuellement un sujet de controverse et de vive discussion, néanmoins là fait que ce changement a eu
lieu est accepté de tout le monde comme une yérité établie, et appuyé sur un ensemble de preuves auxquelles il est difficile de résister.
La première circonstance sur laquelle nous appellerons l'attention est rétonnante profusion de débris végétaux que l'on rencontre toujours dans les terrains houillers. Quiconque est descendu une fois dans une mine de houille ou a visité les spécimens exposés dans nos riches musées, a dû être frappé des formes innombrables d'arbres et de plantes qui sont encore nettement imprimées sur l'informe et noir minéral. Le docteur Buckland a décrit ce phénomène d'une façon vive et saisissante dans son célèbre Traité de Bridge-vater : « L'exemple le plus remarquable dont j'ai été témoin est celui des mines de Bohême. Les peintures de feuillages les plus exquises qui recouvrent les lambris des palais de l'Italie ne peuvent entrer en comparaison avec la belle profusion des formes végétales éteintes qui tapissent les galeries de ces mines de houille; c'est un dais d'une magnifique tapisserie, qu'enrichissent des festons d'un gracieux feuillage jetés, sans règles et avec une sorte de profusion sauvage, sur tous les points de sa surface. Ce qui en rehausse encore l'effet, c'est le contraste de la couleur noir de jais de ces végétaux avec la teinte pâle du fond que forme la roche à laquelle ils sont fixés. Le spectateur se sent transporté comme par enchantement dans les forêts d'un autre monde; il y est entouré d'arbres de formes et de caractères maintenant inconnus à la sur^ice du globe, et qui s'oflfrent à son admiration dans toute la beauté et la vigueur de leur vie primitive. Leurs troncs écailleux, leurs branches inclinées avec toutes les délicatesses de leur feuillage, s'étalent devant lui à peine altérés par les âges sans nombre qu'ils ont
traversés pour arriver jusqu'à nous; ils sont là comme des témoins fidèles de systèmes de végétation qui ont eu leur commencement et leur fin à des époques dont, sortant de leur linceul de pierre, ils viennent en quelque sorte nous raconter la véridique histoire. »
Le second fait important, qui indique l'origine végétale de la houille, consiste en ce que le bois et la houille gont composés des mêmes éléments ou corps simples : carbone, hydrogène et oxygène. Cette analogie devient plus frappante encore si l'on se dit que nulle autre roche que la houille n'ofl&re rien qui approche de cette composition. Il est vrai que les éléments que nous Tenons d'énumérer ne se trouvent pas dans les mêmes proportions dans le bois et dans la houille; mais cette différence, bien comprise, tend précisément à confirmer la théorie que l'une est tirée de l'autre. Il y a dans la houille plus de carbone et moins d'oxygène et d'hydrogène que dans le bois. Pour expliquer comment a pu s'opérer cette modification, il nous faut appeler le chimiste à notre aide. D'après Liebig, lorsque la matière. végétale est enfouie dans la terre, exposée à l'humidité et soustraite en partie ou en totalité à l'action de l'air, elle se décompose lentement et développe, pendant ce temps, de l'acide carbonique et de l'hydrogène carboné. En même temps, une portion d'oxygène devenue libre entre naturellement en combinaison avec une portion d'hydrogène et forme de l'eau. Le résultat de ces divers changements sera nécessairement que l'accumulation de matière végétale, enfouie sous terre, se dessaisira avec le temps d'une partie considérable de son carbone, de son hydrogène et de son oxygène, mais dans des proportions fort inégales; car les nouvelles combinaisons consommeront plus d'oxygène que d'hydrogène, et plus d'hydrogène que de
carbone (1). En d'autres termes, si la décomposition se continue pendant un laps de temps suffisant, les éléments du bois ne seront plus combinés dans les proportions requises pour constituer le bois, mais dans les propqftions qui constituent la houille (2).
Cette théorie est confirmée par un fait que nos lecteurs connaissent sans doute. Nous avons dit que de l'acide carbonique et de l'hydrogène carboné sont développés pendant le travail de décomposition qui transforme le bois en houille. Nous devons donc nous attendre à trouver ces gaz étroitement associés à la houille. S'ils ne sont pas associés, leur absence est une objection sérieuse contre notre théorie ; mais s'ils sont associés, leur présence est une forte preuve en sa faveur. Or, chacun sait que, sur ce point, les mineurs rendent témoignage que le fait répond exactement à la théorie. Ils nous disent que les réservoirs de gaz asphyxiant, ou acide carbonique, et de feu grisou ou hydrogène carboné, se trouvent le plus communément dans des crevasses ou des cavités des lits de houille, où ils sont la cause de la plupart des accidents si fréquents dans ces mines. Ils nous assurent même que quelque lits de houille sont tellement saturés de gaz que lorsqu'on les frappe, on l'entend «uinter de tous les pores de la roche; ce qui a valu à cette houille le nom de houille chantante, que lui ont donné les mineurs.
(1^ L'acide carbonique contient deux équivalents d'oxygène contre un de •carbone , l'expression chimique du composé étant CO^ ; l'hydrogène carboné , -gaz que nous employons dans Téclairage de nos rues et de nos maisons, contient quatre équivalents d'hydrogène contre deux de carbone et s'exprime, dans le langage chimique, par les symboles C^ H*; l'eau est composée d'un équivalent 4'hydrogène et d'un équivalent d'oxygène, la formule symbolique étant HO.
<2) VoirLyeU, Éléments de Géologie, t. II, p. 130.
Eésumons ce que nous avons dit sur ce sujet : premièrement, lés mêmes éléments entrent dans la constitution du bois et de la houille; secondement, quoiqu'ils ne se trouvent pas dans les mêmes proportions dans^les deux substances, cette différence est pleinement expliquée par les changements qui se produisent naturellement, lorsque de vastes tas de matière végétale sont enfouis sous terre; troisièmement, dans l'hypothèse de ces changements, il doit certainement se développer de l'acide carbonique et de l'hydrogène carboné; or, il se trouve qu'en réalité ces gaz sont intimement associés à la houille dans le monde entier.
Il est un autre fait remarquable qui s'adapte admirablement à notre théorie. La houille est disposée en minces couches dans l'écorce terrestre, et chaque couche repose, presque uniformément,, sur un dépôt de fine argile quelquefois de plusieurs pieds d'épaisseur. Or, dans notre théorie, nous devions précisément nous attendre à rencontrer cette disposition. Si la houille est le produit d'arbres et de plantes herbacées, ces arbres et ces plantes ont dû croître sur un sol convenable; et dès lors, dans cette hypothèse, nous devons nous attendre, du moins généralement parlant, à trouver un lit d'argile sous chaque couche de houille. Mais ce n'est pas tout. Lorsque nous examinons plus attentivement le dépôt sur lequel repose la houille, nous trouvons des racines et des troncs d'arbres mêlés à l'jrgile avec une vraie profusion. Bans le vaste dépôt houiller du pays de Galles, on rencontre, dans une profondeur de 8,600 mètres, de cinquante à cent couches de houille, chacune reposant sur un lit d'argile dans lequel abondent des restes de cette nature.
Nous arrivons à un argument pratique qui fait appel au sens commun et à l'expérience de tout le monde. Supposons, qu'une
personne, qui n'a aucune idée de l'art de manufacturer le papier, entre dans une fabrique au moment où les ouvriers sont absent» et OÙ le travail est suspendu. Elle se persuadera difficilement , à première vue, que les piles de papier Ijlanc, qui attirent son attention à une extrémité de l'édifice, sont le produit des sales chiffons qu'elle voit entassés à l'autre. Mais, si cette personne est un observateur sagace, elle se convaincra bientôt que telle est pourtant la vérité. Un examen attentif lui fera reconnaître la même matière dans les divers états intermédiaires de son passage d'un extrême à l'autre. Il y a d'abord la grande caisse, avec ses nombreux compartiments, dans laquelle les chiffons sont soigneusement triés, selon leurs divers degrés de qualité ou^ de texture. Puis vient le moulin à foulon où ils sont lavés et blanchis, puis le cylindre tournant, garni de lames et de coupoirs et se mouvant dans une cuve où les chiffons sont réduits en une pâte fine et liquide. Continuant son examen y. notre observateur verra cette pâte répandue également sur un châssis en gaze métallique, où elle commence déjà à prendre quelque peu la forme et l'apparence du papier. Plus loin, elle est comprimée et desséchée , et enfin découpée en feuilles que l'on met de côté en piles considérables.
Or, il nous semble que nous nous trouvons dans le même cas. en ce qui concerne la manufacture de la houille. Nous ne pouvons voir l'opération s'effectuer. Elle se continue, il est vrai, tous les. jours, et là, jamais les ouvriers n'ont de repos ; mais ce travail est si lent et réparti entre tant de siècles qu'il est tout à fait insensible. Ajoutons qu'il s'exécute en grande partie à l'intérieur de la terre. Nous pouvons néanmoins retracer les divers degrés intermédiaires qu*il parcourt dans son passage d'un état à l'autre , de& forêts et des marais primitifs aux nombreuses variétés de tourbe
et de lignite d'abord, et enfin à nos riches mines de honille.
Nous avons, en premier lien, les vastes marécages couverts de forêts, comme ceux qui occnpent actuellement la vallée et le delta *du Mississipi. Ils sont composés, dans bien des cas, de matière végétale pure, sans nul mélange de sédiment terreux. Une luxuriante végétation de roseaux, d'arbrisseaux et d'herbes de toute sorte couvre toute la surface du sol, mêlée aux troncs d'arbres couchés et aux feuilles détachées des branches supérieures. Sir Charles Lyell mentionne un fait remarquable qu'il observa dans les marécages de la Louisiane. Lorsque quelque partie du marais est desséchée par suite de chaleurs exceptionnelles, si l'on met le feu à la surface, il creuse dans le sol une fosse de plusieurs pieds de profondeur, c'est-à-dire qu'il pénètre aussi bas qu'il peut sans rencontrer l'eau, et rarement on remarque le moindre résidu de matière vaseuse (1).
Des couches végétales de cette sorte sont produites, non seulement sur la terre ferme, par l'ensevelissement des végétaux sur place, mais encore sous les eaux des estuaires et des lacs par l'accumulation d'arbres chassés par le cours impétueux des fleuves. Nous en avons un exemple frappant dans le Mackenzie, qui parcourt une grande partie du nord-ouest de l'Amérique. Gourant du sud au nord, il est sujet à des inondations annuelles lorsque les neiges commencent à fondre dans les plus hautes parties de son cours, pendant que la partie inférieure de son lit, située sous des latitudes plus froides, est encore barrée par les glaces. Il en résulte que le fleuve franchit ses rives et que, se précipitant au travers de vastes forêts, il entraîne dans son cours impétueux des milliers d'arbres déracinés.
(1) Éléments de Géologie, t. II, p. 113.
« Comme les arbres, dit Richardson, conservent leurs racines et que celles-ci sont souvent chargées de terre et de pierres, ils tendent à se précipiter au fond de l'eau, surtout lorsqu'ils sont imbibés d'humidité. Ils vont donc s'accumulant dans les remous et forment des hauts-fonds qui plus tard deviennent des îles. Un épais fourré de saules recouvre la nouvelle île aussitôt qu'elle apparaît au-dessus de l'eau, et ses racines fibreuses servent à retenir ensemble toute la masse. Tous les ans le fleuve pratique dans ces îles des coupes qui permettent d'étudier la variété d'aspect qu'elles présentent, selon leurs divers âges. Les troncs d'arbres se décomposent graduellement jusqu'à se convertir en une substance d'un brun noirâtre semblable à la tourbe , mais conservant encore plus ou moins la structure fibreuse du bois. Des lits de cette substance alternent souvent avec des lits d'argile ou de sable, et le tout est pénétré, dans une profondeur de quatre à six brasses ou plus, par les longues racines des saules. Un dépôt de ce genre produirait, à l'aide d'une petite infiltration de matière bitumineuse, une excellente imitation de la houille, avec les empreintes végétales de racines de saules.
« Ce fiit seulement dans les rivières que nous pûmes observer des coupes de ces dépôts ; mais la même opération s'effectue dans les lacs, sur une échelle beaucoup plus vaste. Un hautfond de plusieurs milles d'étendue est formé, sur la côte sud du lac Athabasca, par les bois flottants et les débris de végétaux qu'y entraîne la rivière de l'Elk. Le lac de l'Esclave lui-même doit, avec le temps, se remplir de matières transportées journellement par la rivière du même nom. De grandes quantités d'arbres flottants sont enfouis sous le sable à l'embouchure de la rivière ou entassés en énormes piles sur les différentes rives du lac. 3)
Souvent il arrive que des dépôts subséquents recouvrent ces couches de matière végétale avec leurs racines et leurs troncs d'arbres, leurs branches, leurs feuilles et leurs fruits plus ou moins parfaitement conservés. De telles accumulations, nous aflSrme le docteur Mantell, ont été trouvées dans les profondeurs du sol, sur des points de la côte d'Angleterre qui sont encore soumis à des inondations périodiques. « Les arbres qu'on y trouve sont le chêne, le coudrier, le sapin, le bouleau, l'if, le saule et le frêne, en un mot, toutes les espèces indigènes. Les troncs et les branches offrent la couleur de l'ébène. Le bois est ferme et pesant et peut servir, à l'occasion, pour des usages domestiques ; dans le Yorkshire et ailleurs, ce bois est quelquefois employé à la construction des maisons (1). d Nous avons donc là le premier degré de la transformation du bois en houille, — une couche plus ou moins compacte de matière végétale, répandue tantôt à la surface de la terre ferme, tantôt sur le lit des lacs et des estuaires, et souvent enfouie sous un amas de dépôts subséquents.
Le second degré de la transformation peut être représenté par ces marais tourbeux qui constituent un des caractères physiques les plus remarquables de l'Irlande, puisqu'ils recouvrent un dixième de sa surface. La matière végétale est déjà plus compacte, mais la structure des plantes qui constituent la tourbe est encore conservée et peut se reconnaître facilement à l'œil nu. On y voit encore des arbres couchés sur le côté, dans la position qu'ils prirent sans doute en tombant dans leurs anciennes forêts. Des recherches récentes sur ce sujet ont révélé un fait que nous devons rapporter, car il fournit une preuve
(1) ManteU, Wonders of Geology , p. 67.
directe à l'appui de notre thèse, ce II y aà Limerik, dans le district du Maine, un des États de F Amérique du Nord, des marais tourbeux d'une étendue considérable, dans lesquels on' trouve, à la profondeur de trois ou quatre pieds de la surface, au milieu de restes de blocs de bois pourris, une substance exactement semblable au cannel-coal. La tourbe a vingt pieds d'épaisseur et repose sur du sable blanc. Ce charbon fiit découvert en creusant un fosse, dans le but de dessécher une portion du marais et d'utiliser la tourbe comme engrais. Cette substance est un vrai charbon bitumineux, contenant, plus de bitume qu'aucune autre variété. Des coupes polies de ces masses compactes offrent à la vue la structure particulière des conifères et prouvent que ce charbon est dû à des espèces voisines du sapin d'Amérique (1). d Un phénomène semblable a été observé, par le docteur Dieffenbach, dans les îles Chathain. Il put, dans un même lit de tourbe , reconnaître les divers degrés d'une transition insensible de la matière végétale absolument pure à une matière minérale substantiellement identique à la houille ordinaire (2).
Mais, quoique la tourbe puisse passer directement, semblet-il, à l'état de houille, il y a bien des cas où elle prend d'abord une forme plus imparfaite, connue sous le nom de lignite. Cette substance est décrite comme étant d'une couleur brunâtre, « molle et sans consistance, lorsqu'elle vient d'être extraite de la mine, mais devenant fragile par suite de l'exposition à l'air, et cassant suivant la direction de la fibre du bois ». Le lignite occupe manifestement une position intermédiaire entre la tourbe
(1) ManteU, Wanders of Geology^ p. 66.
(2)/iïtf.
158 GÉOLOGIE ET RÉVÉLATIOX.
et la houille. Gomme dans la tomrbe^ on y yoît^ encore à peine altérées dans leur stmctnre^ les tiges et les fibres ligneuses des plantes d'où il tire son origine, pendant que^ d'un autre côté^ il commence à acquérir quelque chose de la consistance et de la dureté de la houille, et qu'il s'en rapproche encore davantage par sa composition chimique. Il faut se rappeler, d'ailleurs, que le lignite n'est point une substance d'un caractère fixe et invariable. Au contraire, sous ce terme général on comprend un nombre illimité de variétés s'étendant sur toute la série par une suite de gradations presque insensibles, l'une des variétés extrêmes différant à peine de la tourbe et l'autre se confondant dans la pratique avec la houille ordinaire. On ne peut donc douter que la houille n'ait la même origine que le lignite et il est au moins également certain que le lignite provient de la tourbe. Or, nous avons vu par quel argimient sans réplique on est amené à chercher l'origine de la tourbe dans les forêts et les marécages enfouis des âges passés (1).
Enfin, l'examen de la texture de la houille elle-même vient confirmer la conclusion à laquelle nous sommes arrivés. On a découvert, dans les dépôts houillers, les restes de beaucoup d'espèces de plantes, et quelquefois en telle abondance qu'ils constituaient visiblement la masse de la houille. On y a même trouvé de grands arbres encore debout avec leur écorce actuellement convertie en charbon. La figure ci-jointe représente une portion de la tige et les racines d'un grand arbre des forêts ,
(1) Il est un fait qui, à lui seul, démontre bien l'origine végétale de la houille. On est parvenu h reproduire artificiellement, & l'aide de la chaleur et d'une forte pression, des blocs de houille en tout semblables à ceux que l'on extrait de nos mines j on y observe jusqu'aux empreintes qui caractérisent les terrains carbonifères. {Note du trad,)
CHAP. IX. — JIOCHES d'origine ORGANIQUE.
d'une Sigillariay récemment découverte dans une mine de houille, à Saint-Helens, près Liverpool. La tige, qui avait neuf pieds de haut, fut trouvée debout dans le dépôt charbonneux, pendant que les racines, au nombre de dix, s'étendaient en dessous, dans la terre végétale.
FlG. 21.
Tronc et racine de Sigiîlaria.
a y Tronc pénétrant dans un lit de houille. b. Racine pénétrant dans l'argile inférieure.
11 n'y a que quelque temps , on a découvert dans une houillère située près de Newcastle, sur un espace de cinquante mètres carrés, au moins trente arbres semblables au précédent, tous incrustés de houille et quelques-uns ayaut de quatre à cinq pieds de diamètre. « En 1830, écrit sir Charles Lyell, dans la carrière de Craigleith, près d'Edimbourg, on mit à découvert un tronc incliné dont la longueur dépassait 18 mètres; son diamètre était, vers le sommet, d'environ 17 centimètres, et près de la base, de 2 mètres sur 60 centimètres. L'écorce était con-
yertie en une croûte mince de la houille la plus pure et la plus fine. » Et ailleurs : « A Parkfield Colliery, près Wolverhampton, dans le Staffordshire méridional, on a mis à découvert en 1844, sur une surface de quelques centaines de mètres, une couche de houille qui a fourni plus de soixante-treize troncs d'arbres garnis encore de leurs racines ; quelques-uns de ces troncs mesuraient près de 3 mètres de circonférence. Brisés près de la racine, ils étaient couchés dans toutes les dii-ections, se croisant souvent les uns les autres. L'un d'eux présentait 4",50 et un autre 9 mètres de long; d'autres, des dimensions moindres ; tous étaient invariablement aplatis, et leur substance, complètement transformée en houille, n'oflPrait plus qu'une épaisseur de 25 à 50 millimètres. Leurs racines formaient en partie une couche de houille épaisse de 25 centimètres, reposant sur un lit d'argile de 50 millimètres, au-dessous duquel était une seconde forêt superposée à une bande de houille de 60 centimètres. Au-dessous, à 1°',50, existait une troisième forêt avec de gros troncs de Lepidodendron, Calamités et autres arbres (1). »
Nous avons terminé une partie très importante de notre argumentation. Nous avons fait voir que, dans les couches qui composent la croûte terrestre, il y a des roches d'espèces diverses, distinctes l'une de l'autre, autant par la nature des matériaux qui les constituent que par la manière dont ces matériaux sont disposés. Nous avons montré, en outre, que des roches qui présentent le même aspect général et sont composées exactement des mêmes éléments, sont produites actuellement à la surfacce de la terre, par l'action de causes naturelles. Nous avons même examiné
(1) Voir Lyell, Éléments de Géologie^ t. II, p. 99 et 101.
de près, dans certains cas, le mode de formation de ces roches, et nous avons vu combien il est difficile, une fois ces faits bien connus, de ne pas conclure que les roches qui composent Técorce solide du globe ont été formées de la même manière dans des âges antérieurs, et sont dues à ces mêmes agents que nous voyons encore à l'œuvre. Nous verrons bientôt comment l'existence des fossiles vient confirmer cette conclusion.
Mais, avant d'entamer une nouvelle discussion, il convient que nous donnions connaissance d'une objection que l'on a faite quelquefois à la théorie précédemment exposée et d'où est résultée une prévention fôcheuse contre la géologie. Des écrivains religieux " ont fréquemment insinué, et quelquefois clairement affirmé que, en attribuant la structure présente de Técorce terrestre à l'action de causes naturelles, les géologues semblaient ne tenir aucun compte de la toute-puissance de Dieu. Un moment de réflexion convaincra le lecteur que cette accusation est bien peu philosophique, pour ne pas dire davantage. N'est-il pas évident que plus nous connaissons et plus nous apprécions les œuvres merveilleuses de la nature, plus nous devons être saisis de la puissance et de la sagesse de Celui qui a créé et qui gouverne la nature. Dire qu'il existe des causes secondes et indiquer les monuments qui témoignent de leur opération dans les âges passés, ce n'est pas nier, c'est plutôt affirmer l'existence d'une grande cause première, de laquelle dépendent leur existence, leur conservation et leur direction.
Tout nous rappelle et nous prouve qu'il a plu au Créateur de faire servir ses créatures à la formation et à l'ornementation de l'univers matériel. Il ne crée pas à la fois et d'un seul coup, comme il pourrait le faire, le grand arbre de la forêt; mais il
laisse la semence s'enfouir en terre, où elle est humectée par la
douce rosée du ciel et fertilisée par la chaleur fécondante du soleil ; bientôt il pousse un tendre germe ; avec le temps, ce germe, puisant dans l'air et dans le sol les éléments nécessaires à son développement, devient un bel arbuste, et cet arbuste un grand arbre qui étend de tous côtés ses larges branches et sert à divers buts d'utilité ou d'agrément. Citons encore, comme exemple, le rayon de miel, cette œuvre si curieuse et si ingénieuse, à la fois le palais et le magasin d'une vaste et active communauté. Il n'est pas produit, en un instant, par un simple acte créateur. Dieu ne l'a pas fait lui-même, mais il apprit à l'abeille à le faire. De même il a pourvu à l'existence et au salut des petits oiseaux, non en construisant lui-même leurs nids, mais en leur donnant ce mer- ' veilleux instinct qui les pousse à les construire et qui les dirige dans leur travail.
On ne peut donc accuser les géologues d'impiété, parce qu'ils entreprennent d'expliquer l'existence des roches stratifiées, non par l'action immédiate du Créateur, mais par l'intervention des causes naturelles. Ils ne rabaissent point, mais ils exaltent plutôt sa gloire, lorsqu'ils s'étendent sur l'immense variété d'agents que, suivant leur théorie, il a employés dans la construction du monde matériel. Si le rayon de miel excite tant l'étonnement et l'admiration du philosophe, que devons-nous penser de Celui qui a fiait, non pas seulement le rayon de miel , mais l'abeille .qui l'a construit? C'est ainsi que la géologie nous donne une vue nouvelle et inattendue de la toute-puissance de Dieu, en nous faisant comprendre la vaste et harmonieuse série de causes secondes par lesquelles il a donné à Técorce terrestre sa configuration actuelle. L'empreinte de sa main est gravée sur son œuvre, et tout ce qu'il y a de merveilleux et de séduisant dans la nature n'est que le signe de sa puis-
CHAP. IX. — BOCHES D'OBIGINB OBGANIQUi. 163
sance et l'ombre de sa beauté, ainsi que Fa chanté notre poète national :
Vous êtes, ô Dieu, la lumière et la vie
De tout ce monde merveiUeux que nous voyons ;
Son éclat pendant le jour, son sourire pendant la nuit,
Ne sont que des reflets de vous-même.
De quelque côté que nous nous tournions, votre gloire éclate.
Et tout ce qui est beau et brillant vous appartient (1).
(1) <r Thou art, o God, the Ufe and light
Of aU this wondrous world we see ; Its glow by day, its smile by night,
Are but reflections caught from Thee.
Where'er we tum, Tliy glories sldne.
And aU things fair and bright are Thine. D