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CHALEUR SOUTERRAINE. — SA PUISSANCE DÉMONTRÉE PAR LES VOLCANS

EFFETS DE LA CHALEUR SOUTERRAINE A L'AGE ACTUEL DU MONDE. — VASTES ACCUMULATIONS DE MATIÈRES SOLIDES RÉSULTANT DES ÉRUPTIONS VOLCANIQUES. — LES VILLES D'HERCULANUM ET DE POMPÉI ENSEVELIES. — CURIEUX VESTIGES DE LA VIE ROMAINE. — MOî^E-NUOVO. — ÉRUPTION DU JORULLO, AU MEXIQUE. — SUMBAWA, DANS L' ARCHIPEL INDIEN. — VOLCAN EN ISLANDE. — LA MASSE MONTAGNEUSE DE L'ETNA EST LE PRODUIT D'ÉRUPTIONS VOLCANIQUES. — LES ILES VOLCANIQUES DANS l'atlantique, DANS LA MÉDITERRANÉE. — L'ILE DE SANTORIN, DANS l'archipel GREC.

Maintenant que nous avons démontré suffisamment Texistence d'une chaleur souterraine fort intense, répandue sinon universellement, du moins très généralement au-dessous de la couche superficielle de la terre, nous avons à rechercher si elle est capable d'effectuer les changements physiques qu'on lui attribue en géologie, de produire la terre là où elle n'existait pas auparavant, de soulever Técorce solide du globe, de chasser TOcéan de son lit, de disloquer et de plisser les masses de roches compactes. Ici encore nous avons à faire appel aux faits. Des effets semblables ont été produits sous nos yeux, dans Tâge actuel du monde , par l'action de la chaleur interne ; il n'est donc pas déraisonnable d'attribuer à la même cause les mêmes phénomènes des âges antérieurs.

. Nous ne voulons pas courir le risque d'amoindrir la force de

ce raisonnement par de trop longs développements. Il nous suffira d'exposer les faits ; nous laisserons ensuite à nos lecteurs le soin d'apprécier la valeur de l'argument. Il y a trois formes plus ou moins distinctes, quoique intimement associées, sous lesquelles les feux souterrains ont exercé, dans les temps modernes, la puissance qu'ils ont de modifier la géographie physique du globe : les volcans, les tremblements de terre et les douces ondulations de l'écorce terrestre. Nous parlerons successivement des uns et des autres.

Les volcans, comme nous l'avons déjà suffisanament fait voir, sont des ouvertures par lesquelles les fourneaux souterrains dépensent leur excès de forces. Lorsque cette ouverture est établie, en d'autres termes, lorsque le volcan en activité a commencé à exister, il semble probable qu'il n'y aura plus de soulèvement proprement dit de la surface (1). Néanmoins, les volcans contribuent beaucoup à la formation des terres par l'accumulation des cendres, du limon et des laves qu'ils vomissent. La destraction d'Herculanum et de Pompéi en est un exemple. Pendant huit jours consécutifs, en l'an 79, les cendres et les pierres ponces, lancées du cratère du Vésuve, retombèrent en une averse continue sur ces malheureuses cités, tandis que d'énormes volumes d'eau ^ entraînant de fine poussière et des scories légères, parcouraient les flancs de la montagne en irrésistibles torrents de boue, entrant dans les maisons, pénétrant dans les recoins et les crevasses, et remplissant jusqu'aux jarres à vin, dans les caves souterraines.

Les dépôts de matière volcanique, au-dessous desquels Pompéi a reposé pendant des siècles, dépassent maintenant de trois à

(1) Voir la note D.

276 GÉOLOaiE ET RÉVÉLATION.

quatre mètres les toits des maisons. Une couche plus épaisse encore recouvre Herculanum. Cette ville, située à la. base du volcan, a été exposée aux effets de plusieurs éruptions successives; aussi, au-dessus de la masse de cendres et de pien^es ponces qui la recouvrit du temps de Pline, nous rencontrons des lits alternatife de laves, de limon et de scories récentes, dans une épaisseur qui atteint parfois 34 mètres et qui n'en a jamais moins de 20. Les matières vomies par le volcan ne tombèrent pas exclusivement sur ces villes populeuses. Elles se répandirent sur les campâmes environnantes, et c'est à elles que le sol de Naples doit en grande partie sa richesse extraordinaire et sa fertilité si justement célèbre.

Relativement à la production de terres là où il n'y en avait pas auparavant, nous avons un fait des plus significatifs. A l'époque de l'éruption, en 79, Pompéi était un port de mer, rendezvous ordinaire des marchands, et un escalier qu'on voit encore conduisait au bord de l'eau. Or, cette ville est maintenant à plus de 1,600 mètres de la côte, et le lambeau de terrain qui l'en sépare est entièrement composé de tufs et de scories volcaniques.

Arrêtons-nous un instant au souvenir de ces somptueuses et infortunées cités. Par suite de l'enlèvement des cendres qui la recouvraient, Pompéi est maintenant exposée à la vue au moins dans un tiers de son étendue. C'est un étrange spectacle que cette ancienne cité romaine sortie en quelque sorte du tombeau, mais sortie sans vie, avec ses rues silencieuses, ses maisons sans locataires et son forum désert. De quelque côté que Ton se tourne, on a devant soi un tableau curieux et intéressant, quoique lugubre, de la vie domestique, politique et sociale de ces temps anciens, de la gloire et de la honte qui entourèrent les

derniers temps de la Rome païenne, dans les théâtres et dans les temples, dans les édifices publics et dans les maisons particulières, dans les fresques gracieuses, dans les riches mosaïques et aussi dans les curieuses inscriptions tracées sur les murs, inscriptions épargnées, avec une sorte de capricieux respect, par la main destructive du temps. Et quelle collection de reliques singulières s'offrent à Tadmiration du' visiteur! Ce sont des objets de luxe et d'usage domestique, des ustensiles de cuisine et des instruments de chirurgie, des squelettes de femmes avec leurs ornements et leurs parures mondaines, avec des anneaux, des bracelets et des colliers encore attachés à leurs restes carbonisés, et, chose plus étrange encore, quatre-vingt-quatre pains qui furent mis au four il y a 1800 ans et qui viennent d'en être retirés, portant encore à leur centre l'empreinte du bras du boulanger. Aucun sujet n'est plus capable de tenter un écrivain et de séduire un lecteur. Mais notre but, en ce moment, est de montrer les effets du volcan dans l'élévation du niveau des terres. Nous nous détournerons donc de ces cités ensevelies sous la cendre, et, traversant la baie de Naples, nous chercherons un nouvel exemple de ces phénomènes dans la formation du Monte' NiuwOy haute colline qui domine la vieille ville de Pouzzole.

Le dimanche 29 septembre 1538, à une heure environ de la nuit, on aperçut des flammes qui s'élevaient du sol, tout près de la magnifique baie de Baies. Puis un bruit comparable à celui du tonnerre se fit entendre, la terre se déchira, et par l'ouverture furent violemment lancés en l'air de gros blocs de pierre, des cendres rouges, du limon volcanique et des masses d'eau qui recouvrirent toute la contrée environnante, atteignant jusqu'à Naples, dont les palais et les édifices publics furent endommagés. On reconnut, le lendemain matin, qu'une nouvelle

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montagne araife été formée autour de Toirrertiire centrale, par raccimmlatioii des matières projetées pendant Témption (1). Cette montagne est connne actuellement sons le nom de Monte- Nuovo. Elle a la forme d'nn cône rokaniqne régnMer, d'une bantenr de 50 mètres enyîron sur 2,400 de circonférence à sa base, avec nn cratère centrai qni descend à pea prés jnaqn'aa nirean de la mer. Un témoin oculaire, qui nous a laissé un écrit circ(Mistancié de cette éruption, ra|^>orte que le troisième jour il monta avec un grand nomlire de personnes au sommet de la nouvelle coDine, et que, regardant dans l'intérieur du cratère, il yit les pierres qui j étaient tombées c obéissant à un mouraient ascendant absolument semblable à celui de bulles se dégageant de l'eau qui serait en ébullition dans une chaudière placée sur le feu 3. Le même écrivain nous informe, — et c'est un feit qu'il nous importe de noter, — que la position relative de la terre et de la mer se trouva matériellement changée immédia-tement avant l'éruption; la côte s'éleva sensiblement; les eaux se retirèrent d'environ deux cents pas et des multitudes de poissons restèrent sur le sable à la disposition des habitants de Pouzzole (2).

(1) Fidèle disciple de Ljell, Taiiteiir attiîboe rorigine du Monte-KiiOTO à racclunidation senle des matières Tolcamqnes. Cette opinion. cependant est loin d*être universellement admise. L'école d'ÉHe àe Beanmont la rejette. Les géolognes de cette école expliquent la formation si rapide de cette montagne par nn sonlèrement brusque des couches solides de tuf dont se composait antérieurement le sol de la contrée. Ces couches jusque-là horizontales se seraient redressées subitement de façon à constituer un cône, sorte d'amxwule qui, Tenant à crerer, eût livré passage aux matières volcaniques dont sa surfoce est recouverte. En un mot il faudrait voir dans le Monte-Nuovo, non un cône et un crcttère d'éruption, mais un cône et un cratère de toulèvement. {N. du trad,)

(2) Voir Texcellent ouvrage de sir William Hamilton intitulé Campi Phleçrcci , dans lequel il donne un exposé complet de la formation du Monte-Nuovo, ac-

Le Monte-lïuovo n'est qu'un type de sa classe. Si de Naples nous nous dirigeons vers l'ouest, nous trouverons, à 13,000 kilomètres de là, les prodigieux volcans du nouveau Monde, où nous observons les mêmes phénomènes sur une échelle encore plus grande.

Il est au Mexique un plateau élevé et fort étendu, connu sous le nom de plaine de Malpais, où pendant de nombreuses générations fleurirent l'indigotier, le cotonnier et la canne à sucre, sur un sol richement pourvu de dons naturels et soigneusement cultivé par ses industrieux habitants. Tout allait comme d'habitude sur cette riante et prospère région, et nul danger ne se faisait pressentir, lorsque tout à coup, au mois de juin 1755, des bruits souterrains se firent entendre et le sol éprouva de légères secousses. Ces symptômes d'une agitation intérieure se continuèrent jusqu'au mois de septembre ; ils disparurent alors graduellement et la tranquillité sembla s'être rétablie. Mais ce n'était que le calme trompeur qui précède la fureur de la tempête. Dans la nuit du 28 septembre, les grondements souterrains se firent entendre de nouveau, mais avec plus de violence que la première fois. Les habitants consternés s'enfuirent sur une montagne voisine, du sommet de laquelle ils contemplèrent avec étonnement et terreur l'entier anéantissement de leurs maisons et de leurs biens. Des flammes sortirent de terre sur un espace d'une demi-lieue carrée, le sol fut déchiré en plusieurs endroits, des fragments 'de roches incandescentes furent lancés à des hauteurs prodigieufees, des torrents de limon bouillonnant coulèrent sur la plaine, et des milliers de petites collines coni-

compagné de planches coloriées. L'auteur y a inséré deux récits intéressants de l'éruption, écrits à l'époque même par des témoins oculaires. Voir aussi Principes de Géologie, t. I,p. 791.

ques, appelées par les indigènes hornitos ou fours 9 s'élevèrent à la surface du sol. Enfin une vaste cavité se forma, et il en sortit de telles quantités de scories et de fragments de lave qu'il en résulta six grandes masses montagneuses qui s'accrurent sans cesse pendant les cinq mois que dura l'éruption. La moindre de ces masses a 90 Ddètres de haut, et celle du centre, appelée maintenant Jorullo, s'élève à 500 mètres au-dessus du niveau de la plaine. Lorsque le baron Humboldt visita cette région 40 ans après que l'éruption avait cessé, le sol était encore très chaud et les « hornitos laissaient échapper des colonnes de vapeur d'eau de six à dix mètres de haut, avec un bruit sourd analogue à celui que produit une chaudière d'eau bouillante (1) ». Depuis ce temps, cependant, la contrée est redevenue riante et prospère, les flancs des nouvelles collines sont maintenant couverts de végétation, et la canne à sucre et l'indigotier fleurissent de nouveau sur le sol fertile de la plaine environnante.

Sur l'autre hémisphère, à 16,000 kilomètres du Mexique, nous avons eu, presque de notre temps, une exhibition de phénomènes volcaniques non moins merveilleux que ceux que nous venons de décrire. L'île de Sumbawa, située à 300 kilomètres environ de la côte orientale de Java, dans l'archipel Indien, appartient à cette remarquable chaîne de volcans que nous avons décrite comme s'étendant presque sans interruption le long de la côte d'Asie, de l'Amérique russe à la baie de Bengale. Cette île fut, en 1815, le théâtre d'une éruption désastreuse, dont les effets furent ressentis sur toute l'étendue des Moluques et de Java, aussi bien que sur une portion considérable des Célèbes, de

(1) Sir John Herscliel, Familiar lectures on scîentifc svhfects, p. 84 ; voir aussi Lyell^ Principes de Géologie^ chap. xxvii ; ManteU, Wonders of Geoîogy, p. 872-874.

Sumatra et de Bornéo. Les incidents de cette éruption sont réellement si étonnants que Ton pourrait hésiter à y croire, s'ils n'avaient été recueillis sur les lieux avec un zèle plus qu'ordinaire et rapportés avec un soin presque scrupuleux. Sir Stamford Raffles, qui était à cette époque gouverneur de Java, alors possession anglaise, invita tous les présidents des divers districts, soumis à son autorité, à lui envoyer un état détaillé des circonstances qui étaient parvenues à leur connaissance. Ce ftit au moyen de communications ainsi recueillies et de renseignements obtenus principalement de témoins oculaires qu'il rédigea le récit auquel nous empruntons la plupart des faits que nous allons rapporter.

Les explosions qui accompagnèrent cette éruption furent entendues à Sumatra, à une distance de plus de 1,500 kilomètres, et à Ternate, à 1,150 kilomètres, dans une direction opposée. Dans le voisinage du volcan, de grandes étendues de terre furent inondées de laves incandescentes, des villes et des villages furent engloutis, la végétation ftit entièrement détruite, et sur 12,000 habitants de la province de Tomboro, 26 seulement survécurent. Les cendres, qui furent vomies en grandes quantités, furent transportées comme un vaste nuage par la mousson sud-est, à une distance de 480 kilomètres, dans la direction de Java. Plus loin encore, à l'ouest, elles formèrent, diton, dans l'Océan, une masse flottante de 60 centimètres d'épaisseur et de plusieurs kilomètres d'étendue, à travers laquelle les vaisseaux ne se frayaient que très difficilement un passage. On rapporte aussi qu'elles tombaient en telle abondance sur l'île de Tombock, à une distance de 160 kilomètres, qu'elles recouvrirent tout le pays d'une couche de deux pieds d'épaisseur, détruisant jusqu'à la dernière particule de végétation, tellement que

44,000 hommes périrent dans la famine qui en fut la suite. « On a calculé, écrit sir John Herschel, que les cendres et les laves vomies dans cette épouvantable éruption auraient formé trois montagnes comme celle du mont Blanc, la plus haute des Alpes, et que si elles étaient répandues sur l'Allemagne, elles recouvriraient toute sa surface d'une couche de 60 centimètres d'épaisseur (1). » Enfin, il paraît que cette éruption fut accompagnée, comme celle du Monte-Nuovo, d'un changement considérable dans le niveau de la côte adjacente ; dans ce cas, cependant, ce fut un mouvement d'affaissement et non pas d'exhaussement : la ville de Tomboro fut inondée par la mer, qui est maintenant profonde de plus de cinq mètres sur des points qui auparavant étaient à découvert (2).

Nous prierons le lecteur de vouloir bien, une fois de plus, parcourir avec nous la carte du monde pour passer, cette fois, de l'archipel Indien à l'île d'Islande, cette « terre merveilleuse . de glace et de feu ». Il y a, outre l'Hécla, qui est le plus connu, cinq autres volcans à peine moins formidables, qui tous ont été en éruption dans les temps modernes. Le plus célèbre de ces volcans est le Skaptar Jokul. Il vomit, en 1783, deux courants -de laves qui, une fois durcis, formèrent ensemble un lit continu de roche ignée de 144 kilomètres de longueur sur 30 mètres d'épaisseur et sur 12 à 24 kilomètres de largeur. Les phénomènes qui accompagnèrent cette éruption sont décrits d'une

(1) En présence de faits semblables, que l'école même de Lydl est obligée de reconnaître, comment oser soutenir encore V action uniforme des causes actuelles ? Les catastrophes de notre époque ne prouvent-elles pas la possibilité de catastrophes plus grandes et non moios soudaines- dans le passé ? {N.du trad.)

(2) Voir Herschel, Familiar lectures on scientific subjects, p. 34-36; Lyell, Principes de Géologie, t. II, p. 135-137.

manière saisissante par sir John Herschel : « Vers la fin.de mai, d'innombrables fontaines de feu jaillirent de la montagne, à travers la glace et la neige qui la recouvraient, et la rivière principale, appelée la Skapta, disparut après avoir roulé des eaux impures et délétères. Deux jours après, un torrent de laves se précipita dans le lit que la rivière avait abandonné. Ce lit était constitué par un ravin qui avait 180 mètres de profondeur sur 60 de largeur. La lave le remplit entièrement. De plus, elle se déversa sur les campagnes environnantes, puis elle se répandit dans un grand lac dont elle chassa l'eau en la transformant en vapeur. Lorsque le lac fut comblé, la lave franchit ses bords et se divisa en deux courants : Tun recouvrit d'anciens lits de lave ; Tautre rentra un peu plus bas dans le lit de la Skapta et présenta l'étourdissant spectacle d'une cataracte de feu liquide se déversant là où se trouvait auparavant la chute d'eau de Stapafoss. Ce fut la plus grande éruption dont on ait conservé le souvenir en Europe. Elle resta en pleine activité jusqu'à la fin d'août et se termina par un violent tremblement de terre ; mais pendant presque toute l'année, un nuage de cendre fut suspendu comme un dais sur l'île; les îles Féroë, les Shetland et les Orcades elles-mêmes furent inondées de scories; une poussière volcanique et une épaisse fumée recouvrirçnt toute l'Europe jusqu'aux Alpes, au-dessus desquelles elles ne purent s'élever. La destruction de la vie en Islande fut vraiment effroyable : 9,000 hommes , 11,000 têtes de bétail, 28,000 chevaux et 190,000 moutons. périrent, le plus grand nombre par suffocation. On a calculé que les matières vomies dépassent en volume 30 kilomètres cubes (1). d

(1) Familiar lectures on scientific subjects, -p. 31-32.

Il est difficile, qaand on a sous les yeux ces faits significatifs, de ne pas conclure que la grande masse montagneuse de l'Etna , qui a 144 kilomètres de circonférence sur une hauteur de 3,300 mètres, est entièrement formée de matières volcaniques vomies pendant les éruptions successives (1). Toute la montagne n'est, en effet, qu'une série de lits coniques et concentriques de scories et de laves, tels qu'il s'en est déversé plus d'une fois à sa surface dans les temps modernes. Cette force qui, en une seule nuit, donna naissance au Monte-Nuovo, et qui, en quelques mois, produisit le mont, déjà plus considérable, du Jorullo, cette même force, agissant pendant une période de plusieurs siècles, a pu former, croyons-nous, l'énorme masse de l'Etna. Si, ensuite, nous appliquons cette conclusion à toutes les autres montagnes du monde qui ont une structure toute semblable, nous trouvons que l'action volcanique a réellement une part très importante dans les changements que subit la géographie physique du globe.

Eappelons-nous aussi que les éruptions volcaniques ne sont pas restreintes à la terre, mais qu'elles ont lieu souvent au fond de l'Océan. Dans ce cas, on voit les eaux dans un état de violente agitation; il y a des jets de vapeur et de gaz sulfureux; des scories apparaissent flottantes à la surface, et fréquemment le cône volcanique lui-même s'élève lentement du sein des eaux et continue de croître jusqu'à ce qu'il finisse par constituer une île d'une étendue considérable. Quelquefois, lorsque la violence

(1) Comme celle du Monte-Nuovo et du Jorullo lui-même, la formation de l'Etna est attribuée par d'émînents géologues au redressement des couches sédimentaires. Au lieu donc de constituer la masse entière de la montagne , les scories volcaniques ne faisaient qu'en recouvrir les flancs dans une certaine épaisseur, (N, du trad,)

CHAP. XV. — VOLCAKS. 285

de réruption s'est apaisée, la nouvelle île, qui consiste principalement en cendres et en pierres ponces, est complètement désagrégée et détruite par la force des vagues; mais dans d'autres cas, ces substances légères sont rendues compactes par rinjection de la lave liquide; dès lors, elles deviennent capables de résister à l'action érosive de l'Océan et prennent l'importance d'îles volcaniques permanentes. Les cent dernières années nous fournissent plusieura exemples du premier cas. En 1783, une île se forma de cette manière dans la partie septentrionale de l'océan Atlantique, à 48 kilomètres environ au sud-ouest de l'Islande. Elle fut réclamée par le roi de Danemark et appelée par lui Nyoë ou nouvelle île; mais un an ne s'était pas écoulé que cette portion des États de Sa Majesté avait disparu sous les flots et que la mer avait repris son ancien dCmaine. Une île conique du même genre, appelée Salrina, haute de 100 mètres, avec un cratère au centre, apparut en 1811 au milieu des Açores; mais elle fut promptement balayée par les vagues (1).

Un exemple plus intéressant, parce que les circonstances en sont rapportées plus minutieusement, est l'île qui fit son apparition dans la Méditerranée, en 1831, à une certaine distance de la côte sud-ouest de Sicile. Pendant sa courte apparition de trois mois, elle reçut des écrivains contemporains sept noms différents; mais le nom d'île Graham (2) semble être celui sous lequel il est le plus probable qu'elle passera à la postérité. « John Corrao, capitaine d'un vaisseau sicilien, écrit sir Charles Lyell, rapporte que vers le 10 juillet, passant près

(1) Pour une étade plus complète sur Taction volcanique sous-marine, le lecteur pourra consulter avec avantage Touvrage classique dePoulett Scrope, chap. X, sur les volcans.

(2) EUe est plus connue en France sous le nom d'île Jnlia. {N. du trad,)

286 GÉOLOGIE ET RJÉVÉLATION.

du même endroit, il vit une colonne d'eau de 18 mètres de hauteur et de 800 mètres de circonférence s'élancer de la mer. Cette colonne fut bientôt remplacée par une vapeur épaisse qui s'éleva jusqu'à la hauteur de 550 mètres. Le 18 juillet, à son retour de Girgenti, le même navigateur trouva une petite île de 3'^,70 de haut, avec un- cratère à son centre, d'où sortaient des matières volcaniques et d'énormes colonnes de vapeur; la mer, autour de cette île, était couverte de scories et de poissons morts. Les scories étaient d'une couleur chocolat, et l'eau qui bouillonnait dans le bassin circulaire avait une teinte rougeâtre. L'éruption continua avec une grande violence jusqu'à la fin de juillet, époque à laquelle l'île fut visitée par plusieurs personnes, entre autres par le capitaine Swinburne, de la marine royale , et par M. Hofîhiann, géologue prussien (1). 3> Suivant quelques récits, la nouvelle île avait, le 4 août, plus de 60 mètres de hauteur sur 4,000 de circonférence. Ce n'était pourtant encore que le sommet du cône volcanique, car quelques années auparavant, le capitaine W. - H. Smyth, lors de la reconnaissance qu'il avait exécutée dans ces parages, avait trouvé plus de cent brasses, d'eau en cet endroit./ La hauteur totale de la montagne, à partir de sa base, était donc de 250 mètres environ. L'île commença à décroître dans les premiers jours d'août, et au commencement de l'année suivante, il ne restait de l'île Graham* qu'un dangereux récif.

Il est même un grand nombre d'îles qui occupent une place importante sur la carte du monde et qui tirent manifestement leur origine de l'action volcanique. Il faut citer, entre autres, plusieurs îles des groupes des Moluques et des Philippines, de

(1) Principes de Géologie^ t. II, p. 77-78.

l'archipel grec, et quelques-unes des Açores et des Canaries, en particulier, le fameux picdeTénériffe, qui s'élève à 3,700 mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans quelques Cas, leur première apparition, leur croissance et leur développement ont été minutieusement observés. On en a un remarquable exemple dans l'une des îles Aléoutiennes, dont il a déjà été question. En 1796, on vit une colonne de fumée qui s'élevait de la mer; puis, un petit point noir apparut à la surface de l'eau; puis, les flambaes jaillirent et les autres phénomènes volcaniques se manifestèrent; puis enfin, le petit point noir devint une île, et l'île s'accrut jusqu'à former une montagne de quelques milliers de mètres d'élévation et de 4 à 5 kilomètres de circonférence. Telle elle existe encore actuellement.

Le voisinage de Santorin, dans l'archipel grec, fut, dès les temps les plus reculés, le thâétre d'éruptions sous-marines. L'île, qui est elle-même, selon toute apparence, le cratère d'un vaste volcan, a la fonne d'un croissant, et, à l'aide de deux îles plus petites qui s'étendent entre les deux cornes du croissant, elle entoure une baie presque circulaire. Pline nous apprend que l'an 286 avant J.-C, il s'éleva dans cette baie une île qui fut appelée Hier a ou île sacrée. Elle s*agr audit, à deux reprises, pendant l'ère chrétienne, en 726 d'abord et en 1427 ensuite, et elle existe encore sous le nom de Palaia Kaimeni ou vieille île drûlée. En 1578, une seconde île fit son apparition et reçut le nom de Micra Kaimeni ou petite île brûlée. En 1707 et 1709, une troisième île surgit; on l'appela Nea Kaimeni ou nouvelle île brûlée, pour la distinguer des deux autres. Enfin, en 1866, l'action volcanique recommença à se manifester, et il s'ouvrit deux nouveaux évents, que l'on appela Aphroessa et Georges. « Vers la fin de janvier, écrit sir Charles Lyell, on

avait observé que la mer, à la hauteur de la côte sud-ouest , était dans un état marqué d'ébullitîon , et que la partie du canal comprise entre la Vieille et la Nouvelle Kaimenis, portée pour 70 brasses de profondeur dans la carte de l'amirauté, n'en avait plus qu'une de 12 brasses à la date du 11 février. Suivant M. Julien Schmidt, il y eut un soulèvement graduel du fond qui

FIG. ftl.

Vue à Yol d*oiseaa de Santorin pendant Témption volcanique de février 1866. (LyeU.)

a. Therasia. e. Aspronisi.

b. Entrée septentrionale, 320 mètres de /. Micra Eaimeni.

profondeur. g, Nea Kaimeni.

<;. Thera. h. Palaia Kaimeni.

d. Mont Saint-Elias, 66l mètres d*al- i. Aphroessa.

titade. ' k, Georges.

se continua jusqu'à ce qu'une petite île, désignée plus tard sous le nom d' Aphroessa, fît son apparition au-dessus des eaux. Cet îlot paraît avoir été formé par de la lave s'élevant d'une manière presque imperceptible sous l'impulsion de la vapeur qui se dégageait, en sifflant, par tous les pores de la croûte scoriacée. » <c On pouvait voir, dit le commandant Lindsay-Brîne, de la ma-

rine royale, à travers les fissures du cône, que les roches intérieures étaient chauflEëes au rouge vif, quoique ce ne fût que plus tard que se produisit une éruption. » Le 11 février, le village de Tulcano, situé sur la côte sud-est, où le sol avait déjà éprouvé un abaissement partiel, fut, en grande partie, englouti par des matières éjectées d*un nouvel évent qui s'ouvrit dans le voisi* nage ; on lui donna le nom de Georges y et, suivant Schmidt, il finit par atteindre une hauteur d'environ 60 mètres.

« Le commandant Brine étant monté, le 28 février 1866, sur le sommet du cratère de Nea Kaimeni, qui s'élève aune hauteur d'environ 105 mètres, examina au-dessous de lui le nouveau volcan, qui se trouvait alors en pleine activité. La masse entière du cône obéissait à un mouvement ondulatoire de droite à gauche; elle paraissait parfois s'enfler au point de présenter un volume et une hauteur presque doubles, et formait des saillies brusques semblables à des éperons de montagne. A la fin, une large ouverture se produisit en travers du sommet du cône, la vapeur s'en échappa avec un effroyable mugissement, et le nouveau cratère lança jusqu'à la hauteur de 15 à 30 mètres des tonnes de roches et de cendres mêlées à de la fumée et à de la vapeur aqueuse. Les matières qui se répandirent sur Micra Kaimeni, située à 600 mètres du nouveau volcan, mesuraient 3,8'40 mètres cubes. Cette crise passée, les saillies tombèrent peu à peu, le cône diminua de hauteur et se referma; puis, après quelques minutes d'un silence relatif, l'explosion recommença aussi violente, avec un fracas, une intensité et un résultat tout à fait semblables. Des flocons de vapeur qui s'échappaient de l'ancien cratère de Nea Kaimeni prouvèrent qu'il existait une communication sous-marine entre les évents de l'ancien volcan et ceux du nouveau. Aphroessa, dont le cône finit par atteindre

une élévation de plus de 18 mètres, fat réuni, au mois d'août, à Tîle principale. Ce résultat fat dû, en partie du moins, au soulèvement du fond de la mer, dont la profondeur n'est plus que de 7 brasses dans le canal qui sépare la Nouvelle Eaimeni de la Vieille, tandis que les sondages donnèrent jadis 100 brasses, ainsi que l'indique la carte de l'Amirauté (1). d

(1) Principes de Oéohgxe, t. II, p. 90-91. Voir aussi une description très complète du Santorin et de sa récente éruption, dans le Manuel de Géologie de Vogt, t. n, p. 277-291.

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